NRobin

Chargée d’Etudes Nantes / AMD

  • Un berger à l’Elysée, je vote de suite !
    Nous ne pourrons pas réécouter le discours de Jean Lassalle, invité de radio Orient le 20/02/2017, que j’ai trouvé excellent.

    NB : Jean Lassalle est pro-Assad et vidéo indisponible.Radio Orient est financée par Hariri et très attachée à ses liens avec le grand Daech l’Arabie Saoudite !
    Cependant, je ne conteste pas la qualité de cette radio. N Robin

    http://www.radioorient.com/wp-content/uploads/2017/02/jean-lassale-Radio-Orient.jpg

    http://www.radioorient.com/podcasts/pluriel-273

    Pluriel
    20 Fév 2017

    « Pluriel » a reçu Jean Lassalle, Députe, candidat à la présidentielle. Il publie « Un berger à l’Élysée », aux éditions La Différence.

    Emission préparée et présentée par Loïc Barrière.

    Première diffusion : Lundi 20 février 2017

    jean lassale Radio Orient

    Parcours de Jean Lassalle

    Jean Lassalle est né le 3 mai 1955 à Lourdios-Ichère (Pyrénées-Atlantiques).

    Maire de Lourdios-Ichère, sa commune natale, à l’âge de 21 ans, Jean Lassalle devient conseiller général de la Vallée d’Aspe à 26 ans et entre au Parlement de Navarre comme benjamin.

    En 1994, il devient vice-président de l’Assemblée départementale au sein de laquelle il préside le Comité départemental du tourisme jusqu’en mai 2011.

    De 1989 à 1999, il préside le Parc National des Pyrénées et, depuis 1994, est à la tête de l’Institution Patrimoniale du Haut-Béarn.

    Il a présidé pendant plus de 10 ans l’association des maires des Pyrénées-Atlantiques et préside aujourd’hui l’association départementale des élus de la montagne.

    Jean Lassalle est député de la 4ème circonscription des Pyrénées-Atlantiques depuis 2002.

    • https://www.google.com/amp/www.la-croix.com/amp/1200815821

      Jean Lassalle : « En Syrie, la France doit être porteuse de paix »

      Propos recueillis par Agnès Rotivel,
      Mise à jour 9 janvier 2017

      Entretien. Jean Lassalle, député des Pyrénées-Atlantiques, candidat à la présidentielle française, revient de Damas et Alep. Il explique à La Croix les raisons de sa visite en Syrie.

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      Le député français Jean Lassalle s’est rendu en Syrie du 4 au 9 janvier 2017. / Patrick Kovarik/AFP

      La Croix : Pour quoi être allé en Syrie ?

      Jean Lassalle : J’avais fait un précédent voyage en novembre 2015. En retournant à Alep et à Damas où j’ai rencontré le président Bachar Al Assad, je voulais me faire ma propre opinion. C’est mon devoir de député de le faire, et de dire ce que j’ai vu.

      Tout ce qui se passe en Syrie ne m’apparaît pas comme étant de la seule responsabilité de Bachar Al Assad, qui a reçu l’appui des Russes et que l’on présente comme un boucher. J’avais beaucoup d’interrogations au sujet de ces soi-disant islamistes modérés et des casques blancs que l’on nous a présentés en France et qui me paraissaient avoir des pratiques singulières dans ce conflit. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’y voir plus clair.

      À lire : Les rencontres décriées de députés français avec Bachar Al Assad

      Avez-vous eu accès à des informations qui vous ont permis de vous faire une opinion ?

      J.L. : J’entendais dire que c’était le chaos total à Damas, c’est faux. La ville est en pleine reconstruction. On dit qu’Alep-Est est totalement détruite. Elle est effectivement très endommagée, mais l’ouest aussi.

      J’ai rencontré des familles qui s’étaient réfugiées à l’ouest et retournaient chez elle à l’est. J’ai pu rencontrer le vrai maire d’Alep, pas celui autoproclamé qui a été présenté en France sur tous les plateaux de télévision.

      J’ai discuté avec des députés syriens à Damas et des responsables religieux, comme le patriarche arménien Aram 1er, Ibrahim Nasir, responsable spirituel de l’église évangélique arabe d’Alep et d’autres. J’ai fêté le Noël arménien avec les chrétiens d’Orient, j’ai constaté leur engagement dans des ONG pour aider les plus touchés par la guerre. Ils font honneur à ceux qui croient.

      Lire aussi : Comment la Russie a imposé son scénario en Syrie

      Que doit faire la France ?

      J.L. : La France a un rôle à jouer. En Syrie, elle doit être porteuse de paix. Je regrette qu’il n’y ait pas de débat sur la question syrienne en France. et je n’approuve pas la politique des gouvernements successifs sur ce dossier. Fermer l’ambassade de France à Damas était une erreur, nous avons déserté, alors que nous aurions dû avoir le courage de rester sur place. En étant dans l’opposition systématique, nous n’avons plus de levier sur ce dossier.

      Quel est votre rôle ?

      J.L. : Mon devoir de député est de contribuer à la paix et tout faire pour que la question syrienne soit au cœur de la présidentielle en France. Ce débat doit être porté par toutes les sensibilités politiques et ne doit pas être laissé aux extrémistes. J’ai l’espoir que la position de la France évoluera. Les Français n’aiment pas qu’on agisse en leur nom sans tout leur dire.

      Recueillis par Agnès Rotivel
      A SUIVRE

      Syrie : les rencontres décriées de députés français avec Bachar Al Assad

      Syrie : pour Hugues Fourage, « la diplomatie française ne doit pas être double »

      AUTOUR DE CET ARTICLE

      Syrie, négociations à Astana pour consolider la trêve

      Syrie : pour Hugues Fourage, « la diplomatie française ne doit pas être double »

      Syrie, le vent tourne en faveur de Bachar Al Assad

      SYRIE

      Yves Ubelmann photographie pour sauver les traces de l’histoire

      Syrie

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      À Alep, le calvaire continue

      Mgr Chahane Sarkissian : « Nous ne sommes pas contre les musulmans »

      En Syrie, les soldats turcs et rebelles sont entrés dans Al-Bab, fief de Daech

      Daech en « position défensive », selon l’ONU


  • Vive le débat contradictoire ! N Robin

    Charlot ministre de la vérité, par Frédéric Lordon

    https://blog.mondediplo.net/2017-02-22-Charlot-ministre-de-la-verite#nb1

    Nouvel article sur Les-Crises.fr

    Charlot ministre de la vérité, par Frédéric Lordon
    par Les-crises.fr DT
    Source : Le Monde diplomatique, Frédéric Lordon, 22-02-2017

    One of the best toy traffic lights ever manufactured (l’un des plus beaux jouets représentant un feu de circulation jamais fabriqué).
    cc tomovox

    Admettons-le : au début on n’a pas voulu y croire. Lorsque le 3 janvier on a entendu Samuel Laurent, « décodeur » en chef au Monde, annoncer « une innovation technologique (1) »conçue pour défaire la post-vérité, on s’est dit que c’était trop beau pour être vrai. Mais l’époque dispense sans compter, et il faut désormais tenir pour acquis qu’elle est capable de tout. La suite a prouvé combien. Il y a d’abord ce nom grotesque, Decodex, qui fait surtout penser aux collants bleus de Fantômas ou bien au manteau noir de Judex — et donne irrésistiblement envie d’avoir accès aux minutes du brainstorming, qu’on imagine quelque part entre Veritator, Orthofact et Rectifias. Il y a surtout une trouvaille dont on ne sait plus s’il faut l’assimiler au geste d’une performance artistique ou au comique du cinéma muet. Construire la machine à gifles et s’y attacher la tête dans l’ouverture, Buster Keaton ou Charlot n’auraient sans doute pas fait mieux. C’est que les génies du décodage se sont fabriqué pour longtemps des journées difficiles. Comme de juste, pas une des (nombreuses) traces de pneu de la presse « crédible » labellisée « vert » ne leur sera épargnée, immanquable avalanche dont les effets sur la santé nerveuse du chef décodeur sont déjà constatables sur les réseaux sociaux. Et chaque fois que le ministère de la vérité proteste de ses justifications doctrinales, c’est derechef pour faire tourner à plein régime la turbine à claques.

    L’hôpital, la charité
    Pour son malheur en effet, il n’est pas une de ses phrases qui ne puisse aussitôt lui être retournée. On se souvient de Katherine Viner, éditorialiste-philosophe de la post-vérité au Guardian qui, voulant faire porter le chapeau à Facebook, « conceptualisait » les « bulles de filtre » sans s’apercevoir que la définition qu’elle en donnait s’appliquait à merveille à la presse mainstream : un univers clos qui ne se nourrit que de pensée confirmante sans jamais ni accueillir ni faire entendre le moindre bruit contradictoire sérieux. Si Samuel Laurent est visiblement plus à son affaire dans le code que dans la théorie, ça ne l’empêche pas d’essayer lui aussi. Il aurait eu tort de se gêner, les produits de la ferme sont de première qualité : « Plus on est dans le domaine de la croyance et du religieux, plus c’est difficile de faire changer d’avis quelqu’un, parce qu’il y croit, il a basé sa structure mentale là-dessus (…) C’est compliqué de se battre contre des gens qui sont déjà convaincus (2) ». Et c’est tellement vrai.

    La neutralité journalistique est au choix une ânerie sans nom ou une parfaite hypocrisie.

    Par exemple, le type qui déclare avec un regard fixe un peu inquiétant que « Jean-Claude Juncker s’efforce de taxer les multinationales, de faire la chasse aux paradis fiscaux et d’avoir une gestion politique — comprendre de gauche — des politiques budgétaires » est clairement à jour de sa cotisation aux Raëliens ou bien s’est fait refiler du gâteau au shit par des Hare Krishna. Ici les analyses de Samuel Laurent n’ont jamais été si éclairantes : nous avons en effet à faire à quelqu’un « qui est dans le domaine du religieux, qui y croit, qui a basé sa structure mentale là-dessus ». Et il est bien certain qu’il ne va pas être facile de le ravoir, parce que celui-là, c’est peu dire qu’« il y croit ». Le problème est que le sujet à pupilles dilatées est directeur éditorial au journal Le Monde (3) qui lui tamponne régulièrement son bon de sortie — à vignette verte. Problème d’autant plus sérieux que le directeur de la maison de repos, en campagne pour les dragées Decodex, dit lui-même des choses à fort retour de manivelle : « Un site d’extrême-droite peut reprendre des vraies informations ou alors peut colporter de fausses informations, ou peut donner des visions extrêmement tendancieuses des faits (4) ». Ma foi c’est très vrai également, attention toutefois à la malice du jokari. Bien sûr on ne va pas assimiler le journal de référence à un site complotiste, mais enfin, littéralement parlant, « reprendre des vraies informations, en colporter de fausses, donner des faits des présentations extrêmement tendancieuses » est un énoncé susceptible d’un champ d’application passablement plus large que ne l’imagine le directeur du Monde.

    Quand les autorités ne font plus autorité
    Qu’un discours devienne à ce point instable par autoréférence devrait normalement inquiéter ses propres auteurs. Que la chose les laisse à ce point de marbre, et comme inconscients de la ruine qu’ils opèrent eux-mêmes de leur propre position a en tout cas valeur de symptôme. Mais symptôme de quoi sinon de ces époques finissantes qu’on reconnaît à l’enfermement de ceux qui prétendaient en être les guides, et ne mesurent plus ni à quel point ils ont rompu avec le reste de la société ni la portée de leurs propres paroles. De ce point de vue, il y aurait certainement lieu de mettre en rapport le geste involontairement comique du Decodex et la vomissure des économistes Cahuc et Zylberberg (5), l’un comme l’autre exprimant ce mélange d’incompréhension et de fureur des institutions de la doxa quand, médusées, elles contemplent pour la première fois la crise qui menace de les emporter. Spasme réactionnel commun des autorités qui découvrent qu’elles ne font plus autorité, le ministère journalistique de l’information vraie est mitoyen de la maison de correction épistémologique pour « négationnistes économiques ». Et dans l’un et l’autre cas, la même incompréhension stupéfaite du processus d’effondrement de leur légitimité, la même réaction à la fois autistique et autoritaire — précisément parce que les institutions de pouvoir ne connaissent pas d’autre conception qu’autoritaire de l’autorité. C’est pourquoi, exposées à la contestation, elles cèdent spontanément à une crispation fulminante accompagnée d’un serrage de vis pour tenter de reprendre en main ce qui est en train d’échapper. Ici nous vous apprendrons ce qu’est la vraie science, là la bonne information — et, croyez-nous, vous finirez par penser droit.

    Le ministère journalistique de l’information vraie est mitoyen de la maison de correction épistémologique pour « négationnistes économiques »

    On pourrait même pousser l’homologie plus loin car l’antinomie épistémologiquement indigente de la science et de l’idéologie, qui obsède les deux économistes partis, est formellement semblable à celle du journaliste et du militant dont le « décodage » fait l’axe de sa vision du monde. De même qu’aux uns il faudrait expliquer qu’il y a finalement trois sortes d’économistes : ceux qui ne s’aperçoivent même pas que leur « science » est de part en part imbibée de politique, ceux qui en ont conscience mais décident de camper dans la dénégation pour ne pas gâcher les profits symboliques de la science, ceux enfin qui aperçoivent que la présence de la politique dans la science sociale est sa condition nécessaire et qui cherchent au grand jour comment réguler les effets de cette présence, de même il faudrait expliquer aux autres que la neutralité journalistique est au choix une ânerie sans nom ou une parfaite hypocrisie.

    Autant la discussion épistémologique, toujours dominée par le boulet de la « neutralité axiologique », est loin d’être close, autant on pensait en avoir fini depuis longtemps avec l’« objectivité du journalisme ». Il faut croire que non. Une heure d’émission (6), et presque de supplications, ne suffira pas pour obtenir de Samuel Laurent un début de vacillement sur ce sujet. Par exemple : pourquoi Fakir doit-il être en orange ? Parce qu’il « a un point de vue » : « Je suis désolé, Fakir parle d’un point de vue ».

    « Dieu, le Monde, et moi »
    Leibniz nomme « géométral » de toutes les perspectives le point de vue sur tous les points de vue, le point de vue suprême qui cesse d’être un point de vue particulier parce qu’il les synthétise tous. Le géométral, c’est le point de vue de Dieu. Ou, donc, du Monde. C’est bien connu : Le Monde n’a pas de point de vue. Il n’est pas l’organe officiel de la mondialisation, de l’Europe libérale, de la réforme indéfinie, et de l’entreprise-qui-crée-l’emploi — ou s’il l’est, il n’est que le porte-parole de la nature des choses. Et quand, de temps à autre, admettons-le, des « opinions » s’y font entendre, c’est dans les pages spéciales des éditoriaux, des chroniques et des tribunes, hermétiquement séparées du reste du journal voué, lui, aux faits vrais et à l’information neutre.

    Aussi bien Daniel Schneidermann que François Ruffin (7) s’essayent à faire comprendre à Samuel Laurent que c’est le propre du point de vue dominant que de pouvoir se nier comme point de vue particulier, de même, par exemple, qu’en matière de langue il n’y a d’accent qu’en référence à un accent particulier mais qui a réussi le coup de force de se poser comme le neutre, le sans-accent, ou bien dans un autre genre que le refus de l’idéologie est la posture suprêmement idéologique, puisque inconsciente de l’idéologie dans laquelle elle baigne entièrement, etc., des choses assez simples normalement. Formidable citation de la documentariste de Paroles de Bibs : « quand un patron parle, c’est de l’économie, quand un syndicaliste parle, c’est du militantisme (8) ». Normalement, dans ce raccourci coup de poing, qui dit absolument tout, il devrait y avoir de quoi réveiller jusqu’à un esprit végétatif. Mais là non, rien, autant apprendre la règle de trois à une théière.

    Si, comme le disait Marx, les structures sociales se réalisent dans des personnes particulières, il n’est pas interdit de prendre la mesure du fait général de la labellisation de l’information, non seulement par ce qu’en dit l’un de ses plus signalés représentants, mais aussi par ce qu’il dit de lui-même, l’accord parfait d’une complexion singulière à la structure d’ensemble permettant d’éclairer la structure d’ensemble par la complexion singulière. On touche donc probablement au fond des choses (et peut-être en les deux sens du terme) lorsque, interrogé sur les ressorts de sa vocation journalistique, le chef décodeur hésite un instant avant de répondre finalement qu’elle doit tout à « la passion des faits (9) ». La passion des faits… Des faits en général, sans autre précision. Des faits en tant que faits. Réponse philosophiquement vertigineuse, porteuse de tout un rapport au monde social et à la politique (peut-être au monde tout court d’ailleurs), qui laisse aussi dans un grand désarroi car on voit bien que, même en prenant le sujet avec patience et longueur de temps, on n’y arrivera pas, on ne lui fera pas lâcher, puisque tout s’en suit avec une parfaite logique : il y a « les journalistes » (qui n’ont pas de point de vue) et il y a « les militants » (qui en ont un). Les premiers sont donc par essence respectueux des faits et les seconds portés à les distordre. Au Monde, on n’est pas des militants, d’ailleurs — textuellement — « je n’ai pas de démarche militante ». Et puis encore : « Je ne suis pas militant, je suis journaliste. Et être journaliste, c’est expliquer le monde tel qu’il va ». Sentiment de vertige au spectacle de cet abysse. On se rattrape en imaginant qu’il suffirait, par amusement, de suggérer au « journaliste » qu’il est « un militant des faits » pour qu’une erreur-système de force 7 lui grille aussitôt tous les circuits.

    À l’intersection de l’évaluation et de la démocratie pastorale
    Il y a comme une loi de proportionnalité du monde social qui justifie la critique en rapport avec l’importance des positions de pouvoir et des prétentions qui s’y expriment. C’est que la détention d’un pouvoir exorbitant conduit nécessairement à questionner la légitimité des détenteurs, et qu’en l’espèce on est conduit à se demander comment des pouvoirs aussi considérables se sont trouvés remis à des individus aussi insuffisants. La pédagogie généralisée de l’information vraie ne pouvait donc manquer de faire revenir la bonne vieille question de Marx de savoir qui éduque les éducateurs. On se dit d’abord que la croyance forcenée en un journalisme vierge de point de vue et riche seulement de faits devrait suffire à interdire l’accès à la profession. On se demande ensuite ce qui se passe dans les écoles de journalisme pour qu’on en laisse sortir des « diplômés » dans cet état. Sont-elles toutes sinistrées à ce point (ou n’y en a-t-il pas une ou deux qui résistent) ? À quel effondrement président-elles ? La dégradation intellectuelle du journalisme est-elle si avancée que le laisse entrevoir l’aval enthousiaste donné à la philosophie du Decodex jusqu’au plus haut niveau du « quotidien de référence » ?

    « Quand un patron parle, c’est de l’économie, quand un syndicaliste parle, c’est du militantisme »

    « Nous proposons de l’aide, nous n’imposons rien à personne, on est là pour aider » murmure doucereusement M. Fenoglio, directeur du Monde (10), dont on se demande s’il y croit vraiment — le pire étant qu’on ne peut pas l’exclure —, ou s’il ne fait que retourner à ce lieu commun de la réponse médiatique à la critique des médias : la dénégation, spécialement celle de tout magistère. « On n’est pas là pour dire le journalisme qu’il faut faire (11) » n’hésite pas à surenchérir son Décodeur en chef… dans le moment même où il distribue souverainement les labels de bon et de mauvais journalisme.

    La dénégation du magistère médiatique, dont on ne sait plus si elle procède d’une parfaite hypocrisie ou d’une inconséquence sans fond, va cependant devenir une gageure avec le déploiement de procédés aussi épais que le Decodex. C’est que la machine à gommettes occupe pile ce lieu monstrueux où se rencontrent la pathologie néolibérale du rating et la conception tutélaire de la démocratie. Il y aurait beaucoup à dire sur le geste qui conduit, sans visiblement qu’il en ait conscience, Le Monde à épouser cette pratique néolibérale entre toutes de l’évaluation généralisée — des autres. Comme on sait, née dans la finance, la pratique de l’évaluation est en voie de coloniser toutes les sphères de la vie sociale, organisant par là leur soumission à la logique d’une société de marché de part en part régie par le principe de concurrence. On évalue les chauffeurs de VTC, les appartements de location, les toilettes d’aéroport, et sans doute bientôt les dîners entre amis — le « code couleur », cette tragédie de la couleur que même la plus fertile imagination dystopique n’aurait pas pu anticiper. Voilà donc que Le Monde distribue des couleurs à l’information comme d’autres aux apports nutritionnels ou aux pots d’échappement. Le Monde est bien le journal de ce monde.

    Il l’est par tous les bouts, spécialement par celui qui conçoit la démocratie comme le préceptorat éclairé des « élites », heureusement présentes pour indiquer aux sujets la juste couleur des choses. Dans cette conception pastorale de la démocratie, les bons bergers conduisent le troupeau du peuple. Ils lui montrent la bonne herbe à brouter (la verte) et puis le bon chemin du retour à l’enclos. Les pouvoirs du néolibéralisme croient se rendre acceptables en se donnant la forme de la pédagogie généralisée. Mais c’est une grave erreur. Prétendre dicter aux gens ce qu’ils doivent considérer, et puis ce qu’il leur faut en penser, devient rapidement odieux même assisté de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

    Normalisation de fer
    Et cependant, la rubrique Décodeurs n’en finit plus de proliférer : d’abord une parmi d’autres, puis devenue le joyau de la couronne, elle s’est maintenant assurée la participation au magistère général du Monde puisqu’il lui est permis d’engager toute l’autorité du titre pour déclarer ce que vaut l’information des autres (on a compris qu’au jeu de l’évaluation, le truc est de se situer toujours du côté des évaluateurs).

    Qui ne voit qu’elle conquerra le journal en son entier, destiné à devenir une gigantesque entreprise de labellisation politique, terminus dont l’étape décisive a déjà été franchie en fait, comme l’atteste cet article sidérant, intitulé « 20 propositions répétées par les candidats de gauche et (quasiment) inapplicables » (12), les parenthèses témoignant d’un ultime reliquat de décence, sur la longévité duquel on ne parierait pas un kopeck. On y voit sous la plume de trois décodeurs émérites, dont un venu de BuzzFeed, un analyste de première force connu pour son aptitude à fact-checker les sous-vêtements abandonnés dans les jardins de l’Assemblée (13), on y voit donc les propositions des candidats de la primaire de gauche étiquetées les unes après les autres : « compliqué », « flou », « contradictoire », « incertain », « risqué », « pas très utile », « douteux », « improbable », toutes mentions accompagnées comme il se doit de leurs cartouches-couleurs.

    Pourra-t-on faire comprendre que le problème ici n’est pas tant de livrer des jugements sur les propositions politiques — c’est peut-être là la fonction première de la presse —, mais de les livrer dans une rubrique supposément consacrée aux vérités de faits et sous la forme du rating en couleur, ceci pour ne pas même parler du sentiment qu’inspirent ces géants de la pensée faisant tomber leurs verdicts souverains en quelques phrases lapidaires du haut de leur Olympe intellectuel. Il est d’ailleurs préférable de mettre ce sentiment de côté, et les envies concrètes qu’il inspire aussitôt, pour regarder plutôt la disposition politique révélée par ces avis autorisés.

    Par exemple, la proposition « Refaire les traités européens » s’attire la mention : « compliqué »… Ce qui n’est pas faux en un sens. Malheureusement, c’est tellement vrai que c’en est complètement idiot. Et c’est tout un rapport à la politique qui s’exprime dans cette parfaite idiotie. Il est exact en effet, mais trivialement, que faire pour de bon de la politique, c’est-à-dire entreprendre de modifier l’ordre des choses en ses structures, celles de la finance, du commerce international ou de l’Europe, c’est « compliqué »…, sans qu’on voie très bien ce que ce commentaire d’expert ajoute sinon de révéler le fond grumeleux de sa vision politique qui est de dissuader. Dissuader de rien changer, dissuader de faire de la politique, c’est le lieu naturel de la dépolitisation par le fact-checking, qui croit d’abord pouvoir s’aménager son domaine propre, celui des faits purs, mais finira par y dissoudre toute politique, labellisée selon sa conformité ou sa distance au « réel des faits ». Toute politique transformatrice y recevra donc, mais par définition, le rouge, à l’image de la proposition d’établir la parité hommes-femmes à l’Assemblée, déclarée par les experts… « contradictoire » ! Contradictoire pourquoi ? Parce qu’elle supposerait (en effet) de modifier le mode de scrutin — et par là « contredit » l’état actuel du mode de scrutin. Et voilà toute la question : comment penser l’idée de modification, dans une ontologie politique des faits qui, par définition cherche à ramener toute politique au règne de la « réalité vraie » conçue comme l’inaltérable ? De là, « logiquement », que toute entreprise politique de modifier soit par nature « contradictoire ».

    La vérité du Decodex
    On se plaît cependant à imaginer quels labels auraient reçus des propositions comme « fluidifier le marché du travail », « alléger une fiscalité excessive », ou « ramener la dette sous les 60 % du PIB »… « Nécessaire » ? « Réaliste » ? « Pragmatique » ? « Urgent » ? Et c’est alors un autre visage du Decodex qui apparaît, non plus bouffon mais grimaçant. Pour savoir où finissent les entreprises de ce type il suffit d’observer la trajectoire des précurseurs. En décembre 2016, le Washington Post propose déjà un plug-in, mais lui destiné seulement à colorier les tweets de Donald Trump (14). Courageux mais pas téméraire, le Washington Post s’en tient aux tweets de la Bête — du gâteau —, mais laisse faire le reste du sale boulot par des officines qu’il se contente d’encourager à distance.

    Dans un article de novembre 2016, il apporte ainsi tout son appui aux « révélations » d’un site anonyme — PropOrNot — auto-missionné pour traquer l’infestation par la propagande russe (15). Pas moyen d’avoir la moindre information sur l’identité de ces éradicateurs qui opèrent avec la transparence d’une flaque de mazout. Rien pourtant qui puisse effrayer le Post, l’essentiel n’est-il pas que les propagateurs de désinformation russe soient mis à l’index — la transparence, c’est pour les autres. Mais la liste de PropOrNot n’est qu’en apparence un enfer russomane, dont Glenn Greenwald, effaré, donne le véritable principe (16) : marquer d’un sceau d’infamie tout ce qui sort, par quelque côté, de l’intervalle du raisonnable, délimité d’un côté par Hillary Clinton, de l’autre par Jeb Bush, toute dissidence étant alors présentée, sans la moindre preuve sérieuse, comme émanation des intérêts russes. On y trouve des sites de gauche critique comme Naked capitalism, et d’autres de la droite ultra ou libertarienne aussi bien, dont il est peu probable que Greenwald partage leurs vues mais qu’il n’accepte pas de voir blacklistés selon des procédés dont il n’hésite pas à dire qu’ils sont ceux du maccarthysme même. Voilà à quelle entreprise d’épuration le rédacteur en chef du Post, Marty Baron, donne aussitôt son aval enthousiaste sur Twitter… avant de faire machine arrière devant la levée de boucliers et d’ajouter une note de distanciation alambiquée en tête de l’article originel.

    Improved Lifting and Spanking Machine
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    Nous avons donc la séquence-type : étiquetage à la truelle idéologique en espérant que ça passera, éventuel scandale sur les réseaux sociaux, possibilité du rétropédalage. Cas Fakir : « En regardant un peu mieux… on aurait pu le mettre en vert… (17) ». « En regardant un peu mieux », voilà comment Decodex exerce son pouvoir de labellisation : d’un œil parfois distrait. Il n’est pas requis d’endosser intégralement le blog Les Crises d’Olivier Berruyer pour trouver indigne, et surtout symptomatique, le traitement qui lui a été réservé — lui n’aura pas droit aux mêmes indulgences. Tiré de justesse de l’enfer (rouge), dans un geste d’ostensible mauvais-vouloir et consenti sous pression, il n’est pas près de sortir du purgatoire (orange), et pour des queues de cerise avec lesquelles Le Monde et son Decodex pourraient peut-être redouter la comparaison. Au demeurant, on voit très bien pourquoi : il coche toutes les mauvaises cases : contre la finance, pour la sortie de l’euro, pas décidé à gober sans examen les discours sur la Syrie, donnant la parole à Todd, pour qui le journal Le Monde est devenu de longue date un problème pour la démocratie — il a raison.

    Reconduit à une suspicion d’idéologie, Samuel Laurent proteste avec le sentiment de la dignité scandalisée : « Nous ? On a une idéologie ? C’est quoi notre idéologie ? (18) ». Et c’est toute l’ambivalence du Decodex qui apparaît alors, objet hybride aux facettes formidablement contrastées, par-là malaisé à saisir, entre normalisation idéologique de fer et sous-doués en liberté — Charlot ministre de la vérité. On rit beaucoup d’un côté, mais de l’autre c’est assez sérieux, et en fait très inquiétant.

    Côté sous-doués en tout cas, on comprend que ces gens-là sont perdus, et que les conditions d’un commencement de dessillement n’existent même pas. Dans un ultime retournement involontaire contre elle-même, la philosophie du Decodex révèle ce qu’elle est… en vérité, et pousse l’ironie jusqu’à permettre de le dire dans ses propres termes : un enfermement dans la croyance. La croyance au géométral suprême, la croyance d’un en-dehors de l’idéologie, c’est-à-dire finalement d’une idée possible de la politique hors de la politique — pour le coup : « contradictoire ». C’est tellement consternant qu’on est tenté de se demander s’il ne reste pas dans un coin au Monde quelques personnes qui n’ont pas complètement oublié ce que c’est que la politique, et qui n’ont pas secrètement un peu honte de ce qui est en train de se passer dans leur propre journal, de ce naufrage intellectuel, avalisé jusqu’au sommet de la direction : le règne des data et de l’algorithme, de la politique abandonnée à des illettrés politiques, où le néant de pensée se trouve le remplissage de substitution des lignes de code.

    La presse, contre-contre-pouvoir ?
    Et l’on s’étonne après ça que le trumpisme prolifère. C’est que lui au moins fait de la politique. De la politique folle, assurément, mais de la politique, que ses électeurs perçoivent d’ailleurs parfaitement comme telle, raison pour quoi ils la sollicitent avec véhémence. Et c’est cette politique puissamment assertive que l’anti-politique du Decodex imagine rectifier ? Plaise au Ciel qu’elle n’accélère pas tous les processus, ce qu’il y a en fait tout lieu de craindre puisque, envahie par la pensée décodeuse, la presse de référence se condamne non seulement à ne rien comprendre des problèmes de l’époque mais, quand elle les entrevoit, à y apporter la pire des réponses : la réponse du rehaussement magistral à ceux qui n’en peuvent plus des magistères, et de la dépolitisation à ceux qui réclament à cors et à cris qu’on refasse de la politique — ceci pour faire faire encore quelques tours de roue à la carriole de la politique unique. Aussi le déploiement à grand fracas du barnum anti-fake news, anti-post-vérité et pro-nunc-vérité, a-t-il pour fonction première de maintenir, en temps de contestation, le balisage idéologique du champ, le contrôle des accès, la disqualification de toute différence politique (de gauche), c’est-à-dire la ligne de fer : celle de la non-idéologie, gardiennée, la casquette au ras du sourcil, par les factionnaires du Decodex.

    Que le journalisme commence avec l’établissement de faits et la dénonciation des contre-vérités flagrantes, c’est une telle évidence qu’on se demande comment des titres ont cru y voir le motif d’une rubrique spéciale, en excès de leur habitude ordinaire qui prescrit pourtant depuis des lustres cette exigence presque constitutive de procéder à des vérifications élémentaires. Ceci d’ailleurs pour des raisons qui sont vieilles comme la politique : sitôt qu’ils ne sont plus surveillés comme le lait sur le feu les pouvoirs mentent, les institutions mentent, l’État ment. Le mensonge leur est constitutionnel, comme à toutes les institutions autonomisées, toujours tendanciellement portées à oublier ce qu’était leur fonction première, pour ne plus vivre que pour elles-mêmes. Hormis quelques incertaines régulations institutionnelles, seule la coercition de l’information publique peut les tenir à un minimum de respect de la vérité. Que le procureur de Pontoise trouve d’abord à dire qu’Adama Traoré est mort de complications infectieuses, ou l’IGPN que le viol de Théo n’en est pas un mais une inadvertance, ceci n’est pas un accident mais la vérité des pouvoirs institués. Et c’est bien dans le rapport de force, contraints par l’opiniâtreté d’une volonté de dévoilement, que les pouvoirs finissent par cracher le morceau, et là seulement.

    La presse est en principe le lieu de cette volonté — en principe car elle-même, devenue pouvoir institutionnel, entretient (mais depuis si longtemps…) des liens troubles avec les autres pouvoirs institutionnels, ceux du capital et de l’État notamment, dont elle passe souvent les plats avec une étonnante décontraction, employant maintenant surtout son énergie à contrer les contre-pouvoirs (et pensant se refaire une virginité de temps en temps avec un Lux Leaks ou une affaire Fillon, péripéties à grand spectacle, opportunément venues pour mieux faire oublier l’ombre dans laquelle on laisse d’habitude les fonctionnements réguliers du système). Au passage, Pierre Rimbert rappelle dans « Les chauffards du bobard » (19) que quand la presse officielle fait dans le fake, elle n’y va pas avec le dos de la pelle, ni ne mollit à la taille des enjeux : au bout du mensonge, il y a parfois des guerres, des bombes et des morts par milliers.

    Toujours plus du même !
    Que débusquer les contre-vérités soit d’une urgence particulière dans une époque de dérèglement où certains hommes politiques commencent à tenir des discours dont la qualification hésite entre le mensonge hors de proportion et l’accès délirant quasi-clinique, c’est aussi une évidence, mais qui aurait dû appeler de tout autres réactions que le magistère, ou le ministère, de la vérité. Non pas tant, on l’a vu, parce que les instances décodeuses bobardent aussi souvent qu’à leur tour, mais parce qu’il est rigoureusement impossible que pareille situation passe par le seul effet des sermons de vérité et sans l’analyse des causes politiques qui l’ont fait advenir.

    Il n’est pas certain d’abord que les engouements de la crédulité, et leur résistance même aux infirmations les plus éclatantes, soient une nouveauté historique. La survivance du monde en 2013 n’a pas désarmé les apocalyptiques qui annonçaient sa fin en 2012, et n’était que le prolongement d’une série qu’on ne saurait où faire remonter. Et si la rumeur de la pizzeria Comet Ping Pong à Washington (20) a prospéré sur les réseaux sociaux, celle d’Orléans, de cinquante ans antérieure, s’en est fort bien passée. Plutôt que dans l’égarement essentiel du bas peuple, où les élites le situent spontanément, il se pourrait donc que le dérèglement contemporain trouve l’une de ses origines dans l’effet de légitimation, et par suite de libération, que lui donne l’engagement sans frein de certains hommes politiques dans le discours de l’énormité — on pense à Trump évidemment, mais nous aurons bientôt les mêmes à la maison, si nous ne les avons pas déjà.

    Mais comment cette irruption de l’énormité au sommet même de la politique est-elle devenue « d’un coup » possible ? Si brutal soit-il, il n’y a pas d’événement qui n’ait été préparé de longue date. Il faudra bien alors que la presse officielle, la presse qui n’a pas d’idéologie, s’interroge sur sa contribution aux cumuls de longue période qui ont fait déjanter des groupes sociaux entiers et aménagé une place pour un « parler énorme », une place que nécessairement quelqu’un viendrait occuper. En réalité, non pas pour un « parler énorme » en soi, mais simplement pour un « parler autre », à qui, du seul fait qu’il soit autre, on ne tiendrait pas rigueur que par ailleurs il soit énorme.

    Sitôt qu’ils ne sont plus surveillés comme le lait sur le feu les pouvoirs mentent, les institutions mentent, l’État ment. Seule la coercition de l’information publique peut les tenir à un minimum de respect de la vérité

    On ne sait plus comment dire sans radoter qu’il n’y a plus de démocratie là où il n’y a plus de différence significative, là où se trouve proclamée une one best way sans alternative, telle qu’on peut alors, par exemple, l’inscrire dans des traités européens inamovibles, ou telle que des labellisateurs-sans-point-de- vue viennent la certifier « sans point de vue ». La politique sans point de vue étant l’équivalent dans son ordre de l’immaculée conception, il est fatal que vienne tôt ou tard quelqu’un qui rappelle que même pour faire Jésus il faut papa dans maman, c’est-à-dire qui réaffirme un point de vue, et par là s’obtienne une reconnaissance immédiate, presque un immense soulagement, de pans entiers de la population qui suffoquaient d’avoir été si longtemps privés de respiration politique. C’est sans doute un air chargé de miasmes qu’ils respirent à nouveau, mais à leurs yeux c’est au moins de l’air, et pas le gaz inerte des zombies du fact-checking et de leurs chefs.

    Les responsables du désastre qui vient, ce sont eux. Ils avaient pour mission de faire vivre la différence et ils ont organisé le règne du même, l’empire labellisé de l’unique. Maintenant que la forteresse est attaquée par tous les bouts, plutôt que de commencer à réfléchir, ils se sont payé des épagneuls. Et pendant que les cabots aboient, les maîtres, croyant avoir la paix, mouillent leur linge de bonheur à l’idée de Macron, mieux encore : d’un deuxième tour Macron-Le Pen — dont ils sont tellement sûrs que le têtard sortirait vainqueur qu’on peut bien pousser les feux pour le plaisir du spectacle. Pendant ce temps l’illuminé qui a dû prendre la foudre en passant la porte de la banque Rothschild, un autre Jésus mais à moitié cuit celui-là, les enchante avec ses évangiles Harlequin « ni droite ni gauche » ou bien « et droite et gauche », la formule même de l’asphyxie politique. Voguons donc avec entrain vers un deuxième tour tant espéré, qui ne nous laissera que le choix de la candidate de l’extrême-droite et du candidat qui fera nécessairement advenir l’extrême-droite — avec les compliments de la presse de la vérité.

    Frédéric Lordon

    Source : Le Monde diplomatique, Frédéric Lordon, 22-02-2017


  • USA/Trump/Russie et politique internationale : Chassez le naturel ILS reviennent au galop ! N Robin

    http://m.huffingtonpost.fr/2017/02/14/la-demission-de-michael-flynn-signe-que-la-maison-blanche-est-e

    INTERNATIONAL
    La démission de Michael Flynn, signe que la Maison-Blanche est en train de brûler
    Que savait le président, et depuis quand ?
    14/02/2017 20:28 CET | Actualisé il y a 4 heures
    Howard FinemanDirecteur éditorial, Huffington Post Media Group

    CARLOS BARRIA / REUTERS
    Michael Flynn le 1er février 2017 à Washington
    WASHINGTON ― Michael Flynn, le conseiller à la sécurité intérieure de Donald Trump, a démissionné — ça n’a pas traîné ― mais son départ suscite une interrogation tristement familière depuis l’affaire du Watergate : que savait le président, et depuis quand ?

    Donald Trump est au pouvoir depuis moins d’un mois, et Washington ne parle déjà que de ça. De l’avis général, la Maison-Blanche traverse une crise grave, voire existentielle.

    La longue liste des échecs et des bévues du gouvernement est bien connue : mensonges éhontés au peuple américain et à la presse ; incapacité à gérer les problèmes ; luttes intestines ; nomination à des postes importants de personnages bien peu recommandables ; communiqués contradictoires, souvent à quelques minutes d’intervalle ; fuites en série ; violations du secret défense qui susciteraient presque l’hilarité si elles n’étaient si lourdes de conséquences ; et une cote de popularité plus basse que tous les prédécesseurs de Donald Trump à ce stade.

    Des questions très délicates pour Trump

    Mais tout cela n’est rien au regard de l’embrasement actuel.

    Michael Flynn a remis sa démission quand il ne faisait plus aucun doute que le FBI et les médias nationaux s’intéressaient de très près à ses relations étroites ― qu’il semble avoir monnayées ― avec Vladimir Poutine et ses sbires.

    Sally Yates, l’ex-ministre de la Justice par intérim, a informé le président et son équipe il y a déjà plusieurs semaines que le FBI avait découvert les liens compromettants, y compris financiers, que son conseiller entretenait avec les Russes.

    Aujourd’hui, des questions évidentes se posent. Pour Donald Trump, elles sont extrêmement délicates. Que savait le président, et depuis quand, sur les appels potentiellement compromettants passés à l’ambassadeur russe au mois de décembre ? Michael Flynn aurait dit à son interlocuteur de ne pas tenir compte des nouvelles sanctions imposées par le gouvernement de Barack Obama, parce qu’elles seraient levées dès l’accession au pouvoir de Donald Trump.

    Est-il possible qu’il ait eu de tels échanges avec l’ambassadeur russe sans en parler à Donald Trump ? Le président n’en savait-il vraiment rien quand il saluait la réaction mesurée de Poutine à ces sanctions ? Qui d’autre, dans la hiérarchie, aussi chaotique fut-elle, était au courant de ces conversations et des garanties faites à la Russie ?

    La ministre de la Justice avait fait part de ses inquiétudes

    Maintenant qu’il a quitté la Maison-Blanche, Michael Flynn ne peut plus se prévaloir de l’"executive privilege", le droit de ne pas communiquer certaines informations confidentielles, s’il est cité à comparaître devant la Chambre des représentants. Invoquera-t-il celui de ne pas fournir d’informations susceptibles de nuire à sa défense ? C’est possible. Parlera-t-il ? C’est peu probable.

    Sally Yates avait fait part de son inquiétude à Don McGahn, l’un des avocats de la Maison-Blanche. Pourtant, ce conseiller de longue date de Donald Trump, dont la principale compétence est sa loyauté sans faille envers le président et une parfaite connaissance de sa situation financière et de ses comptes de campagne, ne connaît quasiment rien aux questions de sécurité intérieure.

    Comment pourrait-on croire que M. McGahn n’a pas fait part des graves doutes de la ministre de la Justice au président ?

    Et maintenant, qui pour le remplacer ?

    Qui sera désormais le conseiller du président sur ces questions ? Ce poste a-t-il encore un sens ? Le départ de M. Flynn dissipera-t-il la méfiance de la CIA (qui estimait apparemment qu’il représentait un risque pour la sécurité de l’Etat) vis-à-vis du gouvernement ?

    Personne n’a jamais été poursuivi depuis le vote du Logan Act — qui interdit les entremises diplomatiques menées à titre privé — voilà près de deux siècles. Cela pourrait changer s’il s’avère que Michael Flynn a menti au FBI.

    N’oublions pas qu’il était loin d’être le seul pro-russe au gouvernement : citons notamment le directeur de la stratégie, Steve Bannon, et le secrétaire d’Etat, Rex Tillerson. Que savaient-ils, et depuis quand ? Quels sont leurs relations avec la Russie ?

    Le départ de Michael Flynn rappelle forcément le rôle des hackers russes et des fuites dans la campagne présidentielle de 2016, et le refus répété de Donald Trump de rendre publique sa déclaration de revenus, comme le veut la tradition. Le président insiste sur le fait qu’il n’a aucune dette envers l’Etat russe ou certains citoyens russes. Peut-on vraiment le croire ?

    Lundi soir, les questions étaient toujours plus nombreuses et beaucoup pensaient, à Washington, que les révélations sur le gouvernement Trump ne faisaient que commencer.

    Cet article, publié à l’origine sur le Huffington Post américain, a été traduit par Bamiyan Felt pour Fast for Word.


  • La douce Fadila Semaï, son livre à découvrir : « L’ami parti devant »
    Je l’ai rencontrée, elle était rédactrice en chef à Canal +.
    N Robin

    http://jpsueur.blog.lemonde.fr/2016/06/06/retour-a-tibhirine-un-livre-de-fadila-semai-lami-parti-devant

    06 juin 2016 Retour à Tibhirine.
    Un livre de Fadila Semaï :
    « L’ami parti devant »

    Le drame, la tragédie de Tibhirine nous a profondément touchés. Ces moines étaient des hommes de paix. Ils aimaient les habitants de l’Atlas algérien où leur monastère était situé. Ils étaient proches d’eux. Ils les soignaient.

    Le film de Xavier Beauvois, Des hommes et des dieux – un chef-d’œuvre du cinéma – les a ressuscités. Une séquence de six ou sept minutes, sans parole aucune, si ce n’est celle, éloquente, des visages et des yeux, restera comme un témoignage exceptionnel – quelles que soient nos convictions – de la « force de l’esprit ».

    Ces images sont restées en nous. Nous pensions tout savoir sur le sujet, à la notable exception de la question, lancinante, des coupables et des culpabilités.

    Et voilà qu’un livre de Fadila Semaï, qui vient de paraître chez Albin-Michel et qui s’intitule L’ami parti devant, apporte une lumière inédite sur l’une des victimes de la tragédie, le prieur Christian de Chergé.

    Celui-ci avait été sous-officier durant la guerre d’Algérie. Il y avait vécu une histoire qui l’avait profondément marqué – et qui le marquera toujours.

    Fadila Semaï avait l’intuition que cet épisode méritait d’être retrouvé. En journaliste qu’elle est, elle se mit en quête – un mot qu’elle aime – du passé de Christian de Chergé.
    > Son livre narre cette quête, depuis son arrivée dans le monastère de Tibhirine froid, vide et déserté, jusqu’à ses pérégrinations à Sougueur et Aïn Saïd.

    C’est un voyage géographique, journalistique, mémoriel, spirituel, où l’on retrouve, en particulier, la claire lumière du soufisme qui tranche avec les obscurantismes, hélas, trop largement diffusés.
    > Fadila Semaï ne nous cache rien des difficultés et des aridités de la tâche qu’elle s’est assignée. Au terme de beaucoup d’effort, tout devient lumineux. Christian s’était durant la guerre d’Algérie lié d’amitié avec un garde forestier d’Aïn Saïd. Ce garde forestier, qui était musulman et qui était un fonctionnaire – on l’appellera « Mohamed » – avait donc un ami chrétien, à qui il sauva la vie en le protégeant des combattants de l’ALN qui voulaient le tuer. « À cause de cela, écrit Fadila Semaï, il sera assassiné ; cet événement va marquer Christian toute sa vie. Il estimera qu’il a une dette spirituelle vis-à-vis de l’Algérie. » Et c’est pourquoi il choisira de vivre durant vingt-cinq ans au monastère de Tibhirine, « à côté de ses amis musulmans. »

    « Mohamed » est donc « l’ami parti devant. »
    Voilà. Je n’en dis pas plus.
    Je vous laisse découvrir ce livre ainsi que les textes de Christian de Chergé qu’il recèle. Celui, déjà connu, qui commence par ces mots, « S’il m’arrivait un jour (…) d’être victime du terrorisme » et interpelle, de manière prémonitoire « Toi l’ami de la dernière minute, qui n’auras pas su ce que tu faisais. »

    Et cet autre texte – totalement inédit – qui vient confirmer la patiente quête de Fadila Semaï : « Notre compagnonnage aura duré quatre mois à peine, mais Mohamed – c’est son nom – est désormais le compagnon tout proche d’un appel qui m’a retenu au pays où il repose. »

    Jean-Pierre Sueur

    Commentaire :
    BOUAZZA 10 août 2016
    Férue de littérature, je suis tombée par hasard sur l’ouvrage de Fadila Semai. Epoustouflant, au fil de ma lecture, je mets mes pas sur les siennes en quête de savoir. Mon grand père était Cheikh soufi dans sa région, l’Oranie. toute petite, j’ai vu défiler chez nous des disciples. je garde un souvenir vivant de grand papa qui m’a tant bercé dans ma petite jeunesse, un homme généreux qui pensait d’abord aux pauvres avant sa famille.


  • C’était en 2007 au temps du sarkozysme.

    Faire passer la gauche à droite...

    L’excellent article de Serge Halimi du Monde diplomatique de novembre 2007.

    L’oligarchie, le Parti socialiste et Bernard-Henri Lévy

    A l’ire et partager. N Robin

    http://www.monde-diplomatique.fr/2007/11/HALIMI/15294

    Le Monde diplomatique

    > Novembre 2007, pages 1, 8 et 9

    RESTAURATION FRANÇAISE

    L’oligarchie, le Parti socialiste et Bernard-Henri Lévy

    Les mobilisations sociales en France, dans les transports et dans la fonction publique, vont-elles rééquilibrer un climat général caractérisé par une offensive des forces conservatrices ? Depuis l’élection, en mai dernier, de M. Nicolas Sarkozy, les décisions du gouvernement n’ont cessé de favoriser les plus privilégiés (fiscalité) et de déstabiliser les plus vulnérables (droit du travail, couverture médicale, immigration). Cet assaut a rencontré peu de résistances, en partie parce que certains syndicats et partis politiques paraissent avant tout désireux de négocier les conditions de leur défaite. La principale formation d’opposition, le parti socialiste (PS), qui a déjà fourni nombre de ministres et de membres de commissions officielles au nouveau pouvoir, envisage à présent de substituer à sa vieille stratégie d’union de la gauche celle de l’alliance au centre et de proclamer plus solennellement son soutien au marché, au libéralisme, à l’individualisme, comme l’ont fait les travaillistes britanniques et l’ancien Parti communiste italien. Une telle orientation a replacé au centre du débat idéologique français un intellectuel au crédit entamé mais à la présence médiatique envahissante : Bernard-Henri Lévy.

    par Serge Halimi

    Monsieur Bernard Arnault offrait, le 17 septembre dernier, une sympathique réception à l’occasion des 60 ans de Dior. Champagne Dom Pérignon, caviar,« 75 maîtres d’hôtel pour 25 tables », « 14 cuisiniers », « 300 chaises “médaillon” faites pour la soirée », « 4 000 roses pour les centres de tables et les décorations florales », « 8 000 brins de muguet », « 3 800 pipettes d’eau pour les abreuver : on ne regarda pas à la dépense. Mais les 270 convives n’étaient pas non plus n’importe qui : la ministre de la justice Rachida Dati, le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement Brice Hortefeux « et sa femme, en Dior le maire de Paris Bertrand Delanoë, « Claire Chazal, en Dior , MM. Hubert Védrine et Jean-François Copé, le chanteur Elton John,« Frédéric Mitterrand et la baronne Ernest-Antoine Seillière », « l’impératrice Farah », « Christine Ockrent, en Dior, à la table d’Hélène Arnault etc. (1). Egalement présent, le premier ministre François Fillon indiqua quatre jours après la réception : « Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite. Ça ne peut pas durer.

    Le faste ostentatoire des milliardaires ne date pas d’hier. Mais la portée sociale de ces agapes déborde dorénavant le cadre des magazines. Avec l’élection à la présidence de M. Nicolas Sarkozy, une nouvelle configuration du pouvoir paraît se mettre en place qui parachève la fusion de quelques composantes de l’élite française : dirigeants économiques, faiseurs d’opinion, responsables politiques de droite comme de gauche – pourvu qu’ils soient libéraux. Quand ils sont très riches, c’est mieux encore.

    Patron du groupe de luxe LVMH, M. Arnault détient la plus grosse fortune de France (17,2 milliards d’euros en 2006). Il est l’ami personnel du président de la République, qui assista, il y a deux ans, aux noces de sa fille Delphine. Ce fut un beau mariage, auquel furent conviés six membres du gouvernement d’alors, dont M. Copé, actuel président du groupe majoritaire à l’Assemblée nationale, et M. Védrine, ancien ministre socialiste des affaires étrangères et membre du conseil d’administration de LVMH. Un long camion avait permis de transporter sans la plier la robe de la mariée.

    M. Arnault possède un quotidien économique, La Tribune, qu’il aimerait céder pour en acheter un autre, plus influent, Les Echos. Les salariés des deux journaux s’opposent au projet, mais le chef de l’Etat appuie son ami. En 2006, LVMH a attribué 1 789 359 stock-options, dont 450 000 pour le patron du groupe, soit 25,15 % (2). Enfin, le Parlement vient de lui voter de plantureux avantages fiscaux, peut-être pour le remercier de combattre l’inflation en demeurant toujours aussi vigilant sur le front des salaires de ses ouvrières, souvent payées au smic.

    Si le premier ministre travailliste Gordon Brown sollicite les conseils de M. Arnault, ce dernier se perçoit en revanche comme un paria dans son propre pays : « Le problème des patrons en France, explique-t-il, c’est que la France a une difficulté par rapport à l’économie de marché. (...) Je crois que l’influence marxiste existe toujours. Depuis une vingtaine d’années, elle s’est même développée au niveau des discours politiques (3).

    « Influence marxiste » ? Nous ne vivons décidément pas dans le même pays que M. Arnault : son ami est à l’Elysée, l’opposition de gauche parle à son tour, comme au Royaume-Uni, de réhabiliter le libéralisme, l’individu, le mérite, l’argent. Enfin, et ce n’est pas rien, Bernard-Henri Lévy, ami des milliardaires, libéral, proaméricain, gestionnaire avisé de sa propre fortune (immense) et vieux routier du show-business intellectuel, est en passe de devenir un des penseurs les plus écoutés du Parti socialiste (PS)...

    Il monte en France un fumet d’oligarchie. L’argent est à l’honneur. Le gouvernement fait la part belle aux avocats d’affaires ; des députés influents comme M. Copé affichent leur ambition d’accomplir leur mission publique tout en faisant fortune dans le privé. Les scandales boursiers et financiers(lire « Trop raisonnables, les salariés d’EADS , la pâmoison qui entoure les milliardaires, la banalisation du lobbying évoquent la principauté de Monaco, ses vedettes et ses casinos. Le mariage d’un député socialiste, M. Henri Weber, devient un événement mondain de grande ampleur auquel assistent d’anciens gauchistes devenus, comme M. Kouchner, des ministres sarkozystes (4). Placé par le président de la République à la tête d’une « commission pour la libération de la croissance française , le socialiste Jacques Attali se convertit en dévot de la concurrence et en commis des hypermarchés. La restauration prend ses aises (5).

    Le 13 juin 1971, au congrès d’Epinay, François Mitterrand dénonçait à la tribune« toutes les puissances de l’argent, l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes Aujourd’hui, Bernard-Henri Lévy propose au PS « un congrès de refondation, un anti-Epinay L’argent, il y voit non pas la corruption, la mort, la ruine, la décomposition, mais « la vertu qu’il a de substituer le commerce à la guerre, la frontière ouverte aux univers fermés ; le temps de la négociation, de la transaction, du compromis, qui succède, grâce à lui, à celui de l’impatience, de la violence, du troc, de la rapine, du tout ou rien, du fanatisme (6)

    Un rempart contre le fanatisme : cette définition du capital, furieusement dans l’air du temps, n’incommodera pas trop ceux qui le détiennent. Ni le patron de LVMH et de Dior évoqué plus haut, ni M. Arnaud Lagardère, ni M. François Pinault – les deux derniers bons amis de Bernard-Henri Lévy, qui n’a jamais hésité à orienter ses tribunes de presse dans le sens de leurs intérêts d’industriels.

    On dira : mais peu importe « BHL » au fond. Depuis trente ans, sa brigade d’acclamation a beau se déployer comme à la parade, et les médias s’agglutiner autour de lui, nul n’aurait l’idée de se procurer un de ses ouvrages une fois achevé le matraquage presque totalitaire de lancement de son dernier produit (7). Le titre de son autobiographie, Comédie, suggère qu’il lui arrive d’en être conscient.

    En 1979, le philosophe Cornelius Castoriadis admettait sa perplexité devant le « phénomène BHL » : « Sous quelles conditions sociologiques et anthropologiques, dans un pays de vieille et grande culture, un “auteur” peut-il se permettre d’écriren’importe quoi, la “critique” le porter aux nues, le public le suivre docilement – et ceux qui dévoilent l’imposture, sans nullement être réduits au silence ou emprisonnés, n’avoir aucun écho effectif (8) ? Optimiste, Castoriadis ajoutait néanmoins : « Que cette camelote doive passer de mode, c’est certain : elle est, comme tous les produits contemporains, à obsolescence incorporée. Près de trente ans plus tard, la « camelote » se vend toujours.

    Le commerce auquel elle donne lieu est doublement révélateur des temps qui courent. D’une part, la démesure souvent injurieuse des écrits de Bernard-Henri Lévy et de leur mille déclinaisons audiovisuelles ne suscite plus de réaction, comme si ses cibles habituelles (la « gauche de gauche » et les intellectuels les moins soumis aux médias) avaient baissé les bras. Simultanément, les idées libérales et proaméricaines de l’essayiste entrent en consonance avec celles d’un nombre croissant de dirigeants du PS. Moins de résistances d’un côté, plus d’impact de l’autre.

    Faire passer la gauche à droite

    Une scène culturelle – et par extension un débat public – qui s’accommode que l’on accuse benoîtement Jacques Derrida, Pierre Bourdieu, Etienne Balibar, Noam Chomsky, Slavoj Zizek, etc., d’antisémitisme ou qu’on soupçonne certains d’entre eux de s’être placés « à la remorque d’un « penseur nazi (lire « Tous nazis , se porte mal. Quant à une gauche qui s’inspire des analyses de « BHL », elle confirme ne pas valoir beaucoup mieux qu’un « grand cadavre à la renverse ».

    L’essayiste, auquel ses amis viennent de réserver leur traitement de faveur habituel (entretiens avec Jean-Pierre Elkabbach et Jean-Marie Colombani, critique immédiate dans Le Monde, Paris Match à ses pieds, la couverture du Nouvel Observateur, etc.), a également recruté de nouveaux comparses, d’autant plus empressés à le servir qu’ils sont plus fringants que leurs aînés. Car comment réagissent le journaliste (cultivé) Nicolas Demorand sur France Inter ou Philippe Val, directeur (érudit) de Charlie Hebdo, quand certaines des figures marquantes de la gauche intellectuelle contemporaine sont traitées de fascistes, d’antisémites ou de nazies ? C’est très simple : ils ne remarquent rien. Mieux, après avoir encouragé son invité « BHL » à manier l’injure et la vulgarité, Demorand le laisse achever son propos d’un : « Nous sommes les gardiens des mots dans cette émission. » La carrière de Demorand sera longue.

    Depuis sa troisième défaite présidentielle consécutive, le PS est tenté par un virage à droite. Sa mue « réaliste » est achevée depuis un quart de siècle, l’idée d’une « rupture avec le capitalisme » ne correspond plus à aucune de ses pratiques politiques (9). Néanmoins, médias et patronat lui demandent toujours d’aller au-delà, d’être plus libéral encore. Au point qu’en août dernier le député PS Henri Emmanuelli s’est cabré : « Comment ose-t-on demander sans crainte du ridicule à un parti dont est issu le directeur de l’Organisation mondiale du commerce — et demain peut-être celui du Fonds monétaire international — d’accepter enfin l’économie de marché (10) ?

    En 1986, puis en 1993, puis en 2002, les défaites électorales du PS avaient entraîné une petite inflexion à gauche de la ligne du parti. Car avec quel sérieux aurait-on pu imputer à des politiques exagérément socialistes les revers essuyés dans les urnes par les gouvernements de M. Laurent Fabius (1984-1986), de Pierre Bérégovoy (1992-1993) ou de M. Lionel Jospin (1997-2002) ? Et ce n’est pas davantage le radicalisme gauchiste qui a caractérisé la campagne de Mme Ségolène Royal, à laquelle Bernard-Henri Lévy fut étroitement mêlé. Dans ces conditions et compte tenu de la politique de combat de M. Sarkozy, un retour, fût-il cosmétique, aux discours militants du PS aurait pu être envisagé.

    C’est contre un tel péril que, faisant écho aux démangeaisons « blairistes » de plusieurs dirigeants socialistes, Bernard-Henri Lévy entend déployer sa machine de guerre médiatique. Il veut dicter à un futur gouvernement de gauche la théorisation définitive d’une orientation à la fois libérale et antirévolutionnaire. Après avoir soutenu en 1986 la privatisation de l’audiovisuel, combattu en 1995 les grévistes de la SNCF et de la RATP en dénonçant l’« irresponsabilité » d’un service public « en train de réunir toutes les caractéristiques de ce qu’on appelait, jadis, l’économie à la soviétique (11) », fustigé la « diabolisation de l’argent et de ceux qui en font métier (12) il adresse un livre à la gauche, pour la délivrer de « ses poisons ». Et il est écouté.

    La rupture qu’il propose n’est pas, sur ce point, différente de celle que promeut M. Sarkozy. « Pour des raisons qui tiennent à son passé et à l’histoire de son logiciel national[sic], c’est la France entière qui résiste au libéralisme , déplore l’essayiste, un peu comme le président. Il ajoute : « La question “la révolution est-elle possible ?” a cédé la place à une autre, bien plus troublante et, surtout, plus radicale : “la révolution est-elle désirable ?” (...) La réponse à cette question est devenue “non”, clairement “non”, ou, en tout cas, pour peu de gens. M. Pierre Moscovici (un proche de M. Strauss-Kahn) a aussitôt fait écho à notre écrivain : « Bernard-Henri Lévy finit par un appel à la “gauche mélancolique” contre la “gauche lyrique”, à une gauche dépouillée de l’utopie révolutionnaire, ce “rêve qui tourne au cauchemar”. (...) Cette gauche-là, c’est aussi la mienne (13).

    Bernard-Henri Lévy est-il vraiment le mieux placé pour imaginer la « réponse » du plus grand nombre aux questions qu’il confectionne ? Son livre ne traite presque jamais d’économie, de finance, d’inégalités, de délocalisations, de maladies professionnelles, de pouvoir d’achat. Hormis un chapitre fluet de dix pages sur les « banlieues », la question sociale n’y figure pas. Quelques idées, qui se résument en général à l’assimilation de ses adversaires à des fascistes, flottent dans l’azote, ou dans le formol, détachées de tout lien avec les conditions sociales qui les auraient propulsées. Cela permet à l’auteur de consacrer la moitié d’un chapitre aux Khmers rouges pour préciser que ces derniers auraient « reniflé les travaux de[Charles] Bettelheim, Althusser, Lacan mais en omettant de signaler que leur puissance a été décuplée par la guerre américaine au moins autant que par trois intellectuels parisiens...

    Nul n’étant maître de sa naissance, on conçoit que l’écrivain n’ait pas souvent éprouvé le poids des inégalités (sauf au titre, moins contrariant, d’ami des riches et des puissants). On comprend plus mal que le sujet soit à ce point absent d’un manifeste adressé « à la gauche . En 1984, il est vrai, Bernard-Henri Lévy nous avait éclairés sur les conditions de gestation de ses œuvres :« Je n’écris pas dans les cafés, mais dans les hôtels. Ceux du monde entier. A Paris, une chambre du Pont-Royal, la 812, parce qu’elle donne sur les toits et que sa terrasse domine la ville, ou celle du Georges-V, la 911. (...) Mon périmètre va du jardin du Luxembourg, où j’habite, à la rue des Saints-Pères, où nous sommes, ou au Récamier, où je déjeune souvent. L’après-midi, le Twickenham, sinon le Flore, la rue Madame (14)...

    Depuis, le « périmètre » de l’auteur a croisé d’autres univers enchantés, comme les galas des Lagardère ou le mariage de M. François-Henri Pinault, au cours duquel il fit, en 1996, « une arrivée très remarquée en se posant en hélicoptère sur les pelouses du château (15) . Lorsque notre philosophe épousa l’actrice Arielle Dombasle, « il fallut un avion pour amener les invités à la Colombe d’Or, l’hôtel mythique de Saint-Paul-de-Vence. Paris Match avait négocié l’exclusivité de l’événement, un reportage digne des mariages princiers, étalé sur six pages sans compter la “une” montrant une Arielle émue dans une robe blanche “en crêpe à gorgette, à dos nu, créée par Karl Lagerfeld pour Chanel”, précisa l’hebdomadaire (16) . Dans la liste des conviés, Mme Liliane Bettencourt (alors première fortune de France), MM. Jack Lang, Alain Carrignon, Philippe Tesson, Védrine. Sans oublier le journaliste Louis Pauwels et l’industriel Jean-Luc Lagardère, dont, dix ans plus tard, l’écrivain prononcera l’hommage funèbre.

    Bernard-Henri Lévy estime que nous ignorons ce que nous devons au capitalisme.« On croit s’en prendre à George Soros, avertit-il, et c’est Gavroche qu’on assassine. Pas seulement Gavroche, d’ailleurs, car le« libéralisme , ce serait aussi « les Ateliers nationaux de 1848 », « l’appel à une presse émancipée « le libéral Guizot faisant voter, avant la Commune, l’abolition du travail des enfants dans les usines Parfois, M. Lévy fait penser, sur ce point aussi, à M. Sarkozy. Quand le second multiplie les « réformes » pour mieux étourdir ses adversaires, incapables de contre-attaquer partout à la fois, le premier empile les noms, approximations ou facéties historiques jusqu’à donner à ses critiques le mal des hauteurs.

    L’historien Pierre Vidal-Naquel soulignait la chose dès 1979 : « Qu’il s’agisse d’histoire biblique, d’histoire grecque ou d’histoire contemporaine, M. Bernard-Henri Lévy affiche, dans tous les domaines, la même consternante ignorance, la même stupéfiante outrecuidance (17). A l’époque, Bernard-Henri Lévy écrivait que Heinrich Himmler, qui s’est suicidé en mai 1945, avait témoigné six mois plus tard au procès de Nuremberg... Là, il voit en François Guizot – un penseur conservateur et libéral de la Restauration – un des précurseurs de la Commune de Paris (dont, naturellement, Guizot appuya la sanglante répression).

    Le dernier essai de Bernard-Henri Lévy a été louangé par M. Lang – « La gauche à réinventer devra s’inspirer de cet ouvrage, dont j’aime par-dessus tout la fraîcheur, la juvénilité, le souffle qui le portent (18) –, mais aussi par MM. Vincent Peillon, Moscovici et Manuel Valls, tous trois candidats à la direction du PS. Le dernier cité, que M. Sarkozy a invité à rejoindre son gouvernement – ce qui, même si la chose ne se fit pas (ou ne s’est pas encore faite), ne témoigne guère de l’existence de divergences irréductibles entre les deux hommes –, avait successivement salué le discours de politique générale de M. Fillon « à la hauteur des attentes du pays , envisagé de faire un« bout de chemin avec la majorité à condition qu’elle nous entende et soutenu l’abrogation des « régimes spéciaux » de certains salariés. Il réclame à présent que son parti change de nom.

    Dans son livre, Bernard-Henri Lévy lui rend hommage sur ce point : « Même si nombre de socialistes continuent de s’accrocher à leur socialisme comme un vieil acteur à un rôle de répertoire, les plus lucides d’entre eux – je pense au jeune député de l’Essonne, Manuel Valls – savent qu’il n’y aura pas de salut pour la gauche sans un acte de rupture qui la fera trancher dans le vif de son histoire, donc de son nom. » Sans tarder, ledit député rédigea dans Les Echos la critique du« plaidoyer brillant » de l’essayiste, mais en omettant pudiquement de préciser que son compliment faisait « écho », justement, à celui qu’il avait reçu. M. Valls distingua le passage précis du livre qui le louangeait :« J’ai aimé cette idée selon laquelle il n’y aura pas de salut pour la gauche sans un acte de rupture qui la fera trancher dans le vif de son histoire, et donc de son nom (19) ...

    Le jeu de miroir se prolongea quand le député d’Evry, que certains de ses camarades soupçonnent d’être un peu droitier, ajouta :« Ceux qui diront que ce livre est seulement une célébration du libéralisme et d’une gauche droitière n’auront pas voulu voir qu’il est la tentative sincère d’introspection d’un intellectuel dont on ne peut douter, un seul instant, qu’il appartienne à la famille de gauche. » M. Valls relevait néanmoins que,« s’il est un terrain que le philosophe laisse en jachère, c’est bien celui du social ». Il y a peu, se déclarer comme « BHL » « un peu sourd à la question sociale (20) eût écarté un intellectuel de la « famille de gauche ». Un tel ostracisme passe aujourd’hui pour archaïque – « marxiste , dirait M. Arnault.

    Promouvoir le libéralisme et pourfendre le « radicalisme », le projet de Bernard-Henri Lévy est clair. M. Sarkozy à l’Elysée, il lui confectionne la « gauche morale » dont ce dernier ne peut que rêver. Celle des « grandes âmes » du théâtre de l’indignation. Elle ne gênera pas beaucoup un gouvernement qui s’emploie, selon les mots d’un ancien vice-président du patronat, à « défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance (21)

    Serge Halimi


  • Dire qu’aux Géopolitiques de Nantes fin 2016, on nous vantait les bienfaits de l’OTAN et de L’atlantisme !
    Inutile de consulter le Decodex (mdr), s’arrêter, lire puis analyser est la meilleure option.

    Dans cette longue analyse, beaucoup de choses à vérifier, beaucoup de choses vraies et cohérentes sans être d’accord avec tout.

    Mais l’essentiel est dit et acquis : L’atlantisme est un totalitarisme

    En clair, un terrorisme d’étatS (de quelques riches états occidentaux !) N Robin

    http://lidiotduvillage.org/2012/10/10/latlantisme-est-un-totalitarisme

    L’Atlantisme est un totalitarisme – Par Guillaume de Rouville

    LE 10 OCTOBRE 2012 · CATÉGORIES : ANALYSES,ÉCRITS

    Un devoir d’introspection.

    L’Atlantisme est l’idéologie dominante des sociétés européennes actuelles, celle qui aura sans doute le plus d’influence sur le devenir de nos destinées communes et pourtant elle est de ces idéologies presque cachées dont on ne parle ouvertement que dans le cercle restreint du monde alternatif.Sont Atlantistes tous les collaborateurs européens de la vision hégémonique des États-Unis et de son idéologie propre qui répond au doux nom d’impérialisme. Autrement dit, l’Atlantisme est l’idéologie des exécutants serviles de l’idéologie impériale américaine ; elle lui est subordonnée et ne tire de sa soumission que les miettes de l’empire tombées à terre après le festin des empereurs.

    C’est une idéologie mineure dans l’idéologie majeure. Elle est à la fois honteuse et conquérante : honteuse parce qu’elle ne joue jamais que les seconds rôles ; conquérante, parce qu’elle emprunte à son maître d’outre-atlantique ses visions hégémoniques délirantes et toutes ses caractéristiques totalitaires. C’est un totalitarisme dans le totalitarisme, une domination de dominés, un impérialisme de serfs et d’esclaves passés maîtres dans l’art de se soumettre. Parler de l’Atlantisme européen c’est parler du projet impérial américain et réciproquement. La seule chose qui les distingue est leur place dans la hiérarchie totalitaire : le premier n’est que l’émanation du second, ne se définit que par lui, se contente de l’imiter et lui obéit en tout ; il n’est, en revanche, son égal en rien.

    Chaque continent a ses collaborateurs au service de l’impérialisme américain, chaque zone d’influence de ce dernier a son atlantisme à lui. Nous aurions pu ainsi nous contenter d’évoquer les caractéristiques totalitaires de l’impérialisme américain pour comprendre l’Atlantisme. Mais, la position de subordination que les Européens ont adopté par rapport à leur modèle nord américain est le résultat d’un choix de nos élites auquel nous devons nous confronter directement, plutôt que de rejeter toute forme de responsabilité sur l’oligarchie américaine. Prenons notre part de responsabilité, voyons-nous tels que nous sommes, accomplissons un travail d’introspection nécessaire avant de relever la tête et de retrouver notre dignité. Car, avant de pouvoir se rebeller contre ses maîtres, il faut se percevoir comme esclave et reconnaître la part de consentement et de lâcheté qu’il y a dans cette situation.

    D’un totalitarisme l’autre

    Les caractéristiques de cette idéologie sont nombreuses et ne revêtent pas toutes la même importance, mais elles dessinent très clairement une idéologie totalitaire ayant ses spécificités propres qui ne se retrouvent pas nécessairement telles quelles dans les totalitarisme érigés en momies d’observation comme le stalinisme ou le nazisme. Il ne nous semble pas utile, en effet, de comparer l’Atlantisme à d’autres totalitarismes passés de mode, car on peut être un totalitarisme à part entière sans partager toutes les caractéristiques de ses modèles les plus achevés, modèles qui appartiennent à une autre époque.

    Il y a plusieurs degrés dans le totalitarisme atlantiste ; comme il y a plusieurs manières de le subir. Selon que l’on est un peuple d’Afrique ou du Moyen Orient ou un citoyen allemand ou français appartenant à la classe des favorisés, on ne vit pas de la même manière le totalitarisme atlantiste. S’il est globalement meurtrier, il peut être localement bénéfique pour une minorité. Autrement dit, le totalitarisme atlantiste est à géométrie variable (c’est son caractère ambigu) : tantôt impitoyable et brutal avec les uns, il peut être plus tranquille et pourvoyeur de certains bienfaits pour ceux qui le respectent et courbent l’échine devant sa puissance. Il n’en est pas moins présent partout et ne tolère guère la contestation quand cette dernière revêt un caractère menaçant pour son emprise.

    Car, si vous pouvez contester ses caractéristiques mineures et jouir, pour ce faire, de la plus totale liberté, vous ne serez pas autorisé à vous attaquer, dans la force des faits [1], à ses fondamentaux : (1) le libéralisme financier et la puissance des banques, (2) la domination du dollar dans les échanges internationaux, (3) les guerres de conquête du complexe militaro-industriel – pour, notamment, l’accaparement des ressources naturelles des pays périphérique à ses valeurs – ; (4) l’hégémonisme total des États-Unis (dans les domaines militaire, économique, culturel) de qui il reçoit ses directives et sa raison d’être ; (5) l’alliance indéfectible avec l’Arabie saoudite (principal État terroriste islamique au monde) ; (6) le soutien sans faille au sionisme.

    L’Atlantisme, c’est, en effet, un totalitarisme qui définit une liberté encadrée, bornée aux éléments qui ne la remettent pas en cause ; une liberté sans conséquence ; une liberté sans portée contestataire ; une liberté consumériste et libidinale ; une liberté impuissante. C’est une liberté qui nous adresse ce message : « Esclave, fais ce que tu veux, pour autant que tu me baises les pieds et que tu travailles pour moi ».

    Il convient, pour juger du caractère totalitaire ou non de l’Atlantisme, de le prendre en bloc et de voir s’il opprime, s’il tue en masse, à un endroit quelconque de cette planète. Il nous importe peu qu’il puisse être tolérable pour des populations entières (les élites occidentales et leurs protégés), s’il doit se rendre terrible et impitoyable pour le reste de l’humanité, sa mansuétude à l’égard de certains ne le rendant pas meilleur ou moins criminel. Ainsi, son ambiguïté est le résultat de la perception que nous pouvons en avoir lorsque nous nous plaçons dans la peau de l’homme blanc Occidental. Car, si nous essayons un instant de nous mettre à la place des Irakiens, des Libyens, des Syriens (parmi tant d’autres), son essence perd son ambiguïté et se révèle pour ce qu’elle est : une puissance criminelle qui pervertit l’humanité et les valeurs démocratiques.

    Portrait du totalitarisme par lui-même

    Voyons, à présent, à grands traits et pour nous donner quelques repères, les principales caractéristiques qui nous permettent de dire que l’Atlantisme est bel et bien un totalitarisme.

    1. L’Atlantisme est un impérialisme

    “What should that role be ? Benevolent global hegemony. Having defeated the « evil empire, » the United States enjoys strategic and ideological predominance. The first objective of U.S. foreign policy should be to preserve and enhance that predominance by strengthening America’s security, supporting its friends, advancing its interests, and standing up for its principles around the world”. Toward a Neo-Reaganite Foreign Policy, de William Kristol et Robert Kagan, Foreign Affairs, juillet/aout 1996.

    C’est une idéologie qui sert un État militarisé(les États-Unis [2]) qui a recours (a) à la terreur– guerres préventives, enlèvement, déportations dans des camps de torture, assassinats extrajudiciaires quotidiens, etc.- (b) à la peur – menace terroriste instrumentalisée auprès de ses populations et (c) aux menaces – de rétorsions économiques contre les États récalcitrants, de guerres tous azimuts, de coups d’États – pour imposer sur la surface du globe sa vision ultra-libérale et pour s’accaparer, par la force létale, les ressources naturelles dont elle pense avoir besoin pour sa domination.

    C’est une idéologie au service d’une vision hégémonique de la puissance américaine. Cette dernière revendique son caractère hégémonique : (i) dans le domaine militaire, à travers les think tanksnéoconservateurs comme le Project for a New American Century (et sa volonté affichée d’empêcher l’émergence d’une puissance capable de rivaliser avec celle des États-Unis) ou l’American Entreprise Institute et, enfin, à travers sa doctrine militaire officielle intituléeFull Spectrum Dominance ; (ii) dans le domaine économique et financier avec, entre autre, l’imposition du dollar comme monnaie d’échange international ; (iii) dans le domaine culturel, par la mise en place d’un programme de corruption des élites occidentales et internationales à travers, notamment, l’opération Mockingbird [3] dans les années 50 et le National Endowment for Democracyaujourd’hui.

    L’Atlantisme, adhère, sans piper mot et comme un bon soldat, à cette projection planétaire d’un ego qui n’est pas le sien. Sans l’Atlantisme la vision hégémonique des États-Unis ne pourrait pas avoir le caractère global qu’elle a aujourd’hui. L’Atlantisme participe pleinement à l’ensemble des crimes commis au nom de cet ego démesuré, soit directement, soit en les justifiant ou en les transfigurant en ‘actions humanitaires’ auprès de ses peuples.

    2. L’Atlantisme est un terrorisme

    “À la fin de la guerre froide, une série d’enquêtes judiciaires menées sur de mystérieux actes de terrorisme commis en France contraignit le Premier ministre italien Giulio Andreotti à confirmer l’existence d’une armée secrète en France ainsi que dans d’autres pays d’Europe occidentale membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Coordonnée par la section des opérations militaires clandestines de l’OTAN, cette armée secrète avait été mise sur pied par l’Agence centrale de renseignement américaine (CIA) et par les services secrets britanniques (MI6 ou SIS) au lendemain de la seconde guerre mondiale afin de lutter contre le communisme en Europe de l’Ouest.[…] Si l’on en croit les sources secondaires aujourd’hui disponibles, les armées secrètes se sont retrouvées impliquées dans toute une série d’actions terroristes et de violations des droits de l’Homme pour lesquelles elles ont accusé les partis de gauche afin de les discréditer aux yeux des électeurs. Ces opérations, qui visaient à répandre un climat de peur parmi les populations, incluaient des attentats à la bombe dans des trains ou sur des marchés (en France), l’usage systématique de la torture sur les opposants au régime (en Turquie), le soutien aux tentatives de coups d’État de l’extrême droite (en Grèce et en Turquie) et le passage à tabac de groupes d’opposants.” Les Armées secrètes de l’OTAN, Daniele Ganser, Éditions Demi- Lune, page 24.

    Des attentats des années de plomb en Italie au conflit en Afghanistan, de la guerre du Kosovo à l’agression contre la Libye et de la déstabilisation de la Syrie à la préparation d’une attaque contre l’Iran[4], le terrorisme est l’un des moyens privilégiés par l’Atlantismepour l’accomplissement de ses objectifs.

    Pour s’imposer à l’Europe de l’après-guerre, l’Atlantisme n’a pas hésité à utiliser la méthode terroriste des attentats sous faux drapeaux : en Italie, par exemple, pour décrédibiliser les forces de gauche les Atlantistes ont posé des bombes, dans les années 60 (attentat de la piazza Fontana à Florence), 70 et 80 (attentat de la gare de Bologne) dans des lieux publics avec l’intention de tuer des innocents. Avec ses relais médiatiques adéquats l’Atlantisme a pu faire passer ces meurtres pour l’œuvre de groupuscules d’extrême gauche et justifier, ainsi, la mise à l’écart de la pensée progressive dans ces pays et assurer le triomphe de leur idéologie.

    Aujourd’hui, pour déstabiliser les pays qui contestent l’un de ses six piliers, il instrumentalise à grande échelle, sous l’impulsion des États-Unis, le terrorisme islamique (principalement wahhabito-salafiste) avec l’aide de ses alliés que sont l’Arabie saoudite et le Qatar : en l’a vu à l’œuvre, notamment, en Serbie, en Tchétchénie, en Libye et en Syrie. Il utilise le même levier pour créer des poches de terrorisme qui lui permettent (i) de s’enrichir en vendant des armes et des conseils dans le cadre de la guerre contre le terrorisme, (ii) d’étendre le nombre de ses interventions et bases militaires (celles de l’Otan ou seulement des États-Unis, selon les situations) là où il y voit un intérêt géostratégique et (iii) de donner de la substance à la théorie du choc des civilisations, ce qui lui permet d’obtenir de ses populations l’approbation de ses politiques conquérantes.

    Le terrorisme est, plus généralement, au cœur de la doctrine et des stratégies militaires des démocraties occidentales et tout particulièrement de celles des États-Unis (Shock and Awe doctrine) qui les mettent en œuvre, notamment, par l’entremise de l’OTAN (pour plus de détails sur ce sujet, nous renvoyons à un article précédent : Dommages Collatéraux : la face cachée d’un terrorisme d’État).

    On le voit bien ici, l’Atlantisme n’est jamais que l’exécutant docile, mais consentant, de l’impérialisme américain à qui il emprunte tous les concepts (guerre contre le terrorisme, choc des civilisations) et les stratégies (instrumentalisation du terrorisme islamique). Quand il le faut (pour gérer son opinion publique interne), l’impérialisme américain laisse aux Atlantistes européens jouer les premiers rôle, mais en apparence seulement, comme en Libye où Nicolas Sarkozy et David Cameron ont rivalisé d’initiatives pour se mettre en avant, alors même que toutes les opérations militaires étaient dirigées, en réalité, par l’armée américaine.

    3. L’Atlantisme est un racisme

    “Cette logique du ‘Musulman coupable par nature’, parce que Musulman, est à la base de l’institutionnalisation de la torture par les États-Unis qui peuvent ainsi soumettre à des traitements inhumains des milliers de personnes à travers le monde (Guantanamo n’étant que l’un de ces camps de torture dirigés par l’administration américaine) sur la base d’un simple soupçon de ‘terrorisme’, soupçon qui ne fait l’objet d’aucun contrôle judiciaire. La culpabilité d’un Musulman n’a pas besoin d’être prouvée, elle se déduit de son être même. Il s’agit là d’une forme d’essentialisme, qui est lui-même une forme radicale de racisme”. L’esprit du temps ou l’islamophobie radicale.

    Pour justifier sa guerre contre le terrorisme et le choc des civilisations l’Atlantisme stigmatise l’Islam et essentialise le Musulman sous des traits peu flatteurs : le Musulman serait par nature un ennemi des Occidentaux, voire du genre humain, des valeurs démocratiques et de la paix. Une fois essentialisé, il est plus facile d’aller le tuer ; les populations occidentales ne voyant dans les souffrances des Musulmans que les justes châtiments dus à des peuples racailles.

    L’islamophobie, le nationalisme pro-occidental et le sionisme – qui est une forme de racisme et d’ethnicisme – sont au cœur de la matrice idéologique atlantiste. Le plus étonnant, sans doute, et le plus inquiétant, est que ces éléments là sont partagés par les élites (et pour partie par les peuples occidentaux) par-delà les clivages politiques droite-gauche. On peut venir à l’islamophobie radicale par des voix opposées : le défenseur de la laïcité y viendra au nom de sa haine des religions, le social-démocrate bobo au nom du féminisme ou de la défense de l’homosexualité ; le conservateur au nom de la protection de ses racines menacées ; le sioniste au nom du droit d’un peuple élu à son espace vital, même si cela doit passer par le nettoyage ethnique d’un autre peuple, etc.

    4. L’Atlantisme est un anti-humanisme

    “Depuis 2001, l’Europe a failli à défendre les droits de l’homme sur son propre sol, et s’est rendue complice de graves violations du Droit international au nom de la « guerre au terrorisme ». Des citoyens européens ou étrangers ont été enlevés par les services secrets américains sur le sol européen en dehors de toute disposition légale – ce sont les « extraordinary renditions » – et ont été emmenés dans des prisons secrètes de la CIA dont certaines sont situées dans un pays européen”. ReOpen911.info

    Il s’appuie sur le dogme de l’infaillibilité démocratique qui veut que les Occidentaux ne puissent mal agir ni commettre de crimes de masse puisqu’ils représenteraient des sociétés démocratiques ouvertes. Ils sont donc libres de bombarder civils et cibles économiques, d’assassiner des citoyens à travers le monde, de déstabiliser des régimes qui ne leur plaisent pas et, en se faisant, ils ne feront jamais qu’exercer leur droit du meilleur, autre appellation, plus aristocratique, du droit du plus fort. L’autre n’est pas le semblable ou le frère humain ; l’autre c’est l’adversaire, l’ennemi, un être non civilisé, à peine un être. On peut allègrement nier son humanité et le traiter comme une variable géopolitique.

    Vaincre ne lui suffit pas, il lui faut déshumaniser, torturer, humilier, violer, dégrader, détruire. Les Atlantistes ont collaboré militairement, économiquement, diplomatiquement, médiatiquement à tous les projets inhumains des États-Unis : pour s’en tenir à des exemples récents, on pourra citer le camp de torture de Guantanamo (devenu depuis camp d’entraînement de djihadistes au service de l’empire), Abu Ghraib en Irak et l’humiliation des prisonniers, la mort filmée de Kadhafi, les exécutions sommaires (par drones notamment), les enlèvements réalisés par la CIA sur le sol européen (extraordinary rendition) et les dommages collatéraux en Afghanistan, etc.

    Dans un autre ordre d’idée, on peut également dire que l’Atlantisme est une aliénation consumériste : l’homme n’est pas sacré ; on peut le tuer pour accomplir des objectifs économiques ou géostratégiques. Cette désacralisation de l’homme qui se fait au profit de la marchandise (dont les marques sont, elles, intouchables) est par essence mortifère. Le profit est plus puissant que l’humanité : en ce qui concerne la France, on pourra évoquer les exemples du scandale du sang contaminé et du Mediator du groupe Servier.

    Hollande et Jules Ferry

    Ce n’est pas un hasard si François Hollande a choisi Jules Ferry comme saint-patron laïque de sa présidence normale. Jules Ferry représente exactement l’idéal atlantiste : l’homme qui est capable d’utiliser la démocratie pour servir les banques et le colonialisme tout en donnant le change au peuple avec quelques concessions sociétales de gauche. Il ne portera jamais atteinte aux piliers de la puissance bancaire et aux capitalistes-colons. Il est conquérant pour les puissants, raciste et a une bonne conscience à toute épreuve malgré les crimes de ses amis partis coloniser les rivages lointains.

    5. L’Atlantisme est un néo-colonialisme

    Si le bras armé de l’Atlantisme est l’Otan, son bras économique est constitué du binome FMI-Banque Mondiale. Ces deux institutions (aux mains des États-Unis et des Européens) ont, pour maintenir les pays en voie de développement dans la dépendance des Occidentaux, utilisé les 3 leviers principaux suivants [5] : (i) l’endettement des États et des peuples [6], (ii) la privatisation de leurs économies et des fonctions régaliennes de l’État au profit des grandes entreprises occidentales (les fameux plans d’ajustement structurels) et (iii) l’ouverture forcée de leurs économies au libre échange et à la concurrence mondiale (alors même qu’ils n’y sont pas préparés et se trouvent vis-à-vis des Occidentaux dans une situation certaine de vulnérabilité).

    L’Atlantisme commet des crimes économiques de masse en connaissance de cause pour le profit de quelques élus : en se faisant il démontre son allégeance aux principes de l’ultra-libéralisme prôné par la première puissance mondiale qui subordonne les valeurs humaines au fondamentalisme de marché.

    Pour parvenir à s’imposer l’Atlantisme a besoin (i) de subvertir les souverainetés des nations européennes et (ii) de maîtriser les opinions publiques de ces nations. Il lui faut contourner, affaiblir ou pervertir toutes les composantes démocratiques des sociétés de notre continent pour pouvoir triompher des insoumissions, des doutes, des contestations auxquels il pourrait faire face. Autrement dit, l’Atlantisme s’attaque directement et en profondeur aux fondements de la démocratie des peuples d’Europe à qui il est demandé de suivre aveuglément une idéologie cachée (parce qu’elle est honteuse), innommée (parce qu’elle est innommable) et qui les dépouille de leur souveraineté et de leur libre arbitre.

    L’Atlantisme subvertit les souverainetés nationales

    Sans parler du nombre incalculable de gouvernements démocratiquement élus renversés par les États-Unis avec l’aide directe ou l’approbation tacite de leurs alliés Atlantistesdepuis 1945 à travers le monde, et pour se limiter à l’Europe, on peut signaler les cas de la Grèce et de la construction européenne.

    En Grèce, aux lendemains de la seconde guerre mondiale, les Britanniques et les États-Unis appuient des mouvements d’extrême droite et d’anciens collaborateurs des Nazis afin d’empêcher la prise de pouvoir légale par les mouvements démocratiques progressistes. Les puissances occidentales atlantistes incitent à la guerre civile qui se solde par la victoire de leurs protégés et par près de 200 000 morts. Après une évolution démocratique vers la fin des années 60, les Américains, avec l’aide des puissances européennes et grâce à leurs réseaux atlantistes, installent au pouvoir, en 1967, une junte militaire qui proclame le règne de l’ordre moral [7] et la fin de l’ouverture démocratique.

    La construction européenne menée par Jean Monnet est avant tout un projet atlantiste. Il y avait bien d’autres manières de conduire la réalisation d’une Europe plus unie. L’Atlantismea fait le choix de l’impuissance européenne pour ne pas contrarier les ambitions hégémoniques des États-Unis. L’Atlantisme a réduit la souveraineté européenne et mis au pas tous les mouvements indépendants, gaullistes, souverainistes, communistes, qu’ils fussent de gauche ou de droite. Il a imposé ses dirigeants à tous les niveaux de la bureaucratie européenne et à la tête des principaux États de l’Europe qui ont imposé des traités inégauxmêmes lorsque ceux-ci ont été rejetés par les peuples (comme en 2005 avec le Traité constitutionnel).

    L’Atlantisme européen a réduit à néant, par étapes successives, l’ensemble des axes de souveraineté dont disposaient les États-nations d’Europe (et donc l’espace démocratique des peuples européens).

    Il s’est ainsi attaqué à la souveraineté (i)électorale – le principal organe de décisions est non élu : la Commission ; les traités rejetés par les peuples sont néanmoins imposés ; par la mise à l’écart systématique de la démocratie directe au profit de la démocratie représentative – (ii) monétaire – une banque centrale indépendante des peuples ou de leurs élus qui ne prête pas directement aux États membres qui doivent se financer à des taux plus élevés sur les marchés financiers-, (iii)budgétaire – par l’imposition de la règle d’or et le contrôle des budgets nationaux par une commission composée de technocrates non élus – et (iv) militaire – intégration de l’ensemble des pays européens dans l’Otan.

    Le dernier axe de souveraineté auquel l’Atlantisme se soit attaqué est celui de la souveraineté militaire française, la France ayant résisté plus longtemps que les autres nations européennes au rouleau compresseur de l’Atlantisme (ce fut la parenthèse gaulliste). Aujourd’hui, les Atlantistes proposent la fusion entre le français EADS et l’anglais BAE afin de retirer à la France le contrôle complet de sa chaîne industrielle d’armement (l’échec annoncé de la fusion ne les empêchera pas de revenir à la charge bientôt). Demain, ils mettront à mal la dissuasion nucléaire française en s’aidant du prétexte écologique anti-nucléaire.

    En France, la mise au pas des non-atlantistes s’est achevée sous la présidence Sarkozy. La diplomatie (avec à sa tête Bernard Kouchner), l’armée, les médias (grâce aux efforts de Christine Ockrent) ont été presque entièrement débarrassés de leurs composantes non altantistes. Hollande, en bon chien de garde de l’Atlantisme, parachèvera l’entreprise.

    La French-American Foundation et les Atlantico-Boys

    La French American Foundation est une organisation à but non lucratif qui se consacre depuis 1976 à dénicher en France les hommes et femmes d’influence qui sont susceptibles de porter les couleurs de l’Atlantisme.

    Quelques anciens Young Leaders de la French American Foundation qui nous gouvernent en ce moment : François Hollande (1996), Arnaud Montebourg (2000), Pierre Moscovici (1996). Dans l’opposition, le plus en vue est Jean-Francois Copé.

    Une liste non exhaustive des Atlantico-Boys en France (autres que ceux déjà mentionnés) et de leurs relais : Alain Finkielkraut, André Glucksmann, Bernard Kouchner, Bernard-Henri Lévy, Alexandre Adler, Caroline Fourest, Frédéric Encel, Philippe Val, Francois Heisbourg, Mohamed Sifaoui, Jean-Claude Casanova, Pierre Rosanvallon, Alain Minc, Jean Daniel, Pierre-André Taguieff ; la revue Commentaire, la Fondation Saint Simon (dissoute en 1999), le Cercle de l’Oratoire, l’Institut Turgot, l’Atlantis Institute, les revues Le Meilleur des Mondes, La Règle du Jeu, Le Nouvel Observateur, Le Monde, Libération, etc.

    L’Atlantisme est un contrôle et une manipulation des foules

    “The conscious and intelligent manipulation of the organized habits and opinions of the masses is an important element in democratic society. Those who manipulate this unseen mechanism of society constitute an invisible government which is the true ruling power of our country”. Propaganda, par Edward Bernays, 1928.

    “L’Atlantisme a pris naissance au départ de la guerre froide. Dans les années 50, un vaste programme nommé Opération Mockingbird, aujourd’hui bien documenté, a été mis en place par la CIA pour infiltrer les médias nationaux et étrangers, et influencer leurs contenus afin que ces derniers se montrent favorables aux intérêts américains. La méthodologie consistait à placer des rapports rédigés à partir de renseignements fournis par la CIA auprès de journalistes conscients ou inconscients de cette manœuvre. Ces informations étaient ensuite relayées par ces journalistes et par les agences de presse.” ; 11-Septembre : de la misère journalistique à la logique de collabos, de Lalo Vespera, ReOpen911.info

    Sans la collaboration des médias, il ne serait possible à l’Atlantisme d’imposer ses fondamentaux dans l’esprit de l’opinion publique. Les médias font partie intégrante de la machine de guerre atlantiste. Pour créer le consentement et l’unanimisme dans une société ouverte il convient de maîtriser la production de l’information. Pour cela il est nécessaire de mettre à la tête des principaux médias des serviteurs zélés de l’Atlantisme. En France, dans le secteur privé des médias, seuls quelques grands groupes industriels appartenant à la nébuleuse oligarchique sont aux commandes (des vendeurs d’armes et des industriels qui vivent en partie grâce aux commandes de l’État) : il est naturel chez eux de servir les intérêts du plus fort (la période de la collaboration avec les Nazis est là pour nous le rappeler [8]). Dans le secteur public, le Président de la République ou ses fondés de pouvoirs choisissent leurs courroies de transmission humaines qui insuffleront l’esprit de soumission dans les rouages de la machine à désinformer.

    Les pourvoyeurs de l’information commettent des crimes médiatiques lorsqu’ils se font les relais pur et simple de la propagande atlantiste, comme nous l’avons vu lors de la guerre contre la Serbie, de l’invasion de l’Afghanistan et du bombardement de la Libye par l’Otan, de la guerre en Irak, de la déstabilisation de la Syrie (toujours par l’Otan) ou comme nous le constatons à propos du nettoyage ethnique continu dont sont victimes les Palestiniens. Dans chacun de ces cas, les médias cautionnent les explications officielles, leur donnent force et crédibilité, mettent en avant des intentions humanitaires, alors même qu’elles recouvrent des crimes qui devraient soulever notre indignation et aboutir à la mise en cause judiciaire et politique de leurs principaux responsables.

    Le tabou créé autour du 11-Septembre est symptomatique de la manière dont s’échafaude l’unanimisme dans une société où la liberté d’expression et la diversité des points de vue sont sensées régner. On démonise les questionneurs, on pourchasse les têtes brûlées, on les rend responsables des pires crimes du siècle dernier, on les ridiculise. On plante dans l’opinion publique des barrières psychologiques infranchissables (à travers, notamment, les accusations d’antisémitisme, de négationnisme et de révisionnisme) pour que la conscience citoyenne n’aille pas voir ce qu’il y a derrière ; on érige des murs dans les esprits pour enfermer leur consentement dans le champ des possibles atlantistes.

    Il y a une forme d’intolérance radicale face à la pensée alternative maintenue enfermée dans le Web. Cette intolérance est radicale en ce sens qu’elle stigmatise les déviants et tente d’en faire des parias à mettre au ban de la société et qu’elle parvient à fermer presque totalement l’accès aux grands médias qui comptent à la pensée dissidente lorsqu’il s’agit d’évoquer et de discuter les fondamentaux de l’Atlantisme.

    La psyché des Européens au service de l’Atlantisme

    « Les Européens ne se sont toujours pas libérés psychologiquement de l’état de dépendance dans lequel ils se sont laissé prendre au sortir de la seconde guerre mondiale. Sous le prétexte que les États-Unis sont venus libérer les Européens il y a plus de 60 ans, il faudrait aujourd’hui que ces derniers abandonnent toute volonté d’indépendance, toute aspiration à choisir un modèle de développement alternatif. Il n’y a aucune logique dans une telle attitude. Faudrait-il que les États-Unis soient éternellement soumis à la France au prétexte que c’est grâce aux armes, aux finances et, en définitive, à la flotte de Louis XVI[9] que les Américains ont pu obtenir leur indépendance de l’Angleterre ? Que les Européens soient reconnaissants pour l’implication des États-Unis dans les deux Guerres Mondiales, cela est normal et bienheureux. Comme il est normal, également, que les Américains soient reconnaissant à l’égard de la France pour le soutien que ce pays leur a apporté à un moment décisif de leur histoire [10]. Mais la reconnaissance ne doit pas déboucher sur la dépendance et la vassalité. Est-il sain que les élites européennes se laissent maintenir dans cette dépendance ou ne cherchent tout simplement pas à la contrer ? Le simple respect de soi-même devrait suffire pour que chacun refuse de se considérer comme le sujet d’une autre personne. Accepter de se soumettre est une attitude morale et psychologique pernicieuse et humiliante. Il y a, en effet, une certaine humiliation à se laisser ainsi dicter son mode de vie et à aller chercher en permanence ses références culturelles, politiques, économiques outre-atlantique sans véritablement questionner leurs valeurs et leurs bienfaits. », La Démocratie ambiguë.

    *

    Conclure pour en finir

    Il ne s’agit là que d’un florilège de caractéristiques atlantistes fort incomplet, mais dont les principaux traits nous semblent dresser, à eux seuls, le portrait d’un totalitarisme contemporain non moins dangereux et effrayant que ses prédécesseurs. Qu’il s’invente un ennemi réel ou imaginaire, ou un ennemi qui devient réel à force d’être imaginé (et souhaité), on ne peut excuser les crimes de l’Atlantisme sous le prétexte fallacieux que son alter ego dans le mal (l’islamisme radical) en commettrait également ou que son modèle (le totalitarisme impérial de son maître) lui intimerait l’ordre de les perpétrer. L’Atlantisme a besoin du crime de l’autre pour commettre le sien en toute impunité et avec bonne conscience.

    Au bout de sa logique, il y a la mort des autres, la guerre généralisée, la misère du plus grand nombre. L’Atlantisme est bel et bien une idéologie génocidaire, au même titre que l’impérialisme américain. Caractérisation exagérée qui décrédibilise celui qui l’utilise diront certains ? Galvaudage d’un crime qu’on ne peut évoquer à la légère diront d’autres ? Posons-nous alors cette simple question :combien de morts et de souffrances à son crédit (comme auteur ou complice) ? La réponse de l’historien est sans détour : des millions de victimes depuis la fin de la seconde guerre mondiale ; des millions depuis la chute du mur de Berlin [11] et un long fleuve d’ombres, de sang et de souffrances qui ne cessent de couler sur tous les continents.

    La lutte contre l’Atlantisme est la grande aventure humaine de ce début de siècle pour nous autres Européens. À chacun d’y prendre part selon ses moyens et ses autres croyances. Que l’on croit au ciel ou que l’on n’y croit pas, que l’on soit misérable ou fortuné, d’ici ou d’ailleurs, chacun peut jouer sa partition dans le combat contre la fatalité de l’Atlantisme qui traînera avec elle, si cela est nécessaire à son triomphe, les cadavres de la démocratie et de la paix jusqu’aux charniers du capitalisme. Le combat contre l’Atlantisme est un humanisme.

    Guillaume de Rouville, auteur de La Démocratie ambiguë, Éditions Cheap, juillet 2012.

    [1] Les paroles des minorités alternatives sont rarement des faits au sens ou ceux-ci pourraient changer le cours des choses.

    [2] Les États-Unis ont un budget militaire annuel équivalent à celui des autres pays combinés.

    [3] Voir infra.

    [4] En septembre 2012, les États-Unis ont retiré de leur liste des entités considérées comme terroristes l’organisation dissidente iranienne Moudjahidin-e Khalk (MEK) qui perpétue régulièrement des attentats sur le sol iranien.

    [5] L’Europe tente, notamment, d’imposer cela à travers ces Accords de Partenariat Économique.

    [6] Pour les peuples, par le développement incontrôlé de la microfinance.

    [7] À ce sujet voir le film de Costa Gavras : Z.

    [8] Voir : “Le Choix de la Défaite”, d’Annie Lacroix-Riz, Éditions Armand Colin, 2010.

    [9] C’est grâce à l’appui décisif de la flotte française, dirigée par le Comte de Rochambeau, que les États-Unis remporteront la bataille de Yorktown en 1781, tournant majeur de la Guerre d’Indépendance.

    [10] Lors de la Guerre d’Indépendance des États-Unis contre la Grande-Bretagne, entre 1775 et 1783.

    [11] À titre d’exemples : le génocide des indigènes au Guatemala après le coup d’État de 1954 ; l’embargo sur l’Irak qui tua des centaines de milliers d’enfants sur une période de 10 ans ; le dépeçage du Congo depuis plus de 15 ans avec l’aide des grands groupes occidentaux qui a, jusqu’à présent, coûté la vie à près de 4 millions de civils.

    La soumission des médias à l’idéologie atlantiste par lidiot-du-village

    Atlantisme • démocratie •Guillaume de Rouville • médias • terrorisme •totalitarisme


  • Je n’aime pas Valeurs actuelles mais ça s’appelle Jouer aux complotistes, le jeu pédagogique d’excellence d’un quotidien ultra-capitaliste : "Le Monde"

    Mais qui sont donc ces lecteurs qui le soutiennent !!! ???

    http://mobile.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/02/09/decodex-notre-outil-de-verification-de-la-fiabilite-des-sources-evolu

    Les décodeurs
    Les décodeursDatavisualisationVérificationNanographix

    Décodex, notre outil de vérification de la fiabilité des sources, évolue
    LE MONDE | 09.02.2017 à 21h06
    Par Samuel Laurents
    Après le lancement de « Décodex », notre outil pour évaluer la fiabilité d’une information, les réactions ont été très nombreuses. Une bonne part de nos lecteurs, dont beaucoup d’enseignants, nous ont encouragés à continuer dans cette direction. Certains sites se sont plaints de la manière dont ils étaient qualifiés. D’autres ont critiqué la démarche même qui a conduit au lancement de cet outil.

    En le mettant en ligne, nous avions expliqué qu’il s’agissait d’une démarche évolutive, et notamment que nous prendrions en compte les retours de nos lecteurs pour modifier le classement. Nous poursuivons cette réflexion, et nous envisageons d’apporter des modifications au fonctionnement de l’outil dans les prochaines semaines.

    Notre but n’est certainement pas d’établir une hiérarchie ou de décréter ce qu’il faut lire ou non mais, simplement, d’offrir des points de repères à des lecteurs parfois perdus face à la masse d’informations qu’ils peuvent trouver sur le Web. Notre critère est, et restera, celui de la fiabilité des informations proposées : la source est-elle clairement identifiée, les informations sont-elles recoupées, la différence entre les faits et les opinions est-elle clairement indiquée ?

    Sur plus de 600 sites recensés, nous nous sommes retrouvés confrontés à des problèmes de classification, et nous avons aussi commis quelques erreurs et imprécisions.

    Comment identifier les sites d’opinion et de débat ?
    Cette séparation entre les informations factuelles et les commentaires apparaît à beaucoup de nos lecteurs comme essentielle. Dans notre Décodex, nous avons eu du mal à faire apparaître cette distinction. Nous sommes en train de réfléchir à la meilleure manière de rendre visible cette distinction. Ce qui nous conduit à ne pas faire apparaître certains sites, comme le journal Causeur, ou à retirer temporairement de notre outil le site du journal Fakir d’Amiens.

    Changer de catégorie certains sites
    Malgré notre attention et notre grille méthodologique, nous avons mal qualifié certaines sources. C’est le cas du blog « Les Crises », marqué comme non fiable, alors qu’il s’agit d’un blog d’opinion russophile qu’il faut prendre comme tel. Nous l’avons donc passé dans la catégorie « orange », qui appelle les lecteurs à la prudence, en raison de ses invités parfois douteux, aux frontières du conspirationnisme.

    De même, après avoir été interpellés par plusieurs internautes, nous avons considéré que le site de Valeurs actuelles nécessitait le même appel à la prudence, notamment pour ses reprises de sites relayant des rumeurs non sourcées et parfois infondées.

    Nous avons par contre décidé de ne pas modifier les avertissements relatifs à plusieurs sites relayant des théories conspirationnistes qui ont vivement critiqué le Décodex. Nous continuons d’estimer que le fait de répéter mille fois des mensonges avérés ne fabrique pas une vérité, si aucune source fiable n’est fournie.

    Comment répondre aux interpellations ?
    Vous avez été nombreux à nous écrire, parfois pour nous féliciter, parfois pour nous critiquer, et nous sommes heureux que vous puissiez continuer à la faire. Nous allons là aussi faire évoluer le Decodex pour rendre plus simple le fait de nous alerter.

    Ces ajustements ne sont qu’un début. Le Décodex, a son niveau, essaie de contribuer au débat démocratique sur l’éducation à l’information et aux sources. Pour y parvenir, nous avons besoin de vos retours et nous sommes ouverts à vos propositions.

    Par Samuel Laurent


  • 10/02/2017
    Les victoires de la musique, c’est vraiment génial ce soir !

    Il y a le sympathique Amir mais j’attends Soprano avec impatience...

    « Calypso Rose - Leave Me Alone (feat. Manu Chao) » sur YouTube
    https://youtu.be/CecDWU936xI

    "Jain - MakebaRegardez « Jain - Makeba (Official Music Video) » sur YouTube
    https://youtu.be/59Q_lhgGANc

    « Sublime & Silence - Julien Doré sur scène dans le Grand Studio RTL » sur YouTube
    https://youtu.be/07UtIuhYUk0

    « Christophe Maé - Marcel - Elysée Montmartre - 26 novembre 2016 » sur YouTube
    https://youtu.be/sqAp_hhTikM

    « Imany - Silver Lining (Clap Your Hands) - Live dans le Grand Studio RTL » sur YouTube
    Imany ce soir « nous devons demander des comptes à nos élites »
    https://youtu.be/rW5PPF0XH_k



    « Claudio Capéo - Un homme debout (clip officiel) » sur YouTube
    https://youtu.be/Y9GCM9DZUJo
    et bien d’autres...

    http://www.digitick.com/victoires-de-la-musique-2017-concert-css5-mobdigitick-lgfr-pg1-rg14121.htm


  • Plus d’un an déjà et rien n’a changé ! N Robin
    La Palestine inaugure son ambassade au Brésil : une première en Amérique Latine
    http://www.huffpostmaghreb.com/2016/02/06/le-bresil-inaugure-lambassade-de-palestine_n_9174840.html
    Source Huffpost Algérie 06/02/2016
    http://i.huffpost.com/gen/3971000/images/n-AMBASSADE-DE-PALESTINE-AU-BRESIL-large570.jpg
    C’est fait. La Palestine vient d’inaugurer sa première ambassade en Amérique Latine. L’inauguration a eu lieu le 03 février dans la capitale Brasilia, en présence du nouvel ambassadeur de l’Autorité Palestinienne au Brésil, Ibrahim Alzeben.

    « C’est l’accomplissement de mon rêve et celui de mes autres collègues nommés ses dernières années à ce poste » a déclaré le diplomate très ému de voir le drapeau de son pays flotter sur un si prestigieux bâtiment.

    Bâtie sur un terrain de plus de 1 500 mètres carrés légué par l’ancien président brésilien Lula, la nouvelle ambassade de Palestine apparaît plutôt grande en comparaison avec celles des autres missions diplomatiques. Surmonté d’un dôme doré, le bâtiment ressemble en fait à la mosquée Qobat al Sakhra ( le dôme du rocher) à al-Aqsa, à Jérusalem occupé.

    Étaient présents à cette cérémonie également des membres du gouvernement de Dilma Rousseff, et des représentants de différents pays arabes.

    A noter que cet événement survient dans un contexte de crise diplomatique entre le Brésil et Israël à propos du poste d’ambassadeur de l’Etat hébreu. Un poste qui reste vacant depuis décembre 2015.

    Le Premier ministre israélien avait désigné Dani Dayan, ancien dirigeant de colonies en Cisjordanie, à ce poste. Chose inadmissible pour le gouvernement brésilien. Pour la présidente brésilienne Dilma Rousseff, il est hors de question de donner l’agrément à cette personnalité.


  • http://www.vududroit.com/2017/02/macron-technique-dun-coup-detat

    MACRON : TECHNIQUE D’UN COUP D’ÉTAT

    9 FÉVRIER 2017 RÉGIS DE CASTELNAU

    L’arrivée au gouvernement le 26 août 2014, d’Emmanuel Macron, parfait inconnu, et tous les événements qui ont suivi montre qu’il est quand même un parfait veinard. Une furieuse et interminable campagne médiatique en sa faveur, des parrains timides puisqu’il refuse de les nommer, mais généreux qui lui permettent une campagne ruineuse. Les organes de contrôle de la régularité, de l’égalité et de la sincérité la campagne présidentielle brusquement atteints d’une forme grave de la maladie du sommeil. Un Président de la République qui laisse la place en faisant savoir qu’il se verrait bien présider l’UE. Et tous les copains de promo de l’ENA déjà à des postes judicieux, qui lui préparent le terrain. Et la justice pénale qui a adopté au tempo particulièrement bien ajusté qui lui ouvre un boulevard.

    Je sais ce que je vais recevoir pour ne pas marcher dans le conte de fées que nous sert le camp du Bien. Ce sera, la nouvelle injure disqualifiante : complotiste ! Critiquer Macron et l’invraisemblable opération qui vise à en faire le futur Président de la République, c’est considérer que l’Histoire n’est qu’un complot judéo-maçonnique-illuminati-reptilien.

    Je propose quand même d’essayer de mieux comprendre et pour cela je propose d’adopter la méthode de Lawrence Durrel dans son fameux « quatuor d’Alexandrie », qui avait raconté la même histoire sous quatre points de vue différents.

    Commençons par l’affaire Fillon, qui a éclaté avec les informations gênantes du Canard enchaîné, provoquant en pleine campagne présidentielle un lynchage médiatico-judiciaire géant quoique finalement routinier. La primaire de la droite a choisi un candidat sur la solidité duquel les bourgeois de provinceauraient mieux fait de s’interroger avant. Les reproches qui lui sont faits sont en partie justifiés, sa défense initiale a été calamiteuse, et la justice qui alimente comme d’habitude les gazettes ne ferait que son travail. Et comme en plus François Fillon avait imprudemment et de façon très déplaisante pour ses adversaires, placé sa candidature sous l’égide de la probité de la rectitude, il prend le boomerang en pleine face. Dans un climat politique tendu, il n’y a aucune surprise à voir la clameur se déchaîner. Si la droite républicaine se retrouve aujourd’hui dans la nasse, elle doit s’en prendre à elle-même pour avoir choisi un cheval fragile et lancé l’épreuve présidentielle n’importe comment. Tout ceci est difficilement réfutable. Mais quand même, la droite républicaine ne doit-elle s’en prendre qu’à elle-même ? Voire.

    Parce que si l’on raconte l’histoire en changeant de focale pour diriger l’objectif vers Emmanuel Macron apparaît une autre réalité. Finalement très inquiétante.

    J’avais été frappé par le sourire radieux de Jean-Pierre Jouyet lorsque sur le perron de l’Élysée il annonça la nomination d’Emmanuel Macron en remplacement d’Arnaud Montebourg. Ce concentré de la haute fonction publique oligarchique était trop content du tour qu’il jouait à la France avec la promotion de son poulain qu’il eut sous ses ordres entre 2005 et 2007 à l’inspection des finances. La fusée était lancée, mise en orbite prévue mai 2017, soit comme premier ministre d’un François Hollande reconduit, voire d’Alain Juppé, soit carrément président. Cet objectif stratégique une fois défini, les différentes mises en œuvre tactiques sont très simples. Nul besoin d’un groupe occulte et secret pour animer le déferlement. Une stratégie marketing onéreuse à base d’argent à l’origine obscure, de promotion médiatique grossière, de ralliements spectaculaires, le soutien tous ceux qui accrochés à leurs privilèges, ont une peur panique du changement, la machine s’alimente toute seule. Mais en plus, il y a l’appui d’une partie de l’appareil d’État et de ceux qui le dirigent. Comme par exemple Madame Ernotte qui semble ne voir aucun inconvénient à ce que le service public radiotélévisé qu’elle dirige ait depuis longtemps abandonné le pluralisme que son statut exige pourtant. Ou le président du CSA inerte devant le formidable déséquilibre des temps de parole, le Président de la Commission Nationale des Comptes de Campagne qui regarde ailleurs et le Président du Conseil Constitutionnel qui assiste sans broncher à la confiscation de l’élection présidentielle. Il y aurait pourtant l’occasion de quelques remarques à propos du financement particulièrement réglementé de la campagne électorale d’Emmanuel Macron. L’origine des fonds, l’implication des services de l’État dans l’organisation de la campagne , ce mutisme qui commence à ressembler à un parti pris est particulièrement grave. Et constitue un dévoiement de l’appareil d’État qui devrait pourtant afficher une stricte neutralité.

    Mais il y a pire, c’est l’instrumentalisation comme cela a été si souvent le cas dans ce quinquennat, de la justice à des fins politiques. Qui peut croire que c’est par hasard, ou grâce à la sagacité de ses « enquêteurs », comme on appelle désormais les journalistes sans que cela ne les gêne, que la presse s’est trouvée alimentée d’informations sur des faits parfois vieux de 20 ans ? Qui peut croire que c’est chose normale que le parquet financier se soit saisi avec cette rapidité, et ait pu mener de façon fulgurante ses premières investigations sans qu’elles aient été préparées à l’avance ? Qui peut penser que ces violations insensées du principe de séparation des pouvoirs d’abord par la descente de la police dans les locaux du Parlement sans que le président Bartolone n’y trouve à redire (!), relèvent de l’improvisation ? Et qui peut imaginer ensuite qu’au parquet financier on ne sache pas le caractère grossièrement inconstitutionnel de sa décision d’ouvrir une enquête préliminaire concernant un parlementaire dans l’exercice de ses fonctions, sans qu’elle ait été précédée d’une enquête du bureau de l’assemblée ? Qui ne peut pas être scandalisé que, comme hélas c’était prévu, les éléments du dossier couverts par un strict secret se retrouvent instantanément entre les mains des « enquêteurs » du Monde, préposés à ce genre de besogne et par ailleurs confidents officiels du Président de la République ?

    Nous avons même eu droit à un ridicule écran de fumée voulant faire porter la responsabilité du déclenchement du barrage d’artillerie à Rachida Dati.

    Eh bien, si l’on y regardait d’un peu plus près ? Jean-Pierre Jouyet secrétaire général de l’Élysée a su s’entourer c’est le moins que l’on puisse dire. Il y a Gaspard Gantzer, camarade de promotion de Macron à l’ENA, à qui ses fonctions permettent d’être comme un poisson dans l’eau dans la presse parisienne. Les avaient rejoints Pierre Heilbronn énarque inspecteur des finances lui aussi, qui a longtemps collaboré avec François Fillon, pour ensuite aller occuper la fonction de directeur général adjoint du cabinet de Michel Sapin. Il est parti en juillet dernier à la direction de la BERD, mais avant son départ, Jean-Pierre Jouyet a recruté sa compagne Ariane Amson, nommée conseillère justice au cabinet élyséen. Cette magistrate n’est pas énarque, mais arrive directement… du parquet financier.

    Mais, qu’est-ce que tu vas chercher ? Mais rien voyons, je suis persuadé que tout cela n’a aucun lien avec les ennuis de François Fillon, ce genre de choses n’arrive jamais. De la même façon, le renvoi précipité en correctionnelle de Nicolas Sarkozy à l’aide d’une ordonnance qu’un des deux magistrats co-saisis, et pas n’importe lequel, a refusé de signer, ne saurait en aucun cas être considéré comme une initiative visant à définitivement fermer la voie d’un plan B Sarkozy, et à gêner la droite encore un peu plus. Ce serait fadaise, n’est-ce pas ?

    Complotiste ! Tu ne perds rien pour attendre, les décodeurs du Monde et de Libération vont te mettre à l’index, ça ne va pas être long. Parce que, dans cette volonté furieuse de ne rien changer, la presse amie du pouvoir met le paquet. Et lance la chasse à ceux qui pensent mal. Avec toute une série d’initiatives visant àréprimer la liberté d’expression.

    Alors, effectivement il y a deux approches de l’affaire Fillon. Tout d’abord considérer que François Fillon n’a que ce qu’il mérite. Et que tout cela relève d’un fonctionnement démocratique.

    Il y a aussi une autre lecture, tout aussi recevable mais qui pose un lourd problème démocratique. Le moment choisi, les méthodes utilisées et l’objectif poursuivi par ceux qui manifestement sont à la manœuvre caractérisent un dévoiement des services de l’État visant à confisquer l’élection présidentielle et faciliter l’arrivée d’Emmanuel Macron au deuxième tour de l’élection, pour qu’il puisse l’emporter grâce au réflexe de front républicain. En bon français, cela s’appelle un coup d’État.

    C’est jouer avec le feu. Rien ne garantit une victoire électorale du candidat de tous les conservatismes, mandataire de l’establishment énarchique et financier. Et quand bien même l’emporterait-il, sa victoire ne réglerait rien. Et les méthodes utilisées affaibliraient encore plus les institutions et créeraient autant de précédents très dangereux pour les libertés publiques.

    Quant à Marine Le Pen, elle aura beau jeu de se présenter comme seule candidate du changement, et de la défense des libertés publiques. Il est assez stupéfiant de voir que notre establishment n’a rien appris des élections américaines.


  • 29 janvier 2017
    Le peuple syrien veut désespérément la paix
    Sources Le Grand Soir
    https://www.legrandsoir.info/le-peuple-syrien-veut-desesperement-la-paix-medium-com.html

    Témoignage de Tulsi GABBARD :

    Pendant qu’à Washington on se préparait pour l’investiture du président Donald Trump, j’ai effectué, la semaine dernière, une mission d’enquête en Syrie et au Liban pour rencontrer et écouter le peuple syrien sans intermédiaires. Leurs vies ont été consumées par une guerre horrible qui a tué des centaines de milliers de Syriens et a forcé des millions d’autres à fuir leur patrie en quête de paix.

    Il est clair maintenant plus que jamais : cette guerre de changement de régime ne sert pas les intérêts de l’Amérique, et elle n’est certainement pas dans l’intérêt du peuple syrien.

    Nous avons rencontré ces enfants dans un refuge d’Alep ; leurs familles ont fui la partie orientale de la ville. La seule chose que ces enfants veulent, la seule chose que tous ceux que j’ai rencontré veulent, c’est la paix. Beaucoup de ces enfants n’ont connu que la guerre. Tout ce que leurs familles veulent, c’est rentrer à la maison, et retrouver la vie qu’ils avaient avant que la guerre pour renverser le gouvernement ne commence. C’est tout ce qu’ils veulent.

    J’ai traversé Damas et Alep, en écoutant des Syriens de différentes parties du pays. J’ai rencontré des familles déplacées de la partie orientale d’Alep, de Raqqah, de Zabadani, de Latakia et de la périphérie de Damas. J’ai rencontré des dirigeants de l’opposition syrienne qui ont conduit les manifestations en 2011, des veuves et des enfants d’hommes qui luttaient pour le gouvernement et des veuves de ceux qui luttaient contre le gouvernement. J’ai rencontré Aoun, le président nouvellement élu du Liban et Hariri, le Premier ministre, Elizabeth Richard, l’ambassadeur américain au Liban, le président syrien Assad, le grand Mufti Hassoun, Denys Antoine Chahda, l’archevêque de l’Église catholique syrienne d’Alep, des chefs religieux musulmans et chrétiens, des étudiants, des propriétaires de petites entreprises, et d’autres encore.

    Leur message au peuple américain était puissant et cohérent : il n’y a aucune différence entre les rebelles « modérés » et al-Qaïda (al-Nusra) ou Daech – ils sont tous les mêmes. Il s’agit d’une guerre entre, d’une part, des terroristes sous le commandement de groupes comme Daech et al-Qaida et, d’autre part, le gouvernement syrien. Ils supplient les États-Unis et d’autres pays d’arrêter de soutenir ceux qui détruisent la Syrie et son peuple.

    J’ai entendu ce message encore et encore dans la bouche de ceux qui ont souffert, et survécu à des horreurs inexprimables. Ils m’ont demandé de faire entendre leur voix dans le monde ; Des voix frustrées qui n’ont pas été entendues en raison des fausses informations et des informations biaisées, uniformément destinées à soutenir la guerre pour un changement de régime au dépens de la vie des Syriens.

    J’ai entendu des témoignages sur la façon dont les manifestations pacifiques du début ont été rapidement infiltrées par des groupes de djihadistes wahhabites comme al-Qaïda (al-Nusra), financés et soutenus par l’Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar, les États-Unis et d’autres. Ils ont exploité les manifestants pacifiques, occupé leurs communautés, tué et torturé les Syriens qui ne voulaient pas coopérer pas à leur lutte pour renverser le gouvernement.

    J’ai rencontré une jeune musulmane de Zabadani qui a été enlevée, régulièrement battue et violée en 2012, alors qu’elle n’avait que 14 ans, par des « groupes rebelles » qui étaient en colère contre son père, un éleveur de moutons, qui ne leur donnait pas d’argent. Elle a assisté, horrifiée, à l’assassinat de son père, dans leur salon, par des hommes cagoulés qui ont vidé un chargeur tout entier sur lui.

    J’ai rencontré un garçon qui a été kidnappé an allant acheter du pain pour sa famille. Il a été torturé, il a subi le supplice de la noyade, il a été électrocuté, placé sur une croix et fouetté, tout cela parce qu’il avait refusé d’aider les « rebelles » – il leur avait dit qu’il voulait juste aller à l’école. C’est ainsi que les « rebelles » traitent les Syriens qui ne coopèrent pas avec eux ou dont ils n’acceptent pas la religion.

    Bien qu’opposés au gouvernement Assad, l’opposition politique a affirmé avec vigueur qu’elle rejetait catégorique l’utilisation de la violence pour obtenir des réformes. Les opposants politiques du gouvernement affirment que si les djihadistes wahhabites, soutenus par des gouvernements étrangers, réussissent à renverser l’État syrien, ils détruiront la Syrie et sa longue histoire de société laïque et pluraliste, une société où les peuples de toutes les religions ont toujours vécu pacifiquement côte à côte. Bien que cette opposition politique continue à vouloir des réformes, elle répète avec insistance que, tant que les gouvernements étrangers mèneront une guerre de changement de régime contre la Syrie par groupes terroristes djihadistes interposés, elle se tiendra aux côtés de l’Etat syrien et luttera pacifiquement pour une Syrie plus forte pour tous les Syriens.

    À l’origine, je n’avais aucune intention de rencontrer Assad, mais quand j’en ai eu l’occasion, j’ai pensé qu’il était important de le faire. Je pense que nous devrions être capables de parler avec n’importe qui, s’il y a une chance que cela puisse contribuer à mettre fin à cette guerre qui cause tant de souffrances au peuple syrien.

    J’ai rencontré ces femmes étonnantes à Barzi ; beaucoup d’entre elles ont des maris ou des membres de la famille qui se battent soit avec al-Nusra / al-Qaïda, soit avec l’armée syrienne. Quand elles arrivent dans ce centre communautaire, elles laissent tout cela derrière elles, et elles deviennent amies et, ensemble, elles apprennent toutes sortes de choses, comme la couture, etc., pour préparer leur avenir. Elles étaient des étrangères avant d’arriver à ce centre communautaire dont la mission est d’émanciper les femmes, et maintenant elles sont des « sœurs » qui partagent leurs joies et leurs peines.

    Je rentre à Washington, plus que jamais résolue à mettre fin à la guerre illégale que nous menons pour renverser le gouvernement syrien. De l’Irak à la Libye et maintenant en Syrie, les États-Unis ont mené des guerres de changement de régime qui ont entraîné partout des souffrances inimaginables, tué des quantités d’innocents, et renforcé des groupes comme Al-Qaïda et Daech.

    J’appelle le Congrès et la nouvelle Administration à ne pas rester indifférents aux souffrances du peuple syrien et à soutenir l’Acte pour interdire l’armement des terroristes. Nous devons arrêter de les soutenir directement et indirectement - en fournissant directement des armes, de l’entrainement et du soutien logistique aux groupes rebelles affiliés à Al-Qaïda et à Daech ; et indirectement par l’intermédiaire de l’Arabie Saoudite, des Etats du Golfe et de la Turquie. Nous devons mettre fin à notre guerre pour renverser le gouvernement syrien et nous concentrer sur la défaite d’Al-Qaïda et de Daech. Les États-Unis doivent cesser de soutenir les terroristes qui détruisent la Syrie et son peuple. Les États-Unis et les autres pays qui alimentent cette guerre doivent cesser immédiatement de le faire. Nous devons laisser le peuple syrien se remettre de cette terrible guerre.

    Merci,

    Tulsi Gabbard

    Tulsi Gabbard est une députée démocrate étasunienne

    Traduction : Dominique Muselet

    • https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2a/Tulsi_Gabbard%2C_official_portrait%2C_113th_Congress.jpg/220px-Tulsi_Gabbard%2C_official_portrait%2C_113th_Congress.jpg
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Tulsi_Gabbard

      Tulsi Gabbard, née le 12 avril 1981 à Leloaloa (Samoa américaines), est une femme politique américaine d’origine océanienne, membre du Parti démocrate et représentante du deuxième district d’Hawaï à la Chambre des représentants des États-Unis depuis 2013.

      Biographie

      Tulsi Gabbard est née à Leloaloa aux Samoa américaines puis grandit à Hawaï3. Elle est la fille de Mike et Carol Gabbard ; son père est un sénateur d’État catholique4 et sa mère est une membre du conseil de l’éducation d’Hawaï5 hindoue4. Tulsi Gabbard se convertit à l’hindouisme durant son adolescence4.

      En 2002, Gabbard est élue à la Chambre des représentants de l’État pour un mandat6. Alors âgée de 21 ans, elle devient la plus jeune parlementaire d’Hawaï7. Elle rejoint l’Army National Guard d’Hawaï en 20036. L’année suivante, elle sert douze mois en Irak8 dans une unité médicale4. À son retour, elle travaille pour le sénateur démocrate Daniel Akaka8. Elle est déployée au Koweït en 20083.

      Diplômée en commerce international3 de la Hawaii Pacific University (en) en 2009, elle est élue au conseil municipal d’Honolulu en 20106, où elle représente le 6e district9.

      En 2011, lorsque la représentante Mazie Hirono choisit de se présenter au Sénat, Gabbard annonce sa candidature à la Chambre des représentants des États-Unis dans le deuxième district d’Hawaï pour lui succéder10. Si elle est conservatrice au début de sa carrière politique, s’opposant à l’avortement, au mariage homosexuel et à ce qu’elle appelle les « extrémistes homosexuels », elle dit avoir changé d’avis sur ces questions après avoir servi dans des pays oppressifs11. Quelques mois avant les primaires démocrates, elle est donnée perdante face au maire d’Honolulu, Mufi Hannemann. Elle remporte cependant la primaire avec 55 % des voix contre 34 % pour Hannemann10. Désormais grande favorite pour l’élection générale, elle démissionne de son mandat de conseillère municipale9. Le 6 novembre 2012, elle est élue représentante avec plus de 80 % des suffrages7. Elle est la première personne de confession hindouiste et la première femme samoanne élue au Congrès des États-Unis12,3.

      Elle est réélue en novembre 2014 avec près de 79 % des voix face à Kawika Crowley, son adversaire de 20122. Lors des primaires démocrates de 2016 pour la présidence de l’Union, elle quitte la vice-présidence du Comité national démocrate pour soutenir Bernie Sanders, notamment pour ses positions en matière de politique étrangère13. Elle est réélue en novembre 2016 pour un troisième mandat, battant son adversaire, Angela Kaaihue, par 140 000 voix (81,2 % contre 18,8 %).

      Après l’élection de Donald Trump, elle rencontre le président élu dans sa Trump Tower de New York14. Elle est considérée comme une potentielle membre de son cabinet14. Bien que démocrate progressiste, elle se rapproche sur certains points de Trump : elle critique notamment Barack Obama qui refuse de parler d’« islam radical » et vote pour une loi républicaine augmentant les contrôles sur les réfugiés en provenance d’Irak et de Syrie13. Pressentie pour devenir ambassadrice des États-Unis aux Nations unies, le poste est finalement proposé à la gouverneure Nikki Haley4.

      Promouvant un désengagement américain dans la guerre civile syrienne et la fin des livraisons d’armes aux groupes rebelles, elle rencontre en janvier 2017 Bachar al-Assad


  • Muse / Starlight
    Une de mes préférées !

    https://youtu.be/Pgum6OT_VH8 https://g.co/kgs/IPjFjN
    https://i.ytimg.com/vi/Pgum6OT_VH8/hqdefault.jpg

    Lyrics
    Far away
    The ship is taking me far away
    Far away from the memories
    Of the people who care if I live or die

    The starlight
    I will be chasing a starlight
    Until the end of my life
    I don’t know if it’s worth it anymore

    Hold you in my arms
    I just wanted to hold
    You in my arms

    My life
    You electrify my life
    Let’s conspire to ignite
    All the souls that would die just to feel alive

    Now I’ll never let you go
    If you promised not to fade away
    Never fade away

    Our hopes and expectations
    Black holes and revelations
    Our hopes and expectations
    Black holes and revelations

    Hold you in my arms
    I just wanted to hold
    You in my arms

    Far away
    The ship is taking me far away
    Far away from the memories
    Of the people who care if I live or die

    And I’ll never let you go
    If you promise not to fade away
    Never fade away

    Our hopes and expectations
    Black holes and revelations
    Our hopes and expectations
    Black holes and revelations

    Hold you in my arms
    I just wanted to hold
    You in my arms
    I just wanted to hold

    Written by Matt Bellamy, Matthew James Bellamy • Copyright © Warner/Chappell Music, Inc

    Envoyé depuis Yahoo Mail pour Android

    Le mer, févr. 1, 2017 à 9:38 PM, Robin Nora
    <nora.robin@yahoo.fr> a écrit :
    Une de mes préférées

    Starlight https://g.co/kgs/IPjFjN


  • Bruno Guigue un peu trop dur avec Hamon ? N Robin

    http://le-blog-sam-la-touch.over-blog.com/2017/01/m.hamon-le-candidat-qui-prend-les-terroristes-pour-d
    M. Hamon, le candidat qui prend les terroristes pour des démocrates

    Bruno Guigue 31 Janvier 2017

    M. Hamon, le candidat qui prend les terroristes pour des démocrates
    Par Bruno Guigue

    En décembre 2016, Benoît Hamon voulait voler au secours des populations d’Alep bombardées par le méchant Poutine. Il a même déclaré que s’il était président de la République, il y serait allé, comme Mitterrand à Sarajevo. Lors des primaires qui l’ont désigné comme candidat du PS, il s’est opposé à toute aide financière destinée au peuple syrien. « Arroser les zones contrôlées par Bachar al-Assad, je ne vois pas bien en quoi cela doit être une priorité de l’Union européenne quand il existe tout une autre Syrie avec d’autres partenaires possibles, comme les villes quasi autonomes autogérées ».

    Les zones tenues par les groupes takfiristes, pour M. Hamon, c’est un territoire indépendant, une commune libre où on applique les recettes de l’autogestion, comme dans le programme du PSU des années 70. C’est là, dans ces lieux idylliques où règne la démocratie, que se trouvent les « partenaires possibles » de la France. On les aime tant, chez les socialistes, ces bandes armées qui s’estiment dépositaires du destin de la Syrie ! Elles s’emploient à la détruire, elles ne vivent que de rapines, elles coupent les têtes et imposent la charia wahhabite. Mais peu importe. La bouche en cœur, M. Hamon veut y voir les amis de la France.

    Assassinats de fonctionnaires et de leurs familles, attentats à la voiture piégée qui fauchent les passants, false-flags meurtriers à l’arme chimique, tirs de mortiers qui tuent les écoliers, exécutions de conscrits capturés lors des combats, pollution des sources d’eau potable, destruction des infrastructures et saccage du patrimoine historique, les partenaires de M. Hamon n’ont pas fait dans la dentelle. Le peuple syrien a payé cher son refus de prendre les armes contre le gouvernement. Mais quelle importance ! Rue de Solferino, on l’aime tant, cette bacchanale sanglante qui se prend pour une révolution.

    Le candidat socialiste feint de l’ignorer, mais les takfiristes ne sont pas tombés du ciel. Ce sont des mercenaires rémunérés par des dynasties corrompues et des puissances occidentales qui ont juré la perte du seul Etat séculier de la région. S’ils se multiplient, c’est parce qu’il y a de puissantes organisations internationales pour les recruter, les encadrer et les armer jusqu’aux dents. Ces organisations, elles, ont de puissants alliés sans lesquels elles n’auraient jamais eu des milliards de dollars, des 4X4 et des missiles TOW. Parmi ces alliés, la France d’un certain Hollande, qui a livré des armes aux terroristes, est mouillée jusqu’au cou.

    Al-Qaida, ses clones et ses avatars ne sont ni l’expression d’un élan mystique, ni la nouvelle version du romantisme révolutionnaire. Ce sont des entreprises nihilistes qui doivent leur nocivité exponentielle, depuis vingt ans, aux manœuvres impérialistes dont le Moyen-Orient est la victime. Elles ne sont pas nées par génération spontanée. Elles sont le fruit des accouplements entre les apprentis-sorciers de Washington et les monarchies réactionnaires du Golfe. C’est un secret de polichinelle. Mais M. Hamon préfère délirer sur l’autogestion à la sauce takfirie et enfumer l’opinion en continuant d’accréditer la fable ridicule d’une révolution démocratique.

    Les exactions de ces bandes mafieuses sont des crimes répondant à la définition précise du terrorisme, c’est-à-dire l’exercice d’une violence aveugle contre des civils en vue d’obtenir un résultat politique. Ce terrorisme est perpétré par une soldatesque recrutée dans 110 pays pour accomplir les basses besognes exigées par ses donneurs d’ordres. Supplétifs de cette OTAN à laquelle les socialistes français tiennent comme à la prunelle de leurs yeux, ces petites frappes ont pour seule fonction de fournir sa piétaille au « regime change » fomenté par Washington, Paris et Londres.

    Voir dans ces mercenaires des révolutionnaires épris de justice est une imposture colossale. S’acharnant sur le moindre vestige d’une culture qui la dépasse, cette lie de l’humanité accomplit le sale boulot pour lequel on la paie. Elle ressemble à la pègre utilisée lors du coup d’Etat bonapartiste de 1852 : « Rebuts et laissés-pour-compte de toutes les classes sociales, vagabonds, soldats renvoyés de l’armée, échappés des casernes et des bagnes, escrocs, voleurs à la roulotte, saltimbanques, escamoteurs et pickpockets, joueurs, maquereaux, patrons de bordels, soûlographes sordides .. » (Karl Marx, « Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte ») .

    Chouchous de la Hollandie, les mercenaires qui dévastent la Syrie ressemblent à ces voyous à la solde du capital, à cette meute sans foi ni loi, à ces exécutants des basses besognes dont les puissants louent les services pour commettre des massacres analogues à ceux qu’un ministre socialiste, l’ignoble M. Fabius, osa qualifier de « bon boulot ». On aura beau tenter de nous en persuader ad nauseam, non, les pseudo-rebelles démocrates et coupeurs de tête ne sont pas des révolutionnaires. Ils sont la chair à canon de l’impérialisme dont M. Hamon est le laquais solférinien.

    Ex-haut fonctionnaire, Bruno Guigue est un analyste politique français, enseignant en relations internationales à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.


  • Jean-Luc Mélenchon, l’homme qui avançait à contre courant. Documentaire France 3 du 30/01/2017 20h55

    http://m.france3.fr/emission/jean-luc-melenchon-lhomme-qui-avance-contre-courant/diffusion-du-30-01-2017-20h55

    Replay disponible encore 5 jours et 1 heure
    1h25min
    Diffusion : 30/01 à 21.00
    Jean-Luc Mélenchon est perçu par les uns comme l’héritier de Jaurès et le sauveur de la gauche, par d’autres comme la réincarnation de Robespierre. Mais surtout, il montre une grande méfiance à l’égard des médias. Gérard Miller est allé le trouver pour lui proposer un marché : l’écouter vraiment en échange d’une totale transparence. C’est ainsi qu’il a réalisé son portrait et l’a suivi pendant plusieurs mois. Il a pu l’interroger, le regarder agir et montrer tout ce qui séduit ou inquiète. Un portrait accompagné de nombreuses interventions de proches de l’homme politique ou de personnalités ayant l’habitude de le côtoyer.

    • Conseil : pour récupérer sur son disque dur un documentaire ou une émission passés sur nos chaînes télévisées, disponibles en replay pour quelques jours, Télécharger CAPTVty, utilisé par les enseignants


  • Frédéric Lordon : soutenir Mélenchon ?

    28 JANV. 2017 PAR PASCAL GERIN-ROZE ÉDITION : ACTUALITÉ ET VÉRITÉS DE LA CAMPAGNE DE LA FRANCE INSOUMISE
    Mariefab nous propose un travail de retranscription de la vidéo-entretien de Daniel Mermet que « Là-bas si j’y suis » publie. Lordon analyse la situation politique et géopolitique actuelle ainsi que le positionnement de Mélenchon et de son apport dans le champ politique.

    Frédéric Lordon : soutenir Mélenchon ? Émission du 27 janvier 2017 de Là-bas si j’y suis de Daniel Mermet
    http://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/frederic-lordon-soutenir-melenchon

    F.Lordon : Alors les prochaines élections ... C’est une drôle d’affaire. Moi ça m’inspire des sentiments tout à fait mêlés, cette perspective électorale. Des sentiments très contradictoires.

    Je dois dire que les années passant, et ça fait un moment que j’ai arrêté de voter pour ce qui me concerne, j’en suis venu vraiment à considérer que la pantomime électorale dans le cadre des institutions de la 5eme République était une affaire nulle et non avenue.

    Et d’un certain point de vue, ce qui s’est passé sur Nuit Debout était l’expression de cette disposition d’esprit. Jouer le jeu dans ces institutions est une affaire soit perdue d’avance, soit entièrement privée de sens. Et que la seule question politique

    D.Mermet : On peut être une caution, faire porter une caution

    F.Lordon : Oui, voilà, c’est ça. Mais que la seule question politique vraiment pertinente à poser, c’est la transformation des institutions politiques en cessant immédiatement de les cautionner par notre participation.

    Et puis contradictoirement, oui, je pense que c’est une élection à nulle autre pareille. Je pense que cette élection soulève des enjeux politiques d’une intensité qu’on a pas vue depuis 1981, et peut-être même supérieure, et que par là d’ailleurs, elle s’annonce d’une redoutable violence. Alors, où sont localisés ces enjeux qui font la singularité peut-être de cette élection ? Bon pour l’instant je vais essayer de rester aussi analytique que possible. Là où un enjeu surgit, c’est autour de la candidature de Mélenchon.

    Alors voilà, on peut avoir toutes les réserves du monde vis à vis de Mélenchon, ou de sa personnalité ou de ses orientations politiques, etc, et on en discutera éventuellement tout à l’heure, mais il y a au moins une chose, si on regarde le paysage avec un tant soit peu de distance qu’on ne peut pas ne pas reconnaître, c’est qu’il est le porteur d’une, pour la première fois depuis très longtemps, bon il y a eu 2012 évidemment, il est porteur d’une différence significative de gauche dans le paysage de l’offre politique. Et ça ce n’est pas rien.

    Qu’il y ait une différence significative installée dans le paysage de politique ça on le sait depuis longtemps, c’est le FN. Bon, mais c’était la seule, qui prospérait évidemment sur l’indifférenciation générale, ça va sans dire.

    Mais là pour une fois, il y a une différence qui peut retenir notre attention et retenir l’attention de tous les gens qui se reconnaissent authentiquement de gauche. Bon on voit bien que nous vivons une conjoncture très particulière, dans laquelle précisément l’arrivée de cette différence peut peut-être produire des effets. Cette conjoncture très particulière, elle se signale par un symptôme caractéristique qui est la confusion générale.

    Alors la confusion générale, on peut en donner plein de signes. Des électeurs de gauche se mettent le cervelet au court-bouillon pour savoir s’ils vont aller voter à la primaire de droite. Là c’est qu’il y a un truc qui ne va pas. Les médias eux-mêmes sont sujets à cette très grande confusion. Parce que à force de prendre baffe sur baffe, le niveau de contestation monte et ils ne peuvent pas ne pas l’intégrer d’une certaine manière. Ils se rendent compte que tout ce qu’ils disent est voué au démenti, que tous les candidats qu’ils portent sont menacés de finir dans le talus, que les vainqueurs des sondages finiront comme les perdants, etc. Les médias eux-mêmes commencent à tenir un discours sur les médias, ils disent “oh là là, on n’arrête pas de se tromper”.

    Alors là, je voudrais que tu m’accordes une minute d’universitaire, très rapidement. Je vais faire un petit tour par un paradoxe qui est connu depuis la philosophie antique, qui a traversé les siècles, et qui est une grande question pour la logique. C’est le paradoxe d’Epiménide. Alors Epiménide est un bon gars, c’est un Crétois. C’est important qu’il soit Crétois. Les Crétois sont des bons gars. Alors Epiménide se pointe et dit ceci : moi Epiménide, Crétois, je dis tous les crétois sont des menteurs. Et puis il se taille.

    Alors les gens qui voudraient savoir si les Crétois mentent ou disent la vérité, commencent à se mettre les méninges en surchauffe. Ils vont alors de mal en pis. Parce que, si Epiménide n’a pas menti, alors tous les Crétois sont des menteurs c’est vrai, donc tous les Crétois mentent. Donc Epiménide qui est Crétois ment aussi. Donc, s’il n’a pas menti, il a menti.

    Mais si il a menti, alors la proposition tous les Crétois sont des menteurs est un mensonge. Donc tous les Crétois disent la vérité. Et Epiménide qui est Crétois dit la vérité aussi. Donc s’il n’a pas menti, il a dit la vérité. Là on peut rester comme une poule devant un couteau cent sept ans devant ce truc là. On ne s’en sortira pas. La logique a fini par trancher, et elle dit : voilà, on un type d’énoncé dont la propriété très caractéristique est d’être auto référentiel. C’est-à-dire c’est un dire qui prend pour objet ce qu’il dit.

    Eh bien ce type d’énoncé auto référentiel livre des propositions qui sont indécidables. On ne peut ni dire si elles sont vraies ni dire si elles sont fausses. Ce qui par parenthèse est embêtant pour les facts checkers, je referme la parenthèse. Eh bien voilà, les médias sont dans un devenir épiménide. Parce que les médias viennent et ils disent nous nous trompons. Donc, s’ils ne se trompent pas, c’est qu’ils se trompent. Et s’ils se trompent, c’est qu’ils ne se trompent pas (rires).

    Alors évidemment là, si tu veux, le paradoxe n’est pas formulé avec ce degré de clarté dans les têtes médiatiques, mais ça les travaille souterrainement. Et ça les laisse tout neuneus. Alors oui, ah là là. Bon si on soutient Valls, il va perdre, puisque nous nous trompons. Alors mais oui, mais si jamais nous disons que nous nous trompons, est-ce que ça peut le faire remonter déjà ? Tu vois, dans ces têtes c’est un merdier à n’en plus finir.

    Là dessus passe Macron. Bon alors c’est un autre signe de confusion, quoi le gars qui se dit anti système qui a toutes les étiquettes du système, qui écrit un livre qui s’appelle “Révolution”, et qui se présente comme le chantre du progressisme ! Bon ben là, c’est bon, quoi. Le filet est garni. Et donc, dans cette situation là qui devient, avec des degrés de liberté qui s‘ouvrent de partout, des idées qui sombrent, d’autres qui se mettent en torche, etc. il peut peut-être se passer quelque chose.

    D.Mermet : Ouais, c’est à dire

    F.Lordon : alors, là, moi je ne sais pas parce que je n’ai pas de boule de cristal. je ne vais pas prendre le risque de me tromper, tu comprends, dans ces conditions. Je ne suis pas totalement idiot. Bon, il faut les prendre les uns ... bon on ne va pas parler du Parti Socialiste. parce que si tu veux, virtuellement ça n’existe plus. Là ça s’agite à la télé, tout ça. mais moi ça me fait vraiment penser à .. tu sais quand les astronomes nous disent qu’on reçoit de la lumière qui a voyagé si longtemps qu’elle a été émise par un astre qui est déjà mort, quand on l’observe. je pense qu’on est typiquement dans ce type d’observation

    D.Mermet : Tu ne vois pas de la lumière qui arrive ?

    F.Lordon : Ben tu vois, ça fait un petit peu scintiller nos écrans, mais je t’annonce la mire pour bientôt. Et puis la neige. C’est cuit et c’est quand même la bonne nouvelle de la période.

    D.Mermet : Benoît Hamon n’a eu aucune grâce à tes yeux ? Moi je l’ai trouvé pas mal avec ses petits objets.

    F.Lordon : (sourires) oui, hum, voilà, hum

    D.Mermet : On a fait un petit pot en grès, on a fait un petit abat-jour en macramé, là y a l’atelier... Ça t’as pas ému un peu ? On a des petits objets politiques, qui n’ont pas tellement de liens entre-eux mais il y a plein de bonne volonté..

    F. Lordon : Ben, il est ému comme un petit animal qui va disparaître lui aussi. (rires !) Non mais moi, j’ai pas de limite à la compassion. (rires dans la salle) Non mais c’est vrai, faut dire les choses. Bon c’est vrai, je suis peut-être un peu vache mais bon, à peine.

    Si tu veux, moi, ça fait très longtemps que je pense que l’un des grands enjeux pour la gauche, c’est de parvenir à opérer cette conversion symbolique qui réussisse enfin à priver le parti socialiste de l’étiquette « gauche ». Et il me semble que nous avons vécu un quinquennat Hollande qui, à défaut d’être révolutionnaire, aura été réellement historique. Je pense réellement que ce quinquennat là est historique. Il est historique parce que précisément, il aura réussi cette performance de convaincre un nombre de plus en plus important de personnes, que qualifier ce personnel politique là de « gauche » était une erreur majeure et que maintenant il faut travailler, presque psychologiquement pour ceux qui y ont cru, il faut travailler à s’en débarrasser.

    Et je pense que, tu vois sur cette histoire de Hollande, du Hollandisme etc, j’ai toujours pensé que le lexique de la « trahison » était inadéquat. On a beaucoup dit : « Hollande a trahi, il a trahi, il a trahi le discours du Bourget ! », mais non, je ne crois pas, et je ne pense pas qu’ils aient trahi en fait. Moi, ma thèse, c’est plutôt qu’ils sont fidèles à eux-mêmes. Alors, je complète la thèse, c’est-à-dire qu’évidemment quand on remonte le fil des ans, il leur arrivait jadis de faire un petit truc de gauche, tu vois une verroterie par-ci, par-là, etc, mais en réalité depuis toujours, c’était des hommes de droite ; mais c’était des hommes de droite contrariés.

    Et oui, ils étaient contrariés par une histoire, éventuellement quelques médias qui continuaient de les taquiner, etc, mais ça fait très longtemps qu’ils sont de droite. Et simplement ce qui s’est passé, c’est que, les années s’écoulant, de plus en plus, ils se sont déboutonnés et ils ont fini par envoyer toute contention à la rivière (rires) et sous Hollande, enfin, ils ont pu être eux-mêmes. Alors ça tu vois, y a un effet de révélation très puissant.

    Alors je voudrais te lire une petite chose que j’ai dégoté dans un bouquin que je recommande qui s’appelle « Le concert des puissants ». C’est la dernière production de « Raisons d’agir », les petits livres tu sais, « Raisons d’agir » de la collection « Bourdieu » et ça été fait par François Denord et Paul Lagneau-Ymonet. Il y a un encadré sur des documents que publiait le parti socialiste et notamment ceux du parti socialiste qu’on appelait « les trans-courants » dont Hollande était un représentant notoire. Tu vas voir, ça décoiffe hein, ça annonce tout. Quand t’as lu ça, t’as tout compris aux trente années qui suivent parce que ça date de 1985. Alors accrochez-vous, voilà ce qu’écrivent les fameux trans-courants :

    « Le toujours plus et le besoin d’assistance ne sont pas l’apanage d’un groupe social mais semblent faire l’objet d’un certain consensus. L’excès de réglementation et de bureaucratisation ne sont pas toujours le symptôme d’un socialisme rampant, mais correspond le plus souvent à des demandes catégorielles [F.Lordon : grhhh] , un souci de protection des rentes et des privilèges. Bureaucratisation et corporatisme : même combat. Dans un tel contexte [F.Lordon : c’est là qu’est le point crucial], dans un tel contexte, la déréglementation change de camp. La généralisation des pratiques concurrentielles devient une exigence pour la gauche, afin d’assurer une plus grande mobilité sociale. » etc, etc.

    Donc tu vois, là, dès le milieu des années 80, la matrice idéologique est formée. Alors tu comprends évidemment, crier des choses comme ça sur les toits en 1985, c’est un peu compliqué donc c’est des documents internes au PS, un peu publiés mais pas trop lus etc. Trente ans plus tard nous avons la loi Macron. Et nous avons le gouvernement Valls-Hollande. Donc voilà, là si tu veux, le grand cycle est accompli, et il est temps de le refermer.

    D. Mermet : Oui, je crois entendre les sifflets qui accompagnaient l’arrivée de François Mitterrand à Charléty en juin 1968. Ils ont toujours trahi, ces gens-là ont toujours trahi, c’est une coutume chez eux, et là ils viennent de le faire à nouveau, voilà.

    F. Lordon : Ben oui...

    D.Mermet : Alors, t’as confiance en Mélenchon, euh, lui c’est la gauche...

    F.Lordon : Écoute...

    D.Mermet : ...parce que je me souviens d’un Lordon, « on peut rien faire dans ce cadre là, il faut changer le cadre, il faut renverser la table, etc.. ». Tout d’un coup tu dis que ben non, peut-être que dans ce cadre-là, on peut faire quelque chose et puis alors après, parce que j’ai entendu ça aussi en 2012 de la part de certains de nos amis qui disaient « Attends attends, aujourd’hui dans les urnes et puis demain dans la rue. Hollande on va lui mettre la pression après. Votons Hollande (contre Sarkozy), votons Hollande et puis après on va lui mettre la pression ». Même certains amis parlaient de « Hollandisme révolutionnaire », c’était du deuxième degré mais ça quand-même été dit. Est-ce que tu ne crains pas aujourd’hui de perdre un peu de...un Lordon un petit peu moins radical que d’habitude ?

    F.Lordon : Non non, t’en fais pas. Je suis toujours aussi méfiant et cependant, je maintiens ce que j’ai dit tout à l’heure. Je pense que pour la première fois, nous avons une différence significative qui est émise, qui a pris sa place dans l’offre politique et qu’on ne peut pas complètement faire l’impasse dessus. Alors, ne pas faire l’impasse, ça ne veut pas dire se rendre avec armes et bagages. Moi, j’ai pas le goût du ralliement inconditionnel, tu comprends, alors particulièrement, en l’occurrence...bon, dans le programme de Mélenchon, il y a « prendre le pouvoir pour nous le rendre », c’est le genre de promesse avec laquelle il y a lieu d’être méthodologiquement précautionneux. Un petit plaisantin, sur Internet, a dégoté une affiche de Mitterrand lors de la campagne de 1981 dont c’était exactement les mots : « Je veux vous rendre le pouvoir ». Ben tu vois, on attend toujours au bureau des objets trouvés (rires)

    D.Mermet : C’est ce que Trump a dit

    F. Lordon : voilà, c’est ça, alors moi, j’ai toujours une très grande méfiance vis-à-vis des stratégies qui se proposent de passer par les institutions pour changer les institutions. Donc, regardons, mais regardons précautionneusement, et ceci d’autant plus que, comment le dire sans être inutilement blessant..., les institutions de la Vème République correspondent bien à la personnalité de Mélenchon, je pense qu’il ne s’y trouverait pas mal, tu vois, et puis voilà, après on sait comment ça se passe, on arrive au pouvoir, on a un agenda, dont moi j’admets qu’il comporte des choses intéressantes, et puis on commence à le mettre en œuvre, etc, et puis après on dit « ah oui mais attendez, oui la Constituante bien sûr, on va refaire les institutions, oui bien sûr mais c’est pas la priorité, il y a des grosses réformes à faire, il faut nous donner le temps » et puis après qu’on lui ait donné le temps de faire les réformes il faut le temps que ça paie et puis...

    D.Mermet : ...et puis les temps changent..

    F.Lordon : ...et puis les temps changent, et puis 5 ans sont passés, voilà, là c’est un problème. Alors la question, c’est comment on fait pour sortir de ce genre de contradiction ? Mais tu l’as dit d’une manière un peu plaisante et moqueuse, et pourtant je crois qu’il n’y en a pas d’autre. C’est qu’en effet, je ne vois pas d’autre solution à ce genre de difficulté que de reconnaître que, contrairement à ce qui se passerait pour n’importe quel autre président élu, une élection de Mélenchon ne serait pas la fin du processus mais le début, et le début d’un processus qui passerait nécessairement par des mobilisations de rues extrêmement intenses.

    Alors tu disais « oui, on vote Hollande et puis après on lui mettra la pression dans la rue » mais c’est à dire qu’il fallait avoir un moral d’acier pour descendre dans la rue avec Hollande président parce qu’il n’y avait rien à défendre en réalité, tu vois, y avait juste à essayer de pas se laisser dépouiller d’un certain nombre de choses qu’il nous reste et je ne sais pas si tu te souviens d’ailleurs... ben voilà, je vais faire mon autocritique, lorsque tu avais ta soirée aux métallo il y a 3 ans de ça, j’avais dit « Hollande, c’est pire que Sarkozy parce que c’est la même politique que Sarkozy mais avec l’anesthésie en plus », et tu vois, on a vaincu la malédiction du pentothal ce printemps. Et ça aussi c’est un signe d’un quinquennat historique. C’est la première fois qu’un mouvement social de cette ampleur sous un gouvernement de « gauche » qui d’habitude tue radicalement toutes les mobilisations autres que sectorielles. Bon, voilà.

    Mais, alors là si tu veux, je pense que le camarade Mélenchon, s’il se retrouve au pouvoir et qu’il a vraiment l’intention de joindre le geste à la parole, va se retrouver confronté à une adversité formidable, c’est que le capital en trente ans a pris ses aises et qu’il n’a pas du tout l’intention de se laisser barboter toutes les libertés qu’il a conquises et toutes les aises qu’il a prises. Il faut se rendre compte de ce que c’est que de rentrer en confrontation avec le capital, c’est vraiment, là, des batailles politiques...

    D.Mermet : et tu as bossé sur Syriza et tu as bossé sur Podemos et tu as bossé sur l’Europe...

    F.Lordon : Oui, oui, mais faut imaginer, faut imaginer le ministre des finances de Mélenchon qui se tape la direction du Trésor et des inspecteurs des finances, c’est-à-dire toute une technostructure hostile, c’est vraiment quelque chose, et ça tout seul, et on le sait bien d’ailleurs, les institutions sont souvent beaucoup plus fortes que les individus, elles les absorbent par phagocytose et elles les re-normalisent, en deux années c’est fait.

    Alors, aussi bien pour le protéger que pour le surveiller, il faudra que l’élection ne soit que le début d’un processus politique d’une toute autre ampleur qui passera nécessairement par des mobilisations populaires. Alors est-ce qu’il s’agit de réveiller les vieux souvenirs du Front pop. ou je ne sais pas quoi...voir, mais quand-même...

    D.Mermet : et ça a marché

    F.Lordon : Et ça a marché. C’est une configuration qui a fait ses preuves. Mais là si tu veux mon espoir serait que les mobilisations soient d’autant plus, heu, que nous y soyons d’autant plus incités que nous pourrions avoir le sentiment que là il se passe quelque chose et qu’il nous appartient aussi de le défendre pour qu’il soit accompli.

    D.Mermet : Parle-moi un peu de l’Europe et de Mélenchon. Tu as vu son projet sur l’Europe ? C’est quand-même un domaine où t’as bossé, sur l’euro, etc. Il a l’air de dire “on va renégocier les traités” et puis éventuellement...non ?

    F.Lordon : Ah bah écoute, après avoir énormément tergiversé, avoir multiplié les refus d’obstacles, j’ai l’impression .. mais là tu vois c’est toujours pareil, j’ai des impressions alors après comme on dit, c’est un saut de la foi, comme on dit. on fait crédit ou on ne fait pas crédit.

    D. Mermet : ça s’appelle prendre parti

    F. Lordon : oui, peut-être. Alors, depuis cette réunion qui s’était tenue il y a à peine un an à Paris, et qui s’appelait le sommet internationaliste pour le plan B, il semble que donc qu’après tant de circonlocutions, Mélenchon finisse par se stabiliser sur une séquence dite plan A, plan B, dans laquelle le plan A consiste à annoncer la couleur à l’Allemagne, avec derrière un plan B qui sera actionné immédiatement si l’Allemagne n’achète pas.

    Bon, si on reste à ce niveau là de généralités, quitte à faire le naïf, je trouve que c’est une séquence qui n’a rien que d’excellent aloi. En effet, la moindre des choses me semble-t-il, c’est presque une exigence politique, c’est de dire aux Allemands et aux autres Etats Membres de l’Union Européenne, il est impossible de continuer dans ces conditions et voilà les transformations que nous voulons, faute de quoi nous partirons. et peut-être que nous ne partirons pas tous seuls d’ailleurs.

    Mon sentiment c’est que, si il faut parcourir la séquence du plan A, c’est simplement par acquis de conscience, parce que les résultats à mon avis, sont joués d’avance. L’Allemagne refusera. Alors évidemment, le gros codicille dans ce raisonnement c’est de savoir mais au fait, qu’est-ce que cela sera exactement les transformations qu’on va lui demander à l’Allemagne ? Ce qui me semble tout à fait problématique dans la position de quelqu’un comme Varoufakis, c’est que je le sens capable de se contenter de petites choses comme un rabais sur la dette, une petite tolérance de plus pour faire du déficit budgétaire, trois petits tours et puis s’en vont.

    Or ce qu’il y a lieu d’exiger et d’exiger sine qua non, c’est une refonte complète, c’est à dire un abandon complet des traités, et le rapatriement intégral, je dis bien intégral de toutes les dispositions relatives aux politiques économiques dans une assemblée authentiquement démocratique, soit un parlement de l’Euro à créer par exemple.

    Mais, je reste sur la ligne de mon argument, ce parlement de l’Euro on peut bien le faire surgir au milieu de la cambrousse, il ne fonctionnera pas pour une raison extrêmement simple, c’est qu’un certain nombre de pays Allemagne en tête, refusera d’une part qu’il existe avec les prérogatives que je viens de dire. C’est à dire que soient remises en discussion démocratique parlementaire des dispositions que les Allemands précisément ont tenu comme à la prunelle de leurs yeux de sanctuariser dans les traités, précisément pour qu’elles ne soient jamais discutées. Donc déjà la première haie, ils ne la sauteront pas.

    Et à supposer qu’ils la sautent quand même, je pense qu’ils refuseraient d’être mis en minorité, ce qui est la loi de la démocratie, sur l’une de leurs dispositions fétiche. Imagine les Allemands mis en minorité sur la question du rapatriement de la Banque Centrale dans les institutions de la souveraineté politique. Fin de la Banque Centrale indépendante. Qui peut imaginer faire avaler une chose pareille aux Allemands en l’état actuel des choses ?

    Or on voit bien notamment c’est autour de cet enjeu que s’était nouée toute la critique de gauche autour du traité de Maastricht, , autour du TCE en 2005, autour de la question de la Banque Centrale, pas seulement celle-là, bien sûr, mais notamment celle-là comme anomalie démocratique patentée sur laquelle soit on revient, soit il n’y a plus rien à faire. Bon voilà, très bien, parcourons la séquence mais à mon avis, la course est jouée d’avance.

    Donc après il faut savoir si un Mélenchon président serait capable d’assumer cette, alors là pour le coup ce serait une rupture historique. C’est un sacré pas à accomplir.

    D.Mermet : On se donne rendez-vous dans un an. Imaginez, l’année dernière on était là. Tout ce qu’il s’est passé en un an. Qui aurait prévu Trump le 21 janvier dernier ? Qui aurait même, ça n’avait pas commencé la loi Travail, ni Nuit Debout

    F. Lordon : Ca c’est le propre des conjonctures de crise. Tout redevient fluide et que des transformations peuvent s’accomplir à des vitesses foudroyantes et de manière complètement imprévisibles. Donc attendons d’être surpris, peut-être ?

    D.Mermet : Merci, Frédéric Lordon, merci ! (applaudissements, sourires et espoirs dans les yeux du public)


  • Elle sait de quoi elle parle !
    Un communiqué de L’UJFP
    http://www.ujfp.org/spip.php?newsletter4481
    « Muslimban » et réseaux sociaux : en France et au Québec, les logiques de l’exclusion et du racisme
    Le hashtag #muslimban sur les réseaux sociaux évoque le « bannissement des Musulmans » par le nouveau président des États-Unis. Il est plutôt l’occasion de dénoncer Trump, de signaler – parfois avec une nuance de surprise – ces manifestations de solidarité si nombreuses aux États-Unis. Certains rappellent la honte des Lois de Nuremberg en 1935 ; d’autres s’indignent du bannissement des Irakiens alors que le pays a été envahi par les États-Unis qui y ont semé la dévastation avec les résultats que l’on sait ; et on cite ces synagogues canadiennes qui accueillent des réfugiés syriens.

    Sous le pseudonyme de Catwoman, un/e identitaire islamophobe fait aussi le parallèle avec l’Allemagne nazie, mais c’est pour proposer « des cars pour un voyage touristique des #muz à Auschwitz ». La recommandation d’organiser un voyage à « frais de transport gratuit » accroît encore l’ignominie du message.

    L’UJFP, avec d’autres, a fait depuis longtemps la comparaison entre l’antisémitisme des années 1930 et l’islamophobie d’aujourd’hui. Alain Gresh parle de « frères jumeaux » à propos du livre d’Ilan Halevi, Islamophobie et judéophobie. L’effet miroir.

    Il semble que les nazillons français souhaitent à présent passer aux travaux pratiques. C’est fait au Québec où, selon Le journal du Québec, le suspect de l’attentat odieux contre la mosquée – qui a fait 6 morts dont l’imam – s’était radicalisé sur les réseaux sociaux à l’occasion de la venue de Marine Le Pen. D’une hostilité violente aux féministes – qu’il qualifiait de « féminazies » –, c’est un admirateur de Trump et aussi de l’armée israélienne.

    On sait que la fermeture des frontières américaines aux Juifs fuyant le nazisme a bloqué beaucoup d’entre eux en Europe nazie, avec comme conséquence ces voyages vers la mort.

    On attend les réactions des pseudo-laïques qui ferment les yeux devant l’islamophobie, des obsédés du voile et de l’Islam et des antiracistes de pacotille.

    L’UJFP a fait un signalement de ce tweet ignoble (pour le visualiser, cliquez ici) mais n’attend pas grand-chose de l’entreprise Twitter.

    Nous savons que ce qui compte, c’est de réaffirmer notre solidarité avec les « #muz » dans le combat commun de l’antiracisme politique.

    Le Bureau national de l’UJFP, le 31 janvier 2017.


  • http://www.dimedia.com/f000164250--fiche.html
    http://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/37/20/81/8462391/1540-1.jpg Lettre ouverte contre l’instrumentalisation politique de la laïcité
    MORIN, EDGAR 
    BALIBAR, ETIENNE 
    STORA, BENJAMIN 
    BLANCHARD, PASCAL 
    MABILON-BONFILS, BÉATRICE (Sous la direction de) 
    Éditeur : Aube (de L’)
    Collection : Urgence de comprendre
    EAN : 9782815921275
    Prix : 35,95 $
    Les polémiques et les débats n’en finissent plus autour de la conception de la laïcité, atteignant leur paroxysme à l’été 2016 autour du burkini. Posée depuis les origines républicaines comme une forme supérieure de lien social, au service de l’émancipation, de la formation d’un esprit critique et de la promotion de valeurs universelles et neutres, la laïcité procède aujourd’hui d’une nostalgie collective de réaction manifestant une forme identitaire majoritaire qui ne pense pas les identités minorées. L’objet de cet ouvrage est de faire entendre la voix d’intellectuels de renom pour crier halte au politiquement correct et pour déconstruire l’instrumentalisation de la laïcité, porteuse de rejet et d’exclusion, destructrice de vivre ensemble.

    AUTEUR(S)
    Cet ouvrage rassemble les contributions de Étienne Balibar, Pascal Blanchard, Philippe Blanchet, Jean-François Bruneaud, Christine Delory- Momberger, Rokhaya Diallo, François Durpaire, Ahmed El Keiy, Antoine Hennion, Martine Janner Raimondi, Pierre Merle, Béatrice Mabilon-Bonfils, Edgar Morin, Benjamin Stora, Pascal Tisserant, Laurent Visier, Christiane Vollaire, Geneviève Zoïa. Leurs contributions ici rassemblées sont inédites et ont été écrites pour l’ouvrage. Sous la direction de Béatrice Mabilon-Bonfils, François Durpaire, Christine Delory-Momberger



  • Silence des médias à propos d’une caravane qui a bien existé et dans le succès.

    Je me souviens du discours du député Francis Wurtz ce 5 juillet 2005 au Parlement européen de Strasbourg...je me souviens de celui de Jean Ziegler même jour à Genève. Je me suis arrêtée à Milan à la fête de l’huma. N Robin 

    Caravane pour la paix, partie le 05/07/2005 du Parlement européen de Strasbourg

    http://www.eutopic.lautre.net/coordination/spip.php?article139

    Appel de Strasbourg
    Coordination de l’Appel - 800 organisations, 22 pays d’Europe

    Caravane du Droit pour la Palestine
    lundi 28 février 2005
    Nous, femmes et hommes issus de tous les milieux culturels et sociaux, conscients d’appartenir à une seule communauté humaine, nous lançons un appel à une action internationale pour le respect du droit et de la dignité.
    Spéciquement, pour ce qui concerne la Palestine, ce droit et cette dignité sont bafoués avec la complicité des gouvernements du monde. La résistance de la population palestinienne en appelle au soutien de la société civile internationale.
    Une Caravane à destination de la Palestine nous semble être une
    initiative capable de mobiliser de nombreuses énergies an de concrétiser efficacement cette solidarité.
    I - OBJECTIFS
    1) Exiger le respect et l’application du droit international (entre
    autres, résolutions 194 -1948-, 242 -1967-, 338 -1973- et 1397
    – 2002- du Conseil de Sécurité de l’ONU) concernant :
    – L’arrêt des colonisations et le démantèlement de toutes
    les colonies installées depuis la guerre de 1967,
    – La cessation de toute présence militaire israélienne en Palestine ,
    – La reconnaissance du droit au retour pur et simple de tous les
    réfugiés.
    – Le démantèlement du mur érigé par Israël en Palestine
    (Tribunal International de la Haye),
    – La protection des populations civiles et les droits des prisonniers
    palestiniens (Conventions de Genève).
    – L’envoi sur place d’une force internationale de protection des
    populations et d’application des résolutions (notamment pour faire
    évacuer les colonies et désarmer les colons récalcitrants) est indispensable (proposition du Secrétaire Général de l’ONU en 2002).
    – Exiger l’application de la décision du parlement Européen concernant
    la dénonciation des accords privilègiés entre l’Europe et Israel
    2) exiger le respect du droit de libre circulation (conformément
    à la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU dans sa résolution 217 A (III) du 10
    décembre 1948. (article 13)
    – Pour la caravane,
    – Pour les citoyens du monde (souvent refoulés aux frontières
    tant israéliennes que palestiniennes illégalement contrôlées par les forces israéliennes),
    – Pour le peuple palestinien dans son ensemble tant à l’intérieur de
    son territoire reconnu par les instances internationales (suppression de tous les « check points » et autres barrages xes ou mobiles dans les villes comme en périphérie, ainsi que sur les routes palestiniennes) qu’à ses frontières. Les « routes de contournement » construites en Palestine doivent devenir propriété des palestiniens qui en disposeront librement.
    II - MOYENS
    1) L’information : la Caravane fera connaître la situation réelle en
    Palestine en opposant une information véritable à la désinformation généralisée,
    – En traversant le maximum de pays et en rencontrant les populations locales,
    – En contactant les médias, les réseaux et associations locales et internationales,
    – En créant (ou renforçant) des réseaux de solidarité,
    – En organisant meetings, tracts, discussions, interviewes, démarche offcielles et directes, interpellations d’élus, des gouvernements,
    etc.,
    – En organisant des événements culturels (telle une exposition
    itinérante en bus), politiques et internationalistes (manifestations) et festifs (concerts, etc.),

    – En réalisant sur le trajet des actions spectaculaires.
    Au total, il s’agira d’attirer au maximum la couverture médiatique
    locale, nationale et internationale dans le but d’augmenter
    le soutien effectif aux palestiniens et de contraindre les gouvernements du monde à agir pour la Palestine conformément à leurs opinions publiques respectives.

    2) La Caravane doit créer un mouvement unitaire international,
    – En réunissant au départ des gens de tous horizons et
    nationalités pour une même action, avec, comme ambition,
    au moins un véhicule par département français (sans compter les délégations de pays étrangers),
    – En rencontrant sur le trajet des gens de tous horizons et nationalités, pour les sensibiliser si ce n’est déjà fait et les inciter soit à se joindre à nous, soit à réaliser leur propre forme de solidarité avec
    les palestiniens notamment en faisant pression efcacement sur leur propre gouvernement,
    – En faisant le lien partout où cela sera possible avec d’autres initiatives et mouvements de solidarité.
    3) Sur place en Palestine : la Caravane, comme toute présence
    extérieure dans ce pays-prison, constitue un acte fort de résistance à l’occupation israélienne,
    – En créant de fait le lien entre la Palestine occupée et le
    reste du monde, Palestine isolée, trahie par la ‘communauté
    internationale’ ou plus exactement ses représentants,
    – En rencontrant pour les soutenir les individus et groupes israéliens qui luttent contre l’occupation illégale israélienne,
    – En adressant de fait au peuple israélien un message de paix, de rejet de la peur et de la haine,
    – En favorisant la rencontre entre les deux populations,
    – En témoignant de fait de la solidarité active des citoyens du
    monde.
    APPEL :
    « CARAVANE POUR LA PALESTINE - CARAVANE DU DROIT : 2005 »
    – site web : http://caravane.palestine.free.fr - email : caravane.palestine@free.fr
    __
    association loi 1901
    PRINCIPES ET ETHIQUE
    DECLARATION D’INTENTION
    Les adhérents de Caravane pour la Palestine inscrivent leur action dans le cadre des valeurs et objectifs de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et de la Convention Européenne des Droits de l’Homme. Ils ont en commun le désir de
    réaliser le projet pour lequel l’association a été créée :
    Former une caravane de véhicules motorisés, partant d’Europe (France) et à destination de la Palestine pour soutenir le peuple palestinien, qui résiste à une occupation inhumaine et illégale.
    Il s’agit d’exiger le respect et l’application du droit international, en général et le respect du droit de libre circulation, en particulier.

    Une fois ce projet réalisé, l’association sera automatiquement dissoute. La date limite
    ayant été fixée au 31 décembre 2005.

    L’adhésion à Caravane pour la Palestine implique que :
    – Je rejette le racisme sous toutes ses formes et tout type de discrimination.
    – Je rejette toute interprétation religieuse, ethnique ou relative à une quelconque « 
    guerre de civilisations », en ce qui concerne l’occupation de la Palestine.
    – je pense sincèrement que :
    Nous sommes des êtres humains
    Tous des êtres humains
    Rien que des êtres humains.
    LA CHARTE
    http://caravane.palestine.free.fr
    caravane.palestine@free.fr

    UNE NOUVELLE CONCEPTION DE L’ACTION CITOYENNE
    LA CARAVANE A ATTEINT SES OBJECTIFS
    Blog Audio de la Caravane pour la Palestine
    La Caravane pour le Droit : J-16
    Caravane du Droit pour la Palestine
    2003-2017 Appel de Strasbourg 

    • http://www.eutopic.lautre.net/coordination/spip.php?article337

      Appel de Strasbourg
      Coordination de l’Appel - 800 organisations, 22 pays d’Europe
      La Caravane du Droit refoulée violemment à la frontière Jordano-Palestinienne !
      Blog Audio de la Caravane pour la Palestine
      informations non officielles, mais souvent mises à jour...
      samedi 16 juillet 2005
      Audio Blog : Audio files in French, English, Turkish, Serbo-croat...
      La Caravane du Droit, partie du coeur-même du Parlement Européen à destination de Jérusalem pour solliciter l’application pleine et entière du Droit International, a été violemment refoulée par l’armée israélienne à la frontière entre la Cisjordanie occupée par Israël et la Jordanie, marquant l’irrespect du gouvernement israélien pour la liberté de circuler - irrespect vécu quotidiennement par la population des territoires occupés : des caravaniers contrôlés, marqués commme interdits de séjour pour 5 ans, certains ont été tabassés sans raisons ni explications. Rapports en arabe, anglais et français ci-dessous :
      Messages audio envoyés les 21 et 22 juillet depuis Madaba en Jordanie et qui relatent les événements du pont Allenby (frontière jordano-palestinienne).
      – en français, les caravaniers interdits de séjour en Palestine occupée contraints pour la plus grande partie d’entre eux à prendre le chemin du retour. Rapport sur les événements au pont d’Allenby écoutez ici
      – en français, rapport sur les événements au pont d’Allenby écoutez ici
      – en français - les caravaniers à l’ambassade de France en Jordanie écoutez ici
      – in arabic (introduction en français) écoutez ici
      – in english (introduction en français) écoutez ici
      – in american english by Catherine (introduction en français) écoutez ici
      Pour accéder à la même page avec un forum au bas de l’article permettant de lire ou de laisser des messages, correctifs, précisions, cliquer ici
      Blog audio de la « Caravane pour la Palestine », une caravane internationale pour la paix et le droit international partie le 5 juillet 2005 du Parlement de Strasbourg à destination de Jérusalem. Cliquez sur « Répondre à cet article » au bas de l’article pour apporter vos précisions, signaler une erreur, etc. Press « Répondre à cet Article » below to send an answer to this article, correct a mistake or an omission. Thank you.
      Samedi 16 juillet à 21h40 (heure de Damas)
      – en français par Zazie : interview d’une résidente francophone depuis 1 an à Damas écoutez ici

      Vendredi 15 juillet à 21h05 (heure de Damas)
      – en français par Michel Flament. ’’Une foule extraordinaire se presse autour des voitures. Des milliers de personnes...’’ La Caravane est accueillie par la foule dans le camp de réfugiés palestiniens à 125 km d’Alep. Les gens tendent les clefs de leur ancienne maison... écoutez ici

      Vendredi 15 juillet à 21h10 (heure de Damas)
      – en français par Zazie et Johanna. Emotion lors de l’accueil de la Caravane dans le Camp près d’Alep (suite) écoutez ici

      Jeudi 14 juillet à 19h30 (heure d’Istamboul)
      – en français par Michel Flament qui rappelle le contexte qui motive ’’la Caravane pour la Palestine, Caravane du Droit’’ écoutez ici (3Mo environs)

      Jeudi 14 juillet à 14h42 (heure d’Istamboul)
      – en langue TURQUE par Hakim, caravanier volontaire Turc écoutez ici

      mercredi 13 juillet à 17h12 (heure de Paris)
      – par Michel Flament. Rapport détaillé du passage par la Turquie. fichier son de 2Mo, à écouter ici

      mercredi 13 juillet à 16h (heure locale Turquie)
      – par Zazie. Tout le long de la route, en Turquie, la population se regroupe pour applaudir au passage de la Caravane pour la Palestine écoutez ici

      mercredi 13 juillet à 12h38
      – par Eric, de Lyon. Plus de détails sur l’accueil à la frontière par 50 sympathisants, puis à Istamboul par 200 personnes, conférence de presse au matin et bonne couverture par les médias, surtout par rapport à la France. écoutez ici

      mardi 12 juillet à 20h19
      – par Rachid, journaliste Algérien résident en Angleterre. A propos de l’appui demandé aux pays arabes pour les futures rééditions de la Caravane. écoutez ici

      mardi 12 juillet à 14h15 (English / Turkish)
      – A Istanboul. Sanim, membre du comité d’organisation de la Caravane en Turquie : introduction in English, then turkish

      mardi 12 juillet à 11h38 (English)
      – interview of Saïf. The palestinian peace activist arrested in Croatia joined again the Caravan in Istambul (in English) écoutez - listen here

      mardi 12 juillet à 11h35
      – A Istaboul Petit rapport et allocutions publiques (en Turc)

      lundi 11 juillet à 16h
      – Arrivée en Bulgarie, une partie de la Caravane est quant à elle déjà en route pour Istamboul pas de nouvelles bonnes nouvelles ici

      lundi 11 juillet à 9h30
      – Sur le point de quitter Belgrade. Impressions de la ville écouter en cliquant ici

      dimanche 10 juillet à 13h48
      – La Caravane du Droit s’est séparée en deux convois. Une partie se rend à la commémoration du massacre de Sebrenitza, l’autre partie gagne Istamboul directement.
      Voici les informations (transmises le 14 juillet) à propos de cette commémoration mouvementée du 10ème anniversaire du massacre de Sebrenitza à Belgrade le 6 juillet, par les femmes en noir bosniaques en présence de représentants de la Caravane du Droit. Affrontements entre la police et des contre-manifestants nationalistes serbes. En serbe par Oumma et en français par Johanna :
      – Compte-rendu par Oumma (en Serbe, à écouter ici)
      – Compte-rendu par Johanna (en Français, à écouter ici)

      – A Belgrade : lire texte ici

      dimanche 10 juillet à 12h10
      – nouvelles. Saif et Rachid sont à Athène écouter en cliquant ici

      samedi 9 juillet à 23h50
      – Traversée de la Serbie, pas de réseau...

      vendredi 8 juillet à 23h50
      – Bloqués à la frontière Croate Ambiance plus que tendue, écouter en cliquant ici

      vendredi 8 juillet à 23h
      – Frontière Croate Ca se corse, écouter en cliquant ici

      links to indymedia infos about the Caravan in Croatia :
      Croatian police stopped the Caravan for Palestine
      IMC Reports :

      http://newswire.indymedia.org/en/newswire/2005/07/823772.shtml

      http://croatia.indymedia.org/news/2005/07/938.php

      http://italy.indymedia.org/news/2005/07/830759.php

      vendredi 8 juillet à 20h45
      – En Slovénie Ecouter ici

      vendredi 8 juillet à 17h
      – Vers la Slovénie Pas de réception à la Région à cause des attentats à Londres.

      jeudi 7 juillet à 20h
      – A Trieste - Italie, Changement de programme. Pas de réception à la Région à cause des attentats à Londres.. Sur le chemin vers la Maison du Peuple « Palestina Libre ! »

      jeudi 7 juillet à 19h11
      – A Trieste - Italie, devant le Conseil de Région. Musique sur « Magna Plaza » et accueil par des groupes révolutionnaires.

      jeudi 7 juillet à 10h10
      – A Milan, accueil Grandiosissimo pour la Caravane, qui s’est scindée en plusieurs parties pour faire face à toutes les manifestations organisées pour son accueil. Et maintenant en route pour Trieste.

      Ci-dessous, l’itinéraire :

      voir site officiel de la Caravane ici

      source :
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    Source : Orient XXI

    Pourquoi le monde musulman est devenu l’épicentre des conflits mondiaux
    lundi 5 décembre 2016
    Par SMAÏL GOUMEZIANE

    Après la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, et l’acceptation quelques mois plus tard de la réunification de l’Allemagne par l’URSS finissante, on pensait que la fin de la guerre froide allait advenir et avec elle la fin de tous les conflits. Ce fut une erreur. Ce qu’il est convenu d’appeler le monde musulman allait, dans la douleur, l’apprendre à ses dépens.

    Depuis près de quarante ans maintenant, le monde musulman est devenu le foyer de plusieurs conflits particulièrement dévastateurs, mêlant rivalités nationalistes, convoitises néocoloniales ou impérialistes et terrorismes : guerre du Liban (1975-1990) ; guerre Iran-Irak (1980-1988) ; première guerre d’Irak (Opération « Tempête du Désert » 1990) ; guerre « civile » en Algérie (1991-2000) ; guerre d’Afghanistan (depuis 2001) ; seconde guerre d’Irak (depuis 2003). Plus près de nous, avec l’organisation de l’État islamique (OEI) en Irak puis en Syrie, un terrorisme à visée mondiale est désormais à l’œuvre. Enfin, depuis 2011, l’éruption des « printemps arabes » a généré divers conflits dans la région, notamment en Tunisie, en Libye, en Égypte et en Syrie, dont les impacts dévastateurs sur la région du Maghreb, le Proche-Orient et les pays limitrophes de l’Afrique subsaharienne (Mali, Niger, Tchad, Nigeria) sont loin d’être identifiés et encore moins maitrisés.

    Pour ces raisons, le monde musulman est devenu l’épicentre des conflits mondiaux. Avec d’autant plus de facilité qu’il reste, plus que jamais, marqué par des divisions et des rivalités historiques qui en font un ensemble plutôt hétéroclite et instable, loin de correspondre à la notion consensuelle de « monde musulman » que ni l’Organisation de la coopération islamique (OCI) sous obédience saoudienne ni la Ligue des États arabes ne réussissent à traduire en termes politiques, économiques ou même religieux. Pour autant, comment expliquer la multiplication et la quasi-permanence de tous ces conflits depuis plus d’un demi-siècle ? L’islam, la religion commune, en serait-elle la cause première comme le martèlent moult « spécialistes » armés de diverses idéologies, dont celle du « choc des civilisations » cher à Samuel Huntington ? Cette hypothèse ne tient guère la route, bien qu’elle continue à être régulièrement assénée. La réalité des conflits est le fruit amer des contradictions terrestres et bien humaines liées aux intérêts politiques, économiques et religieux contradictoires et très anciens.

    DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE AU MUR DE BERLIN

    Depuis la première guerre mondiale, plusieurs phases expliquent la montée en puissance des conflits dans le monde musulman.

    -- La première phase a débuté avec la guerre de 1914-1918, qui s’est traduite par un affrontement violent de la Triple-Entente (France, Royaume-Uni, Russie) avec l’empire ottoman, conduisant à son abolition et à son dépeçage. Les grandes lignes de ce partage furent tracées dès 1916 par la signature des accords secrets dits « de Sykes-Picot » entre le Royaume-Uni et la France, avec la bénédiction du pouvoir tsariste de Russie.

    -- Une seconde phase débuta au même moment, avec l’aboutissement d’autres négociations secrètes menées, depuis des années, par le Royaume-Uni avec des représentants de l’Organisation sioniste mondiale. La Déclaration Balfour de novembre 1917, par laquelle le gouvernement britannique s’engageait à favoriser la création d’un « foyer national juif » sur le territoire de la Palestine, en fut le point d’orgue. Cette phase s’acheva avec la création violente d’un État, Israël, aux origines coloniales avérées, sur le territoire de Palestine en 1948. Elle n’en finit pas d’être un abcès de fixation et une source essentielle de conflits au cœur du monde musulman tout entier.

    -- La fin de la guerre de 1914-1918 couronnée par la victoire de la Triple-Entente ouvrit une troisième phase, celle de la systématisation du colonialisme franco-anglais à forts relents pétroliers. Elle se traduisit, sous diverses formes (mandats, protectorats et zones d’influence) par la création, la colonisation et la domination de nombreux pays dans le monde musulman, à l’exception de la Turquie, sauvée de la disparition par la Révolution nationale dirigée par Mustafa Kemal, et de l’Iran et l’Arabie saoudite où la politique coloniale s’affirma non pas sous la forme de la domination directe, mais par celle, plus subtile et perverse, des zones d’influence.

    -- Une quatrième phase, alimentée dès la fin du XIXe siècle par la Nahda1 vit l’éclosion de nombreuses controverses théologiques et politiques afin de résister et de vaincre le colonialisme. Parmi ces nouvelles idées, celles du panislamisme et du panarabisme. Celles-ci durent cependant laisser la place au nationalisme qui conduisit à la décolonisation violente et aux indépendances.

    -- Une cinquième phase en découla, celle de la domination des régimes autoritaires dans les pays nouvellement indépendants, de l’échec du développement et de la montée de l’islamisme politique sous toutes ses formes. Cette phase a connu son apogée à la fin des années 1970.

    -- Enfin, une sixième phase débuta dès les années 1980 avec l’avènement de la mondialisation, la chute du mur de Berlin, l’effondrement du bloc soviétique et l’implosion du tiers monde.

    PÉTROLE ET VENTE D’ARMES

    Mais alors, quelles sont les causes fondamentales des conflits qui ont embrasé le monde musulman au cours de ces différentes périodes ? À l’examen, la cause purement religieuse, celle qui sous-tend le « choc des civilisations » n’est guère crédible. Il n’y a pas d’un côté un monde musulman homogène et de l’autre un monde « judéo-chrétien » homogène. Plus objectivement, trois causes principales expliquent cette concentration des conflits dans le monde musulman.

    La première, et probablement la plus importante, est constituée par le fait que depuis la première guerre mondiale et jusqu’à nos jours, le monde musulman est devenu le principal bassin énergétique de la planète. Les pays musulmans possèdent à eux seuls plus de 50 % des réserves mondiales prouvées de pétrole, dont près de 16 % pour la seule Arabie saoudite, 10 % pour l’Iran, 9 % pour l’Irak et 6 % pour le Koweït. À cela s’ajoutent les réserves gazières. À eux seuls, l’Iran et le Qatar possèdent un tiers des réserves mondiales prouvées (la Russie dispose de 22 %), notamment grâce à un énorme gisement frontalier des deux pays. Depuis quelques années, une concurrence féroce se déroule autour de trois projets de gazoducs. Les deux premiers (North/South Stream et Nabucco), partant d’Iran ou du Qatar, traverseraient la Syrie, et mettraient face à face, d’un côté Russes et Iraniens associés à Bachar Al-Assad, et de l’autre les États-Unis et le Qatar associés à une Syrie « débarrassée » d’Assad. Le troisième projet, appelé Léviathan, piloté par Israël (qui en a exclu tous les riverains, dont les territoires palestiniens), à partir d’un immense gisement offshore s’étendant tout le long de la côte orientale de Méditerranée de Gaza à la Syrie, aboutirait… à Chypre en passant par le Liban. À l’évidence, c’est toute la question du leadership mondial sur le marché du pétrole et du gaz qui se joue au Proche-Orient. On comprend mieux les implications divergentes et complexes des Russes, des Américains, des Européens, mais aussi des Turcs, des Iraniens, des Saoudiens et des Israéliens dans les conflits.

    La seconde cause est liée à l’évolution de la production et de l’utilisation des matériels à usage militaire depuis la fin de la guerre froide. À cause de l’effondrement du bloc soviétique et de la fin de la course aux armements entre l’Est et l’Ouest, les complexes militaro-industriels ont dû changer de stratégie. Le monde musulman est devenu le nouveau lieu d’exploration, de diffusion et d’utilisation des produits de l’industrie de l’armement mondiale — le segment de marché le plus florissant au monde. Les pays occidentaux vendent une quantité d’armes croissante aux différents pays musulmans. Désormais, l’Arabie saoudite est passée devant l’Inde comme premier importateur mondial d’armement ! Pis, lorsque certains pays de la région, comme l’Égypte, n’ont pas les moyens de payer leurs achats, l’Arabie saoudite n’hésite pas à en assurer le financement. Bien entendu, ces achats ne se transforment pas en stocks d’armement, ils suscitent et alimentent régulièrement des conflits aux effets particulièrement dévastateurs. Grâce à cela, l’économie de l’armement ne connait guère la crise et les États-Unis contrôlent plus de 80 % des transactions.

    RÉGIMES AUTORITAIRES ET FANTASMES CALIFAUX

    La troisième cause des conflits provient de l’évolution politique des pays musulmans eux-mêmes. Au lendemain des indépendances, au lieu de promouvoir des politiques soucieuses de démocratie interne, de complémentarité économique et de bon voisinage régional, ils se sont enfermés dans des régimes autoritaires. Ces régimes, en instrumentalisant la religion commune, ont promu des politiques économiques rentières et concurrentielles, générant des rivalités, plus ou moins attisées par les partenaires extérieurs au gré de leurs intérêts géostratégiques. Ceci a favorisé l’émergence de l’islam politique et de sa frange la plus radicale, utilisant le terrorisme.

    La crise des nationalismes qui s’en est suivi a fait resurgir de façon fantasmagorique plusieurs projets « califaux » concurrentiels à l’origine de l’expansion de divers conflits : celui de la Turquie qui n’a toujours pas fait le deuil de l’empire ottoman ; celui de l’Iran, qui rêve d’un califat chiite réhabilitant la grandeur de l’empire perse ; celui de l’Arabie saoudite, obnubilée par le retour au califat arabe, mais sous doctrine wahhabite ; celui, enfin, de l’OEI qui, par la terreur, le « djihadisme » et le dogme salafiste takfiriste, tente de promouvoir, selon une horrible parodie, un pseudo-califat originel étendu à toute la planète.

    Tout cela, à l’évidence, laisse peu de place à l’expression libre des populations musulmanes, en matière civile et religieuse, et à leur marche commune et pacifique vers le progrès et le développement réel. Au bout du compte, le monde musulman est, depuis longtemps, victime d’un triple piège : celui du dogme religieux ; celui de divers autoritarismes politiques ; celui d’un système capitaliste désormais mondialisé2.

    Dans ces conditions, ces conflits récurrents ne pouvaient être autrement que tragiques et destructeurs. Au-delà des immenses dépenses de guerre (plus de 6 000 milliards de dollars pour les deux guerres d’Afghanistan et d’Irak), et du gonflement conséquent des budgets militaires lors de chacun des conflits, des destructions humaines et la dévastation de villes et de régions entières, voire de sociétés, en ont résulté pour le plus grand bénéfice des complexes militaro-industriels. Les marchés financiers ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : en 2014, les cinq plus grandes sociétés américaines de l’armement ont vu leur cotation grimper de plus de 19 %, soit plus que les prévisions faites alors par l’index de Standard & Poor’s. Au même moment, sur les marchés internationaux, le pétrole connaissait une brutale (et durable) chute des prix de quelque 150 dollars le baril à 30 ou 40 dollars, plongeant davantage les pays musulmans pétroliers dans la crise.

    « LE PLUS GRAND CHARNIER DE L’APRÈS-GUERRE FROIDE »

    Cela s’est aggravé dès 2011 avec l’éruption des « printemps arabes ». Comme une lame de fond, les mouvements de contestation populaire ont conduit au départ de Zine El-Abidine Ben Ali le Tunisien, de Hosni Moubarak l’Égyptien et à la mort, pour le moins suspecte, de Mouammar Kadhafi le Libyen. Pourtant, le mouvement s’est arrêté, sous l’effet d’une répression plus ou moins violente, aux portes des monarchies du Proche-Orient et bascula, en Syrie, dans une tragique guerre civile particulièrement meurtrière. Les mouvements à l’origine des Printemps arabes n’ont pas abouti à une véritable transition démocratique. À l’exception de la Tunisie qui a organisé dans la douleur des élections libres pour une nouvelle Constitution démocratique, puis des législatives et une élection présidentielle intégrant l’islam politique dans un processus démocratique et (relativement) pacifique, partout ailleurs on s’est contenté de faire en sorte que rien ne change. En Égypte, après la destitution et la condamnation du président islamiste élu Mohamed Morsi, on est revenu, après un simulacre d’élection, à un régime autoritaire avec le général Abdel Fattah Al-Sissi. En Libye, malgré l’instauration d’un Conseil national de transition, le pays a sombré dans une instabilité chronique alimentée par des luttes claniques et tribales, notamment après le départ des troupes occidentales. Laissant le champ plus ou moins libre à la prolifération incontrôlée des armements, en Libye et dans les pays voisins, et l’installation de l’OEI au Maghreb, en Afrique subsaharienne et jusqu’au Nigeria, sous la forme d’une nébuleuse de groupuscules lui ayant prêté allégeance et multipliant les actions terroristes. Comme un prélude à de nouvelles interventions militaires étrangères à la région.

    Dans ces conditions, le monde musulman, — où les oppositions démocratiques ont été bâillonnées, réprimées et laminées — reste le lieu de rivalités intestines entre divers projets autoritaristes et/ou islamistes concurrentiels que les puissances étrangères soutiennent, combattent ou attisent au gré de leurs intérêts. La région ne pouvait que devenir le plus grand charnier de l’après-guerre froide.

    Depuis les années 1980, les différents conflits se sont soldés par plus de trois millions de morts, en très grande majorité musulmans. Des villes entières ont été rayées de la carte dans plusieurs pays, notamment en Syrie et en Irak, et leurs populations anéanties, déplacées ou parties par millions dans des conditions extrêmes se réfugier dans les pays voisins et jusqu’en Europe. L’actualité témoigne, au quotidien, via les médias et autres réseaux satellitaires, de ces tragédies vécues par les hommes, les femmes et les enfants, qui tentent par tous les moyens de fuir cet enfer, par voie terrestre ou maritime, au prix le plus exorbitant qui leur est fixé par les réseaux de passeurs : celui, inestimable, de leur vie. Existe-t-il pour le monde musulman un espoir de sortir de cette spirale infernale enclenchée depuis un siècle ? Bien évidemment oui3, il faudra nénamoins beaucoup de temps, de patience et une mobilisation pacifique de toutes les bonnes volontés soucieuses d’instaurer une paix durable dans la région et de promouvoir la liberté pour tous.

    SMAÏL GOUMEZIANE
    1Mouvement de renaissance arabe moderne, à la fois littéraire, politique, culturelle et religieuse, né à l’époque des contacts avec l’Occident et des grandes réformes promues par l’empire ottoman et les pouvoirs autonomes d’Égypte et de Tunisie. Pour plus de détails sur ce point, voir Smail Goumeziane, L’Islam n’est pas coupable, éd. Non Lieu, 2016 ; p. 159 et suivantes.
    2Ibid., p. 175 et suivantes.
    3Op. cit., p. 225 et suivantes.

    – Sociétés Civiles à Parlement Européen

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  • Ignacio Ramonet, l’excellence fidèle à elle-même . N Robin

    « Pour nos combats de demain, pour un monde plus libre, plus juste, plus égalitaire, plus fraternel et solidaire, nous devons maintenir vivante la mémoire de nos luttes »
    Gunter Holzmann

    L’ère de Trump commence...

    Par Ignacio Ramonet | 19 janvier 2017

    IGNACIO RAMONET
    Président de l’association Mémoire des Luttes

    Après la signature de l’accord entre la Russie et la Turquie qui mit fin à l’interminable bataille d’Alep, je lis dans un célèbre hebdomadaire français le commentaire suivant : « La crise permanente du Proche-Orient est loin d’être réglée. Certains pensent cependant que la solution passe désormais par la Russie. D’autres croient que tout dépend des autorités turques. Mais ce qui est clair aujourd’hui, encore une fois et définitivement – espérons-le – c’est que la Russie a entre ses mains les arguments décisifs pour mettre fin à cette crise. » Pourquoi je cite ce commentaire ? Parce qu’il a été publié dans le magazine parisienL’Illustration… le 10 septembre 1853.

    Il y a cent soixante trois ans donc, la crise du Proche-Orient était déjà qualifiée de « permanente ». Et il est fort probable qu’elle le sera encore longtemps… Toutefois, un paramètre important change à compter du 20 janvier : un nouveau président des Etats-Unis s’installe à la Maison Blanche : Donald Trump. Cela peut-il changer la donne dans cette région si agitée ? Oui, parce que depuis la fin des années 1950, les Etats-Unis exercent une influence déterminante dans cette région et que depuis lors, tous les présidents de cette très grande puissance, sans exception, sont intervenus sur ce théâtre.

    Rappelons que le chaos actuel au Proche-Orient est en grande partie la conséquence des interventions militaires américaines, décidées successivement, depuis 1990, par les présidents George H. Bush, Bill Clinton y George W. Bush, et plus récemment, par le soutien précipité aux « printemps arabes », décidé par Barack Obama et sa secrétaire d’Etat Hillary Clinton.

    Même si la ligne politique défendue par le candidat républicain pendant la campagne électorale a été globalement qualifiée d’ « isolationniste », Donald Trump a déclaré à des multiples reprises que l’organisation Etat islamique (OEI ou Daech) est l’ennemi principal de son pays et que sa première préoccupation sera, en conséquence, de le détruire militairement. Pour remplir cet objectif, Trump est prêt à faire une alliance tactique avec la Russie, puissance présente militairement en Syrie depuis 2015 en tant qu’allié principal du gouvernement de Bachar El Assad. Si cette décision de Donald Trump se confirme, elle représenterait un changement spectaculaire d’alliances, ce qui déconcerte même les alliés traditionnels de Washington. Surtout la France dont le gouvernement socialiste – pour des étranges raisons d’amitié et d’affaires avec des Etats théocratiques ultra-réactionnaires comme l’Arabie saoudite et le Qatar par exemple – a fait du renversement de Bachar El Assad – et par conséquent de l’hostilité envers le président russe Vladimir Poutine – l’alpha et l’oméga de sa politique proche-orientale [1].

    Donald Trump a raison : les deux grandes batailles pour vaincre définitivement les djihadistes de Daech – celle de Mossoul en Irak et celle de Raqqa en Syrie – ne sont pas encore gagnées, et elles seront féroces. Une alliance militaire avec la Russie est sans doute une bonne option. Moscou a d’autres alliés importants dans cette guerre de Syrie. Notamment l’Iran qui participe directement au conflit syrien avec des fantassins et de l’armement, et indirectement, en fournissant des équipements militaires aux volontaires des milices libanaises chiites du Hezbollah. Le problème de Trump est qu’il a répété pendant sa campagne électorale que l’Accord international sur le programme nucléaire iranien, signé avec l’Iran et six autres puissance mondiales, et entré en vigueur le 15 juillet 2015 (et auquel se sont opposés avec force les républicains au Congrès), était un « désastre »et « le pire des accords qu’on pouvait négocier ». Il a ainsi annoncé qu’une autre priorité, dès son arrivée à la Maison Blanche, serait de démanteler cet Accord qui garantit le contrôle du programme nucléaire iranien pendant plus de dix ans, mais lève aussi la majorité des sanctions économiques imposées par les Nations unies contre Téhéran.

    Briser cet Accord avec l’Iran ne sera pas chose simple, puisqu’il a été signé avec les autres membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (Chine, France, Royaume-Uni, Russie) et avec l’Allemagne, que Washington devra alors affronter. De plus, l’apport de l’Iran à la bataille contre Daech, aussi bien en Irak qu’en Syrie, est fondamental. Le moment est malvenu de se fâcher à nouveau avec Téhéran. Moscou, qui apprécie un éventuel rapprochement de Washington, n’est pas prêt à mettre en péril son alliance stratégique avec Téhéran.

    L’un des premiers dilemmes du président Donald Trump sera donc de résoudre cette contradiction : comment renforcer son alliance avec Moscou tout en se déclarant hostile à Téhéran ? Ce ne sera pas facile. Parce que l’équipe de faucons qu’il vient de nommer à des postes clés semble fort hostile à l’égard de l’Iran [2].

    Par exemple, le général Michael Flynn, son conseiller à la sécurité nationale (rôle qu’a joué Henry Kissinger auprès de Ronald Reagan) est obsédé par l’Iran. Ses détracteurs le définissent comme « islamophobe » parce qu’il aurait publié des opinions ouvertement racistes. Comme par exemple, ce commentaire sur son compte Twitter : « La crainte vis à vis des musulmans est parfaitement rationnelle ». Flynn a participé à des campagnes destinées à démanteler les réseaux rebelles en Afghanistan et en Irak. Il est convaincu que le djihadisme islamiste constitue une « menace existentielle à l’échelle globale ». Il affirme, comme Trump, que l’organisation Etat islamique constitue une « menace majeure »pour les Etats-Unis. Lorsqu’il était le directeur de l’Agence d’intelligence de la Défense (AID) entre 2012 et 2014, il a dirigé l’enquête sur l’attaque du consulat des Etats-Unis, le 11 septembre 2012, à Benghazi, en Libye, où plusieurs « marines », ainsi que l’ambassadeur Christopher Stevens ont été tués. A cette occasion, Michael Flynn a bien insisté sur l’objectif de son agence, qui, comme celui de la CIA, était de « démontrer le rôle de l’Iran dans cette attaque » [3]. Même si la participation de Téhéran n’ait jamais été démontrée. Chose curieuse, malgré son hostilité vis-à-vis de l’Iran, Michael Flynn est également d’accord pour travailler plus étroitement avec la Russie. Il s’est même rendu à Moscou où il a été pris en photo aux côtés de Vladimir Poutine lors d’un dîner de gala organisé par la chaîne de télévision d’Etat, Russia Today (RT), où il intervient régulièrement en qualité d’analyste. Postérieurement, il a admis avoir été payé pour faire ce voyage et a défendu la chaîne russe, en disant qu’il ne voyait« aucune différence entre RT et la chaîne américaine CNN ».

    Un autre anti-iranien convaincu est le nouveau directeur de la CIA Mike Pompeo, ancien militaire formé à l’Académie West Point et membre de l’ultra-conservateur Tea Party. A l’issue de sa formation militaire, il a été destiné à une zone d’extrême tension pendant la guerre froide : il a été chargé de surveiller « le rideau de fer » jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989.

    Au cours de sa carrière politique, Mike Pompeo a fait partie de la Commission d’Intelligence du Congrès où il s’est distingué lors de l’enquête qui a mis en sérieuse difficulté la candidate démocrate Hillary Clinton à cause de son supposé rôle pendant l’attaque de Benghazi. Ultra conservateur, Pompeo est opposé à la fermeture de la base de Guantanamo (Cuba) et a critiqué les dirigeants de la communauté musulmane des Etats-Unis. Il est un partisan décidé de la dénonciation du traité nucléaire signé avec l’Iran, qu’il considère comme un« Etat promoteur du terrorisme ».

    Mais peut être le plus enragé des ennemis de l’Iran au sein de l’entourage de Donald Trump est le général James Mattis, surnommé « le chien fou », qui sera à la tête du Pentagone [4], en tant que ministre de la Défense. Ce général à la retraite, âgé de 66 ans, a démontré sonleadership militaire en commandant un bataillon d’assaut lors de la première guerre du Golfe en 1991 ; plus tard, en 2001, il a dirigé une force spéciale au sud de l’Afghanistan ; en 2003, il a commandé la première division d’infanterie de marine entrée à Bagdad pour renverser Sadam Hussein. En 2004, il était à la tête de l’offensive lors de la prise de Falloujah en Irak, bastion de la révolte sunnite. Homme cultivé, lecteur des classiques grecs, il est aussi surnommé le « moine guerrier », allusion au fait qu’il est resté célibataire sans enfants. James Mattis a répété sans cesse que l’Iran est la « menace principale » pour la stabilité du Proche-Orient, au delà des organisations terroristes telles que Daech ou Al Qaeda : « Je considère que Daech est une excuse pour que l’Iran continue à faire du mal. L’Iran n’est pas un ennemi de Daech ; Téhéran a beaucoup à gagner avec l’agitation créée par Daech dans la région. »

    Il est clair que, en matière de géopolitique, Donald Trump devra résoudre rapidement cette contradiction. Au Proche-Orient, Washington ne peut pas être – en même temps – en faveur de Moscou et contre Téhéran. Il faudra clarifier les choses. Sinon, on ne peut que redouter l’entrée en scène du nouveau maître du Pentagone, James Mattis « chien fou », dont il faut se souvenir d’une de ses menaces les plus connues, proférée devant une assemblée de notables bagdadis lors de l’invasion de l’Irak en 2003 : « Je suis venu vous rencontrer en paix et sans armes. Mais, les larmes aux yeux, je vous le promets : si vous ne filez pas droit, je vous tuerai tous ! »


  • Radio Orient : 19/01/17
    Le soufisme en deuil
    Maroc : L’hommage de Bariza Khiari
    au chef de la Zaouia Boutchichia Qadirryya décédé. 19/01/17
    Il était le chef de l’une des plus grandes confréries soufi du Maroc, la Zaouia Boutchichiya, Sidi Hamza al-Qadiri al-Boutchichi est mort ce mercredi…

    Il était âgé de 95 ans

    Il était le descendant d’une longue lignée de maîtres spirituels de la voie soufie…

    Retour sur son parcours avec la sénatrice socialiste et présidente de l’Institut des Cultures d’Islam Bariza Khiari qui rend hommage à cette figure du soufisme.

    Propos recueillis François-Xavier de Calonne.

    Un hommage très intéressant ! N Robin sur ce lien :

    http://www.radioorient.com/maroc-le-chef-de-la-zaouia-boutchichia-qadirryya-decede


  • C’est ce qu’on appelle une Girouette médiatique !
    Alexandre Adler : Russie, Syrie, Iran, Irak, Afghanistan, Palestine, Algérie, Tunisie, Maroc, ...

    D’origine russe, Alexandre Adler nous livre « ses » analyses sur la guerre en Syrie, la Russie de Poutine et l’élection de Trump, qui tranchent radicalement avec celle des médias courants du moment. Un point de vue tout de même intéressant même si le personnage est discutable.

    Ses aller-retour de la gauche extrême à la doite extrême, socialiste puis communiste avant d’être ultra - capitaliste, ses positions, un coup BHListe, glucksmaniste, kouchneriste, un coup chevènementiste, segainistes, chiraquiste puis max galloïste pour finir sarkoziste et bushiste après avoir été profondément hollandiste, son passage de Libération au Figaro, ses prises de position pro-guerres d’Irak, d’Afghanistan ou de Libye et ultra - sionistes sur la question palestinienne, son soutien à Israël et à la Tunisie de Ben Ali, ses vociférations contre l’Algerie et le Maroc avant quelques assouplissements, sa haine des frères musulmans et de l’Iran, du Hezbollah chiite libanais, on l’aura compris, font d’Alexandre Adler l’Internationale Girouette de la Géopolitique (IGG).

    Alexandre Adler est l’un des journalistes critiqués par le film documentaire français sorti en janvier 2012 : Les Nouveaux Chiens de garde, lui-même tiré de l’essai éponyme de Serge Halimi paru en 1997.

    Il vient à nouveau en éclaireur (ou falsificateur) sur l’actualité Poutine/Assad et la guerre en Syrie. Il n’aime pas Bachar El Assad alors qu’il avait plaidé quelques années auparavant pour sa sauvegarde.

    Il est l’Invité des Matins de France Culture à propos de son dernier livre le 17/01/17 :

    Peut -on le croire, vu le vide politique et la « Nakba » médiatique en France sur la question ?

    https://www.franceculture.fr/personne-alexandre-adler.html

    17.01.2017
    Donald Trump : il était une fois en Amérique

    Cf. deux liens le concernant dont Wikipedia et ACRIMED

    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Adler

    http://www.acrimed.org/Les-faceties-d-Alexandre-Adler-un-historien-experimental-des-pays-arabes

    • https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Adler
      Alexandre Adler
      Naissance 23 septembre 1950
      ParisNationalitéfrançaiseProfessionjournalisteSpécialitérelations internationalesAutres activitéshistorienSite internetalexandreadler.commodifier 

      Alexandre Adler, né le 23 septembre 1950 à Paris, est un historien et journaliste français, spécialiste des relations internationales.

      Biographie

      D’origine juive allemande et russe[1], sa famille maternelle, les Bauer, réside en Turquiedepuis le début du xxe siècle et échappe ainsi aux persécutions nazies. En revanche, tous les membres de sa famille paternelle, à l’exception de son père Emeric, sont morts endéportation. Sa filiation paternelle est une filiation de Cohen, et de rabbins. Son père Emeric Adler, décédé en 2003 à l’âge de 95 ans, était un ingénieur constructeur de voies ferrées dans l’Empire ottoman, originaire de laBohême, actuelle République tchèque, parlant parfaitement sept langues étrangères, et qui s’était installé en France dans le courant desannées 1930. Il avait servi à la Légion étrangère entre 1939 et 1945[2].

      La langue maternelle d’Alexandre Adler est l’allemand. De parents laïcs et socialistes, il ne reçoit aucune éducation religieuse, aucune transmission de judéité « sauf l’humour » dit-il, mais il étudie en profondeur le judaïsme à l’âge adulte. En 1969, Alexandre Adler est reçu à l’École normale supérieure[3]. Il est ensuite reçu à l’agrégation d’histoire.

      Universitaire spécialiste de l’Union soviétiqueet de l’Europe de l’Est (il est cousin de l’ancien premier ministre roumain Petre Roman), Adler enseigne successivement à l’université Paris-VIII, à l’ESCP et est détaché par la suite auprès de l’enseignement militaire supérieur, notamment au Collège interarmées de défense jusqu’en 2000. Après cette date, il n’a plus qu’une activité journalistique.

      Alexandre Adler est marié à Blandine Kriegel, philosophe et historienne, fille du résistant, puis dirigeant communiste, Maurice Kriegel-Valrimont, et de Paulette Lesouëf-Brévillier[3].

      Chevalier de la Légion d’honneur en mai 2002[4], il est fait officier de l’ordre national du Mérite[5] le 19 janvier 2007, par le président de la République, Jacques Chirac. Franc-maçon, il a été initié à la Grande Loge nationale de France en 2000[6], l’a quittée et a rejoint laLoge nationale française.

      Carrière journalistiqueModifier

      Celle-ci commence en 1982, à Libération, où il suit les affaires soviétiques, avec un bref passage en 1983-1984 au quotidien, Le Matin de Paris.

      En 1992, il quitte Libération pour participer à la direction de Courrier international, pendant 10 ans[3]. Il sera successivement rédacteur en chef, puis directeur éditorial.

      Parallèlement, il collabore deux ans au magazine Le Point, deux ans à L’Express, où il tient une chronique de politique internationale, et enfin cinq ans au Monde comme conseiller proche de Jean-Marie Colombani.

      De 1994 à 2003, il présente l’émission Les mercredis de l’Histoire sur Arte[3].

      À partir du 11 septembre 2001, il prend un virage atlantiste et défend la politique deGeorge W. Bush[3].

      En désaccord avec la ligne éditoriale duMonde, il quitte le quotidien et Courrier international, devenu filiale à 100 % du Mondefin 2002.

      Il a quitté le groupe Le Monde à la suite du scandale suscité par une chronique dansCourrier international intitulée Tournant en Allemagne ?[7],[8].

      Il rejoint Le Figaro en novembre 2002 en tant que « conseiller rédactionnel et éditorial »[7].

      Son livre J’ai vu finir les mondes anciens, s’est vendu à 140 000 exemplaires[3].

      Il est aujourd’hui membre du comité éditorial du Figaro.

      Figure bien connue des médias audiovisuels, Alexandre Adler est apparu souvent sur les écrans de la télévision et les antennes de la radio. En 1993-1995 il est chroniqueur àEurope 1. En 1995-1996 il chronique la politique étrangère sur RTL.

      Enfin en 1998, il a réalisé une série de chroniques historiques de 13 minutes sur lexxe siècle, intitulée Histoire de comprendre, initialement réalisée pour La Cinquième. Alexandre Adler a aussi collaboré à TV5 Monde et à Direct 8, la chaîne de la Télévision numérique terrestre qui appartenait à Vincent Bolloré (Le Monde d’Adler, présenté avecMikaël Guedj).

      De septembre 2002 à juillet 2011, il présente chaque matin une chronique dans Les Matins de France Culture.

      Alexandre Adler est réputé pour sa connaissance des différents acteurs internationaux de la géopolitique et d’événements locaux rarement évoqués dans l’ensemble des médias français. Comme il le rappelle fréquemment, par exemple dans ses chroniques sur France Culture, il était proche du bloc soviétique pendant les années 1970, tout en ayant une vision devenue progressivement critique après l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968.

      Inspiré par l’intérêt pour la longue durée deFernand Braudel, Adler aime parfois se lancer dans des anticipations risquées, qualifiées ensuite d’audacieuses ou de douteuses selon qu’elles se révèlent exactes (chute de Mikhaïl Gorbatchev, trois mois avant le coup d’État de 1991[9], chute de Slobodan Milošević enSerbie deux mois avant qu’elle ne survienne, victoire du Parti des travailleurs brésilien, triomphe des idées de Deng Xiaoping en 1992-1993...) ou non (comme lorsqu’il misa sur la défaite de Barack Obama à l’élection présidentielle américaine de 2008). Il aime aussi émettre des interprétations très personnelles, comme lorsqu’il affirme, dansJ’ai vu finir le monde ancien, que lors de laguerre contre l’Angleterre en 1812, les États-Unis auraient renoncé assez vite à conquérir le Canada car ils ne voulaient pas intégrer un bloc de population francophone aussi important. La chance lui sourit parfois : lesaccords d’Oslo interviennent six mois après qu’il a consacré une couverture du Courrier international au dialogue israélo-palestinien, et les démêlés de l’UBS et du Crédit suisse sont révélés par les média peu après qu’il a, sur Les Matins de France Culture, commenté les pressions américaines contre le secret bancaire suisse[10] : dans sa stratégie de communication, les anticipations réussies et les coups de chance font figure d’une exceptionnelle compétence en prospective, notamment dans sa chronique quotidienne sur l’actualité internationale dans Europe 1 Matin (qu’il anime jusqu’au 23 novembre 2012), ce qui lui vaut d’être régulièrement moqué dans La revue de presque de Nicolas Canteloup qui l’imite en commençant chacune de ses interventions par « Bonjour Bruce »[11]. À partir du 26 novembre 2012, sa chronique change d’émission et de format et a lieu à18 h 30 dans Europe 1 soir[12].

      En mars 2012 il publie avec Vladimir Fédorovski Le Roman du siècle rouge sur l’histoire secrète du xxe siècle.

      Recherche universitaireModifier

      Alexandre Adler est le directeur scientifique de la chaire de géopolitique de l’université Paris-Dauphine créée en novembre 2009. La chaire comprend un volet enseignement et un volet recherche portant notamment sur les points suivants : mondialisation et gouvernance, géopolitique, énergie et matières premières et politique européenne.

      Engagement politiqueModifier

      Dès 1965, Alexandre Adler adhère à la SFIOpendant la campagne présidentielle deFrançois Mitterrand.

      Après 1968, il quitte le Parti socialiste pour lePCF dont il restera militant pendant onze ans. Il entretient également des rapports très étroits avec le Parti communiste italien à son apogée, ainsi qu’avec plusieurs de ses dirigeants dont Pietro Ingrao, Bruno Trentin,Giorgio Napolitano et, tout à la fin de sa vie,Enrico Berlinguer. Il aura été dans ces années professeur à l’École centrale du Parti et rédacteur en chef adjoint de la revue La Pensée. Il est le coauteur d’un ouvrage (très modérément) critique[13] sur l’Union soviétique, L’URSS et nous, paru en 1978[14].

      Après la rupture de l’Union de la gauche, il démissionne du Parti communiste en février 1980 et participe à la contestation externe aux côtés de son beau-père Maurice Kriegel-Valrimont et de l’ancien secrétaire de la Fédération de Paris, Henri Fiszbin. Il se montre malgré tout nuancé sur la guerre d’Afghanistan. Ainsi quelques mois après sa démission dans L’Internationale et le genre humain, il regrette l’alignement inconditionnel du Parti communiste sur la version soviétique, mais précise que « contrairement à une opinion fort répandue à gauche, le dossier de l’intervention soviétique en Afghanistan est plaidable, au moins en apparence »[15]. Et en un chapitre entier, il se livre à une analyse détaillée de l’histoire des relations entre les deux pays depuis 1917, l’Afghanistan ayant été le premier pays du monde à établir des relations diplomatiques avec l’Union soviétique en 1919.

      En 1984, il est recruté par le Parti socialistepour travailler à sa commission de politique extérieure. Il rejoint presque au même moment le mouvement des Transcourants créé par François Hollande et Jean-Pierre Jouyet. Après 1988, il s’éloigne du Parti socialiste, tout en restant proche de Jean-Pierre Chevènement et de Philippe Séguin, dont il souhaite la conjonction. Membre du club Phares et Balises de Régis Debray et Max Gallo, il soutient aux côtés de Philippe Séguin, la candidature de Jacques Chirac en 1995 et à nouveau en 2002. Proche de Jacques Chirac sur un plan personnel, il n’en a pas moins pris nettement position en faveur de la politique générale de George W. Bush au Moyen-Orient.

      Dénonçant régulièrement « le simplisme » dont les médias et certains intellectuels français font preuve à l’égard des États-Unis[16], il soutient la guerre en Afghanistan et la guerre en Irak en 2001 et 2003. Il regrette par la suite les erreurs commises dès les débuts de l’occupation américaine et en 2004apporte un soutien réticent à John Kerrycontre George W. Bush, saluant « le courage dont avait fait preuve ce dernier »[17]. Il affirme cependant « ne pas croire au choc des civilisations » entre le judéo-christianisme et le monde musulman[18].

      Alexandre Adler a participé à une réunion duBilderberg en mai 2003 à Versailles[19].

      Il soutient le oui au référendum de 2005 sur laconstitution européenne : « La bataille pour le “oui” sera dans ces conditions évidemment la grande bataille pour la liberté de notre continent, et je l’espère la grande défaite de tous ces altermondialistes qui ont tout à la fois la candeur et l’impudence de se déclarer “antilibéraux”, disons simplement ennemis de la liberté[20]. »

      Il est critique envers les altermondialistes en qui il voit des « illuminés communautaristes[21] ».

      En 2007, il appelle à voter Nicolas Sarkozydans sa chronique éditoriale au Figaro[22] et en 2008, soutient, avec des réserves, la candidature de Barack Obama contre celle deJohn McCain lors des élections présidentielles américaines.

      En 2013 et 2014, il participe pleinement au devoir de mémoire en militant notamment pour l’entrée de Pierre Brossolette[23] auPanthéon.

      Soutien à la politique de l’État d’IsraëlModifier

      Administrateur de l’Union libérale israélite de France (ULIF) et conseiller du précédent président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Roger Cukierman. Il figure aussi au comité éditorial de L’Arche et participe à de nombreuses activités de l’Appel unifié juif de France.

      Il est l’un des rares intellectuels français à souhaiter la victoire de George W. Bush contreAl Gore lors de la première candidature de Bush fils à la présidence des États-Unis. En 2004, il souhaite la victoire de John Kerry face au même George W. Bush[24].

      Il s’engage en 2002 au côté de l’avocat Gilles-William Goldnadel, ainsi que du philosopheAlain Finkielkraut, contre le journaliste deFrance Inter, Daniel Mermet, accusé de « provocation antisémite ». Celui-ci est cependant relaxé.

      Interrogé sur ses positions à l’endroit de l’intellectuel musulman Tariq Ramadan, il l’exonère pour partie de l’accusation courante d’antisémitisme et affirme le préférer aux « traîtres juifs[25] ». Quelques mois plus tard, il affirmera sur France Culture que la préface deRony Brauman au livre américain de Norman G. Finkelstein, dénonciateur du Shoah-business, et les positions convergentes d’Esther Benbassa[26], ont largement ouvert la voie aux « agressions verbales » d’unDieudonné, qu’il qualifie d’« ignoble personnage ».

      PolémiquesModifier

      Alexandre Adler, qui s’honore de l’amitié personnelle d’Henry Kissinger et qui a toujours défendu une politique d’ouverture des États-Unis et de l’Occident tant vis-à-vis de la Russie que de la Chine actuelle, ne se situe pas sur l’essentiel dans la ligne du courant néoconservateur, bien qu’il soit l’ami personnel de Richard Perle et plus lointainement de Paul Wolfowitz[27]. Adler est par exemple opposé au bombardement de l’Iran, pays chiite, considérant que le principal problème est le djihadisme sunnite d’Al Qaïda, hostile au régime de Téhéran.

      En avril 2011, Alexandre Adler s’est également prononcé pour le sauvetage du chef d’état syrien Bachar el-Assad, qui selon lui « ne mérite absolument pas d’être emporté par la vague de libération du printemps arabe[28]. »

      CritiquesModifier

      Alexandre Adler est une cible récurrente de l’association française de critique des médias, proche de la gauche antilibérale, Acrimed[29]. Sont notamment critiqués sa participation à l’unanimité des médias en faveur du « oui » auréférendum sur la constitution européenne de 2005[30],[31], ses propos vis-à-vis d’Hugo Chávez[32],[33] et Evo Morales[34], ses approximations[35],[36], ou encore sa complaisance vis-à-vis de Bernard-Henri Lévy[37].

      En juin 2005, le mensuel Le Monde diplomatique publie un portrait à charge d’Alexandre Adler, insistant particulièrement sur ses erreurs les plus évidentes, notamment à propos de la guerre anglo-américaine de 1812, d’Hugo Chávez, de la guerre d’Irak de 2003 ou encore de l’élection présidentielle américaine de 2004[38].

      Alexandre Adler est l’un des journalistes critiqués par le film documentaire français sorti en janvier 2012 : Les Nouveaux Chiens de garde, lui-même tiré de l’essai éponyme deSerge Halimi paru en 1997, qui explore lescollusions entre les médias français et lepouvoir politique et économique français.

      PublicationsModifier

      L’URSS et nous, Paris, Éditions Sociales,1978L’Internationale et le genre humain, avec Jean Rony, Paris, Mazarine, 1980.Pour l’amour du peuple : un officier de la Stasi parle, Paris, Albin Michel, 1999Le Communisme, Paris, PUF, coll. "Que sais-je ?", 2001J’ai vu finir le monde ancien, Paris, Grasset,2002 (Prix du livre politique 2003Au fil des jours cruels : 1992-2002, Paris, Grasset, 2003L’Odyssée américaine, Paris, Grasset, 2004Comment sera le monde en 2020 ? (Rapport de la CIARendez-vous avec l’Islam, 2005Sociétés secrètes, Paris, Grasset, 2007Comment sera le monde en 2025 ? (Le nouveau rapport de la CIA), Paris, Robert Laffont, 2009Le monde est un enfant qui joue, Paris, Grasset, 2009Berlin, 9 novembre 1989 : la chute, Paris, XO Éditions, 2009Le Big bang et après ?, avec Marc Fumaroli, Blandine Kriegel et Trinh Xuan Thuan, Paris, Albin Michel, 2010Le Peuple-monde : destins d’Israël, Paris, Albin Michel, 2011Le Monde après Ben Laden, Paris, Grasset,2011Où va l’Amérique d’Obama ?, avec Hervé de Carmoy, Paris, PUF, 2011Le Roman du siècle rouge, avec Vladimir Fédorovski, Paris, Le Rocher, 2012.Le Jour où l’histoire a recommencé, Paris, Grasset, 2012.Quand les Français faisaient l’histoire, Paris, Grasset, 2014.Le Califat du sang, Paris, Grasset, 2014.L’Invisible et la science avec Patricia Darré, Paris, Lafon, 2014.Daech : l’équation cachée avec Ardavan Amir-Aslani, Paris, Archipel, 2016La Chute de l’empire américain, Paris, Grasset, 2017

      Notes et référencesModifier

    • http://www.acrimed.org/Les-faceties-d-Alexandre-Adler-un-historien-experimental-des-pays-arabes

      Les facéties d’Alexandre Adler : un historien « expérimental » des pays arabespar Olivier Poche, Lundi 14 Mars 2011

      L’oligarchie des commentateurs multimédias confisque largement le débat public. Elle ne dispose d’aucune autre légitimité que celle qu’elle s’attribue. En son sein, la distribution des rôles tient souvent lieu de diversité des analyses et des positions. Dans le rôle de l’omniscient, Alexandre Adler. Une caricature. Ce n’est pas la seule, mais elle est exemplaire. C’est pourquoi une rubrique est ici dédiée aux facéties d’Alexandre. 

      Que les obsessions d’Alexandre Adler puissent s’exprimer dans un journal, et au sein de ce journal, dans un espace réservé à l’expression d’opinions personnelles, on ne saurait y trouver à redire. La liberté d’expression est indissociable du droit à l’erreur, voire à l’aberration. 

      Mais que ce personnage dispose d’une surface médiatique démesurée compte tenu de ses compétences approximatives, de ses connaissances sélectives, de ses ignorances opportunes et… de ses obsessions, voilà qui pose davantage problème. Une surface médiatique proportionnée à l’ampleur d’une imposture. Comme permet de le vérifier la géopolitique arabe de l’omniscient.

      Dans une interview publiée par Nice Matin, le 28 janvier 2011, Alexandre Adler était invité à revenir sur de précédentes déclarations, élogieuses, concernant Ben Ali et son régime.« Regrettez-vous d’avoir évoqué en 2009 les "acquis démocratiques″ de ce pays ? », lui demande ainsi le journaliste. « C’était peut-être excessif », admet le chroniqueur du Figaro – ce qui est en soi une petite « révolution ». Mais c’est pour bien vite se reprendre :« Je maintiens que la Tunisie qu’il incarnait bon an mal an était – et demeure – une expérience encourageante au Maghreb. Si cette société n’était pas une démocratie, elle n’était pas non plus son contraire. »

      « La captation des richesses par le clan Trabelsi ? L’emprisonnement des opposants ? » relance alors son interlocuteur, qui pousse ainsi notre omniscient à avouer une « ignorance » très opportune : « J’ignorais à quel point ces canailles se comportaient comme des doryphores ». « Comportements » relativisés aussitôt par une comparaison avec les Algériens spoliés par leurs« technocrates formés à l’énarchie française ». Dernière question : « Avez-vous de l’indulgence ? » Dernière réponse, en forme de faux-fuyant : « Même dans la pire période de Ben Ali, les Tunisiens ont toujours été plus libres que leurs voisins algériens ou marocains. »

      Dans sa livraison du 12 février 2011, notre éditocrate nous précise par ailleurs que« Moubarak n’était pas Ben Ali », et développe une comparaison cette fois défavorable au second. Que faut-il en conclure ? Que la situation en Égypte était plus heureuse que celle que connaissait la Tunisie, elle-même plus souhaitable que celle de l’Algérie et du Maroc ? Pour vérifier ce palmarès tout en nuances, remontons le fil, de mal en pire, en suivant la production éditoriale d’Adler sur les dix dernières années, et en commençant par le meilleur de tous : Moubarak.

      L’Égypte et son « régime débonnaire »

      Si « Moubarak n’est pas Ben Ali », la formule laisse tout de même à penser qu’on pourrait à bon droit adresser quelques reproches au président égyptien. Si Adler le concéderait peut-être – bien qu’il ne précise pas lesquels –, c’est que nous sommes à la veille de sa destitution. Car, depuis dix ans, qu’a-t-il dit à propos de ce dirigeant ?

      Pas grand-chose. En réalité, la pratique du pouvoir de Moubarak, le régime qu’il dirige, les trente années d’état d’urgence, la situation économique, sociale et politique de la population égyptienne – bref, tout ce qui fait la « une », ou du moins apparaît dans les journaux depuis peu –, tout cela est quasi absent des discours d’Alexandre Adler. Ce qui l’intéresse, ce qui l’inquiète, à propos de l’Égypte, c’est son basculement toujours prochain et toujours presque achevé dans « l’islamisme radical ». Ne rien savoir des peuples : c’est à cela qu’on reconnaît un expert en géopolitique, du moins dans le microcosme des éditocrates.

      Ainsi, le 4 mai 2005, Alexandre Adler nous met en garde : « Plus gravement, la déstabilisation structurelle, tant de l’Égypte de Moubarak que de l’Arabie saoudite du prince Abdallah par leurs majorités islamistes respectives, ne laisse pas d’inquiéter pour l’avenir ». Le 30 décembre 2006, la « Songerie moyen-orientale » (c’est le titre) de notre chroniqueur prend fugitivement des allures de cauchemar quand il songe à la« crise intégriste lancinante en Arabie saoudite et en Égypte ». Et si, en juin 2007 [1], il fait mine d’évoquer enfin la« situation interne » de l’Égypte et les« préoccupations très grandes que donne l’état général » du pays, c’est pour ne rien en dire, sinon s’inquiéter du« renforcement du rôle des Frères musulmans égyptiens »et des élections législatives remportées à Gaza par le Hamas qui pourraient provoquer « l’implosion d’un État égyptien qui, du Darfour aux rues populeuses du Caire, est défié aujourd’hui sur tous les fronts ».

      En décembre 2008, il a encore un mot pour le peuple égyptien : « Le sacrifice des islamistes de Gaza devrait, dans l’esprit de ses instigateurs, tout à la fois vaincre sur le terrain les capitulards chiites de Téhéran et de Bagdad, qui ne rêvent que de dialogue avec Obama, et à déstabiliser pour de bon uneÉgypte de plus en plus intégriste Pour rendre compréhensible cet extrait de ce qu’au Figaro on nomme « chronique », mais que l’on pourrait tout aussi bien qualifier de bouffée délirante, il faut sans doute préciser qu’à la lecture de l’article il apparaît que l’expression« sacrifice des islamistes de Gaza » désigne l’opération israélienne « Plomb durci » qui se prépare, opération dont les « instigateurs » sont, évidemment, les “durs” de Téhéran. Et Adler de conclure, visionnaire : « L’impuissance de Moubarak pourrait fragiliser définitivement l’État et faire basculer toute la région vers une sorte de califat ». Adler, comme on le disait dans un bon livre – Les Éditocrates – récemment réédité en poche, c’est l’imagination au pouvoir.

      Une imagination, comme on le voit, échauffée par un prurit anti-islamiste faisant régulièrement verser la chronique dans le prêche enflammé ou la propagande hallucinée, qui n’ont rien à envier à d’autres fanatiques. Mais ce fanatisme-là ne mobilise guère les gardiens de l’ordre et de la raison médiatiques : ils en partagent généralement les présupposés et les méthodes.

      Ainsi, le 18 mai 2005, Alexandre Adler fustige la « vulgate démocratico-humanitaire » qu’il attribue à... l’administration Bush ! Cette « politique américaine de soutien énergique et intrusif en faveur de la démocratie dans le monde musulman » – c’est toujours du Adler dans le texte - est une politique vouée à l’échec, en raison de réalités naturellement« beaucoup plus complexes » : Adler prévient qu’« une révision sera inévitablement nécessaire ». En Égypte, par exemple, où « le régime Moubarak s’affaiblit chaque jour », déclare Adler pour déplorer, cela va sans dire, la mollesse de ce « pouvoir, qui n’est bien évidemment que semi-autoritaire face à l’islamisme.

      Le 15 août 2005, nouvelle appréciation dont les révoltés de la place Tahrir ne semblent pas avoir tenu compte : « Le régime débonnaire et affaibli du président Moubarak en Égypte est lui, de son côté, la moins mauvaise des solutions pour le grand voisin du Sud » [2].

      Six mois plus tard, ce pouvoir« débonnaire » et « semi-autoritaire » organise assez logiquement des « élections semi-libres » (selon la chronique du 26 janvier 2006) : des élections grâce auxquelles Moubarak sera tout de même réélu avec à un score semi-démocratique de 88,5 % des voix.

      Il faut attendre 2011 pour que le « printemps arabe » altère – un peu – la vision du grand Alexandre.

      Le 29 janvier, Adler nous avertit : « L’Égypte bouge [...]De là à penser que la chute de Moubarak est imminente, il n’y a qu’un pas à franchir, et certains – dont le président Obama, qui a appelé le raïs à des réformes démocratiques - le font de manière inconsidérée. Le départ de Moubarak une dizaine de jours plus tard, le 11 février montre à quel point la prudence intéressée d’Adler était… inconsidérée. Il n’empêche : pour justifier le désaveu d’Obama, notre expert en comparaisons farfelues invoque la différence entre Ben Ali et Moubarak. Un nouvel adjectif apparaît alors sous la plume du chroniqueur du Figaro. « À la différence de Ben Ali, Moubarak ne s’affaiblit pas du fait de son obstinationdictatoriale mais, tout au contraire, des nombreuses concessions sans principe qu’il aura été amené à consentir à son opposition islamiste ». La prose d’Adler est (volontairement ?) ambiguë. Faut-il comprendre qu’à l’instar de Ben Ali, Moubarak fait effectivement preuve d’une « obstination dictatoriale » ou que c’est seulement ce que prétendent ceux qui n’ont pas la clairvoyance d’Alexandre Adler ? Ceux qui ne voient pas que sa chute serait imputable à sa mollesse face aux islamistes, et non à son « obstination » à refuser des réformes démocratiques « inconsidérées » ?

      De l’Égypte vue d’Adler, tournons-nous maintenant vers la Tunisie, pour nous pencher sur le Ben Ali selon Alexandre, « dictatorial », lui, sans ambiguïté. Aujourd’hui du moins.

      La Tunisie et son « despotisme très relatif »

      Alexandre Adler parle rarement de la Tunisie. Mais, avant le 29 janvier 2011, toujours en bien. Deux chroniques lui sont spécifiquement consacrées, qui valent le détour.

      – La première, le 17 novembre 2005, célèbre « Le paradoxe tunisien ». On pourrait imaginer que ce paradoxe concerne la contradiction entre réussite économique et échec démocratique. Mais tout l’article tente précisément de convaincre son lecteur que ce prétendu échec est une« argutie » : celle-ci aurait pour fondement un « mélange de complaisance à l’égard de l’islamisme, de haine de soi et de trouille pure et simple » qui conduit indûment « à des condamnations sans appel ». Il faut donc se résoudre à comprendre que ce « paradoxe tunisien » oppose la réalité tunisienne à l’incrédulité des « idéologues de la capitulation face à l’islamisme » - comprenez : des droits-de-l’hommistes à l’entendement troublé.

      Notre chroniqueur est cependant prêt à une fugitive concession, dont on appréciera la formulation prudente : « Non certes que la Tunisie soit un modèle achevé de participation démocratique. Car même si des partis et des mouvements d’opposition ont pignon sur rue, ils sont encore loin d’évoluer dans un cadre parfaitement démocratique. »Mais, nous rassure aussitôt Adler : « la démocratie peut aussi se mesurer à d’autres critères. Qui, dans le monde musulman […] préférerait aujourd’hui l’incontestable pluralisme politique iranien [...]au despotisme très relatif d’un État tunisien qui reste éclairé ?.

      – La seconde chronique est publiée le 31 octobre 2009, au lendemain de l’élection présidentielle, remportée par Zine El-Abidine Ben Ali avec un score très relativement despotique de 89,62 %. Chronique intitulée « Où en est la Tunisie ? » et selon laquelle la Tunisie est, à bien y regarder, en pleine forme démocratique.

      Certes, « un tel scrutin suscite évidemment les critiques les plus acerbes et les mises en cause les plus radicales ». Certes, on peut confraternellement regretter « les mauvais traitements infligés à notre consœur Florence Beaugé duMonde, lesquels ne s’imposaient pas : une délicate précision qui, en revanche, « s’imposait » manifestement. Mais ces deux légères concessions ne sauraient masquer l’essentiel : « Pourtant, il n’y a dans ces élections aucun élément qui devrait enflammer les esprits, si l’on a bien en tête la situation géopolitique de la Tunisie, les acquis démocratiques de sa société et surtout la nature des ennemis qui guettent son éventuelle faiblesse. »

      Des acquis démocratiques ? Mais oui, et Alexandre Adler le prouve : « Pour ce qui est du totalitarisme, le bilan du régime en matière de liberté civile et d’égalité des citoyens parle de lui-même. » Prudemment, Adler se tait sur les libertés politiques. Et puisque ce bilan parle de lui-même, Adler n’en dit pas un mot et enchaîne aussitôt : « La Tunisie atteint d’ailleurs, grâce à sa liberté d’entreprendre, un PIB par tête d’habitant à peu près double de celui de ses voisins pourtant mieux pourvus en ressources naturelles. » On se perd en conjectures sur le sens de l’adverbe« d’ailleurs »... Quoi qu’il en soit, ayant ainsi brillamment démontré l’étendue des « libertés civiles », Adler pointe le véritable ennemi : l’opposition prétendument« démocratique » : « Mais peut-on prétendre que l’opposition soit aussi “démocratique” qu’elle le proclame ? Ici, il faut lire l’ouvrage de l’un de ses principaux représentants ». Et après avoir résumé d’adlérienne façon un ouvrage de Moncef Marzouki [3], le grand Alexandre conclut sans faiblir : « Avec de tels démocrates en embuscade, on préférera la poursuite de l’expérience actuelle dont les succès économiques et humains ne sont plus à démontrerPuisqu’ils parlent d’eux-mêmes !

      Qu’est-ce qu’un éditocrate omniscient ? Un commentateur, souvent journaliste, qui fait parler les faits, le cas échéant sans rien en dire et compare des allusions. Comme on va le voir.

      Maroc, Algérie : de mal en pis ?

      Confronté, en 2011, à ses éloges passés du régime de Ben Ali, Adler, comme on l’a vu plus haut, avait au moins assumé partiellement ses propos, affirmant, avec simplement un peu moins d’aplomb, que la Tunisie de Ben Ali était une « expérience encourageante ». Il avait surtout botté en touche en évoquant la situation, bien pire, du Maroc et de l’Algérie. Mais qu’en disait-il avant d’être pris en faute ?

      Si le Maroc et l’Algérie font un peu moins bien en matière démocratique que le despotisme « très relatif » et très « éclairé » de Ben Ali, on peut supposer qu’aux yeux d’Alexandre Adler leur bilan n’est peut-être pas si négatif. Et de fait, selon des chroniques antérieures au « printemps arabe », on y assistait plutôt au « réveil de la démocratie "andalouse" ». C’est le titre d’une chronique surréaliste datée du 23 mars 2005, soit une semaine trop tôt pour un poisson d’avril.

      Tout commence par un« souvenir » : celui « du célèbre Secret de la Licorne », épisode de Tintin dans lequel, comme le rappelle notre expert et comme le sait tout spécialiste de géopolitique, le héros trouve l’emplacement d’un trésor en superposant trois cartes. Or l’astuce de Tintin fonctionne aussi avec le Maghreb : « Ce n’est qu’en superposant les trois cartes du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, que peuvent se révéler enfin les contours d’un bien plus grand trésor, celui de la démocratie “andalouse” ».

      Et Alexandre Adler de passer en revue les atouts démocratiques des trois pays, à l’abri de cet alibi grotesque : la démocratie n’est achevée dans aucun pays, mais la superposition des trois dessine un pays joyeux et merveilleux qui ressuscite la « démocratie andalouse ».

      – L’Algérie d’abord : « Il n’est pas douteux que l’Algérie n’ait pas pour l’instant franchi la barre fatidique d’élections, sincères et vérifiables. Il s’agit là d’une toiture qui ne manquera pas d’être posée en son temps.Mais tous les étages du bâtiment sont là. La liberté d’expression de la presse est considérable, la possibilité pour des partis politiques aux visions contradictoires d’avoir pignon sur rue est incontestée, la légitimité du pouvoir lui-même est de plus en plus descendue vers l’opinion publique ». Cette dernière phrase est à savourer à petits traits.

      – « Si l’on se tourne à présent vers le Maroc », poursuit le Tintin du Figaro, « on constate qu’il y existe à présent un développement là aussi tout à fait original, celui de l’État de droit. Et si « la monarchie marocaine, même modeste dans son expression, n’est toujours pas devenue une monarchie constitutionnelle, […] la Movida marocaine est bien là. Tintin se rapproche du trésor : « Le Maroc nous fournit ainsi le complément juridique et idéologique qui, combiné au pluralisme algérien authentique, semblerait nous conduire très directement à un modèle de démocratie andalouse. »

      – Ne manque plus que la Tunisie, « qui, seule, présente aujourd’hui dans la région unmodèle de société civile véritablement prédémocratique, croulant sous « des libertés encore inexistantes ailleurs [4]. Celle d’aller et de venir, de créer son entreprise sans être accablé par une parafiscalité politique écrasante. 

      Certes, cette dernière déclaration peut surprendre, aujourd’hui que toute la presse fait état de la corruption généralisée au profit de l’oligarchie au pouvoir. Mais Adler nous l’a dit : « J’ignorais à quel point ces canailles se comportaient comme des doryphores ». Et en bon éditocrate, quand on ignore ce que tous ceux qui voulaient savoir savaient depuis longtemps, on affirme bruyamment le contraire.

      En 2008, on prend les mêmes et on recommence [5]. À défaut de superposer des cartes, Adler opère des regroupements. Deux, pour être exact : « Un groupe d’États tournés vers l’Europe et implicitement vers la démocratie : Maroc, Tunisie, Jordanie, Autorité palestinienne et, de plus en plus, Syrie. Et de l’autre, un front du refus autoritaire comprenant, d’ores et déjà, l’Algérie, la Libye et, de façon plus discrète, l’Égypte, le Liban étant devenu de facto un condominium euro-iranien. » On recommence donc, mais en bousculant quelque peu la hiérarchie : le Maroc et la Tunisie adeptes de la démocratie implicite s’opposent cette fois à l’autoritarisme (discret) de l’Égypte et de l’Algérie.

      Pourtant, deux mois auparavant, dans une chronique intitulée « La coexistence pacifiée de deux Algérie », Adler se faisait une joie de s’arrêter pour une fois« sur ces trains qui arrivent à l’heure ». Il s’agissait en l’espèce de… l’Algérie stabilisée par « les deux mandats réparateurs de Bouteflika », à l’issue desquels « personne, à Alger comme à l’extérieur, n’est vraiment satisfait, mais personne non plus n’est vraiment mécontent ». Et Adler de conclure : « Certes, il s’agit d’un bilan encore modeste mais sans équivalent ailleurs dans le monde arabe, Maroc excepté.

      On l’aura compris : la cohérence, la pertinence ou la véracité importent peu à un médiacrate en roue libre. La réussite d’une chronique, pour le paraphraser, « peut aussi se mesurer à d’autres critères ».

      *

      Qu’Alexandre Adler ne soit qu’un idéologue, nul ne saurait en douter, et nul ne saurait reprocher au Figaro de lui offrir une tribune hebdomadaire. Que cette idéologie se propage à coups d’assertions péremptoires, de pétitions de principe, de considérations tintinophiles et de prophéties déguisées en déductions scientifiques, mais généralement démenties rapidement par les faits (voir en annexe, un exemple éclatant), voilà qui est plus difficile à défendre. Et le fait qu’elle passe par le soutien cynique à des régimes dictatoriaux, qu’on couvre d’éloges pour leurs acquis ou leurs conquêtes démocratiques... ne mérite guère de commentaires.

      La critique la plus cinglante de cette pratique éditocratique largement partagée, on la trouve étrangement sous la plume d’Alexandre Adler lui-même, à qui nous laisserons donc le dernier mot : « Ils savent, quand ils le veulent et avec une dextérité exemplaire, détourner le regard devant les meurtres et l’oppression la plus nue, pour ensuite se faire les procureurs vétilleux, là aussi quand ils le veulent » [6]. Il faut dire que le plus décomplexé des éditocrates parlait alors des…« idéologues de la capitulation face à l’islamisme ».

      Olivier Poche

      Annexe : Le « théorème égypto-iranien » – Un condensé d’éditocratie

      C’est en 2004 – du moins selon nos recherches – qu’Alexandre Adler invente ce qu’il appellera plus tard le « théorème égypto-iranien ». Dans un article rendant compte des « grandes conférences du Figaro », Olivier Zajec relate l’exposé du « spécialiste de géopolitique », qui a « fait observer que l’Iran et l’Égypte évoluaient sous nos yeux de façon parallèle mais néanmoins inversée ».

      C’est le 26 janvier 2008 qu’il baptise sa découverte. La chronique du Figaro s’intitule ce jour-là « Le théorème égypto-iranien », et développe cette « simple observation empirique, s’agissant du "Grand Moyen-Orient" : l’Égypte à l’ouest et l’Iran à l’est semblent y fonctionner comme deux pôles de charge électrique opposée […]Le Caire et Téhéran alternent depuis 1945 dans des postures toujours aussi symétriques ».

      Trois périodes se détachent :« De 1945 à 1953, l’Iran est en proie à une fièvre nationaliste et démocratique, dont la haute figure de Mossadegh domine le déroulement. À la même époque, l’Égypte du roi Farouk demeure une monarchie parlementaire débonnaire, bien que de plus en plus chaotique ». Deuxième étape : « À peine le cycle révolutionnaire iranien se ferme-t-il avec la contre-révolution pro-impériale organisée par les services secrets britannique et américain en 1953, et voici qu’en Égypte, après le coup d’État pacifique des “officiers libres” de 1952, l’ardent nationaliste révolutionnaire qu’est Nasser s’impose ». Troisième phase :« en 1978 le visionnaire Anouar el-Sadate impose, après sa visite prophétique à Jérusalem, un nouveau cours pro-occidental et réformiste en Égypte. Au même moment, le pouvoir du chah vacille ».

      Retour au présent : « Nous en sommes, en apparence, encore là avec Hosni Moubarak […] mais aussi avec Ahmadinejad […] ».

      Mais, nouvel exemple des prophéties burlesques d’Adler, « le basculement est déjà visible à l’œil nu, en Iran à tout le moins. Tout indique qu’au lendemain des élections générales de mars, qui, à la différence des présidentielles de 2005, ne seront pas, cette fois-ci, truquées dans la même proportion, une offensive généralisée des conservateurs éclairés et des progressistes assagis cherchera à se débarrasser pour de bon de l’énergumène terroriste, négationniste et obscurantiste qui tient lieu de président à la grande nation iranienne ». Si le sort de l’Iran est écrit (dansLe Figaro), celui de Égypte est encore incertain : « l’Égypte demeurera-t-elle stable tandis que l’Iran entreprend son grand basculement vers l’Ouest ? Tout indique là aussi […] qu’une grande mutation politique se prépare aussi au Caire, et de toute évidence en sens opposé. L’agent de cette mutation n’est autre que le Hamas.

      Et Adler de conclure, sûr de son fait : « Décidément, le théorème égypto-iranien semble bien prêt de se réaliser une fois de plus... et l’histoire est bien une science expérimentale ».

      Trois ans plus tard, alors que « l’histoire » a infligé un triple camouflet à la « science expérimentale » d’Adler, ce dernier tente de persister, et signe cette chronique déjà évoquée : « Vers une dictature intégriste au Caire ? ». Déjà évoquée, et déjà lue, puisqu’au beau milieu de l’histoire en marche, le chroniqueur du Figaro, peut-être un peu secoué, demande qu’on lui « permette ici une considération tout à fait inactuelle » : une considération qui lui permet… de recopier sa chronique de janvier 2008. Et Adler de pontifier : « on observe depuis 1945 une sorte de corrélation troublante et inversée entre les deux seules grandes nations du Moyen-Orient que sont l’Iran et, précisément, l’Égypte ».

      Passons le développement, et allons jusqu’à la conclusion. Qui est la même. Mais pas tout à fait : « Nous en sommes en apparence toujours là. Mais pas tout à fait. En effet, « le trucage des élections iraniennes de 2009 [Adler prédisait le contraire…] et les gesticulations de plus en plus vaines du pseudo-président Ahmadinejad ne font pas oublier un seul instant aux Iraniens que la légitimité est d’ores et déjà du côté de la coalition informelle réformatrice qui se forge en ce moment même contre lui. En Égypte, en revanche, jusqu’à ces derniers jours, aucun mouvement parallèle, même si en pointillé on ressent une érosion de la légitimité du pouvoir de Hosni Moubarak.

      Lumineuse lecture de la situation égyptienne ! Mais pour conserver une apparence de crédibilité à son pseudo « théorème », Adler décide que le sort de l’Égypte repose entre les mains du cheikh Badie, leader des Frères musulmans : « Restera à savoir ce que le cheikh Badie aura lui-même décidé : se débarrasser tout de suite de Moubarak ou continuer à jouer la succession Souleïmane […]reste surtout à savoir si la corrélation Le Caire-Téhéran nous réserve encore une nouvelle et immense surprise : la liberté en Iran, et hélas la dictature intégriste en Égypte ». Dictature qui serait une immense « surprise » pour les Égyptiens, après les années de « liberté » sous Moubarak…

      Reste à préciser qu’entre la première formulation du théorème et son autoplagiat, une chronique datée du 26 janvier 2006 avait démontré le contraire : « Avec les élections palestiniennes nous arrivons au point extrême de l’offensive islamiste qui fait rage depuis plusieurs mois […] Nous aurions en parallèle, leredressement inattendu de l’islamisme iranien qui retrouve son intensité militante des premiers jours avec l’élection surprise d’Ahmadinejad,l’affirmation en force du courant islamiste égyptien. Offensive islamiste qui, autrement dit, réduisait à néant le théorème égypto-adléro-iranien, deux ans seulement après sa découverte, et deux ans avant sa démonstration officielle !

       

       

       

      [1] Dans deux chroniques successives, datées du 16 et du 23.

      [2] Replacée dans son contexte, la formule éclaire la vision adlérienne du monde, bien partagée au sein de l’éditocratie contemporaine : « Sur toutes ses frontières, Israël est à présent confronté à des régimes ou à des individualités qui représentent sans exception un très net progrès par rapport au monde arabe d’il y a quarante ans gangrené et tuméfié par la xénophobie nationaliste ». Vision du monde dans laquelle toute réalité politique est appréciée à l’aune de la sécurité supposée d’Israël – après tout, pourquoi pas ? Mais elle nous vaut une série d’hommages aux grands démocrates de la région qui mérite d’être signalée : « Le roi Abdallah de Jordanie est un souverain exemplaire de courage et de sensibilité démocratique, Bachar el-Assad lui-même est la meilleure incarnation possible de ce qu’il reste du Baas à la recherche de la modernité. Le régime débonnaire et affaibli du président Moubarak en Égypte est lui, de son côté, la moins mauvaise des solutions pour le grand voisin du Sud. L’accès au trône, avec le roi Abdallah d’Arabie saoudite, du premier membre de la dynastie qui ait accepté sans restriction mentale, l’existence d’Israël, pourrait aussi représenter un tournant géopolitique. En Abou Mazen enfin, Israël se trouve confronté à un interlocuteur courageux et loyal ». Fermez le ban !

      [3] Dictateurs en sursis, Éditions de l’Atelier, 2009.

      [4] Honnêteté intellectuelle oblige, Adler prend tout de même soin de préciser que « la liberté d’expression n’est pas parfaite ».

      [5] « L’Europe dans une zone de turbulences », Le Figaro, 14 juin 2008.

      [6] « Le paradoxe tunisien », Le Figaro, 17 novembre 2005.

      Voir aussi...Alexandre AdlerDepuis 2010-2011 : Révolutions arabes, guerre de Libye, guerre en Syrie

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      Sortie de Médiacritique(s) n°22 (janvier-mars 2017) : « Autocritique médiatique »

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      Les médias et les « guerres justes ». Nouvelle édition augmentée, par Serge Halimi, Dominique Vidal, Henri Maler et Mathias Reymond

      Médiacritique(s) n°21
      octobre-décembre 2016

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  • Le cinéma engagé de Costa Gavras
    http://cinema.arte.tv/fr/article/costa-gavras-biographie-et-filmographie-dun-auteur-politiquement-engage
    http://static-cdn.arte.tv/cdnp-cinema/sites/default/files/styles/cine_rectangle_1240/public/atoms/image/20160106/gabarit_article.jpg?itok=5f7OdA2s
    Costa-Gavras : biographie et filmographie d’un auteur politiquement engagé
    Cinéaste naturalisé français, Constantin Costa-Gavras (Konstantinos Gavras) est né à Athènes le 13 février 1933 dans une famille d’origine russe.

    Auteur pertinent, politiquement engagé, il est le fils d’un fonctionnaire accusé d’avoir des idées communistes. Pour cette raison, à 18 ans, il décide de partir pour Paris où il s’inscrit à l’Institut des Hautes Etudes Cinématographiques (IDHEC), après un passage par la faculté de lettres. Après avoir travaillé en tant que critique de cinéma et assistant de René Clément et Jacques Demy, il débute derrière la caméra en 1965 avec Compartiment tueurs, produit par Julien Derode et bénéficiant de la participation financière de tous les acteurs. Le film remporte un grand succès et la critique salue la maîtrise de la mise en scène et de la direction d’acteur.

    Après le relatif échec de Un homme de trop, drame situé dans le milieu de la Résistance, il triomphe avec Z en 1969 qui remporte deux prix à Cannes et deux Oscars. Tiré du roman de Vassilis Vassilikos, le film relate l’assassinat authentique du député Lambrakis à Athènes en 1963. Co-écrit par Costa-Gavras et Jorge Semprun, Z est salué par la critique comme le premier grand film politique français.

    En 1970, L’Aveu, d’après le récit autobiographique d’Arthur London, ancien vice-ministre des Affaires étrangères de Tchécoslovaquie, dénonce les excès du Stalinisme. État de siège, en 1973, prend pour cible la main-mise politique des États-Unis sur certains Etats d’Amérique latine et SECTION SPÉCIALE en 1975 évoque une affaire particulièrement sordide de collaboration du gouvernement de Vichy sous l’occupation en août 1941.

    En mélangeant le policier au film politique, Costa-Gavras trouve ses thématiques de prédilection et avec ses films suivants, dénonce les régimes militaires du monde entier.

    Après une rapide excursion dans le film sentimental, (Clair de femme), Costa-Gavras tourne aux Etats-Unis un nouveau film de dénonciation : Missing. C’est en effet un producteur hollywoodien qui lui propose de réaliser ce film sur la responsabilité des services secrets américains dans la chute, au Chili, du gouvernement d’Alliance Populaire du Président Allende. En dépit des dénégations officielles du Département d’État réfutant toute participation au coup d’État du général Pinochet, Missing est bien accueilli par le public aux États-Unis où perdure une solide tradition du cinéma politique. Le film remporte même la Palme d’Or à Cannes en 1982 et un Oscar pour la meilleure adaptation.

    Dans ses films successifs, dont Betrayed (La main droite du diable) en 1988, Costa-Gavras continue son voyage dans le cinéma engagé. En 1989 il réalise un de ses films les plus intenses et courageux, Music Box, avec Jessica Lange. L’actrice et le film reçoivent un prix au Festival de Berlin. Son dernier film Amen réalisé en 2001, est un drame historique dans la droite ligne de ses premiers longs-métrages.
    Filmographie de Costa Gavras

    Réalisateur
    Amen (2001) avec Ulrich Tukur, Mathieu Kassovitz
    Mad City (1997) avec Dustin Hoffman, John Travolta
    A propos de Nice, la suite (1995) de Catherine Breillat, Costa-Gavras avec Bernard Benassayag, Thierry Said Bouibil
    Lumière et compagnie (1995) de Lasse Hallström, Abbas Kiarostami avec Pernilla August, Romane Bohringer
    La Petite Apocalypse (1992) avec Pierre Arditi, André Dussollier Contre l’oubli (1991) de Chantal Akerman, René Allio
    Pour Kim Song-Man (1991) avec MC Solaar, Sai Sai
    Music Box (1989) avec Jessica Lange, Armin Mueller-Stahl
    La Main droite du diable (Betrayed) (1988) avec Debra Winger, Tom Berenger
    Conseil de famille (1985) avec Fanny Ardant, Remi Martin
    Hanna K (1983) avec Jill Clayburgh, Jean Yanne
    Missing (Porté disparu) (1982) avec Jack Lemmon, Sissy Spacek
    Clair de femme (1979) avec Romy Schneider, Yves Montand Section spéciale (1974) avec Michael Lonsdale, Louis Seigner
    Etat de siège (1973) avec Yves Montand, Renato Salvatori
    L’Aveu (1970) avec Yves Montand, Simone Signoret
    Z (1969) avec Yves Montand, Jean-Louis Trintignant
    Un homme de trop (1966) avec Charles Vanel, Bruno Crémer
    Compartiment tueurs (1965) avec Simone Signoret, Yves Montand

    Acteur
    Drôles d’espions (1985) de John Landis avec Chevy Chase, Dan Aykroyd

    Scénariste
    Amen (2001) de Costa-Gavras avec Ulrich Tukur, Mathieu Kassovitz
    La Petite Apocalypse (1992) de Costa-Gavras avec Pierre Arditi, André Dussollier
    Conseil de famille (1985) de Costa-Gavras avec Fanny Ardant, Remi Martin
    Hanna K (1983) de Costa-Gavras avec Jill Clayburgh, Jean Yanne
    Clair de femme (1979) de Costa-Gavras avec Romy Schneider, Yves Montand
    Section spéciale (1974) de Costa-Gavras avec Michael Lonsdale, Louis Seigner
    Etat de siège (1973) de Costa-Gavras avec Yves Montand, Renato Salvatori
    Un homme de trop (1966) de Costa-Gavras avec Charles Vanel, Bruno Crémer
    Compartiment tueurs (1965) de Costa-Gavras avec Simone Signoret,Yves Montand

    Producteur
    Un homme de trop (1966) de Costa-Gavras avec Charles Vanel, Bruno Crémer

    1er assistant réalisateur
    La Baie des anges (1963) de Jacques Demy avec Jeanne Moreau, Claude Mann Les Félins (1963) de René Clément avec Jane Fonda, Alain Delon

    • https://fr.wikipedia.org/wiki/Costa-Gavras
      Konstantínos Gavrás (en grec Κωνσταντίνος Γαβράς), dit Costa-Gavras (Κώστας Γαβράς), est un cinéaste de cinéma français né à Loutra-Iraias (Arcadie) le 12 février 1933.

      Chacun de ses films est, pour lui, l’occasion de témoigner de son engagement dans ses idées et de délivrer un message à propos du pouvoir. Ses premiers succès sont des thrillers politiques comme Z et L’Aveu ; il passe ensuite au drame sentimental puis à la social-fiction.

      Biographie
      En raison des positions politiques de son père (antiroyaliste), Costa-Gavras ne peut étudier en Grèce où le régime écarte les opposants et est contraint de fuir Athènes à 19 ans pour pouvoir étudier. Il rejoint Paris, où il s’inscrit en licence de lettres à la Sorbonne tout en travaillant pour assurer sa subsistance. Il s’est intéressé au cinéma en se rendant à la Cinémathèque française qui se trouvait à l’époque rue d’Ulm. Il cite notamment Les Rapaces d’Erich von Stroheim comme l’un des films qui lui fit découvrir que le cinéma pouvait montrer des choses sérieuses. Il est ensuite admis à l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC). Il travaille comme assistant pour Henri Verneuil, Jacques Demy et René Clément.

      Le film Le Jour et l’Heure, pour lequel il travaille comme assistant, lui permet de rencontrer Simone Signoret et Yves Montand, avec lesquels il deviendra très ami. Découvrant le livre Compartiment tueurs de Sébastien Japrisot, il en fit le scénario et réussit à y intéresser le producteur Julien Derode ; le film eut du succès en France et même aux États-Unis, où il reçut des critiques dithyrambiques.[réf. nécessaire]
      Le film Z est son premier succès majeur.

      C’est lors d’un séjour en Grèce qu’il découvre le roman Z, de Vassilis Vassilikos, retraçant l’assassinat du leader de la gauche organisé par la police et camouflé en banal accident. Dès son retour, il écrit le scénario du film Z en collaboration avec Jorge Semprún. Ne trouvant pas le financement, il en parle à Jacques Perrin, qu’il connaissait depuis le film Compartiment tueurs. C’est à cette occasion que Jacques Perrin va créer sa propre maison de production pour monter le film et utiliser ses contacts, en particulier en Algérie, où sera tourné le film. Jean-Louis Trintignant a accepté un faible cachet et Yves Montand a accepté de participer. Le film a été un succès à travers le monde et les gens applaudissaient à la fin des séances ; il a été récompensé par le « prix du Jury » au festival de Cannes, l’Oscar du « meilleur film étranger » et celui du « meilleur montage ».

      Lors du montage de Z, au cours du dîner de Noël, Claude Lanzmann lui parle de Lise et Artur London qui avait été vice-ministre des Affaires étrangères de Tchécoslovaquie et était un des trois rescapés des procès de Prague qui s’étaient tenus en 1952. Beaucoup d’intellectuels de sa génération s’étaient enthousiasmés pour le stalinisme « parce qu’il ouvrait des perspectives qui paraissaient formidables. Jusqu’à ce que, peu à peu, on prenne conscience de l’envers du décor. » Yves Montand adhère aussi au projet de L’Aveu, et les financements se débloquent grâce au succès de Z.

      L’Aveu est sorti après Z, dans une époque assez manichéenne : on lui a reproché d’attaquer la droite, puis la gauche, alors qu’il ne voulait que dénoncer les totalitarismes. Certaines personnes ne lui pardonnèrent pas d’avoir levé le voile sur le stalinisme et l’évitaient ostensiblement. Le film a connu un succès considérable et devint un véritable phénomène politique et culturel qui a bouleversé son époque.

      Le film État de siège (1972) jette un coup d’œil sur les dictatures en Amérique Latine et la torture propagée par la CIA.

      Le film Clair de femme (1979) est tiré d’un roman éponyme de Romain Gary qui estima que c’était la première fois qu’il était content de l’adaptation d’une de ses œuvres à l’écran. Costa-Gavras fut séduit, dans cette histoire, par le fait qu’il s’agissait d’une « tentative de profanation du malheur, d’un hymne à la vie et d’une réhabilitation du couple ». Dustin Hoffman considéra ce film comme la plus belle histoire d’amour qu’il connaisse et, lors du tournage du film Mad City, suggéra à Costa-Gavras d’en faire une nouvelle version.

      Auréolé de plusieurs succès, Hollywood commence à faire les yeux doux au réalisateur. Il se voit notamment proposé Le Parrain, mais décline en estimant que le roman de Mario Puzo est "un mauvais bouquin"1.

      Le scénario du film Missing (1982) est adapté du livre de Thomas Hauser : L’Exécution de Charles Horman, lui-même inspiré d’une histoire vraie. Le film raconte l’histoire de la disparition d’un jeune journaliste américain durant le coup d’État du général Augusto Pinochet en 1973. Ce qui l’avait touché dans cette histoire était « beaucoup moins le contexte politique du putsch que le thème du père qui, accompagné par sa belle-fille, recherche son fils coûte que coûte dans un pays en plein chaos. »

      Le film a été très controversé aux États-Unis car il met en lumière l’action des agents du gouvernement américain et leur responsabilité dans ce coup d’État. L’extrême-droite américaine demanda : « Mais que vient faire ici ce communiste européen ? ». Cependant le film reçut la Palme d’or et le prix d’interprétation masculine au festival de Cannes, et l’Oscar du « meilleur scénario », et il est toujours montré et présenté comme un film majeur dans les grandes universités américaines. Les musiques sont d’un autre Grec fameux, Vangelis.

      Dans les années 1980, Costa-Gavras occupe le poste de président de la Cinémathèque française.

      Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence et du comité de soutien du Centre Primo Levi (soins et soutien aux personnes victimes de la torture et de la violence politique).

      Le 13 juin 2007, il est nommé président et administrateur de la Cinémathèque française.

      En février 2008, il préside la Berlinale 2008, le festival du film de Berlin.

      En 2014, il est président du jury du 40e Festival du cinéma américain de Deauville2.

      Il est le père de Romain Gavras, cofondateur de la société de production Kourtrajmé, d’Alexandre Gavras et de Julie Gavras, assistants et réalisateurs (La Faute à Fidel !, 2006).
      Comme réalisateur
      Costa-Gavras, en avril 2008, pendant le tournage de Eden à l’ouest.
      Longs métrages

      1965 : Compartiment tueurs
      1967 : Un homme de trop
      1969 : Z
      1970 : L’Aveu
      1973 : État de siège
      1975 : Section spéciale
      1979 : Clair de femme
      1982 : Missing
      1983 : Hanna K
      1986 : Conseil de famille
      1988 : La Main droite du diable (Betrayed)
      1989 : Music Box
      1993 : La Petite Apocalypse
      1995 : À propos de Nice, la suite coréalisé avec Catherine Breillat
      1997 : Mad City
      2002 : Amen.
      2005 : Le Couperet
      2009 : Eden à l’ouest
      2012 : Le Capital

      Courts métrages

      1958 : Les Rates
      1991 : Contre l’oubli - segment Pour Kim Song-Man’
      1995 : Lumière et Compagnie - segment

      Comme scénariste
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      1965 : Compartiment tueurs
      1967 : Un homme de trop
      1969 : Z (non crédité)
      1973 : État de siège
      1975 : Section spéciale
      1979 : Clair de femme
      1982 : Missing
      1983 : Hanna K
      1986 : Conseil de famille
      1993 : La Petite Apocalypse
      2002 : Amen.
      2005 : Le Couperet
      2006 : Mon colonel de Laurent Herbiet
      2009 : Eden à l’ouest coscénariste avec Jean-Claude Grumberg
      2012 : Le Capital

      Comme producteur

      1967 : Un homme de trop
      1969 : Ce n’est pas que le début (court métrage documentaire) de Pantelís Voúlgaris
      1975 : Section spéciale (non crédité)
      1985 : Le Thé au harem d’Archimède de Mehdi Charef
      1985 : Pleure pas my love de Tony Gatlif
      2006 : Mon colonel de Laurent Herbiet
      2009 : Eden à l’ouest coscénariste avec Jean-Claude Grumberg

      Comme premier assistant réalisateur

      1960 : Crésus assistant réalisateur de Jean Giono
      1962 : Le Jour et l’Heure assistant de René Clément
      1962 : Un singe en hiver assistant réalisateur de Henri Verneuil
      1963 : La Baie des Anges assistant de Jacques Demy
      1964 : Échappement libre assistant de Jean Becker
      1964 : Les Félins assistant de René Clément

      Comme acteur

      1977 : La Vie devant soi : Ramon
      1985 : Drôles d’espions : Un soldat russe

      Distinctions
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      Récompenses

      Pour Z en 1969 :
      Prix du jury et prix d’interprétation masculine pour Jean-Louis Trintignant au festival de Cannes
      Oscar du meilleur film étranger et Oscar du meilleur montage à Hollywood (nomination à l’Oscar du meilleur réalisateur)
      Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario
      Pour Section spéciale en 1975 :
      Prix de la mise en scène au festival de Cannes
      Pour Missing en 1982 :
      Palme d’or et prix d’interprétation pour Jack Lemmon au festival de Cannes
      Oscar du meilleur scénario adapté à Hollywood (et nomination à l’Oscar du meilleur film)
      Pour Music Box en 1990 :
      Ours d’or à Berlin
      Pour Amen. (2002) :
      César du meilleur scénario original ou adaptation 2003
      Pour l’ensemble de sa carrière :
      En 1985, il reçoit la Médaille d’or du mérite des beaux-arts par le Ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sports3
      En 2013 : Magritte d’honneur à la 3e cérémonie des Magritte

      Notes et références

      ↑ Thomas Baurez, « Missing - Porté disparu », Studio Ciné Live n°83,‎ octobre 2016, p. 132 à 135
      http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18634103.html [archive]
      ↑ (es) Juan Carlos Ier et Javier Solana Madariaga, « REAL DECRETO 1062/1985 de 19 de junio, por el que se concede la Medalla al mérito en las Bellas Artes, en su categoria de Oro, a las personas y Entidades que se citan », Boletin de Estado, Madrid, no 158,‎ 3 juillet 1985, p. 20959 (lire en ligne [archive]).

      Bibliographie
      Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Service bibliothécaire national • Bibliothèque nationale d’Espagne • WorldCat
      René Prédal : Le Cinéma de Costa-Gavras, Le Cerf, 1985


  • http://theconversation.com/conversation-avec-bernard-stiegler-faire-de-plaine-commune-en-seine

    Conversation avec Bernard Stiegler : « Faire de Plaine Commune en Seine-Saint-Denis le premier territoire contributif de France »
    9 janvier 2017 Jennifer Gallé

    Bernard Stiegler vient de faire paraître « Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ? » (éd. Les liens qui libèrent, 2016). Author provided
    Un territoire jeune et économiquement très dynamique mais confronté au chômage de masse et aux défis de la mixité sociale et culturelle. C’est ici qu’à la demande de Patrick Braouezec, le président de Plaine Commune, le philosophe Bernard Stiegler initie un projet d’expérimentation inédit et ambitieux : faire de cette communauté d’agglomération – qui réunit neuf villes de Seine-Saint-Denis – un « territoire apprenant contributif ». Y seront menés des projets de « recherche-action » contributive, c’est-à-dire incluant les habitants ; à terme, il s’agira de mettre en place un revenu contributif pour partager différemment la richesse à l’heure où l’automatisation fait vaciller l’emploi. En novembre 2016, les premiers chercheurs ont fait leur rentrée dans le cadre d’une chaire de recherche contributive créée au sein de la Maison des Sciences de l’Homme (MSH-Paris Nord). The Conversation France a rencontré le philosophe pour en savoir plus sur cette initiative, où nouvelles façons de faire de la recherche et réflexion sur ce que le travail sera demain vont dialoguer.

    Quel est l’objectif de ce projet ?

    Il s’agit d’inventer une « disruption à la française » et de faire en sorte que le territoire de Plaine Commune, qui est loin d’être avantagé mais fait preuve d’un dynamisme tout à fait frappant, devienne un laboratoire, une école, un lieu d’avant-garde, notamment pour s’approprier ce qu’on appelle les smart cities (« villes intelligentes ») – mais non pour devenir une smart city telle qu’on la définit aujourd’hui, et qui nous semble invivable, inacceptable et sans doute insolvable. Il s’agit d’installer une véritable intelligence urbaine.

    Nous lançons un processus d’expérimentation territoriale en vue de susciter et d’accompagner une véritable innovation sociale ouvrant les voies d’une nouvelle macro-économie où industriels, financiers, universités, artistes, administrations et responsables politiques locaux travaillent de concert, et avec les habitants, à cette indispensable réinvention politico-économique. L’objectif est à terme de configurer une économie qui repose sur un « revenu contributif », et qui s’appuie notamment sur le principe d’une extension progressive du régime des intermittents du spectacle à d’autres activités.

    Quand ce projet a-t-il pris forme ?

    En décembre 2013, à la suite du colloque « Le nouvel âge de l’automatisation » qui s’est tenu au Centre Pompidou et qui s’intéressait aux effets du numérique dans le développement de la data economy. J’ai eu à ce sujet des discussions avec des industriels et le président de Plaine Commune, Patrick Braouezec : nous prenons très au sérieux les analyses d’Oxford et du MIT qui prévoient un effondrement de l’emploi du fait que 47 % des emplois actuels aux États-Unis seraient automatisables, 50 % en France, etc. – le cabinet Roland Berger anticipant trois millions d’emplois perdu d’ici à dix ans. Il faut faire quelque chose.

    Le revenu minimum d’existence n’est pas une solution à lui seul. Si l’on prend au sérieux cette question de l’automatisation et de la disparition de l’emploi, il faut développer de nouveaux processus de production et de nouveaux critères de redistribution des richesses.

    Dix métiers qui seront remplacés par des robots (WatchMojo, 2016).
    Pourquoi la distinction entre travail et emploi est selon vous essentielle ?

    Que l’emploi automatisable disparaisse, on peut s’en réjouir : ce type d’emploi consiste à appliquer des procédures prescrites par des systèmes qui commandent mécaniquement les employés. Le travail se fait de plus en plus hors emploi. Le pianiste travaille ses gammes comme le mathématicien travaille ses maths : hors emploi… Entendu ainsi, travailler, c’est d’abord augmenter ses capacités – et ces capacités sont ce qui peut apporter au monde une richesse qui ne s’y trouve pas encore.

    Nous empruntons la notion de capacité à l’économiste indien Amartya Sen. Ce dernier a mis en évidence quelque chose de formidable qui constitue la base de notre réflexion : il a montré qu’au Bangladesh, les indicateurs de développement humain et l’espérance de vie étaient supérieurs à ceux des habitants de Harlem, et cela même durant une période de famine. Amartya Sen, qui s’intéresse aux communautés, et non seulement aux individus, a montré comment ces communautés maintenaient ce qu’il appelle des « capabilités ».

    Une capabilité, c’est un savoir – un savoir-être aussi bien qu’un savoir-faire ou un savoir intellectuel. Beaucoup de gens de Harlem ont perdu cela parce qu’ils sont pris dans un processus de prolétarisation par les modèles de production ou de consommation. Au XXᵉ siècle, le savoir-faire de l’ouvrier disparaît puis c’est au tour du savoir-vivre du consommateur, qui se met à adopter des comportements préfabriqués par des cabinets de marketing. Et, à la fin, Alan Greenspan lui-même déclare devant la Commission du budget du Congrès américain qu’il a perdu son savoir économique !

    Pourquoi la Seine-Saint-Denis ?

    Il y a d’abord l’intérêt marqué de Patrick Braouezec, le président de Plaine Commune, et cela depuis plus de dix ans, pour les travaux que nous menons dans le cadre de l’Institut de recherche et d’innovation et de l’association Ars Industrialis que je préside. Il y a aussi l’extraordinaire dynamisme économique de ce territoire, en particulier dans le sud du département avec cette très forte dynamique urbaine autour du Stade de France, un chantier commencé il y a vingt ans.

    La banlieue nord, c’est également deux universités, Paris 8 et Paris 13, avec des équipes souvent excellentes, le campus Condorcet qui va concentrer nombre de chercheurs et d’écoles supérieures en sciences sociales, telle l’EHESS, et c’est aussi un espace urbain où nombre d’artistes s’installent. C’est enfin un territoire qui doit absolument trouver des solutions pour faire face au chômage de masse. Si l’on extrapole les chiffres de l’étude de Roland Berger, le chômage des moins de 25 ans, qui était de 38 % il y a deux ans, devrait catastrophiquement augmenter dans les dix prochaines années. Les conséquences pour Plaine Commune risquent d’être insupportables.

    Il y a donc une nécessité impérative d’ouvrir des perspectives nouvelles pour solvabiliser une évolution qui sans cela pourrait devenir apocalyptique. La nation a le devoir d’accompagner cette évolution. Nous pensons que ce potentiel de transformation doit produire de l’exemplarité, le but n’étant pas de développer ici une économie « locale ».

    Le 6b, 7 000 m² de création et de diffusion artistiques et culturelles à Saint-Denis. Compte Facebook 6b
    Comment va s’organiser le volet recherche du projet ?

    Nous avons identifié une série d’objectifs avec les élus et les personnels administratifs de Plaine Commune. Nous avons débuté une enquête auprès d’un certain nombre d’acteurs majeurs qui ont validé la démarche et nous sommes actuellement en train de lancer une chaire de recherche contributive dont la première mission sera de produire un dossier pour définir le périmètre d’expérimentation du projet, en étroite collaboration avec Plaine Commune.

    Dans ce cadre, nous avons lancé un appel à candidatures pour des thèses autour d’une douzaine de thèmes, qui s’est clôturé le 30 septembre 2016. Nous devions au départ sélectionner entre 10 et 20 thésards. Les budgets qui nous ont été alloués en 2016 par le ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur ne nous ont finalement pas permis d’engager des doctorants dès cette année. Nous avons donc recruté cinq chercheurs – en économie, en science politique, en sociologie, en philosophie et en science de l’éducation – en contrat d’un an pour démarrer le travail et mettre en place les méthodes de la recherche contributive, ce qui représente toute une série de contraintes. Un autre chercheur a été retenu en psychanalyse, qui s’autofinance.

    En premier lieu, ils devront devenir capables d’expliquer le sujet de leurs travaux aux habitants de Plaine Commune, que ces derniers maîtrisent ou non le français. Nous allons bien sûr les aider en mobilisant des comédiens, des vidéastes, des artistes, des médias… Mais ils devront faire un effort d’explication, même si leur matière est théorique. Ils suivront deux séminaires par semaine : un que j’animerai et un autre qu’ils animeront eux-mêmes, en se présentant mutuellement leurs travaux et en invitant des chercheurs ou des contributeurs. Ils travailleront de concert, partageront leurs notes et résultats, d’abord entre eux puis avec les habitants.

    Un exemple concret ?

    Dans les opérations de rénovation de l’habitat social, on pourrait par exemple mettre en place une économie contributive du bâtiment au service d’un habitat « néguentropique » – par opposition à entropique – qui soit aussi un chantier de qualification des habitants, comme a pu le faire l’architecte Patrick Bouchain. Ce sont ici les habitants qui innovent et produisent une valeur durable pour eux, comme pour la ville.

    Plus généralement, quelle place pour les habitants dans ce dispositif ?

    Pour ce projet qui se donne dix ans pour changer les choses en profondeur, nous espérons parvenir à associer de près ou de loin les 400 000 habitants de Plaine Commune à cette démarche de recherche contributive ; celle-ci va commencer à petite échelle pour s’étendre à ce que l’on pourrait appeler une démocratie contributive. Le programme est transdisciplinaire, car tous les domaines doivent être explorés, tel le sport par exemple. Ici, le Stade de France est incontournable et le sport s’est trouvé très profondément transformé par le numérique ces dernières années. Si l’on s’adresse aux jeunes gens de Seine-Saint-Denis sans rien pouvoir dire sur le football, on n’ira pas très loin – d’autant qu’il y a la perspective des Jeux olympiques de 2024.

    Pourquoi placer le numérique au cœur du projet ?

    Parce que le numérique modifie tous les savoirs, et parce que le savoir est la clé de l’avenir. En 2008, Vincent Peillon, à l’époque ministre de l’Éducation, m’avait demandé d’animer un groupe sur l’introduction du numérique à l’école ; j’avais alors un peu déçu son cabinet en déclarant : « Le numérique à l’école, c’est dangereux ». J’ai d’ailleurs démissionné assez vite. Je travaille sur ces questions avec Maryanne Wolf, une neuropsychologue américaine. Elle réalise des analyses précises, basées sur l’imagerie médicale, et certaines de ses conclusions sont plutôt préoccupantes.

    Je ne dis pas qu’il ne faut pas de numérique à l’école, mais je dis qu’il faut l’introduire en connaissance de cause. J’ai continué à soutenir ce point de vue, notamment à l’Agence nationale de la recherche où j’ai siégé quelques années ; j’avais ainsi proposé de développer des recherches doctorales dans tous les domaines pour voir ce que le numérique « fait » aux disciplines. Car il ne s’agit pas simplement d’un nouveau moyen de faire de la pédagogie ou de transmettre des savoirs ; c’est d’abord un moyen de produire du savoir, des objets scientifiques ; prenez les nano-objets, par exemple, qui sont aujourd’hui intégralement produits par le numérique ; la biologie comme l’astrophysique passent également par le numérique et, en maths, les conditions de la démonstration s’en trouvent modifiées.

    Le numérique, c’est une révolution scientifique sur laquelle personne ne travaille, car tous les crédits sont mis sur l’innovation pour développer les logiciels et les interfaces de demain… En 2008, j’avais aussi dit à un conseiller de Vincent Peillon qu’il fallait adopter à l’égard du numérique un comportement rationnel et l’étudier. Il m’avait répondu que je raisonnais comme un « intellectuel » et qu’il fallait des résultats rapides. J’avais suggéré que l’on pouvait avancer grâce à la recherche contributive. C’est-à-dire faire entrer le numérique à l’école en y introduisant, en même temps, la recherche. On cite toujours la Finlande, mais tous les enseignants de ce pays sont dans l’obligation de faire de la recherche – et ce n’est sans doute pas pour rien dans la qualité des résultats de ce pays. C’est cela que j’appelle la recherche contributive, et qui dépasse d’ailleurs le corps enseignant et concerne toute la population.

    Maryanne Wolf sur l’attention à l’ère du numérique (CASBS, 2015).
    Que « fait » donc le numérique à la recherche ?

    Le numérique transforme toutes les activités scientifiques, comme les instruments d’observations le font depuis le XVIᵉ siècle en passant par ce que Bachelard appelait les phénoménotechniques. Mais à la différence des technologies scientifiques précédentes, le numérique modifie aussi les savoir-vivre et les savoir-faire, c’est-à-dire la vie quotidienne et les relations sociales aussi bien que les compétences linguistiques, par exemple : ce sont les objets scientifiques qui s’en trouvent changés.

    Nous sommes en outre dans une période où la technologie évolue extrêmement vite ; si l’on suit les circuits normaux de délibération scientifique, on arrive toujours trop tard. C’est cela la « disruption ».

    Face à la disruption, les systèmes sociaux et les gens qui les constituent doivent s’emparer du développement technologique pour en devenir prescripteurs et praticiens, et non seulement consommateurs – et parfois victimes, le système social étant court-circuité, et en cela détruit, par le système technique. Dans ce but, il faut faire de « l’ingéniérie simultanée » ; il y a trente ans, Renault et Volvo ont introduit de telles méthodes pour accélérer le transfert de technologies en faisant travailler en parallèle et pas en séquentiel ; c’est devenu aujourd’hui ce qu’on appelle le « développement agile ». Je pratique cela depuis longtemps, avec des ingénieurs notamment. Pour Plaine Commune, l’idée est d’élaborer – avec tous les différents acteurs du territoire en même temps, dont les industriels – un débat, des hypothèses théoriques, un contrôle scientifique exigent, et en employant la méthode de la recherche-action.

    Qu’entendez-vous par recherche-action ?

    Il s’agit d’une méthode mise au point aux États-Unis dans les années 1940 par Kurt Lewin qui l’utilisa en psychosociologie ; pour lui, lorsqu’on travaille avec des « sujets », pour reprendre le vocabulaire des psychologues, il faut que les personnes deviennent elles-mêmes chercheuses, car elles sont justement sujets et non objets.

    Cette méthode a ensuite été utilisée en management, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle est très critiquée par la gauche et les marxistes qui y voient une méthode d’intégration et, finalement, de manipulation. La Norvège a notamment été très en pointe pour transformer ses outils de production industrielle. La recherche-action a aussi été utilisée dans le domaine de la psychiatrie, comme au Tavistock Institute de Londres.

    Il faut ici mentionner les travaux de François Tosquelles, ce réfugié de la guerre d’Espagne qui a transformé un hôpital psychiatrique délaissé de Lozère en un lieu qui est devenu expérimental, en quelque sorte par accident. Totalement abandonné par le gouvernement de Vichy dans les années 1940, cet hôpital, comme bien d’autres, a dû faire face à une situation extrême avec des malades mourant de faim ; Tosquelles a alors totalement renversé la situation en engageant ses patients à s’emparer de cet état de fait pour faire de l’hôpital l’objet des soins. L’institution est devenue le malade dont il fallait s’occuper. Cela a été le début d’une révolution, à laquelle participera notamment Georges Canguilhem. À la clinique de la Borde, Félix Guattari poursuivra dans cette voie avec Jean Oury.

    François Tosquelles : une politique de la folie (Vimeo, 2016).
    Quelle place pour les industriels à Plaine Commune ?

    Orange et Dassault Systèmes nous soutiennent activement. Orange cherche en effet à développer des plateformes territoriales et les services de proximité associés, et nous, nous disons avec le World Wide Web Consortium (W3C) qu’il faut faire émerger un web d’un nouveau genre, non transformable en data economy. Un outil contributif pour les gens, et non pas des gens au service de la plateforme !

    Du côté de Dassault Systèmes, dont les communautés d’ingénieurs travaillent déjà sur le mode contributif, il y a un intérêt très fort pour les recherches et expérimentations que nous menons autour du partage de notes. Ils sont également très sensibles aux problématiques de l’économie contributive.

    En quoi consisteront ces nouveaux outils contributifs ?

    Pour la prise de notes, par exemple, il s’agit d’un système capable de faire de la recommandation contributive – permettant, par l’analyse algorithmique des annotations, de recommander les travaux d’autres chercheurs, sur des critères variés, en vue de souligner convergences et divergences et d’activer ainsi les dynamiques critiques qui font la science. Il s’agit d’une sorte de dialogue socratique assisté par ordinateur. Quand on a 24 étudiants, c’est l’enseignant qui fait cela ; mais c’est impossible avec des milliers de personnes.

    Le but est aussi bien de développer de nouveaux types de réseaux sociaux qui se construisent autour d’une controverse ou d’un objectif commun. Cela permettrait de mettre en relation non pas des individus entre eux mais des groupes reconstituant le lien social. Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont antisociaux ; mais ce n’est pas une fatalité.

    Il s’agit donc avant tout de recréer du lien…

    Il y a en ce moment un grand débat en Californie sur les big data et les mathématiques corrélationnistes dont les avancées font dire à certains que l’on va bientôt pouvoir se passer de théorie : grâce aux corrélations, l’élaboration théorique deviendrait accessoire, clame notamment Chris Anderson. Je suis farouchement opposé à ce discours délirant – mais qui est à la base de la data economy. Et j’en ai fait la critique dans La Société automatique.

    Il faut utiliser les technologies numériques contributives non pour court-circuiter la décision des individus et des groupes, mais pour argumenter et consolider les décisions. La première fois que j’ai réfléchi à ce que pourrait être une « trully smart city », c’était dans la toute petite ville de Loos-en-Gohelle avec Jean-François Caron, son maire, qui a monté il y a une dizaine d’années, un dispositif de capteurs de flux – de circulation, de température, de consommation – qui ne déclenchent pas de régulations automatisées gérées par des algorithmes… mais qui convoquent des réunions d’habitants et d’associations.

    Quelle différence faites-vous entre contributif et collaboratif ?

    Une grande différence. Le collaboratif, c’est ce qui développe l’emploi gratuit ; c’est la logique des plateformes type Uber, Amazon ou Airbnb où, progressivement, sous prétexte de partager des donnépes, on crée des courts-circuits, on fait de la désintermédiation, on dérégule complètement et l’on devient prédateur parce qu’on a capté toutes les data produites par tout le monde et que l’on contrôle tout cela de manière occulte. C’est une contributivité négative ; ces plateformes qui ne redistribuent rien – ni monnaie, ni symbole – prolétarisent et désymbolisent. C’est aussi une critique que l’on peut adresser à Google. Je pense ici aux travaux de Frédéric Kaplan qui a montré que l’exploitation algorithmique du langage par Google conduit tendanciellement à une standardisation du langage produisant de l’entropie.

    Une économie contributive négative est une économie qui aggrave encore l’entropie du consumérisme. Beaucoup de gens qui évoluent dans le domaine du collaboratif et de l’économie du partage font des choses très sympathiques. Mais l’économie collaborative n’est pas pour l’instant qualifiée au plan macro-économique : elle n’est pensée qu’au niveau de la firme, de la microentreprise, et le problème c’est qu’elle ne prend pas du tout en compte la question des externalités positives et négatives. Du coup, elle conduit au contraire de ce à quoi elle fait rêver.

    C’est pour porter ces questions au niveau macro-économique que nous avons l’ambition, à Plaine Commune, de contribuer à l’invention d’un nouveau plan comptable national, évidemment avec d’autres territoires. Le but n’est pas de faire de l’économie locale, mais de l’économie localisée, externalisable et déterritorialisable. Bref, il ne s’agit pas de mettre des frontières – mais bien, en revanche, de mettre des limites : des limites à l’Entropocène qu’est l’Anthropocène, et pour une économie néguentropique en vue d’un Néguanthropocène.