NRobin

Chargée d’Etudes Nantes / AMD

  • http://www.unhcr.org/news/briefing/2017/6/595612454/unhcr-seeing-significant-returns-internally-displaced-amid-syrias-continuing.

    UNHCR seeing significant returns of internally displaced amid Syria’s continuing conflict
    This is a summary of what was said by UNHCR spokesperson Andrej Mahecic – to whom quoted text may be attributed – at today’s press briefing at the Palais des Nations in Geneva.
    30 June 2017 | Français

    In the badly damaged Al-Shaar neighbourhood in East Aleppo, returnee families and displaced residents receive UNHCR relief assistance at a distribution point run by the Al Ihsan charity in March 2017. © UNHCR/Hameed Marouf
    UNHCR, the UN Refugee Agency, is seeing a notable trend of spontaneous returns to and within Syria in 2017.
    Aid agencies estimate that more than 440,000 internally displaced people have returned to their homes in Syria during the first six months of this year. In parallel, UNHCR has monitored over 31,000 Syrian refugees returning from neighbouring countries so far in 2017. Since 2015, some 260,000 refugees have spontaneously returned to Syria, primarily from Turkey into northern Syria.
    The main factors influencing decisions for refugees to return self-assisted mostly to Aleppo, Hama, Homs, Damascus and to other governorates are primarily linked to seeking out family members, checking on property, and, in some cases, a real or perceived improvement in security conditions in parts of the country.
    Given the returns witnessed so far this year and in light of a progressively increased number of returns of internally displaced people and, in time, refugees, UNHCR has started scaling up its operational capacity inside Syria. In order to adequately address the initial needs of IDP returnees, UNHCR - as part of the overall UN response inside Syria - will expand its humanitarian and protection response with a strong emphasis on providing protection services, improving shelter conditions and assist in the rehabilitation of some essential infrastructure and basic essential services, all in close coordination with respective sector lead agencies and partners.
    Outside of Syria, UNHCR is strengthening monitoring of border movements and analysis of refugee intentions to be on top of any changes that could lead to a refugee return, while ensuring that refugees’ own voices are centre-stage in any planning around return.
    While there is overall increased hope linked to the recent Astana and Geneva peace talks, UNHCR believes conditions for refugees to return in safety and dignity are not yet in place in Syria. The sustainability of security improvements in many return areas is uncertain, and there remain significant risks of protection thresholds for voluntary, safe and dignified returns not being met in parts of the country. Access to displaced population inside Syria remains a key challenge, with aid convoys still unable to access regularly even the recently newly accessible areas.
    Other challenges to any sustainable and large-scale returns include limited livelihood opportunities, shortages of food and water, sporadic or non-existent health, social and other basic services. Many of Syria’s schools have been damaged or destroyed and offer no possibility for education.
    At this stage and while UNHCR will be investing to help, with other partners to improve conditions in accessible areas inside Syria, refugee returns from host countries can neither be promoted nor facilitated by UNHCR at this stage.
    For the 5 million refugees who are generously hosted in the region, and despite some self-organized returns, there is a clear need to continue to fund and support programmes in host countries, primarily through the inter-agency 3RP regional strategy and appeal.
    Ensuring access to asylum for Syrian refugees and preserving the ability and conditions for them to stay in the host countries remain critical. Meanwhile, we will also continue to monitor return movements, plan and implement our response both inside and outside Syria in partnership with UN agencies and NGOs as part of the overall UN response inside Syria. In that regard, UNHCR is pursuing a number of preparatory steps, in anticipation of the time when conditions for voluntary repatriation of refugees in conditions of safety and dignity are in place.
    Of the US$304 million that UNHCR has appealed for operations to assist IDPs inside Syria in 2017, US$103 million or 33% has been received. UNHCR will be seeking an additional US$150m in 2017 to ramp up its delivery inside Syria to support both IDPs, returnees and other vulnerable people, and to help improve conditions in potential return areas.

    For more information on this topic, please contact:
    In Geneva, Andrej Mahecic, mahecic@unhcr.org, +41 79 642 97 09
    In Syria, Firas Al-KHATEEB, khateeb@unhcr.org, +963 930 403 228
    In Syria, Scott CRAIG, craigs@unhcr.org, +962 7 9276 0640


  • http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/06/pipelineistan-en-mouvement.html

    Si avec tout ça, vous n’y comprenez rien, j’y peux rien pour vous ! NRobin

    Pipelineistan en mouvement

    Observatus geopoliticus 16 Juin 2017 19
    Gaz, Russie, Etats-Unis, Europe, Extrême-Orient, Chine, Sous-continent indien, Pétrole, Asie centrale, Moyen-Orient.
    http://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2017/06/ob_7ae0b0_pipe-woman-copy-2.jpg
    Si plusieurs cases du continent-monde sont en ébullition, le Grand jeu énergético-eurasien - affectueusement nommé Guerre froide 2.0 du côté de Washington - n’est pas en reste. Le Pipelineistan est en mouvement aux quatre coins de l’échiquier, affaiblissant toujours un peu plus la main de l’empire.

    Et si quelqu’un doutait encore que les Américains tentèrent, tentent et tenteront de torpiller l’intégration de l’Eurasie et d’isoler énergétiquement la Russie, une membre du comité des Affaires étrangères du Congrès a rappelé fin mai les fondamentaux de la politique étrangère de son pays :

    Les Etats-Unis devraient agir contre le projet russe de gazoduc afin de soutenir la sécurité énergétique de l’Union européenne [défense de rire ; qui eut cru que la novlangue pouvait être amusante ?]L’administration Obama et l’UE ont travaillé contre le Nord Stream II (...) L’administration Obama a fait de la sécurité énergétique européenne une question de haute priorité de la politique étrangère américaine. L’administration Trump serait bien avisée de continuer sur cette voie.

    Oh l’admission... Le fidèle lecteur du blog ne sera, quant à lui, évidemment pas surpris de ce que le système impérial se mêle d’un pipeline à 10 000 km de ses frontières et qui ne le concerne aucunement.

    L’on sent par contre la sénatrice quelque peu désappointée par rapport au nouveau président, guère atteint semble-t-il de russophobie aiguë et moins intéressé à la division de l’Eurasie que ses prédécesseurs. De fait, le "parapluie" de la pax americana sur l’Europe commence à fuiter et des discussions que l’on croyait définitivement enterrées reviennent sur le tapis.

    C’est le cas du défunt South Stream. Russes, Hongrois et Serbes recommencent à évoquer le projet, mais sur une plus petite échelle. L’Autriche aussi. De même la Bulgarie, qui avait tué le projet après la visite "amicale" de McCainistan, semble de nouveau intéressée, surtout depuis qu’un président pro-russe a été élu en novembre dernier. Vojislav Vuletic, le patron de l’agence serbe de gaz le déclare sans ambages : "Tout indique que l’Europe se libère des Etats-Unis, ce qui rendra possible le South Stream".

    Diantre, quel aveu là aussi. On parie que la MSN même spécialisée n’en pipera mot ? L’ami Vojislav est peut-être un peu optimiste mais il est évident que, ici comme ailleurs, le reflux impérial laisse au jour des possibilités encore insoupçonnables il y a peu. Si les euronouilles vassales préfèrent encore s’accrocher aux inepties d’usage - témoin cette invraisemblable fanfaronnade du commissaire européen à l’énergie ("le transfert du gaz caspien sur le marché européen devient une réalité") simplement parce que l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, l’UE et la Turquie ont créé un groupe de travail sur la question, alors que le premier n’a pas de gaz et que le second ne pourra jamais le faire passer -, le principe de réalité finira par s’imposer.

    Et la réalité est que la demande européenne d’or bleu ne cesse de croître, ce qui fait dire à Gazprom, avec assez de pertinence d’ailleurs, que le Nord Stream II et le Turk Stream ne suffiront même pas à combler la demande grandissante du Vieux continent. Histoire de convaincre de la nécessité d’un nouveau tube (South Stream ou Turk Stream II) ? Pas impossible... Nous avions annoncé quelque chose de similaire il y a deux ans.

    Notons d’ailleurs que le tracé prévu du Turk Stream laisse la porte ouverte (flèche noire) à une petite poussée vers l’euroland si Bruxelles se décide enfin à guérir de son légendaire masochisme...

    Est-ce un hasard si le Sénat américain, garant du système impérial maintenant que la Maison blanche "est passée à l’ennemi", a voté un nouveau train de sanctions contre Moscou susceptibles de toucher les sociétés européennes participant aux projets gaziers russes ?

    L’Allemagne et l’Autriche ont dénoncé jeudi le vote par le Sénat américain d’un nouveau train de sanctions contre Moscou. Berlin et Vienne relèvent que ces mesures punitives, si elles aboutissent, exposeraient les sociétés européennes impliquées dans des projets énergétiques en Russie, dont le gazoduc Nord Stream 2, à des amendes pour infraction à la loi des Etats-Unis.

    Les sénateurs américains ont approuvé mercredi à la quasi-unanimité, par 97 voix contre deux, un amendement visant à punir la Russie pour son ingérence présumée dans la campagne électorale américaine de 2016, ainsi que l’annexion par Moscou de la Crimée en 2014 et son soutien au gouvernement syrien.

    L’amendement fait partie d’un texte de loi sur des sanctions à l’encontre de l’Iran, qui a lui-même été adopté jeudi par 98 voix contre deux, celles du républicain Rand Paul et de Bernie Sanders, rattaché au groupe démocrate.

    Le projet doit encore être approuvé par la Chambre des représentants et promulgué par le président Donald Trump.

    Dans un communiqué commun, le chef de la diplomatie allemande, Sigmar Gabriel, et le chancelier autrichien, Christian Kern, dénoncent une décision qui, disent-ils, menacera les livraisons de gaz russe à l’Europe.

    "Les sanctions politiques ne devraient pas être liées à l’intérêt économique", déclarent les deux hommes. "Menacer des entreprises en Allemagne, en Autriche et d’autres sociétés européennes d’amendes aux Etats-Unis si elles participent à des projets énergétiques comme Nord Stream 2 représente une nouvelle dimension négative dans les relations entre les Etats-Unis et l’Europe", ajoutent-ils. Ils ont dit soutenir les efforts du département d’Etat américain pour modifier ces sanctions.

    Les partenaires ouest-européens du géant gazier russe Gazprom ont conclu en avril un accord sur le financement du projet de gazoduc russe de 9,5 milliards d’euros. Lors d’une cérémonie de signature à Paris, Uniper, Wintershall BASF, Shell, OMV et Engie ont accepté de financer chacun 10% du coût du projet, soit 950 millions d’euros par entreprise. Gazprom apportera pour sa part l’autre moitié du financement de ce gazoduc, qui doit passer sous la mer Baltique et entrera en activité en 2019.

    Plusieurs remarques :

    Le département d’Etat tente d’alléger ce projet de sanctions qui doit encore passer devant la Chambre des représentants et la Maison blanche. Rien n’est donc fait.
    On retrouve l’opposition anti-système (Sanders, Paul...) des deux bords. A la Chambre des représentants, la délicieuse Tulsi fera sûrement entendre sa voix.
    Malgré son hypocrisie (les euronouilles ne protestaient pas ainsi quand Obama décidait de sanctionner à la chaîne), la réaction de Berlin et de Vienne est fort intéressante. On avait connu Frau Milka plus vindicative, la voilà soudain transformée en douce colombe aimante se lamentant de ne pouvoir commercer librement avec la Russie...
    A l’autre bout de l’Eurasie, la case nord-est de l’échiquier devient chaque jour plus importante. Nous l’avions déjà succinctement évoqué :

    Quant à l’oléoduc Skorovodino-Daqing (en vert sur la carte suivante) inauguré en 2011, il a vu passer depuis sa naissance 100 millions de tonnes, soit environ 400 000 barils par jour. Il fait partie de l’énorme complexe ESPO (East Siberia-Pacific Ocean) qui pourrait bientôt redessiner la carte énergétique de l’Asie orientale avec ses tentacules vers les Corées et le Japon, d’autant que la source a de beaux jours devant elle.

    Au passage, relevons l’importance stratégique absolument majeure qu’est en train d’acquérir l’Asie du Nord-est, point sur lequel nous reviendrons prochainement.

    Promis, promis... En attendant, parallèlement au réseau d’oléoducs qui veinure déjà la région, Gazprom considère la possibilité de construire un gazoduc vers le Japon. Nul doute qu’il se rattachera à l’ensemble titanesque du Force de Sibérie qui avance bon train vers la Chine. L’ours et le dragon commencent d’ailleurs à tenir des discussions plus spécifiques sur l’agenda des livraisons d’or bleu qui devraient commencer en 2019. Tiens, tiens, l’année même où le Nord Stream II devrait entrer en fonction...

    Russie >>> Europe (Nord Stream I et II, Turk Stream et ses variantes), Russie >>> Chine (Force de Sibérie, Altaï pour l’instant en suspens), Russie >>> Japon éventuellement. Et peut-être même Russie >>> Inde finalement ? C’est en tout cas ce qu’a déclaré le ministre de l’énergie, le toujours flegmatique Novak. Il y aurait pourtant de quoi perdre son calme : l’Eurasie dans son ensemble irriguée par les hydrocarbures russes, marginalisant définitivement l’empire américain. Le cauchemar de la paire Mackinder-Spykman et de Dr Zbig qui vient de les rejoindre.

    Ceci dit, en ce qui concerne spécifiquement ce projet indo-russe, cela reste encore très flou et pour cause. Les défis géographiques (Pamir, Himalaya) ou géopolitiques (Pakistan, Chine) seraient colossaux :

    Mais c’est peut-être justement à ça que sert l’Organisation de Coopération de Shanghai où l’Inde et le Pakistan viennent de faire leur entrée. Dialoguer, apaiser les relations, gommer peu à peu les points de friction...

    Qu’en est-il du cousin de l’or bleu ? Si le pétrole russe devrait bientôt voguer vers l’Ouzbékistan (les deux pays coopèrent d’ailleurs déjà dans le domaine gazier) via le Kazakhstan, resserrant encore un peu plus les liens eurasiatiques, la grande nouvelle du mois a été la signature d’un accord entre Moscou et le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) irakien :

    Dans le cadre du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, Rosneft, le géant pétrolier russe, a déclaré avoir signé des accords avec le gouvernement régional du Kurdistan irakien. Ces derniers lui donnent accès à un important système de transport régional de pétrole, d’une capacité de transit de 700 000 barils par jour (bpj). D’ici la fin de l’année 2017, cette capacité devrait s’étendre à plus d’un million de bpj.

    Ces accords ont été conclus par le PDG de Rosneft, Igor Setchine, et le ministre des Ressources naturelles du gouvernement régional du Kurdistan, Ashti Hawramijuste, juste avant une réunion entre le président russe, Vladimir Poutine, et le Premier ministre du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani.

    D’après ces accords, l’entreprise russe aura accès à « l’une des régions les plus prometteuses du marché énergétique mondial actuellement en développement avec des réserves récupérables attendues de l’ordre de 45 milliards de barils de pétrole et de 5,66 trillions de mètres cubes de gaz [selon l’estimation du ministère des Ressources naturelles de la région du Kurdistan] », a déclaré Rosneft.

    « Ce contrat important offre des conditions favorables pour Rosneft. En conséquence, nous avons accès à un vaste pipeline qui s’étend du Kurdistan à la Turquie. C’est un contrat établi pour une durée de 20 ans », a confié à RT le porte-parole de Rosneft, Mikhaïl Leontiev.

    « C’est un investissement stratégique dans l’une des régions du monde les plus développées stratégiquement. D’autres investisseurs, notamment américains, voudraient avoir accès à la région. Le Kurdistan est très prometteur en termes de production pétrolière et veut diversifier sa production », a-t-il ajouté.

    Cette nouvelle, dernier exemple de l’influence fortement grandissante de la Russie au Moyen-Orient depuis l’intervention syrienne, a fait l’effet d’un coup de tonnerre aux ramifications géopolitiques importantes. L’irruption de Rosneft, qui achètera désormais du pétrole kurde pour le transporter via le pipeline puis le raffiner en Allemagne, dans le pré carré des Turcs et des Américains est intéressante à plus d’un titre.

    Pour le GRK, c’est un boost certain dans l’optique du référendum sur l’indépendance proposé le 25 septembre et que, sans surprise, tous les Etats de la région critiquent vertement. C’est aussi ne pas mettre tous ses barils dans le même panier et devenir moins dépendant d’Ankara et de Washington, toujours appréciable quand on est pris dans le complexe maelstrom moyen-oriental...

    Du côté russe, c’est certes un coup magnifique mais l’on peut tout de même s’interroger sur cette relative "trahison" vis-à-vis de Bagdad. Le Kremlin avait pris l’habitude de discuter d’abord avec le gouvernement central puis avec les régions, aussi autonomes fussent-elles. L’un des observateurs interrogés explique que la Russie anticipe la division de l’Irak en trois régions fédérales, interagissant par conséquent moins avec Bagdad depuis quelques temps.

    L’on appréhendera mieux l’irruption de Moscou dans cette zone hautement stratégique grâce à la lecture de deux anciens billets. Le premier :

    L’oléoduc Irak-Turquie vient d’être la cible d’un attentat du PKK, deux jours après l’explosion sur le gazoduc transportant le gaz iranien (dont nous avons parlé ici). Si Ankara ne se calme pas dans sa croisade contre le mouvement kurde, la Turquie risque d’être coupée de toutes ses sources d’approvisionnement énergétiques autres que russes. Les pipelines venant d’Iran, d’Irak et même le BTC en provenance d’Azerbaïdjan via la Géorgie passent par les zones de peuplement kurde.

    Dans le Grand jeu énergétique, ces tubes non-russes sont le seul et mince espoir américain d’empêcher la Russie de fournir l’Europe. Nul doute que les derniers développements du conflit turco-kurde sont suivis avec beaucoup d’attention à Moscou comme à Washington. Une fois n’est pas coutume, les Russes ont tout intérêt à ce que la situation s’envenime, les Américains à ce qu’elle s’apaise.

    On l’aura compris, les Russes n’ont plus du tout intérêt à ce que le PKK fasse sauter les pipelines de la région désormais... Le second billet :

    La planète s’est réveillée sur l’étonnante information de l’incursion d’un bataillon turc et de deux douzaines de tanks en Irak du nord, dans la région autonome du Kurdistan, pour... former les combattants kurdes qui luttent contre Daech ! Un coup d’oeil au calendrier me rassure : nous ne sommes pas le 1er avril. Que viennent donc faire vraiment ces soldats turcs dans la région de Mossul ?

    En fait, l’histoire n’est pas si aberrante qu’elle en a l’air. Il faut d’abord rappeler que le Kurdistan irakien est très polarisé entre deux tendances irréconciliables : d’un côté le PUK de Talabani, pro-PKK, pro-YPG, sans compromissions avec Daech ; de l’autre, le PDK de Barzani, pas en mauvais termes avec Ankara voire, fut un temps pas si lointain (2014), avec l’EI. [Nous ferons très prochainement un point des forces en présence dans le triangle Irak-Turquie-Syrie et autour du Kurdistan, car la situation est effectivement assez compliquée, comme souvent au Moyen-Orient].

    L’accord a été signé le 4 novembre durant la visite du ministre turc des Affaires étrangères à Erbil où règne Barzani ; il prévoyait l’établissement d’une base turque permanente dans la région de Mossul, témoin de combats entre les Peshmergas kurdes et Daech. Tiens, tiens, c’est précisément là que passe le pipeline Kirkuk-Ceyhan...

    C’est ce même oléoduc que le PKK (adversaire des Turcs et de Barzani, faut-il le rappeler) avait fait sauter en juillet, comme nous l’avions rapporté alors. La base turque vise-t-elle donc à sécuriser l’approvisionnement de l’or noir en provenance du Kurdistan ? Il y a (peut-être) plus...

    Une très étonnante histoire, quoique à prendre avec précaution, est sortie ces derniers jours à la suite du scandale du pétrole de Daech. Un journal arabe de Londres, généralement plutôt bien informé, a fait état d’un large trafic menant des champs pétroliers de l’EI à Israël en passant par des groupes mafieux locaux (Kurdes et Turcs), le PDK de Barzani fermant les yeux sur tout cela. Ce n’est pas impossible au vu des compromissions passées de tout ces gens, mais cela reste à prouver et les quantités sont de toute façon assez mineures en comparaison de l’or noir qui coule dans le tube Kirkuk-Ceyhan. Le fait méritait cependant d’être mentionné car, détail amusant, c’est également dans la zone de la base turque prévue, notamment autour de la ville de Zakho, que s’effectuerait ce coupable trafic.

    C’est toute cette zone que Rosneft s’apprête à reprendre...


  • VOILA POURQUOI NATACHA POLONY NE SERA PAS RECONDUITE EN SEPTEMBRE 2017 DANS LES MÉDIAS

    Il existe très peu d’émissions en France qui nous proposent le débat contradictoire et les vraies questions de société loin des polémiques et des mesquineries de quelques hommes politiques.

    C’était le cas de l’émission Ce soir où jamais animée par Frédéric Taddéï, une des émission de qualité, déprogrammée puis reprogrammée avant d’être totalement supprimée.

    Le fait que l’excellente émission Polonium soit supprimée en cette rentrée 2017 est plutôt inquiétant.

    Il y a quelques jours, jeanmarcmorandini.com nous informait que Natacha Polony était virée d’Europe 1. La journaliste, qui réalisait la revue de presse quotidienne dans la matinale de la station depuis 2012, a reçu une lettre de licenciement...
    http://www.jeanmarcmorandini.com/article-369359-natacha-polony-a-recu-un-courrier-l-informant-qu-e

    De nos jours, il ne fait pas bon critiquer le libéralisme ! Voilà pourquoi Natacha Polony ne sera pas reconduite dans nos médias en septembre 2017.
    https://youtu.be/Pf-vcDXsQeU

    La colère de Natacha Polony virée d’Europe 1 : « La direction me disait que je n’avais rien à craindre ! »


  • https://www.les-crises.fr/la-ligne-rouge-de-trump-par-seymour-m-hersh

    Les Crises - Des images pour comprendre
    La ligne rouge de Trump, par Seymour M. Hersh

    Je profite de cette remarquable série de Seymour Hersh pour faire une série pendant deux jours sur l’attaque à Khan Cheikhoun, avec des analyses à contre-courant.

    Comme d’habitude, s’il est indispensable de disposer de telles analyses venant d’analystes sérieux, il convient aussi de les lire avec une grande prudence et beaucoup de recul. Quelle que soit la qualité des analystes, ils peuvent aussi avoir tort.

    Mais cela permet d’avoir des arguments, qui devraient être étudiés et éventuellement réfutés par le courant dominant – s’il a raison.

    À suivre, donc…

    Source : Die Welt, Seymour M. Hersh, le 25/06/2017

    Représailles : Les missiles Tomahawk du « USS Porter » sur le chemin de la base aérienne d’Al-Shayrat le 6 avril 2017 Source : picture alliance / Robert S. Pri/dpa Picture-Alliance / Robert S.

    Lorsqu’il a décidé d’attaquer la Syrie après avoir vu des photos d’enfants en train de mourir, le président Donald Trump n’a pas tenu compte d’importants rapports des services de renseignement. Seymour M. Hersh a enquêté sur l’affaire de la prétendue attaque au gaz sarin.

    Le 6 avril, le président des États-Unis Donald Trump a autorisé une frappe de missiles Tomahawk tôt le matin sur la base aérienne d’Al-Shayrat dans le centre de la Syrie, en représailles pour ce qu’il a déclaré être une attaque meurtrière à l’aide d’un agent neurotoxique menée par le gouvernement syrien deux jours plus tôt dans la ville rebelle de Khan Cheikhoun. Trump a émis cet ordre malgré qu’il ait été averti par la communauté du renseignement des États-Unis qu’ils n’avaient trouvé aucune preuve de l’utilisation par les Syriens d’une arme chimique.

    Les renseignements disponibles montrent que les Syriens avaient bien ciblé, le 4 avril, le site d’une réunion djihadiste à l’aide d’une bombe guidée fournie par les Russes et équipée d’explosifs classiques. Les détails de l’attaque, y compris des informations sur ses objectifs dits de haute valeur, avaient été fournis plusieurs jours à l’avance par les Russes aux militaires américains et alliés à Doha, dont la mission est de coordonner toutes les opérations des forces aériennes américaines, alliées, syriennes et russes dans la région.

    Certains militaires américains et les responsables du renseignement ont été particulièrement choqués de cette volonté du président d’ignorer les preuves. « Rien de tout cela n’a de sens, » a déclaré un officier à ses collègues en apprenant cette décision de bombarder. « Nous savons qu’il n’y a pas eu d’attaque chimique… les Russes sont furieux. Ils disent que nous avons les bons renseignements et que nous connaissons la vérité… Je crois que d’avoir élu Clinton ou Trump, c’est du pareil au même. »

    Quelques heures après le bombardement du 4 avril, les médias du monde entier étaient saturés de photographies et de vidéos de Khan Cheikhoun. Des photographies de victimes mortes et agonisantes, censées souffrir de symptômes d’empoisonnement par un gaz neurotoxique, ont été mises en ligne sur les médias sociaux par des militants locaux, notamment les Casques blancs, un groupe de premier secours connu pour ses liens étroits avec l’opposition syrienne.

    Seymour M. Hersh a révélé le massacre de My Lai au Vietnam en 1968. Il a découvert les abus à la prison d’Abou Ghraib en Irak et beaucoup d’autres affaires sur la guerre et la politique
    Source : Getty Images/Getty Images Amérique du Nord

    L’origine des photos n’était pas claire et aucun observateur international n’avait encore inspecté le site, mais l’hypothèse immédiate la plus répandue à l’échelle mondiale était qu’il s’agissait d’une utilisation délibérée de l’agent neurotoxique sarin, autorisée par le président syrien Bachar el-Assad. Dans les heures qui suivirent l’attaque, Trump approuva cette hypothèse dans une déclaration décrivant les « actes odieux » d’Assad comme une conséquence de la « faiblesse et de l’indécision » de l’administration Obama en faisant référence à ce qu’il a dit être la précédente utilisation d’armes chimiques par la Syrie.

    À la consternation de plusieurs hauts membres de son équipe de sécurité nationale, il a été impossible d’influencer Trump au cours des 48 heures de briefings intensifs et de prise de décision qui ont suivi. Par une série d’entrevues, j’ai été informé de la totale déconnexion entre le président et plusieurs de ses conseillers militaires et du renseignement, ainsi qu’avec des officiers sur place dans la région qui avaient une compréhension totalement différente de la nature de l’attaque contre Khan Cheikhoun. J’ai eu la preuve de cette déconnexion par les transcriptions de communications en temps réel, immédiatement après l’attaque syrienne du 4 avril. Lors d’un important processus préalable aux frappes connu sous le nom de “deconfliction”, les officiers américains et russes s’échangent régulièrement, à l’avance, tous les détails sur l’itinéraire des vols prévus ainsi que les coordonnées des cibles, afin de s’assurer qu’il n’y ait aucun risque de collision ni de rencontre accidentelle (les Russes représentant l’armée syrienne). Cette information est fournie quotidiennement aux avions de surveillance AWACS américains qui surveillent les vols en cours. Le succès et l’importance de la “deconfliction” se mesurent au fait qu’il n’y a eu jusqu’ici aucune collision, ni même proximité, entre les bombardiers supersoniques à haute puissance des Américains, des alliés, des Russes et des Syriens.

    Les officiers de la Force aérienne russe et syrienne ont donné, directement en anglais, des détails sur leur plan de vol soigneusement planifié du 4 avril vers et depuis Khan Cheikhoun à l’équipe de surveillance de la “deconfliction” embarquée dans un avion AWACS, en patrouille près de la frontière turque, à 60 milles au nord ou plus.

    La cible syrienne à Khan Cheikhoun, telle que déclarée aux Américains à Doha, était décrite comme un bâtiment à deux étages dans la partie nord de la ville. Les renseignements russes, partagés si nécessaire avec la Syrie et les États-Unis dans le cadre de leur lutte conjointe contre les groupes djihadistes, avait établi qu’une réunion de haut niveau de dirigeants djihadistes devait avoir lieu dans le bâtiment, comprenant des représentants d’Ahrar al-Sham et du groupe affilié à al-Qaïda, anciennement connu sous le nom de Jabhat al-Nosra. Les deux groupes avaient récemment uni leurs forces et contrôlaient la ville et ses alentours. Les renseignements russes décrivaient le bâtiment en parpaings comme un centre de commandement et de contrôle abritant au rez-de-chaussée une épicerie et d’autres locaux commerciaux, à proximité d’autres magasins de base, dont un magasin de textile et un magasin d’électronique.

    « Les rebelles contrôlent la population en contrôlant la distribution des biens dont les gens ont besoin pour vivre – les aliments, l’eau, l’huile de cuisson, le gaz propane, les engrais pour les cultures et les insecticides pour protéger les récoltes, » m’a dit un conseiller principal de la communauté du renseignement américaine, qui a occupé des postes élevés au Ministère de la Défense et à la CIA. Le sous-sol était utilisé pour stocker des roquettes, des armes et des munitions, ainsi que des produits qui pourraient être distribués gratuitement à la communauté, parmi lesquels des médicaments et des décontaminants à base de chlore pour nettoyer les morts avant l’inhumation. Le lieu de rendez-vous – un État-major régional – était à l’étage au-dessus. « C’était un lieu de rencontre bien établi, » a déclaré le conseiller principal. « Une installation de longue date qui devait avoir des agents de sécurité, des armes, des moyens de communication, des fichiers et un centre de cartographie. » Les Russes, dans l’intention de confirmer leurs renseignements, ont déployé un drone pendant des jours au-dessus du site pour surveiller les communications et développer ce qui est connu dans la communauté du renseignement comme un POL (Pattern Of Life) – un modèle de comportement. Le but était de répertorier les entrées et sorties du bâtiment, gens et armes, y compris les roquettes et les munitions.

    Une des raisons du message russe à Washington concernant l’objectif visé était de s’assurer que tout agent ou informateur de la CIA ayant réussi à infiltrer la direction des djihadistes soit averti de ne pas assister à la réunion. On m’a dit que les Russes avaient transmis l’avertissement directement à la CIA. « Ils jouaient bien le jeu, » m’a déclaré le conseiller principal. La direction russe notait que le rassemblement djihadiste se produisait à un moment d’intense pression sur les insurgés. Probablement Jabhat al-Nosra et Ahrar al-Sham cherchaient désespérément leur chemin dans le nouveau climat politique. Au cours des derniers jours de mars, Trump et deux de ses principaux conseillers à la Sécurité nationale – le secrétaire d’État Rex Tillerson et l’ambassadeur des Nations Unies Nikki Haley – avaient fait des déclarations reconnaissant que, comme l’a déclaré le New York Times, la Maison-Blanche avait « abandonné l’objectif » de pousser Assad à « quitter le pouvoir, marquant un abandon notable de la politique au Moyen-Orient qui a guidé l’administration Obama pendant plus de cinq ans. » Le secrétaire de presse de la Maison-Blanche Sean Spicer avait déclaré à la presse le 31 mars que « il y a une réalité politique que nous devons accepter, » ce qui signifiait qu’Assad était là pour rester.

    Les responsables du renseignement russe et syrien, qui coordonnent étroitement les opérations avec les postes de commandement américains, ont précisé que la frappe planifiée sur Khan Cheikhoun était spéciale en raison de la haute valeur de la cible. « C’était un signal d’alerte. La mission sortait de l’ordinaire – en dehors du train-train, » m’a indiqué le conseiller principal. « Tout officier des opérations dans la région » – dans l’armée, le Corps des marines, la Force aérienne, la CIA et la NSA – « savait qu’il allait se passer quelque chose. Les Russes avaient donné à la Force aérienne syrienne une bombe guidée, ce qui est très rare. Ils sont à court de bombes guidées et les partagent rarement avec l’Armée de l’Air syrienne. Les Syriens avaient assigné leur meilleur pilote à la mission, avec leur meilleur ailier. » Le renseignement donné à l’avance par les Russes concernant la cible a reçu la plus haute cotation possible en vigueur chez les Américains.

    La Directive du chef d’État-Major des Armées régissant les opérations militaires américaines sur le théâtre, qui a été émise par le président du Comité des chefs d’état-major interarmées, donne les instructions qui délimitent les relations entre les forces américaines et russes opérant en Syrie. « C’est comme un ordre opérationnel : voici ce que vous êtes autorisés à faire, » m’a déclaré le conseiller. « Nous ne partageons pas le contrôle opérationnel avec les Russes. Nous ne faisons pas d’opérations combinées avec eux, ou des activités directement en appui de l’une de leurs opérations. Mais la coordination est autorisée. Nous nous tenons mutuellement informés de ce qui se passe, et dans ce paquet il y a l’échange mutuel de renseignements. Si nous avons un tuyau qui pourrait aider les Russes à faire leur mission, c’est de la coordination ; et les Russes font de même pour nous. Lorsque nous avons un tuyau sur une installation de commandement et de contrôle, » a ajouté le conseiller, en se référant à la cible de Khan Cheikhoun, « nous faisons ce que nous pouvons pour les aider à agir. » « Ce n’était pas une frappe chimique, » a déclaré le conseiller. « C’est une blague. Si c’était le cas, tous les hommes impliqués dans le transfert, le chargement et l’armement de la munition – vous devez lui donner l’apparence d’une bombe classique de 500 livres – porteraient des tenues Hazmat (Hazardous materiel suit) de protection contre les fuites. Il y aurait très peu de chance de survie sans ce type d’équipement. Le sarin militaire comprend des additifs conçus pour augmenter la toxicité et la létalité. Chaque lot qui sort est maximisé pour tuer. C’est ce pourquoi il est fait. Il est inodore et invisible et la mort vient dans la minute. Pas de nuage. Pourquoi produire une arme si les gens peuvent s’enfuir ? »

    Cette photographie de l’opposition syrienne (Edlib Media Center) montre les suites de la frappe contre la ville de Khan Cheikhoun. Un grand bâtiment a été frappé, mais le lieu exact de la frappe n’est pas clair. Source : photo alliance / ZUMAPRESS.com/Shalan Stewart

    L’objectif a été atteint à 6h55 le 4 avril, juste avant minuit à Washington. Une évaluation des dommages de la bombe (BDA) par l’armée américaine a déterminé plus tard que la chaleur et la force de la bombe syrienne de 500 livres avait déclenché une série d’explosions secondaires qui auraient pu générer un énorme nuage toxique qui a commencé à s’étendre sur la ville, formé par la libération des engrais, des désinfectants et d’autres substances stockés dans le sous-sol, ses effets étant amplifiés par l’air dense du matin, qui a piégé les fumées près du sol. Selon les estimations du renseignement, a déclaré le conseiller principal, la frappe par elle-même a tué jusqu’à quatre dirigeants djihadistes et un nombre inconnu de conducteurs et d’agents de sécurité. Il n’y a pas de compte rendu confirmé du nombre de civils tués par les gaz toxiques relâchés par les explosions secondaires, bien que les militants de l’opposition aient signalé qu’il y avait plus de 80 morts, et des médias tels que CNN aient évalué ce nombre jusqu’à 92. Une équipe de Médecins Sans Frontières, traitant les victimes de Khan Cheikhoun dans une clinique à 60 miles au nord, a déclaré que « huit patients présentaient des symptômes – pupilles resserrées, spasmes musculaires et défécation involontaire – compatibles avec l’exposition à un agent neurotoxique comme le gaz sarin ou des composés similaires. » MSF a également visité d’autres hôpitaux qui avaient reçu des victimes et a constaté que les patients « sentaient l’eau de Javel, laissant supposer qu’ils avaient été exposés au chlore. » En d’autres termes, les éléments de preuve suggéraient qu’il n’y avait pas un unique agent chimique responsable des symptômes observés, ce qui n’aurait pas été le cas si l’Armée de l’Air Syrienne – comme le prétendaient les militants de l’opposition – avait lâché une bombe au sarin, qui n’a pas la puissance de percussion ou d’incendie nécessaire pour déclencher les explosions secondaires. En revanche, la gamme des symptômes est compatible avec la libération d’un mélange de produits chimiques, chlore et organophosphates utilisés dans de nombreux engrais, ce qui peut provoquer des effets neurotoxiques similaires à ceux du sarin.

    L’Internet s’est mis en branle en quelques heures, et des photographies horribles des victimes ont inondé les réseaux de télévision et YouTube. Les services de renseignement américains furent chargés d’établir ce qui s’était passé. Parmi les informations reçues, il y avait l’interception des communications syriennes recueillies avant l’attaque par une nation alliée. L’interception, qui a eu un effet particulièrement fort sur certains assistants de Trump, ne mentionnait ni gaz neurotoxique ni sarin, mais citait un général syrien qui parlait d’une arme « spéciale » et disait qu’il fallait pour cette attaque aérienne un pilote hautement qualifié. Cette référence, comme l’ont compris les membres de la communauté du renseignement américain – et comme beaucoup d’assistants inexpérimentés et des membres de la famille proches de Trump pourraient ne pas l’avoir compris – était la bombe russe fournie avec son système de guidage intégré. « Si vous avez déjà décidé que c’était une attaque au gaz, vous lirez inévitablement la mention d’une arme spéciale comme celle d’une bombe au sarin, » a déclaré le conseiller. « Les Syriens ont-ils planifié l’attaque contre Khan Cheikhoun ? Absolument. Avons-nous des interceptions pour le prouver ? Absolument. Ont-ils envisagé d’utiliser le sarin ? Non. Mais le président n’a pas dit : « Nous avons un problème, examinons cette question. » Il voulait écraser la Syrie sous les bombes. »

    À l’ONU, le lendemain, l’ambassadrice Haley a créé la sensation dans les médias en montrant les photos des morts et a accusé la Russie d’être complice. « Combien d’autres enfants doivent mourir avant que la Russie ne s’en soucie ? » demanda-t-elle. NBC News, dans un reportage typique de ce jour-là, a cité des fonctionnaires américains confirmant qu’un gaz neurotoxique avait été utilisé et Haley a attribué l’attaque directement au président syrien Assad. « Nous savons que l’attaque d’hier a été un sommet jamais atteint, même par un régime aussi barbare que celui d’Assad, » a-t-elle déclaré. La précipitation de l’Amérique à accuser la Syrie et à critiquer la Russie pour son soutien au démenti syrien de l’utilisation de gaz à Khan Cheikhoun, comme l’ambassadeur Haley et d’autres à Washington l’ont fait, a ceci d’ironique, » m’a déclaré le conseiller « que, s’il y avait eu une attaque de gaz neurotoxique syrien autorisée par Bachar, les Russes auraient été dix fois plus contrariés que n’importe qui en Occident. La stratégie de la Russie contre l’EI, qui consiste à obtenir la coopération américaine, aurait été détruite et Bachar aurait pris la responsabilité d’emmerder la Russie avec des conséquences incalculables pour lui. Bachar l’aurait-il fait ? Alors qu’il est sur le point de gagner la guerre ? Vous plaisantez, j’espère ? »

    Trump, spectateur assidu des journaux télévisés, a déclaré, alors que le roi Abdullah de Jordanie était assis à son côté dans le Bureau ovale, que ce qui s’était passé était « horrible, horrible » et un « terrible affront à l’humanité. » Interrogé sur un changement de politique envers le gouvernement Assad, il a déclaré : « Vous verrez. » Lors de sa conférence de presse suivante avec le roi Abdullah, il a donné une idée de la réponse à venir : « Lorsque vous tuez des enfants innocents, des bébés innocents – des bébés, des petits bébés – avec un gaz chimique qui est si meurtrier… cela dépasse beaucoup, beaucoup de lignes, au-delà de la ligne rouge… Cette attaque contre les enfants hier a eu un grand impact sur moi. Un grand impact… C’est très, très possible… que mon attitude envers la Syrie et Assad ait beaucoup changé. »

    Quelques heures après avoir visionné les photos, m’a déclaré le conseiller, Trump a chargé l’appareil national de Défense de planifier des représailles contre la Syrie. « Il a fait cela avant d’en parler à quiconque. Les planificateurs ont ensuite demandé à la CIA et à la DIA s’il y avait des preuves que la Syrie avait stocké du sarin dans un aéroport voisin ou quelque part dans la région. Leur armée devait en avoir quelque part dans la région pour pouvoir bombarder avec. La réponse a été : « Nous n’avons aucune preuve que la Syrie avait du sarin ou l’a utilisé, » m’a déclaré le conseiller. « La CIA leur a également dit qu’il n’y avait pas eu de livraison de gaz sarin résiduel à Cheyrat [l’aérodrome à partir duquel les bombardiers SU-24 syriens avaient décollé le 4 avril] et qu’Assad n’avait aucune raison de se suicider. » Toutes les personnes impliquées, sauf peut-être le Président, savaient aussi qu’une équipe hautement qualifiée des Nations Unies avait passé plus d’un an, à la suite d’une prétendue attaque au sarin en 2013 par la Syrie, à détruire dans une douzaine de dépôts ce qu’on avait dit être la totalité des armes chimiques syriennes.

    À ce stade, a déclaré le conseiller, les planificateurs de la sécurité nationale du Président ont été un peu secoués : « Personne ne connaissait la provenance des photographies. Nous ne savions pas qui étaient les enfants ou comment ils avaient été blessés. Le sarin est en réalité très facile à détecter car il pénètre dans la peinture, et tout ce qu’il y a à faire est d’obtenir un échantillon de peinture. Nous savions qu’il y avait un nuage et nous savions qu’il blessait les gens. Mais de là, vous ne pouvez pas sauter à la certitude qu’Assad avait caché du sarin de l’ONU parce qu’il voulait l’utiliser à Khan Cheikhoun. » Les renseignements avaient confirmé qu’un bombardier SU-24 de la Force aérienne syrienne avait utilisé une arme conventionnelle pour frapper sa cible : il n’y avait pas de tête chimique. Et pourtant, il a été impossible aux experts d’en persuader le président, une fois sa décision prise. « Le président a vu les photographies de petites filles empoisonnées et a déclaré que c’était une atrocité d’Assad, » a déclaré le conseiller principal. « C’est typique de la nature humaine. Vous sautez sur la conclusion que vous voulez. Les analystes du renseignement ne se disputent pas avec un Président. Ils ne vont pas lui dire : “Si vous interprétez les données comme cela, je m’en vais”. »

    Le président Donald J. Trump avec quelques-uns de ses conseillers les plus proches à Mar-a-Lago le 6 avril 2017 lors d’un briefing top secret sur les résultats de la frappe de missiles sur la base aérienne d’Al-Shayrat

    Les conseillers à la sécurité nationale ont bien compris le dilemme : Trump voulait répondre à l’affront à l’humanité commis par la Syrie et il ne voulait pas en être dissuadé. Ils avaient affaire à un homme qu’ils considéraient comme ni méchant et ni stupide, mais ses limites en matière de décisions de sécurité nationale étaient étroites. « Tous ses proches connaissent sa propension à agir de façon précipitée alors qu’il ne connaît pas les faits, » m’a déclaré le conseiller. « Il ne lit rien et n’a pas de connaissances historiques réelles. Il veut des exposés verbaux et des photographies. C’est un preneur de risques. Dans le monde des affaires, il peut accepter les conséquences d’une mauvaise décision, il va juste perdre de l’argent. Mais dans notre monde, ce sont des vies qui seront perdues et il y aura des dommages à long terme pour notre sécurité nationale s’il se trompe. On lui a dit que nous n’avions aucune preuve de l’implication syrienne et pourtant Trump a dit : “Faites-le”. »

    Le 6 avril, Trump a convoqué une réunion des responsables de la sécurité nationale dans sa propriété de Mar-a-Lago en Floride. Le but de la réunion n’était pas de décider quoi faire, mais de la meilleure façon de le faire – ou, comme certains le voulaient, de comment faire le minimum pour que Trump soit content. « Le patron savait avant la réunion qu’ils n’auraient pas les renseignements, mais ce n’était pas un problème, » a déclaré le conseiller. « La réunion, c’était ” Voici ce que je vais faire “, puis il a demandé les options. »

    Les renseignements disponibles n’étaient pas pertinents. L’homme le plus expérimenté à la table était le secrétaire à la Défense, James Mattis, un général à la retraite du Corps des Marines qui jouissait du respect du président et avait compris, peut-être, à quelle vitesse cela pouvait s’évaporer. Mike Pompeo, le directeur de la CIA, dont l’agence avait constamment signalé qu’il n’avait aucune preuve d’une bombe chimique syrienne, n’était pas présent. Le secrétaire d’État Tillerson était très admiré en interne pour sa volonté de travailler de longues heures et sa lecture avide de câbles diplomatiques et de rapports, mais il en savait peu sur la guerre et la gestion d’un bombardement. Les participants étaient dans le pétrin, a déclaré le conseiller. « Le président avait été émotionnellement galvanisé par la catastrophe et il voulait des options. » Il en a eu quatre, par ordre de gravité croissante. L’option 1 était de ne rien faire. Tous les participants, a déclaré le conseiller, comprenaient qu’elle n’était pas envisageable. L’option 2 était une tape sur le poignet : bombarder un aérodrome en Syrie, mais seulement après avoir alerté les Russes et, à travers eux, les Syriens, pour éviter de nombreuses victimes. Certains des planificateurs l’ont appelé l’« option gorille » : l’Amérique jetterait un regard noir et battrait son torse pour faire peur et manifester sa détermination, mais sans causer de dégâts considérables. L’option 3 était d’adopter le programme de frappe qui avait été présenté à Obama en 2013 et qu’il avait finalement choisi de ne pas poursuivre. Ce plan prévoyait le bombardement massif des principaux aérodromes syriens et des centres de commandement et de contrôle, en utilisant des avions B1 et B52 lancés depuis leurs bases aux États-Unis. L’option 4 était la « décapitation » : supprimer Assad en bombardant son palais à Damas, ainsi que son réseau de commande et de contrôle, et tous les bunkers souterrains dans lesquels il pourrait éventuellement se réfugier en cas de crise.

    « Trump a exclu d’emblée l’option une, » a déclaré le conseiller principal, et l’assassinat d’Assad n’a jamais été pris en considération. « Mais il a déclaré, en substance : “Vous êtes l’armée et je veux une action militaire”. » Le Président était également opposé, au début, à l’idée de donner aux Russes un avertissement préalable avant la frappe, mais il l’a accepté à contrecœur. « Nous lui avons donné l’option Boucles d’or – pas trop chaud, pas trop froid, mais juste entre les deux. » La discussion avait des moments bizarres. Tillerson a demandé lors de la réunion de Mar-a-Lago pourquoi le président ne pouvait pas tout simplement appeler les bombardiers B52 et pulvériser la base aérienne. On lui a dit que les B52 étaient très vulnérables aux missiles sol-air (SAM) de la région et que l’utilisation de ces avions nécessiterait un incendie de suppression qui pourrait tuer des défenseurs russes. « Qu’est-ce que c’est ? » a demandé Tillerson. Eh bien, monsieur, on lui a dit, cela signifie que nous devrions détruire les sites SAM de haute performance tout le long de la trajectoire de vol des B52, que ceux-ci sont manœuvrés par les Russes, et que nous serions confrontés à une situation beaucoup plus difficile. « Voilà la leçon : remerciez Dieu qu’il y ait eu des militaires à la réunion, » a déclaré le conseiller. « Ils ont fait de leur mieux face à une décision déjà prise. »

    Cinquante-neuf missiles Tomahawk ont été tirés depuis deux destroyers de la marine américaine en service en Méditerranée, le Ross et le Porter, sur la base aérienne d’Al-Shayrat près de la ville de Homs, contrôlée par le gouvernement. La frappe a été aussi réussie que prévu, en termes de dommages minimaux. Les missiles ont une charge utile légère – environ 220 livres de HBX, la version militaire moderne du TNT. Les réservoirs de stockage d’essence de l’aérodrome, la cible principale, ont été pulvérisés, a déclaré le conseiller principal, déclenchant un énorme feu et des nuages de fumée qui ont entravé le système de guidage des missiles suivants. Jusqu’à 24 missiles ont manqué leurs cibles et seulement quelques-uns des Tomahawks ont effectivement pénétré dans des hangars, détruisant neuf avions syriens, beaucoup moins que ce que l’administration Trump a revendiqué. On m’a dit qu’aucun des neuf n’était opérationnel : les avions endommagés sont ce que l’armée de l’air appelle les reines des hangars. « C’étaient des agneaux pour le sacrifice, » a déclaré le conseiller principal. La majorité du personnel important et des avions de combat opérationnels avaient été transportés vers des bases proches des heures avant le début du raid. Les deux pistes et les places de stationnement des aéronefs, également ciblées, ont été réparées et remises en service dans un délai de huit heures environ. Dans l’ensemble, c’était à peine plus qu’un coûteux feu d’artifice.

    « C’était un spectacle totalement à la Trump, du début à la fin, » a déclaré le conseiller principal. « Quelques conseillers supérieurs à la sécurité nationale du Président ont considéré la mission comme une mauvaise décision présidentielle minimisée, et qu’ils avaient l’obligation de mener à bien. Mais je ne pense pas que nos membres de la sécurité nationale soient prêts à se faire à nouveau pousser dans une mauvaise décision. Si Trump était parti pour l’option 3, il aurait pu y avoir des démissions immédiates. »

    Après la réunion, pendant que les Tomahawks étaient en route, Trump a parlé à la nation depuis Mar-a-Lago et a accusé Assad d’utiliser des gaz neurotoxiques pour étouffer « la vie d’hommes, de femmes et d’enfants impuissants. C’était une mort lente et brutale pour tant de personnes… Aucun enfant de Dieu ne devrait jamais subir une telle horreur. » Les jours suivants ont été ses plus triomphants en tant que Président. L’Amérique s’est ralliée à son commandant en chef, comme c’est toujours le cas en temps de guerre. Trump, qui avait fait campagne comme celui qui préconisait la paix avec Assad, bombardait la Syrie 11 semaines après son entrée en fonction et était salué par les Républicains, les Démocrates et les médias. Le célèbre animateur de télévision Brian Williams, de MSNBC, a utilisé le mot « beau » pour décrire les images des Tomahawks lancés depuis la mer. Parlant sur CNN, Fareed Zakaria a déclaré : « Je pense que Donald Trump est devenu Président des États-Unis. » Une revue des 100 premiers journaux américains a montré que 39 d’entre eux ont publié par la suite des éditoriaux appuyant l’attaque, dont le New York Times, le Washington Post et le Wall Street Journal.

    Les missiles Tomahawk n’ont fait que peu de dommages sur la base aérienne syrienne Source : AP Photo/HM BH

    Cinq jours plus tard, l’administration Trump a rassemblé les médias nationaux pour une séance d’information sur l’opération syrienne menée par un haut responsable de la Maison-Blanche qui ne devait pas être nommé. L’essentiel de la séance d’information était que le démenti de la Russie, à chaud et par la suite, que du sarin ait été utilisé dans le bombardement du Khan Cheikhoun était un mensonge, puisque le président Trump avait déclaré que du sarin avait été utilisé. Cette affirmation, qui n’a été contestée ou contredite par aucun des journalistes présents, a servi de base à une série de critiques supplémentaires :

    – La poursuite du mensonge de l’administration Trump sur l’utilisation de sarin par la Syrie a conduit à une croyance répandue dans les médias américains et le public que la Russie avait choisi de s’impliquer dans une désinformation malhonnête et une campagne de dissimulation de la part de la Syrie.

    – Les forces militaires russes cohabitent avec celles de la Syrie sur l’aérodrome d’Al-Shayrat (comme elles le font dans toute la Syrie), ce qui soulève la possibilité que la Russie ait eu connaissance de la détermination de la Syrie d’utiliser le sarin à Khan Cheikhoun et n’ait rien fait pour l’arrêter.

    – L’utilisation de sarin par la Syrie et la défense de cette utilisation par la Russie a fortement suggéré que la Syrie avait soustrait des stocks de l’agent neurotoxique à l’équipe de désarmement des Nations Unies, qui a passé une grande partie de l’année 2014 à inspecter et à détruire tous les agents de guerre chimique déclarés dans 12 dépôts syriens d’armes chimiques ; ceci conformément à l’accord élaboré par l’administration Obama et la Russie après l’utilisation présumée, mais toujours non prouvée, de sarin l’année précédente contre une redoute rebelle dans une banlieue de Damas.

    L’orateur, à son crédit, a pris soin d’utiliser les mots « penser », « suggérer » et « croire » au moins 10 fois pendant les 30 minutes de l’événement. Mais il a également déclaré que son exposé était fondé sur des données qui avaient été déclassifiées par « nos collègues de la communauté du renseignement ». Ce que l’orateur n’a pas dit, et peut-être pas su, est que la plupart des informations classifiées de la communauté assuraient que la Syrie n’avait pas utilisé le sarin lors de l’attaque aérienne du 4 avril.

    La presse grand public a répondu de la façon que la Maison-Blanche avait espérée : les articles attaquant la prétendue dissimulation de l’utilisation du sarin par la Syrie dominent les nouvelles, et de nombreux médias ont ignoré la myriade de réserves de l’orateur. Il régnait un sentiment de Guerre froide renouvelée. Le New York Times, par exemple – le premier journal américain – a mis le titre suivant sur son compte rendu : « La Maison-Blanche accuse la Russie de couvrir l’attentat chimique en Syrie. » Le compte rendu du Times a pris note du démenti russe, mais ce que l’orateur avait appelé une « information déclassifiée » est devenu soudainement un « rapport des renseignements déclassifié ». Pourtant, il n’y a pas eu de rapport officiel des renseignements indiquant que la Syrie a utilisé du sarin, simplement une « synthèse fondée sur des informations déclassifiées sur les attaques, » comme l’appelait l’orateur.

    La crise a glissé en arrière-plan fin avril, alors que la Russie, la Syrie et les États-Unis se concentraient sur l’anéantissement de l’EI et des milices d’al-Qaïda. Certains de ceux qui ont travaillé pendant la crise, cependant, ont eu des problèmes persistants. « Les salafistes et les djihadistes ont obtenu tout ce qu’ils voulaient avec leur subterfuge hyper-médiatisé du gaz neurotoxique syrien, » a déclaré le conseiller principal de la communauté des services secrets des États-Unis, se référant à l’accroissement des tensions entre la Syrie, la Russie et l’Amérique. « La question est, que faire s’il y a un autre false-flag d’attaque au sarin attribué à la Syrie détestée ? Trump a placé la barre très haut et s’est coincé lui-même avec sa décision de bombarder. Et ne croyez pas que ces gars ne planifient pas la prochaine fausse attaque. Trump n’aura pas d’autre choixe que de bombarder à nouveau, et plus durement. Il est incapable d’admettre qu’il a commis une erreur. »

    La Maison-Blanche n’a pas répondu aux questions précises sur le bombardement de Khan Cheikhoun et de l’aéroport d’Al-Shayrat. Ces questions ont été envoyées par courrier électronique à la Maison-Blanche le 15 juin et n’ont jamais eu de réponse.

    Source : Die Welt, Seymour M. Hersh, le 25/06/2017


  • Droit du Travail : de l’inconstitutionnalité du référendum d’entreprise déclenché à l’initiative du seul employeur, en dehors des syndicats
    Par Louis SAISI 29/06/2017

    http://www.ideesaisies.org/droit-du-travail-de-linconstitutionnalite-du-referendum-dentreprise-a-l

    I/ Vouloir faire du référendum d’entreprise la nouvelle modalité de la définition des conditions de travail par dérogation à la loi ou à des accords de branches professionnelles entre syndicats des travailleurs et des employeurs risque d’aboutir à l’émiettement du Code du Travail, comme cela a déjà été justement et largement souligné.

    Par rapport à ce qu’étaient les grands principes protecteurs de notre droit du travail - qui visaient à compenser et corriger le rapport de subordination du travailleur à son employeur (ce qui est la définition même du contrat de travail),
    le projet de modification du Code du Travail - porté par le gouvernement MACRON/PHILIPPE - n’est pas une réforme, c’est une contre-révolution dans notre droit du travail car il remet en question
    ce qu’avait été la révolution progressive et pacifique du Code du Travail par rapport aux principes du Code civil.

    En effet, il n’échappe à aucune conscience citoyenne éclairée que cette posture est déjà en soi critiquable du point de vue des effets engendrés quant à l’existence de « droits différents » entre les travailleurs selon l’entreprise où ils exerceront leurs compétences professionnelles.

    Jusqu’aux lois REBSAMEN et El KHOMRI, que ce soit par des accords de branches, ou que cela résulte de la volonté d’une entreprise elle-même, les entreprises pouvaient certes être plus généreuses envers leurs salariés par rapport aux dispositions du Code du Travail, mais elles ne pouvaient se montrer plus restrictives, la loi étant le plancher à respecter.

    En d’autres termes, la règle sociale était :
    « Plus, oui ; moins, non ! ». Et parfois, au fil du temps, le « plus » était progressivement étendu, que ce soit par de nouveaux accords de branches ou par la loi elle-même. Il n’est que de se rappeler de l’extension, par la loi, de la 4ème semaine de congés payés pratiquée chez Renault[1]…

    II/ Mais cette nouvelle place centrale que le gouvernement veut assigner au contrat par rapport à la loi, constitue, aussi, une remise en question de la place de la loi. Dans notre édifice normatif, c’était la loi qui occupait cette place centrale, depuis 1789.
    Elle avait un fondement constitutionnel : en effet, la loi, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse, doit être la même et égale pour tous, et elle est l’expression de la volonté générale (article 6, DDHC[2]) et, loin d’être dogmatique, elle traduit toujours la recherche
    du compromis qui correspond à l’intérêt général du moment.
    ......

    Suite de cette chronique d’actualité par le lien ci-dessous :

    http://www.ideesaisies.org/droit-du-travail-de-linconstitutionnalite-du-referendum-dentreprise-a-l

    [1] L’histoire des congés payés illustrent bien le rôle irremplaçable de la loi. Fixés à quinze jours à l’origine (Front populaire), les congés payés minimum obligatoires se sont allongés au XXe siècle par l’action législative : de deux semaines en 1936, ils passent à 3 semaines en 1956, puis à 4 semaines en 1969 et enfin à 5 semaines en 1982.
    Au départ, les premières négociations d’entreprise chez Renault où la CGT, la CFTC et FO, grâce à la mobilisation de la première centrale syndicale de l’époque, obtiennent, en 1955, la 3ème semaine de congés payés, le paiement des jours fériés et une retraite complémentaire, puis la 4ème semaine de congés payés en 1962.

    Si les discussions engagées entre le patronat et FO aboutissent à un accord, le 20 mai 1965, généralisant la 4ème semaine de congés payés, les retombées de cet accord seront pourtant très limitées, et il faudra attendre une loi de 1969 pour que la quatrième semaine soit réellement appliquée dans les entreprises.

    Rappelons qu’avant 1936, le principe des congés payés en France était très limité. Et ce, alors même que plusieurs pays les avaient déjà instaurés.
    Il en était ainsi en Allemagne dès 1905, en Autriche-Hongrie et dans les pays scandinaves depuis 1910, en Tchécoslovaquie, Pologne, Luxembourg, au début des années 20, puis en Grèce, Roumanie, Espagne, Portugal ainsi qu’au, Chili, Mexique, Brésil, entre la fin des années 20 et le début des années 30.

    Ainsi dire que le Front Populaire de 1936 octroyant 2 semaines de congés payés caractériserait un certain esprit « jouisseur » qui serait typiquement français et aurait signé le déclin de la France (Maréchal PÉTAIN dixit) est démenti par les faits. Cette manière de voir, assez réactionnaire (au sens étymologique), s’est d’ailleurs généralisée, aujourd’hui, à une partie de notre classe politique qui s’ingénie à vouloir analyser les « Trente Glorieuses » (1945-1975) comme une parenthèse dans l’élévation du niveau de vie des classes modestes et moyennes et l’évolution de notre droit l’accompagnant comme étant d’inspiration socialo-collectiviste suspecte…

    [2] Article 6 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC) :
    « La Loi est l’expression de la volonté générale.
    Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation.
    Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse.
    Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes les dignités, places et emplois publics,
    selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. »


  • L’Algérie ne se négocie pas.
    La France est tenue en laisse.
    Ce commentaire est très pauvre en argument mais l’état d’esprit est là...
    NRobin

    https://www.algeriepatriotique.com/2017/06/29/washington-ne-frappera-plus-syrie-poutine-trembler-trump

    Washington ne frappera plus en Syrie : quand Poutine fait trembler Trump
    juin 29, 2017 -

    Russie, Etats-Unis, Syrie, Vladimir Poutine, Donald Trump, Washington

    Vladmir Poutine ne bluffait pas. Donald Trump le sait. D. R.
    Les Américains essayent de voiler le retrait de leur menace de procéder à des frappes contre l’armée syrienne en prétextant que Damas se serait « soumis » aux injonctions de Washington de ne pas recourir aux armes chimiques « contre les populations civiles ». Mais la vérité est que la très sérieuse mise en garde de Moscou a fait trembler Trump et son administration qui ont dû faire machine arrière, car convaincus que Vladimir Poutine ne bluffait pas. « Si jamais les Etats-Unis mettaient leur menace à exécution en Syrie, nous répondrons de la manière la plus adéquate », avait dit, en substance, Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères.

    La réplique aussi prompte que sévère de Moscou n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Aussitôt, Washington a courbé l’échine et montré, en fait, son vrai visage ; celui d’un Etat voyou qu’une simple mise en garde venant de la puissante Russie peut faire taire. Cette remise en cause déguisée en une pseudo-obéissance du « régime syrien au rappel à l’ordre » des Etats-Unis sous la conduite du très versatile et inconséquent Donald Trump, prouve l’extrême vulnérabilité de ce qui est décrit comme une « puissance militaire invincible ».

    Pourtant, les échecs lamentables de l’armée américaine ne datent pas d’aujourd’hui. Au Vietnam, les GI’S ont reçu une tannée face à une armée vietnamienne patiente et persévérante qui a fini par triompher. Plus récemment, en Afghanistan, en Somalie et en Irak, les Etats-Unis s’embourbent dans des guerres à n’en plus finir, subissant les contre-attaques dévastatrices des groupes islamistes dont, d’ailleurs, ils sont les créateurs. Nulle part ailleurs dans le monde l’armée américaine n’enregistre des victoires et sa suprématie technologique devient de plus en plus obsolète pour plusieurs raisons.

    D’abord, une confrontation armée avec la Russie se soldera immanquablement par un désastre mondial si les deux puissances venaient à recourir à l’arme nucléaire. Un conflit russo-américain entraînerait d’autres grands pays dans la guerre : la Chine aux côtés de la Russie et l’Europe – affaiblie – qui se mettra malgré elle sous la férule de Washington, retour d’investissement sur le plan Marshall oblige.

    Ensuite, la prolifération des groupes islamistes armés, leur caractère transfrontalier et leur modus operandi nouveau, rend la puissance de feu des armées occidentales inefficaces. Les Etats-Unis ont beau se targuer de détenir les moyens de guerre les plus sophistiquées et les plus nombreux, la multiplication des attentats au couteau ou à la voiture-bélier révoque en doute toute la doctrine militaire de ce pays, bâtie sur la suprématie numéraire et le gigantisme hégémonique.

    Bref, Trump ne fera plus rien en Syrie à partir de maintenant. Poutine vient de se libérer une fois pour toutes des contraintes imposées par les Etats-Unis pour faire durer le conflit. La libération de la Syrie est proche et la crise sans précédent qui s’est déclarée entre les principaux bailleurs des groupes islamistes armés – Qatar et Arabie Saoudite – dans ce pays meurtri, ne fera qu’accélérer la fin des terroristes et le retour à la paix.

    Karim Bouali


  • Le drame de la France, c’est qu’elle n’a pas de chef d’Etat depuis les derniers quinquennats !

    Qu’est ce qu’un chef d’Etat ? NRobin

    Chef d’Etat

    Définition de chef d’Etat

    Etymologie : du latin caput, tête.

    Le chef d’État est la personne qui exerce l’autorité suprême d’un Etat, qui représente l’ensemble de la nation dans le pays et dans les relations internationales.

    Le rôle du chef de l’Etat au sein du pouvoir exécutif varie selon les pays et les régimes. On peut distinguer quatre systèmes principaux :
    présidentiel. Le chef d’État est aussi le chef du gouvernement et il exerce effectivement le pouvoir exécutif.

    semi-présidentiel. Le chef d’État partage le pouvoir exécutif avec le chef du gouvernement.

    parlementaire. Le chef d’État possède en théorie le pouvoir exécutif. Dans la pratique ce pouvoir est délégué à un chef du gouvernement responsable devant le parlement.

    chef d’État ne détenant pas le pouvoir exécutif. Le chef d’État joue un rôle symbolique au nom de l’État.

    En France, sous la Ve République, le chef de l’État est le Président de la République, doté du pouvoir exécutif et garant des Institutions.

    Autres fonctions généralement rattachées au chef d’Etat :
    représentation extérieure,
    promulgation des lois,
    commandant en chef des armées,
    nomination aux hautes fonctions publiques,
    droit de grâce,
    rôle symbolique ou cérémonial, etc.

    >>> Terme connexe : Etat

    >>> Terme connexe : Président de la République

    http://www.toupie.org/Dictionnaire/Chef_etat.htm


  • UJFP
    Union Juive Française pour la Paix

    http://www.ujfp.org/spip.php?article5722

    Faire front contre les violences policières
    mardi 27 juin 2017 par Collectif des universitaires contre les violences policières réunissant une centaine d’enseignants-chercheurs en sciences humaines et sociales. Tribune publiée sur le site de Libération le 25 juin 2017.
    http://md1.libe.com/photo/1033657-prodlibe-manifestation-lors-du-defile-du-1er-mai.jpg?modified_at=1498409110

    Manifestation lors du défilé du 1er Mai, entre République et Nation, à Paris. Photo Cyril Zannettacci
    Dénonçant la répression des mouvements sociaux, des chercheurs ont décidé de fonder un collectif. Ils publient ici leur manifeste : Faire front contre les violences policières.

    Enseignants-chercheurs en sciences humaines et sociales, nous observons avec inquiétude l’augmentation de la fréquence et de la gravité des violences policières en France. Nombre d’entre nous, spécialistes des questions de sécurité, de police ou de justice, des mouvements sociaux ou des quartiers populaires, ont pu enquêter sur une réalité souvent trop peu visible dans les médias. La multiplication des arrestations arbitraires et détentions abusives lors de récentes manifestations, tant d’étudiants et de lycéens que de collègues auxquels les policiers ont pu signifier leur haine des travailleurs intellectuels, parfois doublée de propos racistes, sexistes et homophobes, nous amène à nous engager collectivement.

    Des populations ciblées
    Les violences policières prennent avant tout pour cible des populations paupérisées et racialisées, ainsi que des manifestants - contre les réformes d’austérité, les mesures antimigratoires ou les projets écologiquement insoutenables. Leur intensification est profondément liée à l’orientation générale des politiques économiques et sociales des dernières décennies. Le creusement extrême des inégalités et la ségrégation multidimensionnelle qui en résultent placent des pans entiers de la population dans des conditions insupportables et impliquent des modalités de maintien de l’ordre toujours plus violentes, qui délitent les solidarités existantes, entravent le travail des acteurs associatifs et achèvent d’isoler nombre de territoires.

    Récemment, lors des rassemblements du 1er Mai à Paris, puis des premier et second tours de l’élection présidentielle, l’intensité de la répression a repris de plus belle. Les témoignages glaçants ne font pas la une des grands médias, et les « reportages » sensationnalistes sur « les manifestants » qui « attaquent la police à coup de slogans » (BFMTV le 8 mai) renforcent la légitimation de la répression des mouvements sociaux, de même que celle, plus pernicieuse, des banlieues et des quartiers populaires - où elle demeure la plus meurtrière -, et a fortiori des sans-papiers et des Roms.

    L’état d’urgence banalisé
    Menaçant les libertés civiles, syndicales et publiques, l’état d’urgence vient d’être reconduit pour la sixième fois. Conçu comme un régime d’exception pendant la guerre d’Algérie, il est en voie de banalisation. Sous l’empire de ce dispositif, dénoncé par plusieurs ONG et observateurs internationaux, la répression des mouvements sociaux tend à être assimilée à de la lutte antiterroriste, pendant que des expérimentations sécuritaires à l’œuvre de longue date dans les quartiers populaires se généralisent. Des droits fondamentaux sont bafoués : interdictions de manifester et filtrages des cortèges, perquisitions de nuit, détentions arbitraires, prélèvements ADN, interceptions de données informatiques et mises sur écoute… Des mesures liberticides et dangereuses gagnent le droit commun : la réforme de la « légitime défense » (début 2017) normalise l’usage des armes, renforce les peines d’outrage et légalise les déviances policières en bande organisée.

    Le savant mélange de discours et de non-dits, de consignes et de laisser-faire accordé aux agents de police fait apparaître qu’en fait de « bavures », cette répression violente a pris un caractère systématique. En signant un « chèque en gris » à la police, les ministres de l’Intérieur successifs ont œuvré à une autonomisation relative des corps répressifs, articulée à l’agenda gouvernemental. Les manifestations sauvages de policiers en ont été une expression récente, alors que certaines enquêtes suggèrent une forte poussée de l’extrême droite dans la profession. Le silence sinon le soutien des hiérarchies en cas de violences, les conflits d’intérêts intrinsèques au travail de l’IGPN (des policiers enquêtant sur des policiers), la frilosité de la justice à condamner des agents dans des affaires de meurtres, de viols et autres violences, les reculs de François Hollande sur le récépissé de contrôle d’identité et le déni automatique de la réalité empirique par les ministres et les préfets sont autant d’expressions d’un complexe institutionnel qui fabrique les violences et l’impunité.

    Fédérer nos forces
    Nous souhaitons fédérer nos forces et multiplier nos échanges avec les acteurs issus des mouvements sociaux, des quartiers populaires et des populations migrantes qui luttent de longue date contre ces violences. Nous opposerons dans le débat public nos acquis scientifiques et nos méthodes d’enquête à la propagande qui disqualifie et réduit au silence victimes et familles. Nous articulerons la diffusion des travaux existants, l’éducation populaire et l’(auto-) formation partout où l’on nous y invitera. Empêcher l’exceptionnel de se banaliser est la responsabilité de tous, et nous en assumerons notre part sans relâche. Parce qu’expliquer n’est pas excuser… mais comprendre, c’est déjà lutter.

    Premiers signataires : Karen Akoka ISP, Université Paris-X Amin Allal Ceraps CNRS, Sophie Béroud Triangle, Lyon-II Anne Bory Clersé, Lille-I Hélène Blaszkiewicz EVS, Lyon-III Romain Carnac Unil Vanessa Codaccioni Cresppa, Paris-VIII Eric Fassin Legs, Paris-VIII Samir Hadj Belgacem Sophiapol-Nanterre Michel Kokoreff Cresppa, Paris-VIII, Gwenola Ricordeau Clersé, Lille-I Isabelle Sommier CESSP, Paris-I Kevin Vacher Cresppa, Paris-VIII Guillaume Vadot Imaf, Paris-I.

    Lire la suite des signataires et la version longue du manifeste sur le site de vacarme.

    Le Collectif des universitaires contre les violences policières réunissant une centaine d’enseignants-chercheurs en sciences humaines et sociales.

    Voir en ligne : la tribune sur le site de Libération

    Collectif des universitaires contre les violences policières



  • http://www.humanite.fr/union-europeenne-bruxelles-macron-la-cote-mais-guere-de-resultats-637923

    THOMAS LEMAHIEU
    VENDREDI, 23 JUIN, 2017
    L’HUMANITÉ
    http://m.avaz.ba/storage/2017/06/22/thumbs/594c067e-e58c-47f7-89fa-98e90a0a0a64-bruxelles-samit-4-718x446.jpg

    Sur les grandes questions sociales et économiques, le locataire de l’élysée se concentre quasi exclusivement sur les travailleurs détachés, sans apporter grand-chose de plus que ce qui est déjà sur la table dans la discussion actuelle sur la directive. J. Warnand/AFP
    Sur les grandes questions sociales et économiques, le locataire de l’élysée se concentre quasi exclusivement sur les travailleurs détachés, sans apporter grand-chose de plus que ce qui est déjà sur la table dans la discussion actuelle sur la directive. J. Warnand/AFP
    Dans un entretien à la presse européenne, le président français insiste surtout sur la défense commune. Il se montre moins disert sur les garanties sociales, au moment où, en France, il s’apprête à les saccager avec ses ordonnances.

    Super-Macron est arrivé. Lui, il va sauver les meubles. Dans la tourmente européenne, marquée par la contestation croissante des politiques d’austérité et de casse des droits sociaux depuis des années, cette élection du candidat centriste à la présidence française a constitué une divine surprise pour les béni-oui-oui du continent, et la majorité absolue au Parlement qu’il vient de recueillir survient comme une confirmation assez inespérée. Face à Donald Trump ou après le Brexit, dans la crise des dettes publiques comme dans celle des réfugiés, ce nouveau visage permet de relancer la fable d’une Europe en voie de refondation, mais qui, sans jamais toucher aux dogmes néolibéraux, ne peut aboutir au mieux qu’à un ravalement de façade…

    Dans un grand entretien au Figaro et à sept autres titres européens, paru hier matin, Emmanuel Macron trace les lignes moins d’un programme que d’un récit grâce auquel il espère reconquérir les cœurs des couches moyennes et populaires de toute l’Union européenne. Le président français coche les cases en utilisant quelques formules-chocs : « L’Europe n’est pas un supermarché, pérore-t-il. L’Europe est un destin commun. Elle s’affaiblit quand elle accepte que l’on rejette ses principes. »

    Déterminé à afficher une alliance permanente avec l’Allemagne

    Sur le fond, non sans avoir insisté sur les « réformes fondamentales qui sont indispensables pour la France » – il désigne en particulier la contre-réforme du droit du travail préparée par ordonnances dès cet été et largement inspirée par les recommandations récurrentes élaborées dans le cadre de la procédure dite du « semestre européen » –, Macron met en avant une conception assez étriquée de la « protection » à offrir aux citoyens. Pour lui, il s’agit avant tout de « sécurité » et de « défense ». Au diapason des projets dessinés à Bruxelles, le président de la République plaide longuement pour la constitution d’une force militaire commune, se félicitant de voir l’Allemagne « revenir sur des tabous profonds hérités de la Seconde Guerre mondiale » et « dépenser plus que la France en matière de défense dans les années à venir ».

    Sur les grandes questions sociales et économiques, après avoir défendu son projet à moyen terme de « budget de la zone euro, doté d’une gouvernance démocratique » comme « moyen de convergence » entre les différents pays, Emmanuel Macron se concentre quasi exclusivement sur les travailleurs détachés, sans apporter grand-chose de plus que ce qui est déjà sur la table dans la discussion actuelle, au Conseil et au Parlement, sur la directive. Mais le sujet permet au locataire de l’Élysée de se poser en défenseur des garanties sociales, au moment même où il entend les détricoter un peu plus en France. « L’objectif d’une Europe qui protège doit aussi s’imposer dans le domaine économique et social, avance-t-il. En raisonnant comme on le fait depuis des années sur le travail détaché, on prend l’Europe à l’envers. Les grands défenseurs de cette Europe ultralibérale et déséquilibrée, au Royaume-Uni, se sont fracassés dessus. Sur quoi le Brexit s’est-il joué ? Sur les travailleurs d’Europe de l’Est qui venaient occuper des emplois britanniques. (…) On ne peut pas continuer à faire l’Europe dans des bureaux, à laisser les choses se déliter. Le travail détaché conduit à des situations ridicules. Vous pensez que je peux expliquer aux classes moyennes françaises que des entreprises ferment en France pour aller en Pologne car c’est moins cher ? »

    Déterminé à afficher une alliance permanente avec l’Allemagne, préconisant des positions communes entre les deux pays avant chaque sommet européen, le président français se heurte déjà à un mur, malgré la faiblesse de ses exigences et en dépit du fait que les autres dirigeants tiennent à le ménager. Cela a été le cas dans le feuilleton grec, où le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, a une fois de plus réussi à repousser à plus tard toute décision sur l’allégement de la dette publique d’Athènes, malgré le soutien affiché des Français au gouvernement Tsipras. Autre exemple à l’occasion du Conseil européen qui se tient ce vendredi à Bruxelles : la proposition de laisser plus de pouvoir à Bruxelles pour contrôler les acquisitions chinoises dans l’UE, afin de protéger les secteurs stratégiques, devrait être repoussée et, à tout le moins, désamorcée par les autres chefs d’État. Selon le projet de conclusions du sommet, il ne s’agit que de demander à la Commission d’examiner « les besoins » de l’UE en la matière. Soit de brasser du vent une fois de plus…

    Thomas Lemahieu
    Rubrique Monde


  • La France broyée dans l’engrenage UE-OTAN.
    France/UE/OTAN, la profonde analyse d’un pseudonyme qui souhaite garder l’anonymat.
    De quoi a-t-il peur d’être taxé de souverainiste ?
    "La grandeur de la de la France" c’est tellement ringard !
    Pour le reste c’est excellent !
    NRobin

    https://www.upr.fr/actualite/france/france-broyee-lengrenage-ue-otan-antoine-carthago

    LA FRANCE BROYÉE DANS L’ENGRENAGE UE-OTAN ===== Une analyse d’Antoine Carthago
    Download PDFLecture : 25 min
    Publié le 16 juin 2017 dans Europe, France, Frexit, OTAN / Lien permanent

    La récente adhésion – le 5 juin 2017 – du Monténégro à l’OTAN est l’occasion, pour Antoine Carthago de faire le point sur les conséquences de l’appartenance de la France à l’UE et à l’OTAN. Sous ce pseudonyme écrit un expert de géopolitique, notamment du Moyen-Orient, adhérent fidèle de l’UPR, qui souhaite garder l’anonymat pour des raisons professionnelles.

    LA FRANCE BROYÉE DANS L’ENGRENAGE UE-OTAN

    Le Premier ministre du Monténégro, Dusko Markovic, a assisté en tant qu’observateur au sommet de l’OTAN qui s’est tenu le 25 mai dernier à Bruxelles. Son pays est devenu officiellement le 29e membre de l’Alliance atlantique le 5 juin. Renforçant sa présence dans les Balkans, l’OTAN est désormais présente sur toute la façade de la mer Adriatique.

    L’information était passée relativement inaperçue dans les médias français : le 11 avril dernier, le président Donald Trump avait « signé l’instrument de ratification du protocole d’adhésion du Monténégro à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord » (OTAN), comme l’indiquait la Maison-Blanche dans un communiqué succinct.

    Vu de Moscou, il s’agissait d’une énième provocation de la part de Washington qui soutient activement l’extension de l’OTAN dans sa zone d’influence. Le ministère russe des Affaires étrangères avait d’ailleurs protesté contre cette décision qui « porte atteinte à la stabilité des Balkans et de l’Europe en général » , et Moscou avait bloqué les importations de vin du Monténégro.

    Ce même 11 avril, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson entamait une visite très attendue à Moscou, dans un moment de forte tension entre les deux anciens rivaux de la Guerre froide. Difficile de croire à une coïncidence. Cela ressemblait plutôt à un coup calculé que semble affectionner le président Trump. Accompagner les négociations internationales de provocations ou de démonstrations de force est conçu comme permettant à Washington d’asseoir une position dominante et de maintenir une pression sur ses « partenaires ».

    Ce jeu dangereux et difficilement prévisible a pour toile de fond l’élargissement continu de l’Alliance atlantique, menace majeure pour Moscou, qui contribue à la déstabilisation de l’Europe orientale et des Balkans.

    Par son appartenance à l’OTAN, la France se retrouve étroitement associée à cette politique agressive, régulièrement accompagnée de violations du droit international. En cas d’aggravation majeure des tensions, la France risque ainsi de subir les conséquences d’une mécanique d’expansion dont elle n’a aucune maîtrise.

    Le présent article retrace l’extension de l’OTAN, source de tensions avec la Russie, et l’alignement progressif de la France sur cette politique, au nom de la « construction européenne ».

    I – L’EXTENSION DE L’OTAN À L’EST DE L’EUROPE, PRINCIPALE SOURCE DE TENSIONS AVEC LA RUSSIE.

    Le traité de l’Atlantique nord, signé le 4 avril 1949 à Washington, fit naître l’OTAN dans un contexte de début de Guerre froide, marqué par l’opposition entre les doctrines Roosevelt et Jdanov (1947) et la crise de Berlin (1948-49).

    L’Alliance posait le principe d’une défense collective du camp atlantique présentée comme nécessaire face à la menace soviétique. Mais cette création de l’OTAN fut perçue en retour comme une menace par l’URSS, qui y riposta six ans après, par la signature du Pacte de Varsovie en 1955.

    Les clauses de défense collective et l’arsenal nucléaire des deux superpuissances assuraient « l’équilibre de la terreur » qui allait dominer le paysage stratégique pendant un demi-siècle, depuis le début des années 50 jusqu’au début des années 90.

    Après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, le Pacte de Varsovie fut dissous et la menace soviétique cessa d’exister. Beaucoup pensèrent alors que l’OTAN allait disparaître, n’ayant plus de raison d’être.

    Ce ne fut pas le cas. Non seulement l’Alliance se maintient mais elle se lança dans un vaste mouvement d’élargissement aux anciens pays du bloc de l’est, élargissement qui est encore aujourd’hui assidûment poursuivi par les stratèges américains aux commandes de l’OTAN. L’Alliance atlantique opéra ainsi une mue stratégique : d’une organisation de défense collective censée faire face à une menace réelle, l’OTAN devint ouvertement un instrument au service de l’expansion de l’hyperpuissance américaine dans l’ancienne zone d’influence soviétique.

    En 1990, à la faveur de la réunification allemande, l’ancienne RDA rejoignit l’OTAN. Le secrétaire d’État américain James Baker aurait alors promis à Gorbatchev que l’Alliance ne déploierait pas de troupes à l’est de l’Allemagne. S’il existe une controverse historique et des divergences d’interprétation sur ce point, c’est bien ainsi que l’avaient compris les élites russes dont Vladimir Poutine, qui l’a rappelé dans un discours prononcé à Munich le 10 mars 2007 [ voir Russie : vers une nouvelle guerre froide ? sous la direction de Jean-Robert Raviot p.22-23 ].

    Dès lors, l’élargissement de l’OTAN fut perçu par la Russie comme une politique agressive destinée à étendre la domination stratégique américaine dans l’ancien bloc de l’est et jusqu’à ses frontières, afin de contrecarrer la puissance russe et d’empêcher sa résurgence.

    Carte des 28 États-membres de l’OTAN « élargie » – avant l’adhésion du Monténégro le 5 juin 2017 comme 29e membre.

    L’élargissement commença en 1999, quand la Pologne, la République tchèque et la Hongrie rejoignirent l’OTAN. La même année, l’Alliance lança sa première intervention militaire en Serbie, menant des bombardements sans mandat de l’ONU. Ce conflit illustre l’évolution de l’OTAN, qui intervient sans qu’aucune agression n’ait été commise contre l’un de ses États-membres, de surcroît en violation patente du droit international. Loin d’une Alliance défensive, l’OTAN montre un visage agressif dans les Balkans, zone d’influence traditionnelle de Moscou. L’offensive cause d’ailleurs près de 500 morts au Monténégro, à l’époque rattaché à la Serbie, qui vient aujourd’hui de rejoindre l’Alliance atlantique.

    En 2004, l’OTAN signe des « partenariats pour la paix » avec tous les anciens pays de l’URSS, afin de mettre en place un cadre de coopération pour une intégration politico-stratégique et militaro-industrielle de ces États. Dans l’année, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie, l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie rejoignent l’OTAN, désormais limitrophe directe de la Russie, via les États baltes.

    En 2009, l’OTAN renforce son ancrage dans les Balkans avec l’adhésion de la Croatie et de l’Albanie. Des discussions d’adhésions sont aujourd’hui très avancées avec la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine (dont le principal obstacle à l’adhésion est la « guerre du nom » qui l’oppose à la Grèce), qui fournit déjà de nombreuses troupes pour les opérations de l’OTAN, notamment en Afghanistan.

    Enfin, le Monténégro a officialisé son adhésion le 5 juin 2017, après avoir reçu l’aval de Washington et ratifié le traité d’adhésion le 28 avril dernier (l’opposition a boycotté le vote). Les sondages ont montré que la population monténégrine était très divisée sur cette question, mais l’option d’un référendum a été écartée.

    À l’élargissement de l’OTAN s’ajoute le déploiement d’un « bouclier » anti-missile à l’est de l’Europe, poussé par les Américains en dépit des protestations russes.

    Sous le prétexte officiel – qui ne trompe personne – d’être dirigé contre les États « proliférant » (suspectés de vouloir se doter de l’arme nucléaire), dont l’Iran situé à des milliers de kilomètres, ce « bouclier » vient concrètement limiter les capacités russes de dissuasion nucléaire. Cette manœuvre rompt ainsi l’équilibre stratégique en vigueur depuis les années 1950 et institutionnalisé par les traités SALT depuis les années 1970. Le premier site de défense anti-missile de l’OTAN a été inauguré en mai 2016 en Roumanie.

    Ce contexte permet d’éclairer la crise ukrainienne, qui ne peut se comprendre sans intégrer la problématique fondamentale de l’élargissement de l’OTAN et les craintes obsidionales de Moscou.

    L’annexion rapide de la Crimée par la Russie, suite au changement de gouvernement à Kiev, a été motivée par la crainte de Moscou de voir cette péninsule stratégique, abritant la flotte russe de la Mer noire, tomber dans les mains de l’OTAN. Le Kremlin n’a pas été dupe du rôle de Washington dans la crise, révélé au grand jour par les écoutes entre Geoffrey Pyatt, ambassadeur des États-Unis à Kiev, et la sous-secrétaire d’État Victoria Nuland, qui s’afficha aux côtés des manifestants du « Maïdan ».

    La Russie n’a pas oublié non plus les velléités d’adhésion à l’OTAN de l’Ukraine, qui n’ont été que « différées » au sommet de l’Alliance de Bucarest en 2008. Depuis le déclenchement de la crise en 2014, l’OTAN n’a cessé de renforcé sa coopération avec l’Ukraine. Le président Porochenko a été invité au sommet de l’OTAN de Varsovie en juillet 2016, au cours duquel a été décidé le déploiement de troupes supplémentaires en Europe de l’est.

    La déclaration finale de ce sommet désigne clairement la Russie comme l’ennemi principal : « Les actions agressives de la Russie, y compris ses activités militaires provocatrices à la périphérie du territoire de l’OTAN (sic) et sa volonté avérée d’atteindre des objectifs politiques par la menace ou l’emploi de la force, constituent une source d’instabilité régionale, représentent un défi fondamental pour l’Alliance ».

    Deux mois plus tard, Porochenko déclarait qu’adhérer à l’OTAN restait pour l’Ukraine un « objectif stratégique ». Tant que cette perspective d’adhésion continuera d’être soutenue – ou seulement repoussée pour quelques années -, un règlement durable de la crise ukrainienne sera difficile à envisager.

    Le président Donald Trump et le secrétaire général de l’OTAN – le Norvégien Jens Stoltenberg – au sommet de l’Alliance atlantique le 25 mai 2017 à Bruxelles. Le président américain a abandonné ce qu’il avait dit de l’OTAN pendant sa campagne électorale et s’est aligné sur la politique de « l’État profond » de Washington en soutenant l’OTAN et en dénonçant les « menaces » de la Russie.

    Or, pour de nombreux stratèges américains, l’Ukraine est une pièce maîtresse pour contenir la puissance russe car « sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire », comme l’écrivait dès 1997 Zbigniew Brzezinski dans Le Grand échiquier, l’Amérique et le reste du monde.

    Au récent sommet de l’OTAN à Bruxelles le 25 mai 2017, le président Donald Trump a finalement suivi cette ligne, contraire à celle qu’il avait semblé adopter lors de sa campagne électorale, en particulier lorsqu’il a déclaré que l’OTAN devait se concentrer sur le terrorisme, l’immigration, et les « menaces de la Russie ».

    Ainsi, l’extension continue de l’OTAN constitue bien l’irritant majeur de la relation américano-russe et la principale menace stratégique, vu de Moscou. Le discours de Vladimir Poutine du 24 octobre 2014 au club de Valdaï en est une claire illustration, à propos notamment de l’Ukraine.

    La France, qui a décidé de réintégrer les instances de l’OTAN au moment où celle-ci évoluait vers un outil au service de l’expansionnisme américain, se retrouve étroitement associée à ces politiques agressives qui déstabilisent l’Europe et aggravent les risques de confrontation avec Moscou.

    II – LA FRANCE PRISE DANS L’ENGRENAGE EURO-ATLANTISTE

    La France de la IVe République avait adhéré à l’OTAN dès sa création en avril 1949. Mais le général de Gaulle lui avait fait quitter son commandement militaire intégré dix-sept ans après, en mars 1966. Conforté politiquement par son élection au suffrage universel trois mois plus tôt (décembre 1965), de Gaulle avait décidé de recouvrer la souveraineté militaire française pleine et entière, en retirant ses forces à la disposition de l’Alliance et en ordonnant le départ des structures militaires de l’OTAN du territoire français. Ce départ et la fermeture des bases américaines en France eurent lieu un an plus tard.

    De Gaulle ne cachait pas son hostilité à l’OTAN, dont il avait demandé en 1958 une réforme instaurant une direction tripartite (États-Unis, Royaume-Uni et France), ce que les Américains avaient refusé.

    En sortant du commandement intégré, il souhaitait réaffirmer la souveraineté de la France et accompagner la « détente » qui marquait l’apaisement de la Guerre froide après la crise de Cuba de 1962. De Gaulle pouvait s’appuyer sur l’autonomie stratégique de la France, qui développait sa propre bombe atomique depuis la fin des années 50, ainsi que des vecteurs de lancement. De Gaulle avait refusé de se rallier aux « accords de Nassau » par lesquels le Royaume-Uni avait accepté d’utiliser sa force nucléaire en accord avec les États-Unis – en clair : de se placer en état de subordination par rapport à Washington -, et cela en échange de la fourniture de missiles Polaris américains.

    Pour autant, le bloc socialiste demeurait une réalité dominant la moitié de l’Europe, ce qui justifiait aux yeux du Général le maintien de la France dans l’OTAN. De Gaulle avait ainsi décidé de rester dans l’alliance atlantique afin de coordonner une éventuelle action militaire d’envergure avec nos alliés occidentaux ; mais il était sorti du commandement militaire, afin que la France décide par elle-même de l’emploi de ses armées, sans laisser ce pouvoir à un commandement américain.

    Toutefois, comme il l’expliqua à Peyrefitte, Charles de Gaulle estimait que le maintien de la France dans l’OTAN n’était que provisoire. Dès le milieu des années 60, de Gaulle anticipait que le bloc communiste finirait par s’effondrer – ce qui témoignait d’une prescience bien rare à cette époque-. Mais il pensait que cet effondrement entraînerait quasi-naturellement la dissolution de l’Alliance atlantique par volonté des pays d’Europe de secouer alors le joug américain – ce qui témoigne que le fondateur de la France Libre mésestimait à la fois le cynisme de la politique américaine et le degré de vassalisation des dirigeants européens vis-à-vis de Washington.

    De Gaulle a donc posé les bases d’une politique d’indépendance, condition essentielle pour assurer la grandeur de la France. Dans le cadre de la Guerre froide, la France était, certes, membre du camp occidental. Mais elle voulait conserver une autonomie de dissuasion et rester maîtresse de l’engagement de ses troupes, afin de ne pas se laisser entraîner dans des conflits au service d’intérêts américains.

    C’est cette politique d’indépendance nationale et de grandeur que la France a reniée, en réintégrant progressivement les structures de l’OTAN, alors même que l’Union soviétique a disparu. Ce réalignement sur Washington s’est effectué au nom de la nécessité de construire « l’Europe de la défense ».

    Dès l’origine, la « défense européenne » était subordonnée à l’OTAN : la Communauté européenne de défense (CED), que l’alliance des gaullistes et des communistes avait fait échouer au Parlement français en 1954, devait être placée sous la supervision du commandant en chef de l’OTAN – qui est systématiquement un général américain.

    Toujours dans cette logique, la « relance » de l’Europe de la défense avec le traité de Maastricht se fit en étroite coordination et sous le contrôle de l’OTAN. Dans La France et l’OTAN, une histoire, Maurice Vaïsse écrit :

    « en janvier 1993, les relations entre l’Eurocorps et l’OTAN sont précisées : en cas de crise, l’Eurocorps – y compris les unités françaises – peut être placé sous le commandement opérationnel de l’OTAN, alors que jusqu’alors Paris n’avait accepté que le principe d’un « contrôle opérationnel » ; le 11 janvier 1994, le sommet de l’OTAN à Bruxelles approuve la mise à disposition de l’UEO [Union de l’Europe occidentale, organisation de défense et de sûreté] de moyens de l’OTAN, quand les États-Unis ne seront pas activement impliqués et pour des missions ne découlant pas de l’article 5 du Traité. Et la France se rallie finalement au concept de Groupes de forces interarmées multinationales (GFIM), et accepte les nouvelles missions de l’OTAN au service du maintien de la paix ».

    Il conclut : « Une défense européenne ne pourra pas voir le jour en dehors de l’OTAN ». Entraînée par la machine européenne, dont la grande majorité des membres sont alignés sur les États-Unis, la France amorce son rapprochement avec l’OTAN.

    Constatant que les partenaires européens refusaient une Europe de la défense indépendante de l’organisation atlantique, Jacques Chirac décida, en 1995, de faire participer la France au comité militaire et au conseil des ministres de la Défense de l’OTAN.

    Pour faire passer la pilule aux cadres du mouvement gaulliste restés fidèles aux enseignements de l’Homme du 18 juin, l’entourage de Jacques Chirac développa l’argument habituel de tous ceux qui justifient leur trahison. Cet argument consiste invariablement à affirmer qu’il serait « plus efficace » « d’influer de l’intérieur » plutôt que de s’opposer à une structure de l’extérieur. En l’espèce, certains chiraquiens tentèrent de justifier cette trahison du gaullisme en arguant qu’il fallait réintégrer les structures de l’OTAN pour faire évoluer l’alliance de l’intérieur, afin de la rendre ainsi plus favorable aux intérêts européens et français.

    Comme toutes les prétendues tentatives « d’influer de l’intérieur » qui ne reposent pas sur un rapport de forces crédible, celle-ci se solda bien entendu par un échec cinglant. La demande de Jacques Chirac de restructurer le commandement de l’OTAN fut sèchement refusée par Washington. Le président de la République française de l’époque souhaitait aussi que les « Européens » puissent en prendre la tête à tour de rôle, ce qui rappelle la réforme demandée par de Gaulle en 1958. Cela fut également refusé.

    Contrairement au Général, qui prit les mesures qui s’imposaient, Chirac ne revint pas sur le rapprochement avec l’OTAN. S’il s’opposa par la suite à l’implication de l’OTAN en Irak en 2003-2004, il engagea néanmoins les troupes françaises aux côtés de l’Alliance, au Kosovo ou en Afghanistan.

    En 2007, Nicolas Sarkozy franchit une étape supplémentaire en annonçant la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, actée en 2009.

    Désormais, la France a pleinement réintégré les structures de l’Alliance, ce qui témoigne de son alignement de plus en plus total sur les visées stratégiques américaines, qui ont pourtant montré leur dangerosité au tournant du XXIe siècle. Cet alignement s’inscrit en parfaite conformité avec la construction européenne, qui intègre les pays d’Europe de l’est ayant rejoint l’OTAN. Javier Solana, ancien secrétaire général de l’OTAN et premier haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune, personnifie cette concordance stratégique au service des intérêts américains.

    Le « Livre blanc sur la défense nationale » de 2013 illustre le carcan mental dans lequel se sont désormais enfermés les dirigeants et les stratèges français. Car il précise avec un empressement servile que « notre stratégie de défense et de sécurité nationale ne se conçoit pas en dehors du cadre de l’Alliance Atlantique et de notre engagement dans l’Union européenne ».

    La France ne s’autorise donc même plus à penser hors du cadre de l’OTAN, dont nous a pourtant décrit plus haut la politique d’élargissement agressif porteur de conflit avec la Russie.

    Ainsi se referme le piège mental dans lequel se sont jetés les responsables français : pour avoir cru qu’une « Europe de la défense » serait un levier de puissance, pour avoir songé que rejoindre les structures de l’OTAN permettrait de « les faire évoluer de l’intérieur », la France se retrouve prise dans un engrenage euro-atlantiste dont elle ne maîtrise pas la course et qui risque de l’entraîner vers un conflit majeur.

    Au cœur de cette logique folle se trouve « l’esprit d’abandon » dont parlait de Gaulle, pour caractériser l’attitude des politiciens à la fin des années 1930. Des dirigeants qui ne croient plus en la capacité de la France d’assurer son indépendance finissent par la livrer, par abandons successifs, au contrôle des puissances hégémoniques.

    Conclusion : Allons-nous laisser « disparaître la France, emportée par des chimères » ?

    L’élargissement de l’OTAN au Monténégro et la montée des tensions entre Moscou et Washington doivent être pris très au sérieux et imposent de repenser notre appartenance à l’OTAN. Il ne faut pas oublier que c’est dans cette région toujours instable des Balkans qu’a éclaté la Première Guerre mondiale. Même si les raisons profondes de celle-ci furent multiples, il n’en reste pas moins que c’est l’assassinat de l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand à Sarajevo qui en fut le détonateur. Cet attentat avait alors entraîné le monde, par le jeu des alliances militaires « à vocation défensive », dans l’un des pires conflits de l’histoire.

    Ambassadeur de France et représentant permanent auprès de l’OTAN de 1987 à 1993, Gabriel Robin faisait un constat sans appel (cité par Régis Debray dans le Monde diplomatique) :

    « L’OTAN pollue le paysage international dans toutes les dimensions. Elle complique la construction de l’Europe. Elle complique les rapports avec l’OSCE. Elle complique les rapports avec la Russie, ce qui n’est pas négligeable. Elle complique même le fonctionnement du système international parce que, incapable de signer une convention renonçant au droit d’utiliser la force, l’OTAN ne se conforme pas au droit international. Le non-recours à la force est impossible pour l’OTAN car elle est précisément faite pour recourir à la force quand bon lui semble. Elle ne s’en est d’ailleurs pas privée, sans consulter le Conseil de sécurité des Nations unies. Par conséquent, je ne vois pas très bien ce qu’un pays comme la France peut espérer de l’OTAN, une organisation inutile et nuisible, sinon qu’elle disparaisse ».

    Pour sortir du carcan intellectuel dans lesquels les dirigeants français se sont eux-mêmes enfermés, il faut renouer avec l’idée d’une France indépendante, universelle et ouverte sur le monde, qui assure la défense de ses intérêts, de son autonomie stratégique et le respect du droit international.

    Mais cela ne peut pas se faire dans le cadre de l’Union européenne. Car c’est bien le leitmotiv irréfléchi de « faire l’Europe », notamment sur le plan de la défense, qui a mené à notre alignement sur les intérêts euro-atlantistes.

    Ce choix funeste a bien sûr été réitéré par Emmanuel Macron dès son premier discours en tant que président de la République, où il déclarait « Nous avons un rôle immense : corriger les excès du cours du monde, et veiller à la défense de la liberté. C’est là notre vocation. Pour ce faire, nous aurons besoin d’une Europe plus efficace, plus démocratique, plus politique, car elle est l’instrument de notre puissance et de notre souveraineté ».

    Emmanuel Macron a décidé de renommer le Quai d’Orsay en « ministère de l’Europe et des Affaires étrangères », en traduisant ainsi ses priorités par le fait que l’Europe passe avant les Affaires étrangères.

    Il s’est ensuite empressé de nommer Sylvie Goulard – une fédéraliste européenne forcenée – à la tête du ministère de la défense, renommé de façon très inquiétante « ministère des armées ». Laquelle s’est aussitôt empressée d’affirmer que « si nous voulons faire l’Europe de la défense, il va y avoir des restructurations à opérer, faire des choix de compatibilité et, à terme, des choix qui pourraient passer dans un premier temps pour aboutir à privilégier des consortiums dans lesquels les Français ne sont pas toujours leaders » [16]. En bref, la nouvelle « ministre des armées » ne veut plus que la France privilégie les productions d’armement françaises mais que nous remettions notre destin dans les mains de fournisseurs d’armes étrangères…

    En bref, la relance de « l’Europe de la défense », qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux, ne peut que conduire à une soumission renforcée aux intérêts stratégiques américains.

    Le général de Gaulle avait parfaitement saisi cet état d’esprit et ses conséquences tragiques. Dans sa conférence de presse du 28 octobre 1966, il déclarait :

    « Il est vrai que parmi nos contemporains, il y a beaucoup d’esprits, et souvent non des moindres, qui ont envisagé que la France renonçât à son indépendance, sous le couvert de tel ou tel ensemble international. Ayant ainsi remis à des organismes étrangers la responsabilité de notre destin, nos gouvernants n’auraient plus, selon l’expression consacrée par cette école de pensée, qu’à y plaider le dossier de la France. […] Mais si nous avions écouté leurs apôtres excessifs, ces organismes où prédominent, tout le monde le sait, la protection politique, la force militaire, la puissance économique, l’aide multiforme des États-Unis, ces organismes n’auraient été pour nous qu’une couverture pour notre soumission à l’hégémonie américaine. Ainsi, la France disparaîtrait, emportée par les chimères ».

    Mais il ajoutait qu’« au contraire, pour ma part, je n’ai jamais cessé d’inciter notre pays à assumer son indépendance ; et c’est cela qui fait l’unité d’une politique depuis l’origine, d’une politique qui est devenue, par la volonté du peuple, celle de la République ».

    Assumer son indépendance, afin de porter au monde la voix de la France, impose non seulement de sortir de l’OTAN, mais également de l’Union européenne, qui a poussé la France à réintégrer pleinement l’alliance atlantique. Seule l’UPR propose cette voie vers la souveraineté, sans laquelle il ne peut y avoir de grande diplomatie ni même de réelle démocratie.

    Antoine CARTHAGO

    16 juin 2017

    Antoine CARTHAGO, est un pseudonyme sous lequel écrit un expert de géopolitique, notamment du Moyen-Orient, adhérent fidèle de l’UPR, qui souhaite garder l’anonymat pour des raisons professionnelles



  • Oliver Stone : entretien avec Poutine, c’est ce soir sur la 3

    Le réalisateur du film de guerre "Entre ciel et terre", nous livre une autre version de Poutine
    L’autre propagande d’un vrai chef d’état !

    Ce que dit Poutine me paraît extrêmement cohérent. Nous sommes loin des discours de haine de nos pseudo chefs d’État propagandistes et va-en-guerre.

    Bien que Poutine Raconte des idioties sur Sharon...

    Oliver Stone a réalisé le même type de documentaire avec Arafat et Fidel Castro.

    http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/documentaire-vladimir-poutine-seduit-oliver-stone-sur-france-3-26-06-2017

    Oliver Stone a rencontré le président russe à plusieurs reprises entre juillet 2015 et février 2017 pour réaliser le documentaire « Conversations avec Mr. Poutine ».

    SHOWTIME/KOMANDIR
    Documentaire : Vladimir Poutine séduit Oliver Stone sur France 3

    Le cinéaste américain propose une série de longs entretiens passionnants avec le président russe. Une rencontre étonnante.
    Culture & Loisirs > TV
    Benoît Daragon
    26 juin 2017, 6h00 | MAJ : 26 juin 2017, 13h56
    Quelle est la vision du monde de Vladimir Poutine ? Oliver Stone a posé la question à l’intéressé. Le réalisateur de « JFK », « Wall Street » et « Platoon » a rencontré à de nombreuses reprises le président russe entre juillet 2015 et février 2017. Le réalisateur aux quatre Oscars a obtenu vingt heures d’entretiens, résumés dans « Conversations avec monsieur Poutine ».

    Cette série documentaire en quatre parties, produite pour la chaîne américaine Showtime, est diffusée sur France 3 à partir de ce lundi soir (suivie, à 22 h 55, d’un débat entre le cinéaste américain et l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine. Les deux derniers numéros seront diffusés mercredi et jeudi, à 23 h 30, et disponibles en replay toute la semaine).

    L’homme de fer de la Russie
    Ukraine, Syrie, Tchétchénie, Iran, Europe et guerre froide : le président à la tête de son pays depuis 1999 expose la vision russe des relations internationales. Et c’est passionnant, comme lorsqu’il explique se sentir isolé, entouré d’est en ouest par des puissances occidentales. « Nous n’avons absolument pas piraté l’élection américaine », affirme également Poutine dans le dernier épisode. Il juge « complètement idiots » ceux qui, comme Hillary Clinton, accusent les autorités russes d’avoir contribué à divulguer des courriels du Parti démocrate et de son équipe de campagne. L’homme de fer de la Russie botte en touche, expliquant que l’élection de Donald Trump ne changera « presque rien » à la marche du monde. Il considère que l’administration américaine a beaucoup plus de pouvoir que le président lui-même.

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    Oliver Stone : « Mon pays surveille tout le monde »

    Documentaire surprenant
    Oliver Stone s’est lancé dans ce documentaire pour éclairer le public américain « qui a une vision médiévale » de son ennemi farouche depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. « Pour beaucoup de gens aux Etats-Unis, la perception de cet homme ne sera plus la même », nous a confié vendredi le réalisateur, de passage à Paris. Mais pour les Français, par nature aussi méfiants à l’égard des Russes que des Américains ? On s’étonne de voir ce réalisateur démocrate, qui a tant fustigé dans ses films les scandales des institutions américaines, boire les paroles de Poutine, sans émettre de nuances.

    Mais Oliver Stone, qui avait appelé à voter Mélenchon durant la présidentielle française, ne prétend pas à un travail journalistique. « Le pouvoir ne m’impressionne pas mais je devais parler à Poutine avec respect. Mon but n’était pas de le changer mais de montrer ce qu’il pense, et ses divergences avec la vision occidentale », précise le cinéaste. Ainsi le Russe nie toute atteinte aux droits des homosexuels, mais reconnaît défendre « une vision traditionnelle de la famille », en enchaînant quelques blagues machistes. De l’humour russe sans doute, qui ne passerait ni en France ni aux Etats-Unis.

    Le cinéaste avait aussi rencontré Castro
    Oliver Stone n’est pas seulement un cinéaste des mythes, failles et fractures de l’Amérique, de la folie de l’argent dans « Wall Street », à la pop et aux excès des Doors, ou le complexe militaro-industriel dans « JFK ». Avant cette série sur Vladimir Poutine, le réalisateur a déjà réalisé d’autres documentaires, notamment l’un sur la Palestine et Yasser Arafat (« Persona non grata ») et un autre, très discuté, sur Fidel Castro (« Comandante »).

    Pour ce dernier, le cinéaste américain avait procédé de la même manière qu’avec le président russe : une synthèse de trente heures d’interviews entre Stone et le « Lider Maximo » cubain, diffusée en mai 2003 sur les écrans américains.

    Le Parisien


  • Encore une fois, la presse étrangère à la pointe de l’analyse... NRobin
    AUSLAND SYRIA
    Trump‘s Red Line
    Von Seymour M. Hersh | Stand: 25.06.2017 | Lesedauer: 24 Minuten
    Retaliation: Tomahawk missiles from the “USS Porter” on the way to the Shayrat Air Base on April 6, 2017 Retaliation: Tomahawk missiles from the “USS Porter” on the way to the Shayrat Air Base on April 6, 2017
    Retaliation: Tomahawk missiles from the “USS Porter” on the way to the Shayrat Air Base on April 6, 2017
    Quelle: picture alliance / Robert S. Pri/dpa Picture-Alliance / Robert S.
    President Donald Trump ignored important intelligence reports when he decided to attack Syria after he saw pictures of dying children. Seymour M. Hersh investigated the case of the alleged Sarin gas attack.
    2 Kommentare

    On April 6, United States President Donald Trump authorized an early morning Tomahawk missile strike on Shayrat Air Base in central Syria in retaliation for what he said was a deadly nerve agent attack carried out by the Syrian government two days earlier in the rebel-held town of Khan Sheikhoun. Trump issued the order despite having been warned by the U.S. intelligence community that it had found no evidence that the Syrians had used a chemical weapon.

    The available intelligence made clear that the Syrians had targeted a jihadist meeting site on April 4 using a Russian-supplied guided bomb equipped with conventional explosives. Details of the attack, including information on its so-called high-value targets, had been provided by the Russians days in advance to American and allied military officials in Doha, whose mission is to coordinate all U.S., allied, Syrian and Russian Air Force operations in the region.

    La suite sur ce lien.
    https://www.welt.de/politik/ausland/article165905578/Trump-s-Red-Line.html?
    wtmc=socialmedia.twitter.shared.web
    https://cdnm.almayadeen.net/store/archive/image/2017/6/26/7530fc4d-78ca-4102-87e8-79825efd9461/0.jpg?v=3&width=600


  • L’essentiel de la Géopolitique chaotique au Proche et au Moyen Orient. NRobin

    http://lesakerfrancophone.fr/le-dangereux-plan-de-washington-au-moyen-orient

    Le dangereux plan de Washington au Moyen-Orient

    Une interview de William Engdahl – Le 17 juin 2017 –Source New Eastern Outlook
    https://d.wpimg.pl/205536321-714379407/trump.jpg

    Il est clair à présent que la récente visite du président américain Trump en Arabie saoudite et en Israël cherchait à faire bouger les choses, afin de modifier fondamentalement l’équilibre actuel des pouvoirs dans tout le Moyen-Orient, à l’avantage de la géopolitique énergétique américaine. Comme dans la plupart des choses que Washington tente de faire pour consolider sa domination mondiale en déclin rapide, cette dernière initiative pour inciter le Royaume saoudien à déclencher un changement de régime au Qatar et à escalader une forme de guerre pétrolière déguisée en conflit de pouvoir sunnite-chiite semble déjà mal partie.

    Je partage avec vous une interview récente que j’ai donnée à un journal de langue arabe.

    Question : – Que pouvez-vous dire, au sujet du conflit entre les états du Golfe et le Qatar, qui a débuté après le sommet arabo-islamo-américain à Riyadh ?

    William Engdahl : – À mon avis, c’est une profonde lutte de pouvoir entre le Qatar et l’Arabie saoudite qui a peu à voir avec les raisons déclarées concernant les Frères musulmans et l’Iran. L’action visant à isoler le Qatar a été clairement instiguée lors de la récente visite du président américain Trump à Riyad, où il a proposé l’idée malheureuse d’une « OTAN arabe » dirigée par l’Arabie saoudite, pour s’opposer à l’influence iranienne dans la région.

    L’initiative saoudienne, visiblement lancée par le prince Bin Salman, le ministre de la Défense, ne vise pas à lutter contre le terrorisme. S’il s’agissait de terrorisme, Bin Salman devait s’arrêter lui-même et la plupart de son cabinet, comme l’un des plus grands financiers du terrorisme au monde et fermer toutes les écoles coraniques financées par l’Arabie saoudite dans le monde entier, du Pakistan à la Bosnie-Herzégovine et au Kosovo. Un autre facteur, selon des sources bien informées en Hollande, est que Washington voulait punir le Qatar pour avoir accepté de vendre son gaz naturel à la Chine non pas en dollars américains, mais en renminbis. Cela a apparemment alarmé Washington, car le Qatar est le plus grand exportateur mondial de gaz liquéfié, dont la plus grande partie part vers l’Asie.

    De plus, le Qatar agissait de plus en plus indépendamment de l’Arabie saoudite et menaçait la domination saoudienne sur les États du Golfe. Le Koweït, Oman, ainsi que la Turquie se rapprochent du Qatar, et même le Pakistan y réfléchit à deux fois avant d’adhérer à une « OTAN arabe » dirigée par l’Arabie saoudite. Bin Salman s’avère être un désastre en tant que stratège militaire, comme l’a démontré la débâcle du Yémen.

    En ce qui concerne l’avenir, il semble que le Qatar ne soit pas sur le point de changer d’avis et de se soumettre aux actions saoudiennes. Déjà, le cheikh Tamim bin Hamad al-Thani évolue pour établir des liens plus étroits avec l’Iran, avec la Turquie, ce qui pourrait inclure un soutien militaire turc, et plus récemment avec la Russie. Le Koweït et Oman essaient en urgence de faire changer d’avis les Saoudiens, mais il est peu probable qu’ils y arrivent, car derrière l’Arabie saoudite se tiennent les États-Unis et leur promesse de vente de dizaines de milliards de dollars d’armes américaines. Ce mouvement insensé par les États-Unis d’utiliser leur proxy, dans ce cas Riyad, pour discipliner ceux qui ne se « comportent » pas selon les vœux de Washington, pourrait bien être le tournant, le point de l’effondrement, de l’influence restante des États-Unis dans tout le Moyen-Orient, au cours des prochaines années.

    – Le terrorisme menace le monde. Quelle est votre opinion, selon ce que vous avez écrit dans votre livre A Century of War : Anglo-American Oil Politics et d’autres écrits sur Daesh (EI), sur l’histoire réelle des récents « conflits de civilisation »entre l’Orient et l’Occident et entre l’Occident et l’Islam ?

    – Nous devons garder à l’esprit que toutes les organisations terroristes sérieuses sont parrainées par un État. Toutes. Que ce soit Daesh, al-Nusra, les Moudjahidines en Afghanistan ou le groupe Maute aux Philippines. La question pertinente est de savoir quels sont ces États qui parrainent les terroristes. Aujourd’hui, l’OTAN est la plus grande complice de parrainage du terrorisme, en l’utilisant comme une arme pour réaliser ses objectifs géopolitiques. Et au sein de l’OTAN, les États-Unis sont le sponsor numéro un, en utilisant souvent de l’argent saoudien et jusqu’à récemment, ironiquement, des fonds Qatari.

    Mon nouveau livre, The Lost Hegemon : Whom the Gods Would Destroy [L’hégémonie perdue : Qui les dieux pourraient détruire], donne une vision beaucoup plus détaillée de l’utilisation faite, à la fois par les renseignements britanniques, par le Troisième Reich sous Himmler et, depuis les années 1950, par la CIA, des Frères musulmans et leurs futurs « rejetons », y compris les Moudjahidines afghans d’Oussama ben Laden, qui ont fait partie de l’Opération Cyclone, menée par la CIA pour vaincre les Soviétiques en Afghanistan au cours des années 1980.

    Les Moudjahidines de la CIA, formés par l’ISI pakistanais et recrutés pour la CIA par Oussama ben Laden sous la supervision du Prince Turki al-Faisal, le célèbre chef des renseignements saoudiens, ont ensuite été amenés par des avions de la CIA, après que les Soviétiques avaient quitté l’Afghanistan en 1989, dans les anciennes républiques d’Union soviétique pour y semer le trouble. Dont l’Azerbaïdjan, où la CIA les a utilisé pour renverser le gouvernement en faveur du dictateur Aliyev, qui était plus enclin à donner les droits d’exploitation du pétrole à BP et à des entreprises américaines, et à abandonner l’utilisation de l’oléoduc, datant de l’ère soviétique, qui traverse la Tchétchénie russe.

    Ensuite, la CIA a emmené les terroristes Moudjahidines vétérans afghans qu’elle avait formés – y compris Oussama ben Laden – en Tchétchénie, pour déstabiliser l’oléoduc russe partant de Bakou et traversant la Russie. Cela, pour ouvrir la voie à l’oléoduc anglo-américain Baku-Tbilisi-Ceyhan. Pour contrôler le pétrole.

    Dans mon livre, The Lost Hegemon, je signale l’évolution de ces terroristes mercenaires de la CIA qui se cachent derrière une façade de « dévots fondamentalistes musulmans ». La CIA et le Pentagone les ont emmenés en Irak après 2003, où les opérations militaires américaines du général David Petraeus ont effectivement créé al-Qaïda en Irak. Ensuite, les États-Unis ont lancé le printemps arabe en 2011, pour forcer un changement de régime dans tout le monde musulman, dans le but de contrôler militairement toutes les ressources pétrolières et gazières, un long rêve de la CIA et de ce que certains appellent « l’État profond » états-unien.

    Puisque le printemps arabe de Washington n’est pas parvenu à faire tomber Kadhafi par des manifestations pacifiques comme en Tunisie ou en Égypte, Washington a opté pour une solution militaire, en utilisant la France et les bombes de l’OTAN comme acteur principal. Cependant, quand ils ont essayé la même chose en Syrie contre Bachar al-Assad, qui s’opposait à l’ordre du jour de Washington, ils ne pouvaient plus le faire, principalement à cause des vétos chinois et russe au Conseil de sécurité de l’ONU. Après septembre 2015, lorsque la Russie a répondu à l’appel d’Assad pour l’aider à vaincre les terroristes étrangers et que la Russie a brillamment et rapidement répondu, il a été montré à tout le monde que Washington avait menti en disant tenter de vaincre Daesh ou l’État dit islamique.

    La vraie histoire de la montée du soi-disant terrorisme islamique est la tentative de plus en plus désespérée, de l’État profond anglo-américain, de contrôler la montée en puissance de l’Eurasie, en particulier de la Chine, en combinaison maintenant avec la Russie, et de plus en plus avec les républiques d’Iran et celles d’Asie centrale, tout comme celles d’Asie du Sud. Si nous ne comprenons pas cela, les événements récents du Moyen-Orient n’ont plus de sens.

    Les stratèges de Washington croient encore que s’ils obtiennent le contrôle du bassin pétrolier et gazier moyen-oriental, ils peuvent, comme l’a déclaré Henry Kissinger dans les années 1970, « contrôler le pétrole et donc contrôler toutes les nations », en particulier la Chine et la Russie et aussi l’Allemagne et l’Europe. Leur stratégie a échoué mais Washington et le Pentagone refusent de voir les raisons de leurs échecs répétées. La réalité cachée du pouvoir mondial américain est que le « géant » américain est une superpuissance en faillite, tout comme la Grande-Bretagne après sa Grande Dépression de 1873, qui dura jusqu’en 1914. La Grande-Bretagne a déclenché une guerre mondiale en 1914, pour tenter désespérément de conserver son pouvoir mondial. Cela a échoué, pour les raisons que j’expose dans mon livre Century of War.

    Aujourd’hui, pour les mêmes raisons, en donnant au pouvoir des conglomérats financiers américains la priorité sur les intérêts de l’économie industrielle nationale, la dette américaine, qu’elle soit nationale, privée, ou celles des entreprises, est hors de contrôle. Reagan et Cheney se sont trompés. La dette est importante.

    Huit ans après la plus grande crise financière de l’histoire, à savoir la crise immobilière américaine de 2008, la Banque centrale états-unienne est incapable d’augmenter ses taux d’intérêt au delà des 1% sans risquer une nouvelle crise financière. Rien que cela donne une idée du degré de la crise du système dollar. Les économistes privés estiment que le véritable chômage américain aujourd’hui représente près de 23% de la main-d’œuvre, et non les 4 à 5% mythiques cités par le gouvernement américain.

    – Comment commenteriez-vous la position des États-Unis, concernant les conflits arabo-arabes et islamo-islamiques ?

    – Washington veut des conflits afin de diviser pour mieux régner. Comme l’a dit Dick Cheney dans un discours à Londres, en septembre 1999, au London Institute of Petroleum, lorsque Cheney était président de la plus grande société de services pétroliers au monde, Halliburton, les pays riches en pétrole du Moyen-Orient sont « là où le prix est finalement décidé ». La politique a été de briser le contrôle des monarchies nationales arabes et la menace de la richesse croissante des fonds souverains arabes fondés sur le pétrole, qui menaçaient de s’éloigner du dollar.

    Par exemple, en 2010, sous l’initiative du libyen Kadhafi, le tunisien Ben Ali, l’égyptien Moubarak et la Libye avaient l’intention d’émettre un Dinar d’or arabe et d’exiger le paiement de leurs exportations de pétrole en dinar d’or et non en dollars américains, tout cela formant l’embryon d’une banque pan-arabe. Cela aurait marqué la fin du dollar, le pilier clé de l’hégémonie américaine. Les courriels publiés de la secrétaire d’État, Hillary Clinton, à son conseiller privé sur la Libye, Sid Blumenthal, confirment ce point comme étant la raison de l’urgence de Washington pour destituer ces trois là – Ben Ali, Moubarak et Kadhafi – au cours des soi-disant « printemps arabes ».

    – À votre avis, quelle est le nouvel ordre mondial, après les récentes attaques d’EI contre Londres et l’Iran ?

    – Je n’appellerai pas cela un nouvel ordre mondial après les récentes attaques de Londres et de Téhéran. Nous sommes plutôt au milieu de la désintégration de l’ancien ordre mondial, un ordre dominé depuis deux cent ans, depuis la victoire britannique à Waterloo, d’abord par un empire britannique et, après 1945, par un empire anglo-américain fondé sur le soft power, le contrôle de l’OTAN, le contrôle du FMI et de la Banque mondiale et un pouvoir militaire suprême, ou presque.

    Cet ordre est aujourd’hui en faillite. La chute du pouvoir américain, à mon avis, a débuté en août 1971, lorsque le président Nixon a détruit les accords de Bretton Woods et a clos la période où la Réserve fédérale s’appuyait sur l’or. Depuis lors, le pouvoir monétaire de Wall Street a transformé, par un coup d’État silencieux, les États-Unis de ma jeunesse, dans les années 1950 et 1960, d’une république démocratique plus ou moins fonctionnelle, en une oligarchie où l’argent contrôle tout, des présidents, comme Obama ou Trump, jusqu’aux membres du Congrès qui font les lois. C’est un état de choses très dangereux pour les américains et pour le monde entier.

    Nous ne saurons peut être jamais qui était derrière les attaques de Londres ou de Téhéran, mais un fort soupçon pointe vers Washington, ou le Mossad ou leur proxy saoudien, dans le cas de Téhéran.

    Le recours au terrorisme pour faire avancer les intérêts nationaux, de n’importe quelle nation, n’est pas un signe de force fondamentale mais plutôt de faiblesse pathétique. Aujourd’hui, notre monde est au milieu d’un profond changement de paradigme, un changement géopolitique vraiment tectonique, d’éloignement d’un système où une nation dirige le monde entier, la version américaine de la mondialisation et du Nouvel ordre mondial comme l’appelait fièrement David Rockefeller. Ce système pourrait bien être mort avec lui et son conseiller de longue date Brzezinski.

    Maintenant, les nations d’Eurasie construisent un nouveau monde, avec des investissements énormes dans la croissance économique, dans les infrastructures, les liaisons ferroviaires à grande vitesse, des nouveaux ports en eau profonde, tous reliant les peuples de toute l’Eurasie, de Pékin à Moscou à Brême ou à Rotterdam, à Téhéran, peut-être à Istanbul et au-delà. Pendant plus de deux décennies, tout ce que les États-Unis ont offert au monde était une politique étrangère guerrière et destructrice contre toute menace à son pouvoir, à son hégémonie défaillante. Maintenant, le monde a la chance, pour la première fois depuis plusieurs siècles, de construire et de développer une civilisation de manière vraiment positive. Le monde futur dépendra du choix que nous ferrons aujourd’hui.

    William Engdahl

    Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker


  • Explications communistes sur la guerre au Yémen.
    Je comprends le dégoût de M Hamdan Al Damiri
    NRobin

    https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/la-guerre-saoudienne-contre-le-yemen-et-lalliance-des-opportun

    INITIATIVE COMMUNISTE
    Journal mensuel et site internet du Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF) ;

    La guerre saoudienne contre le Yémen et l’alliance des opportunistes
    Par Hamdan Al Damiri

    Depuis une semaine se déroule devant nos yeux, une guerre destructive menée par l’Arabie saoudite et ses alliés, une guerre contre un pays voisin qui est le Yémen, un pays pauvre et important sur le plan géopolitique, une guerre qui vise à détruire ses infrastructures et surtout son armée, la plupart de ces alliés sont loin de Yémen, quel est leur intérêt d’envoyer leurs avions de chasse bombardant le territoire d’un pays dont ils ne sont pas en guerre ? Qu’est qu’elle cherche réellement l’Arabie saoudite par sa guerre contre son voisin du sud ?

    Ces lignes tentent de répondre à ces deux questions principales, mais avant, je souhaite marquer mon dégout de rôle mensonger joué par la plupart des médias, une nouvelle fois, l’opinion publique est victime d’une manipulation médiatique mensongère, plusieurs points font partie de cette manipulation, il s’agit sans être complet :

    1) Les Houthis au Yémen sont-ils chiites et quelle est la vérité historique sur ce point ?

    Les Houthis sont partisans de Zaid Ibn Ali, considéré comme cinquième imam chez les musulmans chiites, ,c’est pourquoi depuis des siècles sont appelés les Zaydites , une partie des enseignements religieux dans lesquels s’inscrivent leurs convictions, se trouvent en partie chez les Sunnites, les Zaydites par exemple ne partagent pas avec les chiites majoritaire ( Duodécimaines) le grand principe de retour de douzième Imam disparu vers 873 (Al-Mahdi), leur approche sur les 3 premières Califes qui ont dirigés la communauté musulmane après la mort de prophète Mohammed est différente de celle des chiites musulmans majoritaire, ils ne croient plus au besoin de la présence d’une autorité religieuse chiite pour tous les chiites dans le monde, pour eux dans chaque pays, on peut choisir un Imam pour la communauté, d’autres points peuvent être également avancés pour conclure que les Zaydites, ne sont pas tout à fais des chiites même s’ils partagent avec eux la croyance de l’importance de place accordée à la famille d’Ali ( quatrième Calife et cousin de prophète ).

    Le nom Houthis (Zaydites) est très récent dans l’histoire du Yémen, c’est en 2001 que ce nom est utilisé par les médias, il s’agit de désigner les partisans de Hussein Badreddin AL-Hoithi, d’autre part les Zaydites ont gouverné le Yémen à partir de 898, c’est avec l’arrivée des militaires en 1962 et la création de la république arabe du Yémen, que le pouvoir de l’Imamat des Zaydites a connu sa fin.

    2) les Houthis sont-ils hostiles au régime saoudien et aux monarchies du Golfe parce qu’ils sont alliés de l’Iran ?

    Dans les années 60, l’Egypte de Nasser a envoyé ses troupes au Yémen pour donner un coup de main aux insurgés républicains qui voulaient abattre le régime de l’Imamat dirigé depuis des siècles par les Zaydites, il s’agit d’un système tribale féodal et rétrograde, ce sont les Zaydites (aujourd’hui les Houthis) qui ont combattu les troupes de Nasser avec l’aide militaire saoudienne, ils étaient le principale allié de la monarchie saoudienne contre le nationaliste arabe Nasser.

    Oui, pour la monarchie saoudienne, les amis et alliés d’hier sont les ennemies d’aujourd’hui, les Houthis quant à eux, ils n’ont pas changés depuis les années 60 leur croyances religieuses, les intérêts et alliances saoudiens ne sont plus les mêmes, c’est bien ça qui change dans les rapports entre les deux parties.

    Qu’est qu’ils cherchent les Houthis ? Deux choses, avoir un allié régional et avoir leur place dans un nouveau système politique yéménite, il faut reconnaitre que depuis les années 60, les Zaydites (Houthis) et leurs régions sont complètement ignorés et marginalisés par le pouvoir central à Sanaa.

    L’Iran est le seul pays qui leur apporte son soutien pour des raisons sans doute géopolitiques, l’Iran comme une puissance régionale importante et montante, cherche à s’assurer la présence d’acteurs régionaux à sa coté et pas contre lui, c’est une approche politique et pragmatique de sa part.

    3) Le président Mansour Hadi est le seul qui représente la légitimité au Yémen ?

    Revenant sur les événements de contestation contre le régime de Président Ali Saleh de 2011 à 2013, l’objectif de cette révolte très populaire dans laquelle les Houthis étaient très mobilisés, est de renverser le régime sur place depuis 1978, néanmoins l’Arabie saoudite sous la bannière de conseil de coopération du Golfe (CCG) est intervenue , elle a proposé une initiative qui remplace la tête du régime(Ali Saleh) par l’installation à la tête de l’Etat du vice-président (Mansour Hadi), la durée de son mandat était fixée pour 2 ans et pendant lesquelles, un dialogue inter-yéménite dirigé par lui doit préparer et mettre en place un autre régime politique dont les bases doivent être acceptées par les différents partis dont Ansarollah (Parti politique des Houthis), l’objectif saoudien en mettant en avant cette initiative politique est double, d’un côté éviter l’arrivée au Yémen suite à la révolte populaire d’un régime politique hostile à la politique régionale de la monarchie saoudienne, et de l’autre côté maintenir ce pays sur le plan géopolitique dans le jardin arrière de l’Arabie saoudite, un peu comme le cas de certains pays de l’Amérique latine dans leurs liens avec les U.S.A pendant longtemps.

    Depuis deux ans, les partis Yéménites sont en dialogue sur les bases de l’initiative saoudienne sans arriver à un accord ; sur place les saoudiens ont mené une politique renforçant leurs alliés comme le président Hadi, le parti de réforme (Section des frères musulmans au Yémen) et une partie de tribus yéménites, cette politique de soutien logistique (armes et financements) visait l’affaiblissement des Houthis et d’autres mouvements comme le parti de l’ex-président Ali Saleh, cette situation inacceptable pour les Houthis les a poussé vers la décision de prendre le pouvoir par les armes, ils sont arrivé à contrôler la capital Sanaa, cette prise de pouvoir partielle ne concernait pas l’ensemble de territoire Yéménite, la partie du sud de pays était resté en dehors de leur control, ils ont projeté de continuer leur avancement territoriale, depuis les combats n’ont pas cessé avec leurs opposants soutenus par l’Arabie saoudite, l’intervention saoudienne et leur alliés cherchent, à renverser la réalité sur le terrain qui est favorable militairement aux Houthis et à leur principal allié à savoir l’ex-président déchu Ali Saleh, celui-ci contrôle encore l’essentiel des unités de l’armée Yéménites, il s’agit de créer une nouvelle réalité qui ramène le Yémen sous le contrôle total de la monarchie saoudienne.

    Les alliés de l’Arabie saoudite dans la tempête décisive (nom donné à l’agression saoudienne) sont tous sans exception des alliés hypocrites opportunistes, leurs intérêts sont financiers ou géopolitiques, pour certains l’aide financière saoudienne explique leur adhésion, d’autres l’objectif d’une nouvelle alliance régionale large se trouve derrière leur présence à cette alliance, ces pays sont la Jordanie, l’Egypte, les Emirats arabes, le Qatar, le Bahreïn, la Turquie, le Pakistan, le Soudan, le Maroc et les différents mouvements de frères musulmans et derrière lesquels se trouvent évidement les Etats Unis qui ont affiché leur soutien logistique aux bombardements.

    La guerre au Yémen cache la confortation entre l’Arabie saoudite et l’Iran, ces deux pays où chacun se trouve dans une alliance régionale différente, tentent de renforcer leur influence au Yémen dont la place géographique contrôlant le détroit de Bab AL-Mandeb est très importante, un passage obligé vers le canal de Suez, par cette donnée géographique, le Yémen peut menacer le passage d’une partie importante du commerce mondial dont 40% de l’exportation pétrolière des pays de Golfe.

    L’offensive saoudienne a permis de mettre en place une alliance composée par des acteurs dont certains ont été en désaccord sur certains dossiers régionaux comme celui de la Syrie et de l’Irak, l’exemple de la présence de Soudan, de la Turquie et de Qatar qui représentent un grand soutien aux groupes islamistes , ces pays ne partageaient pas avec l’Arabie saoudite et l’Egypte la même approche vis avis des mouvements islamistes des frères musulmans, le soutien apporté à cette offensive par les mouvements des frères musulmans comme le Hamas en Palestine, Al-Nahda en Tunisie et surtout le parti de réforme au Yémen( frère musulman), montre la possibilité d’une autre recomposition régionale et internationale, elle est chère aux américaines, il s’agit de recomposer les forces en place dans cette région du monde dans une nouvelle alliance plus large, les américains cherchent une recomposition dans laquelle les mouvements des frères musulmans ont leur place, et pourquoi pas être de nouveau dans le pouvoir dans certains pays, les Etats unis ne sont pas hostiles à l’arrivée des mouvements islamistes dites modérés comme les frères musulmans au pouvoir, les américains ont déjà montré cette position lors de l’expérience tunisienne et égyptienne. L’échec de leur stratégie en Syrie visant le renversement de régime du président Assad, le régime syrien n’est pas battu malgré tous les soutiens apportés par des pays de la région et de puissances internationales comme les Etats unis aux groupes armés des insurgés, la défaite amorcée en Irak de l’Etat islamique(Daêch ), les amènent à revoir de nouveau leur plan, ils ont besoin d’une grande alliance comme celle qui entoure la politique saoudienne au Yémen ,de leur point de vue, elle est plus prometteuse pour faire face à l’autre axe regroupant l’Iran, la Syrie, l’Irak officiel, Hezbollah au Liban et certains organisations palestiniennes.

    La guerre au Yémen par la force de la géographie est une guerre géopolitique, son peuple a toujours su résister aux envahisseurs, c’est une réalité de son histoire, la force de pétrodollar des monarchies du golfe ne suffit pas à la modifier, l’hésitation saoudienne de lancer une agression terrestre, prouve les craintes saoudiennes de se retrouver dans une nouvelle braisière régionale, ces craintes sont renforcées par l’absence de candidats prêts à porter leur secours terrestre.h



  • Vingt ans après le début de l’effondrement des colonies, comment se portent les abeilles ?
    13 juin 2017 de Simon Klein et Mathieu Lihoreau
    Les abeilles sauvages et domestiques pollinisent un tiers des plantes que nous consommons.
    https://i0.wp.com/cdn.theconversation.com/files/168232/area14mp/file-20170507-7692-1racbi4.jpg?ssl=1
    C’était il y a vingt ans déjà : les apiculteurs français alertaient sur l’utilisation de pesticides comme le Gaucho, responsable selon eux d’une mortalité accrue dans les ruches ; on parle à l’ép unoque de pertes annuelles entre 300 000 et 400 000 abeilles, entraînant une chute de 50 % de la production de miel aux abords de champs de tournesols traités avec ce produit phytosanitaire. Cet épisode a constitué la première prise de conscience du danger auquel sont exposés ces insectes dans nos sociétés industrialisées.

    Dix ans plus tard, c’est au tour des apiculteurs américains de tirer la sonnette d’alarme, après avoir observé des milliers de ruches soudainement vidées de leurs occupantes. Sur 2,4 millions de ruches au total, 1,5 million disparaissent en effet en quelques mois dans une petite trentaine d’États. Ce phénomène appelé « syndrome d’effondrement des colonies » a provoqué une nouvelle prise de conscience planétaire. Contrairement à l’épisode du Gaucho, les pertes concernées sont plus importantes et leurs causes bien moins claires.

    Une préoccupation mondiale

    Depuis, nous avons réalisé que ces pertes ne concernaient pas seulement la France ou les États-Unis : des problèmes similaires ont été observés un peu partout en Europe, en Asie et en Australie. Préoccupation supplémentaire, les abeilles domestiques ne sont pas les seules atteintes : de nombreuses espèces sauvages (comme les abeilles solitaires et les bourdons) sont désormais en danger. Or certaines plantes ne sont pollinisées que par ces espèces, à l’image de certaines Méllitidés qui butinent uniquement les fleurs de lysimaques.

    La perte des abeilles peut avoir de graves conséquences pour la biodiversité et l’humanité. Car les abeilles sauvages et domestiques pollinisent environ un tiers des plantes que nous consommons, participant ainsi à un service écologique évalué à 153 milliards d’euros par an à travers le monde (dont 2,9 milliards d’euros en France)...

    La suite sur ce lien :

    https://theconversation.com/vingt-ans-apres-le-debut-de-leffondrement-des-colonies-comment-se-p


  • Salons​ de l’aéronautique et de l’espace ce samedi 24 juin 2017
    https://images.alwatanvoice.com/news/large/9998660300.jpg

    Action BDS
    Ils étaient plus d’une vingtaine de militant-e-s de la campagne BDS France (rejoints par quelques camarades des désobéissants avec des drapeaux « paix ») a avoir perturbé pendant plusieurs minutes le stand de l’entreprise militaire cible internationale de la Campagne BDS « Elbit Systems ».

    Quelques premières PHOTOS ici :

    https://goo.gl/photos/Pj8JXp94h1CCbdkk7

    Une courte VIDEO :
    https://twitter.com/Campagnebds/status/878608744325795841

    Verveine de Solidaires, Annick d’Attac, Jean Guy de l’UJFP et Omar Slaouti y étaient intervenus pour expliquer pourquoi les entreprises militaires israéliennes n’étaient pas les bienvenues à ce salon.

    Leurs slogans « Embargo militaire contre israel », GAZA, GAZA, on oublie pas ! Quelques tracts ont aussi pu être distribués à la foule.

    Action globalement très réussie au niveau de l’impact et de nombreux soutiens dans la foule, avec des applaudissements ou des signes d’approbation avant d’être escortés pacifiquement vers la sortie après une rapide vérification d’identité par la police.

    Un article qui couvre cette action devrait être publié prochainement aussi sur Politis.

    Prochain évènement à Strasbourg : RDV 15h action BDS Embargo militaire samedi prochain 1er juillet

    Ce type d’action devrait être multiplié et étendu à tous les évènements vendeurs d’armes. NRobin


  • Y aurait-il un nouveau Pascal Boniface ?

    https://www.youtube.com/watch?v=dcf1SzdICpU



    https://lh3.googleusercontent.com/L_bT-wc_5zlBgAeBPzZWKH-k85KC63_gsUG8pAXpFBTkVChgCy8UYoW9CGcly

    Celui qui a beaucoup de mal à s’intéresser à la guerre au Yémen menée par une coalition occidentalo-saoudienne plus que douteuse, alliée du milliardaire Hariri et autrefois des émirs du Qatar,
    Celui jadis qui dénonçait la Kouchnerisation et la BHLsation de la société française,
    Celui qui s’était tu depuis quelques années déjà sur les massacres et les horreurs au quotidien commis par l’Etat d’Israël en Palestine, à Gaza notamment,
    Celui dont j’ai lu avec beaucoup d’intérêt "Les intellectuels faussaires" puis "Les intellectuels intègres",
    Celui dont j’ai soutenu avec ferveur Les Géopolitiques de Nantes et à qui j’ai reproché le manque de débat contradictoire lors des conférences sur les questions se rapportant à la Russie et à l’OTAN ces dernières années ainsi que le conflit avec l’Ukraine,
    Celui qui se souvient évidemment de ce complot de la guerre menée en Irak en 2003 puisqu’il en parle sans complexe et sans être taxé de "complotiste" dans ses conférences à l’IRIS dont il est le Directeur, ou aux Géopolitiques de Nantes dont il est co-organisateur,
    Celui qui aurait été malmené par les lobbies sionistes en France pour avoir écrit un livre à charge contre l’Etat sioniste, sa politique de colonisation​ et d’apartheid en Palestine (1),
    Celui qui a contribué à l’essor de Radio Orient (excellente radio sauf sur les questions syrienne, libanaise et saoudienne. En effet, puisque rachetée par le milliardaire Saad Hariri, l’allié des saoudiens (2),

    Celui qui...
    ​....voilà que je l’entends soutenir dans l’émission "C’est dans l’air" du jeudi 6/4/2017​ (3) que c’est bien Assad qui est à l’origine des attaques à l’arme chimique sur son peuple, sans lui accorder le moindre bénéfice du doute et sans attendre les conclusions d’une enquête internationale libre et indépendante ! Il valide ainsi et sans attendre, l’action de Trump et son interventionisme démonstratif par une réplique ultra rapide et unilatérale en bombardant quelques bases militaires du "régime syrien" nous dit-on. C’est une imposture. ​Elle prend de nos jours des formes multiples que M. Boniface semble ne pas voir.

    Une émission, une fois de plus, de la pensée unique !

    Ce que j’en retiens et que je dénonce avec force :

    1. Absence de débat contradictoire.
    ​M. Boniface rejoindrait-il le clan des va-t-en-guerre qui évitent toujours les débats contradictoires ?
    Nous ​y étions habitués dans nos médias ​sous les règnes​ Sarkozy puis Hollande, que ce soit à l’émission "C’est dans l’air" ou ailleurs. Les anti-guerre, communément assimilés en ce moment à des"Pro-Assad","​Pro-russes", « complotistes » ou « conspirationistes » de tout poil, ​ceux qui sont en fait ​en faveur d’un changement radical de notre politique étrangère va-en-guerre, pro-sioniste, pro-américaine et ultralibérale, n’y sont que rarement Invités ("Ce soir ou jamais" fut une exception à la règle, hélas ballotée d’une chaîne à une autre, prélude à sa disparition programmée)​.

    2. Une amnésie collective
    ​M. Boniface accepte-t-il​ les politiques de guerres menées par l’OTAN et ses supplétifs, validées très souvent par l’ONU à la solde des grandes puissances capitalistes militaro-industrialisées qui ont décidé de faire des pays non-alignés, riches en pétrole en gaz et en matières première, un enfer permanent et surtout le laboratoire de toutes les armes de pointes, y compris chimiques, celles-ci fabriquées au passage par ceux-là même qui diabolisent Assad et Poutine ?​

    3. La Diplomatie de connivence (parlons-en !)
    ​C’est celle qui consiste à dominer des peuples dignes, ​stables, dotés d’une grande culture, par l’argent roi, la Finance et le capital.
    ​Dans son livre La diplomatie de connivence (4 et 5), M Bertrand Badie décrit les instances internationales capitalistes qui ​sèment le chaos dans ce bas-monde et qui tentent de contrôler ses richesses. Il y pointe du doigt l’oligarchie diplomatique.
    M. Boniface se souvient-il encore du prix que les Géopolitiques de Nantes ont attribué à ce diplomate et analyste en 2014 pour son œuvre Le temps des humiliés-Pathologie des relations internationales (6) ?
    Ses analyses sont par ailleurs soigneusement rangées dans un placard par bon nombre d’intellectuels comme ceux de Mediapart, ​ou les journalistes du journal Le Monde ! Et Monsieur Boniface ?

    Aux oubliettes, les mensonges et les histoires des Armes de destruction massives et des Bébés-éprouvette de Saddam Hussein, qui ont permis l’invasion de l’Irak par les soldats américains et la destruction de toute une civilisation, la Mésopotamie ? (suivront un bon nombre de pays africains dont la Libye... puis le Yémen, la Syrie, des pays d’Amérique latine, bientôt la Turquie et l’Iran, quant à la Russie, nous y sommes déjà !)

    Jean de Gliniasty, directeur de recherche de l’IRIS, spécialisé dans les questions russes, y répond si bien dans la « La diplomatie au péril des valeurs » (7).
    « La diplomatie au péril des valeurs » – 3 questions à Jean de Gliniasty, par Pascal Boniface

    4. Assad mis au banc des accusés
    Assad serait-il suicidaire ?
    ​M. Boniface a-t-il été aveuglé au point de ne pas constater le succès grandissant de la diplomatie russe dans cette région mise à mal par les politiques de guerre du trio EU/France/GB, aidé en sous main par l’Allemagne​ ?
    Une diplomatie russe qui contrôle désormais des zones intégristes rebelles mettant fin à l’aventure de quelques mercenaires financés et sur-armés par les vassaux du Triplet alliés à l’Arabie Saoudite, à ​la Turquie, à ​Israël et autrefois au Qatar, a​lors qu’une coalition avec la Russie, pratiquement ignorée des médias,​ est menée par ailleurs étroitement avec l’Iran et ​la Turquie confrontée au risque de sécession kurde, et avec sur place ​les combattants Kurdes malmenés et bombardés par notre allié turc​ Erdogan quand il en a l’occasion et qui joue double jeu.

    Alors que des négociations de paix étaient en passe d’être signées en y intégrant le principal concerné, celui que les Syriens dans leur majorité ont choisi comme Président. Rappelons que 86% des votants ont confirmé leur Président le 2 juin 2014 à son poste, par delà toutes les accusations d’irrégularités proférées par les pays de l’OTAN. Au 2 juin 2014, la Syrie comptait environ 15 millions d’habitants sur les 22 que comptait le pays avant la campagne de déstabilisation.

    Pourquoi ce dernier larguerait-il des bombes chimiques, à ce moment précis ?
    Une question qui relève du bon sens,​ d’une évidence telle ​que n’importe quel citoyen ordinaire pourrait se la ​poser !
    ​Ceci alors que la coalition russo-syro-iranienne était en train de rétablir l’ordre et de contrôler les villes syriennes conquises par des groupuscules fanatiques, des recalés des temps modernes, lourdement armés par les industries pétrolières du Cac 40 et de Wall Street...​

    Pourquoi Assad ​irait-il se jeter dans la gueule du loup ?

    5- L’ingérence américaine et les manigances de Trump
    Gare aux armes chimiques !
    Le fait que le l’ultra-libéral, l’ultra-capitaliste, le populiste, le fasciste, le raciste anti-musulman, l’allié d’Israël et des Émirs et dernier Président des États-Unis d’Amérique ait retourné sa veste de milliardaire, qu’il ait déclaré avant son investiture que la paix en Syrie ne se fera pas sans Assad, qu’il ait trahi à son tour ses engagements avec le peuple qui l’a élu pour une autre politique étrangère, qu’il ait trahi son nouvel allié Poutine avec lequel il était sensé mener la guerre contre ce faux État qu’est Daech, ne pose pas de problème à Pascal Boniface qui soutient l’intervention de Trump contre une base militaire d’un État souverain, la Syrie d’Assad, me laisse perplexe !

    Le risque, à la suite de cette posture insupportable, n’est-il pas de donner carte blanche au complexe militaro-industriel occidental et Israélien pour l’utilisation de toute​s les ​autres armes de pointe et de destruction massives ?
    En clair, "ne nous préoccupons pas de qui a semé le chaos", mais "V​ous pouvez tout détruire avec des armes conventionnelles ou non, armes à Uranium appauvri, à phosphore, à fragmentation, au laser, etc., pourvu qu’elle​s ne soient pas chimiques ! Une​ limite à ne pas dépasser sous peine de bombardement intensif unilatéral dans les heures qui suivent !"

    Bien ! Il ne reste plus qu’à attendre qu’il soit démontré que les palestiniens soient victimes d’armes chimiques pour espérer l’intervention d’une coalition occidentale "démocratique" contre les bases militaires i​sraéliennes à haut risque, avec quelques bavures, pourquoi pas, sur des civils bien identifiés par les drones ! Une intervention qui serait "sans aucun doute" soutenue par les jubilateurs, BHL, Kouchner, Enselme, Barbier, Finkielkraut, Gluksmann fils, Fitoussi, Hollande, Sarkozy, Estrosi, Ménard et cie, Field, nos médias en général...​et maintenant Boniface, pour espérer enfin ​un arrêt total des crimes de guerre à Gaza, de la colonisation en Palestine, du pillage et de l’expropriation des paysans palestiniens, de la déportation de ces populations depuis la création de l’état sioniste et enfin le retour des réfugiés et expatriés, la restitution des territoires volés, du commerce des oliviers et l’application du droit international et de toute les résolutions de ce machin qu’est l’ONU.​ Kouchner pourrait enfin revendiquer son droit d’ingérence​ (8-9) pour la Palestine !

    ​Une mise en garde tout de même à M. Boniface : Dans les terres palestiniennes serait enfo​uie une arme d’une toute autre nature, la bombe H qui équivaudrait à 40 fois celles de Hiroshima et Nagasaki (10-11) .
    ​De Gaulle et JFK avant son assassinat, avaient dénoncé le programme nucléaire israélien.
    Il ne faut pas se tromper de priorité, la menace nucléaire israélienne est tout aussi condamnable que la détention d’armes chimiques, pour ne pas parler des dégâts occasionnés par leurs usages respectifs (12-13).
    Lire le livr​e Dénucléariser l’Iran et Israël, guide de l’AIEA

    6-La règle du​ "​deux poids deux mesures"​
    Le deux poids deux mesures dans le règlement des conflits des crises diplomatiques, et ​dans l’application du droit est tellement​ flagrante qu’elle semble ne même plus faire l’objet de débat parmi nos intellectuels, dont M. Boniface ?
    Ce qui s’applique aux pays pauvres ne s’applique pas aux pays riches, ce qui s’applique à l’Irak, la Syrie, le Yemen, l’Iran, les pays africains et d’Amérique latine, à la Yougoslavie, ne s’applique pas à Israël, à l’Arabie Saoudite et aux pays capitalistes destructeurs de civilisations.

    Pour conclure,

    ​Il me semble que M. Boniface devrait revenir aux fondamentaux de la géopolitique au lieu d’en survoler les manifestations les plus grossières, d’autant plus qu’il va aux conclusions sans passer par les preuves dans le cas de l’attaque chimique à Khan Cheikhoun le 4 avril dernier, imputée aux forces gouvernementales syriennes sans aucune preuve de nature impossible à contredire à ce jour, autrement dit sans aucune chaîne causale opposable dans une cour de justice quelle qu’elle soit, comme toutes les attaques précédentes dont nos médias partiaux ont toujours passés sous silence les très nombreux indices qui pointent vers les "rebelles", dont le rapport Postol-Brown cité par LePoint.

    D’ailleurs les accusations contre "le régime syrien" lors de l’attaque de Khan Cheikroun ont été elles aussi invalidées par Le chercheur du MIT Theodor Postol dans son dernier rapport du 18 avril 2017 (14).

    Et parmi ces fondamentaux, comment dire stop à ce "​terrorisme d’Etat" ourdi par l’alliance des pays OTAN-Golfe,​ afin qu’il
    ​s​cessent​de financer et de sur-armer les groupuscules fanatiques sur place ? D’autant que ce n’est pas nouveau : Souvenons-nous des camps afghans américains qui ont formé et entraîné les premiers Émirs du GIA algérien (cf. le​ documentaire de "La Marche du Siècle",​ de Jean-Marie Cavada sur la guerre en Afghanistan), et comment libérer nos sociétés du diktat des industries de l’armement qui nous monte les uns contre les autres ?

    Il est temps que les intellectuels français approfondissent leurs analyses au delà du discours du quai d’Orsay, et renouent avec la tradition française de médiateur avec l’Orient et de défenseur des droits de l’homme en dénonçant au moins autant les massacres initiés par l’OTAN que les exactions de gouvernements forts contre des opposants dont nous ignorons tout des motifs, des financeurs et des actes commis ou planifiés. Ainsi, nous ne savons toujours pas qui sont les snipers qui ont tiré les premiers lors des marches pacifiques depuis la campagne syrienne vers les villes en 2011. Les intellectuels français doivent recoller avec la vérité, par delà les effets de sidération que les médias déclenchent à la suite des gouvernements des pays OTAN."

    Pour toutes ces raisons, il est grand temps de sortir de l’OTAN ! Il existe d’ailleurs en France des partis politiques qui appellent aussi à s’affranchir de l’Atlantisme comme l’UPR de François Asselineau (15) et la FI de Jean-Luc Mélenchon (16-17).

    Pour moi, la solution, celle qui consiste à "libérer" la parole des intellectuels français, pourrait passer par le ralliement progressif des français au parti anti-guerre de Jean-Luc Mélenchon, la seule opposition dans le paysage politique actuel ou à certains "petits candidats" à l’élection présidentielle 2017. C’est ainsi qu’ils sont désignés par les médias de la finance et les
    ​"​nouveaux chiens de garde"​, qui tentèrent de les dissimuler à la société civile française jusqu’à être obligés par le CSA à
    jouer le jeu démocratique en les invitant certes, mais​ à la dernière minute grâce à la loi Urvoas aussi minimaliste qu’inéquitable.

    Le cas Asselineau est flagrant ! Ce "petit candidat", pourtant issu du même sérail que ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, ​serait-il devenu fou pour avoir dénoncé les guerres capitalistes menées par des coalitions fièrement revendiquées par MM. Sarkozy puis Hollande, et ​pour avoir refusé le diktat américain, au point d’être taxé de pro-Assad, pro-russe voire complotiste ?

    Je constate désormais que le camp des n​on-alignés sur l’OTAN n’a plus la cote ! Pas un film, pas un roman, pas une oeuvre française qui ne démonte les mécanismes de la machine de guerre des pays OTAN maquillée en défenseur des droits de l’homme ! Pas un artiste qui remette en question le chant monocorde des partisans de la guerre !

    ​Faut-il faire ressusciter De Gaulle pour que nous retournions enfin à une diplomatie du bon sens au service d’une
    ​p​aix mondiale durable ? J’y ai cru un instant en assistant à une conférence de M. ​Asselineau à la Cité des
    ​Congrès à Nantes (18) qui présentait son programme présidentiel digne d’un chef d’Etat.​ Etonnant qu’un tel grand "​petit candidat"​soit justement ​méconnu de la "société civile",​ dont pourtant le nouvel élu de l’Elysée nous vante désormais sans cesse les vertus.
    Je constate ça et là une envie partagée du retour à l’intégrité, à la Diplomatie du respect​ et aux vraies valeurs de l’humanité fondées sur une conscience collective guidée par "des intellectuels intègres".

    ​Que ce soit une envie du retour au gaullisme initial issu du CNR, ou une manifestation de plus d’une nostalgie pour un "mythe de l’âge d’or" ​de ma part, une chose est certaine en ce qui me concerne, il faut coûte que coûte que ses détracteurs messieurs Sarkozy et Hollande et leurs hommes-liges) disparaissent de notre paysage politique pour espérer enfin un avenir viable et prometteur, un retour à la paix des braves telle que le préconise le Général (18)

    N Robin


    (1) http://m.leplus.nouvelobs.com/contribution/1152118-conflit-israel-palestine-la-lache-censure-de-mon-livre-p
    Conflit Israël/Palestine : la lâche censure de mon livre par les éditions Robert Laffont - le Plus
    LE PLUS. Est-il possible de critiquer Israël sans être accusé d’antisémite ? C’est la question polémique posée par Pascal Boniface, dans un livre publié en 2003 aux éditions Robert Laffont. Plus de 10 ans après, il a souhaité en rédiger une nouvelle
    http://referentiel.nouvelobs.com/wsfile/9741329129100.jpg
    http://referentiel.nouvelobs.com/wsfile/5981393495092.jpg

    (2) Saad Hariri — Wikipédia
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Saad_Hariri

    (3) https://www.youtube.com/watch?v=dcf1SzdICpU



    (4) Diplomatie de connivence et ordre international
    https://www.monde-diplomatique.fr/2011/10/GRESH/21089
    Diplomatie de connivence et ordre international
    par Alain Gresh (Le Monde diplomatique, octobre 2011) // Il n’est pas facile de déchiffrer l’ordre in...

    (5) "La Diplomatie de connivence", de Bertrand Badie
    http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/04/26/la-diplomatie-de-connivence-de-bertrand-badie_1513006_3260.html
    https://s.yimg.com/nq/storm/assets/enhancrV2/23/logos/lemonde.png
    "La Diplomatie de connivence", de Bertrand Badie
    L’auteur signe ici en théoricien des relations internationales son ouvrage le plus abouti sur l’évolution des relations internationales...

    (6) Le temps des humiliés. Pathologie des relations internationales
    Le Monde diplomatique, Octobre 2014, page 25
    Le temps des humiliés. Pathologie des relations internationales
    Bertrand Badie
    https://www.monde-diplomatique.fr/2014/10/GALY/50898
    Le temps des humiliés. Pathologie des relations internationales
    par Michel Galy (Le Monde diplomatique, octobre 2014) // Le politologue Bertrand Badie articule avec bonheur ...

    (7) « La diplomatie au péril des valeurs » – 3 questions à Jean de Gliniasty, par Pascal Boniface
    http://www.les-crises.fr/la-diplomatie-au-peril-des-valeurs-3-questions-a-jean-de-gliniasty-par-pa

    (8) La nomination de Kouchner ulcère Alger - Prochoix, la revue pour le droit de choisir
    http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/05/19/1593-la-nomination-de-kouchner-ulcere-alger-le-soir
    La nomination de Kouchner ulcère Alger - Prochoix, la revue pour le droit ...
    Prochoix est est une revue d’investigation, de réflexion et d’analyse au service de la défense des liber...

    ​(9) http://www.madaniya.info/2016/12/07/ingerence-humanitaire-droit-ingerence-contre-devoir-ingerence-2-4
    De l’ingérence humanitaire : Droit d’ingérence contre devoir d’ingérence 2/4
    PAR RENÉ NABA DÉCEMBRE 7, 2016

    (10) La bombe israélienne n’est plus un sujet tabou
    http://clesnes.blog.lemonde.fr/2010/04/13/la-bombe-israelienne-nest-plus-un-sujet-tabou

    (11) La bombe H, 10 à 100 fois plus puissante que la bombe A
    http://www.lefigaro.fr/sciences/2016/01/06/01008-20160106ARTFIG00245-la-bombe-h-10-a-100-fois-plus-puissante-que-la-bo
    Les différences entre une bombe-A et une bombe-H sont profondes, et permettent surtout de gagner en puissance tout en réduisant l’encombrement.

    (12) http://orientxxi.info magazine/denucleariser-le- proche-orient-l-iran-d-abord- israel-ensuite,0517

    (13) http://www.france-palestine. org/Denucleariser-le-Moyen- Orient

    (14) Attaque chimique en Syrie : le rapport qui dérange
    http://www.lepoint.fr/monde/attaque-chimique-en-syrie-le-rapport-qui-derange-19-02-2014-1793755_24.php
    Attaque chimique en Syrie : le rapport qui dérange
    Par Armin Arefi
    Une étude du prestigieux MIT affirme que le massacre chimique d’août 2013 a été perpétré depuis une zone reb...

    (15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Luc_M%C3%A9lenchon
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b8/Melenchon%2C_6%C3%A8me_R%C3%A9publique_-_MG_6513_%28cropped%29.jpg

    (16) http://www.lemonde.fr/personnalite/jean-luc-melenchon/programme
    http://s1.lemde.fr/mmpub/personalities/17.jpg

    (17) Meeting de François ASSELINEAU à Nantes le 19/04/2017
    https://www.youtube.com/watch?v=Pp1one2zTw8

    (18) De Gaulle - La paix des braves.MP4
    https://www.youtube.com/watch?v=YxLf-IKwmRs



    De Gaulle - La paix des braves 23 octobre 1958

    • Pascal Boniface, né le 25 février 1956 à Paris, est un géopolitologue français.
      Fondateur et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, il a traité de l’arme nucléaire, du conflit israélo-palestinien, et de géopolitique du sport — notamment dans le domaine du football...
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Pascal_Boniface

      Pascal Boniface
      Pascal Boniface est Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et enseignant à l’Institut d’Etudes européennes de l’Université de Paris 8.
      Pascal Boniface dirige également La Revue internationale et stratégique (parution trimestrielle depuis 1991) et L’Année stratégique (parution annuelle depuis 1985).
      Il a écrit ou dirigé la publication d’une soixantaine d’ouvrages ayant pour thème les relations internationales, les questions nucléaires et de désarmement, les rapports de force entre les puissances, la politique étrangère française, l’impact du sport dans les relations internationales (il a développé le concept de géopolitique du sport), le conflit du Proche-Orient et ses répercussions en France. Nombre d’entre eux sont devenus des classiques réédités régulièrement et traduits dans plusieurs langues...
      http://www.iris-france.org/chercheurs/pascal-boniface
      http://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2014/09/BONIFACE-Pascal-2.jpg

    • Les Crises
      « La diplomatie au péril des valeurs » – 3 questions à Jean de Gliniasty, par Pascal Boniface
      Source : Le Blog Mediapart, Pascal Boniface, 18-05-2017
      http://www.les-crises.fr/la-diplomatie-au-peril-des-valeurs-3-questions-a-jean-de-gliniasty-par-pa

      Jean de Gliniasty est directeur de recherche à l’IRIS, spécialiste des questions russes. Ancien ambassadeur de France au Sénégal, au Brésil et en Russie, il répond à mes questions à l’occasion de la parution de l’ouvrage : « La diplomatie au péril des valeurs : pourquoi nous avons eu tout faux avec Trump, Poutine et d’autres », aux éditions l’Inventaire.

      En quoi l’invocation des valeurs est-elle incompatible avec la défense de nos intérêts géopolitiques ?

      Nos valeurs constituent le socle de la société française et une base, à peu près partagée par tous en Europe Occidentale, sur laquelle s’édifie l’Union européenne. Mais cet héritage commun, condition de la construction européenne (les principes de Copenhague), ne permet pas pour autant une action efficace pour la paix et la stabilité dans le monde et plus particulièrement dans notre voisinage. Au contraire l’invocation permanente de nos valeurs dans notre action extérieure est perçue comme une immense hypocrisie camouflant des intérêts de puissance et nous conduit souvent à des erreurs d’analyse, sources d’affaiblissement de notre politique étrangère et de nouveaux troubles dans notre environnement géopolitique (Libye, Syrie, Ukraine…). C’est une véritable idéologie des relations internationales que l’on a appelée « néo-conservatisme » aux États-Unis et qui s’oppose à une vision raisonnée des rapports de force internationaux, des buts que nous devons poursuivre et des moyens pour y parvenir. Le droit d’ingérence, devenu la responsabilité de protéger, est une invention française qui a souvent été perçue, dans le monde arabe notamment, comme un nouvel esprit de croisade dès lors qu’il court-circuitait les processus intergouvernementaux, à l’ONU ou ailleurs, communément admis comme le seul moyen légal de régler les problèmes internationaux. La méfiance qu’il suscite affaiblit le message et risque de discréditer notre politique extérieure car nous sommes souvent obligés d’agir selon l’adage « deux poids, deux mesures » et d’épargner les puissants.

      Cette invocation des valeurs peut-elle être le masque d’une politique de puissance ?

      C’était sans doute le cas des États-Unis sous Georges W. Bush en Irak, qui voulait remodeler le Moyen-Orient au profit de son pays. Cela a été aussi le cas pour la France sous Napoléon où l’idéologie révolutionnaire coïncidait presque totalement avec les intérêts de puissance de la France. À l’heure actuelle, c’est plus ambigu. L’idéologie de l’interventionnisme au nom des droits de l’homme et de la démocratie, exacerbée par l’immédiateté de l’information et par les réactions émotionnelles de l’opinion publique, peut inspirer des actions irréfléchies. C’est aussi que la notion d’intérêt national a perdu de sa clarté : doit-on raisonner en Occidentaux, en Européens, en Français ? Dans l’incertitude, les « valeurs » font office de boussole : la politique qu’elles induisent est défendable devant l’opinion et suscite le consensus auprès de nos alliés. Donc, paradoxalement, l’invocation des « valeurs » peut aussi camoufler une démission, une renonciation par le gouvernement à son autonomie d’analyse et d’action.

      Vous mettez en lumière un danger potentiel de la réintégration dans l’OTAN qui passe inaperçu, « distraire les meilleurs cadres de notre armée d’un théâtre majeur pour la France : l’Afrique ». Pouvez-vous développer ?

      L’Afrique est un des derniers théâtres où les intérêts spécifiques de la France sont évidents et où notre pays a encore les « moyens de sa politique ». La stabilité et le développement de ce continent sont des facteurs importants pour l’avenir de notre pays (terrorisme, francophonie, migrations, relations commerciales…). Nos meilleurs soldats y ont été formés sur le terrain dans la connaissance des réalités locales et souvent dans l’expérience du combat. Traditionnellement, ils constituaient les hauts cadres de l’armée française et le « cursus » africain se retrouvait dans les parcours de nos chefs d’État-Major et de la plupart des titulaires de grands commandements. Il est à craindre que l’immense machine bureaucratique de l’OTAN ne suscite une nouvelle génération de cadres, imprégnés d’une pensée militaire formatée, auréolés d’une prétendue technicité et d’une expérience multilatérale assez standardisée et promis aux carrières les plus brillantes. Cette situation que connaissent la plupart de nos alliés risque de se produire en France. Elle marquerait une étape supplémentaire dans l’uniformisation de notre armée et, contrairement à ce que pensent ceux qui se réjouissent de cette évolution, un obstacle à la construction d’une défense européenne autonome.

      Source : Le Blog Mediapart, Pascal Boniface, 18-05-2017


  • L’observatoire du néoconservatisme

    Le Monde à l’épreuve de la méthode de son « Décodex »

    Posted by AntiNeoCons
    Ukraine, Taguieff, Syrie, Trump : les embardées du Monde…

    Pour ceux qui auraient échappé à la dernière campagne de communication du Monde, sachez que ce journal, afin de lutter contre les « fausses informations », a lancé en février dernier un outil d’évaluation des contenus en ligne appelé « Décodex« . Cette application permet via Google Chrome ou Firefox d’accéder en permanence à l’annuaire des sources recensées dans le Décodex.
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    Pour être précis, en conformité avec des règles préétablies, cet outil délivre des « bons ou des mauvais points » par l’intermédiaire de vignettes colorées : Rouges pour “les sites qui diffusent des fausses informations”, oranges pour “celles dont la fiabilité est douteuse” et bleues pour “celles provenant de sites parodiques”. A noter que les vignettes vertes qui indiquaient “les sites fiables” ont été supprimées. En somme, le Décodex s’inscrit dans la logique de diabolisation des sources qui échappent aux réseaux professionnels de l’information, et des opinions souvent iconoclastes qui en découlent. Cette initiative pour le moins manichéenne, a été accueillie par un grand nombre de journalistes de manière très négative. Mais soyons beaux joueurs et partons du postulat que dans chaque entreprise il y a une part de bonne foi. Aussi, avant sans doute d’expédier ce “joujou extra” au musée des objets insolites, soumettons la version internet du Monde à la critique de son fameux Décodex.

    En premier lieu, examinons succinctement la méthodologie du Décodex qui – à la bonne heure – préconise de « vérifier une information avant de la partager, de vérifier les sources, de juger de la fiabilité d’un site, ou encore de vérifier une rumeur qui circule sur les réseaux sociaux avec son corollaire, celui de reconnaître une théorie complotiste ». Pour vérifier cette “charte”, revenons sur cinq thèmes, dont quatre souvent abordés sur ce blog.

    1/ Ukraine : « le Kremlin multiplie les références à la seconde guerre mondiale » affirme Le Monde.
    http://infocenter-odessa.com/uploads/posts/2016-05/1463727926_maski-revolyutsii.jpg
    En 2016, pour répondre au film « Les Masques de la Révolution » de Paul Moreira, qui revenait sur le rôle prépondérant des néo-nazis en Ukraine, Benoît Vitkine, journaliste au Monde, titre l’une de ses chroniques : « Paul Moreira donne une vision déformée du conflit ukrainien. ». Pour Benoît Vitkine, « le documentariste chausse des lunettes déformantes. Pravy Sektor, Azov, Svoboda… Moreira fait de ces groupes d’extrême droite les artisans de la révolution, lorsqu’ils n’en étaient que l’un des bras armés. Il les présente comme une force politique majeure, quand leurs scores électoraux sont dérisoires ».

    1/ Quel sont les autres bras armés, puisque Benoît Vitkine sous-entend qu’il y en a d’autres sans toutefois les lister ?

    2/ S’il y a une propagande du Kremlin, il y en a une également du côté “occidental”, basée en grande partie sur les résultats électoraux, bon ou pas, de l’extrême droite ukrainienne.

    Depuis 2014, cet argument sert à minimiser autant que possible la présence des fascistes au sein de l’appareil d’Etat ukrainien. En règle générale, les propagandistes français referment la parenthèse par un : « Et alors il y a bien une extrême droite en France. ».

    Tout d’abord remarquons que d’un côté les journalistes du Monde proclament que « les années 30 sont de retour », et de l’autre ces mêmes journalistes réduisent l’importance de nazis hyperactifs qui sont pourtant au service d’un gouvernement allié à l’Etat français. Qui est Andreï Parouby, le commandant de l’Euromaïdan ? En 1991, il a fondé le Parti social-nationaliste d’Ukraine avec Oleh Tyahnybok. Ce parti deviendra plus tard Svoboda. Le 14 avril 2016, Andréï Parouby est devenu le Président du Parlement ukrainien, marchepied vers le poste de premier ministre pour ses 2 prédécesseurs. Selon le quotidien allemand Der Spiegel : « Le titre social-national Parti était une référence intentionnelle au parti National Socialiste d’Adolf Hitler. ». Son emblème, le Wolfsangel, était l’un des symboles initial du parti nazi. Il deviendra le logo du Parti social-nationaliste d’Ukraine et par la suite du parti de Parouby, Svoboda.

    Qui plus est, si les journaux britanniques en matière de politique étrangère sont globalement rangés derrière leur gouvernement, malgré tout ils relatent fréquemment le rôle majeur des bataillons ouvertement néo-nazis au service du nouveau pouvoir de Kiev. Pour preuve : The Guardian, The Telegraph, The Independent, The Sunday Times, BBC News. Des articles corroborés par Amnesty International qui dès septembre 2014 alertait les opinions publiques sur les crimes perpétrés par les troupes paramilitaires ukrainiennes. Ces groupes d’extrême droite furent identifiés par le quotidien israélien Haaretz, qui dès le début des événements en Ukraine rapportait que Pravy Sektor et Svoboda distribuaient des traductions de Mein Kampf et des Protocoles des Sages de Sion sur la place Maïdan.

    2/ Par qui “Le Monde” est-il lui, influencé ?

    Comment le Décodex a-t-il classé initialement les journaux britanniques vu ci-dessus ? The Daily Telegraph comme la BBC sont notés ainsi : « Ce site est en principe plutôt fiable. N’hésitez pas à confirmer l’information en cherchant d’autres sources fiables ou en remontant à son origine. » . Face à cette presse britannique qui, à y regarder de plus près, n’est pas alignée exactement sur les préjugés de l’équipe du Décodex, que pense Le Décodex de la presse officielle russe ? A la question « RussiaToday (version française) est-il une source d’information fiable ? », le Décodex répond : « Une chaîne de télévision associée à un site d’information, financée par le pouvoir russe, créée en 2005 dans le but de donner une image plus favorable de Vladimir Poutine à l’étranger. Ce média peut présenter des enquêtes de qualité, mais présente le biais de toujours relayer des informations favorables à Moscou. ». Concernant l’autre site d’information russe Sputniknews (version française), le Décodex délivre un message identique en ajoutant : « Soyez prudents et croisez avec d’autres sources. Si possible, remontez à l’origine de l’information. ».

    Alors bien sûr, nous ne pouvons qu’adhérer au « soyez prudents » prôné par les journalistes du Décodex. Reste que pour les “décodexeurs”, la presse russe est inféodée au Kremlin, alors que Le Monde est lui, bien entendu, quasi-irréprochable… Soulignons pourtant que Le Monde bénéficie chaque année d’une aide de l’Etat français considérable. Il arrive en deuxième position de tous les supports papiers aidés de la presse française. Or que dit Le Décodex concernant leur employeur Le Monde ? Il se contente d’un message lapidaire : « Un quotidien et site Internet d’information généraliste. Le groupe est détenu depuis 2010 par les hommes d’affaires Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse. », qui se conclut par la formule habituelle : « N’hésitez pas à confirmer l’information en croisant avec d’autres sources ou en remontant à son origine. ». C’est ce que nous allons faire à présent.

    Pour ce faire, il nous a semblé important de revenir sur deux billets que nous avons écrit précédemment (ici et là). Bien avant le Décodex, nous nous étions interrogés sur les certitudes des patrons de presse. Pour répondre à cette question, nous étions revenus sur les travaux de Noam Chomsky et Edward Herman, qui en 1988 coécrivent « Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media ». Le livre est traduit en français en 2008 sous le titre “La Fabrication du Consentement”. Les deux intellectuels américains attirent notre attention sur les cinq filtres qui déterminent la fabrication du consentement :

    1/ Taille, actionnariat, orientation lucrative.
    2/ Régulation par la publicité.
    3/ Sources d’information.
    4/ Contre-feux et autres moyens de pressions.
    5/ Anticommunisme.
    Dès lors, la propagande peut être organisée par de puissantes ONG ou « cercles de réflexion » (think tanks) devenus lobbies au fil du temps. Pour Noam Chomsky et Edward Herman, ces organisations, sous couvert de caution scientifique, influencent radicalement le récit des différents médias. Elles constituent une “société d’experts” qui jouent en même temps le rôle d’agents du pouvoir US à l’origine des sources primaires qui déterminent l’orientation des lignes éditoriales.

    Nous avons extrait de la galaxie des « think tanks » néolibéraux ou encore « atlantistes », un petit échantillon afin d’attirer votre attention sur le poids politique de leurs membres, et sur leurs sources de financements qui viennent de six catégories de pourvoyeurs de fonds : l’industrie de l’armement, l’énergie, la finance, les médias et la communication, le Département d’Etat américain, et les gouvernements alliés des États-Unis.

    L’Atlantic Council est l’officine de propagande quasi officielle de l’OTAN. Elle regroupe une multitude d’anciens Secrétaires d’Etat américains, par exemple Madeleine Albright, Secrétaire d’Etat sous Clinton, Colin Powell, Secrétaire d’Etat de l’administration Bush, Condoleezza Rice, qui fut aussi Secrétaire d’État sous les deux mandats de George W. Bush. James Baker, Secrétaire d’Etat de GH Bush. Robert Gates, directeur de la CIA, qui deviendra Secrétaire à la Défense des États-Unis sous la présidence de G. W. Bush et conservera son poste sous Obama. Ses financements proviennent entre autres de : ExxonMobil, Bank of America, US Army, US Air Force, US Marine Corp, Boeing, Rockefeller&co, Thales USA, etc. Dans nos médias : Le Monde – Libération – L’Express – L’Obs – Le Point – Le Figaro.

    Le Washington Institute est une organisation qui fut vivement critiquée pour avoir des liens étroits avec le groupe de lobbying pro-israélien AIPAC. Parmi les conseillers consultatifs nous retrouvons Henry Kissinger, ancien Secrétaire d’Etat, ou Richard Perle, ancien Secrétaire adjoint à la Défense. Nous retrouvons également Condoleezza Rice et R. James Woolsey, ancien directeur de la CIA. Son financement vient probablement de l’AIPAC. Dans nos médias : Libération – L’Express – Le Figaro.

    La Fondation Carnegie est représentée en Europe par Victoria Nuland, ex-ambassadrice adjointe à l’OTAN (2000-03), puis conseillère du vice-président Dick Cheney (2003-05) avant d’être employée par Hillary Clinton. Parmi ses financements nous notons entre autres : OpenSociety, Département US Defense, Fondation Ford, Chevron, United Arab Emirates, Morgan Stanley, Federal Republic of Germany, etc. Dans nos médias : Le Monde – L’Express – L’Obs – Le Figaro – Le Point.

    Le Center for a New American Security réuni des personnalités politiques telles que le général David Petraeus, ex directeur de la CIA (2011-2012), Hillary Clinton, ou encore Madeleine Albright. Ses financements proviennent entre autres de Boeing, Government of Japan, Morgan-Stanley, Open Society, Chevron, Pentagone, Bank of America, Lockheed Martin, US Navy, US Air Force, US Army, etc. Dans nos médias : Le Monde – Libération – L’Express – Le Figaro – L’Obs.

    Le Center for Strategic and International Studies compte dans son conseil d’administration Henry Kissinger, Zbigniew Brzezinski, le géostratège qui a conseillé les présidents Jimmy Carter, George W. Bush et Barack Obama, et James Woolsey, qui dirigea la CIA de 1993 à 1995. Ses financements comprennent entre autres : Bank of America, Chevron, Lockheed Martin, Boeing, Raytheon, Thales, Électricité de France, U.S. Chamber of Commerce etc. Dans nos médias : Le Monde – Libération – L’Express – Le Figaro –L’Obs – Le Point.

    Le Council on Foreign Relations est très vraisemblablement la principale structure de rayonnement de la galaxie des think tanks atlantistes. Nous y retrouvons Henry Kissinger, Madeleine Albright, Colin Powell, Robert Gates et Gerald Ford, 38ème président des Etats Unis. Nous notons les financements suivants : Bank of America, Exxon Mobil, Goldman Sachs, JPMorgan, Morgan Stanley, Credit Suisse, Deutsche Bank, Lazard, Airbus Group, Raytheon, Total, U.S. Chamber of Commerce, etc. Dans nos médias : Le Monde – Libération – L’Express – Le Figaro – L’Obs – Le Point.

    Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas pour nous d’affirmer ici que tous les journalistes sont soumis à des intérêts cachés, toutefois force est de constater que les rédactions de nos médias sont toutes « sous forte influence ». Et vous aurez noté que le spécialiste des « coups tordus » Henry Kissinger est présent dans tous ces « think tanks » depuis de très nombreuses années.

    3/ Un porte-parole paranoïaque comme référence ?

    En matière de lutte contre les « théories du complot », la caution intellectuelle du Monde et de la presse dans son ensemble est apportée par le théoricien islamophobe Pierre-André Taguieff.

    Il est l’homme que Le Monde suit et consulte depuis des années. Au fil du temps, Le Monde a produit un très grand nombre d’articles où ses travaux font autorité. Parmi le large éventail de choix sur le sujet (Le Monde/Taguieff), nous avons choisi quelques exemples significatifs. Dans son édition du 21.09.2015, Le Monde titre l’un de ses articles sous forme d’interview « Pour Pierre-André Taguieff, l’intelligentsia française sous-estime l’antisémitisme ». Dans cette chronique Taguieff profite une fois de plus de l’occasion pour s’offusquer de la lutte contre l’islamophobie. L’éditorial du Monde du 20.06.2012 est consacré à l’affaire Merah. Là encore il y est décrit comme un spécialiste rigoureux du conspirationnisme. Dans Le Monde du 23.02.2012, il est écrit « Dans un numéro de « L’homme et la Société » datant de 1985, Pierre-André Taguieff en donnait une utile définition : pour les différentialistes, la différence culturelle est traitée comme une différence naturelle, et une différence de nature. Il y aurait plusieurs natures humaines ». Le 28.08.2008, Roger-Pol Droit pour l’édition Le Monde des livres ne tarit pas d’éloges envers Taguieff. Pour Roger-Pol Droit, « Pierre-André Taguieff construit une œuvre imposante, au carrefour de l’histoire des idées, de la sociologie et de l’intervention politique ». Pour Pierre Drouin dans les colonnes du Monde du 10.06.2004, « Pierre-André Taguieff interroge l’idée de progrès ». Nicolas Weill dans Le Monde du 20.06.2002 écrivait « Le sociologue Pierre-André Taguieff montre les usages erratiques de la notion de populisme ». Terminons cette liste non exhaustive avec un néoconservateur notoire qui n’est autre que Robert Redeker, qui lui aussi le 25.01.2002 profite d’une recension de M. Taguieff dans Le Monde pour brocarder la gauche anti-impérialiste. Totalement conquis, M. Redeker précise « Taguieff avertisseur d’incendie ». Il convient de noter que le soutien du Monde à Pierre-André Taguieff dure depuis plusieurs décennies, alors même que sur France Inter en 1997 ce dernier déclarait « Deux millions de musulmans en France, ce sont deux millions d’intégristes potentiels ».

    Pierre André Taguieff est à l’origine de la méthode qui consiste à mélanger des sujets sérieux, par exemple la cause palestinienne, à des légendes farfelues, par exemple les Illuminatis. L’objectif de la manœuvre étant de ridiculiser les militants anti-impérialistes. Cette matrice est invariablement composée de trois constantes : 1/ Le principe de non contradiction est totalement bafoué dans la narration. 2/ L’indignation est sélective (les dictatures alliées à l’Occident échappent toujours à la critique). 3/ Quand il aborde le complotisme, certains faits sont systématiquement ignorés (opération Condor, réseaux Gladio…). Son CV n’est pas plus reluisant que sa rhétorique. Pierre-André Taguieff fut contributeur hyperactif du site drzz.info devenu dreuz.info, qui publie les diatribes xénophobes et islamophobes de Daniel Pipes. Mais dreuz.info est surtout et avant tout une tribune permanente pour la théorie d’Eurabia, un néologisme forgé en 2005 par l’essayiste et contributrice de dreuz.info, Bat Ye’Or. Le concept Eurabia est souvent repris par des mouvements d’extrême droite parlant d’une Europe absorbée par le monde arabe.

    Et que nous disent les « décodexeurs » du site Dreuz où Pierre-André Taguieff a officié ? A la question « Dreuz Info est-il une source d’information fiable ? » Réponse : « Un blog qui se revendique comme « pro-américain », « pro-israélien » et « néo-conservateur ». Il publie régulièrement de fausses informations, notamment sur l’immigration ». Cette consigne est suivie de “Notre Avis” : « Ce site diffuse un nombre significatif de fausses informations et/ou d’articles trompeurs. Restez vigilant et croisez avec d’autres sources plus fiables. Si possible, remontez à l’origine de l’information » . Une mise en garde appuyée par plusieurs articles dont « Sur le Web, le Hollande bashing se radicalise ». Cependant, les “décodexeurs” se gardent bien de signaler le lien entre les islamophobes pro-Eurabia de Dreuz et le « politologue » consulté par tous Pierre-André Taguieff.

    4/ Attaques chimiques en Syrie : les “certitudes” du Monde à l’épreuve des faits.

    Le mercredi 12 avril 2017, directement pour le Décodex cette fois, Madjid Zerrouky et Adrien Sénécat, tous deux journalistes au Monde, écrivent à propos de l’attaque chimique de Khan Cheikroun du 4 avril : « Bombardement chimique en Syrie : les intox à l’épreuve des faits » . Les deux journalistes ajoutent « les preuves incontestables qui démontrent que Assad ment quand il conteste la nouvelle attaque chimique. » Ils surajoutent même lourdement : « Les preuves sont fournies par le Pentagone et les rebelles qui scrutent le ciel en permanence ». Par conséquent, Le Monde prend pour argent comptant les renseignements de rebelles dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est que certains d’entre eux tentent depuis le début du conflit de faire assassiner des journalistes par l’armée syrienne, c’est du moins ce que relate le journaliste Alex Thomson de Channel 4 dès juin 2012, ce qui traduit une situation particulièrement incertaine sur le terrain, et semble être la véritable explication de l’absence très tôt parmi les “rebelles”, de journalistes de la presse occidentale réfugiés au Liban, en Israël ou en Jordanie.

    Concernant les faits retenons surtout qu’à part celui de rendre grandiloquent un écrit très faible sur sa ligne, cette partie de l’article du Monde n’a finalement pas grand intérêt étant donné que L’Etat syrien reconnaît l’intervention aérienne au travers de la déclaration du ministre russe de la Défense : « Selon les données objectives du contrôle russe de l’espace aérien, l’aviation syrienne a frappé près de Khan Cheikhoun un grand entrepôt terroriste. ». Et dans cet entrepôt situé dans une région encore entièrement contrôlée par Al-Nusra, il y avait des composants chimiques.

    Dans cette affaire, Le Monde se devait de donner un semblant de légitimité à ses assertions. La caution scientifique sera apportée tant bien que mal par Olivier Lepick, chercheur associé à la “Fondation pour la Recherche” à qui Le Monde fait dire qu’il réfute catégoriquement la thèse syrienne. Pourtant à le lire, il semble plus mesuré, car il précise au Monde que « Si un tel stock existait, il serait “très improbable” qu’il soit sous le contrôle des groupes rebelles ». Et pour cause. Cette dernière hypothèse est en effet très discutable, comme nous allons le voir.

    Tout d’abord retenons que selon CNN dès décembre 2012, des agents privés sous-traitants de la Défense américaine et européenne envoyés par les gouvernements des pays OTAN ont formé en Jordanie et en Turquie des “rebelles” à “tracer”, “sécuriser” et “gérer” des stocks d’armes chimiques dans les zones conquises. Donc des “rebelles” ont bien été en contact avec ce type d’armes, et selon toute vraisemblance ils savent les manipuler depuis le début du conflit.

    Prenons également en considération que ce sont des jihadistes de Liwa Al Islam et Al Nusra, connus pour leurs liens avec l’Arabie Saoudite, qui attaquèrent le 21 décembre 2013 des entrepôts chimiques de l’armée syrienne pour s’emparer de leurs stocks, au moment où l’armée s’apprêtait à les transporter pour les “évacuer depuis le port syrien de Lattaquié dans deux cargos, escortés par les navires militaires norvégien et danois, à destination du port italien de Gioia Tauro. Les 700 tonnes d’agents chimiques les plus potentiellement dangereux furent transférés sur le MV Cape Ray, un navire de la marine américaine spécialement équipé pour leur destruction, et détruits dans les eaux internationales.”

    Notons aussi que le samedi 15 avril dernier, l’EI a utilisé des gaz chimiques à Mossoul, et ce n’est pas la première fois selon l’AFP.

    Enfin, rappelons ici qu’il est de notoriété publique que le jeu ininterrompu des allégeances entre brigades “rebelles” et brigades “jihadistes” rend leur classement extrêmement volatil. Seule la narration des médias pro-OTAN est totalement affirmative, en parfaite adéquation avec les déclarations officielles des chancelleries des pays OTAN.

    Donc ces informations indiquent la possibilité réelle et vraisemblable, même si elle est minimisée par Olivier Lepick, que des “rebelles” soient effectivement en possession de gaz neurotoxiques avec l’objectif éventuel d’en faire usage.

    Venons-en “aux charges”. Qui apporte les “meilleurs arguments” ? La certitude que “le gaz sarin a été utilisé en Syrie à plusieurs reprises et de façon localisée” est certes bel et bien établie, mais l’identité des auteurs des attaques fait toujours débat. Dès lors, le déterminisme du journal Le Monde est loin d’être satisfaisant puisque par exemple en mai 2013, l’ancienne Procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie Carla Del Ponte a affirmé que ce sont les rebelles syriens qui ont utilisé du gaz sarin en décembre 2012 à Homs, puis en mars 2013 à Jobar, près de Damas. Le même jour, on pouvait lire dans le journal Turc Zaman que la police locale turque avait trouvé du gaz sarin chez les terroristes d’Al Nosra, pudiquement qualifiés de « groupe rebelle de militants syriens », que les USA mirent plus d’un an à inscrire sur leur « liste noire du terrorisme international ». Et que faisait Le Monde, déjà à cette époque ? Une grande enquête totalement à charge, sans aucun recul déontologique, alors que ses 2 journalistes sur le terrain à l’origine des prélèvements utilisés comme “preuves”, avouaient a posteriori et à demi-mot être dans l’incapacité de déterminer qui était l’auteur des gazages, et qu’aucun autre journaliste du Monde n’était allé sur la scène du crime.

    Revenons à présent sur l’interview proposée par Les-Crises (un blog ostracisé par le Decodex) de Theodore A. Postol, professeur émérite en science, technologie et politique de sécurité nationale au MIT de Boston, et ancien conseiller scientifique auprès du chef des opérations navales de l’armée américaine. Dans cet entretien, Postol rejette les accusations de Elliot Higgins, animateur du blog Bellingcat. Postol déclare avoir tenté de travailler avec lui sans avoir jamais obtenu de réponse du blogueur, qui lui est référencé par Le Monde. Or Elliot Higgins avait justement fait paraître sur Bellingcat des explications pour tenter d’invalider un rapport antérieur signé de MM. Postol et Brown sur les attaques du 21 août 2013 à La Ghouta, dans la banlieue de Damas. Postol nous confie avec 4 ans de recul son dernier point de vue sur cette attaque et il est très clair : « Nous disons que nous ne savons pas qui a exécuté l’attaque, mais que nous savons avec certitude que les renseignements présentés par la Maison-Blanche en septembre 2013 ne peuvent assurément pas être corrects » .

    Mais il y a mieux. Comme nous le conseille Le Monde, nous avons pu recouper cette affirmation avec le point de vue des six congressistes américains tant Démocrates que Républicains, qui ont demandé à accéder aux preuves, et ont déclaré exactement la même chose dans leurs journaux locaux concernant cette même attaque du 21 août 2013.

    D’ailleurs au final, même Obama s’est montré prudent. Il semblerait en effet que si le président a reculé, c’est tout simplement parce qu’il avait promis aux américains qu’il demanderait le vote du Congrès, et qu’il s’apprêtait à essuyer un échec aussi retentissant que celui de Cameron. Inavouable bien entendu.

    A la lumière de cette somme d’informations, examinons à présent la nouvelle séquence française suite à la nouvelle attaque chimique du 4 avril 2017, imputée par les pays OTAN et Le Monde aux forces gouvernementales syriennes, du moins telle qu’analysée par Madjid Zerrouky et Adrien Sénécat le 12 avril 2017. Leur version s’appuie sur la déclaration officielle de l’ex-ministre des Affaires étrangères Jean Marc Ayrault le mercredi 19 avril 2017 sur la chaine LCP, juste avant le premier tour de la Présidentielle française. Le village de Khan Cheikroun, sous contrôle rebelle, a été bombardé par un Sukkoï22 syrien qui a décollé de la base aérienne militaire de Shayrat censée abriter un arsenal chimique non déclaré en 2014. Malgré une nouvelle intervention de M. Théodore Postol (version finale de son rapport publiée le 18 avril) qui disculpe ipso facto les forces gouvernementales, de nouvelles “preuves” françaises ont été publiées ce mercredi 26 avril, juste entre les 2 tours de la Présidentielle, qui font réagir les internautes avec vigueur, au vu de leur extrême faiblesse. Comme dans le cas d’Obama, le véritable motif de cette publication semble être ailleurs que dans la solidité ou non de ces preuves.

    Une fois de plus, force est de constater que l’effet d’annonce prime sur le contenu, et que Le Monde, comme souvent, s’agite au côté des interventionnistes, et non du côté de la recherche impartiale de la vérité. Une rhétorique méthodiquement décryptée par Anne Morelli qui dans les « principes élémentaires de propagande de guerre » précise que dans le discours guerrier “l’ennemi” utilise toujours des armes non autorisées, alors que nous « les bons », non seulement nous ne commettons pas d’atrocités, mais nous faisons la guerre de manière chevaleresque.

    Cet enchaînement de faits nous amène au point central de la discorde entre accusateurs et sceptiques : La question du mobile. Pourquoi Assad aurait-il agit de la sorte ? Le fait qu’Assad « n’avait aucun intérêt à faire ces frappes » semble pourtant a priori être une évidence qui mérite d’être examinée. Mais pour les “decodexeurs” du Monde c’est un « argument qui fait diversion ». Les deux compères du Monde balayent d’un revers de la main cette question préalable pourtant essentielle par la formule suivante : « Un élément d’interprétation qui remettrait en question l’implication du régime syrien ». Mais qu’y-a-t-il de malhonnête à rechercher le mobile d’un crime ? N’est-ce pas la base d’une enquête que de s’interroger sur les raisons du criminel ? En l’occurrence pourquoi Assad dès 2013 aurait-il entamé une série d’actes aussi suicidaires ? N’était-ce pas le meilleur moyen face à “l’opinion internationale” de se mettre une corde au cou quand nous savons le sort qui fut réservé à Mouammar Kadhafi quelques mois auparavant, et à Saddam Hussein en 2006 ? Aussi comprenons qu’à ce jour, la seule et unique certitude que nous puissions avoir est que seule une enquête indépendante sous l’égide de l’ONU pourra apporter un véritable éclaircissement, et que seule une parfaite clarification aura le pouvoir d’être suivie de décisions diplomatiques fortes et respectables car légitimes. Ce qui n’est bien sûr pas le cas pour le moment.

    5/ Le cas Trump :

    Pour finaliser cette dernière partie autant qu’il est possible de le faire à cette heure, revenons sur le comportement du Monde au gré de la réaction de Donald Trump à la suite de l’attaque au gaz de Khan Cheikhoun. Peu soucieux du respect du droit international, le nouveau président américain a signé son premier acte unilatéral de guerre illégale. Pourtant, pour le journal Le Monde, pour les pouvoirs politiques et pour la presse occidentale, le ton serait plutôt de dire “hourra le shérif est de retour”. A cet effet, Le Monde a repris un article de l’AFP intitulé « Après l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, Donald Trump cible le régime syrien ». Souvenons-nous qu’il y a encore peu, aux yeux de la presse internationale et du Monde, Donald Trump n’était qu’un illettré, un déficient mental, bref une “brute épaisse”. Et force est de constater que depuis qu’il s’avère être vraiment une brute épaisse, sa cote de popularité dans les journaux est à la hausse. L’homme serait même sur le chemin de la respectabilité.

    Un traitement de l’information qui en rappelle un autre : Souvenons-nous de l’élection américaine de novembre 2016. Le Monde, avant l’élection américaine, avait colporté une parfaite théorie du complot selon les critères de son Décodex. La fameuse déclaration fabriquée par l’équipe d’Hillary Clinton, qui accusait Donald Trump d’être la « marionnette » du président russe Vladimir Poutine. Le président russe « préfère avoir une marionnette comme président des Etats-Unis » , avait lancé à plusieurs reprises Hillary Clinton. Trois mois après l’investiture de Donald Trump, l’affirmation d’Hillary Clinton disparaissait des radars médiatiques en même temps que le président américain changeait de cap diplomatique et agissait cette fois dans la droite ligne de ses prédécesseurs. Toujours est-il que sur cette affaire, le Décodex, toujours très sélectif dans ses critiques, n’agite toujours pas à ce jour de carton rouge en direction des médias qui ont relayé cette assertion invérifiable venue du camp Clinton.

    Récapitulons :

    Si l’on en croit ses concepteurs, le Décodex est un outil informatique qui permet à un public large et varié de décrypter l’information sans trop d’efforts. Ainsi nous dit-on, les utilisateurs du Décodex peuvent faire le tri entre les informations pertinentes et les fausses nouvelles communément appelées “fake news”. Cependant, la maison-mère du Décodex, qui n’est rien moins que le journal Le Monde, est contredite dans ses principes élémentaires comme nous venons de le voir.

    Le Monde minimise autant que possible l’influence de l’extrême droite en Ukraine et la presse britannique (classée fiable) et certaines ONG sont là pour nous le rappeler.

    Les sources primaires du Monde sont très souvent les purs produits de l’industrie de guerre américaine.

    Le Monde n’a pas le moindre scrupule pour utiliser un porte-parole paranoïaque tel que Pierre-André Taguieff, ex éditorialiste du site Dreuz, qui est un site conspirationniste selon les termes même du Décodex.

    Sous le prétexte du droit d’ingérence humanitaire, Le Monde cautionne une intervention militaire américaine en Syrie, alors même qu’à ce jour aucune preuve acceptée par la Communauté internationale n’a été présentée à l’ONU qui désigne les responsables des actes que cette administration est censée punir. Une attitude adoptée aussi par M. Jean-Marc Ayrault, qui rappelle en tous points celles d’avril puis août 2013 étroitement liées à une enquête soi-disant accablante du journal Le Monde, et extrêmement discutables elles aussi.

    La frappe unilatérale ordonnée par Donald Trump fut donc parfaitement illicite, et renvoie à une Administration américaine qui n’est jamais avare de mensonges quand il s’agit de ses intérêts*, défendus avec complaisance dans des médias versatiles qui avaient soutenu Hillary Clinton, notamment contre le prétendu complotisme pro-russe de Donald Trump.

    Conclusion

    « Pourquoi sans le moindre détour ne pas avoir écrit un billet à charge contre le Décodex ? » , nous diront à juste titre, ceux qui pensent qu’il y a beaucoup à dire sur cette initiative du Monde, qui indéniablement a pour objectif la mise à l’index des idées divergentes de celles des forces dirigeantes des pays OTAN. A cette interrogation légitime, nous répondrons simplement que le travail a été fait par d’autres. De ce fait, il nous a semblé utile d’examiner Le Monde lui-même à travers le prisme de son Décodex. Et le moins que l’on puisse dire est que ce journal se trouve discrédité par les méthodes d’investigation de son propre outil. Au final, cet outil nous permet surtout de pointer les influences, le dogmatisme et les contradictions d’un journal qui se targue de cultiver un certain recul. Quoique le journaliste Samuel Laurent puisse en dire, Le Monde est un journal militant et partial, en ce sens qu’il soutient la politique impérialiste de l’OTAN. Son positionnement, parfaitement aligné sur celui du quai d’Orsay, a pour principale conséquence la justification des conflits récents. Le Monde ferme les yeux sur les régimes autoritaires alliés à l’Occident, et diabolise les activistes anti-guerre et anti-impérialistes. De ce fait les journalistes du Décodex rallient le cortège de ceux qui s’efforcent, avec plus ou moins de réussite, de fournir à l’occident des alibis pour toutes les guerres dans lesquelles l’OTAN est directement ou indirectement impliquée.

    * « Les grandes puissances n’ont pas de principes, seulement des intérêts. » Henry Kissinger, Secrétaire d’État du gouvernement républicain de Richard Nixon, puis de Gerald Ford.

    Lien :
    https://anticons.wordpress.com


    • Vers l’émancipation, contre la calomnie. En soutien à Houria Bouteldja et à l’antiracisme politique.

      http://mobile.lemonde.fr/idees/article/2017/06/19/vers-l-emancipation-contre-la-calomnie-en-soutien-a-houria-bouteldja-

      Il y a 3 jours
      Vers l’émancipation, contre la calomnie. En soutien à Houria Bouteldja et à l’antiracisme politique

      Dans une tribune au « Monde », une vingtaine intellectuels réagissent à l’article « La gauche déchirée par le racisme antiraciste » publié le 10 juin.

      EXTRAIT
      TRIBUNE. Dans le supplément « Idées » daté samedi 10 juin, Jean Birnbaum consacre un article au « malaise croissant dans le mouvement social » face à « l’usage militant des notions comme la “race” ou l’“islamophobie” ». Il y rapporte des propos tenus ici ou là sur les Indigènes de la République et, au-delà, sur l’antiracisme décolonial et politique.

      Dans ces allusions, une nouvelle fois, Houria Bouteldja est la cible privilégiée des accusations les plus insensées, qui sont autant de calomnies : racisme, antisémitisme, homophobie… Il semble décidément que ses contempteurs n’aient pas lu son livre Les Blancs, les Juifs et nous [La Fabrique, 2016], se soient arrêtés à son titre sans le comprendre ou à quelques extraits cités à contre-emploi.

      La suite est réservée à nos abonnés.

      Les signataires :
      Ludivine Bantigny (historienne), Maxime Benatouil (co-président de l’Union juive française pour la paix), Judith Bernard (metteure en scène et journaliste), Déborah Cohen (historienne), Thomas Coutrot (économiste), Christine Delphy (sociologue et militante féministe), Annie Ernaux (écrivaine), Fabrice Flipo (philosophe), Isabelle Garo (philosophe), Eric Hazan (éditeur et écrivain), Stathis Kouvelakis (philosophe), Philippe Marlière (politiste), Dominique Natanson (co-président de l’Union juive française pour la paix), Olivier Neveux (universitaire), Ugo Palheta (sociologue), Geneviève Rail (universitaire, Simone de Beauvoir Institute and Womens Studies, Canada), Catherine Samary (économiste), Michèle Sibony (Union juive française pour la paix), Isabelle Stengers (philosophe), Julien Théry (historien), Rémy Toulouse (éditeur).


  • Mélenchon ou la France insoumise, la seule force d’opposition selon moi, capable de renverser le diktat capitaliste français des va-en-guerre. NRobin

    https://avenirencommun.fr/avenir-en-commun

    L’Avenir en commun, le programme
    L’Avenir en commun est le programme de la France insoumise et de son candidat Jean-Luc Mélenchon. Cf lien.

    L’Avenir en commun n’a de sens que si nous le construisons ensemble au cours d’un processus collectif de débats. La collection des « livrets de la France insoumise » offre cet espace d’échanges pour enrichir le programme en continu. Plus de 40 livrets thématiques sont également disponibles.

    L’Avenir en commun est disponible dans toutes les librairies
    Retranscription du discours de Jean-Luc Mélenchon à la Fête de l’Humanité, septembre 2016, la Courneuve.

    "Ma candidature est d’abord celle d’un programme, dont la cohérence doit être gardée, protégée, nourrie avec soin.

    Un programme ce n’est pas un copier-coller de toutes les revendications que l’on a entendues. Il faut qu’il y ait un fil conducteur, qui s’applique dans tous les compartiments de la proposition. Ce fil conducteur, c’est l’intérêt général humain qui est mis en cause par la menace qui pèse sur la civilisation humaine, la destruction du seul écosystème compatible avec celle-ci.

    Le fil conducteur qui organise tout le reste, c’est cette vision des biens communs, de ce que nous avons en commun, de notre humanité partagée.

    De l’Humain d’abord à l’Avenir en commun

    Et bien je peux dire que le candidat a quelques privilèges, - on va appeler ça comme ça – il en a un, c’est de trancher parmi la foule des propositions qui lui sont faites, en matière de mots d’ordre ou de slogans. Et bien, j’ai tranché, et j’ai choisi que l’on appelle notre nouveau programme, qui s’appelait L’Humain d’abord, j’ai choisi qu’on aille au bout de la logique de « l’humain d’abord ». Si c’est l’humain d’abord, alors l’humain est dans tout homme, toute femme, quelle que soit sa condition sociale, quelle que soit son éducation, quelle que soit sa religion – puisqu’on n’arrête pas d’en parler, et même s’il n’en a pas, ce qui est la masse du peuple français. Et bien ce qu’ils ont en commun c’est cela que nous allons valoriser, c’est de cette manière que nous allons interpeller chacun, sans nous occuper de savoir comment il a voté avant, ce qu’il faisait avant, ce qu’il disait avant.

    À cette heure, voici que s’avance la plus grande des menaces, nous pouvons y faire face et relever ce défi ce qui serait extraordinaire, la dette écologique est dorénavant parvenue au 8 août ce qui signifie qu’à partir du 9 août au matin, la terre se voit prélever plus que ce qu’elle ne peut reconstituer. Dès lors l’intérêt général est appelé […]

    Cela signifie que nous devons aller au bout de l’humain d’abord, le bout de l’humain d’abord, c’est d’appeler en toute personne, cette communauté de la condition humaine. Le programme s’appellera : L’Avenir en commun.

    Je souhaite que vous compreniez le mot jusqu’au bout, car il n’y a pas d’avenir en commun pour les êtres humains sans tous les éléments qui constituent la biosphère. Il n’y a pas d’avenir en commun pour les êtres humains sans toutes les espèces animales et végétales qui ont permis l’émergence de la conscience. L’Avenir en commun est un projet global qui concerne tous les aspects de la biosphère et de sa conservation. Cet avenir en commun, cet intérêt général humain qui est appelé, c’est celui qui me permet de m’adresser à tous, en toutes circonstances.

    Le programme de la France insoumise

    […] Nous proposons un programme, nous proposons une démarche, nous proposons un mouvement, la France insoumise, dans lequel tout le monde est appelé.

    Je suis un candidat hors parti, mais je ne suis pas un candidat contre les partis, je suis moi-même membre d’un parti. Mais il faut que tout le monde puisse participer à cette campagne, apporter son intelligence, sa capacité individuelle sans être obligé, jamais, de se soumettre à telle ou telle règle ou bien d’adhérer à telle ou telle organisation partisane, c’est cela ce que nous cherchons à faire, et vous voyez notre force c’est là qu’elle est. C’est 125 000 personnes, qui ne demandent rien à personne et qui font campagne dès aujourd’hui à nos côtés. Je ne suis pas capable de vous dire exactement tout ce qu’ils disent, mais je suis certain qu’ils le disent plus efficacement et avec plus de sensibilité que ne le ferait n’importe quelle organisation qui aurait décidé de passer un discours dans un moule unique, même si parfois ce discours est nécessaire pour penser.

    La solidarité pour sortir de la peur

    Il faut compter sur le peuple, sur son intelligence, son humour, sa dérision, sa finesse pour convaincre et entraîner. Car il faut convaincre et entraîner. Il faut sortir de la sinistrose, il faut sortir du déclinisme, il faut sortir de la peur qui est le seul nouveau lien social que la droite ait proposé au peuple pour se rassembler.

    J’y reviens un instant : permettez-moi que je m’y attarde car cela concerne la morale, cela concerne la manière de vivre ensemble. Autrefois, le grand lien social étaient la solidarité, la fraternité et personne ne trouvait à y redire quand bien même était-il de droite. La cupidité était considérée comme une tare ; aujourd’hui elle est considérée comme le premier moteur de l’activité. Chacun est amené à développer son égoïsme personnel comme une affirmation de soi.

    Et ce qui était autrefois le lien commun, qui fait notre vie quotidienne, c’est-à-dire l’amour, c’est-à-dire l’intérêt pour les autres sans lequel nous n’avons pas d’existence personnelle, ce lien était le lien de la société. Ils l’ont remplacé par un autre lien : la peur. […] La peur tout le temps. Nous, nous remettons au centre de commande, d’autres valeurs. Et ce sont elles qui, en fonctionnant, vont nous donner l’énergie de fonctionner autrement."

    SignJLM2017.png


  • Un conflit, une guerre de plus ? N R

    http://www.madaniya.info/2017/06/13/maroc-ne-voulons-vivre-malediction-a-frappe-continue-de-detruire-lirak-sy

    Madaniya : NOUS NE VOULONS PAS VIVRE LA MALÉDICTION QUI A FRAPPÉ ET CONTINUE DE DÉTRUIRE L’IRAK, LA SYRIE ET LA LIBYE

    https://www.debate.com.mx/__export/1496340080000/sites/debate/img/2017/06/01/manifestantes.jpg
    PAR LA RÉDACTION • JUIN 13, 2017

    Fin octobre 2016, un marchand de poisson s’est vu confisquer sa marchandise par les autorités maritimes. La pêche de cette variété de poisson qu’il s’apprêtait à revendre est interdite à cette saison. Après des pourparlers infructueux il s’installe dans la benne pour tenter d‘empêcher sa destruction. Le mécanisme est déclenché et l’homme est broyé. Une immense émotion s’est emparée des habitants d’Al Houceima, petite ville côtière du Nord du Maroc où l’emploi est rare en dehors de l’estivage qui parvient à remplir quelque peu des hôtels flambant neuf.

    Des manifestations exigeant que justice soit rendue, et elle le fut en un temps record avec des condamnations rapides de responsables locaux, ont commencé. Elles se sont poursuivies après le verdict sur fond de revendications sociales pour une région qui fut longtemps délaissée et ‘punie’ par Hassan II.

    En effet, le Rif s’est rebellé en 1958-1959, juste au lendemain de l’indépendance théorique de 1956, il demandait une relative autonomie et une plus juste répartition des pouvoirs locaux ce qui était un attribut tout à fait traditionnel accordé à cette région par les différents Sultans du Maroc. Les différentes composantes de la Résistance qui ont œuvré au retour au trône de Mohammed V espéraient encore un partage équitable des responsabilités. La monarchie n’était pas encore figée en ce qu’elle allait devenir, une autocratie.

    La répression se fit dans le sang, les mains de Hassan II en ont été entachées de manière indélébile. Les Rifains ont gardé cet épisode en mémoire et leur sentiment d’injustice sociale partagé par l’ensemble des classes défavorisées en est d’autant avivé.

    Depuis, le mouvement rifain de revendications sociales s’est propagé à l’ensemble du territoire. Ce jour, dimanche 11 juin, une manifestation importante s’est déroulée dans la capitale à Rabat. Nombre d’organisations y ont pris part.

    Le gouvernement actuel constitué seulement en avril après des élections législatives tenues début octobre a pour l’instant réagi en emprisonnant quelques leaders charismatiques et en espérant le pourrissement de la situation.

    Tribune Libre par, Badia Benjelloun, Docteur en médecine

    Nous ne voulons pas vivre la malédiction qui a frappé et continue de détruire l’Irak, la Syrie et la Libye. Nous ne voulons pas subir le programme de fragmentation lancé contre les pays arabes. Mais comment ne pas être solidaires avec les Marocains qui réclament moins de corruption et plus de justice sociale ? Qui peut rester sourd à cet appel qui revendique que chaque citoyen puisse avoir une vie digne ?

    Il n’est pas étonnant que le mouvement, non encore pris en charge par des organisations qui vont le dévoyer, ait débuté dans le Rif.

    La première raison est bien sûr historique. Depuis les attaques des royaumes espagnol et portugais sur les côtes du Nord du pays, le Sultan avait confié la tâche aux tribus du Rif d’en être les gardiens. Moyennant une exemption d’impôt à l’État central, elles ont défendu l’intégrité territoriale valeureusement. Elles ont acquis une tradition de lutte farouche contre l’envahisseur potentiel et de relative autonomie par rapport au makhzen.

    L’épopée de la guerre du Rif et son éphémère république a été le point culminant de la résistance contre les prétentions coloniales de la péninsule ibérique.

    La seconde résulte d’un enclavement du Rif qu’un relatif développement du pays a contourné, générant un vif sentiment d’abandon. Durand des décennies entières, les Rifains n’avaient d’autre choix que d’émigrer ou de s’adonner à la culture du Cannabis. Il est des villages où chaque famille a donné au moins l’un de ses fils à l’étranger.

    La crise économique mondiale induite par un capitalisme financiarisé à l’extrême a obligé les pays traditionnellement importateurs de main d’œuvre à limiter drastiquement les entrées sur leur territoire, rendant inopérante la soupape qui soulageait la région de son trop-plein de chômeurs tout en assurant une rentrée de devises au pays.

    Le nombre de morts sur les Pateras qui tentent la traversée de la Méditerranée et le partage d’information sur les réseaux sociaux du sort réservé aux migrants dans les camps de détention ayant réussi leur passage décourage les candidats au départ.

    Confrontée à la réalité d’une inégalité sociale de plus en plus marquée et désormais privée de l’espoir de quitter le territoire, toute une jeunesse exprime à haute et intelligible voix qu’il n’y pas d’issue sans de profondes réformes sociales.

    Il est plus qu’inconvenant d’attribuer l’émergence de ce mouvement à une machinerie provenant d’un pays tiers et voisin immédiat. Lequel pays est d’ailleurs confronté aux mêmes contradictions d’une minorité qui s’accapare les richesses nationales et ne souhaite en aucun cas la déstabilisation du Maroc. Il craint à juste titre une contamination par la rébellion qui couve contre le régime plus que corrompu des militaires au pouvoir. C’est une faute politique.

    De même que c’est une grave erreur de tabler sur une résolution du problème clairement posé par son pourrissement. Ces hommes sont résolus, ils n’ont rien à perdre que leur frustration et surtout, ils sont pieux et animés d’une foi, celle indestructible que lui confère un Islam bien compris, celui de l’égale dignité des fils d’Adam.

    L’équation ainsi posée, il faut établir rapidement une concertation qui mette en place des jalons en vue d’un dénouement.

    Tout d’abord, ceux qui exercent le pouvoir doivent reconnaître publiquement la légitimité des revendications portées non seulement par le Rif mais par un nombre croissant de régions et de villes. Le menu peuple n’en peut plus d’être exposé dans la moindre de ses démarches à l’arbitraire, aux passe-droits et à l’impôt direct du bakchich.

    Il n’est ni téméraire ni dégradant de valider publiquement un état de fait vécu par tous et chacun, sinon c’est l’enfermement dans le déni et la schizophrénie.

    Ce pays compte suffisamment de patriotes prêts à se dévouer sans contrepartie de cures ni prébendes pour appliquer un programme de moralisation de la vie publique sans qu’il soit nécessaire de tomber dans le travers de la Terreur et des délations. C’est un immense chantier en perspective.

    Il sera initié donc par le déploiement d’un ‘Je Vous ai compris’ bien compris.

    Le pendant de ce futur travail pour une harmonisation sociale passe par des réformes structurelles qui obligent à négocier la Dette extérieure du pays.

    En demander sinon purement et simplement son annulation, en tous les cas une bonne remise. Il faut sortir du diktat du FMI, restaurer la souveraineté pleine et entière du Maroc. Le pays doit retrouver son amplitude d’action en matière d’instruction publique et de santé et ne pas livrer ces deux fonctions régaliennes au privé soumis à la loi du profit.

    D’autres institutions financières capables de se substituer à la Banque Mondiale et au FMI ont émergé, elles sont moins gourmandes quant à la rentabilité de leurs prêts.

    Il est temps de s’apercevoir que le monde n’est plus unipolaire.

    Il est temps de refuser de se faire piller nos maigres ressources et de mettre des secteurs industriels fragiles en concurrence avec ceux des pays avancés qui imposent le libre-échange à leur avantage.

    Quant à la réforme de la régionalisation, il faut la laisser dans les cartons pour l’heure. Déléguer des fonctions qui reviennent de plein droit à l’Etat central à des élus locaux revient à créer une classe de seigneurs locaux et de caïds.

    L’urgence est bien d’amorcer un apaisement, d’ouvrir une perspective enthousiasmante en annonçant ce train de révisions stratégiques.
    Refonder la société, ce n’est pas moins ce qui s’impose à nous.

    Et c’est beaucoup plus aisé que l’on ne l’imagine. L’addiction au capitalisme sauvage qui nous est imposé contrevient au dogme de l’Islam et elle est curable.

    Au travail et vite, car nous ne voulons pas d’un nouveau déchirement dans un pays arabe, doit-on préciser arabo berbère tant la multi ethnicité et le multilinguisme sont une caractéristique des nations islamisées qui n’ont jamais été uniformisées ?

    Ne laissons pas gagner la dissension. Reconstruisons une unité sous l’enseigne d’une marche vers une véritable indépendance idéologique et économique qui réduira les forces centrifuges. Ce pays se dépeuple de ses élites intellectuelles et de ses forces vives contraintes de se rendre et de se vendre à l’étranger.
    Ne mimons pas les solutions politiques faussement démocratiques des pays occidentaux, ce modèle a montré ses limites. Les élections qui font alterner des équipes en tous points analogues sont une parodie désastreuse pour un gouvernement par et pour le peuple.

    Et en préambule pour une conciliation avec le valeureux peuple du Rif, il faut demander sinon réparation du moins reconnaissance de leur responsabilité aux États français et espagnol dans la fréquence anormalement élevée des cancers dans cette province.

    Ils ont expérimenté largement leurs armes chimiques lors de la répression de la résistance rifaine entre 1921 et 1926, prélude à la grande barbarie de leur seconde guerre mondiale.


  • http://la-bas.org/bibliotheque/international/la-nouvelle-question-d-orient
    La nouvelle question d’Orient
    par Georges Corm
    https://pbs.twimg.com/media/C6lft3kWwAA7P25.jpg
    http://www.investigaction.net/wp-content/uploads/2017/06/gc.png
    Georges Corm est historien et économiste. Il est également spécialiste du monde arabe auquel il a consacré de nombreux ouvrages. L’idée de son dernier essai est de faire comprendre les violences généralisées que connaissent un nombre grandissant des sociétés arabes depuis les années 2000, mais aussi le chaos et l’extension du terrorisme se réclamant de conceptions millénaristes de la religion musulmane dans de nombreux pays musulmans, en France, en Belgique et aussi aux Etats-Unis. Pour Georges Corm, il y a urgence à contextualiser, donner des clefs historiques, rappeler les débats, la rupture et la continuité de « la nouvelle question d’Orient ». Pour prendre conscience des causes qui ont conduit à ce « dérèglement de la raison ».

    http://www.investigaction.net/georges-corm-la-nouvelle-question-dorient

    question d’Orient »
    05 Juin 2017 TV5MONDE

    L’Orient n’est plus ce qu’il était, mais les Occidentaux n’en ont pas encore pris conscience. Dans « La Nouvelle Question d´Orient », Georges Corm nous aide à comprendre les conflits qui s’enchaînent dans le Moyen-Orient, les rivalités religieuses, les affrontements entre Russie et Otan qui ont un impact pitoyable sur cette région. Et il ose parler du « chaos mental » qui frappe les grands décideurs de la planète…
    https://youtu.be/W7iFo4yyqVc