• Prélèvement à la source : à quand une réforme fiscale féministe ?
    https://www.liberation.fr/debats/2019/05/15/prelevement-a-la-source-a-quand-une-reforme-fiscale-feministe_1726928

    Quand on évoque le thème de la fiscalité, on se dit, de prime abord, que le féminisme n’a rien à faire là-dedans, qu’il s’agit simplement de calculs neutres appliqués aux revenus des individus peu importe leur sexe. Et puis, si on creuse un peu, on se rend vite compte que le patriarcat, comme dans tous les autres domaines, s’est immiscé à ce niveau-là aussi et de façon bien plus subreptice puisque largement non visible.

    Alors que pour chacune et chacun, c’est le moment de remplir sa déclaration de revenus 2018, arrêtons-nous donc un instant sur le mode de calcul de l’impôt sur le revenu, un mode de calcul laissé inchangé dans le cadre de la réforme du prélèvement à la source.

    Outre la prise en compte des ressources annuelles détenues par le foyer fiscal, le calcul de l’impôt sur le revenu s’effectue à la suite de l’application de deux mécanismes importants : le quotient conjugal et le quotient familial. Le quotient conjugal, qui consiste pour un couple marié ou pacsé à être imposé conjointement est un mécanisme qui n’a pas le même impact selon que les revenus au sein du couple sont égaux ou inégaux. En effet, du fait de l’application du quotient conjugal au barème tranche par tranche (1), la réduction d’impôt obtenue est d’autant plus forte que les revenus au sein du couple sont inégaux et que le revenu global est élevé (2). De fait, la division, puis re-multiplication par deux de revenus inégaux permet de réduire le taux d’imposition.

    Ainsi, plus les revenus du couple tendent vers l’égalité, moins le mécanisme de quotient conjugal n’apporte de réduction d’impôts et pour un couple dont les revenus seraient totalement égaux, le bénéfice est même totalement nul : en effet, le fait de diviser par deux le revenu du couple fait retomber chaque conjoint dans la même tranche d’imposition que s’il avait été seul.
    Trappe à pauvreté

    Non seulement, le système du quotient conjugal bénéficie davantage aux couples dont les revenus sont inégaux, mais il désincite aussi le conjoint dont les ressources sont les plus faibles, soit les femmes le plus souvent, à reprendre une activité ou bien à passer d’un mi-temps à un plein-temps puisque son revenu sera alors immédiatement imposé, lui aussi, à un taux élevé, autrement dit, dans les tranches hautes du barème.

    Or sachant que le revenu salarial net moyen des femmes est inférieur de 25 % à celui des hommes (3), qu’elles occupent 55 % des bas salaires et 63 % des emplois non qualifiés (4), il n’est pas difficile d’en conclure, qu’au sein du couple, ce sont majoritairement les femmes qui ont les ressources les plus faibles (5).

    Le quotient conjugal est donc un système qui décourage proprement le travail des femmes et les maintient dans l’occupation d’emplois précaires et faiblement rémunérés. Il agit comme une trappe à pauvreté mais uniquement à destination des femmes. Autant dire qu’une politique réellement soucieuse de l’égalité femmes-hommes devrait avoir depuis bien longtemps supprimé le quotient conjugal.

    A contrario, le choix, dans le cadre de la réforme actuelle, d’avoir évité une « "déconjugalisation" de l’impôt, qui aurait pénalisé les foyers où les revenus personnels sont déséquilibrés entre conjoints » (6) apparaît comme un choix délibéré en faveur d’une politique publique qui continue à favoriser les déséquilibres de revenus au sein du couple et donc, à maintenir bien souvent les femmes dans une situation de dépendance et de précarité. Réforme moderne, vraiment ?

    Quant au quotient familial, qui consiste à adapter le montant de l’impôt brut à l’importance du foyer et fonctionne selon le même modèle que le quotient conjugal, outre sa forte régressivité (7), il agit comme la mise en œuvre d’une véritable politique nataliste exhortant les femmes à faire des enfants et au moins trois si possible (8). Décidément, la politique fiscale française semble s’attacher à imposer certains choix de vie aux femmes, et ce, bien au-delà de la question de l’impôt sur le revenu.
    Conception conservatrice

    Il y a un terme qui unit et justifie les mécanismes de quotient conjugal et familial, c’est celui de foyer fiscal. Un terme qui résume à lui seul la conception conservatrice et patriarcale de la politique fiscale française et qui enferme les femmes dans des rôles sociaux et familiaux.

    Par exemple, une discorde, même longue entre époux, ne suffit pas à entraîner la dissolution du foyer fiscal. Ainsi, même séparée dans les faits de son conjoint (sans qu’il n’y ait eu divorce ou rupture de pacs), la femme doit donc continuer d’être rattachée au foyer fiscal. On imagine alors toutes les difficultés auxquelles peut faire face une femme dans le cas où elle subirait des violences (physiques, sexuelles) suite à cette séparation.

    Autre exemple : si une demi-part supplémentaire est attribuée pour le 1er enfant à charge des personnes seules, c’est seulement à condition que celles-ci ne vivent pas en concubinage. Une vision qui présuppose que lorsque la femme vit avec un concubin, alors celui-ci automatiquement partage la charge de l’éducation de l’enfant. Ce qui est loin d’être évident.

    En revanche, ce qui est évident avec ces deux exemples, c’est la volonté de la politique fiscale française de rattacher la femme à son conjoint, de la mettre sous tutelle, peu importe la situation. De fait, si la femme est séparée de son concubin, mais sans que la séparation soit officielle, alors elle reste rattachée à lui et si, situation inverse, la femme est seule mais vit avec un conjoint de façon non officielle alors elle est également rattachée à lui et perd sa demi-part. Dans tous les cas, elle n’a donc pas le choix et son autonomie est bafouée.

    Une réforme qui ne favorise pas l’émancipation des femmes, mais les maintient dans des situations de dépendance et de vulnérabilité, ce n’est pas une réforme moderne, mais la simple perpétuité d’une conception patriarcale de la société.

    Supprimer la notion de foyer fiscal et mettre en place une réelle individualisation de l’impôt sur le revenu constituent en revanche les premiers jalons d’une politique fiscale véritablement attentive à l’égalité femmes-hommes.

    https://seenthis.net/messages/781182 via mad meg




  • L’inflammation, une immunité innée qui s’est retournée contre l’humanité
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/05/14/l-inflammation-mal-du-siecle_5461715_3224.html
    https://img.lemde.fr/2019/05/13/323/0/4827/2409/1440/720/60/0/fe8dcdb_AL8CkDw-PTRRoP5bgjY74R-e.jpg

    Les forces de pression évolutives qui, durant des centaines de milliers d’années, se sont exercées sur l’humanité de l’ère préindustrielle ne pouvaient anticiper cette révolution qui, au XXe siècle, allait tout bouleverser – pour le meilleur et pour le pire. Elles ont retenu ceux qui survivaient aux infections, aux famines et aux griffes des grands fauves. Comment ? En sélectionnant trois caractères. Pour résister aux infections, il fallait un système immunitaire hyperactif. Revers de la médaille aujourd’hui : une tendance accrue à l’inflammation chronique. Pour résister aux famines, il fallait pouvoir stocker facilement le gras. Revers de la médaille aujourd’hui : une tendance au diabète et à l’obésité. Pour résister aux blessures, il fallait un sang qui coagule facilement. Revers de la médaille aujourd’hui : une tendance à la formation de caillots sanguins, menaçant de boucher nos artères.

    https://seenthis.net/messages/780798 via baroug


  • Making Playgrounds a Little More Dangerous - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2019/05/10/well/family/adventure-playgrounds-junk-playgrounds.html
    https://static01.nyt.com/images/2019/05/08/well/00playgrounds1/00playgrounds1-facebookJumbo.jpg

    “Sometimes parents hover by the fence and watch their kids like animals in a zoo,” said Rebecca Faulkner, the executive director of play:groundNYC, the nonprofit that runs The Yard, which opened in 2016. “I tell them, ‘You don’t need to worry, you don’t need to tell them what to do. Just sit back and relax.’”

    Children are better at figuring out how to have fun than many adults who build playgrounds for them, Ms. Faulkner said. And they can also figure out how to play safely — even in a place that looks more like a junkyard than a playground.

    “We’ve had our share of bruises and scrapes,” she said. “But we’ve never had a serious injury.”

    Joey’s father, Christopher Gunderson, a sociology professor at Howard University, watched the action with other parents from a lawn chair outside the playground. “Kids grow up in these really controlled environments,” he said. “This is a place where they can run wild.”

    “Play nowadays is totally structured,” Joey’s grandfather, Fred Klonsky, a retired elementary school teacher, chimed in. “They play organized sports supervised by adults, even their disputes are settled by adults. Kids used to work all that stuff out themselves.”

    The Danish landscape architect Carl Theodor Sorensen was bothered by the same trends over 70 years ago. He noticed that children in Copenhagen during World War II preferred to play in abandoned lots and construction sites than on the well-appointed asphalt playgrounds that had been built for them.

    This daredevil behavior born of frustration is a main cause of playground accidents, said Mariana Brussoni, a scientist with the Child & Family Research Institute in Vancouver, British Columbia.

    “I came to the counterintuitive conclusion that engaging in risk is actually very important in preventing injuries,” said Dr. Brussoni, who conducted a systematic review of the scientific literature on playground safety in 2015. “Children are learning how their bodies work, how the world works,” she said. “They are learning fundamental skills that ultimately protect them.”

    And there appear to be social gains as well.

    A 2017 randomized controlled trial conducted in New Zealand found that children (ages 6 through 9) who participated in what the researchers called “free range play” were happier at school, more engaged with other children and less likely to report being bullied during recess than those whose play time was more structured.

    Still, many parents remain wary.

    “People perceive that the world is getting more dangerous. Parental fears are on the rise,” Dr. Brussoni said. She speculated that it was fueled by media attention to child kidnappings and other crimes. Yet “the data shows that it has never been a safer time to be a child,” she said — a contention backed up by a 2016 report by the Department of Justice.

    #Education #Terrains_de_jeu

    https://seenthis.net/messages/780512 via Articles repérés par Hervé Le Crosnier



  • Iranian lawyer who defended women’s right to remove hijab gets 38 years, 148 lashes
    https://womenintheworld.com/2019/03/11/iranian-lawyer-who-defended-womens-right-to-remove-hijab-gets-38-ye
    https://womenintheworld.com/wp-content/uploads/2019/03/Sotoudeh.jpg

    After two trials described by Amnesty International as “grossly unfair,” Iranian human rights lawyer Nasrin Sotoudeh has been sentenced to a total of 38 years in prison and 148 lashes.

    Sotoudeh, who has dedicated her life to defending Iranian women prosecuted for removing their hijabs in public, has been in the crosshairs of Iran’s theocratic government for years.

    https://seenthis.net/messages/779677 via Nidal


  • 7 nouvelles webapps sur mon site grâce @fil Merci @fil pour cette magnifique façon de faire voire mes dessins.

    http://www.madmeg.org/mb7
    http://www.madmeg.org/mb7/vignette-1200x630.jpg
    Rabenmutterfestzauberlied (Chant magique de fête des mères corbeaux)

    Sort de magie mégère pour donner de la puissance aux mères qui ont un emploi. Mère corbeau (Rabenmütter) est une insulte sexiste allemande qui vise les mères qui ont un emploi alors qu’elles ont des enfants. Ce sort vise à retourner l’insulte en compliment. Le sort prend la forme d’une coiffe egypthienne.

    Sujet de sort qui m’avait été inspiré par @touti merci à toi :)

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    http://www.madmeg.org/mb8
    http://www.madmeg.org/mb8/vignette-1200x630.jpg
    Ut se cogite qui in villam (Apprend comment ca se passe à la ferme)

    Sort de magie mégère pour retourner les injures sexistes qui animalisent les femmes. Chattes, grues, morues, thons, juments, poulettes, guenons… sortent les crocs et rendent les coups. Le sort prend la forme d’un bonnet d’âne.

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    http://www.madmeg.org/mb9
    http://www.madmeg.org/mb9/vignette-1200x630.jpg
    Lumina Elementa Exordii Mulieribus (lanterne élémentaire des illustres femmes)
    Sort de magie mégère pour une lanterne propice à attirer l’inspiration de Marguerite Porete, Christine de Pisan, Aliénor D’Aquitaine et Hildegard Von Bingen.

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    http://www.madmeg.org/mb10
    http://www.madmeg.org/mb10/vignette-1200x630.jpg
    Vade Retro Defecatores – (Arrière aux défécateurs)

    Sort de magie mégère de protection pour réduire l’impacte des injures sexistes faites aux femmes. Le sort prend la forme d’un disque hatorique portant le motif des 3 âges de la femme.
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    http://www.madmeg.org/ma4
    http://www.madmeg.org/ma4/vignette-1200x630.jpg
    Tatot et complimentarum (tarot de la complémentarité)
    Sort de magie mégère sur un tarot jouant de l’idée de complémentarité à l’avantage des femmes.

    –-----

    http://www.madmeg.org/ma5
    http://www.madmeg.org/ma5/vignette-1200x630.jpg
    Codex Gonadus – (le codex des gonades)

    Sort de magie mégère pour qu’on arrête d’associé le courage et les couilles et que mes copines ne me disent plus qu’elles ont des couilles alors qu’elles veulent simplement dire qu’elles sont courageuses. Le sort prend la forme d’une page du codex de Léonard de Vinci.

    –---
    http://www.madmeg.org/ma6
    http://www.madmeg.org/ma6/vignette-1200x630.jpg
    Rabenvatersschandzauberkapuze – (Coroza des pères corbeaux)

    Sort de magie mégère pour fabriquer une injure sexiste contre les pères qui ne s’occupent pas de leurs enfants. En allemand il y a une insulte contre les mères qui ont un emploi (Rabenmütter), mais rien pour désigner les pères qui se comportent de cette façon (alors que Rabenväter n’est pas plus difficile à prononcer). Le sort prend la forme d’une coroza, chapeau pointu que portaient les hérétiques espagnol·es avant de passer au bûcher.

    –----

    #shamless_autopromo #mad_meg #mégèrisme #féminisme

    https://seenthis.net/messages/779107 via mad meg


  • Marx still haunts capitalism two hundred years on | The Charnel-House

    https://thecharnelhouse.org/2018/05/05/marx-still-haunts-capitalism-two-hundred-years-on

    https://i2.wp.com/thecharnelhouse.org/wp-content/uploads/2019/05/Karl-Marx-at-200.jpg?fit=612%2C612&ssl=1

    *

    “The bourgeoisie will remember my carbuncles until their dying day.”*

    — Marx to Engels, 1867

    Indeed, it would seem they haven’t forgotten him. Over the last few weeks, major bourgeois news outlets have congratulated Marx for “being right” about capitalism: New York Times, Guardian, Financial Times, Independent, and even Vice. Little consolation, all this posthumous praise, for while capitalism remains unstable as ever, the prospect of proletarian revolution feels far away. Perhaps it is less embarrassing than Jonathan Spargo, Marx’s first American biographer, taking to the pages of the New York Times a hundred years ago to enlist Marx to the side of the Entente: “Today Is the 100th anniversary of Marx’s birth: Bitterly opposed to Prussia and an ardent admirer of America, his record shows where he would have stood in the present war.”

    #karl_marx#capitalisme

    https://seenthis.net/messages/779118 via Reka


  • Le patriarcat chez nos ancêtres est une invention sexiste d’archéologues hommes - VICE
    https://www.vice.com/amp/fr/article/wjv8j4/le-patriarcat-chez-nos-ancetres-est-une-invention-sexiste-darcheologues-hommes

    Vous avez « fouillé » pendant 10 ans. Votre livre, lui, se base sur les fouilles archéologiques menées par vos confrères dans 1733 tombes champenoises, datées de - 600 à - 200. Vous avez trouvé quelque chose d’intéressant ?
    Grâce aux tests ADN, on sait désormais avec certitude que certains hommes ont été enterrés avec des objets de parure, par exemple. Durant une période, des femmes ont également été ensevelies sous de grands tumulus avec des chars [supposément destinés à la guerre, ndlr], des offrandes animales et des céramiques, ce qui suppose un investissement important de la communauté. Par ailleurs, le seul druide (personnage qui aurait détenu du savoir et donc du pouvoir) dont on aurait hypothétiquement retrouvé la tombe a été incinéré : il est donc impossible de connaître son sexe.

    Ces vestiges funéraires sont donc insuffisants pour connaître les rôles sociaux de chacun. Par exemple, les objets de parure sont associés à l’élégance et à la féminité alors qu’ils sont peut-être symboles de pouvoir, de rang social ou d’identité communautaire. Nous-mêmes portons bien des vêtements différents en fonction de notre genre, certes, mais aussi de notre âge, de notre classe sociale, de la quantité d’argent que l’on dépense dans le paraître. Scientifiquement, on ne sait pratiquement rien de l’organisation de ces sociétés et des rapports sociaux en fonction du genre des individus. Je suis persuadée que, sans textes d’époque, on ne pourra jamais vraiment répondre à ces interrogations.

    https://seenthis.net/messages/778757 via Agnès Maillard


  • 2 Interviews de Philip K. Dick au Festival de Metz ( 1977 )
    http://enuncombatdouteux.blogspot.com/2019/05/2-interviews-de-philip-k-dick-au.html
    https://www.youtube.com/watch?v=KewG_BxKLGA

    Mais derrière ce monde contrefait qui nous entoure se cache le monde réel, et la grande quête de l’homme consiste à crever cette contrefaçon étonnamment parfaite pour accéder au monde véritable qu’elle dissimule. La récompense de cette quête est la découverte du monde réel, dont la beauté est exceptionnelle ! Et voilà ma propre quête, au travers de mes écrits, le « thème » de mon oeuvre.

    https://seenthis.net/messages/778551 via enuncombatdouteux


  • Examples of Toxic Femininity in the Workplace | The New Yorker
    https://www.newyorker.com/humor/daily-shouts/examples-of-toxic-femininity-in-the-workplace

    Sharon leads a meeting. She books the conference room for thirty minutes. Participants speak only when they have something relevant to say, so the meeting is over in twenty minutes. The room sits empty for ten minutes, giving a family of rats time to move in.

    Jessica begins speaking, and no one speaks over her. She didn’t actually have an ending to her presentation prepared, because she expected to be interrupted. She is mortified.

    Christine wears a skirt. No one stares at her legs. She worries that she no longer has good legs, so she blows three hundred dollars on an Equinox membership.

    Kathy sends a polite e-mail asking Mark for a report. Because the e-mail is calmly worded and lacking in profanity, Mark does not feel stressed, and he finishes the report and submits it without typos. Kathy does not have to edit it, so uses her free time to play with her hair, and her hair begins to fall out.

    Everyone pushes his or her chair in at the end of the day. The cleaning crew is flummoxed.

    Jane writes “do not eat” on her salad, and no one eats it. Then, because the salad remains in the fridge for too long, it goes bad, and an ant colony forms around it, destroying the fridge.

    Lisa comes in for an interview. All the interviewers judge her objectively, based on her qualifications and the candor of her responses. This leaves her so confused that, on the way out of the office, she accidentally walks into traffic and dies.

    Clara comes back from maternity leave and finds that she has not been replaced. Having planned on needing to fight for her job, she had started taking boxing classes. With no one to fight at work, she punches her bathroom wall instead and breaks her hand. The doctor gives her the wrong medication, and she dies.

    Paul takes a two-month paternity leave. He becomes a loving, caring father, and his son Baxter grows up unscarred by his parents. At the age of twenty-seven, Baxter begins performing standup comedy but realizes that he doesn’t have enough angst and fails at it.

    All the women who are qualified for promotions receive promotions. The company gives them all raises, runs out of money, and goes bankrupt.

    https://seenthis.net/messages/777988 via mad meg


  • Stone Age Cave Symbols May All Be Part of a Single Prehistoric Proto-Writing System
    https://kottke.org/19/03/stone-age-cave-symbols-may-all-be-part-of-a-single-prehistoric-proto-writing
    https://kottke.org/plus/misc/images/consistent-doodles.jpg

    While studying some of the oldest art in the world found in caves and engraved on animal bones or shells, paleoanthropologist Genevieve von Petzinger has found evidence of a proto-writing system that perhaps developed in Africa and then spread throughout the world.

    https://www.youtube.com/watch?v=hJnEQCMA5Sg

    https://seenthis.net/messages/774568 via Fil


  • Les parents de Yann (@lazuly) ont retrouvé chez lui un dossier de textes. Certains sans doute inédits.

    Par exemple, celui-ci, sur la solitude. Apparemment sans titre et sans date.

    Jeudi soir, je suis allé au cinéma. Seul, comme à mon habitude. Les gens ne comprennent jamais que l’on aille au cinéma seul. Ils vous regardent d’un air compatissant et vous expliquent que c’est triste, de sortir seul. Je pense que si je leur racontais que j’étais resté tranquillement chez moi devant ma télé, ils trouveraient ça tout-à-fait normal. Au lieu de quoi, je persiste à prendre ma voiture trois soirs par semaine, à traîner dans le crachin sur des routes de campagne pour assister dans des salles quasi-désertes à des projections confidentielles. C’est vrai, je n’en ai pas pour autant plus de rapports sociaux, mais il reste cette illusion, ces visages entrevus qui ont manifestement quelques points communs avec moi. C’est déjà ça. Il m’arrive souvent de revoir plusieurs fois le même film. Ca non plus, les gens ne le comprennent pas. Eux qui tous les soirs de l’année regardent la même émission, ils ne comprennent pas.

    Je n’ai pas la télévision. Ca aide à se sentir seul. Je n’avais pas bien compris, au début, l’importance de ce choix. Il s’agissait d’un simple exercice de vie, l’obligation de répondre chaque jour à la lancinante question « Que faire ce soir ? » en ayant au préalable interdit les six réponses les plus simples. L’été, c’est amusant. L’hiver, un peu moins. Il est plus difficile de s’enfuir.

    Je vous conseille l’exercice du disjoncteur : essayez, ne serait-ce qu’une soirée, de vous priver d’électricité. Si vous craignez pour le contenu de votre congélateur, trichez et accordez-lui quelques ampères.

    Restez dans votre fauteuil, plongé dans le noir et abandonnez l’ambiance sonore à vos seuls voisins. Vous entendez un vague bruit de fond : c’est leur télévision. Autorisez-vous quelques bougies si vous souhaitez lire. Goûtez ce calme. Goûtez à présent l’angoisse qui vous étreint. Votre vie devient douloureusement tangible. Vous n’êtes plus relié au monde. Vous êtes libre et vous avez mal.

    D’habitude, le samedi soir, je reste seul. Je ne trouve plus le courage de me joindre aux bruyants troupeaux de jeunes gens satisfaits qui hantent les bars ce soir-là et font la fête, comme ils disent, pour oublier la vacuité de leur semaine. Ils ont de la chance. Je n’arrive plus à oublier la vacuité de mes semaines. J’en conclus, à l’aide d’un raisonnement assez simple et d’un principe de récurrence, à la vacuité de mon existence. C’est assez déprimant. Heureusement que peu de gens y pensent.

    Le week-end, mes amis n’échappent pas à la règle. Ils font la fête et je n’enfuis. C’est en quelque sorte mon leitmotiv : le week-end, je ne suis pas là.

    Samedi dernier, Christine m’a téléphoné. En quelque sorte, elle s’était enfuie, elle aussi. Nous convenons d’un rendez-vous devant une pizzéria qui, paraît-il, mérite le détour. J’aime assez nos tête- à-tête entre fuyards. J’attends le soir.

    Il doit être environ 20h30 et Christine, je m’en doute, sera en retard. Je déambule un peu sur la place Saint-Gervais et m’arrête devant la vitrine d’un magasin navrant. Je crois que l’on appelle ça un magasin de cadeaux, mais on y trouve aussi toute sorte de farces et attrapes. Généralement, les articles oscillent entre le romantisme niaiseux des tee-shirts « Sans toi, je suis tout seul » et le mauvais goût le plus sûr.

    https://seenthis.net/messages/772903 via ARNO*


  • L’École des Chimpanzés. Ce qu’ils nous apprennent sur l’homme - Babelio
    https://www.babelio.com/livres/Fouts-Lcole-des-Chimpanzes-Ce-quils-nous-apprennent-/98013
    https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/410159VW6ML._SX195_.jpg

    Cette reprise en poche (illustrée) d’un livre paru en 1998 est une preuve supplémentaire de l’engouement actuel pour les primates.

    Bien des choses, dans ce domaine de l’éthologie, ont changé depuis que Darwin nous les a désignés comme nos plus proches cousins. Le chimpanzé, on le sait aujourd’hui, partage 99 % de nos gènes, et nous tentons désespérément de mettre dans le 1 % restant ce qui ferait la spécificité de l’espèce humaine. La station debout ? Inutile quand on vit dans la forêt...

    Les relations sociales ? Tout aussi développées et complexes chez eux que chez nous... Le langage ?

    On sait qu’il n’est pas le propre de l’homme, depuis que la guenon Washoe a appris, avec le psychologue Roger Fouts qui raconte ici sa stupéfiante histoire, le langage gestuel des sourds-muets.

    Les singes sont capables, comme nous, d’utiliser des symboles pour communiquer. Décidément, l’animalité n’est plus ce qu’elle était, et Washoe est bien l’une des grandes stars du siècle !

    D’autant qu’à l’essai scientifique s’ajoute ici une véritable histoire d’amour : celle d’un étudiant sacrifiant sa carrière pour qu’un bébé chimpanzé ne reste pas toute sa vie, au nom de la science, derrière les barreaux d’une cage.—Arthur Hennessy

    cc @baroug

    https://seenthis.net/messages/772267 via mad meg


  • " Le sacré et la violation des interdits " par Laura Levi Makarius (1974)
    http://enuncombatdouteux.blogspot.com/2019/03/le-sacre-et-la-violation-des-interdits.html

    Le trickster

    La recherche qui a conduit à proposer des solutions aux problèmes du roi « divin », des jumeaux et du forgeron va permettre d’aborder sous un jour nouveau un sujet encore plus difficile, rebelle jusqu’ici à l’explication. Il s’agit du mystérieux personnage mythique qui se rencontre dans toutes les zones ethnographiques, mais qui a été le mieux étudié en Amérique du Nord, où il a acquis le nom ethnologique de trickster, c’est-à-dire de « joueur de tours ». Dans les récits populaires, en effet, il apparaît comme un héros comique, joueur, farceur et taquin, mais il n’est pas que cela, et la difficulté de le comprendre provient précisément de la discordance des aspects qu’il présente et qu’il semble impossible de réconcilier. 
    https://2.bp.blogspot.com/-pF8GlzJV6-Y/XJm_8FKW_oI/AAAAAAAACzw/6jac5KQShHARzIMaWT8mGGRel-NkgTNiACLcBGAs/s400/273b0-trickster.jpg
    Au sujet de Napi, trickster des Indiens Blackfeet, Grinnell écrit : « Dans les contes sérieux, où il s’agit de la Création, on parle de lui respectueusement et l’on ne trouve aucune allusion aux qualités malicieuses qui le caractérisent dans d’autres histoires, dans lesquelles il est puissant, mais parfois impotent ;plein de sagesse, mais parfois si dépourvu d’esprit qu’il doit demander secours aux animaux. Des fois, il se montre plein de sympathie pour les humains, alors que d’autres fois, par pure méchanceté, il leur joue des tours pendables, vraiment diaboliques. Il représente une combinaison de force, de faiblesse, de puérilité et de malice »
    .
    En effet, le Civilisateur, qui transforme la nature et parfois crée le monde et l’espèce humaine, est en même temps un pitre, un bouffon. Le héros indomptable qui arrête la course du soleil, pourfend les monstres et défie les dieux, est aussi le protagoniste d’aventures obscènes, dont il sort humilié et avili. L’inventeur de tant d’ingénieux stratagèmes est victime de ses propres ruses. Le maître du pouvoir magique est représenté comme un pauvre bougre, se traînant sur un chemin, allant de déconvenue en déconvenue. Il donne aux hommes les arts, les outils et les autres biens culturels, mais leur joue des tours pendables dont ils font les frais. Il dispense les médecines qui guérissent et qui sauvent, et introduit la mort dans le monde. On dirait que chaque qualité et chaque défaut qui lui sont attribués font surgir automatiquement leur opposé. Le Bienfaiteur est aussi le Malin, le malintentionné. Tout le bien et tout le mal se rapportent à lui.

    Le trickster est représenté comme voleur, trompeur, parricide, incestueux, cannibale, il est idiot, cruel, phallique, dégoûtant ; cependant sous ses aspects les plus méprisables et grossiers, comme sous les plus prestigieux, il reste toujours un être « sacré », qualité qui paraît lui être intrinsèque et qu’aucun ridicule, ou aucune abomination, ne parviennent à effacer.

    https://seenthis.net/messages/769974 via enuncombatdouteux


  • En Iran, l’avocate Nasrin Sotoudeh condamnée à une lourde peine
    https://www.lemonde.fr/international/article/2019/03/13/l-avocate-iranienne-nasrin-sotoudeh-lourdement-condamnee_5435370_3210.html
    https://img.lemde.fr/2019/03/12/471/0/5659/2829/1440/720/60/0/913b09f_5414404-01-06.jpg

    La justice iranienne a fait connaître, lundi 11 mars, une peine d’emprisonnement prononcée par un tribunal révolutionnaire de Téhéran contre l’avocate Nasrin Sotoudeh, en son absence et à une date inconnue. Déjà retenue depuis neuf mois à la prison d’Evin, dans la capitale iranienne, Mme Sotoudeh est condamnée à cinq ans de prison pour « rassemblement et collusion contre le régime » et à deux ans pour « insulte au Guide suprême », a déclaré son juge, Mohammad Moghisseh, à l’agence semi-officielle ISNA.

    Cette avocate de 55 ans est célèbre pour sa défense de manifestants emprisonnés, comme de jeunes femmes ayant défié les lois de la République islamique en se dressant, sans voile, dans l’espace public. Cette peine sévère pourrait cependant n’être qu’un acompte, alors que la justice iranienne empile les condamnations contre elle, dans une grande opacité.

    Son mari, Reza Khandan, a précisé à l’Agence France-Presse qu’elle avait été condamnée, dans un second dossier, pour sept chefs d’accusation, à une série de peines dont l’addition donne le tournis : 33 ans. M. Khandan a déclaré à l’AFP que la plus lourde de ces peines, pour « incitation à la débauche », s’imposait aux autres : Mme Sotoudeh s’est donc vue promettre au moins dix ans derrière les barreaux, et 148 coups de fouet. Selon son juge, l’avocate a refusé de se faire remettre le dernier verdict, et son dossier a été renvoyé au tribunal d’appel.

    (...) Mme Sotoudeh fait les frais de la répression qui accompagne le retrait des Etats-Unis de l’accord international sur le nucléaire.

    Aujourd’hui, l’avocate fait les frais de la répression qui accompagne le retrait des Etats-Unis de l’accord international sur le nucléaire, en mai 2018. Selon Amnesty International, plus de 7 000 personnes ont été emprisonnées l’an dernier, à la suite des manifestations contre les blocages économique et politique du pays. En janvier 2018, Mme Sotoudeh avait été parmi les premières à annoncer la mort, en prison, de manifestants. Elle a pu également gêner l’institution judiciaire, en dénonçant la publication d’une liste de vingt avocats agréés pour défendre des accusés politiques, parmi lesquels elle ne figurait pas.

    Défense des « filles de la rue Enqelab »

    Avant tout, Mme Sotoudeh a pris fait et cause pour les « filles de la rue Enqelab », souvent très jeunes, qui ont osé depuis le début de l’année 2018 se dévoiler en pleine rue, juchées sur des transformateurs électriques ou des ronds-points, pour dénoncer l’obligation de port du voile en public faite aux Iraniennes.

    Le gouvernement du modéré Hassan Rohani a cherché à circonscrire la portée de leurs actes à un débat de société, sans en faire le symbole d’une contestation radicale du « système ». La justice, instance conservatrice, a, de son côté, prononcé des peines relativement clémentes contre certaines de ces femmes.
    Lire aussi En Iran, Nasrin Sotoudeh, la voix des anti-voile

    Cependant, la presse ultraconservatrice voit en elles un instrument des partisans d’un changement de régime, basés à l’étranger, et des « faucons » de la Maison Blanche. Elle n’a pas manqué de noter que la journaliste Masih Alinejad, initiatrice d’une campagne incitant les Iraniennes à se dévoiler en public, avait rencontré le secrétaire américain aux affaires étrangères, Mike Pompeo, en février à la Maison Blanche.

    Cette presse note également qu’une jeune Iranienne, Shaparak Shadjarizadeh, condamnée en 2018 à deux ans de prison ferme et à 18 ans de sursis, a pu quitter le pays pour s’établir au Canada. Elle y était intervenue en décembre 2018 devant le Parlement, pour demander des sanctions contre l’Iran, suscitant des critiques sur les réseaux sociaux iraniens.

    Peu après, le médecin Farhad Meysami, détenu en Iran pour avoir soutenu le mouvement des filles de la rue Enghelab, avait affirmé qu’il préférait demeurer derrière les barreaux plutôt que d’accepter le soutien offert au mouvement par l’administration américaine.

    Le 9 mars, le quotidien Javan, lié aux gardiens de la révolution, la principale force armée iranienne, a dénoncé l’intégration par le président français de Mme Sotoudeh à un conseil consultatif du G7. Il y voyait un premier test, par une puissance étrangère, du nouveau chef de l’autorité judiciaire, Ebrahim Raissi. Cet ancien rival ultraconservateur de M. Rohani à la présidentielle de mai 2017 a été nommé la semaine dernière par le Guide suprême.

    Louis Imbert

    J’ai gardé le nom du journaliste pour cet article qui (d)étonne dans le parti-pris général du _Monde sur les questions en #Iran.

    https://seenthis.net/messages/766989 via gonzo


  • RECIT. « Personne n’a compris quoi que ce soit » : comment Tim Berners-Lee a créé le web il y a 30 ans
    https://www.francetvinfo.fr/internet/recit-personne-na-compris-quoi-que-ce-soit-comment-tim-berners-lee-a-cr
    https://www.francetvinfo.fr/image/75naujdlb-cc8e/1500/843/17117039.jpg

    Super article, avec des insights que je ne connaissais même pas !

    En tout cas, c’est clair, avec cette histoire, il devrait y avoir moyen de fêter les 30 ans du web tous les jours pendant quatre ou cinq ans...

    « Il m’arrivait d’avoir 50 comptes ouverts sur différents logiciels et sur différents ordinateurs pour échanger des données avec des collègues. » L’ingénieur français François Flückiger, qui a fait sa carrière au Centre européen pour la recherche nucléaire (Cern), a encore des sueurs quand il se souvient des difficultés à partager des informations avant la création du web, qui fête ses 30 ans mardi 12 mars.

    A la fin des années 1980, il fait partie de la poignée de scientifiques à être sur internet. Le Cern est connecté au réseau dès 1988. Cette année-là, le campus suisse situé entre le lac Léman et le massif du Jura est en pleine effervescence. Un immense chantier touche à sa fin : les équipes composées de scientifiques du monde entier ont enfin relié les 27 km de tunnel du grand collisionneur électron-positron (LEP), l’accélérateur de particules qui a précédé le LHC.
    De la difficulté d’échanger des données

    Pour avancer, cette communauté de chercheurs dispersée aux quatre coins de la planète a besoin de partager une immense masse de données disparates. « Les physiciens doivent échanger tous les documents de travail qui permettent aux collaborations de fonctionner. Ce sont les notes de réunion, les articles écrits en commun, mais surtout les documents de conception et de réalisation des détecteurs » du LEP, explique François Flückiger, alors chargé des réseaux externes au Cern.

    Mais les échanges sont lents et fastidieux. Avant chaque action, les utilisateurs doivent s’identifier. Puis, pour que les échanges aient eu lieu entre deux machines, un premier ordinateur doit en appeler un autre et ce dernier doit rappeler son homologue. « Partager de l’information, à l’époque, c’était compliqué et ça marchait mal », résume François Flückiger, évoquant la « tyrannie des logins » et la « guerre des protocoles ».

    C’était extrêmement complexe d’utiliser internet. C’était infernal.François Flückigerà franceinfo

    Aujourd’hui, dans le langage courant, les termes « internet » et « web » sont devenus interchangeables. Mais il convient de les distinguer. Internet, qui est né dans les années 1970, est, en résumé, l’infrastructure qui permet d’interconnecter des ordinateurs et des objets. Le web, lui, n’est que l’une des applications qui utilisent ce réseau, comme, entre autres, la messagerie électronique, la téléphonie ou la vidéophonie.

    Et avant l’arrivée du web, l’utilisation d’internet relève du parcours du combattant. Face à ces difficultés, des membres du Cern cherchent des solutions. Parmi eux se trouve Tim Berners-Lee. Ce Britannique, physicien de formation et autodidacte en informatique, fait partie d’une équipe qui déploie la technologie Remote Protocol Control, permettant d’appeler depuis son ordinateur des programmes se trouvant sur d’autres machines.
    Au commencement était un schéma

    Il n’y a pas eu de « moment Eureka », comme le raconte la légende concernant Isaac Newton sous son pommier, répète souvent Tim Berners-Lee. Mais à la fin de l’année 1988, le physicien de 34 ans fait part à son supérieur, Mike Sendall, de sa réflexion sur l’amélioration du partage de données. Il lui parle d’un système fondé sur internet et l’hypertexte, autrement dit les liens tels que nous les connaissons toujours aujourd’hui (comme ce lien qui renvoie vers les mémoires de Tim Berners-Lee). En réalité, le Britannique lui propose une version améliorée d’Enquire, un système qu’il avait mis au point quelques années auparavant. Ce système, lui aussi fondé sur l’hypertexte, liait les noms des chercheurs à leurs thèmes de travail.

    Mike Sendall lui demande de rédiger une note à ce sujet. Tim Berners-Lee la lui remet le 12 mars 1989. Le document de 16 pages, disponible sur le site du Cern (PDF), est sobrement intitulé « gestion de l’information : une proposition ». Il montre un schéma buissonnant avec des ronds, des rectangles et des nuages, tous reliés par des flèches. L’idée est de lier entre eux des documents variés du Cern qui, à l’origine, n’ont rien à voir entre eux. « Vague but exciting » ("vague mais excitant"), écrit laconiquement Mike Sendall en haut de la première page de ce document, aujourd’hui considéré comme l’acte fondateur du web.

    Aperçu de la note de Tim Berners-Lee déposée en mars 1989, présentant le principe du web, avec le commentaire écrit de son supérieur Mike Sendall \"vague but exciting...\"
    Aperçu de la note de Tim Berners-Lee déposée en mars 1989, présentant le principe du web, avec le commentaire écrit de son supérieur Mike Sendall « vague but exciting... » (CERN)

    « En 1989, je peux vous assurer que personne n’a compris quoi que ce soit », affirme François Flückiger, qui travaillait dans le même bâtiment que Tim Berners-Lee, à un étage de différence. Et d’insister : "Mike Sendall a écrit ça ["vague but exciting"] mais c’était vraiment incompréhensible." « Je ne pense pas que quelqu’un ait dit que c’était fou », commente dans le documentaire The Web, Past and Future Peggie Rimmer, l’une des supérieures de Tim Berners-Lee.

    Vous devez d’abord comprendre quelque chose avant que vous puissiez dire que c’est fou. Nous n’avons jamais atteint ce point.Peggie Rimmerdans « The Web, Past and Future »

    Aussi incompréhensible soit-elle, cette proposition n’est pas totalement isolée. La même année, sur le même campus, à un kilomètre d’écart, Robert Cailliau a une intuition proche de celle de Tim Berners-Lee. « J’ai écrit une proposition pour étudier les hypertextes par les réseaux du Cern parce que je voyais beaucoup de physiciens qui transportaient des disquettes ou les envoyaient les uns aux autres alors qu’en fait il y avait un réseau », a-t-il expliqué en 2016 lors d’une conférence donnée à l’université de Fribourg (Suisse).

    Mais le Belge met rapidement de côté son projet et se joint au Britannique. Selon ses explications, la proposition de Tim Berners-Lee, « fondée sur internet », « était beaucoup plus ouverte, beaucoup plus utilisable ». Si Tim Berners-Lee fait un premier converti, ses supérieurs l’ignorent poliment. Ils ne peuvent lui allouer de moyens : son idée concerne d’abord l’informatique et non la physique, l’objet premier du Cern. Cela n’empêche pas son supérieur de l’encourager passivement en le laissant faire sur son temps libre.
    Un puissant ordinateur et un nom temporaire

    Le tandem britannico-belge se met au travail. Le Britannique se penche sur l’aspect technique, tandis que le Belge, présent au Cern depuis longtemps, fait marcher ses réseaux et joue les évangélistes au sein de l’institution. « Il a beaucoup œuvré à formuler la pensée de Tim Berners-Lee avec des mots simples et compréhensibles par d’autres communautés », explique Fabien Gandon, directeur de recherches en informatique à l’Inria, qui connaît Tim Berners-Lee. Selon François Flückiger, Robert Cailliau est un « excellent communicant » contrairement à Tim Berners-Lee qui, à l’époque, est plutôt perçu comme un « professeur Tournesol ». Pour lui, l’apport de Robert Cailliau est crucial.

    Robert Cailliau n’est pas le co-inventeur du web, comme cela a pu être écrit, mais il n’y aurait pas eu de web sans lui.François Flückigerà franceinfo

    Au début de l’année 1990, un ordinateur NeXT – la marque fraîchement lancée par Steve Jobs – arrive au Cern. Tim Berners-Lee, impressionné, demande à son supérieur la possibilité d’en acquérir un. Cet outil, particulièrement puissant pour l’époque, est idéal pour développer son projet. Mike Sendall valide : il justifie cet achat en expliquant que Tim Berners-Lee va explorer les éventuelles utilisations de cet ordinateur pour l’exploitation du LEP.

    Tim Berners-Lee et Robert Cailliau posent avec l\’ordinateur NeXT sur lequel le Britannique a codé les premiers outils du web, à Genève (Suisse), le 13 mars 2009.
    Tim Berners-Lee et Robert Cailliau posent avec l’ordinateur NeXT sur lequel le Britannique a codé les premiers outils du web, à Genève (Suisse), le 13 mars 2009. (MARTIAL TREZZINI/AP/SIPA)

    En attendant que l’ordinateur arrive, la réflexion de Tim Berners-Lee progresse. En mai 1990, il fait une seconde proposition (PDF) et y évoque le vocable de « mesh » ("filet") pour désigner son idée. Le même mois, en compagnie de Robert Cailliau, il se penche sérieusement sur le nom du projet. Le Belge raconte dans une note (en anglais) vouloir écarter d’emblée les références à des dieux grecs ou à la mythologie égyptienne, une habitude à la mode chez les scientifiques. « J’ai regardé dans la mythologie nordique mais je n’ai rien trouvé qui convenait », précise-t-il auprès du New York Times (en anglais) en 2010.

    Tim Berners-Lee, lui, a plusieurs pistes. Il pense donc à « mesh » mais l’écarte rapidement car il trouve que la sonorité ressemble trop à « mess » ("bazar"). La possibilité de l’appeler « Mine of information » traverse également son esprit mais il trouve que l’acronyme MOI est trop égocentrique. Même réflexion pour « The information machine » dont l’acronyme TIM résonnerait comme une autocélébration. Le Britannique affectionne également « World Wide Web » ("la toile d’araignée mondiale"). Ses collègues sont sceptiques. Ils soulignent que l’acronyme « www » est long à prononcer en anglais : « double-u, double-u, double-u ».

    Dans ses mémoires, Tim Berners-Lee précise que pour Robert Cailliau, qui parle flamand, et comme pour ceux qui parlent des langues scandinaves, « www » se prononce simplement « weh, weh, weh ». « World Wide Web » finit par figurer sur la proposition commune des deux hommes déposée le 12 novembre 1990 (PDF). Mais il ne s’agit, pensent-ils, que d’une solution temporaire.
    Il ne fallait surtout pas éteindre le premier serveur

    Entre temps, l’ordinateur NeXT a fini par être livré, en septembre 1990. De quoi ravir Tim Berners-Lee, se souvient Ben Segal, le mentor du Britannique. « Il m’a dit : ’Ben, Ben, c’est arrivé, viens voir !’ Je suis allé dans son bureau et j’ai vu ce cube noir sexy. » Tim Berners-Lee peut enfin donner forme à son projet. Il s’enferme et propose, à quelques jours de Noël, le 20 décembre, la première page web de l’histoire et un navigateur appelé lui-même World Wide Web. Ce premier site, visible à cette adresse, pose l’ambition encyclopédiste du web et affirme que le projet « entend fournir un accès universel à un large univers de documents ». Il propose, entre autres, une présentation, une bibliographie et quelques liens.

    Capture d\’écran de la reproduction du premier site web mis en ligne en décembre 1990 par Tim Berners-Lee.
    Capture d’écran de la reproduction du premier site web mis en ligne en décembre 1990 par Tim Berners-Lee. (CERN)

    L’ensemble tient grâce aux trouvailles imaginées et développées par le Britannique : le protocole HTTP (grâce auquel des machines peuvent échanger entre elles sans les lourdeurs jusqu’alors nécessaires), la notion d’URL (qui donne une adresse précise à chaque document disponible sur le réseau) et le langage HTML (langage informatique qui permet d’écrire et de mettre en forme les pages web).

    Si le protocole HTTP et le langage HTML marchent si bien ensemble, c’est parce qu’ils proviennent d’un seul et même cerveau.François Flückigerà franceinfo

    Le fameux ordinateur NeXT de Tim Berners-Lee sert de serveur à ce web embryonnaire. Autrement dit : sans lui, pas de web. Pour que personne ne l’éteigne par mégarde, il colle dessus une étiquette et écrit en rouge « Cette machine est un serveur. NE PAS ÉTEINDRE !! »
    Le web tisse sa toile

    Dix-huit mois après la première proposition, la donne change totalement. François Flückiger le concède sans détour : ce n’est qu’à partir de cette première mise en ligne qu’il est convaincu par l’innovation de Tim Berners-Lee, anticipant au moins un succès au sein de la communauté scientifique. Le projet séduit également le Français Jean-François Groff. Ce jeune ingénieur en télécom de 22 ans vient de débarquer au Cern, dans le cadre de son service civil, « pour travailler sur l’acquisition de données ». « Tim Berners-Lee était un voisin de bureau et c’est un collègue qui nous a présentés assez vite à mon arrivée », raconte-t-il. Aussitôt, c’est l’entente parfaite. « J’avais la culture nécessaire pour comprendre ce qu’il faisait. Et étant exposé au succès du minitel en France, j’ai tout de suite saisi la portée que pourrait avoir son sytème », ajoute-t-il.

    Le jeune Français fait rapidement part de ses idées à celui qui travaille alors seul au développement du projet. Pour lui, le système doit tourner sur tout type de plateforme. « Tim était d’accord. Mais il nous fallait un peu de temps et de ressources pour transférer ce prototype », relate Jean-François Groff. Ce dernier se met alors à travailler « en sous-marin » avec Tim Berners-Lee pour « écrire une librairie de logiciels ». Au cœur de l’hiver, il ne compte pas les heures supplémentaires à coder en écoutant à la radio les dernières nouvelles de la guerre du Golfe.

    Souvent, je terminais vers 17 ou 18 heures ma journée normale. Je rentrais chez moi, je mangeais et je rejoignais Tim à 21 heures jusqu’à 2 ou 3 heures du matin.Jean-François Groffà franceinfo

    Avec le travail accumulé, l’ouverture s’accélère. En mars, le logiciel est mis à disposition à des collègues sur des ordinateurs du Cern. A la même période, Jean-François Groff bascule, de façon non officielle, à plein temps avec Tim Berners-Lee.

    Le 6 août, le Britannique fait part de son innovation à l’extérieur du Cern. Il partage sur un groupe de discussion un texte présentant les grandes lignes de son projet. « Nous sommes très intéressés par le fait de propager le web dans d’autres endroits. (...) Les collaborateurs sont les bienvenus », écrit-il. C’est avec cette annonce que le web commence à intéresser du monde, à tisser sa toile sur d’autres campus et à se répandre sur la planète. Le début d’une révolution historique qui connaît un coup d’accélérateur déterminant lorsque le Cern verse le web dans le domaine public en avril 1993.

    Mais aujourd’hui Tim Berners-Lee se dit « dévasté » par ce qu’est devenu le web. Il regrette la toute puissance d’une poignée de géants comme Google, Amazon ou encore Facebook, et déplore l’utilisation qui est faite des données des utilisateurs. Le Britannique, qui a été anobli en 2004, milite désormais pour un web décentralisé. Avec son nouveau système baptisé Solid (en anglais), il souhaite que les internautes « reprennent le pouvoir » sur leurs données personnelles. « Il n’y aura plus de streaming reposant uniquement sur la publicité, a-t-il anticipé lors d’une conférence, en octobre 2018. Du point de vue des développeurs, leur seule préoccupation sera de construire des services utiles pour les utilisateurs. » Une ambition qui renverse en grande partie le modèle économique du web actuel, et renoue avec l’idéal des débuts.

    #Histoire_numérique #Web #Tim_Berners_Lee

    https://seenthis.net/messages/766657 via Articles repérés par Hervé Le Crosnier





  • All worldbuilding, without exception, is political | columns | Hindustan Times
    https://www.hindustantimes.com/columns/all-worldbuilding-without-exception-is-political/story-iE1Gc0R4ULSq8khLaJ1dEO.html
    https://www.hindustantimes.com/rf/image_size_960x540/HT/p2/2019/02/25/Pictures/vintage-poetry-and-eyeglasses_998b053e-38ec-11e9-bdc1-734f7b7cfb0c.jpg

    In a world where all fundamental laws can be rewritten, it is also illuminating which of them aren’t. The author’s priorities are more openly on display when a culture of non-humans is still patriarchal, there are no queer people in a far-future society, or in an alternate universe the heroes and saviours are still white. Is the villain in the story a repulsively depicted fat person? Is a disabled or disfigured character the monster? Are darker-skinned, non-Western characters either absent or irrelevant, or worse, portrayed with condescension? It’s not sufficient to say that these stereotypes still exist in the real world. In a speculative world, where it is possible to rewrite them, leaving them unchanged is also political.

    via https://twitter.com/nkjemisin/status/1101176578174787585

    #science-fiction

    https://seenthis.net/messages/763897 via baroug


  • BBC - Future - Are we on the road to civilisation collapse?
    http://www.bbc.com/future/story/20190218-are-we-on-the-road-to-civilisation-collapse
    http://ichef.bbci.co.uk/wwfeatures/live/624_351/images/live/p0/71/40/p07140sl.jpg

    Collapse can be defined as a rapid and enduring loss of population, identity and socio-economic complexity. Public services crumble and disorder ensues as government loses control of its monopoly on violence.

    [...]

    We may be more technologically advanced now. But this gives little ground to believe that we are immune to the threats that undid our ancestors. Our newfound technological abilities even bring new, unprecedented challenges to the mix.

    And while our scale may now be global, collapse appears to happen to both sprawling empires and fledgling kingdoms alike. There is no reason to believe that greater size is armour against societal dissolution. Our tightly-coupled, globalised economic system is, if anything, more likely to make crisis spread
    If the fate of previous civilisations can be a roadmap to our future, what does it say? One method is to examine the trends that preceded historic collapses and see how they are unfolding today.

    While there is no single accepted theory for why collapses happen, historians, anthropologists and others have proposed various explanations, including:
    CLIMATIC CHANGE: When climatic stability changes, the results can be disastrous, resulting in crop failure, starvation and desertification. The collapse of the Anasazi, the Tiwanaku civilisation, the Akkadians, the Mayan, the Roman Empire, and many others have all coincided with abrupt climatic changes, usually droughts.

    ENVIRONMENTAL DEGRADATION: Collapse can occur when societies overshoot the carrying capacity of their environment. This ecological collapse theory, which has been the subject of bestselling books, points to excessive deforestation, water pollution, soil degradation and the loss of biodiversity as precipitating causes.

    INEQUALITY AND OLIGARCHY: Wealth and political inequality can be central drivers of social disintegration, as can oligarchy and centralisation of power among leaders. This not only causes social distress, but handicaps a society’s ability to respond to ecological, social and economic problems.
    The field of cliodynamics models how factors such as equality and demography correlate with political violence. Statistical analysis of previous societies suggests that this happens in cycles. As population increases, the supply of labour outstrips demand, workers become cheap and society becomes top-heavy. This inequality undermines collective solidarity and political turbulence follows.

    COMPLEXITY: Collapse expert and historian Joseph Tainter has proposed that societies eventually collapse under the weight of their own accumulated complexity and bureaucracy. Societies are problem-solving collectives that grow in complexity in order to overcome new issues. However, the returns from complexity eventually reach a point of diminishing returns. After this point, collapse will eventually ensue.
    Another measure of increasing complexity is called Energy Return on Investment (EROI). This refers to the ratio between the amount of energy produced by a resource relative to the energy needed to obtain it. Like complexity, EROI appears to have a point of diminishing returns. In his book The Upside of Down, the political scientist Thomas Homer-Dixon observed that environmental degradation throughout the Roman Empire led to falling EROI from their staple energy source: crops of wheat and alfalfa. The empire fell alongside their EROI. Tainter also blames it as a chief culprit of collapse, including for the Mayan. 

    EXTERNAL SHOCKS: In other words, the “four horsemen”: war, natural disasters, famine and plagues. The Aztec Empire, for example, was brought to an end by Spanish invaders. Most early agrarian states were fleeting due to deadly epidemics. The concentration of humans and cattle in walled settlements with poor hygiene made disease outbreaks unavoidable and catastrophic. Sometimes disasters combined, as was the case with the Spanish introducing salmonella to the Americas.

    RANDOMNESS/BAD LUCK: Statistical analysis on empires suggests that collapse is random and independent of age. Evolutionary biologist and data scientist Indre Zliobaite and her colleagues have observed a similar pattern in the evolutionary record of species. A common explanation of this apparent randomness is the “Red Queen Effect”: if species are constantly fighting for survival in a changing environment with numerous competitors, extinction is a consistent possibility.

    #collapsologie #civilisations #complexité #climat #inegalités #pauvreté #oligarchie

    https://seenthis.net/messages/763012 via Kassem



  • La biographie visuelle d’Otto Neurath : l’Isotype au service de la cartographie
    https://visionscarto.net/hieroglyphes-isotype

    Les cartographes au service du public était l’un des titres qu’Otto Neurath (1882-1945) envisageait de faire paraître dans une série de livres d’images Isotype. En raison de son décès, cette série n’a jamais vu le jour. L’ouvrage qui devait l’inaugurer, Des hiéroglyphiques à l’Isotype, resté inédit du temps de son vivant, vient de paraître aux éditions B42 dans sa version française . C’est l’occasion pour nous de revenir sur le rapport qu’entretient l’Isotype avec les cartes. par Nepthys Zwer Autrice de (...)

    #Billets

    https://seenthis.net/messages/763116 via visionscarto