NRobin

Chargée d’Etudes Nantes / AMD

  • Viva Barcelona ! N Robin

    https://www.bdsfrance.org/bnc-decision-historique-le-conseil-municipal-de-barcelone-vote-la-fin-de-

    COMITÉ NATIONAL PALESTINIEN (BNC)
    BNC : DÉCISION HISTORIQUE : LE CONSEIL MUNICIPAL DE BARCELONE VOTE LA FIN DE LA COMPLICITÉ AVEC L’OCCUPATION ISRAÉLIENNE ET LES COLONIES ILLÉGALES / 23 avril 2017

    Conseil municipal de Barcelone
    20 avril 2017 | BNC | Actualités
    https://www.bdsfrance.org/wp-content/uploads/2017/04/headline-barc-city-council-1.jpg

    19 avril 2017 – Aujourd’hui, à la lumière du vote du Conseil municipal de Barcelone pour condamner l’occupation israélienne, appeler à la fin de la complicité avec les violations du droit international par Israël et affirmer la légitimité du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) conduit par les Palestiniens, le Comité National BDS palestinien (BNC) a émis le communiqué suivant :

    Reconnaissant comment des mesures similaires avaient contribué à mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud, la société civile palestinienne salue le Conseil municipal de Barcelone pour sa décision historique de mettre fin à sa complicité avec l’occupation israélienne et ses violations des droits de l’Homme en votant :

    « De condamner l’occupation israélienne et sa politique de colonisation des territoires palestiniens et le pillage, l’exploitation, la destruction et l’épuisement des ressources et des richesses, y compris la terre et l’eau. »

    Le Conseil a voté aussi pour garantir que sa politique de commandes publiques comprenne des clauses qui garantissent le respect des droits de l’Homme afin d’ « empêcher le Conseil municipal de Barcelone d’avoir quelque sorte de complicité que ce soit avec cette occupation, la violation des droits de l’Homme et le pillage des ressources ».

    La motion encourage toutes les autorités locales et toutes les municipalités à introduire des clauses sur les droits de l’Homme dans tous leurs contrats de commandes publiques, ce qui exclurait légitimement des adjudications publiques les entreprises qui tirent profit des colonies illégales d’Israël et des atteintes aux droits fondamentaux des Palestiniens.

    Faisant évidemment référence au droit de défendre les droits des Palestiniens grâce à la tactique BDS, le Conseil municipal de Barcelone a reconnu la légitimité des « campagnes non violentes promues par la société civile palestinienne et internationale pour défendre le droit international et les droits de l’Homme en Palestine ».

    Avec cette décision marquante, le Conseil municipal de Barcelone rejoint plus de 70 autorités locales de l’État espagnol qui ont adopté diverses mesures pour mettre fin à la complicité locale avec le régime israélien d’occupation, l’apartheid et le colonialisme de peuplement. Des dizaines de ces autorités locales ont voté des motions de soutien au mouvement BDS pour les droits des Palestiniens et se sont déclarées « Zones Libres d’Apartheid ».

    Rafeef Ziadah, membre du Secrétariat International du BNC, a dit :

    « Nous saluons chaleureusement cette victoire pour les droits de l’Homme et félicitons le Conseil municipal de Barcelone pour avoir franchi cette étape significative pour aider à maintenir les droits des Palestiniens selon le droit international. Après 50 ans d’occupation de Gaza et de la Cisjordanie, y compris Jérusalem Est, par Israël et des décennies de son régime d’apartheid et de colonialisme de peuplement, il est réconfortant de voir des gens de conscience adopter la logique d’une pression non violente encouragée par le mouvement BDS qui se développe très vite.

    Faisant suite à des positions similaires de la part de l’Union Européenne et des gouvernements de Suède, d’Irlande et des Pays Bas, la reconnaissance par le Conseil municipal de Barcelone du droit de défendre les droits des Palestiniens grâce aux campagnes BDS est un triomphe pour la liberté d’expression et les droits démocratiques en Europe. Elle fournit une reconnaissance supplémentaire à BDS en tant que mouvement inclusif, motivant, antiraciste, enraciné dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui défend le principe fondamental comme quoi les Palestiniens doivent jouir des mêmes droits que le reste de l’humanité.

    A un moment où l’espace démocratique se rétrécit pour les citoyens et la société civile dans toute l’Europe, il est réconfortant de constater comment des citoyens et des élus reconnaissent que mettre fin à l’implication de leurs institutions dans les violations des droits des Palestiniens par Israël se recoupe avec les agendas nationaux qui promeuvent une justice de genre, sociale, économique et environnementale. »

    Lisez le communiqué des associations de solidarité de l’État espagnol en anglais et en espagnol.

    Le Comité National BNC palestinien (BNC) est la plus grande coalition de la société civile palestinienne. Elle conduit et soutient le mouvement mondial Boycott , Désinvestissement et Sanctions.

    Source : bdsmovement.net

    Traduction : J Ch. pour BDS France


  • Je voulais vérifier et voir par moi-même. N Robin
    J’ai assisté à la conférence d’Asselineau (le mal aimé des médias en général) à Nantes le mercredi 19/04/2017 à la Cité des congrès.
    Mes conclusions à ceux qui doutent : Asselineau est un candidat présidentiable, son programme tient la route. Il n’est ni de droite ni d’extrême droite. De telles affirmations relèvent de l’escroquerie.
    Asselineau est plutôt d’obédience gaulliste de gauche
    Ci-joint la vidéo de son meeting à Nantes ce jour :
    https://www.youtube.com/watch?v=G63dq4FA4A0


  • Qui faut-il croire Trump Assad ou les nouveaux chiens de garde ? NRobin
    Attaque chimique en Syrie : Assad met en cause les Etats-Unis
    Leparisien.fr 13 avril 2017, 15h01
    Leparisien.fr avec AFP
    Le président syrien Bachar al-Assad.AFP PHOTO / HO / SYRIAN PRESIDENCY PRESS OFFICE
    http://s1.lprs1.fr/images/2017/04/13/6851745_000-ni6v9_1000x625.jpg
    Le président Bachar al-Assad affirme à l’AFP que l’attaque chimique sur une ville rebelle de Syrie était totalement « fabriquée » et a servi de « prétexte » pour justifier les frappes américaines contre l’armée syrienne.

    Il dément toute implication du régime syrien dans l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, le 4 avril dans le nord-ouest de la Syrie. Dans une interview donnée à l’AFP le mercredi 12 avril, Bachar al-Assad affirme que l’attaque chimique au gaz sarin est « une fabrication à 100% (...). Notre impression est que l’Occident, principalement les Etats-Unis, est complice des terroristes et qu’il a monté toute cette histoire pour servir de prétexte à l’attaque » américaine du 7 avril contre une base aérienne.

    L’attaque chimique dans la ville de Khan Cheikhoun, dont les images de personnes saisis de convulsions ont choqué le monde, a causé la mort de 87 civils, dont 31 enfants, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Les Occidentaux ont imputé au régime d’Assad cette attaque chimique et, en guise de représailles, les Etats-Unis ont frappé aux missiles de croisière une base de l’armée de l’air syrienne au sud de Homs.

    « Les seules informations dont dispose le monde jusqu’à présent sont celles publiées par la branche d’Al-Qaïda », a affirmé Assad en référence au groupe djihadiste, Fateh al-Cham, qui contrôle Khan Cheikhoun avec les rebelles. « Nous ne savons pas si toutes les photos ou les images vidéos sont vraies ou truquées (...) Nous ne savons pas si ces enfants ont été tués à Khan Cheikhoun, nous ne savons même pas s’ils sont vraiment morts », a-t-il dit. « Et s’il y a eu attaque, qui l’a lancée ? » a encore demandé le président syrien.

    Pour justifier ses accusations, Bachar al-Assad affirme ne plus posséder d’armes chimiques : « Il y a plusieurs années, en 2013, nous avons renoncé à tout notre arsenal (...) Et même si nous possédions de telles armes, nous ne les aurions jamais utilisées. »

    Il n’acceptera qu’une enquête « impartiale » des Russes

    Cet entretien a été accordé à l’AFP par Bachar al-Assad, dans son bureau à Damas. L’agence de presse explique que l’interview a été filmée par les services de la présidence syrienne, qui a fourni à l’AFPTV l’enregistrement des 5 premières questions.

    Assad y minimise aussi la portée des frappes américaines sur la base aérienne d’Al-Chaayrate : « Notre puissance de feu, notre capacité à attaquer les terroristes n’a pas été affectée. » Le Pentagone affirmait avoir détruit 20% de l’aviation du régime.

    Bachar al-Assad revient également sur la résolution américaine à l’ONU, demandant une enquête internationale sur les attaques chimiques. Non seulement, il dit qu’il n’acceptera qu’une enquête « impartiale » - et par « impartiale », il faut comprendre avec les Russes. Il faut dire que le Kremlin est un des rares alliés du régime de Bachar al-Assad, ayant déposé un 8e veto à l’ONU contre toute résolution, alors que la plupart des membres de l’ONU condamnent l’utilisation de gaz contre des civils.

    Enfin, interrogé sur la perte d’un partenaire potentiel en la personne du président américain Donald Trump, Bachar al-Assad a affirmé : « J’étais très prudent à exprimer mon opinion à son sujet (...) Je disais toujours "attendons de voir ce qu’il va faire". » Mais pour le dirigeant syrien, « cette attaque est la première preuve que (...) le régime aux Etats-Unis (ne change pas) ». Bachar al-Assad accuse même Donald Trump d’avoir pris le parti de la rébellion. « Vous ne pouvez pas parler de partenariat entre nous deux, nous qui luttons contre le terrorisme (...) et eux qui les soutiennent ouvertement », a-t-il dit.

    leparisien.fr

    • Bachar el-Assad affirme que l’attaque chimique est « une fabrication à 100% » des Occidentaux
      Par lefigaro.fr Publié le 13/04/2017
      http://www.lefigaro.fr/international/2017/04/13/01003-20170413ARTFIG00200-bachar-el-assad-affirme-que-l-attaque-chimique-es
      VIDÉO - Dans une interview donnée à l’AFP, le président syrien dément toute implication du régime dans le bombardement chimique présumé du village de Khan Cheikhoune, et assure ne pas être en possession d’armes chimiques.
      Pour Bachar el-Assad, le bombardement chimique présumé du village rebelle de Khan Cheikhoun le 4 avril est une « fabrication à 100% » des pays occidentaux. Dans sa première interview à un média occidental depuis l’attaque qui a fait 87 morts, le président syrien a nié toute implication de son régime. « Il s’agit pour nous d’une fabrication à 100% », a-t-il affirmé dans un entretien accordé à l’AFP. « Notre impression est que l’Occident, principalement les Etats-Unis, est complice des terroristes et qu’il a monté toute cette histoire pour servir de prétexte à l’attaque » menée le 7 avril par les Etats-Unis contre une base aérienne du régime syrien, a-t-il ajouté.
      L’attaque chimique présumée a provoqué une brusque montée des tensions autour du conflit en Syrie. Dénonçant une attaque « très barbare », le président américain Donald Trump a ordonné le bombardement de la grande base d’Al-Chaayrate, la première frappe américaine contre le régime depuis le début du conflit en 2011.
      « Notre puissance de feu, notre capacité à attaquer les terroristes n’a pas été affectée par cette frappe », a affirmé Bachar el-Assad à l’AFP. Pour l’administration américaine, il n’y a « pas de doute » que le régime de Damas est responsable de l’attaque chimique présumée. Et Donald Trump a jugé « possible » que la Russie, principal allié de Damas, ait été au courant de cette attaque.
      Dans son entretien à l’AFP, le président syrien a assuré que son régime ne possédait plus d’armes chimiques depuis leur destruction en 2013. « Il y a plusieurs années, en 2013, nous avons renoncé à tout notre arsenal (...) Et même si nous possédions de telles armes, nous ne les aurions jamais utilisées ».
      Nouveau veto russe
      Le regain de tension entre Américains et Russes a été palpable durant la première visite du secrétaire d’Etat Rex Tillerson à Moscou où il a rencontré mercredi le président Vladimir Poutine après le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.
      Rex Tillerson, ex-PDG d’ExxonMobil ayant été décoré par Vladimir Poutine en 2013, a déploré le « faible niveau de confiance entre (nos) deux pays ». « A l’heure actuelle, nous ne nous entendons pas du tout avec la Russie », a reconnu Donald Trump à Washington, en évoquant une « relation peut-être au plus bas (niveau) de tous les temps ». Mais jeudi, il s’est dit convaincu que les choses « vont s’arranger » avec la Russie. Vladimir Poutine a, lui, estimé que les relations bilatérales s’étaient détériorées depuis l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump qui avait pourtant prôné au début de sa présidence un rapprochement avec Moscou.
      Dans une autre illustration des divisions internationales sur la Syrie, la Russie a opposé mercredi à New York son veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité présenté par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni et réclamant une enquête sur l’attaque de Khan Cheikhoun. C’est la 8e fois depuis le début de la guerre que Moscou bloque toute action de l’ONU contre son allié syrien. Washington, Londres et Paris ont protesté avec force. « Le jour du Jugement dernier pour Assad », a tweeté l’ambassadrice américaine à l’ONU Nikki Haley.
      Enquête impartiale

      Interrogé par l’AFP, Bachar el-Assad a affirmé qu’il n’accepterait « qu’une enquête impartiale » sur Khan Cheikhoun, en s’« assurant que des pays impartiaux y prendront part pour être sûr qu’elle ne sera pas utilisée à des fins politiques ».
      L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a annoncé avoir ouvert une enquête et dit avoir contacté les autorités syriennes. À Moscou, Rex Tillerson, qui avait semblé s’accommoder fin mars d’un maintien au pouvoir du président syrien, a réclamé le départ « organisé » de Bachar el-Assad dans le cadre d’une transition politique. Mais Sergueï Lavrov a rappelé les précédents chaos provoqués selon lui par les chutes des « dictateurs » irakien Saddam Hussein ou libyen Mouammar Kadhafi.
      Agé de 51 ans, Bachar el-Assad préside la Syrie depuis 2000, lorsqu’il avait succédé à son père Hafez, mort après avoir dirigé pendant 30 ans la Syrie d’une main de fer. Moscou intervient militairement en soutien à Damas depuis septembre 2015 et les Etats-Unis pilotent depuis septembre 2014 une coalition internationale luttant contre le groupe djihadiste Etat islamique (EI). Une des frappes de cette coalition a tué par erreur mardi 18 combattants alliés des Forces démocratiques syriennes dans le nord-est de la Syrie, selon le commandement des forces américaines.


  • http://galacteros.over-blog.com/2017/04/le-sort-d-idlib-a-l-origine-de-khan-cheikhoun.html
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    BOUGER LES LIGNES - C. Galactéros Docteur en Science politique, ancien auditeur de l’IHEDN, elle a enseigné la stratégie et l’éthique à l’Ecole de Guerre et à HEC. Colonel de réserve, elle dirige aujourd’hui la société de conseil PLANETING et tient la chronique "Etat d’esprit, esprit d’Etat" au Point.fr. Elle a publié "Manières du monde. Manières de guerre" (éd. Nuvis, 2013) et "Guerre, Technologie et société" (avec R. Debray et V. Desportes, éd. Nuvis, 2014). Polémologue, spécialiste de géopolitique et d’intelligence stratégique, elle décrit sans détours mais avec précision les nouvelles lignes de faille qui dessinent le monde d’aujourd’hui.

    Le sort d’Idlib à l’origine de Khan Cheikhoun ?
    16 Avril 2017 , Rédigé par Caroline Galactéros
    Publié dans #Signaux faibles, #Géopolitique, #Syrie
    http://img.over-blog-kiwi.com/1/96/34/79/20170417/ob_b4aaf7_2183a82e4b3a0481c5d7ebf736de824a.jpg
    Attentat de Rachidine, le 15 avril 2017. Source : AFP/Ibrahim YASOUF
    La dernière analyse de Fabrice Balanche pour le Washington Institute intitulée « Assad’s Chemical Attack Signals an Imminent Idlib Offensive » (« L’attaque chimique d’Assad indique une offensive imminente sur Idlib ») propose plusieurs pistes de réflexion qui méritent d’être rapportées et commentées.

    Idlib, une zone sous le contrôle des djihadistes
    Dans son analyse du 12 avril 2017, F. Balanche rappelle tout d’abord que plus de 50 000 combattants rebelles se trouveraient dans le gouvernorat d’Idlib, pour la plupart affiliés à des groupes islamistes ou djihadistes, les quelques « modérés » s’étant réfugiés vers la zone frontalière de la Turquie afin d’éviter de se faire éliminer par le Hayat Tahrir al-Cham (HTC).

    Le HTC est le produit de la fusion, le 28 janvier dernier, de seize groupes, dont principalement le Jabhat Fatal al-Cham, anciennement Jabhat al-Nosra (Al-Qaida en Syrie), le Harakat Nour al-Din al-Zenki, le Front Ansar Dine, le Liwa al-Haq et le Jaysh al-Sunna. Ces quatre groupes étaient affiliés à Al-Qaeda, à l’exception du Nour al-Din al-Zenki, plutôt proche des Frères musulmans. Emblématique des fameux « rebelles modérés » soutenus par les États-Unis, ce groupe s’était pourtant illustré l’été dernier en décapitant un enfant palestinien.

    Ahrar al-Cham, autre puissant groupe de la région, refusa de rejoindre cette nouvelle coalition, « mais la majorité de ses membres le firent de leur propre chef, comme le vétéran Hachem al-Cheikh [Abou Jaber] qui quitta Ahrar pour diriger le HTC. Ces défections n’étaient pas surprenantes étant donné qu’Ahrar se divisait déjà l’année précédente avant les negociations d’Astana – les dirigeants pro-turcs du groupe avaient préféré participer à la conférence, mais l’essentiel de sa base combattante était hostile à une médiation russe. »

    La purge menée par le HTC se fit contre les groupes présents aux pourparlers d’Astana, accusés de collaborer avec la Russie et l’Iran. « Cette accusation n’était pas totalement fausse », commente F. Balanche, « depuis que Moscou a cherché à diviser la rébellion avant l’offensive entravée contre Idlib. » Ce qui semblait alors réussir : « peu de temps après la fusion, HTC commença à éliminer ses rivaux comme le Liwa al-Asqa (anciennement Jund al-Aqsa), son partenaire d’autrefois contre les dirigeants d’Ahrar al-Cham soutenus par la Turquie, et contre les autres factions ‘modérées’. Cela poussa de nombreux opposants au HTC à fusionner avec Ahrar al-Cham, “piquant” l’un et l’autre d’anciens alliés à l’intérieur de la coalition-parapluie du Jaish al-Fatah. Les combattants du HTC et d’Ahrar se sont depuis régulièrement affrontés [...]. Auparavant, les deux groupes contrôlaient un assemblage de territoires rivaux, mais une homogénéisation est en train de se produire, avec la domination de près de 80% du gouvernorat par le HTC. Ahrar est largement confiné dans les zones proches de la frontière et d’Alep. »

    Ainsi, plus des trois quarts du gouvernorat d’Idlib seraient donc sous la domination d’un groupe descendant directement d’al-Qaida. Il conviendrait donc d’ouvrir les yeux et d’accepter la réalité telle qu’elle est : ceux que les Occidentaux nomment « rebelles » ou « opposition » sont majoritairement des djihadistes salafistes.

    F. Balanche revient ensuite sur les récentes offensives du HTC qui ont eu lieu entre février et mars à Homs, Deraa, Jobar, Hmeimim et enfin Hama. « Depuis Khan Cheikhoun, le HTC progressa jusqu’à quelques kilomètres de Hama. La ville chrétienne de Mahardah, place forte de l’armée syrienne, était aussi sérieusement menacée. La situation était si désespérée que le régime a dû rediriger des troupes vers le sud en direction de Hama depuis la zone d’affrontement contre l’EI près d’Alep, afin de repousser le HTC. L’armée a depuis regagné du terrain perdu, mais Hama demeure profondément vulnérable. »

    Situation militaire au nord-est de la Syrie, mars-avril 2017. En vert les zones sous contrôle rebelle ; en violet celle sous le contrôle gouvernemental. Source : Washington Institute

    Point de discorde : accusation hâtive de Damas
    C’est cette vulnérabilité qui aurait poussé le gouvernement syrien à bombarder Khan Cheikhoun avec des armes chimiques. Pour F. Balanche : « la Russie se trompe en affirmant que Damas n’avait aucune raison d’effectuer un bombardement chimique. Bien au contraire, le régime faisait face à une défaite critique sur ce front et a senti qu’il n’avait d’autre moyen d’éviter une retraite majeure. En effet, l’attaque de Khan Cheikhoun est plutôt le premier pas d’une offensive à grande échelle contre le gouvernorat d’Idlib, le principal bastion de la rébellion. »

    Il nous faut ici nuancer l’analyse de F. Balanche car cette accusation semble davantage postuler une interprétation qu’en justifier le choix. Que le régime syrien soit en difficulté au plan militaire dans cette zone, c’est une évidence mais cela ne justifie nullement une attaque chimique au risque de compromettre le soutien russe et plus encore au moment même où la nouvelle Administration américaine semble adopter une approche réaliste et constructive en sa faveur. En revanche, les raisons invoquées par F. Balanche pour une attaque chimique s’appliqueraient tout autant sinon plus aux rebelles. En effet, c’est également parce qu’ils savaient qu’une offensive de grande ampleur se préparait contre eux avec la participation des YPG depuis Afrin qu’ils auraient tout aussi bien pu déclencher eux-mêmes cette attaque pour brouiller les cartes et relancer l’indignation occidentale contre le régime et ses alliés. Les attentes derrière une telle manœuvre se sont en partie réalisées : entraver le rapprochement russo-américain qui semblait se dessiner, et discréditer le régime syrien alors que depuis quelques temps les Occidentaux ne réclamaient plus le départ d’el-Assad. Déjà en 2013 l’attaque de la Ghouta dont un rapport du MIT indiquait qu’un tel bombardement ne pouvait provenir que des zones rebelles, semblait avoir pour but de provoquer l’intervention militaire des Occidentaux en Syrie. On ne s’interroge pas assez sur les raisons qui ont poussé Barack Obama à ne pas intervenir. Mensonge ou incertitude, toujours est-il le Président des États-Unis s’est bien gardé de faire respecter sa ligne rouge dont il a vu qu’elle pouvait se retourner contre lui.

    En ce sens, inutile de dire que la réaction de Donald Trump s’empressant, lui, de faire respecter sa ligne rouge est exactement ce que des gens malintentionnés n’osaient même plus espérer.

    Ainsi plusieurs éléments sont tout aussi favorables aux rebelles qu’au gouvernement :

    Rappelons tout d’abord que lors du bombardement, Khan Cheikhoun était sous la domination du HTC, directe engeance d’Al Qaida.
    A juste titre F. Balanche souligne que « la fureur concernant l’attaque chimique de Khan Cheikhoun peut ramener Ahrar al-Cham dans le giron des djihadistes. » Une telle attaque permet ainsi de resserrer les rangs contre le gouvernement en vue d’une attaque contre le gouvernorat d’Idlib.
    L’attaque chimique fait de Khan Cheikhoun, ville stratégique, une ville « martyr » victime de la barbarie du régime aux yeux du monde. Elle devient un symbole médiatique qu’il sera difficile de reprendre pour les forces gouvernementales.
    Affaiblir la coopération russo-américaine qui semblait se dessiner et que nous évoquions précédemment.
    Décrédibiliser le Président syrien dont Rex Tillerson et Nikki Haley expliquaient cinq jours auparavant que son départ n’était plus une priorité.
    Tester la nouvelle Administration américaine.
    Nous avons récemment relayé une analyse de T. Postol qui, avec les éléments mêmes avancés par la Maison Blanche, conclut que l’attaque chimique n’a pas été menée par un raid aérien, mais bien plutôt par une explosion au sol. De nombreuses zones d’ombres demeurent.

    Offensive contre Idlib
    F. Balanche révèle que « les chefs militaires syriens semblent à présent préparer une offensive contre Idlib dans la plus grande urgence. La Russie ne sera sans doute pas d’accord pour lancer maintenant une telle campagne, mais Assad a dû sentir qu’il ne pouvait plus rester sans rien faire sur ce front alors que le HTS se renforçait. » Il note toutefois que « les plans d’Assad pour Idlib peuvent encore être contraints par un facteur : le sort incertain des villes chiites d’al-Foua et Kafraya, assiégées par les rebelles depuis mars 2015. L’Iran et le Qatar ont conclu un accord selon lequel ces villes seraient évacuées en échange de la levée du siège par le Hezbollah des deux villes rebelles de Madaya et Zabadani près de Damas. L’échange était au départ conclu pour le 5 avril et a été reporté au 12 avril ; il est actuellement en cours au moment où j’écris. Si l’évacuation n’est pas finalisée pour une quelconque raison, une offensive majeure contre Idlib poussera sans aucun doute HTS à massacrer les Chiites d’al-Foua et Kafraya, ou bien à les prendre en otages. »

    Or, samedi 15 avril, un attentat suicide a visé le convoi de bus évacuant les habitants chiites d’al-Foua et de Kafraya à Rachidine, zone tenue par les rebelles à l’entrée ouest d’Alep. On dénombre plus d’une centaine de victimes, la plupart civiles, – dont de nombreux enfants qui ne suscitent, cette fois-ci, aucune indignation dans nos chancelleries et médias, – mais aussi des rebelles du HCT et d’Ahrar al-Cham.

    Comme le gouvernement, ces derniers ont condamné ces attaques, arguant qu’elle faisait le jeu du régime. Les suspicions semblent se porter contre le Jund al-Aqsa, groupe salafiste qui n’hésita pourtant pas à faire alliance par le passé avec le Jabhat al-Nosra contre l’Armée syrienne libre et Ahrar al-Cham. Le groupe se serait dissous en février dernier pour rejoindre les rangs de l’État islamique. Il s’était auparavant illustré, à Khan Cheikhoun déjà, pour avoir massacré des prisonniers appartenant à d’autres groupes rebelles.

    Ce n’est pas la première fois que les djihadistes s’en prennent aux bus évacuant les civils. Déjà en décembre dernier des bus de civils en provenance d’al-Foua et Kafraya avaient été pris pour cibles par des djihadistes dans le cadre d’un accord permettant leur évacuation contre celle des rebelles d’Alep et de leurs familles. Des vidéos, que nous nous garderons bien de relayer, montraient alors des rebelles exulter devant les bus en flammes, acclamant la mort de Chiites ou criant vengeance pour Alep.

    L’accord semble toutefois être maintenu, même si le gouvernement a bloqué les bus de Madaya et Zabadani tant que les circonstances de l’attaque n’auront pas été élucidées.

    Nul doute que ce nouvel attentat est révélateur des dissensions entre rebelles et affiche la claire volonté de certains de mener une lutte sans compromis.

    L’idée que chaque amorce de coopération est systématiquement torpillée se trouve également renforcée. Khan Cheikhoun et Rachidine apparaissent comme des tentatives pour compromettre les efforts russes et gouvernementaux pour trouver une issue à ce conflit meurtrier. Depuis deux semaines, la guerre en Syrie semble repartie pour se prolonger dans la violence.

    Offensive à Idlib, crise à Ankara
    F. Balanche conclut son analyse en rappelant qu’une offensive contre Idlib conduirait à un nouveau flux de réfugiés pour la Turquie limitrophe, ce qui serait « inacceptable pour Ankara ».

    « Le Président Recep Tayyip Erdogan a plusieurs options pour empêcher cette issue, mais elles présentent toutes des obstacles. Il espère encore créer une zone de sécurité dans le nord de la Syrie pour accueillir de nouveaux flux de réfugiés, ce qui est impossible sans une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies et une ferme détermination militaire de la part des Occidentaux. »

    Comme nous le rappelions dans notre dernier dossier de fond, les récents événements ont été une occasion inespérée pour la Turquie de retrouver une influence en Syrie conforme à ses intérêts, ce qui a provoqué une nouvelle volte-face diplomatique d’Ankara saluant les frappes américaines, appelant à nouveau à la création d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie et au départ de B. el-Assad.

    F. Balanche note qu’Ankara n’a pas l’intention d’intervenir militairement dans cette zone, sa priorité étant d’empêcher la création d’un Kurdistan à sa frontière. Néanmoins Erdogan chercherait plutôt à « établir de facto une zone de sécurité au nord d’Idlib similaire à celle qui existe actuellement entre Azaz et Jarablus. »

    Il convient également de questionner l’influence de la Turquie sur les rebelles qu’elle parraine et aux côtés desquels elle a combattu lors de l’Opération « Bouclier de l’Euphrate ». Une nouvelle fois, Erdogan pourrait user des djihadistes pour servir ses intérêts en Syrie.

    Assad’s Chemical Attack Signals an Imminent Idlib Offensive
    http://resize.over-blog.com/170x170-ct.jpg?http://www.washingtoninstitute.org/uploads/Maps/Syria%20Conflict/MilitaryDevelopmentsNWSyria-Apr2017-580x780.jpg
    The regime’s latest atrocity was spurred by clear military motivations, and the situation will likely worsen as the army begins a wider ground campaign against rebel strongholds in Idlib province ...

    http://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/assads-chemical-attack-signals-an-imminent-idlib-offensive

    Analyse de Fabrice Balanche pour le Wahsington Institute for Near East Policy


  • L’histoire des armes chimiques d’Assad et des armes de destruction massive de Saddam est-elle en train de se répéter ?
    Quand j’entends Jean-Marc Hérault affirmer qu’il va publier entre les deux tours les preuves de la culpabilité qu’Assad dans l’utilisation des armes chimiques contre son peuple, ça me fait réagir. Du déjà vu ! Hérault se prend-il soudainement pour Colin Powell ? Assad est-il devenu fou ?

    Ce qui se disait déjà en 2013 :
    http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/a-mm-fabius-et-hollande-syrie-le-140664
    A MM. Fabius et Hollande : Syrie, le Congrès US dénonce l’absence de vraies preuves et l’entrave à leur accès
    par bluerider lundi 9 septembre 2013
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    John Kerry en français à l’Elysée « Ne pas reproduire un nouveau Munich ». La charte de déontologie du journalisme a aussi été signée à Munich, en 1971
    Alors que de nombreux congressistes américains rentrent juste de vacances et que les populations civiles du bloc OTAN sont détournées de toute réflexion par leurs obligations de rentrée scolaire et professionnelle, l’administration US somme ses parlementaires des 2 chambres de se prononcer sur le dossier syrien échafaudé contre un pays laïc de 22 millions d’habitants unis autour de leur Président, son parlement et son armée de conscrits, membre de l’ONU et situé à 11 000 km du cœur des Etats Unis. Il « menacerait la stabilité et la sécurité des USA ». Dans des délais très courts, une campagne de lobbying caricaturale bat son plein au Capitole et dans les Capitales du monde dit « civilisé ».

    Sans parler de la moralité de ces techniques de marketing politique mises au service d’un hypothétique « Permis de tuer » que la machine libérale s’accorderait à elle-même, qu’en est-il vraiment ? Les français ne peuvent pas compter sur leurs médias assujettis pour approfondir le dossier, donc une fois de plus, prenons leur place grâce aux réseaux militants américains, dont le fameux et très sérieux « Washington’s Blog » qui compte plus de lecteurs que les organes de propagande francophone du type Le Monde ou Libération, et qui propose une synthèse qui s’appuie aussi sur le New York Times.

    Face à ce désastre de la vérité, le Pentagone publie un nouveau rapport (source agences de presse) : "Les planificateurs du Pentagone envisagent désormais la participation de bombardiers de l’armée de l’air, ainsi que des cinq destroyers lance-missiles américains qui patrouillent actuellement en Méditerranée orientale, pour lancer des missiles de croisière et des missiles air-sol, en restant hors de portée de la défense aérienne syrienne." Et mercredi dernier pour plaire à Mc Cain, Obama a rallongé le mandat d’intervention à 2 mois extensibles à 3. Où vont-ils s’arrêter ?

    Encore une question : Tous ces membres du Congrès américain sont-ils de dangereux « conspirationnistes » ? Leur opposition catégorique à la guerre signifie-t-elle pour autant leur ralliement au gouvernement syrien ? Les français et ceux de leurs députés qui essaient de comprendre en ont marre eux aussi. Vous pouvez d’ailleurs contacter votre député et nourrir sa réflexion. Beaucoup sont préoccupés mais ne cherchent pas à sortir du carcan médiatique national.

    traduction Bluerider pour Agoravox et Mondialisation.ca,

    photos et légendes ajoutées par mes soins.

    Les membres du Congrès qui ont eu accès aux preuves classé secret défense sur la Syrie déclarent qu’elles ne prouvent rien du tout.

    article original mis en ligne sur le Washington’s blog le 7 septembre

    repris sur globalresearch le même jour.

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    La tendance est désormais à la hausse partout dans le monde. Les Executifs américain et français le savent. Leur réaction peut accoucher du pire comme du moins pire, mais certainement pas du meilleur : stopper l’armement des rebelles et les désarmer, retrait de l’armée, procédure de réconciliation nationale supervisée par les alliés de la Syrie et l’ONU
    Les preuves secrètes du dossier syrien ne parviennent pas à prouver qu’Assad a fait usage d’armes chimiques.

    Le dossier de l’administration sur l’usage d’armes chimiques par le gouvernement syrien est extrémement vague, et d’anciens agents du renseignement déclarent que les informations accessibles au public prouveraient plutôt que le gouvernement syrien n’a pas perpétré ces attaques aux armes chimiques

    L’administration Obama affirme que des documents classés secret défense prouvent que c’est bien le gouvernement Assad qui a perpétré ces attaques.

    Mais de nombreux Congressistes qui ont pu lire les documents classés secret défense déclarent qu’ils ne valent pas mieux que la note de synthèse demandant l’intervention armée et… qu’ils ne prouvent rien du tout !

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    Justin Amash, REP, Michigan
    Justin Amash, membre du Congrès, a déclaré la semaine dernière : « En fait, ce que j’ai entendu lors de la réunion de présentation d’Obama m’a rendue encore plus sceptique sur certains aspects importants du discours Présidentiel en faveur d’une attaque. »

    Il a observé hier, [6 septembre] après avoir assisté à une autre réunion confidentielle et avoir examiné plus de documents secrets :

    « Ai assisté à une autre réunion sur la Syrie et passé en revue d’autres documents. Maintenant je suis encore plus sceptique que jamais. Je ne peux croire que notre Président pousse à la guerre. »

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    Tom Harkin, DEM, Iowa
    Tom Harkin, membre du Congrès a déclaré : « Je viens juste d’assister à une réunion confidentielle du Congrès sur la Syrie, et franchement, elle soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Ce que j’ai pu voir présenté par l’Administration m’apparait de seconde main. »

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    Michael Burgess, REP, Texas
    Michael Burgess, membre du Congrès, a déclaré « oui, j’ai eu accès aux documents secrets. Il n’y a pas grand-chose. »

    Le site d’informations Yahoo News rapporte :

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    Carol Shea porter, DEM, New Hamphire
    A titre d’exemple, la députée démocrate du New Hampshire Carol Shea-Porter a quitté jeudi dernier une audience confidentielle en déclarant qu’elle était opposée à toute intervention « maintenant plus que jamais ». « Je pense que nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir pour rendre ce dossier crédible » a-t-elle déclaré après la réunion. « Il semble que nous soyons tous très préoccupé et que la tendance soit au non. »

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    Joe Manchin, DEM, West Virginia
    Le Sénateur Joe Manchin a annoncé qu’il voterait non pour des frappes en Syrie juste après avoir assisté à une réunion d’information confidentielle du renseignement.

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    Alan Grayson, DEM, Florida
    Alan Grayson, membre du Congrès, attire l’attention dans le New York Times :

    « Le dossier documentant l’attaque de la Syrie n’est constitué que de 2 documents : un résumé de 4 pages de renseignements non classifiés, et un résumé classifié de 12 pages. Le premier ne fait qu’énumérer des indices de preuves uniquement à charge en faveur d’une attaque. Je ne suis pas autorisé à vous dire ce qui figure dans le second, mais vous pouvez en tirer vos propres conclusions ; [c’est-à-dire que le second résumé n’est pas plus convaincant que le premier de 4 pages rendu public]

    Jeudi dernier [5 septembre], j’ai demandé au personnel du Comité Parlementaire du Renseignement [House Intelligence Comittee] si il y avait d’autres documents à disposition, classés secrets ou non, et leur réponse a été négative. Les notes de synthèse sur les armes chimiques syriennes se fondent sur des centaines de documents sous jacents du renseignement. La note accessible au public cite des interceptions d’appels téléphoniques, des posts sur les « réseaux sociaux » et d’autres documents de ce type, mais aucun de ces documents n’est joint ou même cité in extenso -même pas des reportages vidéo obtenus sur youtube. Quant à savoir si la note de synthèse confidentielle est du même type, bien sûr je ne peux pas la commenter, mais encore une fois, vous pouvez en tirer vos propres conclusions.

    Et pourtant nous autres membres du Congrès sommes supposés accepter sans discussion, que les partisans d’une attaque de la Syrie ont correctement décrit les indices sous-jacents, même si ces partisans refusent de nous montrer le moindre d’entre eux, à nous comme au peuple américain. En fait, même pour simplement obtenir l’accès aux documents classés secrets, nous devons franchir une série d’obstacles au delà du raisonnable.

    Nous devons descendre dans les entrailles du centre d’accueil des visiteurs du Capitole, jusqu’à une pièce au quatrième sous sol. En vertu d’instructions transmises par le Président du Comité du Renseignement, la prise de note est interdite (1).

    Une fois que nous quittons les lieux, il nous est interdit de communiquer avec le public, les médias, nos administrés ou même d’autres membres [du Congrès] sur la note de synthèse classée secrète. Nous ne sommes même pas autorisés à faire quoi que ce soit pour vérifier la validité des informations qui nous ont été présentées. Et encore, ce n’est que la note de synthèse secrète. D’après ce que j’ai compris, le Comité du Renseignement a adressé une demande officielle de droit d’accès aux indices de preuve sous jacents il y a plusieurs jours. Je n’ai pas entendu parler d’une réponse à cette heure. Et franchement, je n’en espère aucune.

    En refusant de divulguer les données brutes même aux membres du Congrès, l’administration rend impossible pour quiconque souhaiterait le faire, de juger de façon indépendante si ces affirmations sont correctes ou non. »

    En résumé : la course vers la guerre se fonde sur des renseignements biaisés, et rappelle beaucoup l’affaire irakienne.


  • Au nom du débat contradictoire.
    La présence de Thierry Mariani dans ce colloque est le cadet de mes soucis !
    NRobin

    Un colloque sur la Syrie pour rendre à ce conflit terrible toute sa complexité

    Tout y est dit ! Je ne pense un seul instant que la guerre en Syrie soit due à une compétition entre dominateurs russes et turques !
    N Robin

    http://www.dailymotion.com/video/x5i19n6_un-colloque-sur-la-syrie-pour-rendre-a-ce-conflit-terrible-tout

    Mardi avait lieu, au centre culturel russe à Paris, un colloque organisé par les députés français Nicolas Dhuicq et Thierry Mariani, désireux de faire entendre une autre voix sur ce conflit.

    Le député PS Gérard Bapt, cardiologue, a vivement dénoncé l’embargo dans le domaine médical et sanitaire. Les associations humanitaires (AED, SOS Chrétiens d’Orient) ont évoqué le quotidien terrible vécu par les familles (pénuries, bombardements, etc.).

    Des Syriens ont demandé la levée des sanctions, mortifères et illégales car décidées sans l’aval de l’ONU.

    Des spécialistes de géopolitique ont montré l’extrême complexité de cette guerre, lui restituant sa profondeur historique (rôle de la Russie dans la région), montrant les différents niveaux impliqués et l’absence de blocs homogènes, y compris au sein du régime syrien.


  • Machine de guerres, capitalisme et destructeurs de civilisations.
    Il y a ceux qui gobent comme Benoît Hamon et il y a les autres !
    À lire :
    http://mobile.agoravox.fr/tribune-libre/article/syrie-khan-cheikhoun-assad-le-191546
    http://mobile.agoravox.fr/local/cache-vignettes/L528xH293/pichon-b107f.png

    Syrie, Khan Cheikhoun : Assad « le gazeur » est-il débile et suicidaire ?
    Syrie, Khan Cheikhoun : Assad « le gazeur » est-il débile et suicidaire ?
    (photo : Fréderic Pichon)

    Cet article a été rédigé pendant le tir au cours de cette nuit du vendredi 7 avril 2017, de 59 missiles Tomahawks vers la base d’Al Shayrat (Homs) où Trump déclare être certain d’y déceler l’origine du raid aérien qui aurait porté une attaque chimique contre des rebelles à Khan Cheikhoun. De fait, cet évènement confirme tristement la mise en place de la stratégie habituelle des pays OTAN pour orchestrer des provocations avant une frappe, comme celles opérées sans preuves lors du déclenchement des 2 guerres d’Irak par exemple, qui se sont avérés des mensonges (mensonge des bébés couveuses puis mensonge des ADM), ou lors du déclenchement de la guerre de Libye (mensonge des chars devant Benghazi). L’ONU et le droit international reculent par la faute des USA. Les militants pro-syriens au nom de la justice et du droit international vont subir les foudres de leurs congénères flashés... Mais au fait, où en est-on de la logique interne de l’attaque chimique imputée à l’armée de l’air syrienne ?

    [transcript commenté de l’interview de FREDERIC PICHON sur France Culture du mercredi 5 avril 2017, à la suite de l’attaque au gaz du mardi 4 avril 2017 à proximité d’Idlib en Syrie, à Khan Cheikhoun, zone sous contrôle rebelle "chapeautée par Al Qaïda - Al Nusra" sans que ce détail livré par M. Pichon ne trouble nos médias ni ne les renvoie à l’histoire douteuse d’une fausse révolution dont aucun syrien ne voulait sous cette forme, c’est à dire inflitrée des mois avant par des hordes d’égorgeurs venus de l’étranger se prépositionner gràce à la logistique OTAN - GOLFE...

    J’adopterai ici un ton volontairement péremptoire et affirmatif. Foin du complotisme, la plaisanterie a assez duré et la toile est gavée de contre-preuves face aux billevesées du discours OTAN. Comme vous allez le constater, le récit des médias de ce côté-ci du rideau de fer OTAN est devenu absurde, ce que M. Pichon souligne avec trop de pudeur mais suffisamment de prudence].

    Fréderic Pichon — "Je pense que les chancelleries se sont "PRECIPITEES" évidemment en quelque sorte dans cette "AUBAINE" si je puis dire ( ! ) pour réaffirmer leur désir de voir Assad partir, qui était une exigence qu’ils avaient fini, depuis la chute d’Alep, par abandonner. Donald Trump la semaine dernière avait fini par admettre que Assad "faisait partie de la solution".. ce qu’on peut dire c’est qu’effectivement c’est un rebondissement de la crise syrienne dans la mesure où désormais tout ce capital politique qu’avait en quelque sorte accumulé Damas depuis décembre et la reprise d’Alep, eh bien a disparu en quelques heures, voilà..."

    [cette stratégie de harcélement OTAN-GOLFE en rappelle une autre, qui dure depuis 1947 dans un pays riverain de la Syrie, faute de ne pouvoir aller plus vite et être plus efficace sans se heurter à la morale publique universelle, mais qui vise tout autant à anéantir un autre peuple, nié dans son droit du sol, et dans ses aspirations en tant que peuple et nation...

    Or de quoi s’agit-il, si ce n’est d’un aveu d’impuissance mué en rage du mauvais perdant obligé de patienter, ou du paumé psychopathe contrarié dans ses plans hégémoniques ? Avec en arrière plan une lutte à mort pour la conquête de l’hyperpuissance à tout prix... et c’est déjà ajouter trop de pathos là où régne la froideur solitaire d’un machiavélisme abyssal. Celle du colon asservisseur made in OTAN qui délègue ses basses besognes à des égorgeurs modérés, montrant ipso facto le niveau misérable de l’intérêt qu’il accorde au peuple syrien autochtone... Tant que l’OTAN et le GOLFE n’obtiendront pas satisfaction, ils tortureront à mort le peuple syrien et ses vrais alliés.

    Avez-vous cru UNE SEULE MINUTE à la détente depuis l’arrivée de Trump ? A la stratégie de guerre s’est substituée la stratégie d’usure, qui affecte les effectifs désormais limités de l’armée syrienne face aux hordes infinies d’égorgeurs qui nous renvoient dans une parabole dantesque à STARSHIP TROOPERS, parabole qui révèlerait au passage une confusion mentale exploitée dans nos journaux, entre l’armée US du film qui combattrait le mal jihadiste, et l’armée d’Assad qui serait au bord du gouffre face aux nuées invasives d’égorgeurs, du grand art de spin-doctors pervers].

    Journaliste : — "euh, Frédéric Pichon, pourtant [pourtant quoi ? Parce que la détente était officiellement entérinée ?] vous le disiez ce bombardement intervient à un moment où les occidentaux ne réclament plus le départ d’Assad, alors QUI aurait un intérêt à commettre un tél massacre ?"

    -- "Il y a une chose sur laquelle nous sommes tous d’accord, cette armée syrienne elle utilise des méthodes brutales mais ce n’est pas tellement çà la question... tout le monde le sait bien.. si il y a bien une chose qu’on peut accorder à Assad, c’est de ne pas être complétement DEBILE et SUICIDAIRE..."

    [et voilà. Le choix des mots. C’est un géopoliticien expert du Levant qui le dit dans ces termes, pas un bloggeur complotiste qui serait sous la haute surveillance du DECODEX du Monde.. qui lui devrait s’intéresser à ce louche M. Pichon, non ? Quant aux méthodes de l’armée syrienne sur le terrain, ont-elles causé plus d’atrocités sur des civils, que toutes celles générées sur des civils par les égorgeurs que nous leur avons envoyés ? La fonction des soldats issus de la conscription, au sein de l’armée syrienne, est-elle de tuer leurs concitoyens, et les unités parallèles ou alliées, peuvent-elles à votre avis se lancer dans une répression incontrôlée à l’image de celle des hordes d’égorgeurs ? Assad voudrait se faire haïr, qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Tout cela continue de ne pas tenir debout.]

    "... et c’est vrai qu’on ne peut pas ne pas se poser la question, étant donné le rapport de force actuel, étant donné les gains politiques, effectivement, de Damas, depuis la reprise d’Alep, cette progressive réintégration dans, en fait, cette forme d’ordre international ... ne pas se poser la question de l’OPPORTUNITE d’une telle attaque..."

    [Est-ce demander trop d’efforts à nos journalistes, de se rappeler qu’en août 2013, l’attaque de la Ghouta eut lieu le jour même de l’arrivée de la mission d’inspection de l’ONU à Damas, tandis que cette nouvelle attaque survient la semaine de la tenue d’une conférence à Bruxelles pour la reconstruction de la Syrie, SANS les signataires d’Astana ?.. Ceci avec le bon goût exquis d’asseoir des allégations de meurtre de civils, sur une réalité forgée et forcée, faite de nos pleurs contrits lors d’une minute du silence ( de la honte ?) dans les locaux même de l’Union Européenne ainsi souillés de la perversion des vrais auteurs ?

    (photo : minute de silence entre traitres, lors de la conférence de Bruxelles, en hommage aux 86 morts de Khan Cheikhoun.)

    Quant à la France... l’hôte sursitaire de l’Elysée n’a plus aucune crédibilité, de se montrer ainsi tout de suite accusateur de "crimes de guerre et complicité de crimes de guerre", comme si l’enquête n’était qu’une formalité quasi bouclée avant d’avoir commencé. Désormais, c’est lui Hollande le criminel, coupable comme son prédecesseur pour la Libye, de complicité d’assassinat en masse du peuple syrien, un monstre inique (je ne le dis pas trop fort, il pourrait en concevoir de la fierté en apparté), une honte nationale qui déprave les nobles aspirations du peuple français à plus de justice pour les peuples, mais aussi à plus d’égalité (qui régnait en Syrie avant notre invasion), de fraternité (méprisée lors de la fermeture du lycée français de Damas qui survit bénévolement, et de notre ambassade depuis mars 2012 ) et surtout de liberté (réduite à un combat contre notre enfer jihadiste en Syrie)... non, aux yeux des français conscients, Hollande "ne mérite plus de vivre" sur la scène internationale].

    (photo : notre chef de l’Etat fait des moulinets avec sa petite réalité inventée depuis Noyon, où se trouve une jolie église pleine de charme des débuts du Gothique).

    "... sauf à penser qu’on a DES GENS SUICIDAIRES ... qui, comme cela (en plus sur un objectif qui n’est pas un objectif militaire à priori.. il n’y avait pas de garnison syrienne assiégée, ou encerclée), DILAPIDERAIENT ainsi ses gains acquis depuis 3 mois !"

    [ce qui est encore une fois parfaitement absurde du point de vue syrien, au vu de la stabilité du gouvernement syrien malgré 6 années d’invasion étrangère orchestrées par l’OTAN et le GOLFE... M. Pichon parle d’une "dilapidation", vaste euphémisme qui désigne en fait une faute gravissime, passible du tribunal de guerre pour trahison de sa nation et de son peuple. Mais devant les abîmes de stupidité qui s’ouvrent à ses pieds, iI n’en dira pas plus... il ne peut pas dire que le seul gain est donc pour les rebelles, et donc pour l’OTAN... car il désignerait automatiquement le coupable, et remettrait en cause ispo facto la logique, pourtant "débile" elle aussi, de toutes les autres attaques, dont celles d’avril 2013 si bien "couvertes" c’est le cas de le dire, par Le Monde, puis celles tout aussi misérablement couvertes du 21 août 2013, et conformes à toutes les autres que nos journaux nous ont vendues depuis 2011... nous n’en sommes pas encore là hélàs, car après tout, cet expert "dubitatif" doit gagner son salaire "sous le regard bienveillant" du Quai d’Orsay, non ?]

    AUTREMENT DIT :
    C’est la version que nous ont tout de suite vendue les médias OTAN qui est belle et bien SUICIDAIRE, à l’image des égorgeurs que nous financons via le GOLFE, et des dégâts collatéraux "somme toute négligeables" de notre politique, de Charlie Hebdo à la Promenade des Anglais en passant par le Bataclan. Suicidaire car elle n’a absolument aucun sens, et les dirigeants des pays membres de l’ONU qui ne lêchent pas tous les pieds de l’OTAN sauront se faire leur opinion une fois de plus. Du point de vue d’Assad, se couper ainsi l’herbe sous le pied après s’être donné tant de mal pour revenir sur le devant de la scène diplomatique aurait été pire qu’absurde, une faute politique extrémement grave, que tout son comportement antérieur invalide. Et une raison véritable cette fois, pour le peuple syrien, de se jetter pour de bon dans la rue... or le peuple syrien n’en fait rien, et même 80% des réfugiés syriens de l’intérieur continuent de se déplacer en masse dans les zones sous la protection de leur armée régulière, et non sous la "protection" des égorgeurs modérés. Les 20% restants étant "reclus" dans les zones sous leur contrôle, par des tribus mouvantes d’égorgeurs modérés.

    Le coupable ne peut donc être, à ce niveau de bétise humaine et médiatique pure, que le bloc OTAN-GOLFE, par égorgeurs interposés, et fort de sa longue traditions de coups fourrés (opérations de provocations sous faux drapeau comme les ADM en Irak). Savons-nous exactement ce qui s’est passé sur le terrain ? Les rebelles ont la fâcheuse habitude de menacer les journalistes, et les casques blancs sont le cheval de Troie de la troïka OTAN-Golfe... Comment leur faire confiance ? Savons-nous qui a fait savoir à l’armée syrienne qu’il fallait bombarder cet atelier artisanal de fabrication et d’entreposage de roquettes, et si c’est bien ce qui s’est passé ? Savons-nous si l’armée syrienne savait que cet atelier-entrepôt stockait du sarin ou un gaz neurotoxique ? Quelle chaine de renseignement a conduit à cette mission ? Qui a influé sur sa mise en oeuvre ? De part sa nature même, et son expansion médiatique immédiate, aussi unilatérale que suspecte, ce n’est pas une version soutenable en l’état. Spectre des ADM en Irak, s’il te plait, réveille-toi !

    Alors quels faits opposer à cette diffamation pure née du cerveau dérangé des spin-doctors de l’OTAN en manque d’idées, mais bons gestionnaires capables d’analyser les effets des précédentes intox au gaz, et de gérer la pénurie de bombes médiatiques depuis les prouesses de la diplomatie russe ? A vrai dire c’est assez simple même pour un bloggeur qui doit craindre le DECODEX. Le seul but recherché par la diffusion de cette version, c’est de faire capoter le processus de paix réenclenché à Astana sans les pays OTAN, au moment où comme par magie, l’UE depuis Bruxelles en réunion cette semaine, agite devant le nez des syriens 14 milliards d’euros d’aide... à condition, tenez vous bien car c’est reparti de plus belle.. qu’ "Assad parte", ou comme "ils" le disent pudiquement qu’"Assad enclenche le processus de transition"... Nous y revoilà. La diplomatie OTAN n’a que du sur-place à proposer, celle de son ethnocentrisme aussi colonial que primaire. Et en attendant, elle massacre, elle affaiblit, elle boit le sang des forces vives de la Syrie. Rien de nouveau sous le soleil. Nos fabriquants de réalité du Département d’Etat sont fatigués, et nos dirigeants sont ainsi devenus des monstres à double titre : Parce qu’ils ont déclenché une Apocalypse en Syrie sur le dos de manifestants qui n’en voulaient surtout pas, et parce qu’ils veulent nous faire manger depuis 6 ans cette bouillie en forme de fable absolument abjecte, à vomir, de par sa débilité même. Oui, débile, merci M. Pichon.

    J’ajoute que nos médias voudraient-ils nous rendre schyzophrènes, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Ils exigent de nous de ne pas lire la presse alternative à grands renforts de fatwas made in DECODEX, mais ils se livrent à ciel ouvert aux pires approximations propagandistes et complotistes dès qu’un nuage de gaz leur remplit leurs narines blindées... nous transmettant leur paranoïa anti-Assad baignée des relents pestilentiels du sang moisi des victimes des égorgeurs modérés qu’ils soutiennent.

    Ce faisant que se passe-t-il vraiment ces jours-ci ? Eh bien tout simplement du démarchage à domicile. Nos dirigeants agitent la souffrance du peuple syrien, et leurs innombrables meurtres de la population syrienne orchestrés par ces fous recrutés par eux et le GOLFE, devant le nez des élites syriennes pour les faire craquer, et les "forcer à forcer Assad" à se retirer pour installer à sa place un gouvernement instable (comme en Afghanistan, Irak, Libye et Ukraine) mais favorable aux intérêts énergétiques et financiers des pays OTAN, USA en tête ( car in fine le système libéral par vases communicants ne profite qu’aux plus forts, non ?), avec je le répète dans l’autre main une manne en Euros et Dollars sonnants et trébuchants pour adoucir la trahison (mais les sommes promises précédemment n’ont toujours pas été transférées).

    Il n’y a qu’une seule chose qui puisse à mon sens expliquer, comme pour beauoup d’autres guerres, notre soudaine furie devenue obsessionnelle contre le gouvernement syrien : Le GAZ NATUREL. A moins que VOUS qui me lisez (dites-le nous dans les commentaires), ne trouviez une autre raison qui permettrait de gagner encore plus, plus vite, mieux et plus longtemps, que ces milliards de dollars pendant un siècle ou deux ? Alors quel gaz ? Rappel : Celui qatari qui doit passer par la Syrie via un oléoduc qui desserrerait notre dépendance au gaz russe (mais qui n’empêche pas Gerhardt Schröder à la tête de Gazprom de doubler le gazoduc russe NordStream vers l’Allemagne apparemment moins idiote que nous), et celui des nouveaux gisements découverts autour de Qara (étude norvégienne revendue à EXXON et TOTAL), pour ne pas parler de celui du Golan annexé illégalement par Israël, en plus des gisements de pétrole actuels de Qara peu productifs.

    L’autre ressource naturelle qui "nous" intéresse en Syrie, ce sont ses consommateurs... 22 miliions de syriens dont nos banques veulent vampiriser le portefeuille, qui une fois revenus ne demanderont qu’à consommer comme c’est toujours le cas après une guerre, et que la finance des pays OTAN voudrait bien dévaster une dernière fois en les attirant dans la spirale du crédit au profit de gens encore plus endettés qu’eux... ceci alors que leur pays était peu endetté avant la guerre, et que l’entourloupe consiste par tous moyens, à faire perdurer la dette occidentale avant son grand effondrement potentiel et bien pratique pour tenir des peuples en respect, quitte a emporter avec elle le reste de la planète.

    Le grand contexte de lutte des blocs, de renforcement de l’arc chiite, de nouvelle défaite publique après le Vietnam, de la nation qui domine le monde à cette heure face à la montée des BRICS, ne vient qu’en arrière-plan et non le contraire, car les sauterelles de la finance ont pris le pouvoir depuis l’avénement du néo-conservatisme au rang de pensée unique ( oui, ils ont gagné, c’est fait et il est bien tard de le redire ici.) et elles n’ont pas inventé le quantitative easing et l’instant trading pour perdre leur temps, à l’image de la France de TOTAL (respect à Christophe de Margerie) et du CAC40 qui, avec le Qatar, jouent chacun dans leur cour à la grenouille qui voudrait se faire aussi grosse que le boeuf pendant qu’Euro et Dollar continuent de s’effriter de l’intérieur, ravagés par la dette.

    Il est donc de la plus haute importance, avant de condamner quiconque, de comprendre ces données géostratégiques de base pour forger son opinion sur l’invasion étrangère qui ravage la Syrie depuis 6 ans, dont le peuple syrien n’a jamais voulu à aucun moment, et auquel le gouvernement syrien n’est pour rien, sauf à avoir trahi les exigences de l’Empire occidental.

    QUELQUES RAPPELS UTILES :

    ARTICLE : 6 congressistes US ont demandé à accéder aux preuves américaines des gazages de La Ghouta Est le 21 août 2013. Tous ont témoigné : ce ne sont pas des preuves, c’est du vent. (et si Obama a reculé, ce n’est pas par altruisme, c’est parce que le Congrès s’apprêtait à lui barrer la route sur un sujet régalien qui aurait entâché de faiblesse le pouvoir Présidentiel).

    RAPPORT POSTOL - BROWN : la portée des roquettes tirées à la Ghouta le 21 août 2013 les rend impossibles à tirer depuis les lignes gouvernementales. L’ONU n’a pas contredit ce rapport. Lire au moins la traduction des conclusions en français.

    RAPPORT DE LA LIGUE ARABE : un rapport de 2012 enterré par les pays du GOLFE mécontents de ses conclusions, qui n’accusent pas le gouvernement Assad d’être à l’origine des tueries de Deraa et ailleurs à partir du 15 mars 2011, et qui appelle à une enquête ONU qui ne verra jamais ses conclusions aboutir de façon crédible, car tous les représentants de l’ONU sur place ont été menacés par les pseudos rebelles, comme beaucoup de journalistes qui ont fui la Syrie "rebelle" dès 2012, se réfugiant à Beyrouth, Tel Aviv ou Amman.

    ARTICLE : témoignage du journaliste de CHANNEL 4 Alex Thomson, attiré dans un piège par des pseudos-rebelles pour le faire tuer sous les balles de l’armée syrienne pour pouvoir ensuite s’en servir comme levier médiatique dans les journaux occidentaux. Il témoigne qu’il fut loin d’être le seul.


  • C’est maintenant !

    De Gaulle, le dernier roi de France

    Malgré des phrases assassines sorties de leur contexte, je vous aime mon Général ! N Robin

    http://m.france3.fr/emission/de-gaulle-le-dernier-roi-de-france/diffusion-du-27-03-2017-20h55#xtref=android-app://com.google.android.googlequicksearchbox

    Premier président de la Ve République, en exercice de 1958 à 1969, Charles de Gaulle a marqué la France. Homme d’Etat toujours en action, mais partagé entre ses certitudes et ses doutes, il fut parfois comparé à un monarque, mais a toujours placé la grandeur et l’indépendance de la France avant tout. Ce documentaire évoque la personnalité du général, homme cultivé, brillant et ayant une haute idée de sa fonction, et raconte les grands événements de son mandat, comme le putsch des généraux, la réconciliation franco-allemande ou mai 68, replacés dans le contexte d’une époque où le monde était en pleine mutation.


  • https://www.bdsfrance.org/le-resume-officiel-partie-integrante-du-rapport-de-lescwa

    LE RÉSUMÉ OFFICIEL (PARTIE INTÉGRANTE DU RAPPORT) DE L’ESCWA
    22 mars 2017

    Le résumé officiel (partie intégrante du rapport) d’un rapport d’une instance de l’ONU accusant Israël du crime d’apartheid dans le traitement qu’il inflige auxpopulations palestiniennes, traduit en français.

    LA PALESTINE ET L’OCCUPATION ISRAÉLIENNE.
    LES PRATIQUES ISRAÉLIENNES VIS-À-VIS DU PEUPLE PALESTINIEN
    ET LA QUESTION DE L’APARTHEID

    Résumé
    Le rapport conclut qu’Israël a établi un régime d’apartheid qui impose sa loi au peuple palestinien dans son ensemble. Conscients de la gravité de cette allégation, les auteurs de ce rapport concluent que les preuves disponibles établissent au-delà de tout doute raisonnable qu’Israël est coupable de politiques et de pratiques qui constituent le crime d’apartheid tel qu’il est défini par les instruments du droit international.

    L’analyse de ce rapport s’appuie sur les mêmes règles et principes de droit international et en matière de Droits de l’Homme que celles qui condamnent l’antisémitisme et les autres idéologies discriminant les races, en particulier la Charte des Nations Unies (1945), la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948) et la Convention Internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (1965). Le rapport repose, pour sa définition de l’apartheid, d’abord sur l’article II de la Convention Internationale sur la suppression et la punition du crime d’apartheid (1973) – ci-après la Convention contre l’Apartheid) :

    L’expression « crime d’apartheid », qui englobe les politiques et pratiques de ségrégation et de discrimination raciales, telles qu’elles sont pratiquées en Afrique australe, désigne les actes inhumains … commis en vue d’instituer ou d’entretenir la domination d’un groupe racial d’êtres humains sur n’importe quel autre groupe racial d’êtres humains et d’opprimer systématiquement celui-ci.
    Bien que le terme « apartheid » ait été à l’origine associé à la situation particulière de l’Afrique du Sud, il représente maintenant une catégorie de crime contre l’humanité pour le droit international courant et le Statut de Rome définissant la Cour Internationale de Justice, selon lesquels :

    Le « crime d’apartheid » s’applique à des actes inhumains… commis dans le contexte d’un régime institutionnel d’oppression systématique et de domination par un groupe racial sur un autre ou d’autres groupes raciaux et commis dans l’intention de maintenir ce régime.

    Au regard de ce contexte, ce rapport reflète le consensus des experts selon lequel l’interdiction de l’apartheid s’applique de manière universelle et n’a pas été rendue caduque par son échec en Afrique du Sud et en Afrique du Sud Ouest (Namibie).

    L’approche légale du sujet de l’apartheid retenue par ce rapport ne devrait pas être confondue avec l’usage du terme dans le vocabulaire courant comme expression d’opprobre.Voir l’apartheid comme des actes et des pratiques isolés (comme « un mur d’apartheid »), un phénomène généré par des conditions structurelles anonymes comme le capitalisme (l’« apartheid économique »), ou des comportements sociaux privés de la part de certains groupes raciaux vis-à-vis d’autres (« racisme social ») pourrait trouver place dans certains contextes.

    Cependant, ce rapport ancre sa définition de l’apartheid dans le droit international, qui impose des responsabilités aux États, comme spécifié dans les instruments internationaux.

    Le choix des preuves est guidé par la Convention contre l’Apartheid, qui précise que le crime d’apartheid consiste en des actes inhumains particuliers, mais que de tels actes acquièrent le statut de crime contre l’humanité seulement s’ils servent intentionnellement l’objectif d’une domination raciale.

    Le Statut de Rome spécifie dans sa définition la présence d’un « régime institutionnel » au service de l’« intention » d’une domination raciale. Puisque « objectif » et « intention » sont au cœur des deux définitions, ce rapport examine des facteurs nettement distincts de la dimension palestinienne – comme la structure de l’État juif telle qu’elle est exprimée dans le droit et dans l’organisation des institutions de l’État d’Israël – pour établir sans aucun doute la présence d’un tel objectif fondamental.

    Que le régime israélien soit conçu en fonction de cet objectif fondamental a été jugé évident à travers le corpus législatif, dont seuls quelques textes sont évoqués dans le rapport pour des raisons de longueur.

    Un exemple éminent en est la politique de la terre. Les lois fondamentales (Constitution) prévoient que la terre détenue par l’État d’Israël, l’Autorité de Développement d’Israël ou le Fonds National Juif ne pourra en aucun cas être transférée, plaçant sa gouvernance de manière permanente sous leur autorité. La Loi de Propriété de l’État de 1951 prévoit le transfert de la propriété (y compris des terres) à l’État dans toutes les zones « sur lesquelles s’applique le droit israélien ». L’autorité des Terres israéliennes (ILA) gouverne les terres d’État, qui représentent 93 % des terres à l’intérieur des frontières internationalement reconnues d’Israël et sont, selon la loi, inaccessibles à l’usage, au développement ou à la propriété pour des non-juifs. Ces lois traduisent le concept de « dessein collectif » tel qu’il est exprimé par les lois fondamentales. De telles lois peuvent être changées par un vote de la Knesset, mais pas les lois fondamentales : la Knesset interdit à n’importe quel parti de remettre en cause ce « dessein collectif ». Effectivement le droit israélien rend illégale toute opposition à une domination raciale.

    La construction démographique est un autre champ politique mis au service de l’objectif de conserver à Israël sa position d’État juif. La loi qui permet aux juifs du monde entier le droit d’immigrer en Israël et d’obtenir la citoyenneté israélienne quel que soit leur pays d’origine et qu’ils puissent démontrer ou pas un lien avec Israël ou la Palestine est bien connue, alors qu’aucun droit comparable n’est accordé aux Palestiniens, même à ceux qui peuvent démontrer des racines ancestrales dans le pays. L’Organisation Sioniste Mondiale et l’Agence Juive sont investies d’une autorité légale, en tant qu’agences de l’État d’Israël, pour faciliter l’immigration de juifs et servir de manière préférentielle les intérêts des citoyens juifs sur des questions allant de l’usage de la terre à la planification du développement public à d’autres questions d’intérêt vital pour l’organisation de l’État juif. Des lois mettant en jeu la construction démographique sont exprimées en langage codés, telles celles qui permettent aux Conseils juifs de rejeter la candidature de citoyens palestiniens à la résidence. Le droit israélien autorise en principe les conjoints de citoyens israéliens à déménager vers Israël, mais interdit cette possibilité uniquement dans le cas de Palestiniens des Territoires Occupés. D’une manière plus large, Une politique israélienne vise à interdire le retour de tous les réfugiés et exilés palestiniens (au total autour de six millions de personnes) dans les territoires sous contrôle israélien.

    Deux attributs supplémentaires d’un régime systématique de domination raciale doivent exister pour qualifier un régime de situation d’apartheid.

    Le premier exige l’identification des personnes opprimées comme appartenant à un « groupe racial » particulier. Ce rapport accepte la définition de la Convention Internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, considérant la « discrimination raciale » comme « toute distinction, exclusion, restriction ou préférence fondée sur la race, la couleur, la lignée, ou l’origine nationale ou ethnique, qui a pour objectif ou pour effet d’interdire ou de réduire la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, à parité de droits, des droits de l’homme et des libertés fondamentales en matière politique, économique, sociale, culturelle ou dans n’importe quel autre domaine de la vie publique ». Sur cette base, le rapport affirme que dans le contexte géopolitique de la Palestine, les Juifs et les Palestiniens peuvent être considérés comme des « groupes raciaux ». De plus, la Convention Internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale est expressément mentionnée dans la Convention contre l’Apartheid.

    Le second attribut est la délimitation et le caractère du groupe ou des groupes en cause. Le statut des Palestiniens comme un peuple habilité à exercer son droit à l’autodétermination a été légalement posé, avec le plus de clarté par la Cour Pénale Internationale (CPI) dans son avis consultatif de 2004 sur les conséquences légales de la construction d’un mur dans les Territoires Palestiniens Occupés. A partir de cette base, le rapport examine le traitement par Israël de la population palestinienne dans son ensemble, considérant les circonstances particulières de la fragmentation géographique et juridique du peuple palestinien comme une situation imposée par Israël. (L’annexe II concerne la question d’une identification adéquate du « pays » responsable du déni des droits des Palestiniens selon le droit international).

    Le rapport pointe le fait que la fragmentation stratégique du peuple palestinien est la méthode principale par laquelle Israël impose un régime d’apartheid. Il examine dans un premier temps la manière dont l’histoire de la guerre, la partition, l’annexion de droit et de fait et l’occupation prolongée de la Palestine ont conduit le peuple palestinien à être divisé en différentes régions géographiques administrées par différents régimes juridiques. Cette fragmentation contribue à stabiliser le régime israélien de domination raciale sur les Palestiniens et à affaiblir la volonté et la capacité du peuple palestinien à organiser une résistance unifiée et efficace. Différentes méthodes sont déployées, qui dépendent de la zone dans laquelle vivent les Palestiniens. C’est le moyen principal par lequel Israël renforce l’apartheid et en même temps empêche la reconnaissance internationale de la manière dont ce système fonctionne comme un ensemble intégré pour constituer un régime d’apartheid.

    Depuis 1967, le peuple palestinien vit sous ce que le rapport appelle les quatre « champs » dans lesquels les composantes de la population palestinienne sont clairement traités de manière différente, mais partagent ensemble l’oppression raciale qui est la conséquence d’un régime d’apartheid. Ces champs sont :
    1 Le droit civil, avec des restrictions particulières, qui s’applique aux Palestiniens qui vivent comme citoyens d’Israël,
    2 Les lois permanentes de résidence, qui s’appliquent aux Palestiniens qui vivent dans la ville de Jérusalem,
    3 Le droit militaire qui s’applique aux Palestiniens, y compris ceux des camps de réfugiés, qui vivent depuis 1967, dans les conditions d’une occupation militaire en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza,
    4 La politique visant à empêcher le retour des Palestiniens, qu’ils soient réfugiés ou exilés, qui vivent en dehors de territoires sous contrôle israélien.

    Le premier champ concerne à peu près 1,7 millions de Palestiniens qui sont citoyens d’Israël. Pendant les 20 premières années de l’existence du pays, ils ont vécu sous le régime de la loi martiale, et jusqu’à aujourd’hui, ils sont victimes d’une oppression au motif de ne pas être juifs. Cette politique de domination se traduit par des services de moindre niveau, par des zonages légaux contenus et des allocations de budgets limitées attribuées aux communautés palestiniennes, par des restrictions à l’emploi et aux opportunités professionnelles, et dans l’organisation du territoire la plus soumise à ségrégation pour un Israël dans lequel vivent des citoyens juifs et des citoyens palestiniens. Les partis politiques palestiniens peuvent agir pour des réformes mineures et de meilleurs budgets, mais ont légalement interdiction, au titre des Lois fondamentales, de remettre en question la législation créant un régime racial. Cette politique est renforcée par les conséquences de la distinction faite en Israël entre « citoyenneté » (ezrahut) et « nationalité »(le’um) : tous les citoyens israéliens possèdent la citoyenneté, mais seuls les juifs possèdent la nationalité. Les droits « nationaux » en droit israélien signifient les droits nationaux accordés aux juifs. Le combat des citoyens palestiniens d’Israël pour l’égalité et des réformes du droit civil israélien est ainsi isolé par le régime des combats des Palestiniens de partout ailleurs.

    Le second champ couvre à peu près 300.000 Palestiniens qui vivent à Jérusalem Est, qui font l’expérience d’une discrimination dans l’accès à l’éducation, aux soins, à l’emploi, aux droits à la résidence et à la construction. Ils souffrent aussi d’expulsions et de démolitions de logements, au service de la politique israélienne « d’équilibre démographique » en faveur des habitants juifs. Les Palestiniens de Jérusalem Est sont étiquetés résidents permanents, ce qui les met dans une catégorie distincte pour empêcher que leur poids démographique – et donc électoral- ne puisse s’ajouter à celui des citoyens palestiniens d’Israël. Comme résidents permanents, ils n’ont aucun statut légal leur permettant de peser sur le droit israélien. De plus être assimilés à des Palestiniens des Territoires Occupés présente pour eux le risque d’une expulsion vers la Cisjordanie et de la perte du droit de même revenir visiter Jérusalem. Ainsi, l’épicentre de la vie politique palestinienne de Jérusalem est contenu dans un cadre légal étroit qui entrave la capacité de ses habitants à s’opposer légalement au régime d’apartheid.

    Le troisième champ est le système de droit militaire imposé à à peu près 4,6 millions de Palestiniens qui vivent dans les Territoires Palestiniens Occupés, 2,7 millions d’entre eux en Cisjordanie et 1,9 million dans la Bande de Gaza. Le territoire est administré d’une manière qui recouvre complètement la définition de l’apartheid telle qu’elle figure dans la Convention contre l’Apartheid : sauf pour la disposition ayant trait au génocide, toutes les dispositions recensées « actes inhumains » dans la Convention sont quotidiennement et systématiquement pratiquées par Israël en Cisjordanie. Les Palestiniens sont soumis à la loi militaire, alors que les approximativement 350.000 colons juifs sont gouvernés par la loi civile israélienne. Le caractère racial de cette situation est de plus confirmé par le fait que tous les colons juifs de Cisjordanie sont placés sous la protection de la loi civile israélienne sur le fondement de leur judéité, qu’ils soient citoyens israéliens ou non. Ce système de droit dual, en soi problématique, est un indicateur d’un régime d’apartheid lorsqu’il est associé à une gestion de la terre discriminatoire sur une base raciale, et à un développement confié à des institutions juives, qui ont la responsabilité d’administrer les « terres d’État » dans l’intérêt de la population juive. A l’appui des considérations d’ensemble de ce rapport, l’annexe I donne davantage de détails sur les politiques et les pratiques d’Israël dans les Territoires Palestiniens Occupés qui constituent des violations de l’article II de la Convention contre l’Apartheid.

    Le quatrième champ concerne les millions de Palestiniens réfugiés ou involontairement exilés, dont la plupart vivent dans des pays voisins. Il leur est interdit de revenir dans leurs foyers en Israël et dans les Territoires Palestiniens Occupés. Israël justifie l’interdiction du retour des Palestiniens dans des termes franchement racistes : il prétend que les Palestiniens constituent une « menace démographique », et que leur retour altérerait le caractère démographique d’Israël au point d’en éliminer son caractère d’Etat juif. Le refus du droit au retour joue un rôle essentiel dans le régime d’apartheid en garantissant que la population palestinienne dans le territoire de la Palestine mandataire ne s’accroitra pas au point de menacer le contrôle militaire du territoire par Israël et/ou de donner aux citoyens palestiniens d’Israël le poids démographique nécessaire pour exiger (et obtenir) des droits démocratiques complets, éliminant de ce fait le caractère juif de l’Etat d’Israël. Bien que ce quatrième champ soit limité aux politiques interdisant aux Palestiniens leur droit au retour selon le droit international, il est traité dans ce rapport comme faisant partie intégrale du système d’oppression et de domination du peuple palestinien dans son ensemble, compte tenu de son rôle crucial en termes démographiques dans la poursuite d’un régime d’apartheid.

    Le rapport considère que, vus dans leur ensemble, les quatre champs constituent un régime complet mis en place dans l’objectif d’assurer une domination durable sur les non-juifs sur tous les territoires placés sous contrôle israélien complet. A différents degrés, les différences de traitement faites aux Palestiniens ont été constatées par les Nations Unies, même s’il n’y a pas eu d’évaluation visant à définir si elles constituent ou non une forme d’apartheid. A la lumière des constats de ce rapport, cette approche internationale fragmentée sur de nombreuses années mérite une réévaluation.

    Dans un intérêt d’équité et de complétude, le rapport examine plusieurs contre arguments présentés par Israël et par ses soutiens sur ses politiques, réfutant l’application de la Convention contre l’Apartheid dans la situation en Israël/Palestine. Ils incluent les revendications que la prétention d’Israël à rester un État juif est cohérente avec les pratiques d’autres États, comme la France ; Israël n’accorde pas aux non-citoyens palestiniens un traitement équivalent à celui des juifs précisément parce qu’ils ne sont pas juifs ; et le traitement fait aux Palestiniens ne traduit aucun « objectif » ou « intention » de dominer, mais constitue davantage un traitement provisoire de la situation imposé à Israël par les réalités d’un conflit en vigueur et par des besoins de sécurité. Le rapport montre qu’aucun de ces arguments ne résiste à l’examen. Une revendication supplémentaire selon laquelle Israël ne peut pas être considéré comme coupable de crimes d’apartheid parce que les citoyens palestiniens disposent du droit de vote repose sur deux erreurs d’interprétation de droit : une comparaison excessivement littérale avec la politique d’apartheid de l’Afrique du Sud, et la séparation de la question du droit de vote du reste du droit, en particulier des dispositions des Lois fondamentales qui interdisent aux partis politiques de remettre en cause le caractère juif, et par conséquent racial, de l’État.

    Le rapport conclut que le poids des preuves permet d’affirmer sans doute raisonnable le fait qu’Israël est coupable d’imposer un régime d’apartheid au peuple palestinien., qui revient à commettre un crime contre l’humanité, dont l’interdiction est considérée comme une norme impérative dans le droit coutumier international. La communauté internationale, en particulier les Nations Unies et ses Agences, et les États Membres, ont une obligation légale d’agir dans les limites de leurs moyens pour empêcher et punir les situations d’apartheid qui sont de manière crédible portées à leur connaissance.

    Plus particulièrement, les États ont un devoir collectif :
    a) ne pas reconnaitre un régime d’apartheid comme légal,
    b) Ne pas aider ou appuyer un État à maintenir un régime d’apartheid,
    c) Et coopérer avec les Nations Unies et avec les autres États à mettre fin à des régimes d’apartheid.
    Les institutions de la société civiles et les particuliers ont aussi le devoir moral et politique d’user des instruments à leur disposition pour faire prendre conscience de cette entreprise criminelle, et d’exercer des pressions sur Israël pour le convaincre de démanteler ses structures d’apartheid conformément au droit international. Le rapport se termine par des recommandations générales et particulières aux Nations Unies, aux gouvernements nationaux et à la société civile, et aux acteurs privés sur les actions qu’ils devraient mettre en œuvre pour empêcher qu’Israël maintienne un régime d’apartheid dans sa pratique du contrôle de la population palestinienne.

    Résumé en anglais

    Traduction : Antoine.B pour BDS France






  • Il y a Kramer contre Kramer mais il y a aussi Historia contre Historia.
    Il est demandé à Historia et à Asselineau de retirer cet article super intéressant ! Ils sont de plus en plus ridicules ces patrons !

    Publié le 13 mars 2017 dans Actualité, Europe
    https://www.upr.fr/wp-content/uploads/2017/03/Screen-Shot-03-18-17-at-11.30-AM.jpg

    Quand la CIA finançait la construction européenne https://www.upr.fr/wp-content/uploads/2010/12/Logo-magazine-Historia.jpg
    Une remarquable enquête du magazine Historia
    Quand la CIA finançait la construction européenne Quand la CIA finançait la construction européenne De 1949 à 1959, en pleine guerre froide, les Américains, par l’intermédiaire de leurs services secrets et du Comité pour l’Europe unie, versent l’équivalent de 50 millions de dollars actuels à tous les mouvements pro-européens, parmi lesquels ceux du Britannique Winston Churchill ou du Français Henri Frenay. Leur but, contenir la poussée soviétique…

    A 82 ans, Henri Frenay, le pionnier de la Résistance intérieure, fondateur du mouvement Combat, arbore une forme intellectuelle éblouissante malgré sa surdité de l’oreille droite et sa récente opération de l’estomac. Pourtant, il n’a plus que trois mois à vivre. En ces jours de mai 1988, il me parle de l’Europe dans son appartement de Boulogne-sur-Seine. De cette Europe fédérale dont il a révé en vain entre 1948-1954. De la dette aussi que, en cas de succès, le Vieux Continent aurait contracté envers les Américains, ceux notamment du ” Comité “. Et d’insister une fois, deux fois, dix fois, tandis que moi, je m’interroge : pourquoi diable ce mystérieux ” Comité ” revient-il à une telle fréquence dans nos conversations ? Pourquoi ? Mais parce que Frenay me confie, avec il est vrai d’infinies précautions de langage, son ultime secret : l’aide financière occulte de la CIA via l’American Committee for United Europe – le Comité – à l’Union européenne des fédéralistes dont il a été le président. Pour reconstituer cette filière inédite, il me faudra une quinzaine d’années. Un jeu qui en valait la chandelle puisqu’il me permet d’ouvrir, pour les lecteurs d’ Historia, la porte d’un des compartiments les plus secrets de la guerre froide…

    Tout commence à l’automne 1948. Déjà coupée en deux, l’Europe vit sous la menace d’une invasion totale par l’armée rouge. Au ” coup de Prague ” en février, vient de succéder en juin le blocus de Berlin. Un petit cénacle de personnalités de l’ombre jette alors les bases de l’American Committee for United Europe, l’ACUE – son existence sera officialisée le 5 janvier 1949 à la maison de la Fondation Woodrow-Wilson de New York. Politiques, juristes, banquiers, syndicalistes vont se méler au sein de son conseil de direction. De hautes figures gouvernementales aussi comme Robert Paterson, le secrétaire à la Guerre ; James Webb, le directeur du budget ; Paul Hoffman, le chef de l’administration du plan Marshall ; ou Lucius Clay, le ” proconsul ” de la zone d’occupation américaine en Allemagne.

    Bien tranquilles, ces Américains-là ? Non, car la véritable ossature de l’ACUE est constituée d’hommes des services secrets. Prenez son président, William Donovan. Né en 1883 à Buffalo, cet avocat irlando-américain au physique de bouledogue, surnommé ” Wild Bill ” par ses amis, connaît bien l’Europe. En 1915, il y remplissait déjà une mission humanitaire pour le compte de la Fondation Rockefeller. Deux ans plus tard, Donovan retrouvait le Vieux Continent pour y faire, cette fois, une Grande Guerre magnifique. Redevenu civil, ” Wild Bill ” va se muer en missus dominicus du gouvernement américain. Ses pas d’émissaire officieux le portent vers l’Europe pour des rencontres parfois imprévues. En janvier 1923, alors qu’ils goà »tent un repos bien mérité, sa femme Ruth et lui devront ainsi subir une soirée entière les vociférations d’un autre habitué de la pension Moritz de Berchtesgaden. Dix-sept ans plus tard, l’agité, un certain Adolf Hitler, s’est rendu maître de la partie continentale de l’Europe, et c’est ” Wild Bill ” que Franklin Roosevelt, inquiet, dépéche à Londres s’enquérir auprès de Winston Churchill du potentiel britannique face à l’avancée nazie.

    En juin 1942, Donovan, homme de confiance du président démocrate pour les affaires spéciales, crée l’Office of Strategic Services (OSS), le service secret américain du temps de la Seconde Guerre mondiale dont il devient le chef et qu’il quittera à sa dissolution, en septembre 1945, sans perdre le contact avec l’univers du renseignement : ” Wild Bill ” tisse des liens privilégiés avec la Central Intelligence Agency, la CIA, créée officiellement le 15 septembre 1947 par une loi sur la sécurité nationale signée par le successeur de Roosevelt, Harry Truman.

    Prenez le vice-président de l’ACUE Walter Bedell Smith, ancien chef d’état-major d’Eisenhower pendant la Seconde Guerre mondiale puis ambassadeur des Etats-Unis à Moscou. A partir d’octobre 1950, celui que ses amis surnomment le ” Scarabée ” ( beetle en anglais) va prendre les commandes de la CIA. 1950, c’est justement l’année o๠des universitaires comme Frederick Burkhardt et surtout William Langer, historien à Harvard, lancent la section culturelle de l’ACUE. Ces deux proches de Donovan ont servi autrefois dans les rangs de l’OSS. Langer en a dirigé le service Recherche et Analyse et, excellent connaisseur de la politique française, a méme commis après-guerre un ouvrage savant qui s’efforçait de dédouaner Le Jeu américain à Vichy (Plon, 1948).

    Prenez surtout Allen Dulles. A l’été 1948, c’est lui qui a ” inventé ” le Comité avec Duncan Sandys, le gendre de Churchill, et George Franklin, un diplomate américain. Principal associé du cabinet de juristes Sullivan & Cromwell, Dulles n’impressionne guère de prime abord avec ses fines lunettes, ses éternelles pipes de bruyère et ses vestes en tweed. Sauf qu’avec ce quinquagénaire, un maître espion entre dans la danse.

    Retour à la case Seconde Guerre mondiale. Chef de l’OSS à Berne, Dulles noue en février 1943 des contacts avec la délégation de Combat en Suisse. Un temps, il assurera méme le financement du mouvement clandestin. ” Coup de poignard dans le dos du général de Gaulle “, s’insurge Jean Moulin au nom de la France libre. ” Survie de la Résistance intérieure menacée d’étranglement financier “, rétorque Frenay. Pensant d’abord à ses camarades dénués de moyens, aux maquisards en danger, il ne voit pas pourquoi Combat devrait se priver d’un argent allié versé, c’est convenu, sans contrepartie politique. Cette ” affaire suisse ” va empoisonner un peu plus encore ses rapports avec Moulin.

    En 1946, Dulles démissionne des services secrets… pour en devenir aussitôt l’éminence grise, prenant une part prépondérante à la rédaction du texte de loi présidentiel sur la sécurité nationale. Cofondateur à ce titre de la CIA (pour les initiés : l’Agence ou mieux, la Compagnie), Dulles pense qu’en matière d’action clandestine, privé et public doivent conjuguer leurs forces. C’est lui qui a déjà inspiré, par l’intermédiaire de ses amis du Brook Club de New York, le versement des subsides de grosses sociétés américaines à la démocratie chrétienne italienne menacée par un parti communiste surpuissant. En 1950, il va reprendre officiellement du service comme bras droit du Scarabée d’abord, comme son successeur à la téte de la CIA ensuite – de février 1953 à septembre 1961. Record de longévité d’autant plus impressionnant que son frère aîné John Forster Dulles, restera, lui, ministre des Affaires étrangères de 1953 à sa mort de maladie en mai 1959.

    Etonnant creuset que l’ACUE, o๠des personnalités de la haute société et/ou de la CIA côtoient les dirigeants de la puissante centrale syndicale American Federation of Labor, l’AFL, dont ils partagent l’aversion du communisme. Exemples : David Dubinsky, né en 1892 à Brest-Litovsk, en Russie, dirige le Syndicat international de la confection pour dames (ILGWU) : 45 000 adhérents à son arrivée en 1932, 200 000 à la fin des années 1940 ! Ennemi acharné des nazis hier (les syndicalistes proches de l’ACUE sont presque tous juifs), c’est aux commies , les ” cocos “, qu’il en veut dorénavant. Jay Lovestone aussi. Conseiller politique de l’AFL, ce Lituanien d’origine sait de quoi il parle : avant sa brutale exclusion puis sa lente rupture avec le marxisme, il fut, entre 1925 et 1929, le secrétaire général du PC américain ! Autre recrue de choix du Comité, Arthur Goldberg, le meilleur juriste de l’AFL. Futur secrétaire au Travail du président Kennedy puis juge à la Cour supréme, Goldberg, né en 1908, a dirigé l’aile syndicale de l’OSS. A ce titre, il fut en son temps le supérieur hiérarchique d’Irving Brown, son cadet de deux ans. Brown, représentant de l’AFL pour l’Europe et grand dispensateur de dollars aux syndicalistes modérés du Vieux Continent. Puisant dans les fonds secrets de la toute jeune CIA, laquelle finance depuis 1946 toutes les opérations anticommunistes de l’AFL, ce dur à cuire ne ménage pas, par exemple, son soutien à Force ouvrière, la centrale syndicale née fin 1947 de la scission de la CGT (lire ” Derrière Force ouvrière, Brown, l’ami américain ” dans Historia n° 621 de décembre 1997). Pure et dure, la ligne Brown contraste d’ailleurs avec celle, plus nuancée, de la CIA. A la Compagnie, on aurait préféré que les non-communistes restent dans le giron de la CGT, méme contrôlée par le PCF…

    C’est qu’au-delà des hommes, il y a la stratégie d’ensemble. Face à l’Union soviétique, Washington développe deux concepts clés : le containment (l’endiguement) et plan Marshall. L’idée du containment , revient à un diplomate russophone, George Kennan, qui la développe dès juillet 1947 dans un article de la revue Foreign Affairs : ” L’élément majeur de la politique des Etats-Unis en direction de l’Union soviétique doit étre celui d’un endiguement à long terme, patient mais ferme, des tendances expansionnistes russes. “

    Le plan Marshall, lui, porte la marque de son inventeur le général George Marshall, chef d’état-major de l’US Army pendant la guerre, et désormais ministre des Affaires étrangères du président Truman. En apportant une aide massive aux pays d’Europe ruinés, les Etats-Unis doivent, selon lui, faire coup double : un, couper l’herbe sous le pied des partis communistes par une hausse rapide du niveau de vie dans les pays concernés ; deux, empécher leur propre industrie de sombrer dans la dépression en lui ouvrant de nouveaux marchés.

    Pour le tandem Marshall-Kennan, pas de meilleur outil que la CIA (lire l’interview d’Alexis Debat, page 51). Et c’est naturellement un autre ancien de l’OSS, Franck Wisner Jr, qu’on charge de mettre sur pied un département autonome spécialisé dans la guerre psychologique, intellectuelle et idéologique, l’Office of Policy Coordination ! Si ce bon vieux ” Wiz ” ne fait pas partie du Comité, ses hommes vont lui fournir toute la logistique nécessaire. Mais chut ! c’est top secret…

    L’ACUE allie sans complexe une certaine forme de messianisme américain avec le souci de la défense bien comprise des intéréts des Etats-Unis. Messianique, cette volonté bien ancrée de mettre le Vieux Continent à l’école du Nouveau Monde. Phare de la liberté menacée, l’Amérique a trouvé, la première, la voie d’une fédération d’Etats, succès si resplendissant que l’Europe n’a plus qu’à l’imiter… Cet européanisme made in Washington comporte sa part de sincérité : ” Ils m’appellent le père du renseignement centralisé, mais je préférerais qu’on se souvienne de moi à cause de ma contribution à l’unification de l’Europe “, soupire ainsi Donovan en octobre 1952.

    De sa part de calcul aussi. Car en décembre 1956, trois mois avant sa mort, le méme Donovan présentera l’Europe unie comme ” un rempart contre les menées agressives du monde communiste “. En d’autres termes, un atout supplémentaire de la stratégie américaine conçue par Marshall, Kennan et leurs successeurs : construire l’Europe, c’est remplir un vide continental qui ne profite qu’à Staline, donc, en dernier ressort, protéger les Etats-Unis.

    Ajoutons une troisième dimension. Dans l’esprit des hommes de la Compagnie, rien de plus noble qu’une action clandestine au service de la liberté. Tout officier de la CIA le sait : les Etats-Unis sont nés pour une bonne part du soutien des agents de Louis XVI, Beaumarchais en téte, aux insurgés nord-américains. Ainsi l’opération American Committee, la plus importante, et de loin menée, par l’Agence en Europe pendant la guerre froide, se trouve-t-elle justifiée par l’Histoire.

    Pour chaleureuse qu’elle soit, l’amitié franco-américaine ne saurait toutefois distendre le ” lien spécial ” entre Grande-Bretagne et Etats-Unis. En foi de quoi, Comité et Compagnie tournent d’abord leur regard vers Londres. Hélas ! Churchill, battu aux législatives de 1945, ronge ses griffes dans l’opposition. Le nouveau secrétaire d’Etat britannique aux Affaires étrangères, Ernest Bevin, a bien proclamé le 2 janvier 1948 aux Communes : ” Les nations libres d’Europe doivent maintenant se réunir. ” N’empéche que ses collègues du cabinet travailliste et lui repoussent avec horreur la perspective d’une véritable intégration continentale. Non pas que Bevin craigne de s’affronter aux communistes : deux jours après son discours de janvier, il créait un organisme clandestin de guerre idéologique, l’Information Research Department. Ce méme IRD qui, jugeant La Ferme des animaux et 1984 plus efficaces que mille brochures de propagande, va contribuer à diffuser partout dans le monde les oeuvres de George Orwell. Mais la carte Europe unie, alors là , non !

    Cette carte, Churchill la joue-t-il de son côté par conviction profonde ou par aversion pour ses rivaux politiques de gauche ? Le fait est que le 19 septembre 1946 à Zurich, le Vieux Lion appelle à un axe anglo-franco-allemand, élément majeur selon lui d’une ” espèce d’Etats unis d’Europe “. Qu’en mai 1948, Duncan Sandys, taille aux mesures de son homme d’Etat de beau-père le Congrès européaniste de La Haye. Qu’en octobre 1948, Churchill crée l’United European Movement – le Mouvement européen. Qu’il en devient président d’honneur aux côtés de deux démocrates-chrétiens, l’Italien Alcide De Gasperi et l’Allemand Konrad Adenauer, et de deux socialistes, le Français Léon Blum et le Belge Paul-Henri Spaak. Malheureusement pour les ” amis américains “, cette tendance ” unioniste ” ne propose, à l’exception notable de Spaak, que des objectifs européens limités. Reconstruction économique et politique sur une base démocratique, d’accord, mais sans transfert, méme partiel, de souveraineté.

    Le Comité et la tendance ” fédéraliste “, dont Henri Frenay émerge comme la figure emblématique, veulent, eux, aller beaucoup plus loin. Aux heures les plus noires de la Seconde Guerre mondiale, Frenay, patriote mondialiste, a conçu l’idée d’un Vieux Continent unifié sur une base supranationale. En novembre 1942, révélera quarante ans plus tard Robert Belot dans le remarquable travail sur Frenay qui vient de lui valoir l’habilitation à diriger des recherches à l’Université, le chef de Combat écrivait au général de Gaulle qu’il faudrait dépasser l’idée d’Etat-Nation, se réconcilier avec l’Allemagne après-guerre et construire une Europe fédérale. Logique avec lui-méme, Frenay se jette dès 1946 dans cette croisade européaniste aux côtés d’Alexandre Marc. Né Lipiansky à Odessa en 1904, ce théoricien du fédéralisme a croisé la trajectoire de Frenay à Lyon en 1941, puis après-guerre. A rebours de l’européanisme de droite inspiré des thèses monarchistes maurrassiennes ou du catholicisme social, les deux amis s’efforcent de gauchir le fédéralisme français alors fort de ” plusieurs dizaines de milliers d’adhérents “, ainsi que me l’assurera l’ancien chef de Combat en 1988.

    Orientée à gauche, l’Union européenne des fédéralistes, l’UEF, est créée fin 1946. Elle va tenir son propre congrès à Rome en septembre 1948. Frenay en devient le président du bureau exécutif, flanqué de l’ex-communiste italien Altiero Spinelli, prisonnier de Mussolini entre 1927 et 1937 puis assigné à résidence, et de l’Autrichien Eugen Kogon, victime, lui, du système concentrationnaire nazi qu’il décortiquera dans L’Etat SS (Le Seuil, rééd. 1993). A ces trois dirigeants d’atténuer le profond malaise né de la participation de nombreux membres de l’UEF au congrès de La Haye, o๠Churchill et son gendre Sandys les ont littéralement roulés dans leur farine ” unioniste “.

    Faut-il choisir entre le Vieux Lion et le pionnier de la Résistance intérieure française à l’internationalisme si radical ? Perplexité au Comité, donc à la CIA. Pour Churchill, sa stature d’homme d’Etat, d’allié de la guerre, sa préférence affichée pour le ” grand large “, les Etats-Unis ; contre, son refus acharné du modèle fédéraliste si cher aux européanistes américains et bientôt, ses violentes querelles avec le très atlantiste Spaak. En mars 1949, Churchill rencontre Donovan à Washington. En juin, il lui écrit pour solliciter le versement de fonds d’urgence (très riche à titre personnel, l’ancien Premier ministre britannique n’entend pas puiser dans sa propre bourse). Quelques jours plus tard, Sandys appuie par courrier la demande de son beau-père : de l’argent, vite, sinon le Mouvement européen de Churchill s’effondre. Comité et CIA, la principale bailleuse de fonds, débloquent alors une première tranche équivalant à un peu moins de 2 millions de nos euros. Elle permettra de ” préparer ” les premières réunions du Conseil de l’Europe de Strasbourg, qui associe une assemblée consultative sans pouvoir réel à un comité des ministres statuant, lui, à l’unanimité.

    Pour soutenir leurs partenaires du Vieux Continent, ACUE et CIA montent dès lors des circuits financiers complexes. Les dollars de l’oncle Sam – l’équivalent de 5 millions d’euros entre 1949 et 1951, le méme montant annuel par la suite – proviennent pour l’essentiel de fonds alloués spécialement à la CIA par le Département d’Etat. Ils seront d’abord répartis sous le manteau par les chefs du Mouvement européen : Churchill, son gendre, le secrétaire général Joseph Retinger, et le trésorier Edward Beddington-Behrens. En octobre 1951, le retour de Churchill à Downing Street, résidence des premiers ministres anglais, ne tarira pas ce flot : entre 1949 et 1953, la CIA va en effet verser aux unionistes l’équivalent de plus de 15 millions d’euros, à charge pour eux d’en redistribuer une partie à leurs rivaux de la Fédération, la tendance de droite du fédéralisme français, laquelle reverse ensuite sa quote-part à l’UEF. Sommes substantielles mais sans commune mesure avec la manne que l’appareil stalinien international, le Kominform, investit au méme moment dans le financement souterrain des PC nationaux et des innombrables ” fronts de masse ” : Fédération syndicale mondiale de Prague, Mouvement de la paix, mouvements de jeunes, d’étudiants, de femmes…

    Pour Frenay, c’est clair : l’Europe fédérale constitue désormais le seul bouclier efficace contre l’expansionnisme communiste. Mais comment aller de l’avant quand le nerf de la guerre manque si cruellement ? L’UEF n’est pas riche. Son président encore moins, dont la probité est reconnue de tous – après son passage au ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés, Frenay, ancien officier de carrière sans fortune personnelle, a quitté l’armée au titre de la loi Diethelm de dégagement des cadres. Comme au temps de ” l’affaire suisse “, le salut financier viendra-t-il de l’allié américain ? Oui, assurent dès l’été 1950 les hommes de l’ACUE à un représentant français de l’UEF en visite à New York. Conforme à la position officielle du gouvernement américain en faveur de l’intégration européenne, leur aide ne sera soumise à aucune contrepartie politique ou autre, condition sine qua non aux yeux d’Henri Frenay. Et de fait, à partir de novembre 1950, l’ACUE va financer secrètement à hauteur de 600 000 euros l’une des initiatives majeures de Frenay et des fédéralistes de gauche : la création à Strasbourg, en parallèle du très officiel Conseil de l’Europe, d’un Congrès des peuples européens, aussi appelé Comité européen de vigilance.

    S’associeront à ce projet des socialistes (Edouard Depreux), des religieux (le père Chaillet, fondateur de Témoignage chrétien ), des syndicalistes, des militants du secteur coopératif, des représentants du patronat et méme… des gaullistes tels Michel Debré ou Jacques Chaban-Delmas. Mal conçue médiatiquement, l’affaire échoue de peu. Raison de plus pour accentuer le soutien financier, oeuvre du secrétaire général de l’ACUE, Thomas Braden. Connu pour ses opinions libérales, cet ami du peintre Jackson Pollock, n’a pas hésité quand Donovan, son ancien patron à l’OSS, lui a demandé de quitter la direction du musée d’Art moderne de New York.

    En juillet 1951, Frenay effectue à son tour le voyage des Etats-Unis sous les auspices du Congrès pour la liberté de la culture – une organisation que nous retrouverons bientôt. L’occasion de rencontrer les dirigeants du Comité et ceux de la Fondation Ford (mais pas ceux de la CIA avec lesquels il n’entretiendra jamais de rapports directs) pour leur faire part des besoins matériels des fédéralistes. Message reçu ” 5 sur 5 ” par les Américains…

    A cette date, Braden ne figure plus parmi les dirigeants officiels de l’ACUE. En vertu du principe des vases communicants, l’agent secret esthète vient en effet de rejoindre Dulles à la CIA. Les deux hommes partagent cette idée de bon sens : face aux communistes, ce ne sont pas les milieux conservateurs qu’il faut convaincre, mais la gauche antistalinienne européenne, dont Frenay constitue un des meilleurs représentants. Braden va plus loin : ” Comme l’adversaire rassemblé au sein du Kominform, structurons-nous au plan mondial par grands secteurs d’activité : intellectuels, jeunes, syndicalistes réformistes, gauche modérée… “, plaide-t-il. D’accord, répond Dulles. Naît ainsi la Division des organisations internationales de la CIA. Dirigée par Braden, cette direction centralise, entre autres, l’aide de la Compagnie via l’ACUE aux fédéralistes européens. En 1952, l’American Committee for United Europe finance ainsi l’éphémère Comité d’initiative pour l’assemblée constituante européenne, dont Spaak sera président et Frenay, le secrétaire général.

    Brouillés avec la ” Fédération “, leur rivale de droite qui servait jusque-là d’intermédiaire pour le versement des fonds CIA-ACUE par le truchement du mouvement churchillien, les amis de Frenay sont très vite au bord de l’asphyxie. Pour parer à l’urgence, Braden, virtuose du financement souterrain au travers de fondations privées plus ou moins bidon, va, cette fois, mettre en place une procédure de versements directs aux fédéralistes de gauche par des antennes para-gouvernementales américaines. A Paris, plaque tournante des opérations de la CIA en Europe avec Francfort, on opérera par le biais de l’Office of Special Representative, conçu à l’origine pour servir d’interface avec la toute jeune Communauté européenne du charbon et de l’acier (Ceca), ou de l’US Information Service (USIS). Par la suite, un bureau ACUE proprement dit sera ouvert.

    Jean Monnet : des liens troubles avec les services américains

    Comme Jean Monnet, président de la Ceca, Frenay caresse, en cette année 1952, l’idée d’une armée européenne, pas décisif vers l’Europe politique selon lui. L’ACUE approuve chaudement. Prévue par le traité de Londres de mars 1952, cette Communauté européenne de défense comprendrait – c’est le point le plus épineux -, des contingents allemands. Reste à faire ratifier le traité par les parlements nationaux. Frenay s’engage avec enthousiasme dans ce nouveau combat. Pour se heurter, une fois encore, à de Gaulle, qui refuse la CED au nom de la souveraineté nationale et, déjà , du projet ultrasecret de force atomique française, ainsi qu’aux communistes, hostiles par principe à tout ce qui contrarie Moscou. D’après les éléments recueillis par Robert Belot – dont la biographie du chef de Combat devrait sortir ce printemps au Seuil -, Frenay demandera méme à l’ACUE de financer l’édition d’une brochure réfutant… les thèses gaullistes sur la CED.

    Staline meurt en mars 1953. L’année suivante, Cord Meyer Jr, un proche de la famille Kennedy, remplace Braden à la téte de la Division des organisations internationales de la CIA. Mais 1954 verra surtout cet échec cuisant des européanistes : l’enterrement définitif de la CED. Découragé, Frenay abandonne alors la présidence de l’Union européenne des fédéralistes. A partir d’octobre 1955, les ” amis américains ” reportent donc leurs espoirs sur un nouveau venu, le Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe de Jean Monnet. Lié à Donovan et surtout à l’ambassadeur américain à Paris, David Bruce, un proche de Franck Wisner, Monnet est trop fin connaisseur du monde anglo-saxon pour accepter directement les dollars de la CIA. Compte tenu de sa prudence de Sioux, l’aide américaine à son courant européaniste devra emprunter d’autres voies. En 1956, Monnet se voit ainsi proposer l’équivalent de 150 000 euros par la Fondation Ford. Une offre qu’il décline, préférant que cet argent soit versé au professeur Henri Rieben, un économiste et universitaire suisse pro-européen qui vient d’étre nommé chargé de mission aux Hautes Etudes commerciales de Lausanne. Rieben utilisera ces fonds en toute transparence financière pour créer un Centre de recherches européen.

    En 1958, le retour du général de Gaulle, radicalement hostile aux thèses fédéralistes, annihile les derniers espoirs de l’UEF et de ses amis américains. Dissolution de l’ACUE dès mai 1960 puis cessation des financements occultes par la CIA s’ensuivent. En douze ans, la Compagnie aura quand méme versé aux européanistes de toutes tendances l’équivalent de 50 millions d’euros sans étre jamais prise la main dans le sac ! Mais pourra-t-on préserver longtemps le grand secret ?

    La première alerte éclate dès 1962. Trop précise sur les financements américains, une thèse universitaire sur les mouvements européanistes doit étre ” enterrée ” d’urgence en Angleterre. Ce remarquable travail est l’oeuvre du fils d’un camarade de résistance de Frenay, Georges Rebattet, créateur en avril 1943 du Service national maquis. Georges Rebattet, le successeur en 1952 de Joseph Retinger comme secrétaire général d’un Mouvement européen dont il a d’ailleurs assaini pour une bonne part le financement.

    Deuxième secousse au milieu des années 1960. L’étau de la presse américaine (le New York Times et la revue gauchiste Ramparts ) se resserre sur une des filiales du ” trust ” Braden-Meyer, le Congrès pour la liberté de la culture o๠se côtoyaient des intellectuels antitotalitaires européens de haute volée – Denis de Rougemont, Manhès Sperber, Franz Borkenau, Ignazio Silone, Arthur Koestler ou, par éclipses, Malraux et Raymond Aron. Financé par la CIA au travers de la Fondation Fairfield, le Congrès édite en français l’une de ses revues les plus prestigieuses, Preuves . Jouant la transparence, Braden jette alors son pavé dans la mare. ” Je suis fier que la CIA soit immorale “, déclare-t-il en 1967 au journal britannique Saturday Evening Post , auquel il confie des révélations sensationnelles sur le financement occulte par la CIA du Congrès pour la liberté et sur le rôle d’Irving Brown dans les milieux syndicaux. Silence radio, en revanche, sur le soutien aux mouvements européanistes, le secret des secrets…

    Ultime rebondissement à partir de juin 1970, quand le conservateur anglais pro-européen Edward Heath arrive à Downing Street. A sa demande, l’Information Research Department lance une vaste campagne pour populariser sous le manteau l’européanisme dans les médias et les milieux politiques britanniques. En 1973, l’Angleterre fait son entrée dans le Marché commun ; le 5 juin 1975, 67,2 % des électeurs britanniques ratifient la décision par référendum. Dans ce renversement de tendance en faveur de l’Europe, un homme s’est jeté à corps perdu : nul autre que le chef de la station de la CIA de Londres, Cord Meyer Jr. Ce bon vieux Cord qui remplaçait vingt ans plus tôt son copain Braden à la téte de la Division des organisations internationales de la Compagnie.

    Par Rémi Kaufer

    https://www.upr.fr/actualite/europe/la-cia-finance-la-construction-europeenne

    https://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:YyvchXv6T3kJ:https://www.upr.fr/actualite/europe/la-cia-finance-la-construction-europeenne+&cd=7&hl=fr&ct

    • LA RÉÉCRITURE DE L’HISTOIRE EN MARCHE = La direction du magazine HISTORIA censure son propre numéro 675 de mars 2003 sur le rôle de la CIA dans la construction européenne et met en demeure l‘UPR d‘en supprimer la reproduction

      Publié le 18 mars 2017 dans Actualité, Dossiers de fond, Election présidentielle 2017, élection présidentielle 2017, États-Unis, Union Européenne /Lien permanent

      Par une mise en demeure du 17 mars 2017, l’avocat de Sophia Publications, la société éditrice du magazine Historia, a exigé que nous retirions du site Internet de l’UPR la reproduction de l’article « Quand la CIA finançait la construction européenne » de Rémi Kauffer, figurant dans le numéro 675 (mars 2003), que François Asselineau a montré en direct dans le journal de 20h de TF1 du 13 mars. La loi nous oblige à obtempérer.

      Nous signalons que ce texte était vieux de 14 ans (édition de mars 2003) et qu’il figurait depuis plusieurs années sur le site Internet d’Historia, auquel notre article renvoyait.

      Nous signalons que ce dossier de Rémi Kauffer n’est plus disponible sur le site d’Historia et cela prétendument« pour des raisons techniques ». Le lien est ici :http://www.historia.fr/parution/mensuel-675
      SOPHIA PUBLICATIONS, société anonyme à conseil d’administration est active depuis 61 ans.
      Domiciliée à PARIS 2 (75002), elle est spécialisée dans le secteur d’activité de l’édition de revues et périodiques. Son effectif est compris entre 50 et 99 salariés.
      Sur l’année 2013 elle réalise un chiffre d’affaires de 19 739 200,00 €.
      Le total du bilan a diminué de 9,59 % entre 2012 et 2013.
      Societe.com recense 2 établissements actifs et 1 événement notable depuis un an.
      Jean PERDRIEL, est président du conseil d’administration de la société SOPHIA PUBLICATIONS

      Jean PERDRIEL est un soutien de Macron

      == HISTORIA CENSURE HISTORIA == La direction du magazine Historia a retiré de son site en ligne le dossier CIA de mars 2003 qui y figurait pourtant depuis des années. Le motif invoqué pour cette soudaine censure est que ce dossier n’est plus disponible « pour des raisons techniques ». La présentation ce dossier encore en ligne continue cependant à préciser que « Entre 1949 et 1959, les États-Unis vont s’efforcer de contrer les Soviétiques en finançant largement la construction européenne »…

      Nous signalons que notre article qui en assurait la promotion et la reproduction figurait sur notre site upr.fr depuis le 13 mars 2014, il y a donc plus de 2 ans.

      Si l’avocat de la société éditrice du magazine Historia nous demande soudain de le supprimer après tant d’années de mise en ligne, c’est parce que François Asselineau, alors que démarre la campagne pour l’élection présidentielle, a commencé à faire naître un débat aussi salutaire que nécessaire sur le rôle de la communauté du renseignement américain dans la construction européenne et sur la proximité de certains « pères fondateurs » avec l’administration américaine.

      Il mérite d’être précisé ici qu’un « agent de la CIA » n’est pas la même chose qu’un « employé de la CIA » ; certains journalistes ne semblent pas conscients de cette différence.

      Dans un éditorial, la rédaction d’Historia a tenu à se désolidariser de façon alambiquée du contenu même du texte de Rémi Kauffer (sans même citer le nom du journaliste).

      Nous exprimons notre impatience à connaître sa réaction face à l’article – basé sur des archives déclassifiées – d’Ambrose Evans-Pritchard « Des fédéralistes européens financés par des chefs de l’espionnage américain » (Daily Telegraph, 19 septembre 2001).

      Nous continuerons à informer les Français sur ce sujet important, qui permet de comprendre les origines et objectifs de la construction européenne. Nous allons d’ailleurs prochainement publier de nouvelles sources.

      Pour finir, il est utile de préciser que le propriétaire de la société Sophia Publications (et donc d’Historia) est, depuis juin 2016, l’industriel et homme de presse Claude Perdiel, soutien officiel de la candidature d’Emmanuel Macron.

      Bureau National de l’UPR
      18 mars 2017

    • http://mobile.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/06/23/claude-perdriel-seul-proprietaire-des-magazines-historia-l-histoire-l

      Claude Perdriel seul propriétaire de « Historia », « L’Histoire », « Le Magazine littéraire » et « La Recherche »
      LE MONDE ECONOMIE | 23.06.2016 à 18h31 • Mis à jour le 23.06.2016 à 18h55
      Par Quentin Ebrard
      Claude Perdriel, l’actuel propriétaire de l’hebdomadaire Challenges et du mensuel Sciences et Avenir, va racheter totalement le groupe Sophia, société éditrice des mensuels La Recherche, Historia, Le Magazine littéraire et L’Histoire, qu’il détenait déjà à 50 %.

      Le montant précis de la transaction reste encore confidentiel, mais le patron de presse a affirmé, jeudi 23 juin, que « les actionnaires sortants [Thierry Verret, Gilles Gramat et Maurice Szafran] quitteront Sophia avec un bénéfice de 30 % par rapport à ce qu’ils avaient mis au départ. Pour 100 euros mis, ils en récupéreront 130 ».

      En avril 2014, Claude Perdriel avait racheté la moitié de Sophia au milliardaire François Pinault, tandis que le trio composé de Thierry Verret, Gilles Gramat et Maurice Szafran avait acquis l’autre moitié. Le montant de la transaction n’avait pas été révélé. Puis une augmentation de capital d’1,5 million d’euros à part quasi-égale avait été souscrite en 2014.

      MUTUALISATIONS
      « Je leur ai fait une offre qui sera effective et réalisée à partir du 11 juillet », a expliqué M. Perdriel, le temps de recevoir l’aval du tribunal de commerce de Paris, car le groupe de presse culturel est sorti depuis fin mai d’un redressement judiciaire. « En principe, cela va se faire », ajoute celui qui deviendra donc le détenteur de la totalité des parts du groupe.

      Quelles sont les raisons qui ont poussé M. Perdriel à cette acquisition ? « Ce sont tout d’abord quatre beaux journaux. La Recherche et L’Histoire sont des mensuels reconnus par la communauté scientifique. Historia s’adresse au grand public et date de 1909. Le Magazine littéraire est celui qui souffre le plus de la concurrence, mais je me suis rappelé qu’à mes 20 ans, ma passion était la littérature », confie-t-il, comme une sorte de retour aux sources. Ses motivations ne sont pas pour autant uniquement affectives.

      Même s’il reste toujours endetté à hauteur de 1,5 million d’euros, le groupe Sophia aurait réalisé « 300 000 euros de gains en 2015 ». De plus, Claude Perdriel espère faire des économies en rapprochant les services d’abonnements, de fabrication et de distribution de ses différentes publications. « Maurice Szafran restera aux commandes sur Sophia », annonce-t-il, tout en promettant de ne supprimer aucun poste.

      UN RACHAT MALGRÉ LES DIFFICULTÉS DE CHALLENGES
      « Je n’ai jamais envisagé de vendre Challenges, mais j’avais envisagé de prendre un partenaire minoritaire dans la mesure où cela aurait pu contribuer à donner plus de chance à son développement », explique-t-il en réponse aux rumeurs de vente du magazine économique en difficulté.

      « Les pertes pour 2015 s’élèvent à 2,6 millions d’euros. En 2016, elles devraient être du même ordre », dit-il en justifiant ces chiffres par la crise de la presse papier, par la séparation coûteuse avec L’Obs, dont il garde 34 % des parts, et par des investissements techniques.

      Pour l’année prochaine, Claude Perdriel espère limiter les pertes de l’hebdomadaire grâce à des économies de 400 000 euros sur le poste des abonnements, à un plan de départ volontaire d’une dizaine de personnes parmi les techniciens et au recours à de la sous-traitance informatique.

      En nombre d’employés, Challenge compte 75 personnes, Sciences et avenir 35 et Sophia 60. « On doit être de l’ordre de 60 millions d’euros de chiffre d’affaires au total. L’ensemble en 2017 sera proche de l’équilibre », espère M. Perdriel.

      Par Quentin Ebrard

    • http://www.historia.fr/parution/mensuel-675

      mensuel N°675

      A ne pas manquer dans ce numéro : une enquête sur les réseaux secrets de la guerre froide. Entre 1949 et 1959, les Etats-Unis vont s’efforcer de contrer les Soviétiques en finançant largement la construction européenne. A lire également, un dossier sur l’émancipation féminine au XVIIe siècle et un zoom sur les grandes heures de la Coupe de l’America.
      NB : « pour des raisons techniques » lol, le dossier CIA n’est pas disponible en ligne.


  • Chassez le naturel, il revient au Galop : Hollande refuse de reconnaître la Palestine
    N Robin

    François Hollande n’a pas l’intention de reconnaître l’Etat palestinien avant la fin de son mandat.
    Le chef de l’Etat a adressé une lettre aux 154 parlementaires qui lui en avaient fait la demande.

    Un courrier dont le président de l’Association France Palestine Solidarité Tawfiq Tahani a pris connaissance

    Source Radio Orient

    Sa réaction au micro de Maria Lafitte.

    http://www.radioorient.com/la-deception-des-palestiniens-hollande-refuse-de-reconnaitre-letat-de-p


  • Politique internationale : tout est dit !

    https://www.google.com/amp/amp.agoravox.fr/actualites/international/article/robert-kennedy-jr-denonce-le-178261

    lundi 29 février 2016 - par Taïké Eilée
    Robert Kennedy Jr. dénonce le conflit en Syrie : une « guerre par proxys » pour un pipeline

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    Robert Francis Kennedy Jr., fils de Bob Kennedy, neveu de John F. Kennedy et deTed Kennedy, avocat spécialisé dans le droit de l’environnement et président deWaterkeeper Alliance, a publié, le 23 février 2016 dans Politico, un article important pour comprendre le monde actuel. Il nous livre un éclairage dérangeant sur la situation dramatique du Moyen-Orient, l’origine de Daech et de la guerre en Syrie, le jeu américain, mais aussi des autres grandes puissances, dans la région, le tout dans une perspective historique longue de 65 ans. Il ne fait que confirmer, au fond, ce que nombre d’observateurs pensent depuis un moment, à savoir que la « guerre au terrorisme » est le paravent d’une guerre pour le pétrole, et que les groupes jihadistes sont comme des « proxys », qui permettent une guerre par procuration entre grandes puissances.

    « Alors que nous nous intéressons à la montée de l’État islamique et cherchons la source de la sauvagerie qui a pris tant de vies innocentes à Paris et San Bernardino, nous devrions vouloir regarder au-delà des explications commodes en termes de religion et d’idéologie. Plutôt, nous devrions examiner les logiques plus complexes de l’histoire et du pétrole - et comment elles ramènent souvent le problème sur nos propres rivages. »

    65 ans de complots pour des pipelines

    Robert F. Kennedy Jr. (RFK Jr.) rappelle à bon escient les opérations clandestines de la CIA au Moyen-Orient (« complots de coups d’État » en Jordanie, en Syrie, en Iran, en Irak et en Égypte), décrites dans un rapport dont son grand-père, Joseph P. Kennedy, était signataire : le rapport « Bruce-Lovett ». Il précise que ces opérations, si elles sont largement connues par la rue arabe, sont généralement ignorées par le peuple américain, qui a tendance à croire la parole de son gouvernement.

    Afin précisément que les Américains puissent comprendre ce qui se trame de nos jours, il faut commencer, nous dit RFK Jr., par revenir sur « cette histoire sordide mais dont on se souvient peu », qui commence durant les années 1950. A cette époque, le président Eisenhower et les frères Dulles (le directeur de la CIA Allen Dulles et le Secrétaire d’État John Foster Dulles) repoussent les propositions soviétiques de traité pour faire du Moyen-Orient une zone neutre de la Guerre froide et pour laisser les Arabes contrôler l’Arabie. Au lieu de cela, ils ont monté une guerre clandestine contre le nationalisme arabe, qu’Allen Dulles assimilait au communisme, particulièrement lorsque l’autonomie des Arabes menaçait les concessions pétrolières.

    C’est ainsi qu’ils ont fourni une aide militaire secrète à des tyrans en Arabie saoudite, en Jordanie, en Irak et au Liban, favorisant des marionnettes, animées d’une idéologie conservatrice et jihadiste, qu’ils estimaient pouvoir constituer un antidote fiable au marxisme soviétique. Lors d’une rencontre à la Maison Blanche entre le directeur de la planification de la CIA, Frank Wisner, et John Foster Dulles, en septembre 1957, Eisenhower fit cette recommandation à l’Agence, selon une note enregistrée par son secrétaire, le général Andrew J. Goodpaster : « Nous devrions faire tout notre possible pour insister sur l’aspect "guerre sainte" Comme l’écrit RFK Jr., « la CIA a entretenu un violent jihadisme comme arme de la Guerre froide

    La CIA commença son ingérence active en Syrie en 1949. En mars, le président élu démocratiquement, Choukri al-Kouatli, hésita à approuver le pipeline trans-arabe, un projet américain conçu pour relier les champs pétrolifères d’Arabie saoudite aux ports du Liban via la Syrie. Dans son livreLegacy of Ashes, le journaliste Tim Weinerraconte qu’en représailles du manque d’enthousiasme d’al-Kouatli pour le pipeline américain, la CIA manigança un coup d’État pour le remplacer par un dictateur qu’elle avait sélectionné, Husni al-Zaim. L’homme eut à peine le temps de dissoudre le parlement et d’approuver le pipeline américain avant que ses compatriotes ne le destituent quatre mois et demi après son arrivée au pouvoir. Le coup d’État d’al-Zaim est le premier qu’ait connu le monde arabe.

    RFK Jr. passe ensuite en revue d’autres opérations clandestines de la CIA. En Iran d’abord, avec le coup d’État contreMossadegh en 1953, après que celui-ci essaya de renégocier les termes des contrats entre son pays et l’Anglo-Iranian Oil Company. Ensuite, en Syrie, lorsqu’en 1957 la CIA tenta d’organiser un second coup d’État dans ce pays en armant des militants islamistes, à commencer par les Frères musulmans. Enfin, en Irak, où la CIA réussit à installer le parti Baas et Saddam Hussein. Tim Weiner écrit d’ailleurs queJames Critchfield, chef de la CIA au Proche-Orient, reconnut plus tard que l’Agence, en substance, « créa Saddam Hussein Ronald Reagan et son directeur de la CIA Bill Caseyregardaient Saddam Hussein comme un ami potentiel de l’industrie pétrolière américaine et une barrière solide contre la propagation de la révolution islamique iranienne. Son prédécesseur avait nationalisé l’Iraq Petroleum Company.

    2009 : Assad refuse le pipeline du Qatar

    Après ces rappels historiques, résumés ici, RFK Jr. en vient à la situation présente en Syrie. Il commence par mettre en scène deux visions du conflit qui s’opposent :

    « Tandis que la presse américaine docile répète comme un perroquet le récit selon lequel notre support militaire pour l’insurrection syrienne est purement humanitaire, de nombreux Arabes voient la crise actuelle simplement comme une nouvelle guerre de pipelines par procuration... »

    RFK Jr. considère qu’il existe une abondance de faits qui soutiennent cette manière de voir les choses. Si, de notre point de vue, notre guerre contre Bachar el-Assad débuta avec les manifestations civiles et pacifiques du Printemps arabe en 2011, pour eux, elle débuta en 2009, quand le Qatar proposa de construire un pipeline de 1500 kilomètres et de 10 milliards de dollars à travers l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie.

    Ce pipeline devait relier directement le Qatar aux marchés de l’énergie européens via des terminaux de distribution en Turquie ; cette dernière aurait empoché d’importantes taxes de transit. Le pipeline Qatar/Turquie aurait donné aux royaumes sunnites du Golfe persique une domination décisive sur les marchés mondiaux du gaz naturel et renforcé le Qatar, le plus proche allié des États-Unis dans le monde arabe. L’Union européenne, dont 30 % du gaz provient de Russie, était également désireuse de ce pipeline, qui aurait offert à ses membres de l’énergie bon marché et un soulagement vis-à-vis de l’influence politique et économique étouffante de Vladimir Poutine. Le pipeline aurait bénéficié aussi à l’Arabie saoudite sunnite en lui donnant un point d’appui dans la Syrie dominée par un régime alaouiteassimilé au chiisme.

    Évidemment, les Russes, qui vendent 70 %de leurs exportations de gaz en Europe, voyaient le pipeline Qatar/Turquie comme une menace existentielle. Du point de vue de Poutine, le pipeline du Qatar était un « complot de l’OTAN » pour changer le statu quo, priver la Russie de son seul point d’appui au Moyen-Orient, étrangler l’économie russe et mettre un terme à l’influence russe dans le marché européen de l’énergie. En 2009, Assad annonça qu’il refuserait de signer l’accord pour permettre au pipeline de traverser la Syrie, et ce afin de protéger les intérêts de son allié russe.

    Assad mis une nouvelle fois en rage les monarques sunnites du Golfe en donnant son aval, en juillet 2011, à un « pipeline islamique » approuvé par la Russie, courant des champs de gaz iraniens à travers la Syrie et jusqu’aux ports du Liban. Ce pipeline aurait fait de l’Iran chiite, et non plus du Qatar sunnite, le principal fournisseur du marché de l’énergie européen, et aurait de façon spectaculaire accru l’influence de l’Iran au Moyen-Orient et dans le monde. Israël était aussi déterminé à faire dérailler le « pipeline islamique », qui aurait enrichi l’Iran et la Syrie et probablement leurs « proxys », le Hezbollah et le Hamas.

    La CIA, la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite derrière l’insurrection jihadiste

    RFK Jr. en vient alors au coeur de son propos, sur l’origine de la guerre en Syrie :

    « Des câbles secrets et des rapports des services de renseignement américains, saoudiens et israéliens indiquent qu’au moment où Assad rejeta le pipeline du Qatar, des planificateurs arrivèrent rapidement au consensus que fomenter une insurrection sunnite en Syrie pour renverser le peu coopérant Bachar el-Assad serait une voie praticable pour réaliser l’objectif partagé de l’achèvement du pipeline Qatar/Turquie. En 2009, d’après WikiLeaks, peu après que Bachar el-Assad rejeta le pipeline du Qatar, la CIA commença à financer les groupes d’opposition en Syrie. Il est important de noter que c’était bien avant le soulèvement contre Assad engendré par le Printemps arabe. »

    Au printemps 2011, il n’y avait encore à Damas que de petites manifestations pacifiques contre la répression du régime d’Assad. Pourtant, comme l’indiquent des câbles de WikiLeaks, la CIA était déjà présente sur le terrain en Syrie. Les royaumes sunnites voulaient une implication plus forte des États-Unis. Le 4 septembre 2013, le Secrétaire d’État John Kerry déclara lors d’une audience au Congrès que les royaumes sunnites avaient offert de « payer la note » pour une invasion américaine en Syrie afin d’évincer Bachar el-Assad. Mais, en dépit de la pression des Républicains, Barack Obama rechigna à envoyer de jeunes Américains mourir en tant que mercenaires pour un conglomérat de pipeline.

    En 2011, les États-Unis rejoignirent la France, le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Royaume-Uni pour former la Coalition des amis de la Syrie, qui demanda formellement le départ d’Assad. La CIA fournit 6 millions de dollars à Barada TV, une chaîne de télévision britannique, pour produire des programmes en faveur du renversement du président syrien. Des documents du renseignement saoudien, publié par WikiLeaks, montrent qu’avant 2012, la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite armaient, entraînaient etfinançaient des combattants jihadistessunnites venus de Syrie, d’Irak et d’ailleurs pour renverser le régime d’Assad. Le Qatar, qui avait le plus à gagner, investit 3 milliards de dollars pour renforcer l’insurrection et invita le Pentagone à entraîner des insurgés sur des bases américaines au Qatar. « L’idée de fomenter une guerre civile entre sunnites et chiites pour affaiblir les régimes syriens et iraniens, dans le but de maintenir le contrôle des produits pétrochimiques de la région, n’était pas une nouvelle notion dans le lexique du Pentagone », affirme RFK Jr.

    En effet, un rapport « accablant » de la RAND Corporation, financé par le Pentagone, datant de 2008, proposait « un plan précis pour ce qui était sur le point d’arriver ». Le rapport, intitulé « Unfolding the Future and the Long War », affirme que, dans la mesure où les économies des pays industrialisés continueront dans un futur prévisible à dépendre fortement du pétrole, et que la plus grande part du pétrole est produite au Moyen-Orient, les États-Unis ont un motif pour y maintenir la stabilité. Or, il observe que l’aire géographique où se situent les réserves de pétrole prouvées coïncide avec la zone d’influence d’une grande partie du réseau jihadiste et salafiste. Ceci crée « un lien entre les provisions pétrolières et la longue guerre ». Le rapport explique ainsi que le contrôle des dépôts de pétrole et de gaz du Golfe persique restera, pour les États-Unis, une « priorité stratégiqueinteragira fortement avec celle de la poursuite de la longue guerre ».

    Dans ce contexte, le rapport identifie plusieurs trajectoires potentielles pour la politique régionale concentrée sur la protection de l’accès aux réserves de pétrole du Golfe, parmi lesquelles la suivante est la plus saillante : exploiter « les lignes de faille entre les différents groupes jihadistes et salafistes pour les retourner les uns contre les autres et gaspiller leur énergie dans des conflits internes ». RAND recommande d’user d’« actions secrètes, d’opérations d’information, de guerre non conventionnelle » pour mettre en application une stratégie « diviser pour régner. Le rapport poursuit :

    « Les États-Unis et leurs alliés locaux pourraient utiliser les jihadistes nationalistes voir définition en fin d’article pour lancer une campagne par procuration pour discréditer les jihadistes transnationaux aux yeux de la population locale. [...] Les dirigeants américains pourraient aussi choisir de profiter du conflit durable entre sunnites et chiites, en prenant le parti des régimes sunnites conservateurs contre les mouvements d’autonomisation chiites dans le monde musulman [...] éventuellement soutenir les gouvernements sunnites autoritaires contre un Iran continuellement hostile ».

    Comme prévu, la réaction exagérée d’Assad à la crise fabriquée à l’étranger - envoyant des bombes-barils sur des bastions sunnites et tuant des civils - polarisa la fracture entre sunnites et chiites en Syrie et permit aux responsables politiques de vendre aux Américains l’idée que la lutte pour le pipeline était une guerre humanitaire. Le portrait fait par la presse de l’Armée syrienne libre, composée de bataillons unis de Syriens modérés était, nous dit RFK Jr., « délirant ». Les unités éparses, regroupées dans des centaines de milices indépendantes, étaient pour la plupart commandées par (ou alliées à) des militants jihadistes, qui étaient les plus engagés et les plus efficaces des combattants.

    Un pipeline vaut bien un califat

    En dépit de la couverture médiatique dominante, les planificateurs du renseignement américain savaient depuis le début que leurs « pipelines proxies » étaient des jihadistes radicaux qui se tailleraient probablement un tout nouveau califat islamique dans les régions sunnites de Syrie et d’Irak. Deux ans avant que les coupeurs de gorges de l’État islamique en Irak et au Levant n’apparaissent sur la scène internationale, une étude de sept pages de la Defense Intelligence Agency (qui fonctionne sous la juridiction du Département de la Défense), datée du 12 août 2012, obtenue par le groupe Judicial Watch, avertissait que, grâce au soutien des États-Unis et de la coalition sunnite aux jihadistes sunnites radicaux, « les salafistes, les Frères musulmans et Al Qaïda en Irak (aujourd’hui EIIL), sont les forces majeures conduisant l’insurrection en Syrie ».

    Utilisant les financements des États-Unis et des États du Golfe, ces groupes avaient fait évoluer les manifestations pacifiques contre Bachar el-Assad dans « une direction clairement sectaire » (sunnites contre chiites). Le rapport note que le conflit s’est transformé en une guerre civile sectaire, appuyée par « les pouvoirs religieux et politiques » sunnites. Il dépeint le conflit syrien comme une guerre globale pour le contrôle des ressources de la région, avec « l’Occident, les pays du Golfe et la Turquie supportant l’opposition [à Assad], tandis que la Russie, la Chine et l’Iran soutiennent le régime ».

    Les auteurs du rapport du Pentagone « semblent approuver l’apparition prévisible du califat de l’État islamique écrit RFK Jr., qui les cite : « Si la situation se démêle, il y a une possibilité d’établir une principauté salafiste déclarée ou non déclarée dans l’est de la Syrie (Hasaka et Der Zor) et c’est précisément ce que les puissances qui soutiennent l’opposition veulent dans le but d’isoler le régime syrien. » Le rapport du Pentagone avertit que cette nouvelle principauté pourrait s’étendre au-delà de la frontière irakienne, jusqu’à Mossoul et Ramadi et « déclarer un État islamique par l’entremise de son alliance avec d’autres organisations terroristes en Irak et en Syrie ».

    RFK Jr. ne peut qu’aboutir au constat suivant :

    « Bien sûr, c’est précisément ce qui s’est produit. Non par coïncidence, les régions de Syrie occupées par l’État islamique englobent exactement la route proposée pour le pipeline du Qatar. »

    Source images : « Syrie : le grand aveuglement », documentaire diffusé le 18 février 2016 sur France 2Remarque un brin suspicieuse, qui en rappelle une autre. Le 14 février 2002, le journaliste israélien Uri Avnery écrivait malicieusement dans Maariv :

    « Si l’on regarde la carte des grandes bases militaires américaines créées [durant la guerre en Afghanistan], on est frappé par le fait qu’elles sontsituées exactement sur la route de l’oléoduc prévu vers l’océan Indien. […] Oussama Ben Laden n’avait pas perçu que son action servirait les intérêts américains… Si j’étais un adepte de la théorie du complot, je penserais que Ben Laden est un agent américain. Ne l’étant pas, je ne peux que m’émerveiller de lacoïncidence. »

    Comme l’écrivait encore Salim Muwakkildans le Chicago Tribune le 18 mars 2002 : « Les actes terroristes du 11-Septembre, bien que tragiques, fournirent à l’administration Bush une raison légitime d’envahir l’Afghanistan, de chasser les Talibans récalcitrants et, par coïncidence, d’ouvrir la voie pour le pipeline. » Rappelons que le gouvernement américain voyait initialement dans les Talibans une source de stabilité qui permettrait la construction d’un oléoduc à travers l’Asie centrale. Ce n’est que lorsque les Talibans, après six mois de négociations, le 2 août 2001, ont refusé d’accepter les conditions des États-Unis, que la guerre est devenue inévitable. A la mi-juillet 2001, lors d’une réunion secrète tenue à Berlin, de hauts fonctionnaires américains avaient fait part de plans pour mener des actions militaires contre le régime taliban s’il refusait le pipeline. L’opération se déroulerait, disait-on, avant les premières neiges en Afghanistan, soit à la mi-octobre au plus tard. Le 7 octobre commença effectivement la guerre. Entre temps était survenu le 11-Septembre. Le pipeline « Turkménistan–Afghanistan–Pakistan–Inde » a finalement commencé à être construit le 13 décembre 2015, et devrait être opérationnel d’ici 2019.

    Selon Tim Clemente, qui présida au FBI leJoint Terrorism Task Force entre 2004 et 2008, les Américains ont refait en Syrie la même erreur que lorsqu’ils avaient entraîné les moudjahidines en Afghanistan. Au moment où les Russes avaient quitté le pays, les supposés alliés des États-Unis s’étaient mis à détruire des antiquités, à asservir les femmes, à mutiler des corps et à tirer sur les Américains. De son côté, le vice-président Joe Biden expliqua, le 3 octobre 2014, devant des étudiants de Harvard, que la Turquie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis étaient « si déterminés à faire tomber Assadguerre par procuration entre sunnites et chiites », et déversé « des centaines de millions de dollars et des dizaines de milliers de tonnes d’armes à quiconque voudrait se battre contre Assad. Sauf que les gens qui ont été approvisionnés, c’était al-Nosra et Al Qaïda », les deux groupes qui fusionnèrent en 2014 pour former l’État islamique. Biden semblait en colère que les prétendus « amis » des États-Unis ne soient pas dignes de confiance pour suivre l’agenda américain.

    RFK Jr. rappelle une nouvelle fois la double lecture que l’on peut avoir des conflits au Moyen-Orient et semble se ranger derrière celle que l’on a ordinairement dans le monde arabe :

    « A travers le Moyen-Orient, les dirigeants arabes accusent habituellement les États-Unis d’avoir créé l’État islamique. Pour la plupart des Américains, de telles accusations paraissent folles. Pourtant, pour beaucoup d’Arabes, les preuves de l’implication américaine sont si abondantes qu’ils concluent quenotre rôle pour favoriser l’État islamique a dû être délibéré.

    En fait, beaucoup des combattants de l’État islamique et leurs commandants sont des successeurs idéologiques et organisationnels des jihadistes que la CIA a entretenus durant plus de 30 ans de la Syrie et de l’Égypte à l’Afghanistan et à l’Irak. »

    Il revient alors sur l’invasion américaine de l’Irak menée par George W. Bush, dans un pays laïque où Al Qaïda n’existait pas, et où son « vice-roi » Paul Bremerdans un monumental acte de mauvaise gestion, créa effectivement l’Armée sunnite, appelée aujourd’hui État islamique Début 2011, les alliés des États-Unis financèrent l’invasion des combattants d’AQI en Syrie. En avril 2013, entré en Syrie, AQI changea son nom en EIIL. Une organisation dirigée, comme le dit Dexter Filkins, par un conseil d’anciens généraux irakiens, dont beaucoup étaient membres du parti laïque Baas de Saddam Hussein, et qui se sont convertis à l’islam radical dans les prisons américaines. « Les 500 millions de dollars de l’aide militaire qu’Obama envoya en Syrie, écrit RFK Jr., ont presque certainement fini par bénéficier à ces jihadistes militants. » Il en va de même, notons-le, de l’aide française.

    Mourir pour un pipeline, d’accord, mais de mort lente...

    Tim Clemente, avec lequel RFR Jr. s’est entretenu, souligne la différence entre le conflit en Irak et celui en Syrie : dans ce dernier, des millions d’hommes en âge de combattre ont quitté le champ de bataille pour l’Europe, au lieu de défendre leurs communautés. L’explication évidente, c’est que les modérés fuient une guerre qui n’est pas la leur. Ils veulent simplement éviter d’être pris entre l’enclume de la tyrannie d’Assad soutenue par les Russes et le marteau jihadiste et sunnite que les Américains ont eu en main en participant à une bataille mondiale entre pipelines concurrents. On ne saurait, selon RFK Jr., blâmer le peuple syrien de ne pas largement embrasser un plan pour leur nation qui a été concocté à Washington ou à Moscou. Les superpuissances n’ont laissé aucune option pour un avenir désirable pour lequel les Syriens modérés auraient pu envisager de se battre. Et RFK Jr. de faire remarquer que « personne ne veut mourir pour un pipeline ».

    Alors que faire ? Commencer par utiliser les bons mots, par sortir de la propagande, afin que le peuple américain puisse enfin comprendre la situation :

    « En utilisant les mêmes images et le même langage qui ont appuyé notre guerre de 2003 contre Saddam Hussein, nos dirigeants politiques laissent les Américains croire que notre intervention en Syrie est une guerre idéaliste contre la tyrannie, le terrorisme et le fanatisme religieux. Nous avons tendance à écarter, comme s’il s’agissait de simple cynisme, l’avis de ces Arabes qui voient la crise actuelle comme une reprise des mêmes vieux complots au sujet des pipelines et de la géopolitique. Mais, si nous devons avoir une politique étrangère efficace, nous devons reconnaître que le conflit syrien est une guerre pour le contrôle des ressources indiscernable de la myriade des guerres du pétrole, clandestines et non déclarées, que nous avons menées au Moyen-Orient depuis 65 ans. Et c’est seulement lorsque nous voyons ce conflit comme une guerre par procuration pour un pipelineque les événements deviennent compréhensibles. »

    Tim Clemente compare l’État islamique auxForces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), un cartel de la drogue doté d’une idéologie révolutionnaire pour inspirer ses fantassins : « Vous devez penser à l’État islamique comme à un cartel pétrolier. A la fin, l’argent dirige le raisonnement. L’idéologie religieuse est un instrument qui motive ses soldats à donner leurs vies pour un cartel pétrolier. » Dépourvus de ce fanatisme qui les aveugle, les Syriens fuyant pour l’Europe, pas plus que les Américains, ne sauraient envoyer leurs enfants mourir pour un pipeline.

    RFK Jr. nous enjoint donc à regarder la réalité en face :

    « Ce que nous appelons "guerre au terrorisme" n’est rien d’autre qu’une autre guerre du pétrole.Nous avons gaspillé 6 milliards de dollars dans trois guerres à l’étranger et en construisant un état de guerre sécuritaire sur notre propre sol depuis que le pétrolier Dick Cheney déclara la "Longue Guerre" en 2001. Les seuls gagnants ont été les entrepreneurs militaires et les compagnies pétrolières qui ont empoché des profits historiques, les agences de renseignement qui ont gagné en puissance de manière exponentielle au détriment de nos libertés, et les jihadistes qui invariablement se servent de nos interventions comme de leur plus efficace moyen de recrutement.

    [...] Au cours des sept dernières décennies, les frères Dulles, la bande à Cheney, les néocons et consorts ont détourné ce principe fondamental de l’idéalisme américain [selon lequel chaque nation devrait avoir le droit à l’auto-détermination] et déployé notre appareil militaire et de renseignement au service des intérêts mercantiles de grandes sociétés et, particulièrement, descompagnies pétrolières et desentrepreneurs militaires, qui ont littéralement réussi un beau coup dans ces conflits. »

    Robert F. Kennedy Jr. recommande finalement à l’Amérique de se détourner de ce nouvel impérialisme et de revenir sur le chemin de l’idéalisme et de la démocratie. Il préconise de laisser les Arabes se gouverner eux-mêmes, de ne surtout pas envahir la Syrie, et d’en finir avec la ruineuse dépendance au pétrole du Moyen-Orient qui a déformé la politique étrangère américaine depuis un demi siècle, en visant une plus grande indépendance énergétique.

    *

    De cet article décoiffant, émanant d’un membre du clan Kennedy, je retiendrai deux points : la notion de guerre par procuration et la faillite des grands médias.

    La guerre par procuration et les 36 stratagèmes

    Commençons, concernant le premier point, par lire la définition que nous en donneWikipédia :

    « Une guerre par procuration est une guerre où deux pouvoirs s’affrontent, mais indirectement, en soutenant financièrement ou matériellement d’autres puissances ou groupes militaires qui, eux, sont en conflit direct sur le terrain.

    La formule en anglais war by proxy a été créée par Zbigniew Brzeziński, conseiller du président Jimmy Carter. Ce concept s’applique pour de nombreux conflits de la guerre froide.

    Si les superpuissances ont parfois utilisé des gouvernements comme proxies,des groupes terroristes ou autres tierces parties sont plus souvent employés. »

    Précisément, nous avions rapporté en août 2009 les révélations de Sibel Edmonds, ancienne traductrice au FBI, selon lesquelles les États-Unis avaient utilisé Ben Laden jusqu’au 11-Septembre, dans le cadre d’opérations de déstabilisation en Asie centrale. Cette « utilisation » se faisait via des intermédiaires, la Turquie, mais aussi d’autres acteurs provenant du Pakistan, d’Afghanistan et d’Arabie saoudite. « Ben Laden, les Talibans et d’autres groupes servaient ainsi d’armée terroriste par procuration, écrivions-nous. Les États-Unis avaient besoin de cette discrétion afin d’éviter tout risque de révolte populaire en Asie centrale (Ouzbékistan, Azerbaïdjan, Kazakhstan et Turkménistan), mais aussi de fâcheuses répercussions en Chine et en Russie. » Comme le dit bien Wikipédia, « les groupes qui se battent pour un certain superpouvoir ont normalement leurs propres intérêts, qui diffèrent de ceux de la puissance tutélaire » ; cela vaut aussi bien pour les combattants de Ben Laden à l’époque que pour ceux de l’État islamique aujourd’hui, qui ont leurs propres motivations, et se trouvent utilisés à leur insu.

    La guerre par procuration est un concept militaire ancien ; on en trouve trace dans Les 36 stratagèmes, un traité chinois de stratégie qui décrit les ruses et les méthodes qui peuvent être utilisées pour l’emporter sur un adversaire, et qui a probablement été écrit au cours de la dynastie Ming. Le troisième des 36 stratagèmes a pour titre : « Assassiner avec une épée d’emprunt ». Voici la traduction qu’on en trouve sur Wikipédia :

    « Si tu veux réaliser quelque chose, fais en sorte que d’autres le fassent pour toi. Plutôt que de faire le travail en s’exposant à des contres de la part des autres, user des logiques d’autres acteurs et les orienter(les composer) pour qu’elles travaillent pour soi sans qu’ils le sachent. »

    Sur un autre site, voici la traduction de « Doc Mac Jr » :

    « Assassiner avec une épée d’emprunt »

    Utilise les ressources d’un autre pour faire ton travail.

    Quand les intentions de l’ennemi sont évidentes et que l’attitude de l’allié est hésitante, amenez vos alliés à attaquer vos ennemis pendant que vous préservez vos propres forces.

    Et le commentaire qu’il en donne :

    « Pour éviter d’être incriminé dans une affaire de meurtre, certains peuvent mener leurs actions avec une « épée d’emprunt » qui fait référence à quelqu’un d’autre qui en veut à la victime. En conduisant un troisième élément à commettre le meurtre, vous pouvez atteindre votre but sans avoir à en assumer la responsabilité. Dans un contexte martial, cette maxime conseille au dirigeant d’exploiter le conflit des divers pouvoirs. Pour combattre un ennemi fort, il faut découvrir une puissance en désaccord avec cet ennemi et l’amener à le combattre à votre place. De cette façon on obtient un résultat double avec un demi effort. »

    Cette stratégie n’est pas sans nous rappeler les préconisations de la RAND Corporation en 2008, qui, nous l’avons vu, recommandait aux dirigeants américains d’user d’« actions secrètes, d’opérations d’information, de guerre non conventionnelle » pour imposer une stratégie « diviser pour régnerutiliser les jihadistes nationalistes pour lancer une campagne par procuration ».

    RAND connaît certainement ses classiques, ce qui ne semble pas être le cas des communicants du gouvernement français, qui, sur le site On te manipulemême si les événements ont une cause intentionnelle et des acteurs évidents (attentat, assassinat, révolution, guerre, coup d’État...), la théorie du complot va chercher à démontrer que cela a en réalité profité à un AUTRE groupe caché. C’est la méthode du bouc émissaire. » L’article de Robert F. Kennedy Jr. n’a cessé de démontrer que, derrière les acteurs évidents des attentats, des guerres, des coups d’État (les jihadistes par exemple), il y avait bel et bien, au moins parfois, d’autres groupes cachés qui en tiraient profit (entrepreneurs militaires, compagnies pétrolières, agences de renseignement...). Ce n’est pas la méthode du bouc émissaire ; c’est le troisième des 36 stratagèmes.

    L’article de RFK Jr. montre aussi que les complots, lorsqu’ils sont réels, ne sont pas nécessairement découverts au bout de « deux jours », contrairement à ce que prétendait un peu nonchalammentUmberto Eco en mars 2011. Il a fallu par exemple attendre 60 ans pour que la CIA reconnaisse avoir orchestré le coup d’État en Iran contre Mossadegh. Et certains d’entre nous ne découvrent que maintenant le complot du Qatar et du Pentagone pour fomenter, il y a quelques années de cela, une guerre civile entre sunnites et chiites en Syrie. Une telle découverte était hautement improbable, s’il avait fallu compter sur les seuls grands médias.

    Cette forme de « sténographie » qui produit les légendes...

    Nous en arrivons à notre second point. Il pourrait nous suffire ici de citer un article détonant de Stephen Kinzer, ancien journaliste au New York Times, actuellement Senior Fellow à l’Institut Watson pour les Études internationales à l’Université Brown, qui fait comme un écho fracassant à celui de Robert F. Kennedy Jr. Son article, paru le 18 février 2016 dans leBoston Globe, porte un titre explicite : « Les médias induisent le public en erreur sur la Syrie ». Le reste l’est tout autant.

    Kinzer décrit ce qui se passe dans et autour de la ville d’Alep : les militants des groupes armés antigouvernementaux sèment la dévastation en ville, tandis que l’armée syrienne et l’aviation russe les repoussent hors d’Alep. Le journaliste mentionne le témoignage d’un habitant de la ville apparu sur les réseaux sociaux : « Les rebelles “modérés” protégés par la Turquie et l’Arabie saoudite attaquent la périphérie de la ville avec des roquettes et des bombonnes de gaz. » La politologue libanaise Marwa Osma affirme, de son côté, que les troupes de Damas constituent avec leurs alliés l’unique force qui combat vraiment l’État islamique sur le terrain. Pourtant, remarque Kinzer :

    « Cela ne correspond pas à la narration donnée par Washington. Le fait est qu’une grande partie de la presse américaine rapporte le contraire de ce qui se passe en réalité. Beaucoup d’articles suggèrent qu’Alep était une “zone libérée” depuis trois ans, et qu’elle est aujourd’hui réduite à la misère. »

    On dit ainsi aux Américains que le mieux est de combattre le gouvernement de Bachar el-Assad et ses alliés russes et iraniens, et qu’il convient de souhaiter qu’une coalition vertueuse rassemblant Américains, Turcs, Saoudiens, Kurdes et l’« opposition modérée » l’emportera. Aussi absurde que cela soit de le croire, Kinzer refuse de blâmer le peuple américain, car il ne dispose de « presque aucune vraie information sur les combattants, leurs buts, ou leur tactique ». La responsabilité incombe aux médias. Stephen Kinzer se montre impitoyable à leur endroit :

    « On se rappellera de la couverture de la guerre en Syrie comme l’un des épisodes les plus honteux de l’histoire de la presse américaine. Et les récits sur les carnages dans l’ancienne cité d’Alep en sont l’illustration la plus récente. [...]

    Sous intense pression financière, la plupart des journaux américains, des magazines et des télévisions ont drastiquement réduit le nombre de leur correspondants à l’étranger. Les actualités internationales les plus importantes viennent maintenant de reporters basés à Washington. Dans cet environnement, l’accès aux informations et à la crédibilité dépendent de l’acceptation de la parole officielle. Les journalistes qui couvrent la Syrie authentifient leurs informations avec le Pentagone, le Département d’État, la Maison Blanche et les « experts » de think tank. Après avoir fait le tour de ce sale manège, ils ont l’impression d’avoir toutes les facettes de l’histoire. Cette forme de sténographie produit les légendes qui passent pour de l’information sur la Syrie. [...]

    Inévitablement, cette forme de désinformation a débordé sur la campagne présidentielle américaine. Au dernier débat dans le Milwaukee, Hillary Clinton a prétendu que les efforts de paix de l’ONU en Syrie étaient basés sur "un accord que j’ai négocié en Juin 2012 à Genève". C’est l’exact contraire qui est vrai. En 2012, la Secrétaire d’État Clinton s’est joint à la Turquie, à l’Arabie Saoudite et à Israël dans un effort couronné de succès, pour tuer le plan de paix de Kofi Annan car il ménageait l’Iran et aurait conservé Assad au pouvoir au moins temporairement.Pas un journaliste sur cette scène du Milwaukee n’en savait assez sur le sujet pour corriger cela.

     

    On peut pardonner aux hommes politiques quand ils déforment le sens de leurs actions passées. Les gouvernements peuvent aussi être excusés lorsqu’ils utilisent un discours qu’ils estiment utile pour eux. Mais le journalisme se doit de rester en dehors des cercles des élites au pouvoir et de leur fausseté intrinsèque. La crise actuelle a mis en lumière un échec total sur ce plan.

     

    On dit que les Américains sont ignorants du monde qui les entoure. Nous le sommes effectivement, de même que les peuples des autres pays. Si les Boliviens, ou les habitants du Bhoutan ne comprennent pas ce qui se passe en Syrie, après tout, cela n’a aucun effet réel sur les événements. Notre ignorance, en revanche, est bien plus dangereuse, car nous [les Américains – NdT] avons une influence sur ce qui se passe. Les États-Unis ont le pouvoir de décréter la mort de nations entières. Et ils peuvent le faire avec l’appui du consensus populaire, carla plupart des Américains – et parmi eux, les journalistes – se contentent de l’histoire qui leur est servie sur un plateau par les autorités. En Syrie, la “version officielle” dit : “Il faut combattre Bachar el-Assad, la Russie et l’Iran ! Unissons-nous avec nos amis turcs, saoudiens, kurdes pour avancer vers la paix !“. Tout ceci est incroyablement éloigné de la réalité. Et il est très probable que cela a au contraire pour effet de prolonger la guerre et de condamner de nombreux Syriens à la souffrance et à la mort. »

    Le journalisme sténographique, cet autre nom de la propagande... qui justifie pleinement un journalisme citoyen, commeici ou là sur le dossier syrien, qui ne se contente précisément pas de l’histoire qui nous est servie sur un plateau par les autorités.

    Diffusé le 18 février 2016 par France 2 dans son émission « Un Œil sur la planète », le documentaire Syrie : le grand aveuglementa certes commencé à reconnaître les errances des médias occidentaux dans ce conflit qui dure depuis cinq ans.

    Mais la thèse du « grand aveuglement », défendue ici, paraît encore dictée par une frilosité trop habituelle. On se souvient d’ailleurs que c’est à la même thèse de l’aveuglement que s’étaient rangés les animateurs de l’émission de France Inter « Rendez-vous avec X » lorsque, en 2009, ils avaient égratigné la version officielle des attentats du 11-Septembre, lançant à l’antenne, d’une part, que des membres de la famille royale saoudienne et des services secrets pakistanais avaient participé à l’organisation des attentats et que, d’autre part, l’administration Bush avait couvert ces responsables par intérêt. Selon Monsieur X, l’administration Bush avait été aveuglée par son obsession de l’Irak, dont l’invasion était déjà programmée, et n’avait pas prêté suffisamment attention aux avertissements nombreux qu’elle avait reçus d’une attaque à venir d’Al Qaïda sur le sol américain. En Syrie, trop obnubilés par on ne sait quel souci, les dirigeants des pays engagés dans le conflit n’auraient pas vu non plus Daech venir. 

    Ainsi, au moment d’aborder (durant 8 minutes) le coeur du problème, la guerre énergétique, la prudence la plus extrême reste de rigueur. Voici comment la journaliste Samah Soula lance le sujet traitant des « dessous du conflit » :

    « Il y a bien sûr la lutte contre Daech, qui mobilise une large coalition, mais il y a aussi peut-être des raisons cachées, moins avouables. On l’évoque rarement, mais la Syrie occupe une place stratégique sur la route de l’énergie, et quand il y a du gaz et du pétrole, les enjeux et les appétits sont colossaux. »

    Puis, après avoir rappelé le choix de Bachar el-Assad pour le pipeline iranien (en juillet 2011) et son refus de celui du Qatar (en 2009), Alain Juillet, président de l’Académie d’intelligence économique, évoque le très fort mécontentement de l’Arabie saoudite et du Qatar, qui virent ce nouveau projet comme une concurrence inacceptable pour leurs propres livraisons de pétrole, et qui auraient par voie de conséquence considéré qu’il fallait renverser Bachar el-Assad. La voix-off nous dit alors :

    « Coïncidence ou pas, c’est à partir de l’été 2011, après le choix du pipeline iranien, que la rébellion syrienne voit l’aide étrangère s’accroître. [...] A se demander pour certains si la guerre en Syrie n’est pas aussiune guerre de l’énergie. »

    Quelle infinie précaution ! Rien n’est affirmé, la guerre de l’énergie reste ici une simple hypothèse. Pourtant, Robert F. Kennedy Jr. nous l’a bien dit : « C’est seulement lorsque nous voyons ce conflit comme une guerre par procuration pour un pipeline que les événements deviennent compréhensibles.

    Le documentaire de France 2 aurait pu ainsi faire référence, comme le fait RFK Jr., aux câbles de WikiLeaks qui montrent que, dès 2009 (et non pas seulement à partir de l’été 2011), la CIA commença à financer les groupes d’opposition en Syrie. C’était deux ans avant les premières manifestations. Un autre câble, « Influencing the SARG in the End of 2006 », émanant de William Roebuck, alors chargé d’affaires à l’Ambassade américaine de Damas, révèle même une volonté américaine de déstabiliser la Syrie dès 2006 (soit cinq ans avant le Printemps arabe), comme l’a expliqué Julian Assange en septembre 2015sur RT. Il s’agissait de créer dans le gouvernement syrien un climat de paranoïa, lui faisant envisager la possibilité d’un coup d’État, et qui l’aurait fait surréagir. La partie la plus sérieuse du plan devait consister à alimenter, avec l’aide de l’Égypte et de l’Arabie saoudite, « des tensions sectaires entre sunnites et chiites, avec notamment la promotion de rumeurs, fausses ou exagérées, selon lesquelles l’Iran essaierait de convertir au chiisme des sunnites pauvres. Roebuck espérait ainsi faire d’une pierre deux coups : enrayer l’influence de l’Iran en Syrie et réduire l’influence du gouvernement syrien sur sa population.

    Un colosse qui pèse 170 000 milliards de dollars

    Nous n’aborderons pas ici en détail le troisième problème que l’article de Robert F. Kennedy Jr. soulève, à savoir notre cruelle dépendance au pétrole et les manières possibles de s’en défaire. Promouvoir des sources d’énergie alternatives, bien sûr, comme y incite d’ailleurs le général Wesley Clark dans une vidéo postée le 20 septembre 2012. Mais, comme il le dit justement, c’est un combat de géants qu’il va falloir mener, car face à soi, on va rencontrer des forces redoutables, prévient-il, celles des grandes sociétés pétrolières, qui représentent les forces économiques les plus puissantes du monde. Il rappelle que la valeur des réserves pétrolières dans le sous-sol représentent 170 000 milliards de dollars. L’enjeu, dit-il, c’est de renverser la structure du marché de l’énergie ; et, pour ce faire, il va falloir s’affronter à des hommes qui contrôlent ces réserves énergétiques si lucratives. Seul un mouvement de masse peut mener à bien ce combat, qu’il convient de nourrir par une prise de parole publique sur ces questions. Clark nous avertit : « Cela ne pourra pas se faire dans une transition en douceur. »

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    Note :

    [ Concernant la notion de « jihadistes nationalistes », on peut se reporter à l’ouvrage de John Arquilla et Douglas A. Borer, Information Strategy and Warfare : A Guide to Theoryand Practice, Routledge, 2007, p. 94-95 : « Nationalist jihadi groups ». En résumé, ces jihadistes ne visent qu’à récupérer des territoires perdus à un occupant étranger, généralement « infidèle ». Du fait de leur nationalisme, ils tendent à bénéficier d’un support populaire plus important que les autres jihadistes. Les plus connus de ces groupes sont le Hamas (combattant l’occupation israélienne), le Hezbollah (combattant l’occupation israélienne et, dans une moindre mesure, combattant politiquement contre toute reprise de la domination chrétienne au Liban), et le groupe Bassaïev en Tchétchénie (qui combattait l’occupation russe). ]

    Ressources :

    Robert F. Kennedy, Jr., « Why the Arabs don’t want us in SyriaPolitico, 23 février 2016.

    Stephen Kinzer, « The media are misleading the public on Syria », Boston Globe, 18 février 2016.

    Robert Naiman, « WikiLeaks Reveals How the US Aggressively Pursued Regime Change in Syria, Igniting a Bloodbath, 9 octobre 2015.

    Mnar Muhawesh, « Migrant Crisis & Syria War Fueled By Competing Gas PipelinesMint Press News, 9 septembre 2015 [Attention : cet article affirme en préambule qu’un câble de WikiLeaks de 2006 a révélé qu’Israël était à l’origine d’un plan de déstabilisation de la Syrie ; or, ce câble, comme deux commentateurs - ici et là - l’ont remarqué, n’affirme rien de tel.].

    « Assange on ‘US Empire,’ Assad govt overthrow plans & new book ‘The WikiLeaks Files’ », RT, 9 septembre 2015.

    Nafeez Ahmed, « Syria intervention plan fueled by oil interests, not chemical weapon concern », The Guardian, 30 août 2013.


  • Le point de vu d’une journaliste américaine sur la campagne présidentielle 2017 en France.
    N Robin

    http://arretsurinfo.ch/france-encore-une-horrible-campagne-presidentielle-letat-profond-monte-

    France : Encore une horrible campagne présidentielle
    L’Etat profond monte à la surface

    Par Diana Johnstone | 17 février 2017

    Comme si la campagne présidentielle américaine n’avait pas été assez pénible, en voici une autre : en France.

    Le système en France est très différent du système américain, avec de nombreux candidats en concurrence sur deux tours, la plupart capable de s’exprimer fort bien, même parfois en abordant de vraies questions politiques. Leur temps de passage gratuit à la télévision réduit l’influence de l’argent. Le premier tour le 23 avril désignera les deux finalistes pour l’élection du 7 mai, ce qui permet un plus grand choix qu’aux Etats-Unis.

    Et malgré la supériorité de leur système, les chefs de file de la classe politique veulent singer les mœurs de l’Empire, jusqu’à se faire l’écho du thème qui a dominé le show 2016 outre-Atlantique : les Russes diaboliques s’en prennent à notre merveilleuse démocratie.

    L’imitation du système américain a commencé avec les « primaires » tenues par les deux principaux partis de gouvernement qui aspirent manifestement à devenir les équivalents des Démocrates et des Républicains dans un système à deux partis. Le parti de droite de l’ancien président Nicolas Sarkozy s’est déjà rebaptisé Les Républicains et les dirigeants du soi-disant parti socialiste n’attendent qu’une occasion de se proclamer Les Démocrates. Mais au train où vont les choses, ni l’un ni l’autre ne semblent sûrs de l’emporter cette fois-ci.

    Etant donné l’impopularité du gouvernement socialiste du président sortant François Hollande, les Républicains ont longtemps été considérés comme les favoris naturels pour battre Marine Le Pen, que tous les sondages donnent en tête au premier tour. Dans une perspective aussi prometteuse, la primaire des Républicains a suscité plus du double de votants volontaires (tenus de verser une menue obole et de faire allégeance aux « valeurs » du parti afin de pouvoir voter) que celle des socialistes. Sarkozy fut éliminé, mais plus surprenant, le favori le fut aussi, le fiable maire de Bordeaux Alain Juppé, qui caracolait en tête des sondages et des éditoriaux de la presse.

    Les valeurs familiales de Fillon

    En une surprenante manifestation de vaste désenchantement public envers la scène politique, les électeurs Républicains ont accordé la victoire haut la main à l’ancien premier ministre François Fillon, un catholique pratiquant à la politique domestique ultra-néolibérale : réduction de l’impôt sur les revenus des sociétés, coupes drastiques dans les allocations sociales, y compris l’assurance maladie – accélérant ce que les gouvernements précédents ont fait, mais plus franchement. Ce qui est moins conventionnel, Fillon condamne fortement la politique antirusse actuelle. Il dévie aussi de la détermination du gouvernement socialiste à renverser Assad en exprimant sa sympathie pour les chrétiens harcelés en Syrie et pour leur protecteur, qui se trouve être le gouvernement d’Assad.

    Fillon a l’allure respectable d’une personne à qui on peut donner le bon Dieu sans confession. Comme thème de campagne, il a mis l’accent sur sa capacité vertueuse à lutter contre la corruption.

    Mal lui en a pris ! Voilà que le 25 janvier, l’hebdomadaire semi-satirique Le Canard enchaînéa tiré les premiers coups de feu d’une campagne médiatique en cours conçue pour détruire l’image de Monsieur Propre, en révélant que sa femme, la Britannique Penelope, a reçu un salaire mirobolant pour lui servir d’assistante. Comme Penelope est connue comme femme au foyer qui élève leurs enfants à la campagne, l’existence de cet emploi est sérieusement mis en doute. Fillon a aussi rétribué comme avocat son fils pour des tâches non spécifiées, et sa fille pour prétendument l’aider à écrire un livre. En un sens, ces allégations prouvent la force des valeurs familiales du candidat conservateur. Mais sa cote a chuté et il risque des poursuites pénales pour fraude.

    Le scandale est réel, mais le choix du moment est suspect. Les faits datent de plusieurs années, et le moment de leur révélation est bien calculé pour assurer sa défaite. En outre, le lendemain même des révélations du Canard enchaîné, une enquête judiciaire a été ouverte. Vu tous les tripatouillages non divulgués et les crimes de sang non résolus commis par ceux qui contrôlent l’état français au fil des années, surtout durant ses guerres à l’étranger, enrichir sa famille peut sembler relativement mineur. Mais ce n’est pas ainsi que le public le voit.

    Cui bono ?

    On tient en général pour acquis que, bien que la candidate du Front national, Marine Le Pen, soit constamment en tête des sondages, quiconque arrivera second l’emportera au second tour parce que la classe politique et les organes de presse établis se rallieront au cri de « Sauvons la république ! ». La peur du Front national comme « menace pour la république » est devenue une sorte de racket de protection pour les partis établis, puisqu’il stigmatise comme inacceptable un vaste pan de leur opposition. Dans le passé, les deux principaux partis ont été en connivence sournoise pour renforcer le Front national afin de prendre des votes à leurs adversaires.

    De sorte que faire tomber Fillon accroît les chances que le candidat d’un parti socialiste à présent complètement discrédité puisse se retrouver comme par magie en seconde position, comme le chevalier qui pourfendra le dragon Le Pen. Mais qui, au juste, est le candidat socialiste ? Ce n’est pas clair. Il y a le candidat officiel du parti socialiste, Benoît Hamon. Mais le sous-produit indépendant de l’administration Hollande, Emmanuel Macron, « ni de droite ni de gauche », obtient le soutien de la droite du parti socialiste ainsi que de la plupart de l’élite globaliste néolibérale.

    Macron est le vainqueur programmé. Mais d’abord, un coup d’œil à son opposition à gauche. Avec moins de dix pour cent de popularité, François Hollande s’est rendu à contrecœur aux objurgations de ses collègues pour éviter l’humiliation d’une cuisante défaite s’il briguait un second mandat. La primaire peu fréquentée du parti socialiste devait choisir le farouchement pro-Israélien premier ministre Manuel Valls. Ou sinon, sur sa gauche, Arnaud Montebourg, une espèce de Warren Beatty de la politique française, notoire pour ses liaisons romantiques et ses plaidoyers en faveur de la ré-industrialisation de la France.

    Mais de nouveau, surprise ! Le vainqueur fut un terne et peu connu tâcheron du parti, Benoît Hamon, qui chevaucha la vague de mécontentement populaire pour apparaître comme un critique et une alternative « de gauche » à un gouvernement socialiste qui a trahi toutes les promesses faites par Hollande de combattre « la finance » et, au lieu de cela, a attaqué les droits des travailleurs. Hamon a pimenté sa revendication d’homme de gauche en présentant un truc à la mode ailleurs en Europe mais une nouveauté dans le discours politique français : « le revenu de base universel ». L’idée de donner à chaque citoyen une allocation, la même pour tous, peut sembler attrayante pour les jeunes qui ont de la difficulté à trouver un emploi. Mais cette idée, appuyée par Milton Friedman et les autres apôtres du capitalisme financier débridé, est en fait un piège. Le projet tient pour acquis que le non-emploi est permanent, contrairement aux projets visant à créer des emplois ou à partager le travail. Il serait financé en remplaçant toute une panoplie d’allocations sociales, au nom de « l’élimination de la bureaucratie » et de « la liberté de consommation ». Le projet achèverait l’affaiblissement de la classe ouvrière comme force politique, en détruisant le capital social commun représenté par les services publics, et en partageant les classes dépendantes entre travailleurs payés et consommateurs oisifs.

    Il y a peu de chance que le revenu universel devienne un point sérieux à l’ordre du jour de la politique française. Pour le moment, la revendication de radicalité de Hamon sert à détourner les électeurs du candidat de gauche indépendant Jean-Luc Mélenchon. L’un et l’autre rivalisent pour le soutien des verts et des militants du parti communiste français, lequel a perdu toute capacité à définir ses propres positions.

    La gauche divisée

    Photo © Stéphane Burlot

    Orateur impressionnant, Mélenchon s’est fait connaître en 2005 en tant qu’opposant de premier plan à la proposition de constitution européenne, qui fut rejetée clairement par les Français dans un referendum mais fut néanmoins adoptée sous un autre nom par l’assemblée nationale française. Comme beaucoup de gens de gauche en France, Mélenchon est un ancien trotskiste (tendance posadiste, plus sensible aux révolutions du tiers monde que ses rivales) passé au parti socialiste qu’il a quitté en 2008 pour fonder le Parti de gauche. Il a sporadiquement courtisé le parti communiste à la dérive pour qu’il le rejoigne dans le Front de gauche, puis s’est proclamé le candidat pour la présidence d’un nouveau mouvement indépendant appelé « La France insoumise ». Mélenchon est combatif envers la presse française docile, alors qu’il défend des positions non orthodoxes, par exemple en faisant les louanges de Chavez ou en rejetant la politique étrangère russophobe actuelle de la France. Contrairement au conventionnel Hamon, qui suit la ligne du parti socialiste, Mélenchon veut que la France quitte l’euro et l’OTAN.

    Il y a deux très fortes personnalités dans cette compétition : Mélenchon à gauche et son adversaire de choix, Marine Le Pen, à droite. Dans le passé, leur rivalité dans les élections locales les a empêchés l’un et l’autre de gagner, alors même qu’elle arrivait en tête. Leurs positions en matière de politique étrangère sont difficiles à départager : critique de l’Union européenne, désir de quitter l’OTAN, bonnes relations avec la Russie.

    Comme tous deux dévient de la ligne établie, ils sont tous deux dénoncés comme « populistes », un terme qui en est venu à vouloir dire quiconque fait davantage attention à ce que veulent les gens ordinaires qu’à ce que l’Establishment édicte.

    En matière de politique sociale, de préservation des services sociaux et des droits des travailleurs, Le Pen est bien à la gauche de Fillon. Mais le stigmate attaché au Front national comme parti d’extrême-droite demeure, bien que, avec son proche conseiller Florian Philippot, Marine Le Pen ait écarté son père, Jean-Marie, et ajusté la ligne du parti pour attirer les électeurs de la classe ouvrière. La principale relique du vieux Front national est son hostilité envers l’immigration, qui à présent se concentre sur la peur des terroristes islamiques. Les tueries terroristes de Paris et de Nice ont rendu ces positions plus populaires qu’elles ne l’étaient. Dans son effort de surmonter la réputation d’antisémite de son père, Marine Le Pen fait de son mieux pour courtiser la communauté juive, aidée par son rejet de l’islam « ostentatoire », allant jusqu’à réclamer l’interdiction de porter un foulard musulman en public.

    Un second tour entre Mélenchon et Le Pen serait une rencontre entre une gauche ravivée et une droite revivifiée, un vrai changement loin de l’orthodoxie politique qui a aliéné une bonne partie de l’électorat. Cela pourrait rendre la politique excitante de nouveau. Alors que le mécontentement populaire envers « le système » grandit, il a été suggéré (par le mensuel non-conformiste Causeur d’Elizabeth Lévy) que l’antisystème Mélenchon pourrait bien avoir la meilleure chance de battre l’antisystème Le Pen en s’attirant les voix de la classe ouvrière.

    Comment fabriquer un consensus

    Mais l’establishment néolibéral, pro-OTAN et pro-Union européenne, s’active à empêcher que cela n’arrive. Sur toutes les couvertures de magazines comme dans tous les talkshows, les médias ont montré leur allégeance à un candidat modéré « Nouveau ! Amélioré ! » vendu au public comme un produit de consommation. A ses rassemblements, de jeunes volontaires soigneusement entraînés et placés en vue des caméras accueillent la moindre vague déclaration de l’orateur de clameurs délirantes en agitant des drapeaux et en scandant « Ma ! Cron ! Président ! » avant d’aller en boîte faire la fête offerte pour les récompenser. Jamais un candidat sérieux à la présidence n’a autant ressemblé à un robot, en ce sens que c’est une création artificielle conçue par des experts pour une tâche spécifique.

    Emmanuel Macron était un banquier d’affaires de premier plan qui gagnait des millions au service de la banque Rothschild, quand, en 2007, à l’âge de 29 ans, ce brillant jeune économiste fut invité dans la cour des grands par Jacques Attali, un gourou immensément influent, dont le conseil depuis les années 1980 a joué un rôle central dans la conversion du parti socialiste au globalisme néolibéral procapitaliste. Attali le fit entrer dans son groupe de réflexion privé, la Commission pour la libération de la croissance française, qui avait aidé à la conception des « 300 propositions pour changer la France » présentées au président Sarkozy un an plus tard comme un projet de gouvernement. Sarkozy a échoué à les mettre en œuvre toutes, par crainte de révoltes syndicales, mais les socialistes soi-disant de gauche ont pu se permettre des mesures antisyndicales drastiques grâce à leur discours plus lénifiant.

    Lequel discours fut illustré par le candidat présidentiel François Hollande en 2012 quand il suscita l’enthousiasme en déclarant dans une réunion publique : « Mon adversaire réel c’est le monde de la finance ! » La gauche applaudit et vota pour lui. Entretemps, par précaution, il avait dépêché Macron à Londres pour rassurer l’élite financière de la City qu’il ne s’agissait que d’un discours électoral.

    Après son élection, Hollande fit entrer Macron dans son équipe. Ensuite, il lui fut confié un poste gouvernemental à consonance super moderne comme ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique en 2014. Avec le charme terne d’un mannequin de grand magasin, Macron a éclipsé son irascible collègue, le premier ministre Manuel Valls, dans leur rivalité silencieuse pour succéder à leur patron, le président Hollande. Macron s’est acquis l’affection des grandes entreprises en donnant à ses réformes antisyndicales un air jeune, propre et « progressiste ». En fait, il a quasiment suivi l’agenda d’Attali.

    Le thème, c’est « la compétitivité ». Dans un monde globalisé, un pays doit attirer du capital d’investissement pour être concurrentiel, et pour cela il est nécessaire d’abaisser les coûts du travail. Une façon classique de ce faire, c’est d’encourager l’immigration. Avec la montée des politiques identitaires, la gauche est mieux placée que la droite pour justifier une immigration massive en termes moraux, comme une mesure humanitaire. C’est une raison pour laquelle le parti démocrate aux Etats-Unis et le parti socialiste en France sont devenus les partenaires politiques du globalisme néolibéral. Ensemble, ils ont changé les perspectives de la gauche officielle de mesures structurelles promouvant l’égalité économique en des mesures morales promouvant l’égalité des minorités et de la majorité.

    Seulement l’an dernier, Macron a fondé (ou on a fondé pour lui) son mouvement politique, baptisé « En marche ! » et caractérisé par des réunions publiques avec de jeunes groupies portant des T-shirts Macron. Au bout de trois mois, il a senti le besoin de diriger la nation et il a annoncé sa candidature à la présidence. De nombreuses personnalités ont déserté le bateau socialiste échoué et rejoignent Macron, dont la forte ressemblance politique à Hillary Clinton suggère que c’est lui qui peut montrer la voie afin de créer un parti démocrate français sur le modèle américain. Hillary a certes perdu, mais elle reste la favorite de l’OTANistan. Et bien évidemment, la couverture médiatique américaine confirme cette notion. Un coup d’œil au papier extatique de Robert Zaretsky dans Foreign Policy acclamant « le politicien français anglophone et germanophile que l’Europe attendait » ne laisse aucun doute : Macron est bien le chouchou de l’élite globalisante transatlantique.

    Pour le moment, Macron est second seulement de Marine Le Pen dans les sondages, qui montrent aussi qu’il la vaincra haut la main au second tour. Toutefois, son charme soigneusement manufacturé est vulnérable à une plus grande information publique sur ses liens étroits avec l’élite économique.

    La faute aux Russes

    Face à cette éventualité, il existe une frappe préventive, importée directement des Etats-Unis : c’est la faute aux Russes !

    Qu’ont fait les Russes de si terrible ? En gros, ils ont fait savoir qu’ils avaient une préférence pour des amis plutôt que pour des ennemis comme chefs de gouvernement. La belle affaire ! Les médias d’information russes critiquent, ou interviewent des gens qui critiquent, les candidats hostiles à Moscou. Rien de bien extraordinaire, là encore.

    A titre d’exemple de cette ingérence choquante, qui prétendument risque de saborder la république française et les valeurs occidentales, l’agence d’information russe Sputnik a interviewé un membre républicain du parlement français, Nicolas Dhuicq, qui a osé dire que Macron pourrait être « un agent du système financier américain ». Ce qui est pour le moins évident. Mais le tollé qui en est résulté a fait l’impasse sur ce détail pour accuser les médias étatiques russes de « commencer à faire circuler des rumeurs selon lesquelles Macron a eu une affaire extra maritale homosexuelle » (The EU Observer, 13 février 2017). En fait, cette « calomnie sexuelle » circulait déjà surtout dans les milieux homosexuels de Paris, pour lesquels le scandale, s’il en est un, n’est pas l’orientation sexuelle prêtée à Macron mais plutôt le fait qu’il la nie. L’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, était ouvertement homosexuel ; le bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot, est homosexuel ; en France, être homosexuel n’est pas un problème.

    Macron est soutenu par un « lobby homo très fortuné », aurait affirmé Dhuicq. Tout le monde sait de qui il s’agit : Pierre Bergé, le riche et influent directeur commercial d’Yves Saint Laurent, la personnification du radical chic, farouche partisan de la gestation pour autrui, un sujet brûlant en France, et la vraie controverse derrière l’opposition ratée au mariage homosexuel.

    L’Etat profond monte à la surface

    L’étonnante adoption en France de la campagne antirusse américaine montre une lutte titanesque pour le contrôle de la « narration » – la version de la réalité internationale consommée par la masse des gens qui n’ont pas les moyens d’entreprendre leurs propres recherches. Le contrôle de la narration est le cœur critique de ce que Washington décrit comme sa « puissance douce ». La puissance dure peut livrer des guerres et renverser des gouvernements. La puissance douce explique aux quidams pourquoi c’était la bonne chose à faire. Les Etats-Unis peuvent littéralement tout se permettre aussi longtemps qu’ils peuvent raconter l’histoire à leur avantage, sans risque d’être contredits de façon crédible. En ce qui concerne les points sensibles du monde, que ce soit l’Irak, la Libye ou l’Ukraine, le contrôle de la narration est fondamentalement exercé par le partenariat entre les services de renseignement et les médias. Les services de renseignement écrivent l’histoire et les grands médias la racontent.

    Ensemble, les sources anonymes de « l’Etat profond » et les médias de masse ont pris l’habitude de contrôler la narration racontée au public. Ils ne veulent pas abandonner ce pouvoir. Et ils ne veulent assurément pas le voir contesté par des outsiders – notamment par les médias russes qui racontent une histoire différente.

    C’est une des raisons de la campagne extraordinaire en cours pour dénoncer les médias russes et autres médias alternatifs comme diffuseurs de « fausses nouvelles », afin de discréditer des sources rivales. L’existence même de la chaîne d’information internationale russe RT a suscité une hostilité immédiate : comment les Russes osent-ils se mêler de notre version de la réalité ! Hillary Clinton avait mis en garde contre RT quand elle était secrétaire d’état et son successeur John Kerry a dénoncé la chaîne comme « un mégaphone de propagande ». Ce que nous disons est vrai ; ce qu’ils disent ne peut être que de la propagande.

    La dénonciation des médias russes et de la prétendue « ingérence russe dans nos élections » est une invention majeure de la campagne Clinton, qui a ensuite infecté le discours public en Europe occidentale. Cette accusation est un exemple évident de double standard, ou de projection, étant donné que l’espionnage américain de tous, y compris les alliés, et l’ingérence américaine dans les élections à l’étranger sont de notoriété publique.

    La campagne dénonçant les « fausses nouvelles » émanant de Moscou bat son plein en France comme en Allemagne à l’approche des élections. C’est cette accusation qui empoisonne la campagne, pas les médias russes. L’accusation que Marine Le Pen est « la candidate de Moscou » est non seulement supposée ruiner ses chances, mais c’est aussi un ballon d’essai pour susciter une possible « révolution de couleur » si d’aventure elle gagnait l’élection du 7 mai. L’ingérence de la CIA dans les élections étrangères est loin de se limiter à des bulletins d’information controversés.

    En l’absence d’une authentique menace russe en Europe, affirmer que les médias russes « empiètent sur notre démocratie » revient à désigner la Russie comme un ennemi agressif et, par-là même, à justifier l’énorme accroissement du potentiel militaire de l’OTAN dans le nord-est de l’Europe, ce qui ravive le militarisme allemand et dévie la richesse nationale vers l’industrie d’armement.

    D’une certaine façon, l’élection française est une extension de l’élection américaine, dans laquelle l’Etat profond a perdu sa candidate préférée, mais pas le pouvoir. Les mêmes forces sont à l’œuvre ici, soutenant Macron comme un Clinton français, mais prêtes à stigmatiser tout opposant comme un instrument de Moscou.

    Ce qui s’est passé ces derniers mois a confirmé l’existence d’un Etat profond qui est non seulement national mais transatlantique et aspire à être global. La campagne antirusse est une révélation. Elle révèle à bien des gens qu’il y a réellement un Etat profond, un orchestre transatlantique qui joue le même air sans chef d’orchestre apparent. Le terme « Etat profond » apparaît soudain même dans le discours des fidèles au système, comme une réalité qui ne peut être niée, même s’il est difficile de la définir avec précision. Au lieu de Complexe militaro-industriel, on devrait peut-être l’appeler Complexe médiatico-cum-renseignement-militaro-industriel (Military Industrial Media Intelligence Complex – MIMIC en anglais). Son pouvoir est énorme, mais reconnaître qu’il existe est le premier pas pour nous libérer de son emprise.

    Diana Johnstone | 17 février 2017

    Diana Johnstone est une journaliste américaine. Diplômée d’études slaves, elle a obtenu son doctorat à l’Université du Minnesota. Elle vit à Paris depuis 1990.

    Première publication : http://www.counterpunch.org/2017/02/17/france-another-ghastly-presidential-election-campaign-the-deep-state-r

    Traduit par Marcel Barang pour Arrêt sur Info

    Articles de Diana Johnstone : http://arretsurinfo.ch/authors/diana-johnstone

    Source : http://arretsurinfo.ch/france-encore-une-horrible-campagne-presidentielle-letat-profond-monte-


  • Diplo Mars 201 / EMMANUEL MACRON, LA FINANCE ET LE POUVOIR
    Les vieux habits de l’homme neuf
    par François Denord & Paul Lagneau-Ymonet

    Étroitement associé à la politique économique du président François Hollande, le candidat du mouvement En marche ! se présente pourtant comme un homme « hors système », loin des partis et des coteries. Cautionnée par la presse, la métamorphose de M. Emmanuel Macron en évangéliste politique masque mal la trajectoire banale d’un technocrate dont l’entregent lui a permis de brûler les étapes.

    par François Denord & Paul Lagneau-Ymonet

    Le Monde diplomatique
    Les vieux habits de l’homme neuf

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    Michel Herreria. — « L’Os de la parole », 2009
    www.michelherreria.com

    Ce 17 mars 2015, l’agenda de M. Emmanuel Macron s’annonce chargé. À 7 h 45, la revue Politique internationale attend le ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique pour un petit déjeuner-débat. Au menu : exposé face à un aréopage de patrons, de diplomates et de responsables politiques. Une heure plus tard, direction Bercy. Le ministre participe à l’ouverture d’une conférence sur les dispositifs publics de soutien à l’exportation, où se mêlent hauts fonctionnaires et dirigeants du privé, avant de s’entretenir avec les sénateurs socialistes au sujet de la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques.

    Vers 13 h 15, il retrouve les convives du Cercle Turgot pour un déjeuner-débat. Le président en exercice de ce think tank, M. François Pérol, patron du groupe Banque populaire - Caisse d’épargne (BPCE), l’accueille : « Bienvenue, Emmanuel. Tu arrives juste du Sénat. Y a-t-il trop d’articles à ton projet de loi ? Comme on disait en d’autres temps, trop de notes s’agissant de la musique de Mozart ? » Pareil hommage tient en partie de l’autocélébration, tant la carrière de M. Macron ressemble à celle de M. Pérol : fils de médecin, énarque, passé par l’inspection des finances, par la banque Rothschild et par les services de l’Élysée. Le ministre a vite fait d’emballer financiers, journalistes et autres cadres, qui l’intronisent membre d’honneur de leur cercle. Après les questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, M. Macron s’attarde pour un long entretien avec M. Pierre Gattaz, président du Mouvement des entreprises de France (Medef). Puis, Saint-Patrick oblige, il reçoit M. Richard Bruton, son homologue irlandais.

    Une succession d’apparitions brèves dans les sphères du pouvoir, avec la volonté de faire forte impression à défaut de laisser une empreinte profonde : ce 17 mars 2015 résume à bien des égards la trajectoire du candidat à l’élection présidentielle française.

    Il se rêvait normalien, il atterrit à Sciences Po. Là, l’historien François Dosse le présente en 1999 au philosophe Paul Ricœur, qui cherche une petite main pour achever le manuscrit de La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli (1). Cette collaboration ouvre à l’étudiant les portes d’Esprit, revue intellectuelle française proche de la « deuxième gauche » qui soutint par exemple le plan de réforme de la Sécurité sociale du premier ministre Alain Juppé en 1995. Il y théorise sa conception de l’exercice du pouvoir : « Le discours comme l’action politique ne peuvent plus s’inscrire dans un programme qu’on proposerait au vote et qu’on appliquerait durant les cinq années du mandat (2). » Au politique, il faudrait, selon lui, un horizon plutôt qu’un catalogue de mesures. C’est auprès de piliers de la « deuxième gauche » qu’il trouve l’idéologie donnant sens à son engagement.

    Sous le fouet de la sainte concurrence

    Énarque stagiaire dans l’Oise à l’automne 2002, M. Macron se lie d’amitié avec Henry Hermand. Enrichi dans l’immobilier commercial, l’homme d’affaires (décédé en 2016) a été l’une des figures tutélaires et nourricières d’une gauche chrétienne et « anti » : anticommuniste, anticolonialiste et antijacobine (3). Puis, en 2007, le chef de l’inspection des finances, M. Jean-Pierre Jouyet, débauché par M. Nicolas Sarkozy pour le secrétariat d’État chargé des affaires européennes, présente ce jeune homme prometteur à M. Jacques Attali.

    L’ancien conseiller de François Mitterrand, qui préside la commission pour la libération de la croissance, le nomme rapporteur général adjoint. On discerne en sourdine dans le document final cette volonté de dépasser des clivages ordinaires que le candidat vocifère désormais sur toutes les estrades. « Ceci n’est ni un rapport, ni une étude, mais un mode d’emploi pour des réformes urgentes et fondatrices. Il n’est ni partisan ni bipartisan : il est non partisan. » Les « non-partisans » de la commission pourfendent « la rente (...) triomphante : dans les fortunes foncières, dans la collusion des privilégiés, dans le recrutement des élites » (4) et défendent un projet de société fondé sur la concurrence et la déréglementation.

    Ces esprits inspirés ne se contentent pas de recommander la réorientation massive de l’épargne des Français vers les marchés d’actions six mois avant l’effondrement financier de 2008. La mise en concurrence généralisée revient à opposer entre elles des fractions des classes populaires : fonctionnaires et salariés du privé, artisans taxis contre chauffeurs Uber. Une telle vision du monde sied bien à un fringant inspecteur des finances qui, outre le comité de rédaction d’Esprit, qu’il intègre, fréquente des cénacles sociaux-libéraux et partisans de la construction européenne telle qu’elle se fait, comme En temps réel ou les Gracques. Le premier se présente comme un « lieu de rencontre entre acteurs publics et privés soucieux de confronter leurs expériences et analyses, (…) dédié à la construction de puissantes bases intellectuelles d’un agenda réformiste ». Le second proclame que le marché « est le moyen de remettre en cause les situations acquises, les privilèges et les rentes ».

    La rente sociale de M. Macron, elle, reste à l’abri des grands vents de la « modernité ». En 2008, M. Xavier Fontanet, alors président d’Essilor, M. Serge Weinberg, ancien conseiller de M. Laurent Fabius, président du fonds Weinberg Capital Partners, M. Jean-Michel Darrois, avocat d’affaires, et M. Alain Minc — le seul à ne pas avoir été membre de la commission Attali — le recommandent auprès de la banque Rothschild. Son ascension y sera fulgurante, grâce à un marché conclu en 2012 pour le compte de Nestlé, dont le président, M. Peter Brabeck-Letmathe, avait participé à ladite commission.

    M. Attali a présenté M. Macron à M. François Hollande en 2010, lorsque celui-ci ne dirigeait plus le Parti socialiste (PS) et que M. Dominique Strauss-Kahn ou Mme Martine Aubry semblaient assurés de jouer les premiers rôles aux primaires de 2011. Le jeune trentenaire coordonne pour le futur président le travail d’économistes comme Philippe Aghion (encore un membre de la commission Attali). Après la victoire de 2012, M. Attali et M. Jouyet — revenu de son aventure sarkozyste et à nouveau intime de M. Hollande — appuient sa candidature au poste de secrétaire général adjoint de l’Élysée, chargé des questions économiques.

    En 2014, c’est encore M. Jouyet qui, en sa qualité de secrétaire général de l’Élysée, annonce la nomination de son protégé au ministère de l’économie. « C’est quand même exaltant, à cet âge-là, d’avoir en charge l’économie, les entreprises, l’industrie, tout ça, lui explique-t-il au téléphone juste après l’annonce du remaniement. Tu te rends compte, le numérique, tout ce que j’aurais aimé faire ! Je pensais, quand même, à l’inspection des finances, être le maître, maintenant, c’est toi qui vas être le maître (5). » Le nom du jeune prodige sera vite associé à une loi qui promeut le bus plutôt que le train, à l’ouverture dominicale des commerces et au travail de nuit. Il assouplit les règles des licenciements collectifs et hâte la privatisation de la gestion d’aéroports régionaux.

    À ce stade d’une trajectoire de météore, on distingue déjà l’épure d’un style : être introduit dans une institution de pouvoir par un influent pygmalion, n’y passer que le temps nécessaire à la constitution d’un dense réseau de relations, puis recommencer à un poste d’un prestige supérieur. M. Macron ne restera pas plus longtemps à Bercy qu’à l’inspection des finances, chez Rothschild ou au secrétariat de la présidence : moins de trois ans. Quand il lance à 38 ans, en avril 2016, son mouvement En marche !, il mobilise les contacts accumulés à chaque étape de sa carrière.

    À Sciences Po, où il enseigna à sa sortie de l’École nationale d’administration (ENA), M. Macron se lie d’amitié avec M. Laurent Bigorgne. C’est à l’adresse privée de ce dernier qu’il domiciliera En marche ! Fin 2010, M. Bigorgne devient directeur général de l’Institut Montaigne. Du très libéral institut, le candidat débauchera Mme Françoise Holder, codirectrice du groupe du même nom (boulangeries Paul et pâtisseries Ladurée), et recourra un temps aux services de l’agence de communication, Little Wing. Il ne boude pas pour autant les think tanks de l’autre bord politique : il est proche de M. Thierry Pech, ancien cadre de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) et directeur général de la fondation Terra Nova, proche du Parti socialiste.

    D’anciens membres de la commission Attali se mettent aussi « en marche ». L’essayiste Erik Orsenna était au premier rang pour le lancement du mouvement à la Mutualité (La Tribune, 31 août 2016). La rapporteuse de la commission, Mme Josseline de Clausade, passée du Conseil d’État à la direction du groupe Casino, M. Jean Kaspar, ancien secrétaire général de la CFDT désormais consultant en stratégies sociales, M. Darrois ainsi que M. Stéphane Boujnah, président d’Euronext, la société qui gère les Bourses d’Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne et Paris, ont fait le déplacement pour le premier grand meeting de campagne, le 10 décembre 2016, à la porte de Versailles. C’est d’ailleurs M. Boujnah, ancien « DSK boy », vice-président d’En temps réel, qui aurait présenté à M. Macron l’homme qui désormais lève des fonds pour sa campagne présidentielle : M. Christian Dargnat. Cet ancien patron de la gestion d’actifs de BNP Paribas et du Crédit agricole a également présidé le comité « Monnaies et système monétaire international » du Medef de 2010 à 2013. Le patron du cabinet de conseil Accenture, M. Pierre Nanterme, autre ancien de la commission Attali et de la direction du Medef — sous la présidence de Mme Laurence Parisot —, a déclaré avoir versé 7 500 euros (le plafond autorisé) à En marche ! (Les Échos, 27 janvier 2017).

    Côté syndical, outre M. Kaspar, la connexion macronienne se nomme Pierre Ferracci. L’homme a transformé le cabinet d’expertise Secafi, proche de la Confédération générale du travail (CGT), en un groupe spécialisé dans le conseil aux syndicats, aux représentants du personnel et aux directions d’entreprise, le groupe Alpha. Son fils Marc et sa belle-fille Sophie occupent une place importante dans la garde rapprochée du candidat. Témoin de mariage du couple Macron, le premier est professeur d’économie, chercheur associé à la chaire « Sécurisation des parcours professionnels » que cofinancent à Sciences Po le groupe Alpha, la société de travail intérimaire Randstad, Pôle emploi et le ministère du travail. Avocate d’affaires, la seconde fut cheffe de cabinet du ministre à Bercy avant d’intégrer son équipe de campagne.

    D’autres anciens membres du cabinet ministériel ont rallié En marche ! Son directeur (6), M. Alexis Kohler, qui a rejoint la direction financière du deuxième armateur mondial, MSC, continue de conseiller M. Macron, quand son adjoint, M. Julien Denormandie, se consacre à temps plein à la campagne. Tous deux sont passés par le cabinet de M. Pierre Moscovici, aujourd’hui commissaire européen.

    Le conseiller chargé de la communication et des affaires stratégiques de M. Macron à Bercy, M. Ismaël Emelien, fait appel à des entreprises spécialisées dans la collecte et l’analyse de données de masse afin de caler l’« offre » politique sur les desiderata des électeurs (Le Monde, 19 décembre 2016). Le porte-parole d’En marche !, M. Benjamin Griveaux, ne faisait pas partie de son cabinet ministériel, mais il cumule les propriétés de ses jeunes membres : surdiplômé — École des hautes études commerciales (HEC) de Paris, Sciences Po —, formé au sein de la droite du PS (auprès de MM. Strauss-Kahn et Moscovici), passé par un cabinet ministériel (celui de Mme Marisol Touraine). En outre, il a exercé des mandats électoraux (à Chalon-sur-Saône et dans le département de Saône-et-Loire), tout comme le secrétaire général d’En marche !, le député et conseiller régional du Finistère Richard Ferrand, ancien directeur général des Mutuelles de Bretagne.

    Héritier de la noblesse d’État

    Ainsi l’homme qui se présente comme neuf, sans passé et sans attache incarne-t-il, tant personnellement que par son entourage, l’héritage cumulé de la noblesse d’État (Bercy), de l’expertise et de la haute finance : le noyau du « système », en somme, que sanctionne son appartenance au club Le Siècle.

    Trente ans après que M. Hollande, M. Jouyet et quelques autres caciques socialistes ont proclamé que « la gauche bouge (7) », la vieille garde et les Jeunes-Turcs de M. Macron rejouent l’éternelle histoire du modernisme : un homme situé au-dessus des partis qui agrège les bonnes volontés, les compétences techniques et les méthodes dernier cri pour piloter le pays. Dès lors, l’essentiel n’est pas d’avoir un programme. C’est de rassembler, de la droite de la gauche (par exemple M. Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon, connu pour sa sollicitude envers la hiérarchie catholique) à la gauche de la droite (comme la députée européenne Sylvie Goulard, auteure de l’inénarrable L’Europe pour les nuls).

    C’est surtout de pouvoir compter sur l’appui d’individus influents, tel M. Jean Pisani-Ferry, ancien commissaire général à la stratégie et à la prospective, et sur les nombreux experts qu’il draine dans son sillage. Cet ancien conseiller de M. Strauss-Kahn et de M. Jouyet sait pourtant l’inconvénient d’un tel positionnement. Peu après le « Brexit », il constatait : « Nous sommes les experts, ceux que 52 % des Britanniques détestent » (Le Figaro, 4 juillet 2016). Il faudra à M. Macron beaucoup de charisme pour maintenir l’illusion qu’il appartient à l’autre camp. Lui suffira-t-il de croiser le mythe pompidolien du banquier lettré sachant conduire les affaires avec le fantasme giscardien du jeune homme progressiste ?

    François Denord & Paul Lagneau-Ymonet

    Sociologues. Auteurs de l’ouvrage Le Concert des puissants, Raisons d’agir, Paris, 2016.


  • https://www.bdsfrance.org

    Non à l’ingérence de l’État Israélien dans la vie universitaire française

    5 mars 2017

    La Semaine contre l’Apartheid israélien est une semaine internationale d’événements organisée chaque année par des étudiant-e-s dans plus de 200 universités à travers le monde et 2017 marque sa 13éme édition.

    Son but ? Sensibiliser et alerter à travers des conférences, projections de films, expositions et discussions sur le projet colonial et les politiques d’apartheid que l’État d’Israël met en œuvre à l’encontre du peuple palestinien depuis des décennies. Cette semaine d’actions vise aussi à faire connaître le mouvement « Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) » lancé par la société civile palestinienne et offrant aujourd’hui aux citoyen-ne-s du monde entier un moyen concret et non-violent de les soutenir dans leurs luttes pour la dignité, la liberté et la justice.

    Cette année encore, Israël et ses relais tentent de faire interdire cette initiative étudiante et citoyenne. Alors que les pressions ont déjà commencé en Grande-Bretagne, c’est aujourd’hui au tour des étudiant-e-s en France d’en être la cible, à Toulouse, Rennes, Paris, Lyon, Marseille, Montpellier, Grenoble, Saint-Étienne, Lille.

    D’après un communiqué publié le 3 Mars 2017 via le “Times of Israël”[1] : Aliza Ben-Noun, Ambassadrice de l’État d’Israël en France déclare avoir envoyé une lettre aux maires des 9 plus grandes villes de France pour leur demander purement et simplement de censurer la Semaine contre l’Apartheid Israélien.

    Nous souhaitons donc rappeler à Israël et ses soutiens que les articles 10 et 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 garantissent non seulement aux citoyen-ne-s la liberté d’opinion et de conscience mais également la liberté de communiquer cette opinion (le racisme n’étant pas une opinion).

    Comme le Conseil constitutionnel l’a rappelé : « La liberté d’expression et de communication est d’autant plus précieuse que son exercice est une condition de la démocratie et l’une des garanties du respect des autres droits et libertés. »

    Mais Israël n’est pas une démocratie. C’est une puissance occupante qui colonise en toute impunité des terres, en expulse leurs habitant-e-s et discrimine les citoyen-ne-s en fonction de leur appartenance réelle ou supposée à une ethnie ou à une religion. Voilà la réalité que la Semaine Internationale contre l’Apartheid israélien met en lumière chaque année et les manœuvres d’Israël pour la faire interdire ne font que renforcer ce constat et notre détermination à soutenir la résistance populaire palestinienne.

    C’est pourquoi, en dépit des risques sérieux d’atteinte à la liberté d’expression qu’elle représente, cette réaction de l’ambassade montre le succès grandissant de la Semaine contre l’Apartheid israélien et du mouvement BDS qui touchent là où ça fait mal une puissance coloniale de plus en plus isolée sur la scène internationale.

    Nous exhortons les destinataires de ces lettres, notamment à Toulouse, à ne pas céder aux injonctions de l’ambassade mais à défendre la liberté d’opinion et d’expression de leurs concitoyen-ne-s et l’indépendance des institutions françaises, notamment universitaires.

    Enfin, nous invitons les citoyen-ne-s désireux-ses de défendre leur liberté de pensée à participer aux différentes initiatives organisées près de chez eux.

    Pour une carte de ces initiatives : http://apartheidweek.org

    et pour suivre l’info ville par ville en France, connectez vous sur FB : Israel Apartheid week France

    [1] http://www.timesofisrael.com/ambassador-asks-french-cities-to-ban-anti-israel-apartheid-week

    BDS France et l’équipe organisatrice de la Semaine contre l’Apartheid israélien


  • Mélanie Laurent / Je vais bien ne t’en fais pas

    Un film qui marque les esprits
    Excellente actrice, personnage émouvant, scénario exceptionnel, film très triste, bouleversant.

    http://www.avoir-alire.com/IMG/jpg/je_vais_bien_ne_t_en_fais_pas_photo_2.jpg

    https://youtu.be/O0FLwIp8FLo

    https://goo.gl/images/Y4BMGp

    Je vais bien, ne t’en fais pas est un film français réalisé en 2006 par Philippe Lioret, adapté du roman éponyme d’Olivier Adam paru en 2000.

    Je vais bien, ne t’en fais pas
    Réalisation Philippe Lioret
    Scénario Philippe Lioret
    Olivier Adam
    Acteurs principaux :
    Mélanie Laurent
    Kad Merad
    Julien Boisselier
    Isabelle Renauld
    Aïssa Maïga

    http://www.programme-television.org/news-tv/Je-vais-bien-ne-t-en-fais-pas-France-3-Un-drame-intime-avec-Me



  • L’arnaque Emmanuel Macron de A à Z

    http://www.investigaction.net/larnaque-emmanuel-macron-de-a-a-z

    A à Z
    28 Fév 2017 OBSERVATOIRE DU NÉOCONSERVATISME

    http://www.investigaction.net/wp-content/uploads/2017/02/macron.png
    Inconnu il y a peu encore, Emmanuel Macron est sans nul doute une figure importante de la présidentielle 2017. Il est celui que les médias présentent comme l’homme de la situation. Ses meetings sont retransmis par les grandes chaînes d’information en temps réel. Bien que son bilan de Ministre de l’économie et des finances ne plaide pas en sa faveur (600 000 chômeurs de plus), ses partisans voient en lui un modèle d’efficacité.

    Dès ses premiers pas dans le monde politique il a essayé de se présenter comme un leader “anti-système”, alors qu’il est un pur produit du sérail. Il plébiscite la réforme des institutions qui, selon lui, sont un frein à la modernité. Il est en France le chef de file d’une doctrine économique qui prône la déréglementation pour les entreprises transnationales. Il est le grand responsable du « scandale d’Etat Alsthom « . Pour rappel, Alsthom Energie fut cédée en 2014 pour une bouchée de pain à l’entreprise américaine General Electric. Bref, Emmanuel Macron est l’incarnation du Traité constitutionnel (libéral) qu’une majorité de français ont rejeté au soir du 29 mai 2005.

    Pourtant, à en croire les instituts de sondage, Emmanuel Macron est la personnalité politique préférée des Français. Ces derniers sont-ils devenus amnésiques au point d’oublier la caste de banquiers dont il est issu ?… ou plus simplement bénéficie-t-il d’une répétition de messages favorables dans les médias ?

    Aussi, pour appréhender au mieux le “phénomène Macron”, plusieurs questions doivent trouver réponse. Par exemple : Quels sont les réseaux qui le soutiennent ? Qui le finance ? Au-delà des apparences, que dit-il vraiment ? Son discours se tient-il ? Est-il comme on nous le présente un véritable “fer de lance” ?

    Groupes de pression & réseaux du patronat

    En avril 2016 le journal Mediapart écrivait dans l’une de ses rubriques : « En annonçant la création de son mouvement « En marche ! », le Ministre de l’économie a omis de préciser que l’adresse légale de son association était le domicile privé du directeur de l’un des principaux clubs patronaux, l’Institut Montaigne ».

    fireshot-screen-capture-046-gattaz-critique-fillon-et-juge-interessant-le-projet-de-macron-bfmbusiness_bfmtv_com_france_gattaz-ecorne-filloVéritable officine au service de l’organisation patronale (MEDEF), l’objectif de l’Institut Montaigne est de promouvoir des idées néo-libérales telles que la mise du gaz de schiste au service de la compétitivité, la privatisation de l’assurance maladie, l’augmentation du temps de travail, ou encore le départ à la retraite à 63 ans avec une durée de cotisation de 43 ans. Il convient aussi de noter que le président de l’Institut Montaigne Henri de Castries fut président-directeur-général du groupe d’assurance Axa de mai 2000 à août 2016, où il s’est vu accorder un salaire annuel (hors revenus du capital) oscillant entre 2,8 millions et 3,2 millions d’euros. Quant à sa retraite (dorée), elle atteint un confortable revenu annuel de 1 056 000 euros.

    screencapture-challenges-fr-election-presidentielle-2017-un-think-tank-liberal-se-cache-t-il-derriere-les-candidatures-macron-et-fillon_441901-1488198583130En 1994, Henri de Castries était nommé à la French-American Foundation, institution connue pour être un Cheval de Troie du libéralisme américain dans la société française, qui compte parmi ses anciens disciples communément appelés « Young Leaders », une ribambelle de journalistes et de personnages politiques français. En septembre 2016, sur le site de la French-American Foundation nous pouvions lire « Breakfast avec Emmanuel Macron, ministre de l’Economie« .

    Rappelons aussi que Henri de Castries a pris en 2012 la présidence du comité de direction du très opaque groupe Bilderberg, où l’on discute uniquement entre pairs, et qu’il a fini par rejoindre l’équipe de campagne de François Fillon,

    De son côté, le directeur général de “Terra Nova” Thierry Pech, un think tank proche du PS, réfute les informations concernant sa participation active au mouvement d’Emmanuel Macron « En Marche ». Ceci-étant, dans Libération Thierry Pech ne cache pas sa « proximité intellectuelle » avec Emmanuel Macron. Une proximité confirmée par le grand nombre de membres et de contributeurs réguliers de “Terra Nova” qui apportent un soutien sans faille à Emmanuel Macron. En particulier, les économistes Philippe Aghion, Élie Cohen, Gilbert Cette, le Libéral-libertaire Daniel Cohn-Bendit, l’homme d’affaires Henry Hermand, Jacques Attali, le dirigeant d’entreprise Louis Gallois, et le sénateur socialiste Gérard Collomb.

    Homme de réseaux, Gérard Collomb soutient ouvertement le mouvement « En Marche ! » depuis sa création. Pour preuve, ce dernier déclara par voie de presse « Les 23 et 24 septembre 2016, nous organiserons à Lyon un colloque des réformistes européens et mondiaux avec l’Institut Montaigne, les think tanks “Les Gracques” (un autre groupe de pression) et “Terra Nova”. Il y aura aussi des think tanks italiens, allemands, anglais et des membres de l’équipe d’Hillary Clinton ». Cependant, “Terra Nova”, toujours très proche du parti socialiste, décidera de se retirer de l’événement.

    Roger Lenglet et Olivier Vilain, tous deux auteurs d’“Un pouvoir sous influence, quand les think tanks confisquent la démocratie » nous démontrent que ces think tanks ont pour point commun d’être soutenus par des groupes industriels cotés en bourse et favorables à la déréglementation économique. Leur enquête comprend une étude qui mesure le nombre de fois où les think tanks sont cités publiquement par les parlementaires et dans les médias. Roger Lenglet nous résume ici “qu’avec l’auréole de l’expertise, on voit depuis les années 2010 se multiplier l’influence des think tanks« . Lenglet et Vilain, dans leur travail de décryptage, reviennent sur l’influence libérale des think tanks tels que Terra Nova , l’Institut Montaigne ou la Fondation Jean-Jaurès.

    macron-orga

    L’Institut Montaigne est financé entre autres par des entreprises du CAC 40 telles que Veolia, Sanofi, Rothschild & Cie, Michelin, Microsoft, Groupama, Bank of America, Merrill Lynch, BNP Paribas, Bolloré, Bouygues.

    Selon le journal en ligne Rue89, en 2013, Terra Nova était financée à 80 % par le mécénat d’entreprise et 20% par la cotisation des adhérents. Parmi les mécènes : Areva, EDF, Caisse des Dépôts, Microsoft, Sanofi, Vivendi, Google, etc. En somme du déjà-vu plus haut, et il n’est pas difficile de comprendre que comme l’Institut Montaigne, Terra Nova est plus un lobby au service du capital qu’un cercle de réflexion.

    Quant à la Fondation Jean-Jaurès, si l’on en croit son dernier rapport, elle perçoit des subventions du Premier ministre (31%), des subventions publiques sur projet (28%), des fonds issus de partenariats européens (17%), du Mécénat (14%), ses ressources propres (publications, dons…) ne représentant que 10% de ses revenus.

    Financements en eaux troubles

    En novembre 2016, Europe 1 se fait le porte parole d’”En Marche !” en titrant une chronique : « Macron répond à Hamon sur le financement de “En Marche !” : « Chez moi, on ne vit pas du contribuable« .

    fireshot-screen-capture-045-macron-homme-du-systeme-se-veut-candidat-hors-systeme-lejdd_fr-www_lejdd_fr_politique_macron-homme-du-systeme-sBenoît Hamon lui avait posé la question suivante « Si tu es hors système, acceptes-tu de rendre publique et transparente [la liste des] donateurs de ta campagne ? » Pour se défausser, Emmanuel Macron évoque le secret fiscal qui protège l’identité des donateurs. Il ajoute « Un ancien ministre devrait savoir qu’il faut respecter la loi. » Puis il conclut « Je suis en effet hors système puisque j’ai créé un mouvement en avril dernier et ce mouvement n’a aucune subvention publique. Donc chez moi, on ne vit pas du contribuable« .

    En premier lieu, nous sommes en droit de penser que Benoît Hamon demande simplement à Emmanuel Macron des indications sur les gros donateurs (organismes financiers, Banques, etc). Et la moindre des chose eût été que le candidat Macron fasse preuve de transparence.

    Nous pouvons également constater qu’Emmanuel Macron ne manque pas de toupet quand il déclare qu’un ancien ministre devrait savoir qu’il faut respecter la loi. Rappelons-nous en effet qu’à l’époque où il était ministre, Emmanuel Macron avait sous-évalué la valeur de la maison de son épouse de 200 000 €.

    Emmanuel Macron nous dit ensuite « chez moi, on ne vit pas du contribuable« . Sur ce fait, il omet simplement d’expliquer qu’il n’a pas d’aide directe car pour l’heure “En Marche !” n’a tout simplement pas d’élus. Mais la loi permet à tout donateur de dons ou cotisations à un parti politique de bénéficier d’une réduction d’impôt. Donc par voie de conséquence “En Marche !” bénéficie d’une aide indirecte de l’Etat.

    fireshot-screen-capture-041-macron--un-diner-a-la-city-pour-recolter-jusqua-7-500-euros-par-couvert-www_lemonde_fr_election-presidentielle-20Et concernant les aides directes, En marche présentera 577 candidats aux législatives qui suivront l’élection présidentielle. Dès lors la loi prévoit un financement public accordé aux différents partis en fonction de deux critères : premièrement leurs résultats aux élections législatives, pour ceux qui ont présenté des candidats ayant obtenu au moins 1% des voix dans au moins 50 circonscriptions, et deuxièmement leur nombre de parlementaires. Pour vous faire une idée plus précise, sachez qu’en 2013 le montant global versé aux partis et formations politiques de métropole et d’outre-mer s’est élevé à 70 083 332,15 € dont notamment : 28 480 742,50 € pour le PS ; 19 870 309,79 € pour l’UMP ; 5 543 646,41 € pour le FN ; 3 521 792,11 € pour Europe Écologie-Les Verts ; 3 222 320,99 € pour le PCF (décret n°2013-430 du 27 mai 2013).

    D’autre part nous avons vu dans le paragraphe précédent que les think tanks qui soutiennent Macron bénéficient d’une aide publique directe. Des think tanks qui peuvent êtres soutenus par des entreprises qui sont elles-mêmes liées à l’Etat. Enfin, il ne faut pas négliger le fait que “En Marche !” est très probablement soutenu aussi par des banques. Or comment oublier qu’en 2008 l’Etat a déposé 360 milliards sur la table pour sauver les banques ? Et là, n’en déplaise à l’ancien Ministre de l’économie, il fut question de l’argent des contribuables. Ce rappel prend encore plus d’importance à la lumière de la réforme du 1er janvier 2016 : Les banques peuvent désormais ponctionner les comptes des déposants. Cette directive européenne fut transposée dans le droit français en toute discrétion quelques jours avant la Noël 2015, et à cette époque monsieur Macron était toujours ministre de l’économie.

    fireshot-screen-capture-035-macron-le-fn-est-une-forme-de-syriza-a-la-francaise-dextreme-droite-le-point-www_lepoint_fr_politique_macronAutre adversaire d’Emmanuel Macron : l’ex ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Elle qualifie Emmanuel Macron de « candidat du grand capitalisme financier ». Le député PS Richard Ferrand, secrétaire général du mouvement “En Marche !”, rétorque « Je laisse Mme Filippetti à ses saillies nauséabondes et à ses arguments qui sont dignes du Front national« . En bref, du déjà-vu des dizaines de fois sur ce blog. Pour la énième fois Richard Ferrand a recours à la méthode par l’amalgame qui consiste à fusionner ses contradicteurs avec le Front national. Ainsi donc, le point Godwin est atteint. Si vous demandez des comptes à Emmanuel Macron sur ses liens avec la finance, c’est que sans aucun doute vous avez des idées proches du FN. Cependant, nous verrons plus bas en détail que les idées putrides ne gênent pas Emmanuel Macron quand il est question de siphonner des voix.

    En janvier 2017 une polémique fait rage. Après deux ans d’investigations, les journalistes Frédéric Says et Marion L’Hour viennent de publier « Dans l’enfer de Bercy ». Si on en croit cet ouvrage, Emmanuel Macron à l’époque où il était encore ministre a utilisé à lui seul 80% de l’enveloppe annuelle des frais de représentation accordée à son ministère par le Budget. Une somme estimée à 120 000 euros. Des crédits du ministre à Bercy auraient donc été utilisés pour le lancement du mouvement « En Marche », écrivent Frédéric Says et Marion L’Hour. Depuis le Liban où il était en déplacement, Emmanuel Macron réagit « Aucun centime du budget du ministère de l’Économie (…) n’a jamais été utilisé pour En Marche !. Toute affirmation du contraire est purement et simplement diffamatoire.Celles et ceux qui continueront à écrire et à dire des contre-vérités seront poursuivis« . “Peut-être”… dirons-nous après coup, mais que penser d’Emmanuel Macron qui crie à la diffamation, sans toutefois porter plainte contre les auteurs d’un livre qui lui est très défavorable ?

    Emmanuel Macron à la pêche aux voix dans le fief de l’anti-républicanisme

    Dans un billet précédent, nous sommes revenus sur la visite au Puy-du-Fou de celui qui était il y a encore quelques temps le Ministre de l’économie d’un pouvoir dit “socialiste”. Là, Emmanuel Macron a rencontré l’une des figures de proue de l’ultra droite islamophobe française Philippe de Villiers.

    À titre de rappel, la spécialité de Monsieur de Villiers est d’entrelacer sa lecture fantasmée de l’Histoire avec des concepts politiques paranoïaques tels qu’Eurabia et le Choc des Civilisations. Ce porte-parole paranoïaque n’a pas la moindre analyse sociale. Pour Philippe de Villiers, les musulmans pauvres et les musulmans riches sont “du même bois”. Et pour scénariser sa petite histoire, il surajoute une dose d’eschatologie, c’est-à-dire des manifestations des signes de la fin des temps. Ce raisonnement fallacieux fait de Philippe de Villiers le théoricien de la conspiration type.

    French Economy Minister Emmanuel Macron (L) and French A l’occasion de cette rencontre Macron – de Villiers, Emmanuel Macron déclara « je ne suis pas socialiste« . D’ailleurs ne se situe-t-il pas “par-delà la gauche et la droite”, cher au criminel de guerre Tony Blair ? En avril 2016, quand Andrew Marr, chroniqueur vedette de la BBC, compara le ministre de l’Economie français à Tony Blair, Emmanuel Macron rétorqua “Je vais prendre ça comme un compliment”. Pour Emmanuel Macron, il manque un roi à la France : « Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort » (extrait d’une interview accordée à LeUn Hebdo, du 8 juillet 2015). A Orléans le 8 mai 2016, Emmanuel Macron a salué Jeanne d’Arc qui « a su rassembler la France ». Si pour certains, Jeanne d’Arc est un symbole de courage et de résistance, nous sommes malgré tout en droit de nous interroger sur les réelles motivations d’Emmanuel Macron qui dans un laps de temps très court vient de créer un parti politique, déclarer qu’un roi manque à la France, qu’il admire Jeanne d’Arc, et qui pour finir part en vacances chez le vicomte Philippe de Villiers.

    En ce qui concerne le volet économique et social, les objectifs de celui qui fut Ministre de l’économie du gouvernement Valls sont quasi-identiques à ceux de l’ex-secrétaire d’Etat du gouvernement Chirac. Le ministre de l’Économie s’est prononcé en novembre 2015 pour une rémunération «  au mérite  » des agents de la fonction publique, soulevant un tollé chez les syndicats. Le candidat Philippe de Villiers à la présidentielle de 2007 avait proposé « la rémunération au mérite pour les fonctionnaires ». En 2016 Emmanuel Macron suggère de supprimer l’impôt sur les grandes fortunes (ISF). En 1995 Philippe de Villiers insistait fermement sur ses intentions de supprimer l’impôt sur les revenus. En janvier 2016, Le Monde Économique titrait l’une de ses chroniques « Emmanuel Macron prêt à mettre fin « de facto » aux 35 heures ». Philippe de Villiers a toujours été hostile à la réduction du temps de travail. Donc à quelques années d’intervalle, les deux hommes nous ont proposé des services publics a minima, une déréglementation des lois du travail, et l’acceptation du principe de l’inégalité. Cela s’appelle le Thatchérisme. D’ailleurs, M. Macron a confessé en mars 2015 à la BBC qu’il aurait fallu une Margaret Thatcher à la France.

    De l’arrogance au « racisme social »

    Le mépris de classe est un travers qui refait surface à intervalle régulier chez Emmanuel Macron.

    Sur Europe1 en face de Jean-Pierre Elkabbach en septembre 2014, pour sa première interview en tant que ministre de l’économie, M. Macron s’est fait connaître du grand public avec ses propos sur les employés des abattoirs Gad. Précisément, Emmanuel Macron a dit : » Il y a dans cette société (Gad), une majorité de femmes, il y en a qui sont pour beaucoup illettrées, pour beaucoup on leur explique : ‘Vous n’avez plus d’avenir à Gad ou aux alentours. Allez travailler à 50 ou 60 km !’ Ces gens-là n’ont pas le permis de conduire, on va leur dire quoi ? » Le ministre s’exprimait au micro d’Europe 1, regrettant le coût et les délais nécessaires pour ce permis.

    En avril 2016, face à des syndicalistes qui simplement (voir ici la vidéo) lui demandent des comptes, M. Macron s’énerve en direct. Vexé, le “gendre idéal” se transforme très vite en “loup-garou” « Je n’ai pas de leçons à recevoir. » Et sans la moindre pudeur il ajouta « Le meilleur moyen de se payer un costard, c’est de travailler.« 

    fireshot-screen-capture-038-macron-sexcuse-aupres-dex-salaries-de-gad-quil-avait-traites-dillettres-le-point-www_lepoint_fr_politique_macUn complexe de supériorité une fois de plus démontré après sa visite dans le Pas-de-Calais au début de cette année 2017. Là, Emmanuel Macron officiellement candidat à l’élection présidentielle déclare « Dans ce bassin minier, les soins se sont moins bien faits, il y a beaucoup de tabagisme et d’alcoolisme, l’espérance de vie s’est réduite, elle est de plusieurs années inférieure à la moyenne nationale. (…) Il faut traiter cela en urgence afin de rendre le quotidien de ces personnes meilleur. » Au regard oblique de l’ancien Ministre, il nous semble prépondérant d’opposer quelques études factuelles émanant de services spécialisés, qui au demeurant concernent directement la catégorie socio-professionnelle d’où est issu M. Macron.

    Décryptage d’une rhétorique

    Juillet 2016, Emmanuel Macron est en marche vers la campagne présidentielle. A La Mutualité (Paris), devant un large public, notre ministre sûr de son fait pose les bases de ce que l’on pressent déjà comme étant l’assise institutionnelle de “l’entreprise Macron”. Que doit-on retenir de cette première ?

    Tout d’abord, avec son « entre les progressistes et les conservateurs », notons que globalement, Emmanuel Macron s’intercale entre le discours d’investiture de Nicolas Sarkozy en 2007 et celui de François Hollande au Bourget en 2012. M. Macron est aussi libéral que le Nicolas Sarkozy de 2007 sur les questions économiques, et très proche du François Hollande de 2012 sur les questions de société. Ainsi, sur la question économique et sociale, nous pourrions presque nous risquer à une analogie entre la nouvelle coqueluche d’aujourd’hui Emmanuel Macron, et le comédien Yves Montand qui en 1984 fut mandaté pour faire accepter la contrainte budgétaire aux français. Yves Montand anima une émission de télévision spéciale intitulée “Vive la crise”. Avec le recul, cette émission « Vive la crise » semble avoir été l’un des signes avant-coureurs de l’hégémonie du libéralisme, mais aussi de la politique « bling-bling » qui engendra les Bernard Tapie, Nicolas Sarkozy, et à présent Emmanuel Macron.

    Concernant les relations internationales, M. Macron reste pour l’heure plutôt énigmatique, néanmoins nous connaissons certaines de ses références, en particulier le trio va-t-en-guerre Obama, Blair, Hillary Clinton. Logiquement, l’actuel porte-parole de “En Marche !”, Benjamin Griveaux, pour se soustraire par la diversion à une question qui concernait les liens de « En Marche ! » avec la finance, affirma sur RMC que la plupart des candidats autres que M. Macron étaient des agents du Kremlin. La preuve de cette vision pour le moins manichéenne est apportée, insista Benjamin Griveaux, puisque –selon lui- “les sites d’information russes RT et Sputnik écrivent uniquement sur Emmanuel Macron« . Cette russophobie n’est pas sans rappeler la stratégie de communication qui consiste à utiliser des mots épouvantails, en l’occurrence ici “Kremlin”, afin de diaboliser les adversaires. Ce type de sophisme nous vient tout droit d’une période de l’Histoire américaine appelée « Peur rouge« , qui est qualifiée fréquemment de chasse aux sorcières. Et il est certain qu’il y a toujours chez les atlantistes, des réminiscences de cette période. Par conséquent ces derniers ne peuvent appréhender le monde qu’à travers le prisme d’un rapport de force. Une résurgence de la guerre froide tout à fait visible chez M. Macron lorsqu’il déclare « Je veux réancrer monsieur Trump dans le camp de l’Occident ».

    fireshot-screen-capture-039-macron--_il-faut-des-jeunes-francais-qui-a-tempsreel_nouvelobs_com_economie_20150107_obs9413_macron-il-faut-des-jNous avons aussi remarqué que sa rhétorique s’appuie pour l’essentiel sur des formules qui se suffisent à elles-mêmes, par exemple : (Discours de La Mutualité, 12 juillet 2016) « Il faut changer le pays » – « Il n’y a pas de plus belle chose que de servir son pays” – “Ce monde est ancien, il est usé, il est fatigué, il faut en changer” – “Nous vivons une refondation » – “Il faut un souffle nouveau” – “Le moment est venu de faire des choix clairs” – “Cette histoire, elle dérange. Ça arrive, j’en sais quelque chose. Parce qu’elle vient contrarier l’ordre établi, parce qu’elle inquiète le système“. Ce type de petites phrases représente bien les deux tiers de son discours. L’argumentation de M. Macron n’est jamais avare de confusion et de non-sens, notamment « révolution démocratique »… Cela ne veut pas dire grand chose et c’est pourtant le titre de son dernier ouvrage.

    Nous pouvons également affirmer que la contradiction est une prérogative dans le “process” Macron. Il chante, nous venons de le voir, les louanges de la Révolution et de la Démocratie, mais nous avons vu en exergue qu’il considère qu’il manque un Roi à la France… De même, il a pris ses distances avec le gouvernement Valls sur le dossier de la déchéance de nationalité, néanmoins six mois plus tard il vanta les mérites de l’islamophobe Philippe de Villiers. “Je suis pour le renouveau démocratique« , dit-il à qui veut l’entendre, pourtant il y a un an sa loi travail fut imposée par le recours à l’article 49-3 de notre Constitution. Cela alors que les trois quarts des Français (74%) se disaient opposés à cette Loi. ”Fillon, c’est Thatcher dans les années 80, la France mérite mieux que ça !” s’exclame Emmanuel Macron, et pourtant dans le préambule nous avons vu qu’il confiait à la BBC que selon lui il aurait fallu Margaret Thatcher à la France. A Alger il déclare « La colonisation française est un crime contre l’humanité ». Mais cette première proposition qui rendrait la France passible du TPI est annihilée par cette injonction : « je ne regrette rien, la France a installé les droits de l’homme en Algérie, mais elle a oublié de les lire ». De fait, l’esprit néocolonial revient au galop. Dès lors comprenons une fois de plus, qu’en moins de deux minutes Emmanuel Macron est capable de changer son discours du tout au tout. Lire “Macron philosophe : ces intellectuels qui n’y croient pas”.

    Voici quelques contradictions de M. Macron via twitter :

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    Enfin, l’auto-glorification est un ingrédient incontournable dans ses discours. Dans un premier temps il flatte son auditoire, avec des phrases consensuelles telles que « notre histoire inquiète le système« , ou encore « vous êtes exceptionnelles« . Toutefois, quand nous écoutons attentivement ses discours, nous percevons très vite qu’il y a toujours l’idée d’un “retour sur investissement” chez le banquier Macron. Si au préalable, il est aussi généreux avec son public, c’est pour mieux se glorifier par la suite. En somme, dès que nous actionnons le décodeur, nous obtenons l’image suivante : « vous êtes supers parce que vous suivez un super leader« . Alors bien sûr, on nous rétorquera que tout cela est le lot de nombreux hommes politiques. Certes, à ceci près que chez Emmanuel Macron, cette autoglorification voilée relève pratiquement du messianisme. D’ailleurs dernièrement sur RMC Gérard Filoche n’a-t-il pas comparé Emmanuel Macron à un prêcheur américain ? Et à y regarder de près, nous ne pouvons qu’adhérer à cette idée qui est corroborée par M. Macron lui-même lorsque, à ceux qui lui reprochent de ne pas avoir de programme, il répond « c’est une erreur de penser que le programme est le coeur d’une campagne électorale, car la politique c’est une magie mystique« . Et il ajoute « La dimension christique, je ne la renie pas”.

    … au point que son obsession du pouvoir tourne quelquefois au ridicule. Souvenez-vous ici, lors de son premier meeting parisien le 12 décembre dernier, de cet Emmanuel Macron surexcité, exubérant, soucieux de satisfaire ses ambitions. Voyez aussi son discours de Quimper du 16 janvier, où M. Macron sermonne Donald Trump… Pourquoi pas nous direz-vous, mais alors à vous de juger les mots qu’il emploie : « Monsieur Trump” ou « l’Américain », “N’oubliez jamais que si vous êtes une nation libre, c’est parce que des ambitieux sont partis de ces terres avec l’amour de la liberté, avec le même rêve, le rêve français, le rêve européen. Monsieur Trump, n’oubliez jamais ce que vous nous devez. La liberté, votre existence, c’est celle de Lafayette, c’est la nôtre« . Bref, cela se passe de commentaire.

    Bien qu’il soit présenté par ses soutiens comme un esprit brillant, il n’y a jamais de rigueur dans les démonstrations d’Emmanuel Macron, en aucune façon notre homme ne prend la peine de partir d’un point A pour aller vers un point B. Il faut donc oublier la précision et la notion de logique avec Emmanuel Macron. A ce jour, seule l’exaltation de la course au pouvoir semble le combler.

    Conclusion

    Face à cette tentative de synthèse, il est indéniable qu’Emmanuel Macron bénéficie du soutien sans faille de beaucoup de grands médias. D’une part, certains patrons de la presse nationale affichent clairement leur préférence, d’autre part un très grand nombre de chroniqueurs vedette prennent le relais de leurs patrons en louant les mérites du candidat Macron, ce qui oriente forcément l’opinion publique. Cette quasi-unanimité dans la presse n’est pas sans rappeler le rôle que joua cette même presse à l’occasion du référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005. Nous avons écrit en introduction qu’Emmanuel Macron “est l’incarnation de ce traité libéral », un point de vue conforté ici qui n’annonce rien de nouveau sous le soleil. De facto, cette propagande est donc surtout conforme aux attentes d’une minorité de gens liés par la richesse. Et Emmanuel Macron n’y apparaît alors que pour ce qu’il est : le faire-valoir d’une ploutocratie qui a pour objectif d’assurer ses avantages en contrôlant autant que possible le débat politique.

    Le problème pour notre oligarchie hexagonale au demeurant atlantiste, c’est que le monde est encore en train de changer, et vite. La politique sécuritaire et militaire qu’a menée l’Occident s’est avérée plutôt décevante. Elle affiche un passif meurtrier et dévastateur, et nous pouvons nous risquer à penser que l’OTAN pourrait bien vivre son crépuscule dans les années à venir.

    A partir de ce constat, l’escroquerie Macron ne fonctionne que si elle s’appuie sur une autre escroquerie nommée “Front national”. Grâce à la magie du “rassemblement républicain” qui se profile face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron est ainsi pratiquement sûr de remporter l’élection présidentielle. Aussi comprenons bien que la grande force de notre système politique est de favoriser au préalable le monstre FN, de le nourrir afin qu’il soit le plus effrayant possible, et ainsi de nous offrir un chevalier blanc qui abattra la bête au printemps prochain. “Nous sommes en pleine mystique“ nous dit M. Macron. Il est donc décidément très compliqué de lutter efficacement contre Emmanuel Macron. Qui plus est, il est à cette heure difficile d’imaginer comment un candidat de gauche pourrait dépasser Emmanuel Macron sans le concours du Parti socialiste. Or sur le plan de notre politique étrangère, le Parti “socialiste” a toujours été colonialiste et américanisé, et sur le plan intérieur le pouvoir socialiste a favorisé l’émergence d’Emmanuel Macron, tandis qu’il faut bien reconnaître que les différents gouvernements de François Hollande ont sans vergogne trahi leur électorat. Un constat d’autant plus amer que malgré les résultats de la primaire, les apparatchiks Hollande, Valls, Ayrault ou encore Cambadélis, sont toujours les maîtres de la maison socialiste.

    Source : AntiCons

    – See more at : http://www.investigaction.net/larnaque-emmanuel-macron-de-a-a-z/#sthash.CfkaaYzi.dpuf


  • Dénoncer la colonisation comme crime de guerre en Algérie, c’est tout à son honneur mais Macron n’est-il pas une escroquerie de trop à gauche sachant ses appuis ultra-capitalistes ?

    Je conseille cet excellent article du Monde diplomatique : Des missionnaires aux mercenaires
    par Jean-Michel Quatrepoint

    Il y est question de capitalisme débridé qui se substitue au capitalisme d’Etat, de capitalisme de connivence, stratégie Soft power chez les énarques de gauche comme de droite. Plus besoin de corrompre ! Peu importe pour eux que la France se désindustrialise, que les salariés soient licenciés pour accroître le rendement du capital...L’ENA, une école jadis de bonne réputation, forme désormais, depuis les années 90, non des élites au service de la nation mais des directeurs de banques et pas n’importe lesquelles...

    Let’s have a look.

    http://www.monde-diplomatique.fr/2016/11/QUATREPOINT/56762

    > Novembre 2016, page 28
    Des missionnaires aux mercenaires
    http://www.monde-diplomatique.fr/local/cache-vignettes/L650xH868/IMGDPL11-28-2-0dbbd.jpg
    Aurélie piau. « Le Sacré Pouvoir d’H A », 2011
    aurelie-piau.blogspot.fr

    Quel fil peut bien relier les ministres ou anciens ministres Emmanuel Macron, Fleur Pellerin et Najat Vallaud-Belkacem, la présidente du conseil régional d’Île-de-France Valérie Pécresse, les journalistes Jean-Marie Colombani et Christine Ockrent, l’homme d’affaires Alain Minc, le banquier Matthieu Pigasse (l’un des propriétaires du Monde SA) ou encore l’ancien premier ministre Alain Juppé ? Tous ont effectué un passage par la French-American Foundation dans le cadre de son programme « Young Leaders ». Tout comme cinq cents autres personnalités françaises, parmi lesquelles le président François Hollande lui-même.

    Depuis 1981, cette fondation privée organise des séminaires de deux ans où une douzaine de jeunes Français côtoient les élites américaines de la même classe d’âge. Officiellement, l’objectif est de favoriser le dialogue franco-américain. En réalité, il s’agit de bien faire comprendre aux futurs décideurs français — entrepreneurs, responsables politiques, journalistes — les bienfaits de la mondialisation à l’anglo-saxonne. Certes, on constatera ultérieurement que, ici ou là, l’opération de séduction a échoué (avec M. Nicolas Dupont-Aignan, par exemple). Mais, dans l’ensemble, ces jeunes gens effectueront une brillante carrière au sein des structures de pouvoir et dans les affaires. Des personnalités qui ne feront pas dans l’antiaméricanisme…

    Ce programme est révélateur de la stratégie d’influence des États-Unis. Celle-ci s’exerce de manière encore plus spectaculaire à travers le pantouflage des élites, notamment européennes, dans de grandes entreprises américaines. Dernier exemple en date — ô combien symbolique : la décision de M. José Manuel Barroso de rejoindre la banque Goldman Sachs. L’ancien président de la Commission européenne va mettre son expérience et son carnet d’adresses — où figurent notamment tous les dirigeants politiques de l’Union — au service de ce prestigieux établissement… qui a participé au maquillage des comptes de la Grèce pour lui faire intégrer l’euro.

    M. Barroso n’est pas le seul commissaire à se reconvertir dans des fonctions lucratives : ce fut le cas récemment de Mme Neelie Kroes (Bank of America) et de M. Karel De Gucht, négociateur et thuriféraire du grand marché transatlantique (CVC Partners). M. Mario Draghi est, quant à lui, directement passé de Goldman Sachs à la présidence de la Banque d’Italie, puis à celle de la Banque centrale européenne (BCE) (1).

    Ces allers-retours entre public et privé relèvent de pratiques courantes aux États-Unis. Sous la présidence de M. William Clinton, les instigateurs de l’abrogation — réclamée par Wall Street — du Glass-Steagall Act de 1933, qui séparait banques de dépôt et banques d’affaires, se sont facilement reconvertis dans de grands établissements financiers. Le big business sait récompenser ceux qui l’ont bien servi. À la tête de la Réserve fédérale (FED) de 2006 à 2014, M. Ben Bernanke a favorisé la création monétaire au profit des acteurs financiers en déversant 8 000 milliards de dollars dans l’économie au nom du sauvetage des banques. En 2015, il a intégré Citadel, l’un des principaux fonds d’investissement du pays. La même année, M. Timothy Geithner, l’un des protégés de M. Clinton, ancien secrétaire au Trésor de M. Barack Obama, a rejoint Warburg Pincus, un grand fonds d’investissement.

    Le monde des affaires sait aussi miser sur ceux qui, demain, pourront faire prévaloir ses intérêts, lui ouvrir les portes des administrations, relayer son discours. Aux États-Unis, bien sûr, mais aussi dans le reste du monde. Cette stratégie permet de rendre désuet le recours aux pots-de-vin et autres enveloppes. Plus besoin de corrompre ! Fini aussi le chantage direct, les menaces, pour obtenir un marché ou des renseignements. On fait désormais dans le soft power, le lobbying.

    Le coup d’envoi en France de cette stratégie de l’influence, que d’aucuns pourraient qualifier de trafic d’influence, a été donné en 1986 lorsque Simon Nora, figure tutélaire et emblématique de la haute administration, a intégré à 65 ans la banque d’affaires Shearson Lehman Brothers, devenue par la suite Lehman Brothers. Au cours de la décennie 1990, la mondialisation a accéléré le pantouflage. Désormais, les grands établissements financiers américains, qui veulent pénétrer le marché français et européen, font leurs emplettes au sein de l’élite hexagonale. Toute une génération d’énarques et d’inspecteurs des finances approche de l’âge de la retraite. Leur salaire en tant que hauts fonctionnaires, dirigeants de banques hier nationalisées ou de grandes entreprises, pour être correct, n’avait cependant rien à voir avec ceux pratiqués outre-Atlantique. Banques et fonds d’investissement leur font miroiter la perspective de gagner en quelques années autant que durant toute leur carrière passée. Tentant ! D’autant qu’ils éprouvent le sentiment d’aller dans le sens de l’histoire.

    C’est ainsi qu’en 1989 Jacques Mayoux, lorsqu’il était fonctionnaire, président de la Société générale, est devenu le représentant de Goldman Sachs à Paris. Il a été suivi de beaucoup d’autres. À commencer par M. Philippe Lagayette, ancien directeur de cabinet de M. Jacques Delors lorsqu’il était ministre de l’économie, des finances et du budget, ancien directeur général de la Caisse des dépôts, qui rejoignit JP Morgan en 1998. Les énarques dits « de gauche » ne sont pas les derniers à succomber aux sirènes de ce capitalisme de connivence. Ces personnalités sont choisies et touchent de confortables honoraires pour ouvrir les portes et pour faciliter les fusions et les rachats d’entreprises françaises que lanceront les banques.

    Au fil des ans, des centaines de sociétés sont passées de main en main par le biais d’achats à effet de levier (leverage buy-out ou LBO). Chaque fois, les banques d’affaires touchent une commission, leurs dirigeants français ayant bien mérité leurs émoluments. Peu importe, finalement, que la France se désindustrialise, que les salariés soient licenciés pour accroître le rendement du capital, que les déficits commerciaux se creusent. L’essentiel n’est-il pas de saisir la vague de cette finance triomphante ? Hier, ou plutôt avant-hier, les fonctionnaires issus des grands corps de l’État — s’ils pantouflaient déja — s’estimaient investis d’une mission : ils servaient la nation. À partir des années 1990, les mentalités changent. La mondialisation a transformé les missionnaires en mercenaires. Le capitalisme débridé a remplacé le capitalisme d’État.

    Ce mouvement s’est amplifié au fil des ans. En 2004, M. Charles de Croisset, ancien président du Crédit commercial de France (CCF), a marché dans les traces de Mayoux en devenant conseiller international chez Goldman Sachs et vice-président de Goldman Sachs Europe. Les branches françaises des cinq grandes banques d’investissement américaines sont toutes dirigées par un énarque (2). M. Jean-François Cirelli, ex-dirigeant de Gaz de France et d’Engie, ancien membre du cabinet du président Jacques Chirac, vient de rejoindre la filiale pour la France et le Benelux de BlackRock. Peu connu du grand public, ce fonds est le premier gestionnaire d’actifs du monde (5 000 milliards de dollars).

    Tout aussi symbolique est le parcours de Mme Clara Gaymard. Cette énarque, épouse de M. Hervé Gaymard, ministre de M. Chirac, avait été nommée en 2003 déléguée aux investissements internationaux. De quoi étoffer son carnet d’adresses, l’un des plus fournis de l’énarchie. En 2006, General Electric (GE) lui proposa de prendre la tête de son antenne France, puis la vice-présidence de GE International, l’entité chargée des grands comptes et des relations avec le gouvernement. Elle a servi d’intermédiaire lors du rachat par GE de la division énergie d’Alstom, au printemps 2014. Une fois l’opération achevée, le président du groupe, M. Jeffrey R. Immelt, s’est séparé d’elle brusquement, mais, soyons-en sûrs, avec de bonnes compensations. Pendant dix ans, Mme Gaymard a été l’un des relais essentiels de l’influence américaine en France : membre de la Trilatérale (3), présidente de la Chambre américaine de commerce, membre du conseil d’administration de la French-American Foundation.

    Proposer de belles fins de carrière aux seniors, miser sur quelques personnages-clés dans le Tout-Paris médiatico-politique, investir dans de jeunes cadres prometteurs : tels sont les axes de ce soft power qui s’exerce aux quatre coins de la planète. Cet investissement dans la jeunesse se retrouve dans le cas d’Alstom : à la demande du gouvernement français, GE a promis de créer 1 000 emplois nets en France sur trois ans. Mais le groupe s’est au passage engagé à recruter 240 jeunes de haut niveau à la sortie des grandes écoles pour ses « programmes de leadership ». Ces derniers se verront proposer une carrière accélérée chez GE, aux États-Unis et dans le reste du monde. Une opération fort habile de captation des cerveaux ; une manière aussi de vider un peu plus la France de ses forces vives.

    Car l’expatriation des capitaux s’accompagne désormais d’un exode des jeunes diplômés vers les États-Unis, mais aussi vers Londres, Singapour ou ailleurs. Ce sont bien souvent les enfants de cette nouvelle caste de managers mercenaires, les relations des parents aidant à leur trouver des postes intéressants dans les multinationales. Dans ce monde globalisé, les élites françaises ont adopté les mêmes comportements et les mêmes ambitions que leurs homologues américaines.

    Jean-Michel Quatrepoint
    Journaliste ; auteur notamment d’Alstom, scandale d’État, Fayard, Paris, 2015


  • De quoi Total est-elle la somme ?
    En librairie lé 14/03/2017
    http://www.dimedia.com/ftB0009255--fiche.html
    De quoi Total est-elle la somme ?
    Multinationale et perversion du droit
    DENEAULT, ALAIN
    http://www.dimedia.com/img1c1000-9782897192259.jpg
    Éditeur : Ecosociété
    Pages : 440
    Prix : 34,00 $
    En librairie le 14 mars 2017

    La loi que le pouvoir pervers conçoit ne s’oppose pas au dispositif légal traditionnel, mais l’avale.
    Alain Deneault

    « Total » : c’est ainsi qu’on a choisi de la nommer, comme dans un mauvais film tout en hyperboles. En s’attribuant ce nom en 1953, la Compagnie française des pétroles trahit sa mégalomanie. Active dans plus de 130 pays, cette société s’affaire à exploiter, traiter et distribuer des produits issus du pétrole, tout en étant présente dans le gaz et l’industrie chimique. Mais Total, c’est d’abord un pouvoir tentaculaire : à la fois politique – lobbying intimidant auprès des autorités, trafic d’influence et commissions occultes, pillage des ressources au détriment des peuples et de l’environnement, et commercial – manipulation des prix à son avantage, compétition déloyale avec ses petites concurrentes, évasion et évitement fiscaux.

    Un formidable pouvoir d’occupation, d’accaparement et de destruction. Dans cet essai, Alain Deneault démontre que le cas Total ne témoigne pas seulement du pouvoir de cette entreprise en particulier, mais de celui d’une poignée de multinationales qui font aujourd’hui la loi. Qui détient désormais la souveraineté, c’est à dire cette capacité qu’a le pouvoir de peser sur le cours de l’histoire ? Car le type de criminalité dont il s’agit ici, « à cravate » ou « en col blanc », ne saurait être sanctionné : c’est une criminalité que les puissants arrivent à mener à l’intérieur ou en marge du droit. Ce droit qu’ils ont le pouvoir de façonner à leur avantage, des codes de loi aux logiques procédurales en passant par la « loi de la mondialisation », vaste fourre-tout qui permet aux multinationales de jongler avec des systèmes de lois qui débordent les uns sur les autres et de se faufiler sans cesse dans les interstices de non-droit.

    Ainsi, Total fait la loi et sait se placer littéralement hors la loi. Dans un ouvrage qui allie à la fois une thèse politique forte dévoilant toutes les facettes de cette nouvelle forme de totalitarisme pervers, le livre se structure autour de 13 cas édifiants, tous parfaitement documentés, correspondant chacun à une région où la firme est active et à une problématique particulière :

    Cas 1 – Naître légalement hors la loi – La Compagnie française des pétroles en Irak
    Cas 2 – Subvertir l’État postcolonial – Les services secrets d’Elf au Congo-Brazzaville
    Cas 3 – Posséder en droit dans un contexte d’illégalité – La dette publique en Algérie
    Cas 4 – Commettre le crime dans les termes de la loi – Arguties judiciaires au Gabon
    Cas 5 – Exploiter la vacuité du droit international – La CFP-Total en Afrique du Sud et en Rhodésie
    Cas 6 – Mobiliser des mercenaires en soutien à une dictature – Guerre privée permanente en Angola
    Cas 7 – Contrôler les prix et transférer ses profits dans les paradis fiscaux – La CFP-Total et Elf intègrent les logiques de
    cartels en France
    Cas 8 – Sacrifier en toute légalité peuples et écosystèmes – Pollution durable au Nigeria
    Cas 9 – Prendre le contrôle des fonds souverains – Acoquinement politique au Canada
    Cas 10 – Solder à rabais des actes criminels par des ententes hors cour – Travail forcé et « démocratie disciplinée » au Myanmar
    (Birmanie)
    Cas 11 – Pratiquer le doux commerce et le lobbying à grande échelle – Corruption tranquille en Iran
    Cas 12 – Envahir un pays sous l’égide de l’ONU – Pillage sous couvert d’aide humanitaire en Libye
    Cas 13 – Se jouer des consultations publiques – Intrusion industrielle en Bolivie et en Argentine

    Poursuivant son travail d’analyse politique fouillé, Alain Deneault livre ici un essai solide où Total devient un idéal-type, un cas d’école pour appréhender le pouvoir omniscient et pervers des multinationales. Puisqu’il est toujours plus aisé de combattre une entité que l’on comprend, la lecture de cet ouvrage nous rappelle que les peuples doivent urgemment reconquérir leur souveraineté politique.


  • Les bouffons de la "chasse aux conspis"

    On pensait que la priorité était de recentrer l’école sur les apprentissages fondamentaux, de délivrer un enseignement de qualité afin de promouvoir l’égalité des chances. Mauvaise pioc…

    Par Bruno Guigue — 09 novembre 2016

    http://arretsurinfo.ch/les-bouffons-de-la-chasse-aux-conspis

    France Liberté d’expression

    On pensait que la priorité était de recentrer l’école sur les apprentissages fondamentaux, de délivrer un enseignement de qualité afin de promouvoir l’égalité des chances. Mauvaise pioche ! La priorité, c’est de pourfendre les « conspis ». Une prose interminable est déversée sur les messageries des enseignants, depuis des mois, pour les convaincre de cette nouvelle urgence.

    Pourquoi un tel acharnement ? La réponse est fournie par un dossier publié le 3 novembre par le site mediaeducation.fr. Dans ce dossier revêtu de l’imprimatur officiel, on apprend que les « pouvoirs publics » se sont émus, « après les attentats de l’année 2015 », de la prolifération des « théories complotistes ». Il paraît même qu’on a diffusé sur la toile « des scénarios peu soucieux des faits ». Bigre. On comprend mieux.

    Dans cette prose, on trouve surtout de creuses généralités sur la nécessité de « déconstruire les théories complotistes » et de « prendre du recul à l’égard de la complosphère ». Puis, en guise d’exemples, on trouve deux références précises. D’abord, la fable des « Illuminati ». Et pratiquement à égalité, celle des « reptiliens ». Bref, des idioties notoires, des sornettes pour ados « new age » passablement décérébrés, mais pas de quoi fouetter un chat. Au vu de ces exemples, on se demande pourquoi le gouvernement déploie autant d’énergie.

    C’est là que les choses deviennent intéressantes. Bien sûr, la mention des attentats de 2015 nous avait déjà mis la puce à l’oreille. Mais en poursuivant la lecture de ce dossier, on découvre le pot aux roses. A côté des Illuminati et des reptiliens, une troisième théorie jugée « complotiste » est citée, habilement, à la fin du texte. On y lit ceci : » 66 % des sondés estiment toujours que l’on nous a caché des choses sur les attentats de New-York ».

    Horreur ! Les deux tiers des Américains ne croient pas à la version officielle du 9/11. Ils pensent que leurs dirigeants ne leur disent pas la vérité. Le scepticisme sur la responsabilité des attentats, le voilà ramené, par les bouffons de l’anticomplotisme, au niveau de la croyance débile aux reptiliens. L’esprit critique est aligné, par ces imposteurs, sur une fable grotesque. Le Congrès américain vient de voter une loi autorisant les familles des victimes du 9/11 à poursuivre en justice l’Etat saoudien. Il faut croire qu’il n’a pas consulté les petits génies qui traquent les « conspis » pendant que M. Valls livre des armes aux sponsors du terrorisme.

    Soyons clairs. Le « conspirationnisme » n’existe pas, c’est une farce, une supercherie monumentale. C’est une ruse servant à discréditer par amalgame le discours critique sur les relations internationales. C’est un moyen d’intimidation qui vise à tétaniser l’opinion en lui faisant croire qu’il y a des idées qui sentent le soufre et qu’il faut disqualifier avant tout examen. Car ces idées dérangent, elles échappent à l’emprise de l’oligarchie dont les anticonspis sont les larbins. L’anticomplotisme est le nouvel instrument de la doxa impérialiste, et le cache-sexe de la nullité intellectuelle des nouveaux censeurs.

    Bruno Guigue | 08/11/2016