NRobin

Chargée d’Etudes Nantes / AMD

  • La galaxie du Sombrero

    https://saplimoges.fr/limage-du-mois-de-mai-2016-le-sombrero-alias-m-104

    L’image du mois de mai 2016 : Le Sombrero, alias M 104. – Société d’Astronomie Populaire de Limoges

    M 104 1
    http://astrofotografie-almere.nl/deepskyweb1/Deepsky/m8267minutenbelichtregiogrotebeermaart2009locatiedomainedepradinescevennenfrankrijk.jpg
    Galaxie Sombrero M 104
    Le printemps avance. Avec lui, les objets du ciel profond proches de l’horizon sud prennent de la hauteur : c’est le moment de recommencer à s’intéresser à eux. Ce mois-ci, nous vous proposons un objet célèbre de cette région : le Sombrero, alias M 104 ou encore NGC 4594, ou encore PGC 42407. Cette splendide galaxie tire son nom de sa forme particulière rappelant le chapeau mexicain. Celle-ci est due à son bulbe important, composé de vieilles étoiles, et à son disque sombre vu par la tranche, renfermant étoiles, gaz et structures de poussières complexes.
    Cette photo a été réalisée par Jean Pierre Debet en avril 2015 à Saint Léonard de Noblat avec un télescope C9 muni de son réducteur et équipé d’une caméra SBIG STF 8300. Le temps de pose global de 5H 20 min se décompose ainsi : luminance : 2H40 en poses de 4 min binning 1, couleurs en poses de 1,5 min et binning 2 : rouge : 40 min, vert : 30 min, bleu : 54 min. Le traitement numérique a été effectué avec Pixinsight.
    Cliquer sur l’image pour l’observer en résolution supérieure.

    Trois découvreurs pour cette Galaxie :
    La galaxie du Sombrero a été découverte par l’astronome français Pierre Méchain le 11 mai 1781, comme une très faible « nébuleuse ». Charles Messier, collaborateur de Pierre Méchain, l’avait reportée dans ses manuscrits personnels, mais ne l’avait pas notée dans la première édition du catalogue des 103 objets célestes qu’il compila entre 1758 et 1782.

    Ce n’est qu’en 1921 que l’astronome français Camille Flammarion suggéra son addition dans le célèbre catalogue « Messier », avec le numéro 104, après avoir remarqué dans les notes manuscrites de Charles Messier la similitude de position entre cet objet et celui découvert par William Herschel en 1784 (H I.43), galaxie identifiée dans le New General Catalogue sous le numéro 4594 [1][2].
    Elle fait partie des sept galaxies qui seront ultérieurement ajoutées au catalogue initial en 1947 (M 105 à M 107), en 1960 (M 108 et M 109) et en 1967 (M 110) [3].

    Caractéristiques physiques du Sombrero :
    Le Sombrero se trouve à environ 30 millions d’années-lumière (AL) de nous. Son champ angulaire mesure 9 x 4 minutes d’arc, correspondant à une taille réelle de 50 000 X 22 000 AL (Voie Lactée = 100 000 X 10 000 AL). Avec une magnitude apparente de 8, il est visible avec de classiques jumelles de 50 mm, mais évidemment, c’est avec de forts grossissements que la bande de poussières est révélée dans toute sa complexité.

    Jusqu’en 2012, le Sombrero a été observé par le VLT, Hubble, une armada de télescopes et de satellites, et on croyait que le Sombrero était une galaxie spirale de type Sa-Sb, c’est à dire avec moins de bras spiraux que notre Voie Lactée qui est de type Sb-Sc. En effet, les spirales apparaissent avec des grossissements supérieurs à 200, de courtes poses, et un traitement numérique spécial [4].

    Mais en 2012, le télescope spatial infrarouge Spitzercrée la surprise en révélant, à la fois la vraie nature du Sombrero, et par là-même, la raison de son étrangeté… Ce que la vision infrarouge de Spitzer a révélé, c’est que M 104 n’est pas une galaxie spirale, mais une galaxie elliptique géante…, ainsi que le montre la photo composite [1] ci-dessous avec un disque de poussière, enregistré à la longueur d’onde de 8 µm par Spitzer et reproduit en rouge sur la photo, dessinant une ellipse presque parfaite sans aucune spirale. Cette requalification permet de de résoudre une énigme de M 104 : son halo de plus de deux mille amas globulaires, aberrant pour une simple spirale, devient parfaitement normal autour d’une elliptique géante…[Serge Brunier 6] [7].
    Le bulbe de M 104 contient 10 fois plus d’amas globulaires que celui de notre galaxie, mais tous sont soupçonnés d’avoir entre 10 et 13 milliards d’années [4].
    https://i.ytimg.com/vi/KFKNe9bFGZ0/maxresdefault.jpg
    M104 composite. Le noyau du Sombrero abrite un trou noir supermassif d’environ 1 000 milliards de masses solaires, un des plus massifs trous noirs mesurés dans les galaxies proches, 250 fois plus large que celui de la Voie Lactée. En dépit de cet énorme trou noir en son centre, la galaxie semble plutôt tranquille, impliquant que celui-ci ne trouve plus grand chose à absorber…[1].

    La bande sombre du disque de M104 se compose principalement de poussière et de gaz hydrogène. Contenant la majeure partie gaz moléculaire froid de la galaxie, elle constitue le principal site de formation d’étoiles.
    Là encore, les images infrarouges de Spitzer révèlent l’étrangeté du disque de gaz et de poussières qui entoure le cœur de la galaxie, et sur ce point, bien des mystères demeurent :
    Comment ce disque est-il apparu au cœur d’une galaxie elliptique, en principe dénuée de gaz et de poussières ?
    Comment a t-il gardé, au fil des ans, une forme aussi parfaite ?
    Personne ne le sait encore avec certitude, car une telle configuration, à savoir un disque parfait au cœur d’une elliptique géante, n’a encore jamais été observée ailleurs dans l’Univers [Serge Brunier 6].
    Depuis 2 ou 3 ans, certains scientifiques pensent que les images de Spitzer révèlent l’intrication de deux galaxies en une seule : une large elliptique et un mince disque galactique emboîté dedans [1]. Affaire à suivre….

    En 1912 [8], Vesto Slipher, un astronome américain, fit une découverte précoce remarquable au sujet desgalaxies. En effet, il fut le premier à observer le décalage vers le rouge de leurs raies spectrales et, en 1917, avec d’autres astronomes, à comprendre que ce décalage traduisait un éloignement des galaxies. Pour le Sombrero, ce décalage vers le rouge conduit à une vitesse de récession de 1 000 km/s. Les conséquences de cette mesure furent importantes pour les astronomes de l’époque de Slipher qui croyaient que les « nébuleuses spirales » (ils dénommaient M 104 ainsi) faisaient partie de notre Voie Lactée. Or, avec une telle vitesse d’éloignement, il ne pouvait en être ainsi ! La mesure de sa distance trancha définitivement cette question.

    Comment trouver le Sombrero ?
    Localisation M 104
    Pour les amateurs qui possèdent une monture avec la fonction GO TO, aucun problème. Mais avec des jumelles, c’est plus délicat.
    Cette galaxie se trouve dans la constellation de la Vierge, en bordure sud de la frontière (lignes rouges) avec celle du Corbeau, ainsi que le montre le schéma Stellarium ci-dessus.
    En fait, c’est à partir du Corbeau qu’on le trouve le plus facilement.

    Localisation avec le YLe Corbeau est situé à l’extrémité de la grande courbe dessinée par la suite : étoiles du manche de la Grande Casserole, Arcturus, Spica. Ses 5 étoiles principales sont très reconnaissables. On part de Algorab, l’étoile la plus au nord et on remonte vers le centre de la constellation de la Vierge. On remarque alors une formation caractéristique de 4 étoiles en « Y inversé » dont la pointe se termine par un astérisme de 3 étoiles brillantes en triangle appelé « Canali1 ». A partir de là, on continue à monter dans la direction de l’axe du « Y » et on trouve un 2ème astérisme composé de 4 étoiles presque en ligne, appelé Pothier 11. En se déplaçant légèrement vers l’Est, un demi-degré environ, la galaxie M 104 doit apparaître dans le champ de l’instrument.

    Observation du Sombrero et de son environnement :
    La vision bien connue de cette galaxie, c’est son énorme bulbe blanchâtre, bien dense, presque circulaire ici, centré autour d’un noyau blanc brillant de la grosseur d’une étoile, traversé dans son milieu par une bande de poussière presque noire au centre, marron foncé aux extrémités, dessinant une ellipse parfaite. Vue depuis la Terre, cette galaxie est légèrement inclinée de 6 degrés environ, pas assez pour qu’on ait un faible espoir de distinguer son caractère elliptique.

    Un passage dans la fonction « ImageSolver » du logiciel « Pixinsight » dévoile le riche environnement galactique autour de M 104. Cliquer sur l’image pour l’observer en résolution supérieure.
    M 104 Annotée PGCSur un degré carré environ, on en compte 13 appartenant au PGC (Catalogue of Principal Galaxies qui en compte 983 261 confirmées dont la magnitude dans le bleu est grosso modo inférieure à 18) [9]. On retrouve le Sombrero sous le numéro 42407, et d’autres galaxies comme PGC 962963 de magnitude 16,6 et de dimension 0,5′ X0,6′. Ceci donne une idée de la résolution angulaire et de la luminosité minimum données pat toute la chaîne instrumentale.

    On peut en avoir une estimation plus précise avec la recherche de la plus faible luminosité enregistrée, toujours avec la même fonction, mais en lui demandant cette fois d’indiquer les étoiles tout juste visibles.
    M 104 Annotée PGCOn constate qu’il y en a 7 qui dépasse la magnitude 17, la plus faible atteignant 17,70. En grossissant l’image, on distingue nettement les 4 petits points encadrant les étoiles repérées.

    Terminons par Pothier 11, le très joli astérisme à droite de l’image, composé de 4 étoiles diversement colorées avec des magnitudes comprises entre 7,82 et 9,17.


  • No comment ! NRobin

    https://www.les-crises.fr/il-faut-rouvrir-notre-ambassade-a-damas-par-richard-labeviere

    Les Crises -
    Il faut rouvrir notre ambassade à Damas, par Richard Labévière

    Début juillet, la dernière réunion d’Astana aura au moins permis de nouveaux échanges de prisonniers et, surtout, de consolider l’établissement des « zones de désescalade » afin d’élargir la géographie du cessez-le-feu établi après la libération d’Alep en décembre 2016. L’autre cessez-le-feu – conclu en marge du G-20 entre Vladimir Poutine et Donald Trump pour le sud-ouest de la Syrie – constitue une seconde bonne nouvelle. En Jordanie, experts russes et américains se sont mis d’accord sur un mémorandum portant sur la création d’une « zone de désescalade » dans les régions de Deraa, Qouneitra et Soueïda. Enfin, depuis le 10 juillet, un nouveau cycle de discussions a repris aux Nations unies à Genève sous l’égide du diplomate Staffan de Mistura, continuant à porter sur les « quatre paniers » et leur ordonnancement : réforme de la constitution, gouvernement de transition, élections et lutte contre le terrorisme.

    Absente de ces différents processus, la diplomatie française se trouve aujourd’hui réduite à une posture d’observation, sinon d’impuissance, dans une région où elle était pourtant un acteur de poids depuis le démantèlement de l’empire ottoman. L’expertise cartographique, une école d’islamologues les plus réputés au monde, une empathie et une connaissance personnelle des principaux responsables et décideurs politiques de la région, avaient pourtant fait de la France l’un des pays les plus écoutés et les plus attendus dans l’Orient compliqué. Désormais, pour reprendre les mots de l’un des principaux ministres des Affaires étrangères de la région : « la France est sortie de nos écrans… » Que s’est-il passé ?

    Trois évolutions franco-françaises ont conduit à ce désastre :

    1) la mode germanopratine d’un sans-frontièrisme post-kouchnérien, alliée à une morale à géométrie variable des droits de l’homme, s’est imposée comme politique étrangère à part entière de notre pays, où une grande partie de la haute fonction publique est tombée dans une fascination transie de l’école néo-conservatrice américaine. Dans ce contexte, notre diplomatie orientale historique s’est proprement désagrégée au profit de postures ne répondant plus à la défense et à la promotion des intérêts de la France, mais se conformant à des impératifs idéologiques très éloignés des réalités du terrain. Le symptôme le plus spectaculaire de cette évolution anomique aboutit à la fermeture de notre ambassade à Damas par Alain Juppé dès mars 2012.

    2) le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN en 2008, sous prétexte – notamment – qu’il favoriserait l’émergence d’un improbable « pilier européen de la défense », ramenait la politique étrangère de la France dans le sillage de celle des Etats-Unis. L’alignement de Paris et de l’Union européenne sur les orientations de Washington, en particulier à l’encontre de Moscou, démonétise la fameuse « troisième voie » initiée par le général De Gaulle au lendemain de la guerre israélo-arabe de juin 1967. Désormais, les capitales arabes s’adressent plus volontiers à Washington et Moscou, dans un climat de Guerre froide régionale où Paris n’a plus son mot à dire.

    3) enfin, la « diplomatie économique » inaugurée par Nicolas Sarkozy avec le Qatar et poursuivie par François Hollande et Laurent Fabius avec l’Arabie saoudite finit par supplanter « la politique arabe » de la France au profit d’une « politique sunnite »… En attendant des politiques touareg, kabyle, jurassienne ou papou ?

    Toujours est-il qu’une frénésie de signatures de contrats – le plus souvent sans suite – s’est emparé de l’Elysée et du Quai d’Orsay, davantage obsédés par la réussite des sociétés du CAC-40 que par les intérêts vitaux de la France. Avec cela, les effets d’annonce et les improvisations d’une diplomatie compassionnelle, faite de libérations d’otages et d’entorses aux usages les plus fondamentaux des relations internationales, ont pris le pas sur les exigences discrètes et opiniâtres d’une politique étrangère construite en fonction de la réalité des rapports de force, de la géographie et d’un temps long.

    L’auteur de ces lignes se souvient d’une conversation récente avec Bertrand Besancenot, qui fut notre ambassadeur en Arabie saoudite pendant une dizaine d’années. Il était persuadé que notre pays devait s’engouffrer dans ce qu’il appelait alors « le vide laissé par le désengagement américain en Arabie », pendant que l’administration Obama négociait – au grand dam de Riyad – la finalisation de l’accord sur le dossier nucléaire iranien. Certes, tentai-je de répondre, un certain désamour s’était installé entre les deux vieux alliés stratégiques, mais la grogne serait passagère et la relation bilatérale américano-saoudienne reviendrait vite aux tables de la loi du Pacte du Quincy, les deux pays ne pouvant s’affranchir de la première alliance pétrole contre sécurité, scellée pour 60 ans par Roosevelt et le roi Ibn-Séoud le 13 février 1945. En 2005, George W. Bush a reconduit ce pacte historique pour une nouvelle période de 60 ans, sans que l’événement suscite la moindre ligne dans la presse parisienne.

    Les rêves de l’ambassadeur Besancenot, hélas, se sont brusquement effondrés le 20 mai dernier lorsque le nouveau président américain s’est rendu à Riyad. Parallèlement aux milliards de dollars des contrats d’armements américains signés avec la monarchie wahhabite et aux promesses d’autres milliards d’investissements saoudiens aux Etats-Unis, Donald Trump s’est adressé aux représentants d’une cinquantaine de pays sunnites pour leur dire deux choses essentielles : l’Arabie saoudite est la puissance hégémonique et sans partage de l’ensemble du monde arabo-musulman ; l’Iran doit être « isolé » parce qu’il « soutient le terrorisme ». Faire une telle annonce depuis la capitale d’un pays aux mains d’une famille qui finance l’Islam radical, et par voie de conséquence le terrorisme salafo-jihadiste depuis plus de trente ans, c’est une belle performance.

    Quoi qu’il en soit, quand on fait les comptes aujourd’hui de la décennie Besancenot, l’on constate que si la France et l’Arabie saoudite ont signé des promesses de contrats pour un volume excédant 54 milliards d’euros, moins de dix milliards sont effectivement rentrés en caisse à ce jour, le reste étant, semble-t-il, condamné à la critique rongeuse des chameaux du Nejd. Par conséquent, la « diplomatie économique » et la « politique sunnite » de la France ont pris un fameux coup, dont elles ne semblent plus en mesure de se relever efficacement. De fait, nous voilà bien obligés de reconstruire autre chose, et dans les meilleurs délais.

    Avant de nous y mettre, il convient encore d’examiner et de comprendre les deux autres mécanismes qui ont fait sombrer notre diplomatie dans l’idéologie du « ni-ni », dite encore « ni Bachar, ni Dae’ch ». Là aussi, trois remarques :

    1) parallèlement et simultanément au fait que les terroristes ayant sévi dans les rues de Paris, de Londres ou de Berlin se sont tous, peu ou prou, réclamés de Daec’h/Organisation « Etat islamique » ou de la Qaïda, il importe de répéter ce que rabâche notre collègue Renaud Girard depuis cinq ans : les soldats de l’armée de Bachar al-Assad ne menacent ni les cafés de Paris, ni les intérêts français domestiques et extérieurs.

    2) est-ce bien à la France de décider si l’avenir de la Syrie doit se faire avec ou sans Bachar al-Assad ? Après les brillantes opérations occidentales de Regime Change en Afghanistan, en Irak et en Libye, celle qui est en cours au Yémen et la répression sanglante qui s’abat quotidiennement sur la population de Bahreïn avec l’aval des Etats-Unis, la question se pose des finalités des « guerres humanitaires » de Washington, Londres, Paris et Berlin (behind the window), en dépit de leurs affichages en faveur des droits humains et de l’imposition de la « démocratie ». Il faudra nous expliquer un jour pourquoi l’Afghanistan devrait être gouvernée comme la Confédération helvétique, sinon pour y exporter des montres de haute précision, du chocolat aux noisettes et des banques spécialisées dans la gestion de fortune.

    3) enfin, nulle personne de constitution normale ne saurait se réjouir des atrocités d’une guerre civile. S’il suffisait de quelques résolutions des Nations unies ou de pétitions d’ONGs pour abolir la guerre, cela se saurait ! La fin de la Guerre froide et l’élargissement de la mondialisation ont eu notamment pour conséquence de dégeler des conflits intra-muros d’une violence inouïe : Somalie, Rwanda, ex-Yougoslavie, Afrique centrale etc. Dans plusieurs continents, avec l’éclatement du cadre étatique traditionnel, nombre de conflits asymétriques mais aussi de connexions criminogènes et mafieuses (trafics de drogues, d’armes, d’êtres humains et d’organes humains) se sont développés de manière exponentielle.

    Ces flux morbides ne tombent pas du ciel et s’intensifient d’autant plus que les grandes puissances occidentales s’évertuent à démanteler les pays n’entrant pas dans la reconfiguration globale de leurs intérêts économiques et stratégiques. L’expansion mondialisée de ces machineries morbides produisent conjointement dérégulation économique, casse des services publics, radicalisations de toutes sortes et guerres civilo-globales, avec leurs cortèges d’atrocités. Ces dernières font interagir plusieurs facteurs : démultiplication d’acteurs non-étatiques, généralisation de l’idéologie de la guerre de « tous contre tous » où tous les moyens sont bons, notamment le recours aux modes opératoires terroristes1. Après le terrorisme à support étatique (1970-1990) et le terrorisme rhizomatique de la Qaïda(1991-2011), le terrorisme territorialisé de Dae’ch a changé la nature de la guerre. Face à ces évolutions, le dualisme moral du bien contre le mal, de la civilisation contre la barbarie, des « révolutionnaires » contre les « dictateurs », de « ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous », ne suffit sans doute pas à comprendre, à fortiori résoudre, les crises complexes qui n’ont cessé d’ajouter de nouvelles guerres à celles qui ravagent les Proche et Moyen-Orient depuis le démantèlement de l’empire ottoman.

    Avec la guerre civilo-globale de Syrie, les opinions publiques des sociétés occidentales découvrent, horrifiées, le retour du réel, c’est-à-dire de la mort, une mort que, pourtant leurs pratiques politiques, économiques et sociales n’ont cessé de produire, banaliser et généraliser depuis la Révolution industrielle2. Oui, des femmes et des enfants sont morts à Alep, comme à Mossoul, Raqqa et ailleurs. Mais ceux qui meurent au Yémen, à Bahreïn et au fil des « bavures » de la Coalition menée par les Etats-Unis en Irak ou en Syrie, sont moins égaux que ceux qui sont mis au compte de la Russie, de l’Iran ou du Hezbollah libanais. Tous les morts sont égaux, certes, mais certains plus égaux que d’autres…

    Défiant tout Projet de paix perpétuelle selon Kant, cette confusion n’a de cesse que d’occulter l’enjeu cartographique principal de la guerre civilo-globale en Syrie : Washington, ses supplétifs européens, ses alliés du Golfe et Tel-Aviv veulent démanteler le territoire de la Syrie comme ils l’ont fait en Afghanistan, en Yougoslavie, en Irak, au Soudan et en Libye, tandis que Moscou, Damas, Téhéran, le Hezbollah libanais et d’autres forces chi’ites s’évertuent, pour leur part, à défendre les frontières et les alliances des Etats-nations de ce Croissant fertile disputé depuis Alexandre le Grand.

    Dernièrement, l’ancien ambassadeur américain à Damas Robert Ford a accordé un entretien au quotidien saoudien Asharq al-Awsat, reconnaissant l’échec des buts de guerre de Washington au Proche et au Moyen Orient et annonçant une « défaite américaine ». Rien de moins ! Il affirmait, par ailleurs : « la partie est finie, les Etats-Unis seront obligés, une fois Dae’ch écrasé, de déguerpir. Comme cela s’est passé au Liban en 1983 et en Irak en 2011 ». Il concluait : « la plus grande erreur politique que j’ai commise était de croire que le régime allait négocier son propre départ. Je n’avais pas prévu que l’Iran et le Hezbollah allaient envoyer des milliers de combattants pour soutenir le pouvoir en Syrie ». Ni le soutien indéfectible de la Russie !

    Comme nous l’avons souligné en préambule, la Russie s’est imposée comme la nation cadre dans le processus d’une recherche de sortie de crise. Toujours imprévisible, mais dominé par son pragmatisme affairiste, Donald Trump a fini par admettre cette évidence, allant jusqu’à répéter lors du dernier G-20 de Hambourg, qu’« il fallait travailler avec les Russes en Syrie. » La Maison Blanche cherche maintenant à placer des « technocrates » dans un futur gouvernement de transition, « technocrates » qui assureraient aux sociétés américaines leur part de reconstruction des infrastructures d’une Syrie à remettre debout. Dans le contexte de cette nouvelle donne, que dit et que fait la France ?

    Quelques signes encourageants : notre nouveau président de la République a affirmé qu’il ne désirait pas « la destruction de l’Etat syrien », que la mise hors-jeu de Bachar al-Assad n’était pas la question et qu’une idéologie de « néoconservateurs importés » n’offrait certainement pas la solution d’une sortie de crise…

    Bien sûr, les soutiens des « révolutionnaires » de « Damas-sur-Seine » ont aussitôt signé une tribune horrifiée dans Libération, bulletin officiel de la bobologie diplomatique qui ruine notre politique étrangère depuis la fin de Chirac. D’autres voix peuvent enfin se faire entendre, appelant le président de la République à reprendre en main notre outil diplomatique en déshérence et demandant la levée des sanctions internationales, qui frappent surtout la population civile syrienne, et aussi la réouverture de notre ambassade à Damas.

    Il ne s’agit pas d’installer un nouvel ambassadeur de France à Damas en flonflons et fanfares mais, en tenant compte de l’évolution des rapports de force régionaux et internationaux aux Proche et Moyen-Orient, et sans se déjuger, d’y nommer un chargé d’affaires, comme l’ont fait depuis plusieurs mois différents pays de l’Union européenne, d’Asie et d’Amérique Latine. En renouant ainsi un dialogue, même à minima, avec les autorités syriennes, Paris retrouverait quelques canaux et quelques outils susceptibles de lui fournir informations et moyens pour refonder une diplomatie souveraine et indépendante dans cette région cruciale.

    Le rétablissement de la coopération avec les services syriens est une absolue nécessité dans notre lutte contre un terrorisme qui ne s’arrêtera pas avec le démantèlement des sanctuaires irakiens et syriens de Dae’ch et de la Qaïda. L’après-Dae’ch a d’ores et déjà commencé au Caucase, en Asie (aux Philippines notamment) et à nos portes sahélo-sahariennes (en Libye par exemple). Et que les « révolutionnaires » parisiens ne viennent plus répéter que Bachar al-Assad a fabriqué lui-même et à lui seul les groupes salafo-jihadistes qui terrorisent les Proche et Moyen-Orient. Ce sophisme rabâché constitue l’une des figures négationnistes les plus perverses de la guerre civilo-globale de Syrie. Lors des pourparlers de Genève I et II, les autorités syriennes ont effectivement libéré plusieurs milliers de terroristes : à l’époque, cette décision conditionnait la poursuite du processus diplomatique engagé à Genève sous l’égide des Nations unies. Les autorités syriennes ont dû s’y résoudre à la demande insistante des diplomates russes, qui cherchaient à satisfaire l’Arabie saoudite, marraine de la délégation de l’opposition.

    Depuis, bien des masques sont tombés et les factions salafo-jihadistes soutenues et financées par les monarchies du Golfe et la Turquie reculent partout. A l’ouest d’Alep, les services turcs essaient d’exfiltrer leurs mercenaires sunnites tchétchènes et chinois de la poche d’Idlib. Armés par Washington, les Kurdes des FDS (Forces démocratiques syriennes) assiègent Raqqa et Al-Mayadeen, derniers sanctuaires syriens de Dae’ch. Mais ces unités kurdes ne pourront certainement pas encadrer la reconstruction de ces villes majoritairement sunnites, qui accueilleront avec soulagement les unités de l’armée gouvernementale syrienne.

    Une fois que celles-ci, engagées à l’Est en direction de Deir ez-Zoor et Deraa, auront fait leur jonction à la faveur du dernier cessez-le-feu Russo-américain, les négociations d’Astana et de Genève entreront dans une nouvelle séquence, qui se concentrera sur les conditions, les acteurs et les moyens de la reconstruction du pays. La France participera-t-elle à ce chantier qui promet de changer la géopolitique générale des Proche et Moyen-Orient ?

    Je me souviens avec une certaine mélancolie, sinon une révolte certaine, avoir partagé l’engagement des unités du génie français pour déminer les plages de Koweït-City, remettre en fonction la centrale électrique et le tram de Sarajevo – théâtre sur lequel 55 soldats français sous casque bleu ont laissé la vie -, pour voir avec stupéfaction des sociétés britanniques, allemandes, italiennes, coréennes etc. rafler la majorité des chantiers de ces reconstructions. Au-delà de ces perspectives économiques, la France doit retrouver une place centrale dans ce nouvel Orient et cette nouvelle Méditerranée où Russes et Chinois ont pris pied durablement, y compris dans les ports, changeant une donne stratégique dont notre pays ne peut rester absent plus longtemps.

    Richard Labévière
    16 juillet 2017

    1 Richard Labévière : Terrorisme, face cachée de la mondialisation. Editions Peirre-Guillaume de Roux, novembre 2016.
    2 Les dernières révolutions technologiques – dont la disruption numérique – non seulement mondialisent les pratiques les plus morbides, mais en imposent l’usage et la normativité.

    Source : Proche & Moyen Orient, Richard Labévière, 16-07-2017

    • La diplomatie française n’est pas seulement réduite à une posture d’observation, elle est complice de tous les terrorismes dans cette région : Terrorisme et Terrorisme d’Etat
      NRobin



  • Sciences et Vie

    https://m.science-et-vie.com/galerie/pourquoi-la-lune-seloigne-t-elle-de-la-terre-5699

    POURQUOI LA LUNE S’ÉLOIGNE-T-ELLE DE LA TERRE ?
    Par Roman Ikonicoff Le 05 fév 2015 à 15h27 mis à jour 05 fév 2015 à 15h27

    Lors des éclipses de Lune, quand la Terre s’interpose exactement entre elle et le Soleil, la Lune devient rousse à cause d la diffusion de la lumière rouge par l’atmosphère terrestre (Ph. Jonathan Leung via Flickr CC BY 2.0)

    Rappelons d’abord qu’effectivement, la Lune s’éloigne.

    Rappelons d’abord qu’effectivement, la Lune s’éloigne. L’installation de réflecteurs laser lors de la mission Apollo 11, en 1969, a permis de mesurer que notre satellite – situé à quelque 384 400 km – s’éloigne de 3,8 cm par an. En cause ? Les phénomènes de marée créés par la Lune, et dans une moindre mesure par le Soleil, qui déforment la Terre et provoquent son ralentissement. Ces marées libèrent en effet de l’énergie mécanique par frottement des océans sur les fonds marins, une dissipation d’énergie qui participe au ralentissement de la Terre… et agit sur le système Terre-Lune.

    Un système isolé dans le vide spatial, dont le moment cinétique (la “quantité” de mouvements liés à la rotation de l’ensemble des deux globes) est “conservé” selon un principe physique établi : quand la Terre décélère, le moment cinétique de la Lune associé à son mouvement orbital augmente en compensation, ce qui se traduit par son accélération sur son orbite et, donc, son éloignement. Et cet éloignement est constant, comme en témoignent les relevés de l’heure des éclipses observées depuis l’Antiquité.

    La fin annoncée des éclipses totales du Soleil par la Lune

    A ce rythme, la diminution de la taille apparente de la Lune (aujourd’hui égale à celle du Soleil) fera que, dans 500 millions d’années, il n’y aura plus d’éclipses totales, seulement des éclipses annulaires. Notre satellite va continuer de s’éloigner jusqu’à ce que la Terre tourne sur elle-même à la même vitesse que la Lune tourne autour d’elle.

    Les calculs montrent que, dans environ 10 milliards d’années, les deux corps se retrouveront ainsi face à face, la Lune ne devenant visible que d’une moitié de la Terre. Un spectacle qu’aucun Terrien ne pourra pourtant contempler car, d’ici là, le Soleil aura disparu…

    L.B.


  • Le génie catalan n’a pas de limite !
    Gaudí et Dalí...
    NRobin

    http://travelandfilm.com/les-14-chefs-d-oeuvres-de-gaudi-a-barcelone

    http://m.surrealiste.net/artistes/salvador-dali/oeuvres.html

    http://www.topito.com/top-oeuvres-salvador-dali

    Top 20 des oeuvres à retenir de Salvador Dali, le génie aux moustaches

    Nul ne doit ignorer l’oeuvre de Salvador Dali, dont une exposition rétrospective retrace actuellement le parcours au Centre Pompidou de Paris. Après des premières années d’apprentissage cubiste, Dali


  • Magnifique Alain Gresh du Diplo ! NRobin

    https://lemuslimpost.com/alain-gresh-president-assimile-antisionisme-antisemitisme.html

    A LA UNE, INTERVIEWS ET PORTRAITS
    Proche-Orient.
    ALAIN GRESH : « C’EST LA PREMIÈRE FOIS QU’UN PRÉSIDENT ASSIMILE ANTISIONISME ET ANTISÉMITISME »

    Frédéric Geldhof
    Alain Gresh, auteur de la BD « Un chant d’amour, Israël-Palestine, une histoire française », nous parle du conflit israélo-palestinien et de son livre.
    Alain Gresh, directeur du journal en ligne OrientXXI et spécialiste du conflit israélo-palestinien, sort la bande-dessinée « Un chant d’amour, Israël-Palestine, une histoire française »(éditions La Découverte), illustrée par Hélène Aldeguer. Alain Gresh nous parle de son ouvrage mais aussi du conflit israélo-palestinien et de la venue de Netanyahu à Paris pour la commémoration du Vél’ d’Hiv’.

    LeMuslimPost : En lisant votre livre, on se dit que la bande-dessinée va survoler le confit israélo-palestinien et, finalement, on apprend beaucoup de choses… Pourquoi avoir choisi ce format ?

    Alain Gresh : Bien que ce soit une bande-dessinée, cela a été un gros travail. On a choisi ce format après une rencontre avec la dessinatrice Hélène Aldeguer mais aussi parce que j’ai toujours été intéressé par la bande-dessinée. On voulait toucher un public nouveau, qui ne lirait pas forcément un livre sur le conflit israélo-palestinien, mais aussi faire en sorte que quelqu’un qui connaît le conflit apprenne quelque chose. On a essayé de trouver des anecdotes originales, et la bande-dessinée permet de mettre en scène des histoires différemment d’un livre classique, comme la Une de France Soir au matin du 5 juin 1967 annonçant l’attaque d’Israël par l’Egypte ou la rencontre entre Serge Gainsbourg et l’ambassadeur d’Israël qui lui demande une chanson. Ce sont des événements très parlants visuellement et qui frappent.

    « On n’a aucune influence sur les Israéliens »
    On reproche souvent aux Français d’importer le conflit israélo-palestinien dans l’Hexagone. Mais vous montrez, comme l’indique le sous-titre de votre bande-dessinée, que celui-ci a toujours été « une histoire française » et ce, dès le général De Gaulle…

    Dès 1967, avec la position du général De Gaulle qui a condamné la guerre menée par Israël — il n’a jamais pardonné qu’Israël ait tiré le premier —, c’est devenu un débat très présent dans notre pays. Depuis cinquante ans, c’est resté un sujet très sensible. En 1967, De Gaulle, contre toute la classe politique, à l’exception des communistes, contre tous les médias massivement pro-Israéliens et contre une grande partie de l’opinion publique, prend une position à contre-courant et condamne une guerre qu’il estime être une guerre d’agression. C’est cette position du général De Gaulle qui va déterminer trente ou quarante années de politique française. Tous ceux qui lui ont succédé, y compris des gens très critiques comme Giscard d’Estaing — qui était considéré comme pro-Israélien —, ont suivi la même voie. Mais depuis une dizaine d’années, notamment avec Sarkozy et Hollande, on assiste à un tournant de la position française. Non pas sur les principes — la France dit qu’elle est toujours contre la colonisation et pour une solution à deux Etats — mais on a développé des relations bilatérales avec Israël, sans prendre en compte ce que ce pays fait subir aux Palestiniens. Et on a vu monter un discours qui épouse le discours israélien, notamment sur « la guerre contre le terrorisme » et sur le fait d’assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme. La réception par Macron de Netanyahu a été très loin : c’est la première fois qu’un président de la République fait cette assimilation entre antisionisme et antisémitisme. On a franchi une nouvelle étape inquiétante. La politique depuis Sarkozy, c’est de dire qu’il faut être proche des Israéliens pour avoir une influence sur eux. Or, on n’a aucune influence sur leur politique.

    « L’amalgame entre les juifs et Israël est dangereux »
    Cet amalgame entre antisionisme et antisémitisme a réellement été développé lors d’un discours de Manuel Valls au dîner du CRIF, alors qu’il était le Premier ministre de François Hollande…

    Oui. Hollande avait fait cet amalgame alors qu’il était candidat à la présidentielle, mais pas en tant que président. Mais concernant Macron, c’est très dangereux : le Vél’ d’Hiv’ est une affaire qui concerne la France. En invitant Netanyahu, il y a l’idée qu’Israël représente les juifs français. Dans la bande-dessinée, il y a une rencontre entre Giscard d’Estaing et Yitzhak Shamir, Premier ministre israélien, qui lui dit, en parlant des juifs de France : « Nous avons rencontré notre communauté. » Giscard lui répond : « Non, c’est notre communauté. » C’est important, il y a cet amalgame entre juifs et Israël qui est dangereux et qui est le résultat, entre autres, de la politique du CRIF, qui soutient de façon inconditionnelle Israël.

    Le sommet pour la paix organisé par la France en janvier 2017 a-t-il servi à quelque chose ?

    Je crois que cela n’a servi à rien. La France, en 1967 ou en 1980 quand elle fait reconnaître l’OLP ou le droit à l’autodétermination des Palestiniens, ne pèse pas beaucoup plus lourd qu’aujourd’hui sur la scène internationale. Mais il y a une vraie volonté d’avoir une vraie politique indépendante, de ne pas être à la remorque des Américains, de penser que nous avons un rôle à jouer. Et pourtant, c’est elle qui va faire avancer l’idée en Europe qu’il n’y a pas de solution sans l’OLP, sans l’autodétermination des Palestiniens. Aujourd’hui, on prétend garder les mêmes positions : on est pour une solution à deux Etats mais, dans les faits, on ne fait rien pour que cela se réalise vraiment. On a une position dite équilibrée, c’est presque plus pervers : on met sur le même plan l’occupant et l’occupé. On demande à l’occupé de négocier avec Israël sans conditions, c’est absurde.

    « Des canaux officieux se sont ouverts entre l’Arabie Saoudite et Israël »
    On a vu des candidats comme Benoît Hamon s’engager sur la Palestine lors de la campagne présidentielle. Est-ce une question primordiale pour un politique français d’avoir une position claire sur la Palestine ?

    Elle n’est pas primordiale, personne ne vote prioritairement en fonction d’une position sur la Palestine. Par exemple, on dit que les musulmans ont voté massivement pour Hollande en 2012. S’ils s’étaient attachés à la question palestinienne, ils n’auraient sûrement pas voté pour lui. Certes, c’est une question qui pèse, mais pas encore assez. Il n’y a pas suffisamment de pressions sur les députés pour qu’ils prennent en compte cette question.

    Notamment avec la crise diplomatique entre plusieurs pays du Golfe et le Qatar, on voit l’Arabie Saoudite devenir de plus en plus proche d’Israël. Se dirige-t-on vers une normalisation de leurs relations diplomatiques ?

    Il y a un rapprochement, des canaux officieux qui sont ouverts entre certains pays du Golfe, notamment l’Arabie Saoudite, et Israël. Mon sentiment, c’est que cela ne peut pas aller très loin, car l’opinion en Arabie Saoudite fait que c’est très difficile aujourd’hui d’opérer une normalisation avec Israël sans que cela ait des conséquences internes pour le royaume.

    • http://iremmo.org/rencontres/controverses/israel-palestine-histoire-francaise-1967-2017

      Israël-Palestine, une histoire française (1967-2017)
      Jeudi 1er juin 2017

      Rencontre avec :
      Alain Gresh, journaliste, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, fondateur du journal en ligne « Orient XXI », média de référence auquel contribuent nombre de journalistes et d’experts français et étrangers spécialistes du Moyen-Orient et du Maghreb. Auteur de nombreux ouvrages sur le Proche-Orient, parmi lesquels Palestine 47, un partage avorté(Complexe, 1994, avec Dominique Vidal) ;Israël, Palestine : vérités sur un conflit(Fayard, 2001) ; De quoi la Palestine est-elle le nom ? (Les Liens qui libèrent, 2010).

      Hélène Aldeguer, dessinatrice, diplômée de l’École Estienne en illustration, auteure d’une bande dessinée, Souvenir de la révolution, entre fiction et reportage, sur les élections en Tunisie fin 2014. Son travail a été sélectionné au concours « Jeunes Talents » du festival d’Angoulême en janvier 2016. Parallèlement à ses travaux de bande dessinée, elle est illustratrice pour différents médias en ligne spécialistes du Moyen-Orient.

      Modération, Dominique Vidal, journaliste et historien, ancien rédacteur en chef adjoint du Monde Diplomatique.

      Présentation de la BD Un chant d’amour. Israël-Palestine, une histoire française parue le 11 mai 2017 aux éditions La découverte.

      BD alain greshPrésentation de l’éditeur

      Le 17 novembre 2013, au cours d’un repas en petit comité organisé à Tel Aviv en présence de François Hollande et de Benjamin Netanyahou, une artiste locale interpréta la chanson de Mike Brant « Laisse-moi t’aimer ». Au moment du toast, le président de la République française se refusa à entonner une chanson. Mais il rendit hommage au Premier ministre israélien : « Pour l’amitié entre Benjamin et moi-même, pour Israël et pour la France, même en chantant aussi mal que je chante – car je chante mal -, j’aurais toujours trouvé un chant d’amour – d’amour pour Israël et pour ses dirigeants. » Cet épisode, passé inaperçu à l’époque est révélateur des relations étonnantes que la France entretient avec Israël et, par conséquent, avec la Palestine. C’est cette relation spéciale, faite d’amours et de haines, de tensions et non-dits, de collusions et d’incompréhensions qu’explorent dans cette bande dessinée le journaliste Alain Gresh, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique et spécialiste reconnu du monde arabe, et Hélène Aldeguer, dessinatrice et illustratrice.

      L’ouvrage, qui paraîtra cinquante ans après la guerre des Six-Jours (juin 1967), raconte un demi-siècle de relations franco-israélo-palestiniennes. Il dévoile non seulement comment Paris a joué un rôle diplomatique central dans le conflit israélo-arabe, depuis plusieurs décennies, mais également comment ce conflit est très tôt devenu une « passion française », agitant les milieux politiques, intellectuels, médiatiques, artistiques et militants. Depuis cinquante ans, et plus intensément encore qu’on ne le croit, expliquent les auteurs, la question israélo-palestinienne est au cœur de la société française.
      Le travail d’Alain Gresh, scénariste de l’ouvrage s’appuie sur des recherches approfondies dans les archives de la diplomatie française et dans la production des médias hexagonaux (presse écrite, télévision, radio, cinéma, brochures militantes, etc.). Grâce à la documentation exceptionnelle qu’il a rassemblée, ce livre permet de comprendre les grandes étapes des relations que la France entretient à la fois avec Israël et avec la Palestine tout en revenant sur des épisodes oubliés, méconnus, voire inconnus, mais emblématiques de l’amour que la société française entretient avec le Proche-Orient.
      L’ouvrage est destiné à la fois aux néophytes et aux connaisseurs. C’est dans le but de s’adresser à un public large et exigeant que les auteurs ont choisi de raconter cette histoire sous forme graphique sans pour autant avoir recours à la fiction (les propos des personnages sont tous authentiques). Et pour bien souligner la « passion française » dont il est question dans le livre et les déchirements nationaux qu’elle ne cesse de provoquer depuis des décennies, la dessinatrice Hélène Aldeguer a choisi de restituer cette histoire en jouant sur les effets saturés et contrastés de trois couleurs symboliques : le bleu, le blanc et le rouge.

      L’article d’Orient XXI sur le livre

      En partenariat avec Orient XXI

      Article(S) Suggéré(S) :
      Atelier 5h Israel-PalestibeLe conflit israélo – palestinienAlain_Gresh_Interview_YTIsraël-Palestine : la politique française hier et demain5988507224_d83d517401_zEn Egypte, l’ordre incertain : état des lieux du mandat de Sissi

      Négociations israélo-palestiniennes : le débat politique en Israël

      http://iremmo.org/rencontres/controverses/israel-palestine-histoire-francaise-1967-2017



  • Jérusalem, El Qods, la fleur des cités, c’est toujours d’actualité ! Par Fairuz

    https://youtu.be/4qej5pbMFRw
    https://youtu.be/IPK3LGv-V8c

    http://lyricstranslate.com/fr/ya-zahrat-al-madayn-%D8%B2%D9%87%D8%B1%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%

    Ya Zahrat al madayn (زهرة المدائن)

    Original
    لأجلك يا مدينة الصلاة أصلي
    لأجلك يا بهية المساكن يا زهرة المدائن
    يا قدس يا قدس يا مدينة الصلاة
    عيوننا إليك ترحل كل يوم
    تدور في أروقة المعابد
    تعانق الكنائس القديمة
    و تمسح الحزن عن المساجد
    يا ليلة الأسراء يا درب من مروا إلى السماء
    عيوننا إليك ترحل كل يوم و انني أصلي

    الطفل في المغارة و أمه مريم وجهان يبكيان
    لأجل من تشردوا
    لأجل أطفال بلا منازل
    لأجل من دافع و أستشهد في المداخل
    و أستشهد السلام في وطن السلام
    سقط الحق على المداخل
    حين هوت مدينة القدس
    تراجع الحب و في قلوب الدنيا أستوطنت الحرب
    الطفل في المغارة و أمه مريم وجهان يبكيان و أنني أصلي

    الغضب الساطع آتٍ و أنا كلي ايمان
    الغضب الساطع آتٍ سأمر على الأحزان
    من كل طريق آتٍ بجياد الرهبة آتٍ
    و كوجه الله الغامر آتٍ آتٍ آتٍ
    لن يقفل باب مدينتنا فأنا ذاهبة لأصلي
    سأدق على الأبواب و سأفتحها الأبواب
    و ستغسل يا نهر الأردن وجهي بمياه قدسية
    و ستمحو يا نهر الأردن أثار القدم الهمجية
    الغضب الساطع آتٍ بجياد الرهبة آتٍ
    و سيهزم وجه القوة
    البيت لنا و القدس لنا
    و بأيدينا سنعيد بهاء القدس
    بايدينا للقدس سلام آتٍ

    traduction en français
    La fleur des cités

    Versions : #1#2#3
    Pour vous, O la ville de prière je prie
    Pour vous, O la fleur des cités de magnifique maisons
    O Jérusalem, O Jérusalem, O la ville de prière
    Nos yeux vers toi se déportèrent tous les jours
    Tournant dans les couloirs des temples
    Serrant les vieilles églises
    Et effaçant la tristesse des mosquées
    O nuit de l’ascension, O chemin de ceux qui montèrent au ciel
    Nos yeux vers toi se déportèrent tous les jours et je prie
    l’Enfant dans la grotte et sa mère, Marie, deux visages en pleurs
    Pour les personnes jetés dehors
    Pour les enfants sans-abri
    Pour les défenseurs et les martyres des entrées
    et la paix martyrisée au pays de la paix (à Jérusalem)
    et le droit tomba sur ​​les entrées
    Alors que la Ville de Jérusalem est tombée
    L’Amour recula et dans les cœurs du monde la guerre habita
    l’Enfant dans la grotte et sa mère, Marie, deux visages en pleurs
    la Colère écarlate viendra et en toute foi je suis
    la Colère écarlate viendra et sur les douleurs je passe
    De chaque chemin viendra avec les chevaliers de la mort viendra
    Et comme le visage écarlate de Dieu viendra, viendra, viendra
    Ne se fermera pas la porte de notre ville, je vais prier
    je frapperai sur les portes et j’ouvrirai les portes
    Et avec ton eau sainte, O le Jourdain, mon visage tu purifieras
    O le Jourdain les traces des pied de barbarie tu effaceras
    la Colère brillante viendra avec les chevaliers glorieux viendra
    Et le visage de force tu batteras
    la maison est à nous et Jérusalem est à nous
    Et avec nos mains nous rendrons a Jérusalem sa beauté
    Avec nos propres mains la paix retournera a Jérusalem


  • L’autre vision du conflit syrien : la vision anti-occidentale et anti-capitaliste
    NRobin

    https://francais.rt.com/opinions/33365-carla-ortiz-guerre-syrie-montee-toutes-pieces

    https://fr.rt.com/french/images/2017.02/original/5891dd71c4618813128b4641.jpg
    Carla Ortiz : « La guerre en Syrie a été montée de toutes pièces »
    2 févr. 2017
    Carla Ortiz : « La guerre en Syrie a été montée de toutes pièces »
    Carla Ortiz à Palmyre.
    Témoignages d’habitants, mensonges des médias occidentaux et réalité du quotidien en Syrie... l’actrice bolivienne Carla Ortiz fait part de son expérience de plusieurs mois passés en Syrie, ravagée par la guerre.

    Carla Ortiz est actrice et productrice bolivienne. Elle a tourné un documentaire sur la guerre en Syrie qui sera diffusé en juin 2017.

    RT : Vous avez réalisé un film documentaire sur la guerre en Syrie. Comment en êtes-vous arrivés à vous lancer dans ce projet ?

    Carla Ortiz (C. O.) : On en parle sans cesse, ce sujet est constamment dans les titres de tous les programmes d’information. On nous dicte l’idée selon laquelle le Moyen-Orient est une région où les conflits sont incessants, que c’est une situation sans issue. La mort des gens n’est plus que statistiques. J’ai alors commencé à chercher des réponses et je me suis aperçu que la réalité était complètement différente. Après cela, j’ai décidé d’aller en Syrie pour entendre la version des Syriens sur place.

    RT : Une religieuse argentine, Guadalupe Rodrigo, qui est en Syrie depuis plusieurs années, fait partie de ceux qui croient que le conflit a été planifié, qu’il ne s’agit pas d’un soulèvement spontané du peuple syrien.

    C. O. : Après avoir traversé 75% du pays, j’ai compris que mon dialogue avec ses habitants se répétait constamment. Quel que soit le lieu, le statut social ou la religion de l’interlocuteur, j’obtenais la même réponse : la guerre a été montée de toute pièce, délibérément et soigneusement. Des femmes m’ont raconté que certaines personnes s’adressaient à elles en leur proposant des téléphones par satellite pour qu’elles puissent filmer les émeutes, les troubles, puis transmettre les vidéos finales à la chaîne de télévision saoudienne Al Arabiya.

    RT : Guadalupe Rodrigo affirme également que, du point de vue syrien, les médias occidentaux ont menti dès le début et ont déformé la réalité. Que vous ont dit les Syriens des médias occidentaux ?

    C. O. : Ils ont perdu confiance en ces médias occidentaux, car ces derniers ont souvent abusé des informations auxquelles ils ont eu accès. Ils ont déformé les histoires, ou omis certaines parties des interviews, utilisant tout au profit du mécanisme qu’ils avaient créé. En conséquence, vous êtes perdu et ne savez pas où est la vérité, tout devient très trompeur.

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    Si vous allez en Syrie, vous verrez que les vrais Syriens parlent de paix, d’unité, d’amour
    RT : Autre fait intéressant : vous mentionnez dans votre film, qu’il n’y avait pas de correspondants étrangers sur le terrain lors de la bataille d’Alep…

    C. O. : Il n’y en avait pas. Il y en avait à Alep, ils étaient dans le même hôtel que moi. Je l’ai voyais au petit déjeuner le matin, j’ai fait leur connaissance, je connais leurs noms... mais, pour une raison que j’ignore, ils n’étaient pas sur la ligne de front.

    Qui y était ? Après tout, j’y suis allée et il n’y avait pas de bombardements de la population civile. J’y étais, et j’ai échappé à plusieurs balles. Qui rapportait les nouvelles ? J’étais à Alep Est et ne pouvais pas dire à mon père que je me portais bien, que j’étais vivante. Mais certains militants criaient, filmant tout cela sur leurs téléphones : « On nous tue ! », « Oh, je vais mourir ! » Quel type de communication par satellite utilisaient-ils ? S’ils avaient une communication par satellite, c’est qu’ils étaient partisan de l’autre bord. C’est une des complexes contradictions où rentrent en jeu le facteur humain et la logique.

    RT : Il y a également l’histoire de Bana, une petite fille qui aurait twitté depuis Alep. C’est une histoire très répandue en Occident. Cette histoire est-elle crédible, étant qu’il n’y avait tout simplement aucun accès à internet ?

    C. O. : Je ne peux pas imaginer ça, tout simplement parce que nous tournions sans éclairage à cause de l’absence d’électricité. Même dans la partie ouest d’Alep, qui était sous protection, nous ne pouvions pas utiliser ni prises et ni recharges pour nos appareils. D’où viennent ces vidéos, où elle est en train de lire des livres électroniques ? Très souvent, sur ses vidéos, on n’entend même pas de coups de feu. Comment une fille de sept ans peut-elle dire qu’elle se moque d’une troisième guerre mondiale tant que Bachar ne gagne pas ?

    Un enfant syrien ne choisirait jamais entre la guerre et la mort. Il est difficile de l’expliquer aux gens. Mais si vous allez en Syrie, vous verrez que les Syriens parlent de paix, d’unité, d’amour. Cela ressemble à de la poésie, mais cela s’entend dans leurs propos, où que vous alliez. J’ai parlé avec eux, avec des enfants qui ont été forcés de se battre de côté des extrémistes, qui ont été forcés de tuer, et ils m’ont dit : « Nous ne voulons que la paix. Nous voulons reconstruire notre pays. » Je trouve difficile de croire que ce conflit ne soit pas le résultat d’une manipulation externe par certaines forces ayant une autre philosophie de vie.

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    A Alep on entendait des explosions chaque minute, toutes les 30 secondes. Une nuit, un bombardement a duré quatre heures sans interruption
    RT : Vous avez mentionné un fait intéressant : ces vidéos, soi-disant filmées à Alep, où on n’entend pas d’explosion, alors même que tout le monde dit que cette ville est constamment bombardée.

    C. O. : C’est amusant, parce que pendant huit mois de fréquents voyages en Syrie, dans certaines villes, le bombardement avait lieu une fois par semaine ou une fois tous les deux jours. On entendait des coups de feu toutes les trois heures.

    Quand nous étions à Darayya lors de la bataille pour le contrôle de la ville, on entendait des explosions toutes les 15-20 minutes. Mais à Alep on entendait des explosions chaque minute, toutes les 30 secondes. Une nuit, un bombardement a duré quatre heures sans interruption. A cette époque, je ne voulais qu’une seule chose, me réveiller vivante et pouvoir commencer une nouvelle journée. Dans toutes mes vidéos on entend des coups de feu. Donc, je ne comprends pas où ces vidéos ont été filmés s’il n’y a pas ces sons, surtout si ces vidéos ont soi-disant été tournées à Alep Est…

    RT : Selon vous, la communauté internationale est-elle responsable du conflit en Syrie ? Quel degré de responsabilité incombe à l’armée syrienne ? Vous parlez d’une perception très différente de l’armée syrienne par le peuple syrien...

    C. O. : Je ne dirai jamais qu’il n’y a aucune opposition, bien sûr, elle existe. Et je connais beaucoup de gens qui en font partie, j’ai beaucoup d’amis dans l’opposition et nous avons échangé à ce sujet. Mais l’opposition syrienne ne porte pas d’armes. L’opposition syrienne aime la Syrie et elle ne détruit pas son pays. Des opposants syriens qui se trouvent à l’étranger rêvent de revenir dans leur patrie. Je pense qu’à un moment donné la communauté internationale a décidé que le peuple syrien voulait se débarrasser de cette forme de gouvernement, et par conséquent, par une sorte de complot, le mouvement en faveur de la révolte a apparu. Cependant, je pense qu’en réalité la situation est tout à fait différente. Et c’est devenu tout à fait évident après six ans de guerre. Sinon, ils auraient déjà déposé leur président. L’armée syrienne est actuellement composé principalement de volontaires, de filles et de garçons de dix-huit ans. Ce sont des enfants qui, au lieu de communiquer par WhatsApp et de faire des selfies, portent des armes et tentent de vaincre le terrorisme. Par conséquent, je crois que la communauté internationale devrait reconsidérer sa politique étrangère, la politique que nous avons menée en Syrie, y compris celle des sanctions économiques contre ce pays. Après tout, le pétrole syrien se vend encore et toujours, mais qui en bénéficie ? Et ce n’est pas mon imagination, on peut facilement trouver tout cela sur internet. Ce sont les terroristes, les groupes extrémistes qui bénéficient de tout cela.

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    RT : Est-ce que vous avez eu la possibilité de parler avec des soldats de l’armée syrienne ? Comment perçoivent-ils la situation ? Par exemple quand les médias occidentaux mettent en circulation des rumeurs selon lesquelles, pendant l’évacuation d’Alep, l’armée syrienne s’est livrée à des brutalités contre les civils.

    C. O. : Ce n’est pas vrai. J’ai encore des vidéos sur mon portable, je les ai publiées et diffusées. Qui, selon vous, m’a protégée pendant que j’y étais ? Je ne vais pas demander la protection de l’Etat islamique ou d’al-Nosra. Les terroristes ne me protégeront pas. Il faut d’abord avoir en tête qu’ils ne me permettront pas de me déplacer librement et me feront porter des vêtements totalement enveloppant. C’est l’armée syrienne qui m’a protégée, j’ai beaucoup parlé avec eux. Il s’agit de simples soldats. Parmi eux, il y a des ingénieurs civils, beaucoup de médecins, d’architectes, même des pêcheurs. Ce sont eux qui me défendaient. Ce sont les « méchants » de l’armée de Bachar el-Assad. Mais ça n’est pas l’armée de Bachar Al-Assad, c’est l’armée syrienne. Voulez-vous que je vous dise ce qu’ils ont fait ? Ils se sont mis en rang, formant une sorte de mur humain, pour que les évacués puissent sortir sains et saufs, tandis que les tireurs isolés ont essayé de les attaquer. La chose la plus triste, dans tout cela, est que personne ne gagne dans cette guerre, nous y perdons tous. Après tout, les terroristes ont des enfants, eux aussi ! Et, à cause de leurs pères, ces enfants restent à la maison et meurent aussi. Pour le moment, les enfants n’ont pas le choix, ils n’ont pas la possibilité de choisir et c’est ça le plus difficile. Bien sûr, des gens meurent, la guerre est ce qu’elle est. Et beaucoup d’injustices nous attendent encore à l’avenir.

    RT : La participation desdits « Casques blancs », cette hypothétique organisation non gouvernementale dont on a dit qu’elle avait des liens avec les gouvernements américain et britannique, dans le conflit a été débattue. Est-ce que vous avez été témoin de la participation des « Casques blancs » dans la guerre en Syrie ?

    C. O. : Bien sûr, je voulais les interviewer, quand j’étais à Alep. J’ai posé des questions à leur sujet. A mes questions sur les « Casques blancs », tout le monde m’a répondu qu’ils ne les connaissaient pas. Je parle de gens qui ont traversé Alep d’est en ouest, qui ont été enfermés dans la ville et complètement coupés du monde extérieur, dans la partie orientale d’Alep, pendant ces quatre années. Je leur ai montré les photos, expliquant : « Ce sont eux, les "casques blancs", l’organisation pacifique qui vous aide. » Mais ils m’ont répondu : « Non, non ! C’est l’Etat islamique ! » Pour eux, l’Etat islamique, ce sont tous les terroristes et cela leur importe peu qu’il y ait au minimum 47 organisations terroristes…

    Lire aussi : Les Casques blancs nominés aux Oscars : le prix du « meilleur film de propagande » les attend


  • Vers une armée de guerre plutôt encore pire que celle de Hollande ? NRobin

    Que nous dit Mediapart ?

    Croquis. Le conflit Macron-Villiers, un avant-goût de la loi Travail

    18 juillet 2017 Par Hubert Huertas

    Il y a plusieurs façons d’analyser le différend qui oppose le président de la République au chef d’état-major des armées.

    Une approche militaire,

    bien sûr, du budget et du sens de la discipline. Mais une vision civile aussi.

    La résorption de ce conflit nous renvoie à la philosophie de la future loi Travail.

    Si on la prenait au mot, l’émotion suscitée par l’affrontement entre le général Pierre de Villiers et le président Emmanuel Macron serait le révélateur d’une mutation de la société française.

    Elle prouverait que le pays, contrairement aux années 1970, où la gauche montait en puissance, est désormais unanime sur la question militaire.

    Elle dirait aussi que cette union de la droite et de la gauche pour défendre un grand soldat cache des évolutions profondes et paradoxales.

    Derrière le soutien dont bénéficie le chef d’état-major et la critique globale dont le président de la République est affecté,

    se cacheraient des mouvements tectoniques.

    > On sait que la gauche a bouleversé son discours et sa pratique dans le domaine militaire, et on le vérifie de manière éloquente.

    Jadis opposée à l’arme nucléaire et encline à sanctuariser les budgets sociaux plutôt que celui des armées, la gauche s’est convertie au fil du temps.

    Alexis Corbière, député de La France insoumise, démontre avec éloquence l’aboutissement de ce retournement.

    Dans un tweet envoyé le 15 juillet, il estime que

    « les conséquences sur l’armée sont intolérables ». Armée, éducation, culture, environnement, même combat désormais !

    > On découvre également que la droite aura fait un grand chemin sur la question, fondamentale pour elle, de l’autorité.

    Elle qui répète depuis des lustres, sur l’inspiration de Jacques Chirac en 1992, qu’« un chef, c’est fait pour cheffer »

    et ordonne « silence dans les rangs », voilà qu’elle déplore qu’Emmanuel Macron ait décidé d’illustrer ce concept en faisant voir 36 étoiles à son chef d’état-major.

    La droite approuve bruyamment le grand militaire quand il définit son idée nuancée de l’autorité dans une lettre aux jeunes soldats intégrant l’armée.

    Voici ce qu’écrit Pierre de Villiers : « La confiance est une vertu vivante. Elle a besoin de gages. Elle doit être nourrie jour après jour, pour faire naître l’obéissance active, là où l’adhésion l’emporte sur la contrainte. » Diable ! « L’adhésion » plutôt que « la contrainte ».

    On dirait la gauche de Christiane Taubira plutôt que la droite des peines planchers, mais du moment qu’Éric Ciotti approuve,

    c’est que la révolution est en marche.

    Gauche devenue « fana mili » et droite qui renonce à confondre adhésion et laxisme, le débat serait captivant s’il n’était pas automatique et ne renvoyait pas à un concept beaucoup plus terre à terre : l’opposition politique consiste à s’opposer, fût-ce à soi-même…

    Un autre aspect a pourtant échappé aux commentateurs, et il est beaucoup moins anecdotique.

    Au-delà de la question militaire, le « dialogue » entre Pierre de Villiers, cadre supérieur, et Emmanuel Macron, PDG de la start-up France, préfigure, jusque dans l’annonce de son dénouement, l’une des conséquences majeures de la future réforme du code du travail.

    Observons en effet les personnages et le synopsis de la scène qui se déroule sous nos yeux.

    Un haut cadre est mécontent des moyens qui lui sont alloués.

    Il réclame une augmentation, dans l’esprit d’une négociation au plus près des réalités de l’entreprise.

    Une négociation qui ne serait pas régentée par des règles extérieures, la loi par exemple, mais confiée aux acteurs de terrain,

    dans la somptueuse égalité du chef d’entreprise et de son subordonné.

    Ce qui s’est passé avec Emmanuel Macron n’a aucune chance, on l’imagine, d’échapper à la raison, encore moins au sens commun.

    Or, sa réaction s’est résumée à une seule phrase : « Je suis votre chef. »

    Pourquoi en serait-il autrement quand les négociations sur les salaires ou le temps de travail se dérouleront entreprise par entreprise ?

    Le « chef » le serait-il moins quand il dirige une entreprise ?

    Il y a donc dans cette affaire deux exigences opposées.

    Celle du demandeur, qui pourrait être un représentant syndical capable de dire, comme le général :

    « Je ne pourrai plus regarder mes gars [“ma base”] dans les yeux si on réduit encore nos moyens [“nos salaires”]. »

    Et en face, le chef d’entreprise, qui protesterait du sens de l’intérêt général et de l’avenir du groupe.

    Lire aussi
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    Comment ce conflit social pourrait-il se terminer ?

    Le général sera-t-il invité à aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte et remplacé, comme l’a indiqué Emmanuel Macron lui-même :

    « Si quelque chose m’oppose au chef d’état-major [“au personnel”], le chef d’état-major [“le personnel”] change [“est viré”] » ?

    Pas du tout, vous vous trompez !

    Vous avez là une vision pessimiste et polémique de la future loi Travail.

    Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, n’a-t-il pas annoncé ce lundi un épilogue tout en dialogue social,

    conforme à l’esprit apaisé des négociations entreprise par entreprise : « Ils vont prendre une décision ensemble. »

    Ah, oui… Ensemble ! Macron et de Villiers ! On le croit tellement que cela fait sourire de réconfort…


  • https://www.legrandsoir.info/georges-corm-les-pays-du-golfe-comme-les-etats-unis-ont-arme-et-entret

    19 juin 2017

    Georges Corm : « Les pays du Golfe comme les Etats-Unis ont armé et entretenu des groupes djihadistes »
    http://www.les7duquebec.com/wp-content/uploads/2017/06/arton32015-4943d-350x205.png

    Georges CORM
    Économiste et historien, Georges Corm vient de publier aux éditions La Découverte La nouvelle question d’Orient, une « plongée historique dans le destin tragique des sociétés de l’Est de la Méditerranée et du monde arabe ». Il livre ici son analyse sur la crise diplomatique qui secoue la péninsule arabique entre sponsors sunnites du « terrorisme », sous l’œil du parrain militaire étasunien.

    Comment analysez-vous la crise diplomatique actuelle et la mise en quarantaine du Qatar, accusé de soutenir le « terrorisme » ?

    Georges Corm : Heureusement que le ridicule ne tue pas : depuis la première guerre d’Afghanistan, les pays du Golfe comme les Etats-Unis ont armé et entretenu des groupes de prétendus « djihadistes » qui ont été déployés d’un pays à l’autre, en fonction des intérêts géopolitiques de Washington et de ses alliés. Ceci dit, ce n’est pas la première crise entre l’Arabie Saoudite et le Qatar, qui ont en commun comme doctrine d’Etat le wahhabisme. Et qui ont été ces dernières années en compétition très forte, en particulier depuis les soulèvements arabes de 2011, pour recueillir le fruit du détournement de ces révoltes en soutenant différentes mouvances de l’islam politique. L’influence du Qatar, via notamment ses centres d’études, ses think tanks et sa chaîne de télévision al-Jazeera, a visiblement pris trop d’importance pour une Arabie Saoudite qui cherche aujourd’hui, sans aucun complexe, à affirmer son emprise absolue et totale sur les pays arabes et aussi tous les Etats se définissant comme musulmans. Une emprise qui a débuté avec l’envolée des prix du pétrole en 1973, et qui a permis à Riyad de créer toutes les institutions nécessaires à cet effet – Ligue islamique mondiale, Banque islamique de développement, Conférence des Etats islamiques, etc. – qui ont été créé dès l’origine pour être des outils majeurs de lutte contre l’influence de l’URSS et du marxisme dans les rangs des jeunesses musulmanes, arabes ou non arabes de ce que l’on appelait alors le tiers-monde.

    Les Frères musulmans sont désignés par l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis comme la principale entité terroriste sponsorisée par le Qatar...

    Georges Corm : Pourtant, aux Emirats arabes unis, la Confrérie n’a qu’un impact limité, et historiquement, l’Arabie Saoudite a toujours été la base arrière des Frères musulmans comme de n’importe quel mouvement se réclamant de l’islam politique. L’événement qui a peut-être contribué à déclencher la contradiction actuelle, c’est le fait que l’Egypte a renversé le régime des Frères musulmans installé par les élections de 2013, avec la bénédiction des Saoud. Autant il peut être utile d’instrumentaliser une mouvance islamique, autant qu’une organisation qui a une telle importance historique arrive au pouvoir dans le plus grand des pays arabes, l’Egypte, l’Arabie Saoudite ne peut pas le tolérer.

    L’Iran a réagi très durement aux propos de Donald Trump qui a déclaré que la République islamique avait « récolté ce qu’elle avait semé ». Que vous inspire l’attitude du président américain dans cette séquence diplomatique ?

    Georges Corm : Ce n’est pas simplement l’attitude de Donald Trump qui pose problème. La thèse selon laquelle le terrorisme au Moyen-Orient serait d’origine iranienne est devenue très prégnante, alors que c’est une contre-vérité. C’est l’Irak qui a attaqué l’Iran en 1980, encouragé par les pétromonarchies, les Etats-Unis ou la France. L’Iran, qui ne parvenait pas à acheter des armes, a utilisé à cette époque des modes d’actions qualifiés de terroristes (enlèvement d’otages au Liban, attentats contre les locaux de l’ambassade américaine, ainsi que ceux contre le contingent militaire américain et celui de la France au Liban. Sitôt terminée la guerre Iran – Irak fin 1988, ces opérations se sont arrêtées. Cependant, le maintien de cette accusation, 20 ans après ces évènements et 30 ans après la prise de l’ambassade américaine à Téhéran, permet par exemple de classer le Hezbollah libanais ou le Hamas comme des organisations terroristes, alors qu’il s’agit avant tout de mouvements de résistance à une occupation, qui reçoivent des soutiens multiforme de l’Iran.

    Quelles peuvent être les conséquences de cette brusque montée en tension pour le Liban ?

    Georges Corm : Pour le moment, heureusement, la scène libanaise demeure relativement gelée. Les services de sécurité, qui travaillent avec le Hezbollah, ont réussi à mettre fin à la vague terroriste qui a touché le pays en 2013, 2014 et 2015. Même les partis politiques financés par l’Arabie Saoudite ne contestent pas le fait que le Hezbollah est une composante importante de la vie politique et sociale libanaise, et nul ne songerait à qualifier ce parti de « terroriste ». D’ailleurs, nous assistons heureusement depuis quelques mois à la disparition de la forte polarisation transcommunautaire de la vie politique libanaise depuis 2005. Il s’agissait des deux grands blocs parlementaires, l’un pro-occidental et pro-saoudien (dit bloc du « 14 mars »), dirigé par la famille Hariri d’un côté, et de l’autre le bloc dit du « 14 mars » anti-impérialiste et pro-résistance libanaise et palestinienne contre l’Etat d’Israël, dit bloc « du 8 mars ». C’est l’approche des élections parlementaires ainsi que l’arrivée du Général Michel Aoun à la présidence de la République à la fin de l’année dernière et celle de Saad Hariri comme premier ministre et allié du président qui a permis la recomposition du paysage politique libanais. Ce qui ne veut pas dire que les problèmes politiques ont disparu, comme l’a prouvé la pénible et très longue période de gestation d’une nouvelle loi électorale en vue d’élections prochaines.

    Propos recueillis par Marc de Miramon
    Journaliste à L’Humanité Dimanche


  • Enfin, un algerien qui pense ! Il s’appelle Jugurtha ! NRobin

    http://www.algerianews24.com/edito-hassiba-ben-bouali-savais-tu-quen-2017-on-taurait-traite-de-mou

    l’Edito
    Le coin de Sofiane
    Algeria News 24

    ACCUEIL l’Edito

    Edito : Hassiba Ben Bouali, savais-tu qu’en 2017 on t’aurait traité de « Moutabaridja » et ton mari de « Dayouth » ?
    12 juillet 201723779

    http://www.vitaminedz.org/photos/203/203588-je-demande-pardon-a-hassiba-ben-bouali.jpg

    MOUMENI Jugurtha Journaliste et rédacteur
    Hassiba Ben Bouali, tu es morte pour libérer un peuple qui ne se serait pas gener à traiter ton mari, de Dayouth, en 2017. Sais-tu pourquoi ? Car tu n’as jamais porté de voile et que, pour eux, tu n’étais pas assez couverte à la plage. Tu es morte pour un peuple qui ne se serait pas gêner de te traiter de « Bent França » ou au mieux de « Mourtada » et « Moutabaridja », si l’armée française t’avait épargnée la vie. Sais-tu pourquoi ? Car tu n’as pas été assez religieuse, et parce que tu as émergé, et tu as commencé à militer dans une association caritative Laïque dénommée « La Tasse de lait ». Hassiba répond moi, je t’en supplie, et dis moi si c’était cela l’Algérie que toi et Ali la pointe aviez-vous dessiner, là dans votre dernière demeure, au cœur de la Casbah ? Dis moi l’Algérie dont tu rêvais était celle de Madani Mezreg ou de Ali Benhadj ?

    Au lendemain de l’indépendance, de jeunes filles, toutes belles et fières, défilaient à chaque date anniversaire du 5 Juillet sur les rues d’Alger, en tenues de majorette sans qu’aucune âme s’offusque, rappelant ainsi pour quels principes des dizaines de milliers d’Algériens, de héros, se sont sacrifiés, ceux de la liberté et de l’indépendance. Depuis, l’histoire algérienne fut tumultueuse. Quelques années plus tard, la décennie noire passa par là et ces valeurs ont été inversées. L’héroïsme perdis sa place au profit de l’obscurantisme !

    Quarante cinq ans après ces défilés, essuyant 20 ans de guerre civile, nous pensions avoir vaincu le terrorisme, oui nous l’avons peut être vaincu, mais uniquement dans le maquis, mais on est loin de l’avoir fait dans les esprits. Quarante cinq ans plus tard, les femmes de mon pays n’ont plus le droit de mettre un maillot de bain pour se baigner ou bronzer, les filles de mon pays sont agressées car elles ne portent pas de voile durant le mois de ramadan, les femmes de mon pays ne peuvent plus défiler en tenue de majorette, les femmes de mon pays ne peuvent plus s’asseoir sur une table de café.

    Pourtant les femmes de mon pays, sont les dignes descendantes de Lala Fatma Nsoumeur de Hassiba Ben Bouali, de Zohra Drif et de Djamila Bouhiret (Les poseuses de bombes), qui n’ont jamais mis un seul bout de tissus sur leur tête, ces femmes-héros sont elles, où iront-elles en enfer ? Leurs maris sont-ils des « Dayouth » ? Ah tiens ! « Dayouth », un terme mis en vogue par le FIS, apparu uniquement durant les années 90, qui a fait son chemin depuis, pour devenir aujourd’hui l’insulte favorite des « Redjala des plages » qui couvrent leurs femmes tel un troupeau de moutons de peur qu’elles soient « convoitées » !

    Fatma, Zohra, Hassiba et Djamila vous vous êtes donc sacrifiées pour que vos maris et vos hommes soient traités de Dayouth 55 années après l’indépendance ? Vous vous êtes sacrifiées pour que vos filles soient interdites de plage, parce qu’elle ne sont pas assez « couvertes », au nom d’un pseudo concept religieux ? Vous avez donc combattues le colonisateur pour cela ? Pour qu’un courant politique et propagandiste, qui n’a pris part ni de prés ni de loin à la guerre de révolution, impose son diktat et confisque nos libertés ?

    Il n’y a pas pire que d’ignorer l’histoire de son pays, car l’ignorer c’est s’ignorer soit même, « Un peuple qui ignore son histoire est condamné à la revivre », disait Karl Marx. Si l’Algérie a résisté à la colonisation et l’évangélisation forcée des Français, un siècle durant, elle continuera à résister à ces fléaux d’obscurantisme, elle résistera grâce à ses femmes et ses hommes (Dayouth selon eux) qui ont soif de liberté, elle continuera à résister à l’obscurantisme d’une bande d’égarés, allergiques à toute forme d’émancipation qu’elle soit féminine, juvénile ou tout simplement novatrice, et qui veut et qui oeuvre pour nous renvoyer aux antipodes de la modernité, encore plus loin que le moyen age !

    Pour finir, je tenais à partager avec vous, lecteurs, la dernière lettre de l’héroïque Hassiba Ben Bouali. Ses dernières lignes étaient destinées aux enfants, à l’avenir, reflétant l’importance qu’elle accordait à leur éducation, et son inquiétude quant à leur réussite scolaire. Elle savait pertinemment que l’éducation était le fondement d’un futur état algérien fort, fidèle à ses diversités et à ses principes. Allah yarham chouhada.

    « Voilà près de 9 mois que nous n’avons pu communiquer. Je me faisais un mauvais sang de tous les diables […] C’est terrible comme la famille nous manque quand on est loin d’elle. Vous savez que je suis très recherchée ici à Alger, donc il m’est impossible de rien faire […] Nous avons eu des moments très difficiles et même maintenant ça ne marche pas comme sur des roulettes, mais enfin cela ne fait rien nous sommes pleins de bonne volonté et des frères meurent tous les jours pour conduire leur pays à la liberté. Aussi, ai-je décidé, enfin, qu’il est de mon devoir de partir au maquis où je sais que je pourrais servir comme infirmière ou même s’il le faut, et je l’espère de tout mon cœur, combattre les armes à la main […] Ne vous en faites, surtout pas pour moi, il faut penser aux petits qui vont bientôt reprendre l’école et qui j’espère travailleront bien […] Si je meurs, vous ne devez pas me pleurer, je serais morte heureuse, je vous le certifie. »

    MOUMENI Jugurtha


  • Une vérité à marteler : L’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme - Agora Vox

    C’est toujours d’actualité, en attendant, un criminel de guerre (Bibi) invité d’honneur de Macron pour commémorer la rafle du Vel d’Hiv un 16 juillet 2017. Un comble de plus ! NRobin

    En attendant, la plus importante communauté victime d’antisémitisme, est la communauté palestinienne. La solution viendra peut-être des intellectuels faussaires qui sont dans l’action contrairement aux intellectuels intègres... NRobin

    http://mobile.agoravox.fr/tribune-libre/article/une-verite-a-marteler-l-182110

    mardi 21 juin 2016 - par chems eddine Chitour
    Une vérité à marteler : L’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme

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    « Sionisme et judaïsme ne sont pas la même chose, mais deux idées différentes et sûrement contradictoires. La Terre d’Israël a besoin d’une immigration sélective : le sionisme n’est pas une oeuvre de bienfaisance. Nous avons besoin de juifs de « qualité supérieure ». Cependant, je crois que l’antisémitisme, qui représente parmi les masses un courant puissant et inconscient, ne portera pas tort aux juifs. Je le tiens même pour un mouvement utile du point de vue de la formation du caractère des juifs. Il constitue l’éducation d’un groupe par les masses et conduira peut-être à son absorption. C’est à force de se durcir qu’on est éduqué. » « Les antisémites seront nos amis les plus dévoués et les pays antisémites nos alliés. »

    Théodore Herzl, cité par Hannah Arendt

    Il est devenu difficile par les temps qui courent de nommer les choses par leur nom de peur de se prendre une « fetwa » des bien- pensants pour qui toute critique d’Israël c’est de l’antisémitisme et à ce titre beaucoup de pays européens en ont fait un délit passible d’amende, voire de prison avec au minimum pour ceux qui veulent avoir une visibilité, une extinction sociale.

    Albert Camus a dit un jour que : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Comment, alors, nommer les choses sans s’attirer les foudres ? Comment passer à travers les gouttes de pluie du conformisme ambiant qui veut qu’Israël c’est la modernité et la liberté et c’est le dernier rempart de l’Occident en terre orientale baignant dans le chaos. Les paroles de Theodor Herzl, fondateur de l’Etat juif en puissance, sont pour nous une révélation car on peut comprendre que le moteur de la politique israélienne a comme carburant l’antisémitisme des autres, cela rend les Israéliens plus forts tout en faisant condamner les contrevenants par la police de la pensée occidentale.

    Qu’est-ce que l’antisémitisme ?

    Si l’on croit l’Encyclopédie Wikipédia : « L’antisémitisme (originellement : anti-sémitisme) est le nom donné de nos jours à la discrimination et à l’hostilité manifestées à l’encontre des juifs en tant que groupe ethnique, religieux ou racial.Il s’agit, d’une forme de racisme dirigée nominalement contre les peuples sémites, regroupés en tant que tels sur la base de critères linguistiques, mais ne visant en réalité que les juifs. Bien que certains historiens comme Jules Isaac insistent pour distinguer antijudaïsme et antisémitisme, le second terme est cependant le plus souvent utilisé aujourd’hui pour qualifier tous les actes d’hostilité antijuive que leurs fondements soient raciaux ou non. Le terme fut utilisé pour la première fois en 1860 par l’intellectuel juif Moritz Steinschneider dans l’expression « préjugés antisémites » (« antisemitische Vorurteile »), afin de railler les idées d’Ernest Renan qui affuble les ’peuples sémites’’. de tares culturelles et spirituelles » (1)

    On voit que rien n’interdit de mettre sous le même vocable les autres ethnies sémites comme le sont les Arabes. Le glissement qui s’est opéré a permis de passer de l’aspect ethnique à l’aspect religieux et partant d’arriver à l’antijudaïsme excluant du même coup les Arabes. Pourtant, comme l’a si bien démontré Schlomo Sand dans son ouvrage : il n’y a pas de peuple juif, il y a une religion juive. Ce sont des sémites au même titre que les Palestiniens avec une ascendance cananéenne.

    Qu’est-ce que le sionisme et l’antisionisme ?

    « Le mot ’sionisme’’ apparaît à la fin du XIXe siècle pour désigner un ensemble de mouvements différents dont l’élément commun est le projet de donner à l’ensemble des juifs du monde un centre spirituel, territorial ou étatique, en général localisé en Palestine. Le sionisme politique a atteint son but, la création d’un État juif en Palestine. Initialement, le sionisme d’essence laïque n’avait pas encore formalisé le projet d’un Etat aseptisé des Palestiniens spoliés en 1967 de leurs territoires et voire encore. Depuis, le leitmotiv du gouvernement actuel est de faire reconnaître un Etat strictement juif ; de ce fait, les Arabes israéliens n’auront pas vocation à rester dans ce qui est appelé Israël.

    Manuel Valls associe antisionisme et antisémitisme

    Devant les quelque 800 personnes qui se pressaient lundi 7 mars dans un grand hôtel parisien, devant une dizaine de ministres et presque autant de candidats à la primaire de l’opposition, le président du Crif, président un "tribunal dinatoire" selon le bon mot de Alain Finkelkraut a déclaré : « Nous vivons une vie retranchée. Nous avons le sentiment angoissant d’être devenus des citoyens de deuxième zone. Manuel Valls lui a répondu : « Oui, les juifs de France, trop souvent, ont peur, C’est une réalité et cette réalité, nous ne l’acceptons pas. » « La grille de lecture déformante et injuste » appliquée, selon lui, à Israël, pour faire de ce pays « le juif des nations, l’unique cible au monde d’un processus de délégitimation. Nous savons qu’il y a un antisémitisme ancien et un antisémitisme nouveau, Un antisémitisme d’extrême droite, mais aussi un antisémitisme d’extrême gauche. Il y a l’antisémitisme des beaux quartiers, il y a aussi l’antisémitisme dans les quartiers populaires d’une jeunesse radicalisée. Et puis (...), il y a l’antisionisme, c’est-à-dire tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël. » (2)

    L’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme

    L’amalgame, écrit Eric Hazan, avec l’anti-sionisme c’est-à-dire le refus de la politique actuelle d’Israël de quitter les territoires occupés depuis 1967, n’est pas l’antisémitisme. Les Palestiniens qui sont eux aussi des Sémites ne peuvent pas être contre eux-mêmes. D’un côté il y a ceux qui défendent un Etat juif tout puissant ; de l’autre, des partisans d’un Etat commun où juifs et Arabes vivraient en égaux. Entre les deux, la question de la souveraineté d’Israël. Mais sérieusement, qu’est-ce au juste que « l’antisionisme ? ». Il y a deux réponses possibles. La première, celle des dîners du Crif, repose sur deux assertions successives : l’Etat d’Israël parle au nom des juifs du monde entier ; par conséquent, être « antisioniste », critiquer la politique israélienne, c’est dénigrer non seulement le gouvernement israélien, mais la population du pays et l’ensemble de tous les juifs - c’est de l’antisémitisme. Cette façon de voir occulte deux points essentiels : la grande majorité des juifs vit ailleurs qu’en Israël et parmi eux, nombreux sont ceux qui n’approuvent pas sa politique ; d’autre part, critiquer un gouvernement ne signifie nullement que l’on accuse la population du pays. Non, condamner la politique coloniale d’Israël n’a rien à voir avec l’antisémitisme »(...). (3)

    « La deuxième réponse poursuit Eric Hazan, à la question ’qu’est-ce que l’antisionisme ?’’ est d’ordre historique. Au début du XXe siècle, quand Theodor Herzl invitait les juifs d’Europe à partir pour la Palestine, beaucoup d’entre eux s’y opposaient, notamment les ouvriers révolutionnaires polonais du Bund. Ils étaient antisionistes, les seuls peut-être à avoir mérité ce terme qui n’a plus guère de sens aujourd’hui. Par la suite, dans l’entre-deux guerres, la présence juive en Palestine étant un fait accompli, plusieurs intellectuels juifs de grand renom comme Hannah Arendt, Martin Buber ou Gershom Scholem dirent et écrivirent que cette présence ne pouvait plus être remise en cause, mais qu’il fallait surtout éviter que s’établisse une souveraineté juive sur la Palestine. En octobre 1947, alors que le statut de la Palestine était encore en discussion à l’ONU, Arendt prit la parole devant la commission internationale et plaida en faveur d’une fédération, d’un Etat binational sur le territoire de la Palestine mandataire. Le boycott d’Israël est un moyen d’en finir avec cette souveraineté. Les accuser de vouloir la « destruction d’Israël », d’être des antisémites, c’est utiliser une fois de plus Auschwitz pour légitimer la politique coloniale du gouvernement israélien. Le boycott n’est pas une arme contre les juifs israéliens. Bien au contraire, il les aide à faire un jour partie intégrante de la région du monde où leurs aînés ont été autrefois conduits, à quitter leurs habits de colons pour devenir des égaux vivant enfin en paix dans un pays réconcilié. » (3)

    La coexistence pacifique des juifs et des musulmans

    Pourtant, on sait que les juifs ont toujours trouvé en terre musulmane la sécurité et la paix, notamment dans les périodes récurrentes des pogroms ; ils n’eurent jamais la paix qu’ils trouvèrent en terre musulmane, notamment dans l’Espagne des Ommeyades. On sait que Maïmonide, le grand écrivain juif, a écrit son livre « Dalil al Ha’irine », « Le livre des égarés », en langue arabe. A titre d’exemple de ce vivre-ensemble qui a traversé les siècles, le grand écrivain Mostefa Lacheraf parle de la bonne entente entre juifs et musulmans en Algérie : « (…) Et puis, l’école officielle du village de Sidi Aïssa était une école dite indigène’’ où il n’y avait pas un seul élève européen, mais une majorité d’élèves musulmans en même temps qu’une douzaine de petits israélites parlant l’arabe comme leur langue maternelle et fortement arabisés dans leurs genres de vie. Eux et leurs familles appartenaient à la communauté juive du Sud algérien et portaient cinq ou six noms parmi ceux de l’ancienne diaspora andalouse judaïque réfugiée au Maghreb entre les XIVe et XVIIe siècles. (...) » (4)

    « Peut-être que la mode religieuse n’était pas, à l’époque, pour le « m’as-tu vu » et le côté spectaculaire de la simple pratique, de l’observance rituelle exagérée comme aujourd’hui. (...) il n’existait ni mosquée officielle ni église ni synagogue connue en tant que telle. Femmes juives et femmes musulmanes se rendaient visite pendant les fêtes religieuses et leurs familles partageaient parfois l’usage de la même cour dans la grande maison (...). Je me rappelle encore ce que chantaient quelques femmes israélites venues offrir à ma mère du pain azym de la Pâque juive en entonnant sur le pas de la porte, en partant, un air célèbre d’origine andalouse, le chant nostalgique de « l’Au revoir ». Les relations entre les deux communautés allaient sans doute changer à l’avènement du sionisme agressif, militaire et colonial lors de la spoliation de la Palestine par le nouvel Etat d’Israël (...) ». (4)

    Intimidation et amalgame d’Israël sur l’« antisémitisme »

    On sait que la dette ad vitam aeternam de l’Europe a fait que cette dernière a laissé Israël occuper totalement la Palestine sans partage . On comprend alors que cette impunité a fait dire à Aba Eban ancien ministre des Affaires étrangères israélien les frontières d’Israël sont les frontières d’Auschwitz » Ilan Pappe israélien progressiste, professeur à l’université d’Exeter écrit à ce propos : « Nous qui nous trouvons dans la zone de confort occidentale ne devons pas battre en retraite ou céder aux fausses accusations d’antisémitisme (...) Les jours à venir seront très éprouvants et nous devrons non seulement être patients mais aussi retourner à la tribune, sur les sites Web, à la radio et à la télévision pour expliquer de nouveau ce qui est évident pour bon nombre d’entre nous : le sionisme n’est pas le judaïsme et l’antisionisme n’est pas synonyme d’antisémitisme. Le sionisme n’a pas été le remède au pire épisode antisémite qu’a vécu l’Europe : l’Holocauste. Le sionisme n’a pas été la bonne réponse à cette atrocité. (...) Comment expliquer autrement que l’Europe n’ait rien fait alors que le régime nazi exterminait les juifs et qu’elle ait demandé pardon en soutenant un nouveau plan visant à se débarrasser des juifs en les envoyant coloniser la Palestine ? Rien de surprenant à ce que cette logique absurde n’ait pas mis un terme à cet élan antisémite. Elle l’a plutôt entretenu.(...) » (5)

    Non ! antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes
    Pour Rony Brauman, ancien président de « Médecins sans frontière » qui a tenu à répondre, à réagir après les propos de Valls (...) Intéressons-nous plutôt aux rapports entre sionisme et antisémitisme, en nous souvenant en premier lieu que la majorité des juifs du monde, et notamment les Français, furent opposés au sionisme jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et que même alors, la majorité des juifs d’Europe ne choisit pas la Palestine après la shoah. Pas plus que les juifs russes fuyant les pogroms à la fin du XIXe siècle, dont seul 1% se rendit en « Terre promise ». (...)Que l’on puisse sans contradiction être prosioniste et antisémite devrait tomber sous le sens, puisqu’il s’agissait, dès l’origine, de débarrasser l’Europe de ses juifs, projet commun des uns et des autres avant que surgisse la folie hitlérienne Ce que notre Premier ministre semble ignorer. Estimer que la création d’Israël fut une décision funeste, y compris pour les juifs, relève de la liberté d’opinion, au même titre que l’opinion contraire. Les saisies de terres, destructions de maisons, emprisonnements administratifs, extensions de colonies, voilà ce qui nourrit aujourd’hui la critique d’Israël et de sa politique du fait accompli. Si le sionisme historique est pluriel, sa forme contemporaine est monocolore, largement sous le contrôle des colons. » (6)

    L’antisémitisme : arme d’intimidation massive.

    Bruno Guigue normalien, professeur parle d’arme d’intimidation massive, il écrit :

    « Dans un monde où le ressassement médiatique tient lieu de preuve irréfutable, certains mots sont des mots-valises, des signifiants interchangeables dont l’usage codifié à l’avance est propice à toutes les manipulations. (...) Depuis soixante-dix ans, tout se passe comme si l’invisible remords de l’holocauste garantissait à l’entreprise sioniste une impunité absolue. (...) En applaudissant à la création de l’État juif, l’Europe se lavait de ses fautes. Simultanément, elle offrait au sionisme l’opportunité d’achever la conquête de la Palestine. Ce rachat par procuration de la conscience européenne, Israël s’y prêta doublement. (...) On a beau rappeler que la Palestine n’est pas la propriété d’une ethnie ou d’une confession, que la résistance palestinienne n’a aucune connotation raciale, que le refus du sionisme est fondé sur le droit des peuples à l’autodétermination, (...) L’assimilation frauduleuse de l’antisémitisme et de l’antisionisme, il est vrai, procure deux avantages symboliques. Le premier est à usage interne. Cette assimilation limite drastiquement la liberté d’expression, Elle vise alors à disqualifier l’opposition politique et militaire à l’occupation sioniste. Cible privilégiée de cet amalgame, la résistance arabe se voit renvoyée à la haine supposée ancestrale qu’éprouveraient les musulmans pour les juifs. (...) Terroriste parce qu’antisioniste, antisioniste parce qu’antisémite, la résistance arabe cumulerait donc les infamies. »(7)
    Même à l’intérieur d’Israël des voix dissonantes

    Enfin, à l’intérieur du premier cercle du pouvoir, des voies dénoncent les dérives actuelles. D’abord, celle du général Golan en activité qui déclare : « Si quelque chose m’inquiète par rapport à la Shoah, c’est de reconnaître qu’il existe parmi nous aujourd’hui en 2016 des signes des mêmes processus nauséabonds qui existaient en Europe en général, et plus particulièrement en Allemagne, il y a 70, 80, 90 ans. » (8)

    « De même, lors de la Conférence annuelle sur la sécurité d’Israël du 14 juin à Herzliya, l’ancien Premier ministre Ehud Barak, a mis en garde contre une politique qui conduit Israël à sa perte, il a détaillé le plan secret de son successeur : Israël prévoit de contrôler pour toujours les territoires conquis en 1967. Israël n’est pas intéressé par la solution à deux États, et s’oppose à la création d’un État palestinien à sa frontière. Israël attend que le reste du monde s’adapte et accepte cette réalité. Israël accepte l’autonomie pour les Palestiniens, mais pas le droit à un État. Israël construit patiemment des colonies pour créer progressivement des faits irréversibles sur le terrain. Ce programme, s’il est appliqué, conduira inévitablement Israël à devenir « un État d’apartheid ». (9)

    On le voit , rien de nouveau sous le soleil ! D’autant qu’avec l’équipe actuel au sein de l’autorité palestinienne c’est la compromission en rase compagne. Winston Churchill apostrophant le premier ministre Chamberlain à son retour de Munich où il signa l’acte de reddition morale- en abandonnant à son sort la Tchécoslovaquie- avec le premier ministre français Daladier : « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre » Nul doute que l’Autorité Palestinienne et ses chefs termineront une vie sans dignité laissant dans la détresse un peuple qui ne demande qu’à vivre moins de 20% qui lui reste de la Palestine originelle.

    1. Antisémitisme : Encyclopédie Wikipédia
    2. http://www.lemonde.fr/religions/article/2016/03/08/au-diner-du-crif-m-valls-assimile-antisionisme-et antisemitisme_4878208_1653130.html#c147rBSvVRlCzwGF.99

    3.Eric Hazan http://www.liberation.fr/debats/2016/05/04/le-boycott-d-israel-n-est-pas-de-l-antisemitisme_1450552

    4. Mostefa Lacheraf : Des noms et des lieux, éditions Casbah, pages 19 (1998)

    5. http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/ne-c-dons-pas-maintenant-l-intimidation-d-isra-l-sur-l-antis-mitisme-

    6. http://www.alterecoplus.fr/chronique/rony-brauman/non-antisionisme-et-antisemitisme-ne-sont-pas-synonymes-201603290924-00

    7.Bruno Guigue http://arretsurinfo.ch/lantisemitisme-arme-dintimidation-massive-par-bruno-guigue

    8.Jean Shaoul https://www.wsws.org/fr/articles/2016/mai2016/isra-m14.shtml

    9. http://www.voltairenet.org/article192386.html

    Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour /244033-l-antisionisme-n-est-pas-de-l-antisemitisme.html

    Professeur Chems Eddine Chitour

    Ecole Polytechnique enp-edu.dz



  • 15/07/2017
    Muse c’est ce soir sur Arte ! Une valeur sûre... NRobin

    http://www.programme-tv.com/television/366679737/muse.html
    http://www.avcesar.com/source/actualites/00/00/31/E1/muse-en-blu-ray-dvd-live-at-rome-olympic-stadium_114006.jpg

    Valeur sûre du rock anglais, Muse a été choisi en 2012 pour composer l’hymne officiel des Jeux olympiques de Londres. Originaire du Devon, ce trio caracole régulièrement en tête des hit-parades et a vendu plus de 20 millions d’albums. Pour son concert du 6 juillet 2013, diffusé ce soir, Muse a vu les choses en grand. Écrans géants, effets pyrotechniques, système sonore ultraperformant et caméras haute définition ont tenu en haleine les 60 000 spectateurs, qui se sont pressés au Stade olympique de Rome. Ce show, prévu dans le cadre de la tournée The Unsustainable Tour, a donné lieu quelques mois plus tard à la sortie d’un album : « Live at Rome Olympic Stadium »

    • Matthew James Bellamy, né le 9 juin 1978 à Cambridge, au Royaume-Uni, est le chanteur principal, auteur, compositeur, guitariste et pianiste du groupe de rock alternatif britannique Muse. Wikipédia
      Groupe musical : Muse (Depuis 1994)

    • https://en.m.wikipedia.org/wiki/Matt_Bellamy
      Many of his songs display revolutionary views as well as an opposition to political corruption. “Assassin” and “Uprising” are two notable songs with obvious revolutionary sentiments. In an interview with Q Magazine, Bellamy stated that he is a “left-leaning libertarian”.[22][23] In 2006 Bellamy said that he believed the 9/11 attacks were an “inside job”.[24] However, in 2009 he told Rolling Stonethat he did not believe this: “There is loads of stuff on the Internet suggesting 9/11 was an inside job. But that is not my belief.”[25]

      On 17 September 2009 Bellamy discussed being politically influenced by reading Confessions of an Economic Hitman by John Perkins. He explains the book helped inspire the song “Uprising” and expressed his views that he feels lobbyists have undue influence on politicians as well as the political system. He states that “when people become powerful they often have a disregard for public opinion.”[26]


  • Ils fuient les guerres que nous occidentaux avons créées chez eux. NRobin

    http://www.canalplus.fr/infos-documentaires/cid1418576-exode-temoignages-d-une-humanite-en-marche.html

    EXODE, témoignages d’une humanité en marche

    Films 04 Oct. 2016
    « Un choc. Un coup de poing à l’estomac. » C’est ainsi que Diego Bunuel, directeur des documentaires CANAL+, présente le film EXODE, diffusé mercredi 5 octobre à 20h55 sur CANAL+, rediffusé ce soir.

    Immersive et digne, l’expérience nous plonge au cœur de l’incroyable odyssée de l’homme vers la liberté.

    A l’aube d’une nouvelle vie (extrait)
    EXODE
    video
    http://www.dailymotion.com/video/x4xefu5

    Filmé par une équipe de journalistes mais aussi grâce à des téléphones portables remis à des migrants, EXODE nous fait vivre de l’intérieur le plus grand drame de ce début de siècle. Nous partons à la rencontre de ces millions de personnes qui, chaque année, fuient leurs pays pour échapper à la guerre, à la pauvreté, ou aux persécutions. Cherchant à rejoindre l’Europe par tous les moyens, ils viennent gonfler les chiffres de l’une des plus importantes migrations humaines depuis soixante-quinze ans.

    Ils viennent de Syrie, d’Afghanistan, du Pakistan, de Somalie, d’Érythrée ou d’Irak... Une fois la côte Nord-Africaine atteinte, ils traversent la Méditerranée illégalement dans des containers, des bateaux de pêche ou à bord de cargos. Quelques centaines de milliers vont y parvenir… Le défi ne fait alors que commencer.

    Diego Bunuel salue une démarche unique, à hauteur d’hommes " qui pour la première fois nous fait vivre au plus près cette incroyable aventure humaine, à la fois tragique et extraordinaire, qui se déroule chaque jour, chaque semaine, chaque mois depuis des années, souvent dans l’indifférence. Et découvrir l’espoir immense, l’énergie hallucinante, le courage profond qui animent ceux qui la traversent."

    EXODE, un documentaire de 120 minutes réalisé par James Bluemel.

    Production BBC / Keo Films avec la participation de CANAL+ et Planète+


  • La Question d’Orient
    استعادت الجزائر استقلالها يوم الخامس من تموز/ يوليو 1962 بعد حرب تحرير ضد الاستعمار الفرنسي دامت 8 سنوات و راح ضحيتها أكثر من مليون و نصف شهيد !

    L’ Algérie a reconquis son indépendance le cinq Juillet 1962, après une guerre de libération contre le colonialisme français qui a duré huit ans et a coûté la vie de plus d’un million et demi de martyrs !

    https://scontent-mrs1-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/fr/cp0/e15/q65/19657490_768275820041425_3351493071793320666_n.jpg?efg=eyJpIjoidCJ9&oh=a947c22c2e469990dc549cf653d40953&oe=59D18B8A


  • https://www.monde-diplomatique.fr/2017/07/HALIMI/57679
    Le Monde diplomatique
    Juillet 2017, page 1, en kiosque
    Entourloupes démocratiques
    par Serge Halimi

    Auréolé d’une élection remportée avec trois millions de suffrages de moins que sa concurrente, le président Donald Trump a choisi l’Arabie saoudite pour y dénoncer l’absence de démocratie… en Iran. Puis, à Miami, devant des rescapés d’une équipée militaire ratée montée en avril 1961 par la Central Intelligence Agency (CIA) contre le gouvernement de Fidel Castro, il a prétexté la « liberté du peuple cubain » pour durcir les sanctions américaines contre la population de l’île.

    En matière de célébration équivoque de la démocratie, le cycle électoral français qui vient de s’achever n’est pas aussi burlesque que ces deux exemples. Toutefois il s’en rapproche. Au départ, des primaires très suivies ont désigné les candidats des deux principaux partis. Mais l’un et l’autre furent éliminés dès le premier tour par M. Emmanuel Macron, qui sut aligner mots creux, jolies images et appui compact des médias. Les électeurs lui ayant donné pour rivale du second tour une candidate d’extrême droite détestée par deux tiers des Français, son triomphe final était assuré. Ne restait plus qu’à adjoindre au nouveau président, afin de « lui permettre de gouverner », une majorité de députés largement inconnus mais issus des classes supérieures (zéro ouvrier, quarante-six chefs d’entreprise) et qui lui devront tout. Miracle des modes de scrutin, la politique néolibérale que M. Macron incarne n’avait obtenu l’aval que de 44,02 % des suffrages exprimés lors du premier tour de l’élection présidentielle (1). À l’Assemblée, elle pourra compter sur près de 90 % des députés (2).

    Jamais dans l’histoire du suffrage universel en France une élection législative n’a si peu mobilisé (plus de 57 % d’abstention, contre 16 % en 1978…). Ce score piteux, à l’américaine, conclut une campagne nationale quasiment absente, rythmée par des « affaires » souvent secondaires. Des Watergate de petit calibre que les médias relayent à satiété, comme pour se dédouaner d’avoir servi de marchepied au nouveau président. Quand les questions politiques posées se résument à un inventaire comparé des transgressions personnelles des élus (3), doit-on s’étonner que les députés comptent autant de nouveaux venus, à la rigueur disposés à dépoussiérer les apparences les moins reluisantes du système, mais peu enclins à contester les choix économiques stratégiques, qu’ils abandonnent à l’exécutif et à la Commission européenne ?

    La bousculade suivie d’un léger malaise dont fut victime une candidate a monopolisé les ondes pendant trois jours, concurrencée par le rebondissement d’une affaire criminelle vieille de plus de trente ans. Politique européenne, crise de la dette grecque, état d’urgence, engagement militaire français en Afrique et au Proche-Orient : de cela en revanche il ne fut presque jamais question. Ce que Pierre Bourdieu appelait une « politique de dépolitisation et de démobilisation » vient ainsi de remporter une belle victoire, mais la bataille ne fait que commencer…

    Serge Halimi

    • Merci Serge. Excellent article.
      Mais comme déjà dit, l’hégémonie du Royaume Wahhabite n’a lieu d’être que parce que les puissances occidentales sur-armées et ultra-capitalistes le veulent bien. Autrement, ces petits Émirs seraient retournés à leur moutons depuis bien longtemps !



  • Je réagis...

    Nouveaux intellectuels faussaires ou Nouveaux Chiens de garde ?
    Ils s’expriment sur un quotidien Rotchildien cher à Macron ! Cf article plus bas.

    Leur lettre à Macron sur Libé à charge contre Assad (ce dictateur inventé) en dit long sur leurs positions va-en-guerre ANTI-GAULLISTES, ce qui ne présage rien de bon dans les jours qui viennent. Ils prônent l’éviction d’Assad le seul président reconnu souverain choisi par une majorité de syriens.

    La chasse aux sorcières de ces pays riches en gaz en pétrole et en matières premières a commencé depuis bien longtemps , depuis la fin de la 2ème guerre mondiale, depuis la création d’une Europe ultra-capitaliste au service dune machine de guerre nommée OTAN.

    Sur les signataires de cette pétition ridicule, j’en retiens 2 que j’ai pu croiser lors de quelques conférences : François Burgat et Dominique Vidal

    A ces messieurs et signataires "intellectuels", je souhaite leur rappeler ceci :

    La seule dictature qui vaille, c’est celle qui consiste à créer l’ennemi de toute pièce, désigner un chef d’Etat souverain comme étant l’ennemi de son peuple après avoir sur-armé les intégristes et les mercenaires de tout bord à l’œuvre pour le déstabiliser, soutenus et armés par une coalition plus que douteuse, celle des puissances occidentales capitalistes dont un passé colonial abominable, que vous soutenez, de connivence avec l’Arabie Saoudite, Israël, les EU, la GB et la France d’aujourd’hui, ceux-là même qui ont zigouillé tout le Proche-Orient, le Moyen-Orient, l’Afrique, les pays de l’Est et l’Amérique latine, le monde arabo-musulman en général et je n’oublie pas ce que vous avez fait de l’Irak, du Yémen et de l’Iran avant d’y instaurer le régime des Mollahs. Ah oui, j’ai oublié Belfast, la Palestine, Beyrut en passant par l’Algérie déstabilisée mais qui s’en est sortie malgré vous !

    La Syrie d’Assad, que ça vous plaise ou non est un État souverain dont vous n’avez pas à choisir le Maître !

    Vous avez créé assez d’Emirats dans cette région du monde après avoir semé la MERDE, vous en faut-il un autre ?

    La Syrie d’Assad vivait en paix il y a encore quelques années, les syriens mangeaient à leur faim et la culture battait son plein. On pouvait y faire du tourisme, aller à la rencontre de l’habitant et y être accueilli comme un roi.

    Qu’Assad soit le chef d’un parti unique est le cadet de mes soucis. Il y a bien pire, vos alliés !
    Si les syriens veulent changer de régime, c’est à eux seuls d’en décider. Mais il me semble que dans la plupart des pays du monde arabo-musulman, on s’en accomode, le saviez-vous ? Quand comprendrez-vous que l’Orient, ses modes de vie et de gouvernance n’ont pas à être assimilés à ceux de l’Occident ?

    Faîte-moi plaisir,

    – demandez un retour à la diplomatie, la vraie et vite.

    Le problème n’est pas de savoir si tel chef d’Etat est "dictateur" ou Président d’un parti unique et le désigner comme sanguinaire après l’avoir poussé à la guerre.

    Votre seule et unique préoccupation, celle du bon sens, alignée sur un des principes fondateurs du gaullisme, devrait être celle de l’intérêt général : ramener tous les partis à la table de la négociation et ouvrer pour une paix durable.

    CA S’APPELLE faire de la "DIPLOMATIE" !

    – écrivez une lettre à Macron, vous auriez dû le faire depuis très longtemps déjà. Demandez lui de sortir de l’OTAN et de son supplétif l’UE et de cesser de vendre des armes au diable. L’Arabie Saoudite n’est pas un allié fréquentable. D’ailleurs, sommes-nous nous-mêmes fréquentables ?

    – demandez-lui de condamner la politique d’apartheid, de pillage et de colonisation de la Palestine emmurée, gazée. De rompre les relations commerciales avec cet Etat sanguinaire jusqu’à ce que l’État de droit s’applique et que la Palestine soit libérée de la plus longue occupation de l’histoire moderne. Je ne demande pas la lune, je ne demande pas aux gendarmes du Monde d’y larguer des bombes. La guerre n’est pas une solution, messieurs les va-en-guerre !

    Le criminel de guerre Netanyahu est l’invité de Macron le 15 juillet 2017, il fait honneur à notre politique de guerre.

    C’est un sujet que vous connaissez bien M. Vidal !

    Un rappel tout de même, les chrétiens les plus persécutés dans le monde arabe sont les palestiniens.

    Le 1er ministre irakien de Saddam Hussein, Tarek Aziz était chrétien.

    Les armes chimiques vendues à Saddam ce sanguinaire pour agresser l’Iran, sont occidentales. Balayez devant votre porte !

    Toutes les communautés chrétiennes du pays d’Assad ainsi que les autres communautés cohabitaient et vivaient en paix sous la protection assurée de leur Président.

    – enfin, vous pouvez encore écrire sur Libé, ce quotidien financé par la famille Rotchild soutien sans condition de la politique sioniste. Vous pouvez écrire à Macron et lui demander de retirer l’invitation à cet homme abominable qu’est TRUMP au défilé du 14 juillet.

    Je n’ai pas voté Macron, il ne représente pas la majorité des français.
    Cette révolution n’est pas négociable avec un type pareil ! Je ne l’accepte pas.

    – enfin, bien avant Assad, il y avait du pain sur la planche. Vous n’avez pas écrit, vous n’avez pas réagi ! Ça s’appelle de la malhonnête intellectuelle.

    NRobin

    http://www.liberation.fr/debats/2017/07/02/monsieur-le-president-maintenir-assad-c-est-soutenir-le-terrorisme_158105

    Le président syrien Bachar al-Assad au cours lors d’un entretien avec l’AFP dans la capitale Damas, le 12 avril, 2017
    Handout - Syrian Presidency Press Office - AFP
    TRIBUNE
    Monsieur le Président, maintenir Assad, c’est soutenir le terrorisme

    -- 2 juillet 2017 à 17:27 (mis à jour à 18:04 )
    Dans une interview donnée à la presse européenne le 21 juin, Emmanuel Macron ne fait plus du départ de Bachar al-Assad un « préalable à tout ». Une centaine d’intellectuels et de spécialistes de la région réagissent.

    Dans une interview récente accordée à huit journaux européens, vous avez rendu public un revirement diplomatique majeur de la France. Vous avez déclaré, à propos de la Syrie : « Le vrai aggiornamento que j’ai fait à ce sujet, c’est que je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar al-Assad était un préalable à tout. Car personne ne m’a présenté son successeur légitime (1) ! »Vous justifiez ce revirement au nom de la lutte contre le terrorisme. C’est une erreur d’analyse majeure qui non seulement affaiblira la France sur la scène internationale mais n’endiguera en aucune manière le terrorisme.

    En reconnaissant la légitimité de Bachar al-Assad, alors même que ses crimes sont largement documentés, vous placez la France dans la position d’Etat complice. Or, le peuple français ne vous a pas donné le mandat pour mener cette politique, puisque vous avez fait campagne en défendant des positions contraires. En réponse aux questions des associations franco-syriennes, vous aviez notamment affirmé entre les deux tours de l’élection présidentielle : « Bachar al-Assad a commis des crimes de guerre contre son peuple. Son maintien au pouvoir ne peut en aucun cas être une solution pour la Syrie. Il n’y aura pas non plus de paix sans justice et donc les responsables des crimes commis, notamment les attaques chimiques, devront en répondre. La France continuera d’agir au Conseil de sécurité en ce sens, malgré l’obstruction systématique d’un des membres permanents (2). »

    La diplomatie française s’est jusqu’ici distinguée par une ligne politique cohérente en condamnant explicitement le régime criminel de Bachar al-Assad. Les preuves ne cessent de s’accumuler (3) et plus de 90 % des victimes civiles en Syrie sont le fait du régime et non de l’insurrection syrienne, du PYD kurde (branche syrienne du PKK) ou même de l’Etat islamique (4). Vous déclarez vouloir poser deux lignes rouges« les armes chimiques et l’accès humanitaire ». Celles-ci ont été franchies depuis longtemps en toute impunité. Vous en excluez d’autres : bombardements des populations civiles, tortures et incarcérations de masse, y compris d’enfants, sièges de villes et de quartiers qui affament les populations, enrôlements forcés, etc. Ces exactions sont tout autant inacceptables.

    Vous renoncez à l’exigence de justice que vous aviez affirmée au nom d’un prétendu réalisme selon lequel il n’y aurait pas d’alternative à Assad. Vous ajoutez que « la démocratie ne se fait pas depuis l’extérieur à l’insu des peuples ».Vous validez ainsi la thèse du régime syrien selon laquelle ce n’est pas le peuple qui aspirerait à la démocratie mais des puissances extérieures qui tenteraient de la lui imposer. La Syrie n’est pas l’Irak, il ne s’agit en aucun cas « d’exporter la démocratie ». La révolution syrienne débute dans le contexte des « printemps arabes » et n’est pas le fait d’une invasion occidentale. C’est justement pour obtenir la démocratie par lui-même que le peuple syrien s’est levé contre Assad. S’il y a ingérence, c’est plutôt parce que la Russie et l’Iran s’obstinent à entraver son droit à l’autodétermination. Votre propos porte en lui l’infantilisation de tout un peuple : vous n’envisagez pas qu’il puisse désigner lui-même un successeur légitime à Assad.

    Quoi pourtant de plus illégitime qu’un dictateur qui pratique le gazage des populations civiles, l’usage des barils d’explosifs, les exécutions sommaires, le viol collectif des femmes et des enfants, la destruction intentionnelle des hôpitaux et des écoles ? Vous affirmez : « Bachar, ce n’est pas notre ennemi, c’est l’ennemi du peuple syrien. » En réalité, Bachar al-Assad n’est pas uniquement l’ennemi du peuple syrien : il est l’ennemi de l’humanité tout entière. Non seulement du fait de ses crimes contre l’humanité, mais aussi parce qu’il est l’un des premiers responsables de la montée en puissance de Daech qui s’attaque à la France et au reste du monde.

    Votre solution n’est pas nouvelle et aligne la diplomatie française sur les positions américaine et russe : au nom de la lutte antiterroriste, donner un blanc-seing au régime et cautionner l’élimination de la rébellion issue des manifestations pacifiques de 2011. L’échec de cette stratégie engagée par Barack Obama à partir de 2013 est pourtant patent. C’est bien l’abandon de l’insurrection par l’Occident qui a donné à des groupes jihadistes l’occasion de prospérer dans une partie de la Syrie. C’est pourquoi la perpétuation de cette configuration ne laisse d’autre alternative à ceux qui s’opposent au régime que l’exil, la mort ou le rapprochement avec les groupes les plus radicaux.

    Assad n’est pas l’ennemi du terrorisme, il en est le promoteur. Le régime ne s’est pas contenté de créer le chaos permettant la prolifération de groupes jihadistes : il a adopté une stratégie délibérée et active consistant à faciliter leur implantation sur le territoire et à éliminer dans le même temps les franges les plus démocratiques de l’insurrection. Il a libéré en 2011 de sa prison de Saidnaya des centaines de jihadistes. Puis, avec le concours de ses alliés, il a systématiquement bombardé et attaqué les zones tenues par les rebelles et non pas celles tombées sous le contrôle de l’Etat islamique.

    Vous avez déclaré que vous ne voulez pas d’un « Etat failli ». Or, il l’est déjà. Le régime de Damas, désormais sous tutelle étrangère, n’assure plus les missions régaliennes d’un Etat et ne contrôle plus son territoire : l’armée est suppléée au combat par des milices ou des forces armées étrangères omniprésentes, un quart de la population syrienne est exilée, les zones insurgées qui demeurent libérées sont gérées de façon autonome (par exemple, les soins et l’aide alimentaire y sont assurés soit par les ONG internationales soit par les populations locales).

    Il existe des alternatives à Bachar al-Assad en Syrie. L’insurrection issue des groupes qui ont manifesté pacifiquement en 2011 pour la fin de la dictature continue de résister. Daraya, Douma, Alep, Deir Ezzor, Raqqa, Homs, Deraa, Idleb et bien d’autres villes insurgées ont mis en place leurs propres conseils locaux et ont organisé des élections pour leur gestion. Ce sont ces expériences démocratiques qui constituent le véritable terreau pour que puisse émerger une transition politique.

    Quant à lui, par la voix du journal du parti Baath, le régime de Damas a d’ores et déjà instrumentalisé vos propos pour valider sa thèse officielle du complot terroriste fomenté par l’Occident en déclarant : « Après l’échec de tous les paris sur les mouvements terroristes pour porter atteinte à l’Etat patriotique syrien, après l’échec du complot ourdi par les soutiens du terrorisme et ses créateurs, après le retour du terrorisme à la gorge de ses créateurs, les pays occidentaux commencent à faire volte-face et à changer leur position sur la crise syrienne, afin de trouver une nouvelle posture pour sauver la face (5). » Cela ne fait que confirmer qu’il n’y a pas de négociation possible avec un tel régime. La seule solution de sortie du conflit en Syrie est politique et doit se faire sans Bachar al-Assad.

    Monsieur le Président, une realpolitik digne de ce nom, c’est d’admettre que, s’il n’est pas une condition suffisante pour lutter efficacement contre le terrorisme, le départ de Bachar al-Assad est du moins une condition absolument nécessaire.

    (1) https://www.letemps.ch/node/1053916

    (2) https://souriahouria.com/les-reponses-de-emmanuel-macron-sur-la-syrie

    (3) Entre autres : dossier « César », rapports d’Amnesty International, rapports de Human Rights Watch, témoignages et livres de nombreux Syriens, qu’ils soient en exil ou encore en Syrie.

    (4) Syrian Network for Human Rights (mars 2017) : « 207 000 Civilians Have Been Killed Including 24 000 Children and 23 000 Females ; 94 % of the Victims Were Killed by the Syrian-Iranian-Russian Alliance » ; ou Violation Documentation Center in Syria : Monthly Statistical Report on Victims.

    (5) « La presse officielle de Damas salue la "volte-face" de Macron », Courrier international, 23 juin.

    Les membres du comité Syrie-Europe, après Alep :

    Racha Abazied Association Syrie moderne démocratique laïque Hala Alabdalla Cinéaste syrienne Adam Baczko Doctorant en science politique à l’EHESS Patrice Barrat Fondateur de l’ONG Bridge Initiative International, producteur de l’émission Syrie maintenant Jonathan Chalier Secrétaire de rédaction, revue Esprit Catherine Coquio Professeure de littérature, université Paris-Diderot Frédérik Detue Maître de conférences, université de Poitiers Marc Hakim Médecin hospitalier Santé publique Joël Hubrecht Juriste Sarah Kilani Médecin anesthésiste-réanimateur hospitalier et auteure d’articles sur le conflit syrien Charlotte Lacoste Maître de conférences, université de Lorraine Véronique Nahoum-GrappeAnthropologue, EHESS Claire A. Poinsignon Journaliste indépendante Manon-Nour Tannous Docteure en relations internationales, spécialiste des relations franco-syriennes, ATER au Collège de France David TuaillonTraducteur et dramaturge Nadine Vasseur Auteur Caroline Zekri Maître de conférences, université Paris-Est-Créteil.

    Les autres signataires :

    Zakaria Abdelkafi Photographe, correspondant de l’AFP Nadia LeïlaAïssaoui Sociologue Maria al-AbdehChercheure et directrice exécutive de Women Now for Development, Paris Majd al-Dik, Khalil al-Haj SalehIntellectuel et traducteur syrien Yassin al-Haj Saleh Intellectuel syrien Maabad al-Hassoun Intellectuel syrien Fatima Ali Artiste et doctorante à Paris-X Zahra Ali Chercheure au SOAS et à l’Ifpo Moustapha Aljarf Auteur, réfugié syrien Zaid Alkintar Directeur informatique, militant pour les droits humains Janine Altounian Auteure et psychanalyste Joseph BahoutPolitologue spécialiste du Moyen-Orient, chercheur au Carnegie Endowment, Washington DC Faraj Bayrakdar Poète syrien Robin Beaumont Doctorant en science politique à l’EHESS Souhaïl Belhadj Chercheur au Center on Conflict, Development and Peacebuilding de l’IHEID à Genève Yohanan Benhaim Doctorant en science politique à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne Cécile Boëx Maître de conférences, EHESS Nathalie Bontemps Ecrivaine et traductrice Hamit Bozarslan Historien, directeur d’études à l’EHESS Edith BouvierJournaliste, auteure de Chambre avec vue sur la guerre Tal BruttmannHistorien François Burgat Politiste, CNRS, Iremam Manuel Cervera-MarzalSociologue, Archipel des devenirs Géraldine Chatelard Chercheure spécialiste du Moyen-Orient Sophie Cluzan Archéologue spécialiste de la Syrie, conservateur du patrimoine Leyla Dakhli Spécialiste du Moyen-Orient et du Maghreb, chercheure CNRS au Centre Marc-Bloch Sonia Dayan-Herzbrun Professeure émérite en sociologie politique, université Paris-Diderot Delphine de Boutray Metteure en scène Gilles Dorronsoro Professeur de Science politique, membre sénior de l’IUF Sakher Edris Journaliste syrien, membre fondateur du Working Group for Syrian Detainees Jean-Pierre FiliuProfesseur, Sciences-Po Thibaud Fournet Ingénieur de recherche au CNRS, architecte, archéologue Mike Gadras Doctorant en sciences de l’éducation, université Paris-13 Claire Gallien Maître de conférences, université Paul-Valéry Montpellier-3, CNRS Xavier Garnier Professeur, université Sorbonne Nouvelle - Paris-3 Vincent Geisser Chercheur au CNRS, Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman Antoine Germa Scénariste Hélène GorkiewiezAvocate, barreau de Paris Antonin Grégoire Chercheur en sociologie et Nadia Meziane Auxiliaire de vie scolaire, pour l’association Mémorial 98 Agnieszka Grudzinska Historienne, université Paris-Sorbonne Nacira Guénif Sociologue, université Paris-8 Vanessa Guéno Chercheure à l’Ifpo, antenne d’Amman, Jordanie Omar Guerrero Psychologue clinicien et psychanalyste, Centre Primo-Levi Raphaëlle Guidée Maître de conférences, université de Poitiers Moiffak Hassan Consultant pétrolier et trésorier de Souria Houria Isabelle Hausser Ecrivaine Fares Helou Acteur syrien Joël Jovet Militant des droits de l’homme Shiyar Khalil Journaliste syrien, membre fondateur du Working Group for Syrian Detainees Stéphane Lacroix Professeur associé, Sciences-Po-Ceri Bérénice Lagarce-OthmanEgyptologue, chercheure associée à Paris-IV et à l’Ifpo Jacques LagarceArchéologie de la Syrie, retraité du CNRS, Gérard Lauton, universitaire, syndicaliste, Garance Le CaisneJournaliste indépendante, auteure de Opération César, au cœur de la machine de mort syrienne Olivier LepickChercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des armes chimiques Agnès LevalloisConsultante spécialiste du Moyen-Orient et de la Syrie, vice-présidente de l’Iremmo Camille Louis Philosophe et dramaturge, universités Paris-8 et Paris-7 Ziad Majed Politiste, spécialiste du Moyen-Orient et de la Syrie, universitaire Farouk Mardam-BeyEditeur, écrivain et président de Souria Houria Claude Marill Militant syndicaliste et humanitaire Philippe Marlière Politiste University College London Sarah Mazouz Sociologue Ined Franck Mermier Anthropologue spécialisé sur le monde arabe, directeur de recherche au CNRS Barbara Métais-Chastanier Maître de conférences et dramaturge, université d’Albi Hélène Michalak Consultante indépendante Samira Mobaied Chercheure en écologie Olivier Mongin Editeur et écrivain Sarah MoonPhotographe et cinéaste, Michel Morzières, Militant associatif, Boris Najman Maître de conférences, université Paris-Est-Créteil Ali Othman Archéologue, conservateur du patrimoine Marie PeltierHistorienne Thomas Pierret Senior Lecturer, université d’Edimbourg Pauline Piraud-Fournet Archéologue au Proche-Orient, chercheure contractuelle au CNRS Jean-Yves PotelEcrivain Pierre Puchot Ecrivain et journaliste spécialiste du Moyen-Orient Arthur Quesnay Doctorant en science politique à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne Martin Rass Maître de conférences, université de Poitiers Candice Raymond Historienne, université Paris-1 Tiphaine SamoyaultAuteure et professeure à l’université Paris-3 Annie Sartre-FauriatHistorienne de la Syrie gréco-romaine, professeure des universités émérite Maurice Sartre Historien de la Syrie, université de Tours Leïla SeuratSpécialiste du Moyen-Orient, postdoctorante à l’Iremam Béatrice Soulé Réalisatrice et directrice artistique Alexis Tadié Professeur à l’université de Paris-Sorbonne Etienne Tassin Professeur de philosophie, université Paris-Diderot Pierre Tevanian Professeur de philosophie, collectif Les mots sont importants Sylvie Tissot Sociologue, université Paris-8 Laetitia Tura Photographe et réalisatrice Les membres de la revue Vacarme Anaïs Vaugelade Auteure et éditrice Dominique Vidal Journaliste et historien Leïla Vignal Géographe spécialiste du Moyen-Orient, université d’Oxford Lise Wajeman Enseignante-chercheure Emmanuel WallonProfesseur de sociologie politique, université Paris-Nanterre Frédéric Worms Philosophe, professeur à l’ENS Samar Yazbek Journaliste et écrivaine



    • https://anticons.wordpress.com/2017/06/17/le-monde-a-lepreuve-de-la-methode-de-son-decodex

      ANTICONS Observatoire du néo-conservatisme
      Le Monde à l’épreuve de la méthode de son « Décodex »
      Posted by AntiNeoCons
      Ukraine, Taguieff, Syrie, Trump : les embardées du Monde…

      Pour ceux qui auraient échappé à la dernière campagne de communication du Monde, sachez que ce journal, afin de lutter contre les « fausses informations », a lancé en février dernier un outil d’évaluation des contenus en ligne appelé « Décodex« . Cette application permet via Google Chrome ou Firefox d’accéder en permanence à l’annuaire des sources recensées dans le Décodex.

      Pour être précis, en conformité avec des règles préétablies, cet outil délivre des « bons ou des mauvais points » par l’intermédiaire de vignettes colorées : Rouges pour “les sites qui diffusent des fausses informations”, oranges pour “celles dont la fiabilité est douteuse” et bleues pour “celles provenant de sites parodiques”. A noter que les vignettes vertes qui indiquaient “les sites fiables” ont été supprimées. En somme, le Décodex s’inscrit dans la logique de diabolisation des sources qui échappent aux réseaux professionnels de l’information, et des opinions souvent iconoclastes qui en découlent. Cette initiative pour le moins manichéenne, a été accueillie par un grand nombre de journalistes de manière très négative. Mais soyons beaux joueurs et partons du postulat que dans chaque entreprise il y a une part de bonne foi. Aussi, avant sans doute d’expédier ce “joujou extra” au musée des objets insolites, soumettons la version internet du Monde à la critique de son fameux Décodex.

      En premier lieu, examinons succinctement la méthodologie du Décodex qui – à la bonne heure – préconise de « vérifier une information avant de la partager, de vérifier les sources, de juger de la fiabilité d’un site, ou encore de vérifier une rumeur qui circule sur les réseaux sociaux avec son corollaire, celui de reconnaître une théorie complotiste ». Pour vérifier cette “charte”, revenons sur cinq thèmes, dont quatre souvent abordés sur ce blog.

      1/ Ukraine : « le Kremlin multiplie les références à la seconde guerre mondiale » affirme le Monde.

      En 2016, pour répondre au film « Les Masques de la Révolution » de Paul Moreira, qui revenait sur le rôle prépondérant des néo-nazis en Ukraine, Benoît Vitkine, journaliste au Monde, titre l’une de ses chroniques : « Paul Moreira donne une vision déformée du conflit ukrainien. ». Pour Benoît Vitkine, « le documentariste chausse des lunettes déformantes. Pravy Sektor, Azov, Svoboda… Moreira fait de ces groupes d’extrême droite les artisans de la révolution, lorsqu’ils n’en étaient que l’un des bras armés. Il les présente comme une force politique majeure, quand leurs scores électoraux sont dérisoires ».

      1-1/ Quel sont les autres bras armés, puisque Benoît Vitkine sous-entend qu’il y en a d’autres sans toutefois les lister ?

      1-2/ S’il y a une propagande du Kremlin, il y en a une également du côté “occidental”, basée en grande partie sur les résultats électoraux, bon ou pas, de l’extrême droite ukrainienne.

      Depuis 2014, cet argument sert à minimiser autant que possible la présence des fascistes au sein de l’appareil d’Etat ukrainien. En règle générale, les propagandistes français referment la parenthèse par un : « Et alors il y a bien une extrême droite en France. ».

      Tout d’abord remarquons que d’un côté les journalistes du Monde proclament que « les années 30 sont de retour », et de l’autre ces mêmes journalistes réduisent l’importance de nazis hyperactifs qui sont pourtant au service d’un gouvernement allié à l’Etat français. Qui est Andreï Parouby, le commandant de l’Euromaïdan ? En 1991, il a fondé le Parti social-nationaliste d’Ukraine avec Oleh Tyahnybok. Ce parti deviendra plus tard Svoboda. Le 14 avril 2016, Andréï Parouby est devenu le Président du Parlement ukrainien, marchepied vers le poste de premier ministre pour ses 2 prédécesseurs. Selon le quotidien allemand Der Spiegel : « Le titre social-national Parti était une référence intentionnelle au parti National Socialiste d’Adolf Hitler. ». Son emblème, le Wolfsangel, était l’un des symboles initial du parti nazi. Il deviendra le logo du Parti social-nationaliste d’Ukraine et par la suite du parti de Parouby, Svoboda.

      Qui plus est, si les journaux britanniques en matière de politique étrangère sont globalement rangés derrière leur gouvernement, malgré tout ils relatent fréquemment le rôle majeur des bataillons ouvertement néo-nazis au service du nouveau pouvoir de Kiev. Pour preuve : The Guardian, The Telegraph, The Independent, The Sunday Times, BBC News. Des articles corroborés par Amnesty International qui dès septembre 2014 alertait les opinions publiques sur les crimes perpétrés par les troupes paramilitaires ukrainiennes. Ces groupes d’extrême droite furent identifiés par le quotidien israélien Haaretz, qui dès le début des événements en Ukraine rapportait que Pravy Sektor et Svoboda distribuaient des traductions de Mein Kampf et des Protocoles des Sages de Sion sur la place Maïdan.

      2/ Par qui “Le Monde” est-il lui, influencé ?

      Comment le Décodex a-t-il classé initialement les journaux britanniques vu ci-dessus ? The Daily Telegraph comme la BBC sont notés ainsi : « Ce site est en principe plutôt fiable. N’hésitez pas à confirmer l’information en cherchant d’autres sources fiables ou en remontant à son origine. » . Face à cette presse britannique qui, à y regarder de plus près, n’est pas alignée exactement sur les préjugés de l’équipe du Décodex, que pense Le Décodex de la presse officielle russe ? A la question « RussiaToday (version française) est-il une source d’information fiable ? », le Décodex répond : « Une chaîne de télévision associée à un site d’information, financée par le pouvoir russe, créée en 2005 dans le but de donner une image plus favorable de Vladimir Poutine à l’étranger. Ce média peut présenter des enquêtes de qualité, mais présente le biais de toujours relayer des informations favorables à Moscou. ». Concernant l’autre site d’information russe Sputniknews (version française), le Décodex délivre un message identique en ajoutant : « Soyez prudents et croisez avec d’autres sources. Si possible, remontez à l’origine de l’information. ».

      Alors bien sûr, nous ne pouvons qu’adhérer au « soyez prudents » prôné par les journalistes du Décodex. Reste que pour les “décodexeurs”, la presse russe est inféodée au Kremlin, alors que Le Monde est lui, bien entendu, quasi-irréprochable… Soulignons pourtant que Le Monde bénéficie chaque année d’une aide de l’Etat français considérable. Il arrive en deuxième position de tous les supports papiers aidés de la presse française. Or que dit Le Décodex concernant leur employeur Le Monde ? Il se contente d’un message lapidaire : « Un quotidien et site Internet d’information généraliste. Le groupe est détenu depuis 2010 par les hommes d’affaires Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse. », qui se conclut par la formule habituelle : « N’hésitez pas à confirmer l’information en croisant avec d’autres sources ou en remontant à son origine. ». C’est ce que nous allons faire à présent.

      Pour ce faire, il nous a semblé important de revenir sur deux billets que nous avons écrit précédemment (ici et là). Bien avant le Décodex, nous nous étions interrogés sur les certitudes des patrons de presse. Pour répondre à cette question, nous étions revenus sur les travaux de Noam Chomsky et Edward Herman, qui en 1988 coécrivent « Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media ». Le livre est traduit en français en 2008 sous le titre “La Fabrication du Consentement”. Les deux intellectuels américains attirent notre attention sur les cinq filtres qui déterminent la fabrication du consentement :

      2-1/ Taille, actionnariat, orientation lucrative.
      2-2/ Régulation par la publicité.
      2-3/ Sources d’information.
      2-4/ Contre-feux et autres moyens de pressions.
      5/ Anticommunisme.
      Dès lors, la propagande peut être organisée par de puissantes ONG ou « cercles de réflexion » (think tanks) devenus lobbies au fil du temps. Pour Noam Chomsky et Edward Herman, ces organisations, sous couvert de caution scientifique, influencent radicalement le récit des différents médias. Elles constituent une “société d’experts” qui jouent en même temps le rôle d’agents du pouvoir US à l’origine des sources primaires qui déterminent l’orientation des lignes éditoriales.

      Nous avons extrait de la galaxie des « think tanks » néolibéraux ou encore « atlantistes », un petit échantillon afin d’attirer votre attention sur le poids politique de leurs membres, et sur leurs sources de financements qui viennent de six catégories de pourvoyeurs de fonds : l’industrie de l’armement, l’énergie, la finance, les médias et la communication, le Département d’Etat américain, et les gouvernements alliés des États-Unis.

      L’Atlantic Council est l’officine de propagande quasi officielle de l’OTAN. Elle regroupe une multitude d’anciens Secrétaires d’Etat américains, par exemple Madeleine Albright, Secrétaire d’Etat sous Clinton, Colin Powell, Secrétaire d’Etat de l’administration Bush, Condoleezza Rice, qui fut aussi Secrétaire d’État sous les deux mandats de George W. Bush. James Baker, Secrétaire d’Etat de GH Bush. Robert Gates, directeur de la CIA, qui deviendra Secrétaire à la Défense des États-Unis sous la présidence de G. W. Bush et conservera son poste sous Obama. Ses financements proviennent entre autres de : ExxonMobil, Bank of America, US Army, US Air Force, US Marine Corp, Boeing, Rockefeller&co, Thales USA, etc. Dans nos médias : Le Monde – Libération – L’Express – L’Obs – Le Point – Le Figaro.

      Le Washington Institute est une organisation qui fut vivement critiquée pour avoir des liens étroits avec le groupe de lobbying pro-israélien AIPAC. Parmi les conseillers consultatifs nous retrouvons Henry Kissinger, ancien Secrétaire d’Etat, ou Richard Perle, ancien Secrétaire adjoint à la Défense. Nous retrouvons également Condoleezza Rice et R. James Woolsey, ancien directeur de la CIA. Son financement vient probablement de l’AIPAC. Dans nos médias : Libération – L’Express – Le Figaro.

      La Fondation Carnegie est représentée en Europe par Victoria Nuland, ex-ambassadrice adjointe à l’OTAN (2000-03), puis conseillère du vice-président Dick Cheney (2003-05) avant d’être employée par Hillary Clinton. Parmi ses financements nous notons entre autres : OpenSociety, Département US Defense, Fondation Ford, Chevron, United Arab Emirates, Morgan Stanley, Federal Republic of Germany, etc. Dans nos médias : Le Monde – L’Express – L’Obs – Le Figaro – Le Point.

      Le Center for a New American Security réuni des personnalités politiques telles que le général David Petraeus, ex directeur de la CIA (2011-2012), Hillary Clinton, ou encore Madeleine Albright. Ses financements proviennent entre autres de Boeing, Government of Japan, Morgan-Stanley, Open Society, Chevron, Pentagone, Bank of America, Lockheed Martin, US Navy, US Air Force, US Army, etc. Dans nos médias : Le Monde – Libération – L’Express – Le Figaro – L’Obs.

      Le Center for Strategic and International Studies compte dans son conseil d’administration Henry Kissinger, Zbigniew Brzezinski, le géostratège qui a conseillé les présidents Jimmy Carter, George W. Bush et Barack Obama, et James Woolsey, qui dirigea la CIA de 1993 à 1995. Ses financements comprennent entre autres : Bank of America, Chevron, Lockheed Martin, Boeing, Raytheon, Thales, Électricité de France, U.S. Chamber of Commerce etc. Dans nos médias : Le Monde – Libération – L’Express – Le Figaro –L’Obs – Le Point.

      Le Council on Foreign Relations est très vraisemblablement la principale structure de rayonnement de la galaxie des think tanks atlantistes. Nous y retrouvons Henry Kissinger, Madeleine Albright, Colin Powell, Robert Gates et Gerald Ford, 38ème président des Etats Unis. Nous notons les financements suivants : Bank of America, Exxon Mobil, Goldman Sachs, JPMorgan, Morgan Stanley, Credit Suisse, Deutsche Bank, Lazard, Airbus Group, Raytheon, Total, U.S. Chamber of Commerce, etc. Dans nos médias : Le Monde – Libération – L’Express – Le Figaro – L’Obs – Le Point.

      Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas pour nous d’affirmer ici que tous les journalistes sont soumis à des intérêts cachés, toutefois force est de constater que les rédactions de nos médias sont toutes « sous forte influence ». Et vous aurez noté que le spécialiste des « coups tordus » Henry Kissinger est présent dans tous ces « think tanks » depuis de très nombreuses années.

      3/ Un porte-parole paranoïaque comme référence ?

      En matière de lutte contre les « théories du complot », la caution intellectuelle du Monde et de la presse dans son ensemble est apportée par le théoricien islamophobe Pierre-André Taguieff.

      Il est l’homme que Le Monde suit et consulte depuis des années. Au fil du temps, Le Monde a produit un très grand nombre d’articles où ses travaux font autorité. Parmi le large éventail de choix sur le sujet (Le Monde/Taguieff), nous avons choisi quelques exemples significatifs. Dans son édition du 21.09.2015, Le Monde titre l’un de ses articles sous forme d’interview « Pour Pierre-André Taguieff, l’intelligentsia française sous-estime l’antisémitisme ». Dans cette chronique Taguieff profite une fois de plus de l’occasion pour s’offusquer de la lutte contre l’islamophobie. L’éditorial du Monde du 20.06.2012 est consacré à l’affaire Merah. Là encore il y est décrit comme un spécialiste rigoureux du conspirationnisme. Dans Le Monde du 23.02.2012, il est écrit « Dans un numéro de « L’homme et la Société » datant de 1985, Pierre-André Taguieff en donnait une utile définition : pour les différentialistes, la différence culturelle est traitée comme une différence naturelle, et une différence de nature. Il y aurait plusieurs natures humaines ». Le 28.08.2008, Roger-Pol Droit pour l’édition Le Monde des livres ne tarit pas d’éloges envers Taguieff. Pour Roger-Pol Droit, « Pierre-André Taguieff construit une œuvre imposante, au carrefour de l’histoire des idées, de la sociologie et de l’intervention politique ». Pour Pierre Drouin dans les colonnes du Monde du 10.06.2004, « Pierre-André Taguieff interroge l’idée de progrès ». Nicolas Weill dans Le Monde du 20.06.2002 écrivait « Le sociologue Pierre-André Taguieff montre les usages erratiques de la notion de populisme ». Terminons cette liste non exhaustive avec un néoconservateur notoire qui n’est autre que Robert Redeker, qui lui aussi le 25.01.2002 profite d’une recension de M. Taguieff dans Le Monde pour brocarder la gauche anti-impérialiste. Totalement conquis, M. Redeker précise « Taguieff avertisseur d’incendie ». Il convient de noter que le soutien du Monde à Pierre-André Taguieff dure depuis plusieurs décennies, alors même que sur France Inter en 1997 ce dernier déclarait « Deux millions de musulmans en France, ce sont deux millions d’intégristes potentiels ».

      Pierre André Taguieff est à l’origine de la méthode qui consiste à mélanger des sujets sérieux, par exemple la cause palestinienne, à des légendes farfelues, par exemple les Illuminatis. L’objectif de la manœuvre étant de ridiculiser les militants anti-impérialistes. Cette matrice est invariablement composée de trois constantes : 1/ Le principe de non contradiction est totalement bafoué dans la narration. 2/ L’indignation est sélective (les dictatures alliées à l’Occident échappent toujours à la critique). 3/ Quand il aborde le complotisme, certains faits sont systématiquement ignorés (opération Condor, réseaux Gladio…). Son CV n’est pas plus reluisant que sa rhétorique. Pierre-André Taguieff fut contributeur hyperactif du site drzz.info devenu dreuz.info, qui publie les diatribes xénophobes et islamophobes de Daniel Pipes. Mais dreuz.info est surtout et avant tout une tribune permanente pour la théorie d’Eurabia, un néologisme forgé en 2005 par l’essayiste et contributrice de dreuz.info, Bat Ye’Or. Le concept Eurabia est souvent repris par des mouvements d’extrême droite parlant d’une Europe absorbée par le monde arabe.

      Et que nous disent les « décodexeurs » du site Dreuz où Pierre-André Taguieff a officié ? A la question « Dreuz Info est-il une source d’information fiable ? » Réponse : « Un blog qui se revendique comme « pro-américain », « pro-israélien » et « néo-conservateur ». Il publie régulièrement de fausses informations, notamment sur l’immigration ». Cette consigne est suivie de “Notre Avis” : « Ce site diffuse un nombre significatif de fausses informations et/ou d’articles trompeurs. Restez vigilant et croisez avec d’autres sources plus fiables. Si possible, remontez à l’origine de l’information » . Une mise en garde appuyée par plusieurs articles dont « Sur le Web, le Hollande bashing se radicalise ». Cependant, les “décodexeurs” se gardent bien de signaler le lien entre les islamophobes pro-Eurabia de Dreuz et le « politologue » consulté par tous Pierre-André Taguieff.

      4/ Attaques chimiques en Syrie : les “certitudes” du Monde à l’épreuve des faits.

      Le mercredi 12 avril 2017, directement pour le Décodex cette fois, Madjid Zerrouky et Adrien Sénécat, tous deux journalistes au Monde, écrivent à propos de l’attaque chimique de Khan Cheikroun du 4 avril : « Bombardement chimique en Syrie : les intox à l’épreuve des faits » . Les deux journalistes ajoutent « les preuves incontestables qui démontrent que Assad ment quand il conteste la nouvelle attaque chimique. » Ils surajoutent même lourdement : « Les preuves sont fournies par le Pentagone et les rebelles qui scrutent le ciel en permanence ». Par conséquent, Le Monde prend pour argent comptant les renseignements de rebelles dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est que certains d’entre eux tentent depuis le début du conflit de faire assassiner des journalistes par l’armée syrienne, c’est du moins ce que relate le journaliste Alex Thomson de Channel 4 dès juin 2012, ce qui traduit une situation particulièrement incertaine sur le terrain, et semble être la véritable explication de l’absence très tôt parmi les “rebelles”, de journalistes de la presse occidentale réfugiés au Liban, en Israël ou en Jordanie.

      Concernant les faits retenons surtout qu’à part celui de rendre grandiloquent un écrit très faible sur sa ligne, cette partie de l’article du Monde n’a finalement pas grand intérêt étant donné que L’Etat syrien reconnaît l’intervention aérienne au travers de la déclaration du ministre russe de la Défense : « Selon les données objectives du contrôle russe de l’espace aérien, l’aviation syrienne a frappé près de Khan Cheikhoun un grand entrepôt terroriste. ». Et dans cet entrepôt situé dans une région encore entièrement contrôlée par Al-Nusra, il y avait des composants chimiques.

      Dans cette affaire, Le Monde se devait de donner un semblant de légitimité à ses assertions. La caution scientifique sera apportée tant bien que mal par Olivier Lepick, chercheur associé à la “Fondation pour la Recherche” à qui Le Monde fait dire qu’il réfute catégoriquement la thèse syrienne. Pourtant à le lire, il semble plus mesuré, car il précise au Monde que « Si un tel stock existait, il serait “très improbable” qu’il soit sous le contrôle des groupes rebelles ». Et pour cause. Cette dernière hypothèse est en effet très discutable, comme nous allons le voir.

      Tout d’abord retenons que selon CNN dès décembre 2012, des agents privés sous-traitants de la Défense américaine et européenne envoyés par les gouvernements des pays OTAN ont formé en Jordanie et en Turquie des “rebelles” à “tracer”, “sécuriser” et “gérer” des stocks d’armes chimiques dans les zones conquises. Donc des “rebelles” ont bien été en contact avec ce type d’armes, et selon toute vraisemblance ils savent les manipuler depuis le début du conflit.

      Prenons également en considération que ce sont des jihadistes de Liwa Al Islam et Al Nusra, connus pour leurs liens avec l’Arabie Saoudite, qui attaquèrent le 21 décembre 2013 des entrepôts chimiques de l’armée syrienne pour s’emparer de leurs stocks, au moment où l’armée s’apprêtait à les transporter pour les “évacuer depuis le port syrien de Lattaquié dans deux cargos, escortés par les navires militaires norvégien et danois, à destination du port italien de Gioia Tauro. Les 700 tonnes d’agents chimiques les plus potentiellement dangereux furent transférés sur le MV Cape Ray, un navire de la marine américaine spécialement équipé pour leur destruction, et détruits dans les eaux internationales.”

      Notons aussi que le samedi 15 avril dernier, l’EI a utilisé des gaz chimiques à Mossoul, et ce n’est pas la première fois selon l’AFP.

      Enfin, rappelons ici qu’il est de notoriété publique que le jeu ininterrompu des allégeances entre brigades “rebelles” et brigades “jihadistes” rend leur classement extrêmement volatil. Seule la narration des médias pro-OTAN est totalement affirmative, en parfaite adéquation avec les déclarations officielles des chancelleries des pays OTAN.

      Donc ces informations indiquent la possibilité réelle et vraisemblable, même si elle est minimisée par Olivier Lepick, que des “rebelles” soient effectivement en possession de gaz neurotoxiques avec l’objectif éventuel d’en faire usage.

      Venons-en “aux charges”. Qui apporte les “meilleurs arguments” ? La certitude que “le gaz sarin a été utilisé en Syrie à plusieurs reprises et de façon localisée” est certes bel et bien établie, mais l’identité des auteurs des attaques fait toujours débat. Dès lors, le déterminisme du journal Le Monde est loin d’être satisfaisant puisque par exemple en mai 2013, l’ancienne Procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie Carla Del Ponte a affirmé que ce sont les rebelles syriens qui ont utilisé du gaz sarin en décembre 2012 à Homs, puis en mars 2013 à Jobar, près de Damas. Le même jour, on pouvait lire dans le journal Turc Zaman que la police locale turque avait trouvé du gaz sarin chez les terroristes d’Al Nosra, pudiquement qualifiés de « groupe rebelle de militants syriens », que les USA mirent plus d’un an à inscrire sur leur « liste noire du terrorisme international ». Et que faisait Le Monde, déjà à cette époque ? Une grande enquête totalement à charge, sans aucun recul déontologique, alors que ses 2 journalistes sur le terrain à l’origine des prélèvements utilisés comme “preuves”, avouaient a posteriori et à demi-mot être dans l’incapacité de déterminer qui était l’auteur des gazages, et qu’aucun autre journaliste du Monde n’était allé sur la scène du crime.

      Revenons à présent sur l’interview proposée par Les-Crises (un blog ostracisé par le Decodex) de Theodore A. Postol, professeur émérite en science, technologie et politique de sécurité nationale au MIT de Boston, et ancien conseiller scientifique auprès du chef des opérations navales de l’armée américaine. Dans cet entretien, Postol rejette les accusations de Elliot Higgins, animateur du blog Bellingcat. Postol déclare avoir tenté de travailler avec lui sans avoir jamais obtenu de réponse du blogueur, qui lui est référencé par Le Monde. Or Elliot Higgins avait justement fait paraître sur Bellingcat des explications pour tenter d’invalider un rapport antérieur signé de MM. Postol et Brown sur les attaques du 21 août 2013 à La Ghouta, dans la banlieue de Damas. Postol nous confie avec 4 ans de recul son dernier point de vue sur cette attaque et il est très clair : « Nous disons que nous ne savons pas qui a exécuté l’attaque, mais que nous savons avec certitude que les renseignements présentés par la Maison-Blanche en septembre 2013 ne peuvent assurément pas être corrects » .

      Mais il y a mieux. Comme nous le conseille Le Monde, nous avons pu recouper cette affirmation avec le point de vue des six congressistes américains tant Démocrates que Républicains, qui ont demandé à accéder aux preuves, et ont déclaré exactement la même chose dans leurs journaux locaux concernant cette même attaque du 21 août 2013.

      D’ailleurs au final, même Obama s’est montré prudent. Il semblerait en effet que si le président a reculé, c’est tout simplement parce qu’il avait promis aux américains qu’il demanderait le vote du Congrès, et qu’il s’apprêtait à essuyer un échec aussi retentissant que celui de Cameron. Inavouable bien entendu.

      A la lumière de cette somme d’informations, examinons à présent la nouvelle séquence française suite à la nouvelle attaque chimique du 4 avril 2017, imputée par les pays OTAN et Le Monde aux forces gouvernementales syriennes, du moins telle qu’analysée par Madjid Zerrouky et Adrien Sénécat le 12 avril 2017. Leur version s’appuie sur la déclaration officielle de l’ex-ministre des Affaires étrangères Jean Marc Ayrault le mercredi 19 avril 2017 sur la chaine LCP, juste avant le premier tour de la Présidentielle française. Le village de Khan Cheikroun, sous contrôle rebelle, a été bombardé par un Sukkoï22 syrien qui a décollé de la base aérienne militaire de Shayrat censée abriter un arsenal chimique non déclaré en 2014. Malgré une nouvelle intervention de M. Théodore Postol (version finale de son rapport publiée le 18 avril) qui disculpe ipso facto les forces gouvernementales, de nouvelles “preuves” françaises ont été publiées ce mercredi 26 avril, juste entre les 2 tours de la Présidentielle, qui font réagir les internautes avec vigueur, au vu de leur extrême faiblesse. Comme dans le cas d’Obama, le véritable motif de cette publication semble être ailleurs que dans la solidité ou non de ces preuves.

      Une fois de plus, force est de constater que l’effet d’annonce prime sur le contenu, et que Le Monde, comme souvent, s’agite au côté des interventionnistes, et non du côté de la recherche impartiale de la vérité. Une rhétorique méthodiquement décryptée par Anne Morelli qui dans les « principes élémentaires de propagande de guerre » précise que dans le discours guerrier “l’ennemi” utilise toujours des armes non autorisées, alors que nous « les bons », non seulement nous ne commettons pas d’atrocités, mais nous faisons la guerre de manière chevaleresque.

      Cet enchaînement de faits nous amène au point central de la discorde entre accusateurs et sceptiques : La question du mobile. Pourquoi Assad aurait-il agit de la sorte ? Le fait qu’Assad « n’avait aucun intérêt à faire ces frappes » semble pourtant a priori être une évidence qui mérite d’être examinée. Mais pour les “decodexeurs” du Monde c’est un « argument qui fait diversion ». Les deux compères du Monde balayent d’un revers de la main cette question préalable pourtant essentielle par la formule suivante : « Un élément d’interprétation qui remettrait en question l’implication du régime syrien ». Mais qu’y-a-t-il de malhonnête à rechercher le mobile d’un crime ? N’est-ce pas la base d’une enquête que de s’interroger sur les raisons du criminel ? En l’occurrence pourquoi Assad dès 2013 aurait-il entamé une série d’actes aussi suicidaires ? N’était-ce pas le meilleur moyen face à “l’opinion internationale” de se mettre une corde au cou quand nous savons le sort qui fut réservé à Mouammar Kadhafi quelques mois auparavant, et à Saddam Hussein en 2006 ? Aussi comprenons qu’à ce jour, la seule et unique certitude que nous puissions avoir est que seule une enquête indépendante sous l’égide de l’ONU pourra apporter un véritable éclaircissement, et que seule une parfaite clarification aura le pouvoir d’être suivie de décisions diplomatiques fortes et respectables car légitimes. Ce qui n’est bien sûr pas le cas pour le moment.

      5/ Le cas Trump :

      Pour finaliser cette dernière partie autant qu’il est possible de le faire à cette heure, revenons sur le comportement du Monde au gré de la réaction de Donald Trump à la suite de l’attaque au gaz de Khan Cheikhoun. Peu soucieux du respect du droit international, le nouveau président américain a signé son premier acte unilatéral de guerre illégale. Pourtant, pour le journal Le Monde, pour les pouvoirs politiques et pour la presse occidentale, le ton serait plutôt de dire “hourra le shérif est de retour”. A cet effet, Le Monde a repris un article de l’AFP intitulé « Après l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, Donald Trump cible le régime syrien ». Souvenons-nous qu’il y a encore peu, aux yeux de la presse internationale et du Monde, Donald Trump n’était qu’un illettré, un déficient mental, bref une “brute épaisse”. Et force est de constater que depuis qu’il s’avère être vraiment une brute épaisse, sa cote de popularité dans les journaux est à la hausse. L’homme serait même sur le chemin de la respectabilité.

      Un traitement de l’information qui en rappelle un autre : Souvenons-nous de l’élection américaine de novembre 2016. Le Monde, avant l’élection américaine, avait colporté une parfaite théorie du complot selon les critères de son Décodex. La fameuse déclaration fabriquée par l’équipe d’Hillary Clinton, qui accusait Donald Trump d’être la « marionnette » du président russe Vladimir Poutine. Le président russe « préfère avoir une marionnette comme président des Etats-Unis » , avait lancé à plusieurs reprises Hillary Clinton. Trois mois après l’investiture de Donald Trump, l’affirmation d’Hillary Clinton disparaissait des radars médiatiques en même temps que le président américain changeait de cap diplomatique et agissait cette fois dans la droite ligne de ses prédécesseurs. Toujours est-il que sur cette affaire, le Décodex, toujours très sélectif dans ses critiques, n’agite toujours pas à ce jour de carton rouge en direction des médias qui ont relayé cette assertion invérifiable venue du camp Clinton.

      Récapitulons :

      Si l’on en croit ses concepteurs, le Décodex est un outil informatique qui permet à un public large et varié de décrypter l’information sans trop d’efforts. Ainsi nous dit-on, les utilisateurs du Décodex peuvent faire le tri entre les informations pertinentes et les fausses nouvelles communément appelées “fake news”. Cependant, la maison-mère du Décodex, qui n’est rien moins que le journal Le Monde, est contredite dans ses principes élémentaires comme nous venons de le voir.

      Le Monde minimise autant que possible l’influence de l’extrême droite en Ukraine et la presse britannique (classée fiable) et certaines ONG sont là pour nous le rappeler.

      Les sources primaires du Monde sont très souvent les purs produits de l’industrie de guerre américaine.

      Le Monde n’a pas le moindre scrupule pour utiliser un porte-parole paranoïaque tel que Pierre-André Taguieff, ex éditorialiste du site Dreuz, qui est un site conspirationniste selon les termes même du Décodex.

      Sous le prétexte du droit d’ingérence humanitaire, Le Monde cautionne une intervention militaire américaine en Syrie, alors même qu’à ce jour aucune preuve acceptée par la Communauté internationale n’a été présentée à l’ONU qui désigne les responsables des actes que cette administration est censée punir. Une attitude adoptée aussi par M. Jean-Marc Ayrault, qui rappelle en tous points celles d’avril puis août 2013 étroitement liées à une enquête soi-disant accablante du journal Le Monde, et extrêmement discutables elles aussi.

      La frappe unilatérale ordonnée par Donald Trump fut donc parfaitement illicite, et renvoie à une Administration américaine qui n’est jamais avare de mensonges quand il s’agit de ses intérêts*, défendus avec complaisance dans des médias versatiles qui avaient soutenu Hillary Clinton, notamment contre le prétendu complotisme pro-russe de Donald Trump.

      Conclusion

      « Pourquoi sans le moindre détour ne pas avoir écrit un billet à charge contre le Décodex ? » , nous diront à juste titre, ceux qui pensent qu’il y a beaucoup à dire sur cette initiative du Monde, qui indéniablement a pour objectif la mise à l’index des idées divergentes de celles des forces dirigeantes des pays OTAN. A cette interrogation légitime, nous répondrons simplement que le travail a été fait par d’autres. De ce fait, il nous a semblé utile d’examiner Le Monde lui-même à travers le prisme de son Décodex. Et le moins que l’on puisse dire est que ce journal se trouve discrédité par les méthodes d’investigation de son propre outil. Au final, cet outil nous permet surtout de pointer les influences, le dogmatisme et les contradictions d’un journal qui se targue de cultiver un certain recul. Quoique le journaliste Samuel Laurent puisse en dire, Le Monde est un journal militant et partial, en ce sens qu’il soutient la politique impérialiste de l’OTAN. Son positionnement, parfaitement aligné sur celui du quai d’Orsay, a pour principale conséquence la justification des conflits récents. Le Monde ferme les yeux sur les régimes autoritaires alliés à l’Occident, et diabolise les activistes anti-guerre et anti-impérialistes. De ce fait les journalistes du Décodex rallient le cortège de ceux qui s’efforcent, avec plus ou moins de réussite, de fournir à l’occident des alibis pour toutes les guerres dans lesquelles l’OTAN est directement ou indirectement impliquée.

      * « Les grandes puissances n’ont pas de principes, seulement des intérêts. » Henry Kissinger, Secrétaire d’État du gouvernement républicain de Richard Nixon, puis de Gerald Ford.
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  • http://www.unhcr.org/news/briefing/2017/6/595612454/unhcr-seeing-significant-returns-internally-displaced-amid-syrias-continuing.

    UNHCR seeing significant returns of internally displaced amid Syria’s continuing conflict
    This is a summary of what was said by UNHCR spokesperson Andrej Mahecic – to whom quoted text may be attributed – at today’s press briefing at the Palais des Nations in Geneva.
    30 June 2017 | Français

    In the badly damaged Al-Shaar neighbourhood in East Aleppo, returnee families and displaced residents receive UNHCR relief assistance at a distribution point run by the Al Ihsan charity in March 2017. © UNHCR/Hameed Marouf
    UNHCR, the UN Refugee Agency, is seeing a notable trend of spontaneous returns to and within Syria in 2017.
    Aid agencies estimate that more than 440,000 internally displaced people have returned to their homes in Syria during the first six months of this year. In parallel, UNHCR has monitored over 31,000 Syrian refugees returning from neighbouring countries so far in 2017. Since 2015, some 260,000 refugees have spontaneously returned to Syria, primarily from Turkey into northern Syria.
    The main factors influencing decisions for refugees to return self-assisted mostly to Aleppo, Hama, Homs, Damascus and to other governorates are primarily linked to seeking out family members, checking on property, and, in some cases, a real or perceived improvement in security conditions in parts of the country.
    Given the returns witnessed so far this year and in light of a progressively increased number of returns of internally displaced people and, in time, refugees, UNHCR has started scaling up its operational capacity inside Syria. In order to adequately address the initial needs of IDP returnees, UNHCR - as part of the overall UN response inside Syria - will expand its humanitarian and protection response with a strong emphasis on providing protection services, improving shelter conditions and assist in the rehabilitation of some essential infrastructure and basic essential services, all in close coordination with respective sector lead agencies and partners.
    Outside of Syria, UNHCR is strengthening monitoring of border movements and analysis of refugee intentions to be on top of any changes that could lead to a refugee return, while ensuring that refugees’ own voices are centre-stage in any planning around return.
    While there is overall increased hope linked to the recent Astana and Geneva peace talks, UNHCR believes conditions for refugees to return in safety and dignity are not yet in place in Syria. The sustainability of security improvements in many return areas is uncertain, and there remain significant risks of protection thresholds for voluntary, safe and dignified returns not being met in parts of the country. Access to displaced population inside Syria remains a key challenge, with aid convoys still unable to access regularly even the recently newly accessible areas.
    Other challenges to any sustainable and large-scale returns include limited livelihood opportunities, shortages of food and water, sporadic or non-existent health, social and other basic services. Many of Syria’s schools have been damaged or destroyed and offer no possibility for education.
    At this stage and while UNHCR will be investing to help, with other partners to improve conditions in accessible areas inside Syria, refugee returns from host countries can neither be promoted nor facilitated by UNHCR at this stage.
    For the 5 million refugees who are generously hosted in the region, and despite some self-organized returns, there is a clear need to continue to fund and support programmes in host countries, primarily through the inter-agency 3RP regional strategy and appeal.
    Ensuring access to asylum for Syrian refugees and preserving the ability and conditions for them to stay in the host countries remain critical. Meanwhile, we will also continue to monitor return movements, plan and implement our response both inside and outside Syria in partnership with UN agencies and NGOs as part of the overall UN response inside Syria. In that regard, UNHCR is pursuing a number of preparatory steps, in anticipation of the time when conditions for voluntary repatriation of refugees in conditions of safety and dignity are in place.
    Of the US$304 million that UNHCR has appealed for operations to assist IDPs inside Syria in 2017, US$103 million or 33% has been received. UNHCR will be seeking an additional US$150m in 2017 to ramp up its delivery inside Syria to support both IDPs, returnees and other vulnerable people, and to help improve conditions in potential return areas.

    For more information on this topic, please contact:
    In Geneva, Andrej Mahecic, mahecic@unhcr.org, +41 79 642 97 09
    In Syria, Firas Al-KHATEEB, khateeb@unhcr.org, +963 930 403 228
    In Syria, Scott CRAIG, craigs@unhcr.org, +962 7 9276 0640


  • http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/06/pipelineistan-en-mouvement.html

    Si avec tout ça, vous n’y comprenez rien, j’y peux rien pour vous ! NRobin

    Pipelineistan en mouvement

    Observatus geopoliticus 16 Juin 2017 19
    Gaz, Russie, Etats-Unis, Europe, Extrême-Orient, Chine, Sous-continent indien, Pétrole, Asie centrale, Moyen-Orient.
    http://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2017/06/ob_7ae0b0_pipe-woman-copy-2.jpg
    Si plusieurs cases du continent-monde sont en ébullition, le Grand jeu énergético-eurasien - affectueusement nommé Guerre froide 2.0 du côté de Washington - n’est pas en reste. Le Pipelineistan est en mouvement aux quatre coins de l’échiquier, affaiblissant toujours un peu plus la main de l’empire.

    Et si quelqu’un doutait encore que les Américains tentèrent, tentent et tenteront de torpiller l’intégration de l’Eurasie et d’isoler énergétiquement la Russie, une membre du comité des Affaires étrangères du Congrès a rappelé fin mai les fondamentaux de la politique étrangère de son pays :

    Les Etats-Unis devraient agir contre le projet russe de gazoduc afin de soutenir la sécurité énergétique de l’Union européenne [défense de rire ; qui eut cru que la novlangue pouvait être amusante ?]L’administration Obama et l’UE ont travaillé contre le Nord Stream II (...) L’administration Obama a fait de la sécurité énergétique européenne une question de haute priorité de la politique étrangère américaine. L’administration Trump serait bien avisée de continuer sur cette voie.

    Oh l’admission... Le fidèle lecteur du blog ne sera, quant à lui, évidemment pas surpris de ce que le système impérial se mêle d’un pipeline à 10 000 km de ses frontières et qui ne le concerne aucunement.

    L’on sent par contre la sénatrice quelque peu désappointée par rapport au nouveau président, guère atteint semble-t-il de russophobie aiguë et moins intéressé à la division de l’Eurasie que ses prédécesseurs. De fait, le "parapluie" de la pax americana sur l’Europe commence à fuiter et des discussions que l’on croyait définitivement enterrées reviennent sur le tapis.

    C’est le cas du défunt South Stream. Russes, Hongrois et Serbes recommencent à évoquer le projet, mais sur une plus petite échelle. L’Autriche aussi. De même la Bulgarie, qui avait tué le projet après la visite "amicale" de McCainistan, semble de nouveau intéressée, surtout depuis qu’un président pro-russe a été élu en novembre dernier. Vojislav Vuletic, le patron de l’agence serbe de gaz le déclare sans ambages : "Tout indique que l’Europe se libère des Etats-Unis, ce qui rendra possible le South Stream".

    Diantre, quel aveu là aussi. On parie que la MSN même spécialisée n’en pipera mot ? L’ami Vojislav est peut-être un peu optimiste mais il est évident que, ici comme ailleurs, le reflux impérial laisse au jour des possibilités encore insoupçonnables il y a peu. Si les euronouilles vassales préfèrent encore s’accrocher aux inepties d’usage - témoin cette invraisemblable fanfaronnade du commissaire européen à l’énergie ("le transfert du gaz caspien sur le marché européen devient une réalité") simplement parce que l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, l’UE et la Turquie ont créé un groupe de travail sur la question, alors que le premier n’a pas de gaz et que le second ne pourra jamais le faire passer -, le principe de réalité finira par s’imposer.

    Et la réalité est que la demande européenne d’or bleu ne cesse de croître, ce qui fait dire à Gazprom, avec assez de pertinence d’ailleurs, que le Nord Stream II et le Turk Stream ne suffiront même pas à combler la demande grandissante du Vieux continent. Histoire de convaincre de la nécessité d’un nouveau tube (South Stream ou Turk Stream II) ? Pas impossible... Nous avions annoncé quelque chose de similaire il y a deux ans.

    Notons d’ailleurs que le tracé prévu du Turk Stream laisse la porte ouverte (flèche noire) à une petite poussée vers l’euroland si Bruxelles se décide enfin à guérir de son légendaire masochisme...

    Est-ce un hasard si le Sénat américain, garant du système impérial maintenant que la Maison blanche "est passée à l’ennemi", a voté un nouveau train de sanctions contre Moscou susceptibles de toucher les sociétés européennes participant aux projets gaziers russes ?

    L’Allemagne et l’Autriche ont dénoncé jeudi le vote par le Sénat américain d’un nouveau train de sanctions contre Moscou. Berlin et Vienne relèvent que ces mesures punitives, si elles aboutissent, exposeraient les sociétés européennes impliquées dans des projets énergétiques en Russie, dont le gazoduc Nord Stream 2, à des amendes pour infraction à la loi des Etats-Unis.

    Les sénateurs américains ont approuvé mercredi à la quasi-unanimité, par 97 voix contre deux, un amendement visant à punir la Russie pour son ingérence présumée dans la campagne électorale américaine de 2016, ainsi que l’annexion par Moscou de la Crimée en 2014 et son soutien au gouvernement syrien.

    L’amendement fait partie d’un texte de loi sur des sanctions à l’encontre de l’Iran, qui a lui-même été adopté jeudi par 98 voix contre deux, celles du républicain Rand Paul et de Bernie Sanders, rattaché au groupe démocrate.

    Le projet doit encore être approuvé par la Chambre des représentants et promulgué par le président Donald Trump.

    Dans un communiqué commun, le chef de la diplomatie allemande, Sigmar Gabriel, et le chancelier autrichien, Christian Kern, dénoncent une décision qui, disent-ils, menacera les livraisons de gaz russe à l’Europe.

    "Les sanctions politiques ne devraient pas être liées à l’intérêt économique", déclarent les deux hommes. "Menacer des entreprises en Allemagne, en Autriche et d’autres sociétés européennes d’amendes aux Etats-Unis si elles participent à des projets énergétiques comme Nord Stream 2 représente une nouvelle dimension négative dans les relations entre les Etats-Unis et l’Europe", ajoutent-ils. Ils ont dit soutenir les efforts du département d’Etat américain pour modifier ces sanctions.

    Les partenaires ouest-européens du géant gazier russe Gazprom ont conclu en avril un accord sur le financement du projet de gazoduc russe de 9,5 milliards d’euros. Lors d’une cérémonie de signature à Paris, Uniper, Wintershall BASF, Shell, OMV et Engie ont accepté de financer chacun 10% du coût du projet, soit 950 millions d’euros par entreprise. Gazprom apportera pour sa part l’autre moitié du financement de ce gazoduc, qui doit passer sous la mer Baltique et entrera en activité en 2019.

    Plusieurs remarques :

    Le département d’Etat tente d’alléger ce projet de sanctions qui doit encore passer devant la Chambre des représentants et la Maison blanche. Rien n’est donc fait.
    On retrouve l’opposition anti-système (Sanders, Paul...) des deux bords. A la Chambre des représentants, la délicieuse Tulsi fera sûrement entendre sa voix.
    Malgré son hypocrisie (les euronouilles ne protestaient pas ainsi quand Obama décidait de sanctionner à la chaîne), la réaction de Berlin et de Vienne est fort intéressante. On avait connu Frau Milka plus vindicative, la voilà soudain transformée en douce colombe aimante se lamentant de ne pouvoir commercer librement avec la Russie...
    A l’autre bout de l’Eurasie, la case nord-est de l’échiquier devient chaque jour plus importante. Nous l’avions déjà succinctement évoqué :

    Quant à l’oléoduc Skorovodino-Daqing (en vert sur la carte suivante) inauguré en 2011, il a vu passer depuis sa naissance 100 millions de tonnes, soit environ 400 000 barils par jour. Il fait partie de l’énorme complexe ESPO (East Siberia-Pacific Ocean) qui pourrait bientôt redessiner la carte énergétique de l’Asie orientale avec ses tentacules vers les Corées et le Japon, d’autant que la source a de beaux jours devant elle.

    Au passage, relevons l’importance stratégique absolument majeure qu’est en train d’acquérir l’Asie du Nord-est, point sur lequel nous reviendrons prochainement.

    Promis, promis... En attendant, parallèlement au réseau d’oléoducs qui veinure déjà la région, Gazprom considère la possibilité de construire un gazoduc vers le Japon. Nul doute qu’il se rattachera à l’ensemble titanesque du Force de Sibérie qui avance bon train vers la Chine. L’ours et le dragon commencent d’ailleurs à tenir des discussions plus spécifiques sur l’agenda des livraisons d’or bleu qui devraient commencer en 2019. Tiens, tiens, l’année même où le Nord Stream II devrait entrer en fonction...

    Russie >>> Europe (Nord Stream I et II, Turk Stream et ses variantes), Russie >>> Chine (Force de Sibérie, Altaï pour l’instant en suspens), Russie >>> Japon éventuellement. Et peut-être même Russie >>> Inde finalement ? C’est en tout cas ce qu’a déclaré le ministre de l’énergie, le toujours flegmatique Novak. Il y aurait pourtant de quoi perdre son calme : l’Eurasie dans son ensemble irriguée par les hydrocarbures russes, marginalisant définitivement l’empire américain. Le cauchemar de la paire Mackinder-Spykman et de Dr Zbig qui vient de les rejoindre.

    Ceci dit, en ce qui concerne spécifiquement ce projet indo-russe, cela reste encore très flou et pour cause. Les défis géographiques (Pamir, Himalaya) ou géopolitiques (Pakistan, Chine) seraient colossaux :

    Mais c’est peut-être justement à ça que sert l’Organisation de Coopération de Shanghai où l’Inde et le Pakistan viennent de faire leur entrée. Dialoguer, apaiser les relations, gommer peu à peu les points de friction...

    Qu’en est-il du cousin de l’or bleu ? Si le pétrole russe devrait bientôt voguer vers l’Ouzbékistan (les deux pays coopèrent d’ailleurs déjà dans le domaine gazier) via le Kazakhstan, resserrant encore un peu plus les liens eurasiatiques, la grande nouvelle du mois a été la signature d’un accord entre Moscou et le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) irakien :

    Dans le cadre du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, Rosneft, le géant pétrolier russe, a déclaré avoir signé des accords avec le gouvernement régional du Kurdistan irakien. Ces derniers lui donnent accès à un important système de transport régional de pétrole, d’une capacité de transit de 700 000 barils par jour (bpj). D’ici la fin de l’année 2017, cette capacité devrait s’étendre à plus d’un million de bpj.

    Ces accords ont été conclus par le PDG de Rosneft, Igor Setchine, et le ministre des Ressources naturelles du gouvernement régional du Kurdistan, Ashti Hawramijuste, juste avant une réunion entre le président russe, Vladimir Poutine, et le Premier ministre du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani.

    D’après ces accords, l’entreprise russe aura accès à « l’une des régions les plus prometteuses du marché énergétique mondial actuellement en développement avec des réserves récupérables attendues de l’ordre de 45 milliards de barils de pétrole et de 5,66 trillions de mètres cubes de gaz [selon l’estimation du ministère des Ressources naturelles de la région du Kurdistan] », a déclaré Rosneft.

    « Ce contrat important offre des conditions favorables pour Rosneft. En conséquence, nous avons accès à un vaste pipeline qui s’étend du Kurdistan à la Turquie. C’est un contrat établi pour une durée de 20 ans », a confié à RT le porte-parole de Rosneft, Mikhaïl Leontiev.

    « C’est un investissement stratégique dans l’une des régions du monde les plus développées stratégiquement. D’autres investisseurs, notamment américains, voudraient avoir accès à la région. Le Kurdistan est très prometteur en termes de production pétrolière et veut diversifier sa production », a-t-il ajouté.

    Cette nouvelle, dernier exemple de l’influence fortement grandissante de la Russie au Moyen-Orient depuis l’intervention syrienne, a fait l’effet d’un coup de tonnerre aux ramifications géopolitiques importantes. L’irruption de Rosneft, qui achètera désormais du pétrole kurde pour le transporter via le pipeline puis le raffiner en Allemagne, dans le pré carré des Turcs et des Américains est intéressante à plus d’un titre.

    Pour le GRK, c’est un boost certain dans l’optique du référendum sur l’indépendance proposé le 25 septembre et que, sans surprise, tous les Etats de la région critiquent vertement. C’est aussi ne pas mettre tous ses barils dans le même panier et devenir moins dépendant d’Ankara et de Washington, toujours appréciable quand on est pris dans le complexe maelstrom moyen-oriental...

    Du côté russe, c’est certes un coup magnifique mais l’on peut tout de même s’interroger sur cette relative "trahison" vis-à-vis de Bagdad. Le Kremlin avait pris l’habitude de discuter d’abord avec le gouvernement central puis avec les régions, aussi autonomes fussent-elles. L’un des observateurs interrogés explique que la Russie anticipe la division de l’Irak en trois régions fédérales, interagissant par conséquent moins avec Bagdad depuis quelques temps.

    L’on appréhendera mieux l’irruption de Moscou dans cette zone hautement stratégique grâce à la lecture de deux anciens billets. Le premier :

    L’oléoduc Irak-Turquie vient d’être la cible d’un attentat du PKK, deux jours après l’explosion sur le gazoduc transportant le gaz iranien (dont nous avons parlé ici). Si Ankara ne se calme pas dans sa croisade contre le mouvement kurde, la Turquie risque d’être coupée de toutes ses sources d’approvisionnement énergétiques autres que russes. Les pipelines venant d’Iran, d’Irak et même le BTC en provenance d’Azerbaïdjan via la Géorgie passent par les zones de peuplement kurde.

    Dans le Grand jeu énergétique, ces tubes non-russes sont le seul et mince espoir américain d’empêcher la Russie de fournir l’Europe. Nul doute que les derniers développements du conflit turco-kurde sont suivis avec beaucoup d’attention à Moscou comme à Washington. Une fois n’est pas coutume, les Russes ont tout intérêt à ce que la situation s’envenime, les Américains à ce qu’elle s’apaise.

    On l’aura compris, les Russes n’ont plus du tout intérêt à ce que le PKK fasse sauter les pipelines de la région désormais... Le second billet :

    La planète s’est réveillée sur l’étonnante information de l’incursion d’un bataillon turc et de deux douzaines de tanks en Irak du nord, dans la région autonome du Kurdistan, pour... former les combattants kurdes qui luttent contre Daech ! Un coup d’oeil au calendrier me rassure : nous ne sommes pas le 1er avril. Que viennent donc faire vraiment ces soldats turcs dans la région de Mossul ?

    En fait, l’histoire n’est pas si aberrante qu’elle en a l’air. Il faut d’abord rappeler que le Kurdistan irakien est très polarisé entre deux tendances irréconciliables : d’un côté le PUK de Talabani, pro-PKK, pro-YPG, sans compromissions avec Daech ; de l’autre, le PDK de Barzani, pas en mauvais termes avec Ankara voire, fut un temps pas si lointain (2014), avec l’EI. [Nous ferons très prochainement un point des forces en présence dans le triangle Irak-Turquie-Syrie et autour du Kurdistan, car la situation est effectivement assez compliquée, comme souvent au Moyen-Orient].

    L’accord a été signé le 4 novembre durant la visite du ministre turc des Affaires étrangères à Erbil où règne Barzani ; il prévoyait l’établissement d’une base turque permanente dans la région de Mossul, témoin de combats entre les Peshmergas kurdes et Daech. Tiens, tiens, c’est précisément là que passe le pipeline Kirkuk-Ceyhan...

    C’est ce même oléoduc que le PKK (adversaire des Turcs et de Barzani, faut-il le rappeler) avait fait sauter en juillet, comme nous l’avions rapporté alors. La base turque vise-t-elle donc à sécuriser l’approvisionnement de l’or noir en provenance du Kurdistan ? Il y a (peut-être) plus...

    Une très étonnante histoire, quoique à prendre avec précaution, est sortie ces derniers jours à la suite du scandale du pétrole de Daech. Un journal arabe de Londres, généralement plutôt bien informé, a fait état d’un large trafic menant des champs pétroliers de l’EI à Israël en passant par des groupes mafieux locaux (Kurdes et Turcs), le PDK de Barzani fermant les yeux sur tout cela. Ce n’est pas impossible au vu des compromissions passées de tout ces gens, mais cela reste à prouver et les quantités sont de toute façon assez mineures en comparaison de l’or noir qui coule dans le tube Kirkuk-Ceyhan. Le fait méritait cependant d’être mentionné car, détail amusant, c’est également dans la zone de la base turque prévue, notamment autour de la ville de Zakho, que s’effectuerait ce coupable trafic.

    C’est toute cette zone que Rosneft s’apprête à reprendre...


  • VOILA POURQUOI NATACHA POLONY NE SERA PAS RECONDUITE EN SEPTEMBRE 2017 DANS LES MÉDIAS

    Il existe très peu d’émissions en France qui nous proposent le débat contradictoire et les vraies questions de société loin des polémiques et des mesquineries de quelques hommes politiques.

    C’était le cas de l’émission Ce soir où jamais animée par Frédéric Taddéï, une des émission de qualité, déprogrammée puis reprogrammée avant d’être totalement supprimée.

    Le fait que l’excellente émission Polonium soit supprimée en cette rentrée 2017 est plutôt inquiétant.

    Il y a quelques jours, jeanmarcmorandini.com nous informait que Natacha Polony était virée d’Europe 1. La journaliste, qui réalisait la revue de presse quotidienne dans la matinale de la station depuis 2012, a reçu une lettre de licenciement...
    http://www.jeanmarcmorandini.com/article-369359-natacha-polony-a-recu-un-courrier-l-informant-qu-e

    De nos jours, il ne fait pas bon critiquer le libéralisme ! Voilà pourquoi Natacha Polony ne sera pas reconduite dans nos médias en septembre 2017.
    https://youtu.be/Pf-vcDXsQeU

    La colère de Natacha Polony virée d’Europe 1 : « La direction me disait que je n’avais rien à craindre ! »