NRobin

Chargée d’Etudes Nantes / AMD

  • C’est ce qu’on appelle une Girouette médiatique !
    Alexandre Adler : Russie, Syrie, Iran, Irak, Afghanistan, Palestine, Algérie, Tunisie, Maroc, ...

    D’origine russe, Alexandre Adler nous livre « ses » analyses sur la guerre en Syrie, la Russie de Poutine et l’élection de Trump, qui tranchent radicalement avec celle des médias courants du moment. Un point de vue tout de même intéressant même si le personnage est discutable.

    Ses aller-retour de la gauche extrême à la doite extrême, socialiste puis communiste avant d’être ultra - capitaliste, ses positions, un coup BHListe, glucksmaniste, kouchneriste, un coup chevènementiste, segainistes, chiraquiste puis max galloïste pour finir sarkoziste et bushiste après avoir été profondément hollandiste, son passage de Libération au Figaro, ses prises de position pro-guerres d’Irak, d’Afghanistan ou de Libye et ultra - sionistes sur la question palestinienne, son soutien à Israël et à la Tunisie de Ben Ali, ses vociférations contre l’Algerie et le Maroc avant quelques assouplissements, sa haine des frères musulmans et de l’Iran, du Hezbollah chiite libanais, on l’aura compris, font d’Alexandre Adler l’Internationale Girouette de la Géopolitique (IGG).

    Alexandre Adler est l’un des journalistes critiqués par le film documentaire français sorti en janvier 2012 : Les Nouveaux Chiens de garde, lui-même tiré de l’essai éponyme de Serge Halimi paru en 1997.

    Il vient à nouveau en éclaireur (ou falsificateur) sur l’actualité Poutine/Assad et la guerre en Syrie. Il n’aime pas Bachar El Assad alors qu’il avait plaidé quelques années auparavant pour sa sauvegarde.

    Il est l’Invité des Matins de France Culture à propos de son dernier livre le 17/01/17 :

    Peut -on le croire, vu le vide politique et la « Nakba » médiatique en France sur la question ?

    https://www.franceculture.fr/personne-alexandre-adler.html

    17.01.2017
    Donald Trump : il était une fois en Amérique

    Cf. deux liens le concernant dont Wikipedia et ACRIMED

    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Adler

    http://www.acrimed.org/Les-faceties-d-Alexandre-Adler-un-historien-experimental-des-pays-arabes

    • https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Adler
      Alexandre Adler
      Naissance 23 septembre 1950
      ParisNationalitéfrançaiseProfessionjournalisteSpécialitérelations internationalesAutres activitéshistorienSite internetalexandreadler.commodifier 

      Alexandre Adler, né le 23 septembre 1950 à Paris, est un historien et journaliste français, spécialiste des relations internationales.

      Biographie

      D’origine juive allemande et russe[1], sa famille maternelle, les Bauer, réside en Turquiedepuis le début du xxe siècle et échappe ainsi aux persécutions nazies. En revanche, tous les membres de sa famille paternelle, à l’exception de son père Emeric, sont morts endéportation. Sa filiation paternelle est une filiation de Cohen, et de rabbins. Son père Emeric Adler, décédé en 2003 à l’âge de 95 ans, était un ingénieur constructeur de voies ferrées dans l’Empire ottoman, originaire de laBohême, actuelle République tchèque, parlant parfaitement sept langues étrangères, et qui s’était installé en France dans le courant desannées 1930. Il avait servi à la Légion étrangère entre 1939 et 1945[2].

      La langue maternelle d’Alexandre Adler est l’allemand. De parents laïcs et socialistes, il ne reçoit aucune éducation religieuse, aucune transmission de judéité « sauf l’humour » dit-il, mais il étudie en profondeur le judaïsme à l’âge adulte. En 1969, Alexandre Adler est reçu à l’École normale supérieure[3]. Il est ensuite reçu à l’agrégation d’histoire.

      Universitaire spécialiste de l’Union soviétiqueet de l’Europe de l’Est (il est cousin de l’ancien premier ministre roumain Petre Roman), Adler enseigne successivement à l’université Paris-VIII, à l’ESCP et est détaché par la suite auprès de l’enseignement militaire supérieur, notamment au Collège interarmées de défense jusqu’en 2000. Après cette date, il n’a plus qu’une activité journalistique.

      Alexandre Adler est marié à Blandine Kriegel, philosophe et historienne, fille du résistant, puis dirigeant communiste, Maurice Kriegel-Valrimont, et de Paulette Lesouëf-Brévillier[3].

      Chevalier de la Légion d’honneur en mai 2002[4], il est fait officier de l’ordre national du Mérite[5] le 19 janvier 2007, par le président de la République, Jacques Chirac. Franc-maçon, il a été initié à la Grande Loge nationale de France en 2000[6], l’a quittée et a rejoint laLoge nationale française.

      Carrière journalistiqueModifier

      Celle-ci commence en 1982, à Libération, où il suit les affaires soviétiques, avec un bref passage en 1983-1984 au quotidien, Le Matin de Paris.

      En 1992, il quitte Libération pour participer à la direction de Courrier international, pendant 10 ans[3]. Il sera successivement rédacteur en chef, puis directeur éditorial.

      Parallèlement, il collabore deux ans au magazine Le Point, deux ans à L’Express, où il tient une chronique de politique internationale, et enfin cinq ans au Monde comme conseiller proche de Jean-Marie Colombani.

      De 1994 à 2003, il présente l’émission Les mercredis de l’Histoire sur Arte[3].

      À partir du 11 septembre 2001, il prend un virage atlantiste et défend la politique deGeorge W. Bush[3].

      En désaccord avec la ligne éditoriale duMonde, il quitte le quotidien et Courrier international, devenu filiale à 100 % du Mondefin 2002.

      Il a quitté le groupe Le Monde à la suite du scandale suscité par une chronique dansCourrier international intitulée Tournant en Allemagne ?[7],[8].

      Il rejoint Le Figaro en novembre 2002 en tant que « conseiller rédactionnel et éditorial »[7].

      Son livre J’ai vu finir les mondes anciens, s’est vendu à 140 000 exemplaires[3].

      Il est aujourd’hui membre du comité éditorial du Figaro.

      Figure bien connue des médias audiovisuels, Alexandre Adler est apparu souvent sur les écrans de la télévision et les antennes de la radio. En 1993-1995 il est chroniqueur àEurope 1. En 1995-1996 il chronique la politique étrangère sur RTL.

      Enfin en 1998, il a réalisé une série de chroniques historiques de 13 minutes sur lexxe siècle, intitulée Histoire de comprendre, initialement réalisée pour La Cinquième. Alexandre Adler a aussi collaboré à TV5 Monde et à Direct 8, la chaîne de la Télévision numérique terrestre qui appartenait à Vincent Bolloré (Le Monde d’Adler, présenté avecMikaël Guedj).

      De septembre 2002 à juillet 2011, il présente chaque matin une chronique dans Les Matins de France Culture.

      Alexandre Adler est réputé pour sa connaissance des différents acteurs internationaux de la géopolitique et d’événements locaux rarement évoqués dans l’ensemble des médias français. Comme il le rappelle fréquemment, par exemple dans ses chroniques sur France Culture, il était proche du bloc soviétique pendant les années 1970, tout en ayant une vision devenue progressivement critique après l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968.

      Inspiré par l’intérêt pour la longue durée deFernand Braudel, Adler aime parfois se lancer dans des anticipations risquées, qualifiées ensuite d’audacieuses ou de douteuses selon qu’elles se révèlent exactes (chute de Mikhaïl Gorbatchev, trois mois avant le coup d’État de 1991[9], chute de Slobodan Milošević enSerbie deux mois avant qu’elle ne survienne, victoire du Parti des travailleurs brésilien, triomphe des idées de Deng Xiaoping en 1992-1993...) ou non (comme lorsqu’il misa sur la défaite de Barack Obama à l’élection présidentielle américaine de 2008). Il aime aussi émettre des interprétations très personnelles, comme lorsqu’il affirme, dansJ’ai vu finir le monde ancien, que lors de laguerre contre l’Angleterre en 1812, les États-Unis auraient renoncé assez vite à conquérir le Canada car ils ne voulaient pas intégrer un bloc de population francophone aussi important. La chance lui sourit parfois : lesaccords d’Oslo interviennent six mois après qu’il a consacré une couverture du Courrier international au dialogue israélo-palestinien, et les démêlés de l’UBS et du Crédit suisse sont révélés par les média peu après qu’il a, sur Les Matins de France Culture, commenté les pressions américaines contre le secret bancaire suisse[10] : dans sa stratégie de communication, les anticipations réussies et les coups de chance font figure d’une exceptionnelle compétence en prospective, notamment dans sa chronique quotidienne sur l’actualité internationale dans Europe 1 Matin (qu’il anime jusqu’au 23 novembre 2012), ce qui lui vaut d’être régulièrement moqué dans La revue de presque de Nicolas Canteloup qui l’imite en commençant chacune de ses interventions par « Bonjour Bruce »[11]. À partir du 26 novembre 2012, sa chronique change d’émission et de format et a lieu à18 h 30 dans Europe 1 soir[12].

      En mars 2012 il publie avec Vladimir Fédorovski Le Roman du siècle rouge sur l’histoire secrète du xxe siècle.

      Recherche universitaireModifier

      Alexandre Adler est le directeur scientifique de la chaire de géopolitique de l’université Paris-Dauphine créée en novembre 2009. La chaire comprend un volet enseignement et un volet recherche portant notamment sur les points suivants : mondialisation et gouvernance, géopolitique, énergie et matières premières et politique européenne.

      Engagement politiqueModifier

      Dès 1965, Alexandre Adler adhère à la SFIOpendant la campagne présidentielle deFrançois Mitterrand.

      Après 1968, il quitte le Parti socialiste pour lePCF dont il restera militant pendant onze ans. Il entretient également des rapports très étroits avec le Parti communiste italien à son apogée, ainsi qu’avec plusieurs de ses dirigeants dont Pietro Ingrao, Bruno Trentin,Giorgio Napolitano et, tout à la fin de sa vie,Enrico Berlinguer. Il aura été dans ces années professeur à l’École centrale du Parti et rédacteur en chef adjoint de la revue La Pensée. Il est le coauteur d’un ouvrage (très modérément) critique[13] sur l’Union soviétique, L’URSS et nous, paru en 1978[14].

      Après la rupture de l’Union de la gauche, il démissionne du Parti communiste en février 1980 et participe à la contestation externe aux côtés de son beau-père Maurice Kriegel-Valrimont et de l’ancien secrétaire de la Fédération de Paris, Henri Fiszbin. Il se montre malgré tout nuancé sur la guerre d’Afghanistan. Ainsi quelques mois après sa démission dans L’Internationale et le genre humain, il regrette l’alignement inconditionnel du Parti communiste sur la version soviétique, mais précise que « contrairement à une opinion fort répandue à gauche, le dossier de l’intervention soviétique en Afghanistan est plaidable, au moins en apparence »[15]. Et en un chapitre entier, il se livre à une analyse détaillée de l’histoire des relations entre les deux pays depuis 1917, l’Afghanistan ayant été le premier pays du monde à établir des relations diplomatiques avec l’Union soviétique en 1919.

      En 1984, il est recruté par le Parti socialistepour travailler à sa commission de politique extérieure. Il rejoint presque au même moment le mouvement des Transcourants créé par François Hollande et Jean-Pierre Jouyet. Après 1988, il s’éloigne du Parti socialiste, tout en restant proche de Jean-Pierre Chevènement et de Philippe Séguin, dont il souhaite la conjonction. Membre du club Phares et Balises de Régis Debray et Max Gallo, il soutient aux côtés de Philippe Séguin, la candidature de Jacques Chirac en 1995 et à nouveau en 2002. Proche de Jacques Chirac sur un plan personnel, il n’en a pas moins pris nettement position en faveur de la politique générale de George W. Bush au Moyen-Orient.

      Dénonçant régulièrement « le simplisme » dont les médias et certains intellectuels français font preuve à l’égard des États-Unis[16], il soutient la guerre en Afghanistan et la guerre en Irak en 2001 et 2003. Il regrette par la suite les erreurs commises dès les débuts de l’occupation américaine et en 2004apporte un soutien réticent à John Kerrycontre George W. Bush, saluant « le courage dont avait fait preuve ce dernier »[17]. Il affirme cependant « ne pas croire au choc des civilisations » entre le judéo-christianisme et le monde musulman[18].

      Alexandre Adler a participé à une réunion duBilderberg en mai 2003 à Versailles[19].

      Il soutient le oui au référendum de 2005 sur laconstitution européenne : « La bataille pour le “oui” sera dans ces conditions évidemment la grande bataille pour la liberté de notre continent, et je l’espère la grande défaite de tous ces altermondialistes qui ont tout à la fois la candeur et l’impudence de se déclarer “antilibéraux”, disons simplement ennemis de la liberté[20]. »

      Il est critique envers les altermondialistes en qui il voit des « illuminés communautaristes[21] ».

      En 2007, il appelle à voter Nicolas Sarkozydans sa chronique éditoriale au Figaro[22] et en 2008, soutient, avec des réserves, la candidature de Barack Obama contre celle deJohn McCain lors des élections présidentielles américaines.

      En 2013 et 2014, il participe pleinement au devoir de mémoire en militant notamment pour l’entrée de Pierre Brossolette[23] auPanthéon.

      Soutien à la politique de l’État d’IsraëlModifier

      Administrateur de l’Union libérale israélite de France (ULIF) et conseiller du précédent président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Roger Cukierman. Il figure aussi au comité éditorial de L’Arche et participe à de nombreuses activités de l’Appel unifié juif de France.

      Il est l’un des rares intellectuels français à souhaiter la victoire de George W. Bush contreAl Gore lors de la première candidature de Bush fils à la présidence des États-Unis. En 2004, il souhaite la victoire de John Kerry face au même George W. Bush[24].

      Il s’engage en 2002 au côté de l’avocat Gilles-William Goldnadel, ainsi que du philosopheAlain Finkielkraut, contre le journaliste deFrance Inter, Daniel Mermet, accusé de « provocation antisémite ». Celui-ci est cependant relaxé.

      Interrogé sur ses positions à l’endroit de l’intellectuel musulman Tariq Ramadan, il l’exonère pour partie de l’accusation courante d’antisémitisme et affirme le préférer aux « traîtres juifs[25] ». Quelques mois plus tard, il affirmera sur France Culture que la préface deRony Brauman au livre américain de Norman G. Finkelstein, dénonciateur du Shoah-business, et les positions convergentes d’Esther Benbassa[26], ont largement ouvert la voie aux « agressions verbales » d’unDieudonné, qu’il qualifie d’« ignoble personnage ».

      PolémiquesModifier

      Alexandre Adler, qui s’honore de l’amitié personnelle d’Henry Kissinger et qui a toujours défendu une politique d’ouverture des États-Unis et de l’Occident tant vis-à-vis de la Russie que de la Chine actuelle, ne se situe pas sur l’essentiel dans la ligne du courant néoconservateur, bien qu’il soit l’ami personnel de Richard Perle et plus lointainement de Paul Wolfowitz[27]. Adler est par exemple opposé au bombardement de l’Iran, pays chiite, considérant que le principal problème est le djihadisme sunnite d’Al Qaïda, hostile au régime de Téhéran.

      En avril 2011, Alexandre Adler s’est également prononcé pour le sauvetage du chef d’état syrien Bachar el-Assad, qui selon lui « ne mérite absolument pas d’être emporté par la vague de libération du printemps arabe[28]. »

      CritiquesModifier

      Alexandre Adler est une cible récurrente de l’association française de critique des médias, proche de la gauche antilibérale, Acrimed[29]. Sont notamment critiqués sa participation à l’unanimité des médias en faveur du « oui » auréférendum sur la constitution européenne de 2005[30],[31], ses propos vis-à-vis d’Hugo Chávez[32],[33] et Evo Morales[34], ses approximations[35],[36], ou encore sa complaisance vis-à-vis de Bernard-Henri Lévy[37].

      En juin 2005, le mensuel Le Monde diplomatique publie un portrait à charge d’Alexandre Adler, insistant particulièrement sur ses erreurs les plus évidentes, notamment à propos de la guerre anglo-américaine de 1812, d’Hugo Chávez, de la guerre d’Irak de 2003 ou encore de l’élection présidentielle américaine de 2004[38].

      Alexandre Adler est l’un des journalistes critiqués par le film documentaire français sorti en janvier 2012 : Les Nouveaux Chiens de garde, lui-même tiré de l’essai éponyme deSerge Halimi paru en 1997, qui explore lescollusions entre les médias français et lepouvoir politique et économique français.

      PublicationsModifier

      L’URSS et nous, Paris, Éditions Sociales,1978L’Internationale et le genre humain, avec Jean Rony, Paris, Mazarine, 1980.Pour l’amour du peuple : un officier de la Stasi parle, Paris, Albin Michel, 1999Le Communisme, Paris, PUF, coll. "Que sais-je ?", 2001J’ai vu finir le monde ancien, Paris, Grasset,2002 (Prix du livre politique 2003Au fil des jours cruels : 1992-2002, Paris, Grasset, 2003L’Odyssée américaine, Paris, Grasset, 2004Comment sera le monde en 2020 ? (Rapport de la CIARendez-vous avec l’Islam, 2005Sociétés secrètes, Paris, Grasset, 2007Comment sera le monde en 2025 ? (Le nouveau rapport de la CIA), Paris, Robert Laffont, 2009Le monde est un enfant qui joue, Paris, Grasset, 2009Berlin, 9 novembre 1989 : la chute, Paris, XO Éditions, 2009Le Big bang et après ?, avec Marc Fumaroli, Blandine Kriegel et Trinh Xuan Thuan, Paris, Albin Michel, 2010Le Peuple-monde : destins d’Israël, Paris, Albin Michel, 2011Le Monde après Ben Laden, Paris, Grasset,2011Où va l’Amérique d’Obama ?, avec Hervé de Carmoy, Paris, PUF, 2011Le Roman du siècle rouge, avec Vladimir Fédorovski, Paris, Le Rocher, 2012.Le Jour où l’histoire a recommencé, Paris, Grasset, 2012.Quand les Français faisaient l’histoire, Paris, Grasset, 2014.Le Califat du sang, Paris, Grasset, 2014.L’Invisible et la science avec Patricia Darré, Paris, Lafon, 2014.Daech : l’équation cachée avec Ardavan Amir-Aslani, Paris, Archipel, 2016La Chute de l’empire américain, Paris, Grasset, 2017

      Notes et référencesModifier

    • http://www.acrimed.org/Les-faceties-d-Alexandre-Adler-un-historien-experimental-des-pays-arabes

      Les facéties d’Alexandre Adler : un historien « expérimental » des pays arabespar Olivier Poche, Lundi 14 Mars 2011

      L’oligarchie des commentateurs multimédias confisque largement le débat public. Elle ne dispose d’aucune autre légitimité que celle qu’elle s’attribue. En son sein, la distribution des rôles tient souvent lieu de diversité des analyses et des positions. Dans le rôle de l’omniscient, Alexandre Adler. Une caricature. Ce n’est pas la seule, mais elle est exemplaire. C’est pourquoi une rubrique est ici dédiée aux facéties d’Alexandre. 

      Que les obsessions d’Alexandre Adler puissent s’exprimer dans un journal, et au sein de ce journal, dans un espace réservé à l’expression d’opinions personnelles, on ne saurait y trouver à redire. La liberté d’expression est indissociable du droit à l’erreur, voire à l’aberration. 

      Mais que ce personnage dispose d’une surface médiatique démesurée compte tenu de ses compétences approximatives, de ses connaissances sélectives, de ses ignorances opportunes et… de ses obsessions, voilà qui pose davantage problème. Une surface médiatique proportionnée à l’ampleur d’une imposture. Comme permet de le vérifier la géopolitique arabe de l’omniscient.

      Dans une interview publiée par Nice Matin, le 28 janvier 2011, Alexandre Adler était invité à revenir sur de précédentes déclarations, élogieuses, concernant Ben Ali et son régime.« Regrettez-vous d’avoir évoqué en 2009 les "acquis démocratiques″ de ce pays ? », lui demande ainsi le journaliste. « C’était peut-être excessif », admet le chroniqueur du Figaro – ce qui est en soi une petite « révolution ». Mais c’est pour bien vite se reprendre :« Je maintiens que la Tunisie qu’il incarnait bon an mal an était – et demeure – une expérience encourageante au Maghreb. Si cette société n’était pas une démocratie, elle n’était pas non plus son contraire. »

      « La captation des richesses par le clan Trabelsi ? L’emprisonnement des opposants ? » relance alors son interlocuteur, qui pousse ainsi notre omniscient à avouer une « ignorance » très opportune : « J’ignorais à quel point ces canailles se comportaient comme des doryphores ». « Comportements » relativisés aussitôt par une comparaison avec les Algériens spoliés par leurs« technocrates formés à l’énarchie française ». Dernière question : « Avez-vous de l’indulgence ? » Dernière réponse, en forme de faux-fuyant : « Même dans la pire période de Ben Ali, les Tunisiens ont toujours été plus libres que leurs voisins algériens ou marocains. »

      Dans sa livraison du 12 février 2011, notre éditocrate nous précise par ailleurs que« Moubarak n’était pas Ben Ali », et développe une comparaison cette fois défavorable au second. Que faut-il en conclure ? Que la situation en Égypte était plus heureuse que celle que connaissait la Tunisie, elle-même plus souhaitable que celle de l’Algérie et du Maroc ? Pour vérifier ce palmarès tout en nuances, remontons le fil, de mal en pire, en suivant la production éditoriale d’Adler sur les dix dernières années, et en commençant par le meilleur de tous : Moubarak.

      L’Égypte et son « régime débonnaire »

      Si « Moubarak n’est pas Ben Ali », la formule laisse tout de même à penser qu’on pourrait à bon droit adresser quelques reproches au président égyptien. Si Adler le concéderait peut-être – bien qu’il ne précise pas lesquels –, c’est que nous sommes à la veille de sa destitution. Car, depuis dix ans, qu’a-t-il dit à propos de ce dirigeant ?

      Pas grand-chose. En réalité, la pratique du pouvoir de Moubarak, le régime qu’il dirige, les trente années d’état d’urgence, la situation économique, sociale et politique de la population égyptienne – bref, tout ce qui fait la « une », ou du moins apparaît dans les journaux depuis peu –, tout cela est quasi absent des discours d’Alexandre Adler. Ce qui l’intéresse, ce qui l’inquiète, à propos de l’Égypte, c’est son basculement toujours prochain et toujours presque achevé dans « l’islamisme radical ». Ne rien savoir des peuples : c’est à cela qu’on reconnaît un expert en géopolitique, du moins dans le microcosme des éditocrates.

      Ainsi, le 4 mai 2005, Alexandre Adler nous met en garde : « Plus gravement, la déstabilisation structurelle, tant de l’Égypte de Moubarak que de l’Arabie saoudite du prince Abdallah par leurs majorités islamistes respectives, ne laisse pas d’inquiéter pour l’avenir ». Le 30 décembre 2006, la « Songerie moyen-orientale » (c’est le titre) de notre chroniqueur prend fugitivement des allures de cauchemar quand il songe à la« crise intégriste lancinante en Arabie saoudite et en Égypte ». Et si, en juin 2007 [1], il fait mine d’évoquer enfin la« situation interne » de l’Égypte et les« préoccupations très grandes que donne l’état général » du pays, c’est pour ne rien en dire, sinon s’inquiéter du« renforcement du rôle des Frères musulmans égyptiens »et des élections législatives remportées à Gaza par le Hamas qui pourraient provoquer « l’implosion d’un État égyptien qui, du Darfour aux rues populeuses du Caire, est défié aujourd’hui sur tous les fronts ».

      En décembre 2008, il a encore un mot pour le peuple égyptien : « Le sacrifice des islamistes de Gaza devrait, dans l’esprit de ses instigateurs, tout à la fois vaincre sur le terrain les capitulards chiites de Téhéran et de Bagdad, qui ne rêvent que de dialogue avec Obama, et à déstabiliser pour de bon uneÉgypte de plus en plus intégriste Pour rendre compréhensible cet extrait de ce qu’au Figaro on nomme « chronique », mais que l’on pourrait tout aussi bien qualifier de bouffée délirante, il faut sans doute préciser qu’à la lecture de l’article il apparaît que l’expression« sacrifice des islamistes de Gaza » désigne l’opération israélienne « Plomb durci » qui se prépare, opération dont les « instigateurs » sont, évidemment, les “durs” de Téhéran. Et Adler de conclure, visionnaire : « L’impuissance de Moubarak pourrait fragiliser définitivement l’État et faire basculer toute la région vers une sorte de califat ». Adler, comme on le disait dans un bon livre – Les Éditocrates – récemment réédité en poche, c’est l’imagination au pouvoir.

      Une imagination, comme on le voit, échauffée par un prurit anti-islamiste faisant régulièrement verser la chronique dans le prêche enflammé ou la propagande hallucinée, qui n’ont rien à envier à d’autres fanatiques. Mais ce fanatisme-là ne mobilise guère les gardiens de l’ordre et de la raison médiatiques : ils en partagent généralement les présupposés et les méthodes.

      Ainsi, le 18 mai 2005, Alexandre Adler fustige la « vulgate démocratico-humanitaire » qu’il attribue à... l’administration Bush ! Cette « politique américaine de soutien énergique et intrusif en faveur de la démocratie dans le monde musulman » – c’est toujours du Adler dans le texte - est une politique vouée à l’échec, en raison de réalités naturellement« beaucoup plus complexes » : Adler prévient qu’« une révision sera inévitablement nécessaire ». En Égypte, par exemple, où « le régime Moubarak s’affaiblit chaque jour », déclare Adler pour déplorer, cela va sans dire, la mollesse de ce « pouvoir, qui n’est bien évidemment que semi-autoritaire face à l’islamisme.

      Le 15 août 2005, nouvelle appréciation dont les révoltés de la place Tahrir ne semblent pas avoir tenu compte : « Le régime débonnaire et affaibli du président Moubarak en Égypte est lui, de son côté, la moins mauvaise des solutions pour le grand voisin du Sud » [2].

      Six mois plus tard, ce pouvoir« débonnaire » et « semi-autoritaire » organise assez logiquement des « élections semi-libres » (selon la chronique du 26 janvier 2006) : des élections grâce auxquelles Moubarak sera tout de même réélu avec à un score semi-démocratique de 88,5 % des voix.

      Il faut attendre 2011 pour que le « printemps arabe » altère – un peu – la vision du grand Alexandre.

      Le 29 janvier, Adler nous avertit : « L’Égypte bouge [...]De là à penser que la chute de Moubarak est imminente, il n’y a qu’un pas à franchir, et certains – dont le président Obama, qui a appelé le raïs à des réformes démocratiques - le font de manière inconsidérée. Le départ de Moubarak une dizaine de jours plus tard, le 11 février montre à quel point la prudence intéressée d’Adler était… inconsidérée. Il n’empêche : pour justifier le désaveu d’Obama, notre expert en comparaisons farfelues invoque la différence entre Ben Ali et Moubarak. Un nouvel adjectif apparaît alors sous la plume du chroniqueur du Figaro. « À la différence de Ben Ali, Moubarak ne s’affaiblit pas du fait de son obstinationdictatoriale mais, tout au contraire, des nombreuses concessions sans principe qu’il aura été amené à consentir à son opposition islamiste ». La prose d’Adler est (volontairement ?) ambiguë. Faut-il comprendre qu’à l’instar de Ben Ali, Moubarak fait effectivement preuve d’une « obstination dictatoriale » ou que c’est seulement ce que prétendent ceux qui n’ont pas la clairvoyance d’Alexandre Adler ? Ceux qui ne voient pas que sa chute serait imputable à sa mollesse face aux islamistes, et non à son « obstination » à refuser des réformes démocratiques « inconsidérées » ?

      De l’Égypte vue d’Adler, tournons-nous maintenant vers la Tunisie, pour nous pencher sur le Ben Ali selon Alexandre, « dictatorial », lui, sans ambiguïté. Aujourd’hui du moins.

      La Tunisie et son « despotisme très relatif »

      Alexandre Adler parle rarement de la Tunisie. Mais, avant le 29 janvier 2011, toujours en bien. Deux chroniques lui sont spécifiquement consacrées, qui valent le détour.

      – La première, le 17 novembre 2005, célèbre « Le paradoxe tunisien ». On pourrait imaginer que ce paradoxe concerne la contradiction entre réussite économique et échec démocratique. Mais tout l’article tente précisément de convaincre son lecteur que ce prétendu échec est une« argutie » : celle-ci aurait pour fondement un « mélange de complaisance à l’égard de l’islamisme, de haine de soi et de trouille pure et simple » qui conduit indûment « à des condamnations sans appel ». Il faut donc se résoudre à comprendre que ce « paradoxe tunisien » oppose la réalité tunisienne à l’incrédulité des « idéologues de la capitulation face à l’islamisme » - comprenez : des droits-de-l’hommistes à l’entendement troublé.

      Notre chroniqueur est cependant prêt à une fugitive concession, dont on appréciera la formulation prudente : « Non certes que la Tunisie soit un modèle achevé de participation démocratique. Car même si des partis et des mouvements d’opposition ont pignon sur rue, ils sont encore loin d’évoluer dans un cadre parfaitement démocratique. »Mais, nous rassure aussitôt Adler : « la démocratie peut aussi se mesurer à d’autres critères. Qui, dans le monde musulman […] préférerait aujourd’hui l’incontestable pluralisme politique iranien [...]au despotisme très relatif d’un État tunisien qui reste éclairé ?.

      – La seconde chronique est publiée le 31 octobre 2009, au lendemain de l’élection présidentielle, remportée par Zine El-Abidine Ben Ali avec un score très relativement despotique de 89,62 %. Chronique intitulée « Où en est la Tunisie ? » et selon laquelle la Tunisie est, à bien y regarder, en pleine forme démocratique.

      Certes, « un tel scrutin suscite évidemment les critiques les plus acerbes et les mises en cause les plus radicales ». Certes, on peut confraternellement regretter « les mauvais traitements infligés à notre consœur Florence Beaugé duMonde, lesquels ne s’imposaient pas : une délicate précision qui, en revanche, « s’imposait » manifestement. Mais ces deux légères concessions ne sauraient masquer l’essentiel : « Pourtant, il n’y a dans ces élections aucun élément qui devrait enflammer les esprits, si l’on a bien en tête la situation géopolitique de la Tunisie, les acquis démocratiques de sa société et surtout la nature des ennemis qui guettent son éventuelle faiblesse. »

      Des acquis démocratiques ? Mais oui, et Alexandre Adler le prouve : « Pour ce qui est du totalitarisme, le bilan du régime en matière de liberté civile et d’égalité des citoyens parle de lui-même. » Prudemment, Adler se tait sur les libertés politiques. Et puisque ce bilan parle de lui-même, Adler n’en dit pas un mot et enchaîne aussitôt : « La Tunisie atteint d’ailleurs, grâce à sa liberté d’entreprendre, un PIB par tête d’habitant à peu près double de celui de ses voisins pourtant mieux pourvus en ressources naturelles. » On se perd en conjectures sur le sens de l’adverbe« d’ailleurs »... Quoi qu’il en soit, ayant ainsi brillamment démontré l’étendue des « libertés civiles », Adler pointe le véritable ennemi : l’opposition prétendument« démocratique » : « Mais peut-on prétendre que l’opposition soit aussi “démocratique” qu’elle le proclame ? Ici, il faut lire l’ouvrage de l’un de ses principaux représentants ». Et après avoir résumé d’adlérienne façon un ouvrage de Moncef Marzouki [3], le grand Alexandre conclut sans faiblir : « Avec de tels démocrates en embuscade, on préférera la poursuite de l’expérience actuelle dont les succès économiques et humains ne sont plus à démontrerPuisqu’ils parlent d’eux-mêmes !

      Qu’est-ce qu’un éditocrate omniscient ? Un commentateur, souvent journaliste, qui fait parler les faits, le cas échéant sans rien en dire et compare des allusions. Comme on va le voir.

      Maroc, Algérie : de mal en pis ?

      Confronté, en 2011, à ses éloges passés du régime de Ben Ali, Adler, comme on l’a vu plus haut, avait au moins assumé partiellement ses propos, affirmant, avec simplement un peu moins d’aplomb, que la Tunisie de Ben Ali était une « expérience encourageante ». Il avait surtout botté en touche en évoquant la situation, bien pire, du Maroc et de l’Algérie. Mais qu’en disait-il avant d’être pris en faute ?

      Si le Maroc et l’Algérie font un peu moins bien en matière démocratique que le despotisme « très relatif » et très « éclairé » de Ben Ali, on peut supposer qu’aux yeux d’Alexandre Adler leur bilan n’est peut-être pas si négatif. Et de fait, selon des chroniques antérieures au « printemps arabe », on y assistait plutôt au « réveil de la démocratie "andalouse" ». C’est le titre d’une chronique surréaliste datée du 23 mars 2005, soit une semaine trop tôt pour un poisson d’avril.

      Tout commence par un« souvenir » : celui « du célèbre Secret de la Licorne », épisode de Tintin dans lequel, comme le rappelle notre expert et comme le sait tout spécialiste de géopolitique, le héros trouve l’emplacement d’un trésor en superposant trois cartes. Or l’astuce de Tintin fonctionne aussi avec le Maghreb : « Ce n’est qu’en superposant les trois cartes du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, que peuvent se révéler enfin les contours d’un bien plus grand trésor, celui de la démocratie “andalouse” ».

      Et Alexandre Adler de passer en revue les atouts démocratiques des trois pays, à l’abri de cet alibi grotesque : la démocratie n’est achevée dans aucun pays, mais la superposition des trois dessine un pays joyeux et merveilleux qui ressuscite la « démocratie andalouse ».

      – L’Algérie d’abord : « Il n’est pas douteux que l’Algérie n’ait pas pour l’instant franchi la barre fatidique d’élections, sincères et vérifiables. Il s’agit là d’une toiture qui ne manquera pas d’être posée en son temps.Mais tous les étages du bâtiment sont là. La liberté d’expression de la presse est considérable, la possibilité pour des partis politiques aux visions contradictoires d’avoir pignon sur rue est incontestée, la légitimité du pouvoir lui-même est de plus en plus descendue vers l’opinion publique ». Cette dernière phrase est à savourer à petits traits.

      – « Si l’on se tourne à présent vers le Maroc », poursuit le Tintin du Figaro, « on constate qu’il y existe à présent un développement là aussi tout à fait original, celui de l’État de droit. Et si « la monarchie marocaine, même modeste dans son expression, n’est toujours pas devenue une monarchie constitutionnelle, […] la Movida marocaine est bien là. Tintin se rapproche du trésor : « Le Maroc nous fournit ainsi le complément juridique et idéologique qui, combiné au pluralisme algérien authentique, semblerait nous conduire très directement à un modèle de démocratie andalouse. »

      – Ne manque plus que la Tunisie, « qui, seule, présente aujourd’hui dans la région unmodèle de société civile véritablement prédémocratique, croulant sous « des libertés encore inexistantes ailleurs [4]. Celle d’aller et de venir, de créer son entreprise sans être accablé par une parafiscalité politique écrasante. 

      Certes, cette dernière déclaration peut surprendre, aujourd’hui que toute la presse fait état de la corruption généralisée au profit de l’oligarchie au pouvoir. Mais Adler nous l’a dit : « J’ignorais à quel point ces canailles se comportaient comme des doryphores ». Et en bon éditocrate, quand on ignore ce que tous ceux qui voulaient savoir savaient depuis longtemps, on affirme bruyamment le contraire.

      En 2008, on prend les mêmes et on recommence [5]. À défaut de superposer des cartes, Adler opère des regroupements. Deux, pour être exact : « Un groupe d’États tournés vers l’Europe et implicitement vers la démocratie : Maroc, Tunisie, Jordanie, Autorité palestinienne et, de plus en plus, Syrie. Et de l’autre, un front du refus autoritaire comprenant, d’ores et déjà, l’Algérie, la Libye et, de façon plus discrète, l’Égypte, le Liban étant devenu de facto un condominium euro-iranien. » On recommence donc, mais en bousculant quelque peu la hiérarchie : le Maroc et la Tunisie adeptes de la démocratie implicite s’opposent cette fois à l’autoritarisme (discret) de l’Égypte et de l’Algérie.

      Pourtant, deux mois auparavant, dans une chronique intitulée « La coexistence pacifiée de deux Algérie », Adler se faisait une joie de s’arrêter pour une fois« sur ces trains qui arrivent à l’heure ». Il s’agissait en l’espèce de… l’Algérie stabilisée par « les deux mandats réparateurs de Bouteflika », à l’issue desquels « personne, à Alger comme à l’extérieur, n’est vraiment satisfait, mais personne non plus n’est vraiment mécontent ». Et Adler de conclure : « Certes, il s’agit d’un bilan encore modeste mais sans équivalent ailleurs dans le monde arabe, Maroc excepté.

      On l’aura compris : la cohérence, la pertinence ou la véracité importent peu à un médiacrate en roue libre. La réussite d’une chronique, pour le paraphraser, « peut aussi se mesurer à d’autres critères ».

      *

      Qu’Alexandre Adler ne soit qu’un idéologue, nul ne saurait en douter, et nul ne saurait reprocher au Figaro de lui offrir une tribune hebdomadaire. Que cette idéologie se propage à coups d’assertions péremptoires, de pétitions de principe, de considérations tintinophiles et de prophéties déguisées en déductions scientifiques, mais généralement démenties rapidement par les faits (voir en annexe, un exemple éclatant), voilà qui est plus difficile à défendre. Et le fait qu’elle passe par le soutien cynique à des régimes dictatoriaux, qu’on couvre d’éloges pour leurs acquis ou leurs conquêtes démocratiques... ne mérite guère de commentaires.

      La critique la plus cinglante de cette pratique éditocratique largement partagée, on la trouve étrangement sous la plume d’Alexandre Adler lui-même, à qui nous laisserons donc le dernier mot : « Ils savent, quand ils le veulent et avec une dextérité exemplaire, détourner le regard devant les meurtres et l’oppression la plus nue, pour ensuite se faire les procureurs vétilleux, là aussi quand ils le veulent » [6]. Il faut dire que le plus décomplexé des éditocrates parlait alors des…« idéologues de la capitulation face à l’islamisme ».

      Olivier Poche

      Annexe : Le « théorème égypto-iranien » – Un condensé d’éditocratie

      C’est en 2004 – du moins selon nos recherches – qu’Alexandre Adler invente ce qu’il appellera plus tard le « théorème égypto-iranien ». Dans un article rendant compte des « grandes conférences du Figaro », Olivier Zajec relate l’exposé du « spécialiste de géopolitique », qui a « fait observer que l’Iran et l’Égypte évoluaient sous nos yeux de façon parallèle mais néanmoins inversée ».

      C’est le 26 janvier 2008 qu’il baptise sa découverte. La chronique du Figaro s’intitule ce jour-là « Le théorème égypto-iranien », et développe cette « simple observation empirique, s’agissant du "Grand Moyen-Orient" : l’Égypte à l’ouest et l’Iran à l’est semblent y fonctionner comme deux pôles de charge électrique opposée […]Le Caire et Téhéran alternent depuis 1945 dans des postures toujours aussi symétriques ».

      Trois périodes se détachent :« De 1945 à 1953, l’Iran est en proie à une fièvre nationaliste et démocratique, dont la haute figure de Mossadegh domine le déroulement. À la même époque, l’Égypte du roi Farouk demeure une monarchie parlementaire débonnaire, bien que de plus en plus chaotique ». Deuxième étape : « À peine le cycle révolutionnaire iranien se ferme-t-il avec la contre-révolution pro-impériale organisée par les services secrets britannique et américain en 1953, et voici qu’en Égypte, après le coup d’État pacifique des “officiers libres” de 1952, l’ardent nationaliste révolutionnaire qu’est Nasser s’impose ». Troisième phase :« en 1978 le visionnaire Anouar el-Sadate impose, après sa visite prophétique à Jérusalem, un nouveau cours pro-occidental et réformiste en Égypte. Au même moment, le pouvoir du chah vacille ».

      Retour au présent : « Nous en sommes, en apparence, encore là avec Hosni Moubarak […] mais aussi avec Ahmadinejad […] ».

      Mais, nouvel exemple des prophéties burlesques d’Adler, « le basculement est déjà visible à l’œil nu, en Iran à tout le moins. Tout indique qu’au lendemain des élections générales de mars, qui, à la différence des présidentielles de 2005, ne seront pas, cette fois-ci, truquées dans la même proportion, une offensive généralisée des conservateurs éclairés et des progressistes assagis cherchera à se débarrasser pour de bon de l’énergumène terroriste, négationniste et obscurantiste qui tient lieu de président à la grande nation iranienne ». Si le sort de l’Iran est écrit (dansLe Figaro), celui de Égypte est encore incertain : « l’Égypte demeurera-t-elle stable tandis que l’Iran entreprend son grand basculement vers l’Ouest ? Tout indique là aussi […] qu’une grande mutation politique se prépare aussi au Caire, et de toute évidence en sens opposé. L’agent de cette mutation n’est autre que le Hamas.

      Et Adler de conclure, sûr de son fait : « Décidément, le théorème égypto-iranien semble bien prêt de se réaliser une fois de plus... et l’histoire est bien une science expérimentale ».

      Trois ans plus tard, alors que « l’histoire » a infligé un triple camouflet à la « science expérimentale » d’Adler, ce dernier tente de persister, et signe cette chronique déjà évoquée : « Vers une dictature intégriste au Caire ? ». Déjà évoquée, et déjà lue, puisqu’au beau milieu de l’histoire en marche, le chroniqueur du Figaro, peut-être un peu secoué, demande qu’on lui « permette ici une considération tout à fait inactuelle » : une considération qui lui permet… de recopier sa chronique de janvier 2008. Et Adler de pontifier : « on observe depuis 1945 une sorte de corrélation troublante et inversée entre les deux seules grandes nations du Moyen-Orient que sont l’Iran et, précisément, l’Égypte ».

      Passons le développement, et allons jusqu’à la conclusion. Qui est la même. Mais pas tout à fait : « Nous en sommes en apparence toujours là. Mais pas tout à fait. En effet, « le trucage des élections iraniennes de 2009 [Adler prédisait le contraire…] et les gesticulations de plus en plus vaines du pseudo-président Ahmadinejad ne font pas oublier un seul instant aux Iraniens que la légitimité est d’ores et déjà du côté de la coalition informelle réformatrice qui se forge en ce moment même contre lui. En Égypte, en revanche, jusqu’à ces derniers jours, aucun mouvement parallèle, même si en pointillé on ressent une érosion de la légitimité du pouvoir de Hosni Moubarak.

      Lumineuse lecture de la situation égyptienne ! Mais pour conserver une apparence de crédibilité à son pseudo « théorème », Adler décide que le sort de l’Égypte repose entre les mains du cheikh Badie, leader des Frères musulmans : « Restera à savoir ce que le cheikh Badie aura lui-même décidé : se débarrasser tout de suite de Moubarak ou continuer à jouer la succession Souleïmane […]reste surtout à savoir si la corrélation Le Caire-Téhéran nous réserve encore une nouvelle et immense surprise : la liberté en Iran, et hélas la dictature intégriste en Égypte ». Dictature qui serait une immense « surprise » pour les Égyptiens, après les années de « liberté » sous Moubarak…

      Reste à préciser qu’entre la première formulation du théorème et son autoplagiat, une chronique datée du 26 janvier 2006 avait démontré le contraire : « Avec les élections palestiniennes nous arrivons au point extrême de l’offensive islamiste qui fait rage depuis plusieurs mois […] Nous aurions en parallèle, leredressement inattendu de l’islamisme iranien qui retrouve son intensité militante des premiers jours avec l’élection surprise d’Ahmadinejad,l’affirmation en force du courant islamiste égyptien. Offensive islamiste qui, autrement dit, réduisait à néant le théorème égypto-adléro-iranien, deux ans seulement après sa découverte, et deux ans avant sa démonstration officielle !

       

       

       

      [1] Dans deux chroniques successives, datées du 16 et du 23.

      [2] Replacée dans son contexte, la formule éclaire la vision adlérienne du monde, bien partagée au sein de l’éditocratie contemporaine : « Sur toutes ses frontières, Israël est à présent confronté à des régimes ou à des individualités qui représentent sans exception un très net progrès par rapport au monde arabe d’il y a quarante ans gangrené et tuméfié par la xénophobie nationaliste ». Vision du monde dans laquelle toute réalité politique est appréciée à l’aune de la sécurité supposée d’Israël – après tout, pourquoi pas ? Mais elle nous vaut une série d’hommages aux grands démocrates de la région qui mérite d’être signalée : « Le roi Abdallah de Jordanie est un souverain exemplaire de courage et de sensibilité démocratique, Bachar el-Assad lui-même est la meilleure incarnation possible de ce qu’il reste du Baas à la recherche de la modernité. Le régime débonnaire et affaibli du président Moubarak en Égypte est lui, de son côté, la moins mauvaise des solutions pour le grand voisin du Sud. L’accès au trône, avec le roi Abdallah d’Arabie saoudite, du premier membre de la dynastie qui ait accepté sans restriction mentale, l’existence d’Israël, pourrait aussi représenter un tournant géopolitique. En Abou Mazen enfin, Israël se trouve confronté à un interlocuteur courageux et loyal ». Fermez le ban !

      [3] Dictateurs en sursis, Éditions de l’Atelier, 2009.

      [4] Honnêteté intellectuelle oblige, Adler prend tout de même soin de préciser que « la liberté d’expression n’est pas parfaite ».

      [5] « L’Europe dans une zone de turbulences », Le Figaro, 14 juin 2008.

      [6] « Le paradoxe tunisien », Le Figaro, 17 novembre 2005.

      Voir aussi...Alexandre AdlerDepuis 2010-2011 : Révolutions arabes, guerre de Libye, guerre en Syrie

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  • Le cinéma engagé de Costa Gavras
    http://cinema.arte.tv/fr/article/costa-gavras-biographie-et-filmographie-dun-auteur-politiquement-engage
    http://static-cdn.arte.tv/cdnp-cinema/sites/default/files/styles/cine_rectangle_1240/public/atoms/image/20160106/gabarit_article.jpg?itok=5f7OdA2s
    Costa-Gavras : biographie et filmographie d’un auteur politiquement engagé
    Cinéaste naturalisé français, Constantin Costa-Gavras (Konstantinos Gavras) est né à Athènes le 13 février 1933 dans une famille d’origine russe.

    Auteur pertinent, politiquement engagé, il est le fils d’un fonctionnaire accusé d’avoir des idées communistes. Pour cette raison, à 18 ans, il décide de partir pour Paris où il s’inscrit à l’Institut des Hautes Etudes Cinématographiques (IDHEC), après un passage par la faculté de lettres. Après avoir travaillé en tant que critique de cinéma et assistant de René Clément et Jacques Demy, il débute derrière la caméra en 1965 avec Compartiment tueurs, produit par Julien Derode et bénéficiant de la participation financière de tous les acteurs. Le film remporte un grand succès et la critique salue la maîtrise de la mise en scène et de la direction d’acteur.

    Après le relatif échec de Un homme de trop, drame situé dans le milieu de la Résistance, il triomphe avec Z en 1969 qui remporte deux prix à Cannes et deux Oscars. Tiré du roman de Vassilis Vassilikos, le film relate l’assassinat authentique du député Lambrakis à Athènes en 1963. Co-écrit par Costa-Gavras et Jorge Semprun, Z est salué par la critique comme le premier grand film politique français.

    En 1970, L’Aveu, d’après le récit autobiographique d’Arthur London, ancien vice-ministre des Affaires étrangères de Tchécoslovaquie, dénonce les excès du Stalinisme. État de siège, en 1973, prend pour cible la main-mise politique des États-Unis sur certains Etats d’Amérique latine et SECTION SPÉCIALE en 1975 évoque une affaire particulièrement sordide de collaboration du gouvernement de Vichy sous l’occupation en août 1941.

    En mélangeant le policier au film politique, Costa-Gavras trouve ses thématiques de prédilection et avec ses films suivants, dénonce les régimes militaires du monde entier.

    Après une rapide excursion dans le film sentimental, (Clair de femme), Costa-Gavras tourne aux Etats-Unis un nouveau film de dénonciation : Missing. C’est en effet un producteur hollywoodien qui lui propose de réaliser ce film sur la responsabilité des services secrets américains dans la chute, au Chili, du gouvernement d’Alliance Populaire du Président Allende. En dépit des dénégations officielles du Département d’État réfutant toute participation au coup d’État du général Pinochet, Missing est bien accueilli par le public aux États-Unis où perdure une solide tradition du cinéma politique. Le film remporte même la Palme d’Or à Cannes en 1982 et un Oscar pour la meilleure adaptation.

    Dans ses films successifs, dont Betrayed (La main droite du diable) en 1988, Costa-Gavras continue son voyage dans le cinéma engagé. En 1989 il réalise un de ses films les plus intenses et courageux, Music Box, avec Jessica Lange. L’actrice et le film reçoivent un prix au Festival de Berlin. Son dernier film Amen réalisé en 2001, est un drame historique dans la droite ligne de ses premiers longs-métrages.
    Filmographie de Costa Gavras

    Réalisateur
    Amen (2001) avec Ulrich Tukur, Mathieu Kassovitz
    Mad City (1997) avec Dustin Hoffman, John Travolta
    A propos de Nice, la suite (1995) de Catherine Breillat, Costa-Gavras avec Bernard Benassayag, Thierry Said Bouibil
    Lumière et compagnie (1995) de Lasse Hallström, Abbas Kiarostami avec Pernilla August, Romane Bohringer
    La Petite Apocalypse (1992) avec Pierre Arditi, André Dussollier Contre l’oubli (1991) de Chantal Akerman, René Allio
    Pour Kim Song-Man (1991) avec MC Solaar, Sai Sai
    Music Box (1989) avec Jessica Lange, Armin Mueller-Stahl
    La Main droite du diable (Betrayed) (1988) avec Debra Winger, Tom Berenger
    Conseil de famille (1985) avec Fanny Ardant, Remi Martin
    Hanna K (1983) avec Jill Clayburgh, Jean Yanne
    Missing (Porté disparu) (1982) avec Jack Lemmon, Sissy Spacek
    Clair de femme (1979) avec Romy Schneider, Yves Montand Section spéciale (1974) avec Michael Lonsdale, Louis Seigner
    Etat de siège (1973) avec Yves Montand, Renato Salvatori
    L’Aveu (1970) avec Yves Montand, Simone Signoret
    Z (1969) avec Yves Montand, Jean-Louis Trintignant
    Un homme de trop (1966) avec Charles Vanel, Bruno Crémer
    Compartiment tueurs (1965) avec Simone Signoret, Yves Montand

    Acteur
    Drôles d’espions (1985) de John Landis avec Chevy Chase, Dan Aykroyd

    Scénariste
    Amen (2001) de Costa-Gavras avec Ulrich Tukur, Mathieu Kassovitz
    La Petite Apocalypse (1992) de Costa-Gavras avec Pierre Arditi, André Dussollier
    Conseil de famille (1985) de Costa-Gavras avec Fanny Ardant, Remi Martin
    Hanna K (1983) de Costa-Gavras avec Jill Clayburgh, Jean Yanne
    Clair de femme (1979) de Costa-Gavras avec Romy Schneider, Yves Montand
    Section spéciale (1974) de Costa-Gavras avec Michael Lonsdale, Louis Seigner
    Etat de siège (1973) de Costa-Gavras avec Yves Montand, Renato Salvatori
    Un homme de trop (1966) de Costa-Gavras avec Charles Vanel, Bruno Crémer
    Compartiment tueurs (1965) de Costa-Gavras avec Simone Signoret,Yves Montand

    Producteur
    Un homme de trop (1966) de Costa-Gavras avec Charles Vanel, Bruno Crémer

    1er assistant réalisateur
    La Baie des anges (1963) de Jacques Demy avec Jeanne Moreau, Claude Mann Les Félins (1963) de René Clément avec Jane Fonda, Alain Delon

    • https://fr.wikipedia.org/wiki/Costa-Gavras
      Konstantínos Gavrás (en grec Κωνσταντίνος Γαβράς), dit Costa-Gavras (Κώστας Γαβράς), est un cinéaste de cinéma français né à Loutra-Iraias (Arcadie) le 12 février 1933.

      Chacun de ses films est, pour lui, l’occasion de témoigner de son engagement dans ses idées et de délivrer un message à propos du pouvoir. Ses premiers succès sont des thrillers politiques comme Z et L’Aveu ; il passe ensuite au drame sentimental puis à la social-fiction.

      Biographie
      En raison des positions politiques de son père (antiroyaliste), Costa-Gavras ne peut étudier en Grèce où le régime écarte les opposants et est contraint de fuir Athènes à 19 ans pour pouvoir étudier. Il rejoint Paris, où il s’inscrit en licence de lettres à la Sorbonne tout en travaillant pour assurer sa subsistance. Il s’est intéressé au cinéma en se rendant à la Cinémathèque française qui se trouvait à l’époque rue d’Ulm. Il cite notamment Les Rapaces d’Erich von Stroheim comme l’un des films qui lui fit découvrir que le cinéma pouvait montrer des choses sérieuses. Il est ensuite admis à l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC). Il travaille comme assistant pour Henri Verneuil, Jacques Demy et René Clément.

      Le film Le Jour et l’Heure, pour lequel il travaille comme assistant, lui permet de rencontrer Simone Signoret et Yves Montand, avec lesquels il deviendra très ami. Découvrant le livre Compartiment tueurs de Sébastien Japrisot, il en fit le scénario et réussit à y intéresser le producteur Julien Derode ; le film eut du succès en France et même aux États-Unis, où il reçut des critiques dithyrambiques.[réf. nécessaire]
      Le film Z est son premier succès majeur.

      C’est lors d’un séjour en Grèce qu’il découvre le roman Z, de Vassilis Vassilikos, retraçant l’assassinat du leader de la gauche organisé par la police et camouflé en banal accident. Dès son retour, il écrit le scénario du film Z en collaboration avec Jorge Semprún. Ne trouvant pas le financement, il en parle à Jacques Perrin, qu’il connaissait depuis le film Compartiment tueurs. C’est à cette occasion que Jacques Perrin va créer sa propre maison de production pour monter le film et utiliser ses contacts, en particulier en Algérie, où sera tourné le film. Jean-Louis Trintignant a accepté un faible cachet et Yves Montand a accepté de participer. Le film a été un succès à travers le monde et les gens applaudissaient à la fin des séances ; il a été récompensé par le « prix du Jury » au festival de Cannes, l’Oscar du « meilleur film étranger » et celui du « meilleur montage ».

      Lors du montage de Z, au cours du dîner de Noël, Claude Lanzmann lui parle de Lise et Artur London qui avait été vice-ministre des Affaires étrangères de Tchécoslovaquie et était un des trois rescapés des procès de Prague qui s’étaient tenus en 1952. Beaucoup d’intellectuels de sa génération s’étaient enthousiasmés pour le stalinisme « parce qu’il ouvrait des perspectives qui paraissaient formidables. Jusqu’à ce que, peu à peu, on prenne conscience de l’envers du décor. » Yves Montand adhère aussi au projet de L’Aveu, et les financements se débloquent grâce au succès de Z.

      L’Aveu est sorti après Z, dans une époque assez manichéenne : on lui a reproché d’attaquer la droite, puis la gauche, alors qu’il ne voulait que dénoncer les totalitarismes. Certaines personnes ne lui pardonnèrent pas d’avoir levé le voile sur le stalinisme et l’évitaient ostensiblement. Le film a connu un succès considérable et devint un véritable phénomène politique et culturel qui a bouleversé son époque.

      Le film État de siège (1972) jette un coup d’œil sur les dictatures en Amérique Latine et la torture propagée par la CIA.

      Le film Clair de femme (1979) est tiré d’un roman éponyme de Romain Gary qui estima que c’était la première fois qu’il était content de l’adaptation d’une de ses œuvres à l’écran. Costa-Gavras fut séduit, dans cette histoire, par le fait qu’il s’agissait d’une « tentative de profanation du malheur, d’un hymne à la vie et d’une réhabilitation du couple ». Dustin Hoffman considéra ce film comme la plus belle histoire d’amour qu’il connaisse et, lors du tournage du film Mad City, suggéra à Costa-Gavras d’en faire une nouvelle version.

      Auréolé de plusieurs succès, Hollywood commence à faire les yeux doux au réalisateur. Il se voit notamment proposé Le Parrain, mais décline en estimant que le roman de Mario Puzo est "un mauvais bouquin"1.

      Le scénario du film Missing (1982) est adapté du livre de Thomas Hauser : L’Exécution de Charles Horman, lui-même inspiré d’une histoire vraie. Le film raconte l’histoire de la disparition d’un jeune journaliste américain durant le coup d’État du général Augusto Pinochet en 1973. Ce qui l’avait touché dans cette histoire était « beaucoup moins le contexte politique du putsch que le thème du père qui, accompagné par sa belle-fille, recherche son fils coûte que coûte dans un pays en plein chaos. »

      Le film a été très controversé aux États-Unis car il met en lumière l’action des agents du gouvernement américain et leur responsabilité dans ce coup d’État. L’extrême-droite américaine demanda : « Mais que vient faire ici ce communiste européen ? ». Cependant le film reçut la Palme d’or et le prix d’interprétation masculine au festival de Cannes, et l’Oscar du « meilleur scénario », et il est toujours montré et présenté comme un film majeur dans les grandes universités américaines. Les musiques sont d’un autre Grec fameux, Vangelis.

      Dans les années 1980, Costa-Gavras occupe le poste de président de la Cinémathèque française.

      Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence et du comité de soutien du Centre Primo Levi (soins et soutien aux personnes victimes de la torture et de la violence politique).

      Le 13 juin 2007, il est nommé président et administrateur de la Cinémathèque française.

      En février 2008, il préside la Berlinale 2008, le festival du film de Berlin.

      En 2014, il est président du jury du 40e Festival du cinéma américain de Deauville2.

      Il est le père de Romain Gavras, cofondateur de la société de production Kourtrajmé, d’Alexandre Gavras et de Julie Gavras, assistants et réalisateurs (La Faute à Fidel !, 2006).
      Comme réalisateur
      Costa-Gavras, en avril 2008, pendant le tournage de Eden à l’ouest.
      Longs métrages

      1965 : Compartiment tueurs
      1967 : Un homme de trop
      1969 : Z
      1970 : L’Aveu
      1973 : État de siège
      1975 : Section spéciale
      1979 : Clair de femme
      1982 : Missing
      1983 : Hanna K
      1986 : Conseil de famille
      1988 : La Main droite du diable (Betrayed)
      1989 : Music Box
      1993 : La Petite Apocalypse
      1995 : À propos de Nice, la suite coréalisé avec Catherine Breillat
      1997 : Mad City
      2002 : Amen.
      2005 : Le Couperet
      2009 : Eden à l’ouest
      2012 : Le Capital

      Courts métrages

      1958 : Les Rates
      1991 : Contre l’oubli - segment Pour Kim Song-Man’
      1995 : Lumière et Compagnie - segment

      Comme scénariste
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      1965 : Compartiment tueurs
      1967 : Un homme de trop
      1969 : Z (non crédité)
      1973 : État de siège
      1975 : Section spéciale
      1979 : Clair de femme
      1982 : Missing
      1983 : Hanna K
      1986 : Conseil de famille
      1993 : La Petite Apocalypse
      2002 : Amen.
      2005 : Le Couperet
      2006 : Mon colonel de Laurent Herbiet
      2009 : Eden à l’ouest coscénariste avec Jean-Claude Grumberg
      2012 : Le Capital

      Comme producteur

      1967 : Un homme de trop
      1969 : Ce n’est pas que le début (court métrage documentaire) de Pantelís Voúlgaris
      1975 : Section spéciale (non crédité)
      1985 : Le Thé au harem d’Archimède de Mehdi Charef
      1985 : Pleure pas my love de Tony Gatlif
      2006 : Mon colonel de Laurent Herbiet
      2009 : Eden à l’ouest coscénariste avec Jean-Claude Grumberg

      Comme premier assistant réalisateur

      1960 : Crésus assistant réalisateur de Jean Giono
      1962 : Le Jour et l’Heure assistant de René Clément
      1962 : Un singe en hiver assistant réalisateur de Henri Verneuil
      1963 : La Baie des Anges assistant de Jacques Demy
      1964 : Échappement libre assistant de Jean Becker
      1964 : Les Félins assistant de René Clément

      Comme acteur

      1977 : La Vie devant soi : Ramon
      1985 : Drôles d’espions : Un soldat russe

      Distinctions
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      Récompenses

      Pour Z en 1969 :
      Prix du jury et prix d’interprétation masculine pour Jean-Louis Trintignant au festival de Cannes
      Oscar du meilleur film étranger et Oscar du meilleur montage à Hollywood (nomination à l’Oscar du meilleur réalisateur)
      Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario
      Pour Section spéciale en 1975 :
      Prix de la mise en scène au festival de Cannes
      Pour Missing en 1982 :
      Palme d’or et prix d’interprétation pour Jack Lemmon au festival de Cannes
      Oscar du meilleur scénario adapté à Hollywood (et nomination à l’Oscar du meilleur film)
      Pour Music Box en 1990 :
      Ours d’or à Berlin
      Pour Amen. (2002) :
      César du meilleur scénario original ou adaptation 2003
      Pour l’ensemble de sa carrière :
      En 1985, il reçoit la Médaille d’or du mérite des beaux-arts par le Ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sports3
      En 2013 : Magritte d’honneur à la 3e cérémonie des Magritte

      Notes et références

      ↑ Thomas Baurez, « Missing - Porté disparu », Studio Ciné Live n°83,‎ octobre 2016, p. 132 à 135
      http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18634103.html [archive]
      ↑ (es) Juan Carlos Ier et Javier Solana Madariaga, « REAL DECRETO 1062/1985 de 19 de junio, por el que se concede la Medalla al mérito en las Bellas Artes, en su categoria de Oro, a las personas y Entidades que se citan », Boletin de Estado, Madrid, no 158,‎ 3 juillet 1985, p. 20959 (lire en ligne [archive]).

      Bibliographie
      Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Service bibliothécaire national • Bibliothèque nationale d’Espagne • WorldCat
      René Prédal : Le Cinéma de Costa-Gavras, Le Cerf, 1985


  • http://theconversation.com/conversation-avec-bernard-stiegler-faire-de-plaine-commune-en-seine

    Conversation avec Bernard Stiegler : « Faire de Plaine Commune en Seine-Saint-Denis le premier territoire contributif de France »
    9 janvier 2017 Jennifer Gallé

    Bernard Stiegler vient de faire paraître « Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ? » (éd. Les liens qui libèrent, 2016). Author provided
    Un territoire jeune et économiquement très dynamique mais confronté au chômage de masse et aux défis de la mixité sociale et culturelle. C’est ici qu’à la demande de Patrick Braouezec, le président de Plaine Commune, le philosophe Bernard Stiegler initie un projet d’expérimentation inédit et ambitieux : faire de cette communauté d’agglomération – qui réunit neuf villes de Seine-Saint-Denis – un « territoire apprenant contributif ». Y seront menés des projets de « recherche-action » contributive, c’est-à-dire incluant les habitants ; à terme, il s’agira de mettre en place un revenu contributif pour partager différemment la richesse à l’heure où l’automatisation fait vaciller l’emploi. En novembre 2016, les premiers chercheurs ont fait leur rentrée dans le cadre d’une chaire de recherche contributive créée au sein de la Maison des Sciences de l’Homme (MSH-Paris Nord). The Conversation France a rencontré le philosophe pour en savoir plus sur cette initiative, où nouvelles façons de faire de la recherche et réflexion sur ce que le travail sera demain vont dialoguer.

    Quel est l’objectif de ce projet ?

    Il s’agit d’inventer une « disruption à la française » et de faire en sorte que le territoire de Plaine Commune, qui est loin d’être avantagé mais fait preuve d’un dynamisme tout à fait frappant, devienne un laboratoire, une école, un lieu d’avant-garde, notamment pour s’approprier ce qu’on appelle les smart cities (« villes intelligentes ») – mais non pour devenir une smart city telle qu’on la définit aujourd’hui, et qui nous semble invivable, inacceptable et sans doute insolvable. Il s’agit d’installer une véritable intelligence urbaine.

    Nous lançons un processus d’expérimentation territoriale en vue de susciter et d’accompagner une véritable innovation sociale ouvrant les voies d’une nouvelle macro-économie où industriels, financiers, universités, artistes, administrations et responsables politiques locaux travaillent de concert, et avec les habitants, à cette indispensable réinvention politico-économique. L’objectif est à terme de configurer une économie qui repose sur un « revenu contributif », et qui s’appuie notamment sur le principe d’une extension progressive du régime des intermittents du spectacle à d’autres activités.

    Quand ce projet a-t-il pris forme ?

    En décembre 2013, à la suite du colloque « Le nouvel âge de l’automatisation » qui s’est tenu au Centre Pompidou et qui s’intéressait aux effets du numérique dans le développement de la data economy. J’ai eu à ce sujet des discussions avec des industriels et le président de Plaine Commune, Patrick Braouezec : nous prenons très au sérieux les analyses d’Oxford et du MIT qui prévoient un effondrement de l’emploi du fait que 47 % des emplois actuels aux États-Unis seraient automatisables, 50 % en France, etc. – le cabinet Roland Berger anticipant trois millions d’emplois perdu d’ici à dix ans. Il faut faire quelque chose.

    Le revenu minimum d’existence n’est pas une solution à lui seul. Si l’on prend au sérieux cette question de l’automatisation et de la disparition de l’emploi, il faut développer de nouveaux processus de production et de nouveaux critères de redistribution des richesses.

    Dix métiers qui seront remplacés par des robots (WatchMojo, 2016).
    Pourquoi la distinction entre travail et emploi est selon vous essentielle ?

    Que l’emploi automatisable disparaisse, on peut s’en réjouir : ce type d’emploi consiste à appliquer des procédures prescrites par des systèmes qui commandent mécaniquement les employés. Le travail se fait de plus en plus hors emploi. Le pianiste travaille ses gammes comme le mathématicien travaille ses maths : hors emploi… Entendu ainsi, travailler, c’est d’abord augmenter ses capacités – et ces capacités sont ce qui peut apporter au monde une richesse qui ne s’y trouve pas encore.

    Nous empruntons la notion de capacité à l’économiste indien Amartya Sen. Ce dernier a mis en évidence quelque chose de formidable qui constitue la base de notre réflexion : il a montré qu’au Bangladesh, les indicateurs de développement humain et l’espérance de vie étaient supérieurs à ceux des habitants de Harlem, et cela même durant une période de famine. Amartya Sen, qui s’intéresse aux communautés, et non seulement aux individus, a montré comment ces communautés maintenaient ce qu’il appelle des « capabilités ».

    Une capabilité, c’est un savoir – un savoir-être aussi bien qu’un savoir-faire ou un savoir intellectuel. Beaucoup de gens de Harlem ont perdu cela parce qu’ils sont pris dans un processus de prolétarisation par les modèles de production ou de consommation. Au XXᵉ siècle, le savoir-faire de l’ouvrier disparaît puis c’est au tour du savoir-vivre du consommateur, qui se met à adopter des comportements préfabriqués par des cabinets de marketing. Et, à la fin, Alan Greenspan lui-même déclare devant la Commission du budget du Congrès américain qu’il a perdu son savoir économique !

    Pourquoi la Seine-Saint-Denis ?

    Il y a d’abord l’intérêt marqué de Patrick Braouezec, le président de Plaine Commune, et cela depuis plus de dix ans, pour les travaux que nous menons dans le cadre de l’Institut de recherche et d’innovation et de l’association Ars Industrialis que je préside. Il y a aussi l’extraordinaire dynamisme économique de ce territoire, en particulier dans le sud du département avec cette très forte dynamique urbaine autour du Stade de France, un chantier commencé il y a vingt ans.

    La banlieue nord, c’est également deux universités, Paris 8 et Paris 13, avec des équipes souvent excellentes, le campus Condorcet qui va concentrer nombre de chercheurs et d’écoles supérieures en sciences sociales, telle l’EHESS, et c’est aussi un espace urbain où nombre d’artistes s’installent. C’est enfin un territoire qui doit absolument trouver des solutions pour faire face au chômage de masse. Si l’on extrapole les chiffres de l’étude de Roland Berger, le chômage des moins de 25 ans, qui était de 38 % il y a deux ans, devrait catastrophiquement augmenter dans les dix prochaines années. Les conséquences pour Plaine Commune risquent d’être insupportables.

    Il y a donc une nécessité impérative d’ouvrir des perspectives nouvelles pour solvabiliser une évolution qui sans cela pourrait devenir apocalyptique. La nation a le devoir d’accompagner cette évolution. Nous pensons que ce potentiel de transformation doit produire de l’exemplarité, le but n’étant pas de développer ici une économie « locale ».

    Le 6b, 7 000 m² de création et de diffusion artistiques et culturelles à Saint-Denis. Compte Facebook 6b
    Comment va s’organiser le volet recherche du projet ?

    Nous avons identifié une série d’objectifs avec les élus et les personnels administratifs de Plaine Commune. Nous avons débuté une enquête auprès d’un certain nombre d’acteurs majeurs qui ont validé la démarche et nous sommes actuellement en train de lancer une chaire de recherche contributive dont la première mission sera de produire un dossier pour définir le périmètre d’expérimentation du projet, en étroite collaboration avec Plaine Commune.

    Dans ce cadre, nous avons lancé un appel à candidatures pour des thèses autour d’une douzaine de thèmes, qui s’est clôturé le 30 septembre 2016. Nous devions au départ sélectionner entre 10 et 20 thésards. Les budgets qui nous ont été alloués en 2016 par le ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur ne nous ont finalement pas permis d’engager des doctorants dès cette année. Nous avons donc recruté cinq chercheurs – en économie, en science politique, en sociologie, en philosophie et en science de l’éducation – en contrat d’un an pour démarrer le travail et mettre en place les méthodes de la recherche contributive, ce qui représente toute une série de contraintes. Un autre chercheur a été retenu en psychanalyse, qui s’autofinance.

    En premier lieu, ils devront devenir capables d’expliquer le sujet de leurs travaux aux habitants de Plaine Commune, que ces derniers maîtrisent ou non le français. Nous allons bien sûr les aider en mobilisant des comédiens, des vidéastes, des artistes, des médias… Mais ils devront faire un effort d’explication, même si leur matière est théorique. Ils suivront deux séminaires par semaine : un que j’animerai et un autre qu’ils animeront eux-mêmes, en se présentant mutuellement leurs travaux et en invitant des chercheurs ou des contributeurs. Ils travailleront de concert, partageront leurs notes et résultats, d’abord entre eux puis avec les habitants.

    Un exemple concret ?

    Dans les opérations de rénovation de l’habitat social, on pourrait par exemple mettre en place une économie contributive du bâtiment au service d’un habitat « néguentropique » – par opposition à entropique – qui soit aussi un chantier de qualification des habitants, comme a pu le faire l’architecte Patrick Bouchain. Ce sont ici les habitants qui innovent et produisent une valeur durable pour eux, comme pour la ville.

    Plus généralement, quelle place pour les habitants dans ce dispositif ?

    Pour ce projet qui se donne dix ans pour changer les choses en profondeur, nous espérons parvenir à associer de près ou de loin les 400 000 habitants de Plaine Commune à cette démarche de recherche contributive ; celle-ci va commencer à petite échelle pour s’étendre à ce que l’on pourrait appeler une démocratie contributive. Le programme est transdisciplinaire, car tous les domaines doivent être explorés, tel le sport par exemple. Ici, le Stade de France est incontournable et le sport s’est trouvé très profondément transformé par le numérique ces dernières années. Si l’on s’adresse aux jeunes gens de Seine-Saint-Denis sans rien pouvoir dire sur le football, on n’ira pas très loin – d’autant qu’il y a la perspective des Jeux olympiques de 2024.

    Pourquoi placer le numérique au cœur du projet ?

    Parce que le numérique modifie tous les savoirs, et parce que le savoir est la clé de l’avenir. En 2008, Vincent Peillon, à l’époque ministre de l’Éducation, m’avait demandé d’animer un groupe sur l’introduction du numérique à l’école ; j’avais alors un peu déçu son cabinet en déclarant : « Le numérique à l’école, c’est dangereux ». J’ai d’ailleurs démissionné assez vite. Je travaille sur ces questions avec Maryanne Wolf, une neuropsychologue américaine. Elle réalise des analyses précises, basées sur l’imagerie médicale, et certaines de ses conclusions sont plutôt préoccupantes.

    Je ne dis pas qu’il ne faut pas de numérique à l’école, mais je dis qu’il faut l’introduire en connaissance de cause. J’ai continué à soutenir ce point de vue, notamment à l’Agence nationale de la recherche où j’ai siégé quelques années ; j’avais ainsi proposé de développer des recherches doctorales dans tous les domaines pour voir ce que le numérique « fait » aux disciplines. Car il ne s’agit pas simplement d’un nouveau moyen de faire de la pédagogie ou de transmettre des savoirs ; c’est d’abord un moyen de produire du savoir, des objets scientifiques ; prenez les nano-objets, par exemple, qui sont aujourd’hui intégralement produits par le numérique ; la biologie comme l’astrophysique passent également par le numérique et, en maths, les conditions de la démonstration s’en trouvent modifiées.

    Le numérique, c’est une révolution scientifique sur laquelle personne ne travaille, car tous les crédits sont mis sur l’innovation pour développer les logiciels et les interfaces de demain… En 2008, j’avais aussi dit à un conseiller de Vincent Peillon qu’il fallait adopter à l’égard du numérique un comportement rationnel et l’étudier. Il m’avait répondu que je raisonnais comme un « intellectuel » et qu’il fallait des résultats rapides. J’avais suggéré que l’on pouvait avancer grâce à la recherche contributive. C’est-à-dire faire entrer le numérique à l’école en y introduisant, en même temps, la recherche. On cite toujours la Finlande, mais tous les enseignants de ce pays sont dans l’obligation de faire de la recherche – et ce n’est sans doute pas pour rien dans la qualité des résultats de ce pays. C’est cela que j’appelle la recherche contributive, et qui dépasse d’ailleurs le corps enseignant et concerne toute la population.

    Maryanne Wolf sur l’attention à l’ère du numérique (CASBS, 2015).
    Que « fait » donc le numérique à la recherche ?

    Le numérique transforme toutes les activités scientifiques, comme les instruments d’observations le font depuis le XVIᵉ siècle en passant par ce que Bachelard appelait les phénoménotechniques. Mais à la différence des technologies scientifiques précédentes, le numérique modifie aussi les savoir-vivre et les savoir-faire, c’est-à-dire la vie quotidienne et les relations sociales aussi bien que les compétences linguistiques, par exemple : ce sont les objets scientifiques qui s’en trouvent changés.

    Nous sommes en outre dans une période où la technologie évolue extrêmement vite ; si l’on suit les circuits normaux de délibération scientifique, on arrive toujours trop tard. C’est cela la « disruption ».

    Face à la disruption, les systèmes sociaux et les gens qui les constituent doivent s’emparer du développement technologique pour en devenir prescripteurs et praticiens, et non seulement consommateurs – et parfois victimes, le système social étant court-circuité, et en cela détruit, par le système technique. Dans ce but, il faut faire de « l’ingéniérie simultanée » ; il y a trente ans, Renault et Volvo ont introduit de telles méthodes pour accélérer le transfert de technologies en faisant travailler en parallèle et pas en séquentiel ; c’est devenu aujourd’hui ce qu’on appelle le « développement agile ». Je pratique cela depuis longtemps, avec des ingénieurs notamment. Pour Plaine Commune, l’idée est d’élaborer – avec tous les différents acteurs du territoire en même temps, dont les industriels – un débat, des hypothèses théoriques, un contrôle scientifique exigent, et en employant la méthode de la recherche-action.

    Qu’entendez-vous par recherche-action ?

    Il s’agit d’une méthode mise au point aux États-Unis dans les années 1940 par Kurt Lewin qui l’utilisa en psychosociologie ; pour lui, lorsqu’on travaille avec des « sujets », pour reprendre le vocabulaire des psychologues, il faut que les personnes deviennent elles-mêmes chercheuses, car elles sont justement sujets et non objets.

    Cette méthode a ensuite été utilisée en management, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle est très critiquée par la gauche et les marxistes qui y voient une méthode d’intégration et, finalement, de manipulation. La Norvège a notamment été très en pointe pour transformer ses outils de production industrielle. La recherche-action a aussi été utilisée dans le domaine de la psychiatrie, comme au Tavistock Institute de Londres.

    Il faut ici mentionner les travaux de François Tosquelles, ce réfugié de la guerre d’Espagne qui a transformé un hôpital psychiatrique délaissé de Lozère en un lieu qui est devenu expérimental, en quelque sorte par accident. Totalement abandonné par le gouvernement de Vichy dans les années 1940, cet hôpital, comme bien d’autres, a dû faire face à une situation extrême avec des malades mourant de faim ; Tosquelles a alors totalement renversé la situation en engageant ses patients à s’emparer de cet état de fait pour faire de l’hôpital l’objet des soins. L’institution est devenue le malade dont il fallait s’occuper. Cela a été le début d’une révolution, à laquelle participera notamment Georges Canguilhem. À la clinique de la Borde, Félix Guattari poursuivra dans cette voie avec Jean Oury.

    François Tosquelles : une politique de la folie (Vimeo, 2016).
    Quelle place pour les industriels à Plaine Commune ?

    Orange et Dassault Systèmes nous soutiennent activement. Orange cherche en effet à développer des plateformes territoriales et les services de proximité associés, et nous, nous disons avec le World Wide Web Consortium (W3C) qu’il faut faire émerger un web d’un nouveau genre, non transformable en data economy. Un outil contributif pour les gens, et non pas des gens au service de la plateforme !

    Du côté de Dassault Systèmes, dont les communautés d’ingénieurs travaillent déjà sur le mode contributif, il y a un intérêt très fort pour les recherches et expérimentations que nous menons autour du partage de notes. Ils sont également très sensibles aux problématiques de l’économie contributive.

    En quoi consisteront ces nouveaux outils contributifs ?

    Pour la prise de notes, par exemple, il s’agit d’un système capable de faire de la recommandation contributive – permettant, par l’analyse algorithmique des annotations, de recommander les travaux d’autres chercheurs, sur des critères variés, en vue de souligner convergences et divergences et d’activer ainsi les dynamiques critiques qui font la science. Il s’agit d’une sorte de dialogue socratique assisté par ordinateur. Quand on a 24 étudiants, c’est l’enseignant qui fait cela ; mais c’est impossible avec des milliers de personnes.

    Le but est aussi bien de développer de nouveaux types de réseaux sociaux qui se construisent autour d’une controverse ou d’un objectif commun. Cela permettrait de mettre en relation non pas des individus entre eux mais des groupes reconstituant le lien social. Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont antisociaux ; mais ce n’est pas une fatalité.

    Il s’agit donc avant tout de recréer du lien…

    Il y a en ce moment un grand débat en Californie sur les big data et les mathématiques corrélationnistes dont les avancées font dire à certains que l’on va bientôt pouvoir se passer de théorie : grâce aux corrélations, l’élaboration théorique deviendrait accessoire, clame notamment Chris Anderson. Je suis farouchement opposé à ce discours délirant – mais qui est à la base de la data economy. Et j’en ai fait la critique dans La Société automatique.

    Il faut utiliser les technologies numériques contributives non pour court-circuiter la décision des individus et des groupes, mais pour argumenter et consolider les décisions. La première fois que j’ai réfléchi à ce que pourrait être une « trully smart city », c’était dans la toute petite ville de Loos-en-Gohelle avec Jean-François Caron, son maire, qui a monté il y a une dizaine d’années, un dispositif de capteurs de flux – de circulation, de température, de consommation – qui ne déclenchent pas de régulations automatisées gérées par des algorithmes… mais qui convoquent des réunions d’habitants et d’associations.

    Quelle différence faites-vous entre contributif et collaboratif ?

    Une grande différence. Le collaboratif, c’est ce qui développe l’emploi gratuit ; c’est la logique des plateformes type Uber, Amazon ou Airbnb où, progressivement, sous prétexte de partager des donnépes, on crée des courts-circuits, on fait de la désintermédiation, on dérégule complètement et l’on devient prédateur parce qu’on a capté toutes les data produites par tout le monde et que l’on contrôle tout cela de manière occulte. C’est une contributivité négative ; ces plateformes qui ne redistribuent rien – ni monnaie, ni symbole – prolétarisent et désymbolisent. C’est aussi une critique que l’on peut adresser à Google. Je pense ici aux travaux de Frédéric Kaplan qui a montré que l’exploitation algorithmique du langage par Google conduit tendanciellement à une standardisation du langage produisant de l’entropie.

    Une économie contributive négative est une économie qui aggrave encore l’entropie du consumérisme. Beaucoup de gens qui évoluent dans le domaine du collaboratif et de l’économie du partage font des choses très sympathiques. Mais l’économie collaborative n’est pas pour l’instant qualifiée au plan macro-économique : elle n’est pensée qu’au niveau de la firme, de la microentreprise, et le problème c’est qu’elle ne prend pas du tout en compte la question des externalités positives et négatives. Du coup, elle conduit au contraire de ce à quoi elle fait rêver.

    C’est pour porter ces questions au niveau macro-économique que nous avons l’ambition, à Plaine Commune, de contribuer à l’invention d’un nouveau plan comptable national, évidemment avec d’autres territoires. Le but n’est pas de faire de l’économie locale, mais de l’économie localisée, externalisable et déterritorialisable. Bref, il ne s’agit pas de mettre des frontières – mais bien, en revanche, de mettre des limites : des limites à l’Entropocène qu’est l’Anthropocène, et pour une économie néguentropique en vue d’un Néguanthropocène.


  • Après « Les Etats-Unis avant-garde de la décadence » de Roger Garaudy (30 Août 1996), voici le livre de Michel Onfray : « Décadence »
    Il fallait y penser !!! Mais rien de nouveau !

    Le philosophe Michel Onfray à l’"Université Populaire de Caen" à Herouville-Saint-Clair. CHARLY TRIBALLEAU / AFP/Archives
    Publié le 06/01/2017

    Michel Onfray annonce la fin de la civilisation occidentale.
    Les jours de la civilisation occidentale sont comptés, affirme le philosophe Michel Onfray dans « Décadence », un livre au titre volontairement provocateur à paraître le 11 janvier chez Flammarion.

    « La civilisation judéo-chrétienne européenne se trouve en phase terminale », soutient le philosophe athée, qui assure avoir constaté ce phénomène « comme un médecin le ferait d’une desquamation ou d’une fracture, d’un infarctus ou d’un cancer ».

    Pavé de 650 pages, « Décadence », sous-titré « de Jésus au 11-Septembre, vie et mort de l’Occident », entend raconter l’histoire de la civilisation judéo-chrétienne des origines à nos jours au risque, parfois, de raccourcis hasardeux.

    Ainsi, Michel Onfray n’hésite pas à dénoncer sans nuance « presque deux mille ans d’antisémitisme chrétien, et son terrible couronnement par la Shoah ».

    Mais le livre, deuxième volet d’une trilogie intitulée « Brève encyclopédie du monde » (après « Cosmos » paru en 2015 et « Sagesse » attendu en 2018), impressionne également par ses innombrables et savantes références théologiques et philosophiques.

    L’auteur ne cache pas son admiration pour le travail de Samuel Huntington et son « Choc des civilisations » (1996), un livre, écrit Onfray, « validé par le réel » bien qu’il fut « déconsidéré lors de sa parution en France par l’intelligentsia parisienne ».

    Si le début de la fin de la civilisation judéo-chrétienne a commencé avec Nietzsche proclamant la mort de Dieu, l’auteur du « Traité d’athéologie », fait coïncider la fin de la civilisation occidentale avec la fatwa lancée par l’Iran contre l’écrivain britannique Salman Rushdie.

    « Le 23 février 2016, la prime pour qui tuerait Salman Rushdie a été augmentée par l’Iran de 600.000 dollars. Que fait l’Occident ? Rien. Que peut-il faire ? Rien », déplore Onfray qui affirme par ailleurs que « le Dieu du Vatican est mort sous les coups du Dieu de La Mecque ».

    ’Sombrer avec élégance’

    Dans le même temps, Michel Onfray condamne « les attaques » menées par des pays comme la France et les États-Unis contre des pays musulmans qui « ne nous menaçaient pas » comme l’Irak, la Libye ou le Mali.

    Revenant sur la mort de Ben Laden, qu’il qualifie de « meurtre », Onfray écrit que « le terrorisme d’État se nomme guerre et terrorisme la¨+petite guerre+ de ceux qui résistent à la guerre d’État ».

    L’Occident, estime le philosophe, ne vit désormais que dans le consumérisme. Or, fait-il remarquer « qui, à ce jour, donnerait sa vie pour les gadgets du consumérisme devenus objets du culte de la religion du capital ? Personne ».

    « On ne donne pas sa vie pour un iPhone. L’islam est fort, lui, d’une armée planétaire faite d’innombrables croyants prêts à mourir pour leur religion, pour Dieu et son Prophète. »

    Le philosophe libertaire pourfend aussi le libéralisme qui, selon lui, « est un facteur d’enrichissement des riches et, la plupart du temps, d’appauvrissement des pauvres ». « L’Europe est à prendre, sinon à vendre », écrit-il.

    « L’effondrement du judéo-christianisme en Europe, la baisse du taux de fécondité de sa population couplée à la +Résurgence de l’Islam+ et à l’augmentation de son taux de fécondité, témoigne en faveur de l’islam porteur d’une nouvelle spiritualité européenne capable de disposer de la puissance avec laquelle se constituent les civilisations nouvelles », prévoit l’auteur du « Manifeste hédoniste », qui dénonce tout à la fois le concile Vatican II qui « a fait de Dieu un copain à tutoyer » et la libéralisation des mœurs.

    « Les législations postchrétiennes qui libèrent la sexualité et la découplent de la procréation, de l’amour et de la famille contribuent à l’effondrement démographique », écrit-il.

    « Le judéo-christianisme a régné pendant presque deux millénaires. Une durée honorable pour une civilisation. La civilisation qui la remplacera sera elle aussi remplacée. Question de temps. Le bateau coule : il nous reste à sombrer avec élégance. »

    © 2017 AFP
    SOCIÉTÉ


  • Jusqu’au-boutiste dans le foutage de gueule ! N Robin

    http://www.ujfp.org/spip.php?article5330
    Communiqué de l’UJFP : Une conférence inutile le 15 janvier à Paris.
    Le 15 janvier 2017, cinq jours avant l’entrée en fonction de Trump aux USA, doit se tenir au Quai d’Orsay, à l’appel du Président Hollande, une conférence pour la paix entre Israël et la Palestine.

    70 délégations sont invitées, sans les principaux intéressés. Mahmoud Abbas a cependant annoncé qu’il serait présent à Paris. Netanyahu, par contre, sans surprise, dénonce cette rencontre qui pourrait aggraver la condamnation d’Israël votée à l’ONU dans la résolution 2334.

    Pour le Président français qui a d’autant plus de temps libre qu’il n’est pas candidat à sa succession, et qu’il faut bien se donner une stature internationale pour compenser le vide national, il s’agit de réaffirmer l’engagement de la France, de l’UE et de la communauté internationale en faveur de la solution à deux États avec une référence aux frontières du 4 juin 1967 et aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies.

    Pour ce qui est de l’engagement français, on note surtout – dans la continuité d’un soutien de Hollande à Israël lors des crimes commis à Gaza en 2014 - celui de poursuivre en justice les militants de BDS, comme à Metz le 24 janvier, et d’identifier, à la demande du CRIF, l’antisionisme à de l’antisémitisme.

    Bref, rien de neuf à attendre de cette agitation politicienne. Sur ce terrain, l’essentiel, cependant très insuffisant, est déjà dit dans larésolution 2334.

    Cette résolution, n’exige même pas qu’Israël se retire de tous les territoires occupés et/ou annexés. Elle demande juste un gel des nouvelles implantations coloniales. Surtout, elle ne dit pas un mot du droit au retour des réfugiés palestiniens pourtant affirmé dans plusieurs résolutions de l’ONU. Et elle ne prévoit aucune action de contrainte contre l’occupant qui se moque de ces recommandations.

    Son défaut principal est de remettre encore en avant la solution caduque de deux États que l’État d’Israël, couvert par ses amis, s’obstine, année après année, jour après jour, à ruiner définitivement par tous ses actes à Gaza, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et sur le Golan .

    Il ne peut y avoir de solution satisfaisante sans la reconnaissance de l’égalité des droits de tous les citoyens de cette région, quelle que soit leur appartenance nationale ou leur religion. N’est-ce pas Israël qui, dans les faits et les actes, ne laisse de plus en plus comme solution que celle d’un seul État, de tous ses citoyens, quelle que soit la forme qu’il prendra ? Il est temps que ladite communauté internationale en prenne acte !

    L’Union juive française pour la paix dénonce l’appel à une manifestation de soutien à Israël devant son ambassade le 15 janvier. Le Consistoire, le CRIF, le FSJU et tous ces prétendus amis des Juifs et d’Israël, prennent une lourde responsabilité en soutenant cette cause injuste au moment où Netanyahu lui-même prend le parti de la grâce d’un soldat franco-israélien condamné par la justice israélienne pour avoir abattu un Palestinien à terre et déjà maîtrisé par les soldats. Ces gens ne représentent pas les Juifs et les mettent en danger. Nous menons un autre combat.

    Le Bureau national de l’UJFP, le 12 janvier 2016



  • Hariri en Arabie Saoudite pour
    trois milliards de dollars

    Le Liban laïc souverainiste ou négrier ? N Robin

    Radio Orient
    http://www.radioorient.com/aoun-en-arabie-lapaisement-entre-ryad-et-beyrouth

    Aoun en Arabie : L’apaisement entre Ryad et Beyrouth
    11/01/2017
    L’apaisement entre Ryad et Beyrouth. C’est l’objectif de la visite que du président libanais à Ryad. Michel Aoun qui a été reçu par le roi Salmane d’Arabie saoudite.

    Les relations entre le Liban et l’Arabie saoudite s’étaient refroidies suite au saccage de l’ambassade saoudienne à Téhéran : le ministre libanais des affaires étrangères, proche du Hezbollah, avait alors refusé de s’associer à une condamnation lors d’une réunion de la ligue arabe.

    D’où l’importance de cette visite du président Aoun à Ryad, et du choix de cette destination pour son premier déplacement à l’étranger.

    L’analyse du politologue Khattar Avou Dhiab, enseignant à l’université Paris- Saclay :

    http://www.radioorient.com/aoun-en-arabie-lapaisement-entre-ryad-et-beyrouth

    Propos recueillis par Maria Lafitte.

    • La Tribune

      https://www.google.com/amp/www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/pourquoi-l-arabie-saoudite-poursuit-le-contrat-d-armement-donas-avec-la-fran

      Pourquoi l’Arabie Saoudite poursuit le contrat d’armement Donas avec la France

      Par Michel Cabirol | 05/03/2016

      L’armée libanaise a un besoin urgent de moderniser ses équipements militaires
      L’armée libanaise a un besoin urgent de moderniser ses équipements militaires (Crédits : reuters.com)
      Le contrat Donas d’un montant de trois milliards de dollars signé par l’Arabie Saoudite (le financier), le Liban (le client) et la France (le vendeur) va se poursuivre. Selon le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al Jubeir, « les contrats seront bien appliqués mais le destinataire sera l’armée saoudienne ».
      Ni arrêté, ni même suspendu... Le contrat Donas d’un montant de trois milliards de dollars signé par l’Arabie Saoudite (le financier), le Liban (le client) et la France (le vendeur) va se poursuivre. Avec néanmoins une nuance de taille comme l’a annoncé samedi lors d’une visite à Paris le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al Jubeir : « Les contrats seront bien appliqués mais le destinataire sera l’armée saoudienne ». Et non plus l’armée libanaise. En 2014, Ryad avait signé pour le compte du Liban 31 contrats avec une vingtaine de groupes français, par l’intermédiaire d’ODAS, une société qui intervient essentiellement dans le royaume pour le compte de l’Etat français.

      « Nous sommes face à une situation où les décisions du Liban sont captées par le Hezbollah. (Les armes) iront à l’Arabie saoudite, pas au Hezbollah », le mouvement chiite favorable à l’Iran, a expliqué Adel al-Jubeir.

      « Les discussions se poursuivent entre la France et l’Arabie Saoudite pour la continuation du contrat Donas », avait-on expliqué de source proche du dossier ces derniers jours à La Tribune. Entre Paris et Ryad, il y a eu quelques allers-retours de responsables français ces deux dernières semaines pour clarifier la position saoudienne et faire entendre celle de la France. Clairement les ponts n’ont pas été coupés entre les deux pays mais le courrier de Ryad reçu par Bercy le 19 février a jeté un froid sur les relations bilatérales. Notamment les milieux politiques français étaient agacés par l’attitude de Ryad : ils considéraient que Paris avait beaucoup soutenu politiquement Ryad sur la scène internationale ces derniers mois sans pour autant recueillir de contreparties économiques. A droite, on poussait pour un rééquilibrage des relations de la France et les autres pays du Moyen et Proche Orient.

      La pression de Ryad sur Beyrouth
      Pour l’Arabie Saoudite, explique-t-on à La Tribune, les livraisons des armes françaises à Ryad est aussi une façon de mettre la pression sur le gouvernement libanais pour qu’il s’éloigne de l’influence du Hezbollah. Le différend entre Beyrouth et Riyad est apparu en janvier, lorsque le Liban a refusé de voter un communiqué arabe condamnant les attaques de représentations diplomatiques saoudiennes en Iran après l’exécution d’un dignitaire chiite par le royaume wahhabite. Le porte-parole officiel à l’agence saoudienne SPA avait déploré les « campagnes politiques et de presse inspirées par le Hezbollah contre l’Arabie saoudite » et ses « actes terroristes contre les nations arabe et musulmane ».

      Au Liban donc de s’émanciper de l’influence du Hezbollah. En donnant des gages à l’Arabie Saoudite, il pourrait in fine recevoir les équipements militaires français à travers le contrat Donas, qui prévoit la livraison d’armes pour un montant de 2,1 milliards de dollars et 900 millions pour leur entretien.

      Des moyens considérables
      Le programme d’aide saoudien destiné à moderniser l’armée libanaise prévoit la livraison de différents types d’armement fabriqués par les industriels français. La première livraison est intervenue en avril 2015. La France a alors livré 48 missiles antichar Milan prélevés sur les stocks de l’armée française. Une série d’autres équipements - appareils de vision nocturne, véhicules blindés et légers, drones légers, moyens de déminage - devaient être initialement livrés en 2015 mais ce calendrier n’a pas été tenu.

      Au total, 250 véhicules de combat ou de transport de troupes (Renault Trucks Defense), sept hélicoptères Cougar (Airbus helicopters), trois corvettes (CMN) équipées de missiles Mistral (MBDA), de l’artillerie comme 24 canons autotractés Caesar (Nexter Systems) et des équipements de reconnaissance, interception et communication (Thales) doivent être livrés dans les prochaines années, selon le schéma présenté en 2015.

      _

      [ DIAPORAMA ] Ventes d’armes : les plus gros contrats passés sous l’ère Hollande (au 26.04.2016)

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  • https://www.legrandsoir.info/cette-gauche-qui-sert-de-suppletif-a-l-otan.html

    31 décembre 2016
    Cette gauche qui sert de supplétif à l’OTAN
    par Bruno GUIGUE

    A de rares exceptions près (Jean-Luc Mélenchon, le PRCF), le moins qu’on puisse dire est que la gauche française pratique le déni de réalité sur la Syrie. Depuis 2011, c’est impressionnant. Elle a tout avalé. Avec gourmandise. Un véritable festin de couleuvres ! Elle s’est d’abord fiée à des sources douteuses (OSDH) dont elle a répété en boucle les chiffres invérifiables et les affirmations gratuites. Bonne fille, elle a accrédité la narration ridicule du boucher-de-Damas-qui-massacre-son-peuple. Elle a gobé cul sec le false-flag de l’attaque chimique comme si elle ingurgitait une vulgaire fiole onusienne de M. Powell. Elle est tombée, enfin, dans le panneau d’une propagande humanitaire à deux vitesses qui fait le tri, sans vergogne, entre les bonnes et les mauvaises victimes.

    Cet aveuglement stupéfiant, la gauche française le doit d’abord à son indécrottable posture morale. Une grille de lecture manichéenne a anesthésié son esprit critique, elle l’a coupée du monde réel. Voulant absolument identifier des bons (rebelles) et des méchants (Assad), elle s’interdit de comprendre un processus qui se déroule ailleurs que dans le ciel des idées. Quand on désigne les protagonistes d’une situation historique en utilisant des catégories comme le bien et le mal, on donne congé à toute rationalité. « Ni rire, ni pleurer, mais comprendre », disait justement Spinoza. On peut certes avoir des préférences, mais lorsque ces préférences inhibent la pensée critique, ce ne sont plus des préférences, ce sont des inhibitions mentales.

    La deuxième raison de cet aveuglement tient à un déficit abyssal d’analyse politique. La gauche française n’a pas voulu voir que le rapport de forces, en Syrie, n’était pas celui qu’elle espérait. Elle a reconstruit le récit des événements à sa guise pour donner corps à son fantasme d’une révolution arabe universelle qui balaierait le « régime de Damas » comme elle avait balayé les autres, en méconnaissant ce qui faisait précisément la singularité de la situation syrienne. Ceux qui se vantent de connaître leurs classiques auraient dû appliquer la formule par laquelle Lénine définissait le marxisme : « l’analyse concrète d’une situation concrète ». Au lieu de se plier à cet exercice d’humilité devant le réel, l’extrême-gauche, notamment, a cru voir ce qu’elle avait envie de voir.

    Abusée par sa propre rhétorique, elle misait sur une vague révolutionnaire emportant tout sur son passage, comme en Tunisie et en Egypte. Mauvaise pioche ! Privée de toute base sociale consistante dans le pays, la glorieuse « révolution syrienne » n’était pas au rendez-vous. Véritable farce sanglante, une contre-révolution menée par des desperados accourus de 110 pays a pris sa place. La nature ayant horreur du vide, cette invasion du berceau de la civilisation par des hordes de mercenaires décérébrés a tenu lieu, dans l’imaginaire gauchiste, de révolution prolétarienne. Le NPA ne s’est pas aperçu de l’énormité de cette confusion. Il n’a pas vu que les rassemblements populaires les plus imposants, en 2011, étaient en faveur de Bachar Al-Assad. Il a écarté d’un revers de la main la position du parti communiste syrien qui, tout en critiquant le gouvernement, se range à ses côtés pour défendre la nation syrienne contre ses agresseurs.

    Poussant le déni de réalité jusqu’aux frontières de l’absurde, le NPA, au lendemain de la libération d’Alep, se déclare encore solidaire de la « révolution syrienne ». Mais le secrétaire général du parti communiste syrien, Ammar Bagdash, lui avait répondu par anticipation en septembre 2013 : « En Syrie, à la différence de l’Irak et de la Libye, il y a toujours eu une forte alliance nationale. Les communistes travaillent avec le gouvernement depuis 1966, sans interruption. La Syrie n’aurait pas pu résister en comptant seulement sur l’armée. Elle a résisté parce qu’elle a pu compter sur une base populaire. En outre, elle a pu compter sur l’alliance avec l’Iran, la Chine, la Russie. Et si la Syrie reste debout, des trônes vont tomber parce qu’il deviendra clair qu’il existe d’autres voies ».

    Désolé pour M. Julien Salingue et ses petits camarades, mais s’il faut analyser la situation syrienne, un communiste syrien qui contribue à la défense de son pays vaudra toujours mieux qu’un gauchiste français qui fantasme sur la révolution en buvant des demis au Quartier Latin. Incapable de comprendre ce qui se passait sur place, l’extrême-gauche française est victime du théâtre d’ombres qu’elle a elle-même dressé. Faute d’entendre ce que lui disaient les marxistes du cru, elle a joué à la révolution par procuration sans voir que cette révolution n’existait que dans ses rêves. Mais il est difficile d’admettre en 2016 qu’on s’est complètement fourvoyé depuis 2011.

    Une fois de plus, écoutons Ammar Bagdash : « Ils ont commencé par des manifestations populaires dans les régions rurales de Daraa et d’Idleb. Mais dans les villes, il y eut immédiatement de grandes manifestations populaires de soutien à Assad. Par ailleurs, au début, la police ne tirait pas, ce sont certains éléments parmi les manifestants qui ont commencé les actions violentes. Dans les sept premiers mois, il y eut plus de morts du côté de la police et de l’armée que dans l’autre camp. Quand la méthode des manifestations ne marchait plus, ils sont passés au terrorisme avec des assassinats ciblés de personnes en vue (dirigeants, hauts fonctionnaires, journalistes), attentats et sabotages d’infrastructures civiles. Le gouvernement a réagi en adoptant certaines réformes comme celle sur le multi-partisme et sur la liberté de la presse, réformes que nous avons soutenu. Mais les forces réactionnaires ont rejeté ces réformes. »

    Cette insurrection armée conduite par des groupes extrémistes, les communistes syriens l’ont parfaitement analysée, mais la gauche française l’a ignorée. Elle a fait comme si elle n’existait pas, comme si elle était une invention de la propagande baassiste. Comment l’admettre, en effet ? Que les gentils révolutionnaires soient passés à l’action violente dès le printemps 2011 contredisait la narration dominante ! Il fallait, pour les besoins de la cause, préserver le mythe d’une opposition démocratique et non-violente. Le récit des événements fut purgé, en conséquence, de ce qui pouvait en altérer la pureté imaginaire. La violence des allumés du wahhabisme fut masquée par un déluge de propagande. Preuve factuelle d’un terrorisme qui était le vrai visage de cette révolution-bidon, ce déchaînement de haine fut effacé des écrans-radar.

    De même, cette « gauche » bien-pensante a hypocritement détourné le regard lorsque les feux de la guerre civile furent attisés par une avalanche de dollars en provenance des pétromonarchies. Pire encore, elle a fermé les yeux sur la perversité de puissances occidentales qui ont misé sur l’aggravation du conflit en encourageant la militarisation de l’opposition, tandis qu’une presse aux ordres prophétisait avec délices la chute imminente du « régime syrien ». Sans vergogne, cette gauche qui se dit progressiste s’est laissé enrôler par les gouvernements d’un Occident à l’impérialisme rapace. Elle a calqué sa lecture partiale du conflit sur l’agenda otanien du « changement de régime » exigé par les néo-cons depuis 2005. Comme l’a écrit Hillary Clinton, Washington voulait renverser Assad pour aider Israël dans son affrontement avec l’Iran ! Mais cette circonstance ne semble pas troubler les pro-Palestiniens du NPA.

    L’histoire ne fait pas de cadeaux. Elle retiendra que la gauche française a servi de supplétif à l’OTAN dans cette entreprise avortée de destruction d’un Etat souverain sous le prétexte fallacieux des droits de l’homme. Cette imposture de gauche, bien sûr, n’exonère pas la droite française de ses propres responsabilités, tout aussi écrasantes et criminelles sous Nicolas Sarkozy, dans l’aveuglement volontaire au drame syrien. Mais le moins qu’on puisse dire est qu’il y a une imposture de gauche, sur la Syrie, qui aura fait des dégâts considérables. Courage, M. Mélenchon, vous avez du pain sur la planche !

    Bruno GUIGUE

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    https://www.legrandsoir.info/cette-gauche-qui-sert-de-suppletif-a-l-otan.html


  • Pas de pleureuses pour les enfants yemenites par Bruno Guigue

    https://www.legrandsoir.info/en-occident-pas-de-pleureuses-pour-les-enfants-yemenites.html

    « Informer n’est pas une liberté pour la presse mais un devoir »

    5 janvier 2017
    En Occident, pas de pleureuses pour les enfants yéménites
    Bruno GUIGUE

    La prospérité de notre industrie de l’armement vaut bien la vie de quelques milliers d’enfants yéménites. C’est ce que répondit implicitement Manuel Valls lorsqu’on lui demanda ce qu’il pensait des bombardements saoudiens qui dévastent le Yémen et terrorisent sa population. « Est-il indécent de se battre pour nos emplois ? » répondit le premier ministre le 15 octobre 2015 sur Bfm/Tv. « Indécence », dites-vous ? A la tête d’un gouvernement qui aura généreusement distribué des armes et des médailles aux coupeurs de tête du Golfe, Manuel Valls sait de quoi il parle.

    Depuis mars 2015, la « coalition » conduite par Riyad déchaîne le feu du ciel contre des civils sans défense en prétendant combattre une rébellion houthie coupable de s’être alliée avec l’ex-président Ali Abdallah Saleh contre son successeur Abd Rabbo Mansour Hadi, instrument docile de la monarchie saoudienne. Selon l’ONU, cette intervention militaire meurtrière a fait plus de 10 000 victimes. Elle a provoqué une catastrophe humanitaire, 400 000 enfants souffrant de malnutrition dans un pays dévasté par les bombardements et privé de ressources par l’embargo que lui imposent les pétromonarchies.

    Dans une totale impunité, l’aviation saoudienne n’épargne ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les cérémonies religieuses. Elle répand la terreur, elle cherche à faire plier, en la soumettant à un déluge de feu, une résistance qui infligerait une cuisante défaite aux forces coalisées si elles avaient le courage de l’affronter sur le champ de bataille. Les wahhabites, en fait, ne mènent pas une guerre contre des combattants, mais une entreprise systématique de démoralisation de la population, de destruction totale, d’arasement des infrastructures du pays.

    Cette œuvre mortifère, ses auteurs la justifient en invoquant la légalité internationale. Le mouvement « Ansarullah », en effet, a investi la capitale du pays en septembre 2014 et poussé le président Mansour Hadi à la démission en janvier 2015. Effet à retardement de la « révolution » ratée de 2011, ce succès inattendu a pris de court les Saoudiens et leurs parrains occidentaux. Décidés à intervenir dans le conflit, ils ont obtenu du conseil de sécurité de l’ONU le vote de la résolution 2216 du 14 avril 2015 condamnant la prise du pouvoir par les Houthis et affirmant la légitimité du président Hadi.

    Cette décision onusienne a offert à Riyad une couverture juridique l’autorisant à frapper le Yémen sans ménagement pour vaincre la rébellion. Perversion du droit international, c’est un chèque-en-blanc qui permet au pays arabe le plus riche d’écraser sous les bombes le pays arabe le plus pauvre. Tout se passe comme si l’agresseur bénéficiait d’une sorte de permis de tuer à grande échelle, avec la bénédiction de puissances occidentales qui lui fournissent des armes en quantité illimitée tandis que la rébellion houthie se voit frappée par l’embargo.

    On se demande alors quel crime le peuple yéménite a pu commettre pour endurer un tel supplice. Aurait-il commis des actes terroristes ? Certainement pas. Il est la première victime des attentats meurtriers perpétrés par Daech et Al-Qaida, comme celui contre les mosquées chiites de Sanaa qui fit 142 morts le 20 mars 2015. Ces organisations, en revanche, ont longtemps bénéficié de l’étrange inaction de la coalition, notamment dans la région d’Al-Mukallah. Peine perdue ! Cette alliance objective sur fond de haine anti-chiite n’a pas mis les forces « loyalistes » à l’abri des attentats-suicides qui vont bientôt les frapper à leur tour en 2016.

    D’où vient, alors, l’acharnement de Riyad contre le Yémen ? Selon la propagande saoudienne, il serait justifié par la complicité des Houthis avec Téhéran. Appartenant à la communauté chiite « zaydite », le mouvement « Ansarullah » servirait les ambitions géopolitiques de l’Iran. Les causes du conflit yéménite sont endogènes, l’aide fournie par les Iraniens aux rebelles est dérisoire, mais Riyad s’obstine à dénoncer l’influence malfaisante des mollahs. C’est une situation ubuesque. Les Houthis sont coupés du monde par l’embargo et bombardés par une puissante aviation, et Riyad les traite, sur leur propre sol, comme s’ils étaient des mercenaires étrangers !

    Le voilà donc, son crime, à ce Yémen rebelle. Il est en cheville avec les forces du mal, il pactise avec le diable. Décidément inconscients, les Houthis admirent le Hezbollah libanais, ils soutiennent la Syrie souveraine, ils croient encore au nationalisme arabe. Pour ceux qui entendent asservir la région aux intérêts impérialistes, Sanaa est une épine dans le pied. Le Yémen a commis une faute politique qu’il va devoir expier dans la douleur. Vu de Riyad, il va falloir étouffer ce foyer de contestation d’un ordre impérial auquel se cramponnent des pétromonarchies vermoulues. L’Arabie saoudite ne veut pas, elle n’a jamais voulu, tout simplement, d’un Yémen indépendant et unifié.

    Pour ce pays martyrisé qui n’intéresse personne, on n’entendra pas de jérémiades. Ni « génocide », ni « massacre », ni « barbarie » à l’horizon dans les colonnes de la presse mainstream. Le chœur des pleureuses occidentales est aux abonnés absents. Ni « Casques blancs » financés par des fondations anglo-saxonnes, ni parlementaires français en goguette pour « éveiller les consciences », ni gauchistes indignés qui appellent à la « solidarité révolutionnaire », ni droits-de-l’hommistes qui signent héroïquement des pétitions à la pelle, rien, nada. Le Yémen est sorti des écrans-radar, rayé de la liste des causes qui en valent la peine. Il est abandonné aux criminels wahhabites par l’indécente lâcheté d’un Occident complice. Mais, qui sait, le peuple yéménite n’a peut-être pas dit son dernier mot.

    Bruno GUIGUE

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    https://www.legrandsoir.info/en-occident-pas-de-pleureuses-pour-les-enfants-yemenites.html


  • Le jihadisme selon François Burgat 

    https://www.google.com/amp/www.liberation.fr/amphtml/debats/2016/11/04/francois-burgat-il-ne-s-agit-pas-de-combattre-les-jihadistes-mais-d-arreter-

    INTERVIEW
    François Burgat : « Il ne s’agit pas de combattre les jihadistes mais d’arrêter de les fabriquer »

    Par Catherine Calvet, Recueilli par et Anastasia Vécrin — 4 novembre 2016 à 19:01
    Dans son dernier ouvrage, le politologue revient sur sa vision de l’islam politique comme une réaction identitaire à la domination coloniale. Pour lui, laradicalisation de certains jeunes est le résultat d’un refus de l’altérité islamique au sein de la société.

    Avant d’être chercheur, François Burgat a été routard. Pendant plus de vingt ans, il a parcouru le monde arabe, de l’Algérie à la Syrie en passant par la Tunisie, le Yémen, la Libye, l’Egypte et la Palestine. C’est cette pratique du terrain qui éclaire d’une manière différente le débat sur les causes du jihadisme, monopolisé par Gilles Kepel et Olivier Roy. Dans Comprendre l’islam politique (la Découverte), François Burgat analyse l’altérité islamiste à la lumière de la colonisation qui a alimenté frustrations, radicalisation et terrorisme. Une pierre dans le jardin des Occidentaux.

    Votre livre mêle récits de voyage et recherche scientifique. Comment l’exploration de différents terrains a-t-elle influencé le chemin de votre pensée ?
    Le comparatisme (Algérie, Egypte, Yémen, Syrie, Palestine, etc.) est au cœur de ma démarche scientifique. Il m’a permis de construire des hypothèses qui ont peu évolué depuis plus de trente ans. J’avance l’idée que la popularité du « lexique de l’islam » prolonge banalement un processus de reconquête identitaire du Sud colonisé à l’égard du Nord. Dans ce livre, j’ai confronté ce schéma à tout ce qui s’est passé récemment, d’Al-Qaeda à l’EI en passant par les printemps arabes et la crise syrienne, en me basant sur tous mes terrains successifs.

    Mes premiers voyages de routard - une sorte « d’accumulation intuitive » - ont précédé le travail proprement scientifique. J’en ai retenu avant tout que l’habit ne fait pas le moine. Un exemple ? Au Népal, un professeur de sanskrit s’alarme de la consommation d’alcool des Occidentaux. « Comment ne craignez-vous pas de faire des enfants difformes ? » Et, ce faisant, il glisse discrètement quelque chose au fond de sa bouche et m’explique : « C’est de l’opium ! Excellent pour la digestion, vous ne saviez pas ? » C’est la confrontation concrète avec cette diversité de perspectives qui m’a permis d’intérioriser progressivement que ma culture héritée n’avait pas nécessairement le monopole du bien ou de l’universel. Ceux qui ne se sont jamais imprégnés d’une culture non occidentale ont plus de difficulté à construire scientifiquement les termes de l’altérité.

    Quels sont les principaux ressorts de l’islam politique ? Est-ce une revanche sur l’histoire coloniale ?
    Sinon une revanche, du moins une réaction. La domination coloniale est bien, à mes yeux, la matrice première de l’islam politique. Il y a eu une domination politique, fruit de l’écrasement militaire. Il y a eu ensuite, en Algérie notamment, une domination économique rendue possible par la dissolution du lien tribal qui a permis une dépossession foncière massive. Mais il y a eu, plus encore, la déculturation. La culture dominée s’est en quelque sorte retrouvée marginalisée, périphérisée, « folklorisée ». Réduite au rang de faire-valoir de celle du dominant étranger, la culture dominée est désarticulée en éléments disparates, « exotiques » : la médecine, l’architecture, la cuisine, la musique deviennent « traditionnelles » par opposition à leurs équivalents « modernes » ou « universels », c’est-à-dire… occidentaux. Dans chacune de ces trois strates, la remise en cause indépendantiste du monopole colonial a provoqué les indépendances, bien sûr, puis les nationalisations, entraînant des réactions passionnelles de la part des Européens - après la nationalisation du canal de Suez, Nasser a été comparé à Hitler… Eh bien, l’islamisme représente à mes yeux une dynamique au travers de laquelle les acteurs de l’ex-périphérie coloniale ont entrepris de parfaire, sur le terrain symbolique cette fois, la rupture indépendantiste. Ils le font en recourant à un lexique home-made, non occidental, perçu comme hérité directement, par-delà la fracture coloniale, de leurs ancêtres. C’est ce lexique que je nomme le « parler musulman ».

    Pourquoi un « lexique » musulman et non une « grammaire » ?
    L’histoire a montré l’extrême diversité des possibilités d’usage de ce lexique, preuve qu’il n’existe pas une « grammaire » islamique unique. Rached Ghannouchi [homme politique tunisien islamiste, ndlr] n’est pas Al-Baghdadi [chef de l’Etat islamique, ndlr], même s’ils utilisent le même lexique. Le spectre politique du champ islamiste est en effet extraordinairement large. Au passage, cela devrait nous permettre de saisir les limites de l’idée d’une « réforme de l’islam » qui fantasme un comportement unique corrélé avec l’usage du lexique islamique.

    Le « parler musulman » est-il forcément un islamisme ?
    Je corrèle pour ma part les deux expressions mais en donnant à l’islamisme une définition qui n’est pas celle, très négative, du sens commun. Je vois dans l’islamisme un processus avant tout identitaire, et comme tel relativement banal, affectant l’histoire du monde musulman, au travers duquel les catégories de la culture islamique sont réintroduites dans le discours politique. Le résultat de ce processus est loin de se réduire aux caricatures de la perception occidentale, qui veut que les islamistes soient avant tout des opposants à la « modernisation » ou des adeptes de la violence extrême. Rached Ghannouchi est quand même l’acteur qui a permis l’adoption en Tunisie de la constitution aujourd’hui la plus démocratique de tout le monde arabe. Ajoutons que la ressource identitaire de l’islamisme peut être instrumentalisée par les régimes et pas seulement par leurs opposants.

    Les islamistes sont quand même le plus souvent dans les oppositions…
    Oui, il se trouve que les élites nationalistes étaient, au moment des indépendances, plus directement influencées par la culture laïque du colonisateur. Elles n’ont pas hésité à contrarier le sentiment religieux populaire, notamment pour affirmer le primat du développement économique sur les exigences de la culture religieuse. Bourguiba boit un jus en plein ramadan, Boumédiène met le Coran au défi de nourrir la population. Les islamistes ont commencé en quelque sorte à demander à ces élites nationalistes : « Comment pouvez-vous lutter contre l’hégémonie occidentale si vous vous opposez à l’islam, sachant que l’islam est le cœur de notre identité ? »

    On vous a souvent reproché une empathie avec votre sujet. Est-ce que vous admettez qu’il puisse aussi y avoir des dérives identitaires liées à l’islam ?
    Bien sûr, mais ni plus ni moins que dans les autres religions ! Peut-être même moins, si l’on veut bien tenir compte de la relation présente du monde occidental au monde musulman, c’est-à-dire de la persistance des rapports de domination de l’un sur l’autre. Je me démarque de ce fait de la lecture analogique - telle que la propose Kepel dans la Revanche de Dieu - qui place les trois religions monothéistes sur le même plan. Elle ne permet pas de rendre compte de la fonction identitaire très spécifique que joue conjoncturellement la référence religieuse pour les musulmans, rôle qu’elle n’a pas joué dans l’émancipation républicaine française. Les Français plus que les autres Occidentaux ne comprennent pas que la référence religieuse puisse jouer dans le processus de modernisation politique un rôle différent de celui de cet obstacle, indissolublement lié à l’assise du pouvoir absolu de la monarchie, qu’il a été dans notre trajectoire française.

    Pourquoi la contestation politique dans le monde arabe s’inscrit-elle forcément dans le religieux ?
    Ce n’est pas tout à fait le cas. La référence islamiste possède en effet à mes yeux une force de mobilisation qui excède sa dimension strictement religieuse. Elle tient à son caractère endogène. Ce n’est pas une importation coloniale. Face à un Occident qui est plus déchristianisé que chrétien, la réintroduction du sacré résonne comme une dimension supplémentaire de la réaffirmation identitaire.

    Selon vous, face à la violence sectaire, il faut toujours chercher une cause politique ?
    En quelque sorte, oui. Je n’accorde pas beaucoup de valeur explicative à la littérature qui explique le passage à la violence en termes de « filières », de « contagions », de « financements »… Mon hypothèse est que nous sommes étroitement associés à la fabrication de ces jeunes qui, parce qu’ils sentent qu’ils ne peuvent pas être des « Français à part entière », basculent dans la violence sectaire et le statut de « Français entièrement à part ». Nous « fabriquons » ces individus qui choisissent - parmi de très nombreuses autres possibilités - une expression binaire, clivante et totalisante de leur appartenance religieuse. Le recours à la violence sectaire fait donc suite à des dysfonctionnements majeurs du « vivre ensemble » européen ou oriental qui poussent ces individus à la rupture. Alors, et alors seulement, ces exclus cherchent-ils un lexique permettant d’exprimer et de légitimer cette violence. C’est à ce moment-là qu’ils se tournent vers le lexique binaire du « eux et nous » salafiste. La question n’est donc pas pour moi de combattre les jihadistes mais d’arrêter de les fabriquer.

    Souscrivez-vous à l’idée d’Olivier Roy sur l’islamisation de la radicalité qui minimise le rôle du religieux ?
    Lorsqu’elle s’en prend à l’explication essentialiste de Gilles Kepel - les « fous de Dieu » -, je l’adopte sans réserve. Mais son coût est élevé ! Car la catégorie forgée par Roy, qui voit dans les jihadistes français des « pieds nickelés » « nihilistes », des individus invertébrés totalement coupés de leur milieu, ne permet pas plus que celle de Kepel de penser la responsabilité - essentielle - des non-musulmans. Olivier Roy énonce d’une manière bien peu convaincante le postulat de cette imperméabilité supposée des jihadistes vis-à-vis des stigmatisations en tous genres subies par leurs coreligionnaires musulmans. La colonisation ? Ils ne l’ont pas connue ! Nos bombes ? Elles n’ont rien à voir avec les leurs ! Le monde musulman ? Ils ne le connaissent pas ! Voilà la ligne rouge qui me sépare de cette approche qui nous exonère trop systématiquement. Je considère que nous sommes en réalité les partenaires indissociables de cette violence trop simplement qualifiée d’« islamique » par les uns, de « nihiliste » par les autres.

    Quelles séquelles la colonisation peut-elle laisser chez ceux qui ne l’ont pas vécue ?
    Quand bien même ils ne connaîtraient pas chaque recoin de l’histoire coloniale, ils ont parfaitement intériorisé les stigmates que subit leur groupe. Oserait-on tenir le même raisonnement étonnant aux descendants des victimes de la Shoah ou du génocide arménien ? Aurait-on l’idée de nier le rôle de cette composante de leur identité sous prétexte qu’ils n’ont pas assisté aux massacres ?

    Comment expliquez-vous la régression de notre capacité à accepter l’altérité ?
    Le problème actuel de la société française n’est pas le Front national. C’est la nation tout entière : la même partition islamophobe et raciste est jouée par la gauche à la flûte, par la droite au saxophone et par le FN… au tambour et au clairon ! Le cœur du mécanisme de crispation est le suivant : « peuvent-ils être des nôtres, ceux qui ne critiquent pas leur religion comme les autres ? » Nous attendons des musulmans, produits d’une autre historicité, qu’ils se conforment strictement à notre modèle d’émancipation.

    Votre conclusion résonne comme une alerte : « Le partage ou la terreur »…
    Rien de très nouveau. Cette formule a fait l’objet d’une tribune dans Libération il y a dix ans déjà. Il ne s’agit pas de partager seulement des ressources économiques. Il faut également partager les ressources symboliques : le droit à la parole publique, la représentation politique - l’avis de l’autre en général. Il faut donc partager aussi les efforts de réforme et ne pas en attendre, sempiternellement, que de l’autre ! La redistribution sérieuse et sincère, qui reconnaît la place de l’autre, c’est effectivement la véritable « arme de destruction massive du terrorisme ». Mais personne ne veut l’employer : elle coûte trop cher.

    Catherine Calvet Recueilli par , Anastasia Vécrin
    COMPRENDRE L’ISLAM POLITIQUE de FRANÇOIS BURGAT La Découverte, 310 pp., 22€.

    • Bien que les questions posées par Alain Finkielkraut soient très orientées...
      ...polémique Burgat/Kepel

      Écouter sur France Culture
      Le terrorisme en face
      07.01.2017 52 min

      https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/le-terrorisme-en-face

      Alain Finkielkraut reçoit deux chercheurs rompus au nouvel environnement mondial : le politologue François Burgat et le spécialiste de l’islam Gilles Kepel.

      Intervenants
      François Burgat : politologue, directeur de recherches au CNRS (Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman / IREMAM – Aix en Provence)
      Gilles Kepel : Spécialiste de l’islam et du monde arabe contemporain, Gilles Kepel anime le séminaire « Violence et dogme » à l’École normale supérieure et enseigne à l’Institut d’études politiques de Paris.


  • Olivier Roy et Gilles Kepel, querelle française sur le jihadisme

    https://www.google.com/amp/www.liberation.fr/amphtml/debats/2016/04/14/olivier-roy-et-gilles-kepel-querelle-francaise-sur-le-jihadisme_1446226

    http://md1.libe.com/photo/868299-societe-islam-ville.jpg?modified_at=1460656034
    Le Coran de la bibliothèque de l’imam Farid Darrouf, recteur de la mosquée Averroès, Montpellier, mai 2015. 

    PHOTO NANDA GONZAGUE
    ENQUÊTE
    Olivier Roy et Gilles Kepel, querelle française sur le jihadisme

    Par Cécile Daumas — 14 avril 2016

    Les deux chercheurs s’écharpent sur l’analyse qu’il convient d’appliquer au terrorisme. Faut-il partir de la religion ou des sources de la violence radicale ? Un débat qui pose plus largement le rapport à l’islam en France. Sans oublier une bonne guerre d’ego sur fond de pouvoir et de renommée.

    Ils n’en sont pas encore venus aux noms d’oiseaux mais c’est tout comme. « Rastignac », « procès d’intention », « posture intellectuelle », « royale ignorance » : depuis les attentats de 2015, Gilles Kepel et Olivier Roy se livrent, via la presse, une guerre sans merci sur les origines du jihadisme. Pontes dans leur domaine, ils font tous deux partie des meilleurs spécialistes en France de l’islam politique : l’un, élégance froide et cérébrale, arabisant versé dans les sciences politiques et sociales, a créé la chaire sur le Moyen-Orient à Sciences-Po qu’il dirigea durant vingt-cinq ans ; l’autre, rondeur bouillonnante, philosophe devenu politologue spécialiste de l’islamisme, officie à l’Institut universitaire européen de Florence.

    Entre eux, un enjeu de taille : élaborer le concept-clé qui permettra de saisir les ressorts de cette génération de terroristes qui frappe Paris comme Bruxelles. Alors simple rivalité de chercheurs qui se connaissent depuis plus de trente ans ? Le duo-duel Roy-Kepel est plutôt symptomatique d’une gigantesque mise sous pression du savoir universitaire depuis les attentats de 2015 : dans l’urgence, il s’agit de comprendre ce dernier avatar de violence politique, non pour l’excuser, comme le juge Manuel Valls, mais pour le prévenir et le combattre.

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    Olivier Roy, « c’est la radicalisation de la jeunesse qui m’intéresse »

    Approches dissymétriques
    Tout commence au lendemain des attentats du 13 Novembre. Dans la sidération des attaques parisiennes, il a fallu remonter le fil de cette organisation terroriste capable d’accomplir un massacre de masse au cœur d’une grande capitale occidentale. Qui sont ces terroristes ? Comment agissent-ils ? Comment sont-ils recrutés et formés ? Le jihadisme est une « révolte nihiliste », avance Olivier Roy dans une tribune publiée dans le Monde du 25 novembre. Pour étayer sa thèse, le politologue emploie cette formule qui fait mouche : « Il ne s’agit pas de la radicalisation de l’islam, mais de l’islamisation de la radicalité. » Comprendre : l’hyperviolence dont la France vient d’être victime serait moins une question de religion que l’expression « d’une révolte générationnelle ». Très largement partagée sur les réseaux sociaux, « l’islamisation de la radicalité » refroidit davantage les spécialistes. Particulièrement Gilles Kepel qui défend la thèse inverse. Il faut partir de l’islam, de l’hégémonie du discours salafiste pour cerner ces nouveaux visages du terrorisme. Quand l’un (Kepel) replace le fait religieux au centre de l’interrogation jihadiste, l’autre (Roy) le met en périphérie. Quand l’un esquisse trois générations de combattants depuis l’Afghanistan, l’autre en rit et n’en voit qu’une seule depuis Khaled Kelkal. Pourquoi une telle dissymétrie dans leur approche ?« Comprendre ce qui se joue dans ces discours sur l’islam ne relève pas seulement d’une analyse froide des enjeux scientifiques, explique l’historienne Leyla Dakhli qui consacre une enquête à cette bataille d’experts dans la Revue du crieur (mars 2016, Mediapart-La Découverte). C’est aussi une affaire très française traduisant notre rapport aux migrations, au monde arabe et musulman, à l’histoire coloniale. »



  • Comprendre le passé pour mieux comprendre le présent
    Guerre de 1914, une leçon d’histoire...
    Très intéressant et bien documenté. Les photos d’archives sont accessibles via le lien.
    Très bonne année à tous.
    N Robin

    https://www.upr.fr/actualite/28-juin-2014-il-y-100-ans-lattentat-sarajevo-entrainant-leurope-1ere-guerre-mond

    Par Asselineau de
    l’Union Populaire Républicaine | UPR
    28 Juin 2014 – Il y a 100 ans, l’attentat de Sarajevo entraînant l’Europe dans la 1ère Guerre mondiale. Quelles leçons en tirer ?

    Il y a 100 ans jour pour jour – le 28 juin 1914 -, le nationaliste serbe de Bosnie Gavrilo Princip assassinait à Sarajevo (Bosnie) l’héritier de l’Empire austro-hongrois, l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand ( de son vrai nom Franz Ferdinand von Österreich-Este ), et son épouse Sophie Chotek de Chotkowa et Woguin, duchesse de Hohenberg.

    Même si cet assassinat ne fut évidemment pas la seule raison du conflit qui allait embraser l’Europe, il n’en fut pas moins l’élément déclencheur de la Première Guerre mondiale.

    NOTA

    Le texte et les photos ci-dessous sont une synthèse de ma conférence « L’EUROPE C’EST LA GUERRE », dont je me permets de suggérer vivement le visionnage à tous les internautes soucieux de bien comprendre l’histoire et de faire en sorte qu’elle ne se renouvelle pas. Ils pourront y découvrir pourquoi, loin de nous assurer la paix comme ne cesse de nous le dire la propagande, la prétendue « construction européenne » est en train de nous entraîner vers une nouvelle guerre mondiale, en mettant en place les mêmes ingrédients que ceux qui provoquèrent le premier conflit mondial :

    Conférence visible ici : https://www.upr.fr/videos/conferences/leurope-cest-la-guerre-2

    Je conseille aussi de relire mon analyse, intitulée L’Union européenne c’est la guerre ! publiée le 13 octobre 2012 sur notre site : https://www.upr.fr/actualite/france-europe/prix-nobel-union-europenne

    L’ATTENTAT DU 28 JUIN 1914 À SARAJEVO

    L’archiduc d’Autriche François-Ferdinand et son épouse Sophie Chotek, quelques heures avant leur assassinat.

    L’archiduc d’Autriche François-Ferdinand et son épouse Sophie Chotek sortent de l’Hôtel de Ville de Sarajevo à 11h10 et s’apprêtent à monter dans leur voiture officielle pour le déplacement qui va leur être fatal. Ils vont être assassinés une dizaine de minutes après.

    Le Pont Latin, devant lequel a eu lieu l’assassinat.

    Alors que la voiture de François-Ferdinand est immobilisé, un terroriste surgi de la foule saisit l’occasion qui lui est ainsi offerte pour tirer presque à bout portant deux coups de revolver sur les deux conjoints. Ce dessin est extrait du journal français » Le Petit Journal » daté du 12 juillet 1914.

    L’assassin du couple est immédiatement arrêté par la police, qui empêche son lynchage par la foule et qui le conduit au commissariat.

    L’assassin se nomme Gavrilo Princip. Né en 1894 et mort le 28 avril 1918 à Terezín, alors Theresienstadt (Bohême, Autriche-Hongrie), c’était un étudiant serbe de Bosnie, se disant nationaliste yougoslave. En 1911, à l’âge de 17 ans, il avait adhéré à un club de jeunesse d’union des peuples, une organisation anationale et anticléricale, puis avait rejoint la société Jeune Bosnie (Mlada Bosna).

    Chapelle ardente avec les dépouilles mortelles de l’archiduc d’Autriche et de son épouse Sophie Chotek.

    La nouvelle de l’assassinat de l’archiduc d’Autriche et de sa femme fait le tour du monde. Le New York Times lui consacre sa Une le lendemain, 29 juin 1914.

    LES RAISONS PROFONDES DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

    Ce qui donna à cet assassinat des conséquences effroyables, c’est qu’il survenait dans un climat délétère d’antagonisme croissant entre les grandes puissances européennes. Si l’Europe allait se précipiter dans la guerre, c’est parce que 4 causes essentielles et structurelles avaient mis en place, depuis plusieurs années, les ingrédients d’une conflagration générale :

    1°) les disparités de croissance économique et démographique,
    Les disparités les plus criantes concernaient notamment l’Empire russe et le Reich allemand d’un côté, l’Allemagne et la France de l’autre côté.

    2°) les rivalités coloniales des puissances européennes, notamment de l’Allemagne vis-à-vis des empires coloniaux britannique et français.
    Ces rivalités avaient été émaillées par plusieurs crises, que n’avait pas réglées la Conférence de Berlin de 1884-1885 visant au partage de l’Afrique :

    – Voyage de l’Empereur d’Allemagne Guillaume II en Orient (1898). Ce déplacement, qui s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle « Weltpolitik » (politique mondiale) allemande témoigne d’ambitions qui inquiètent le Royaume-Uni et la France,

    1898 : En France, Le Petit Journal, mi-narquois ml-inquiet, fait le dessin de sa Une sur le voyage de Guillaume II à Constantinople et en Orient.

    – Voyage de l’Empereur d’Allemagne au Maroc (1905), perçu comme une provocation par la France,

    – Crise franco-allemande d’Agadir (1911)

    – Convention navale entre l’Allemagne, l’Italie et l’Autriche-Hongrie visant à couper les communications entre la France et l’Algérie (1913),

    – Construction du chemin de fer entre Istamboul et Bagdad par des intérêts allemands (Bagdadbahn), s’opposant aux intérêts britanniques et français au Moyen-Orient (1911 – 1913),

    – etc.

    « Wir bauen die Bagdadbahn » = « Nous construisons le chemin de fer de Bagdad ». Littérature allemande pour enfants – vers 1912.

    3°) des États supranationaux en déliquescence
    Trois empires – qui niaient l’existence politique de nationalités différentes au sein de leur ensemble politique – étaient en pleine déliquescence dans chacun des deux camps :

    – l’Empire austro-hongrois de la dynastie de Habsbourg d’un côté,

    – l’Empire russe de la dynastie des Romanov d’un autre côté,

    – l’Empire ottoman enfin.

    Dans les trois cas, le système politique impérial apparaissait à bout de souffle, s’opposant à l’émancipation des peuples placés sous leur domination.

    La présence de l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand à Sarajevo en juin 1914 était d’ailleurs l’une des manifestations concrètes de ce système de domination impériale vermoulu.

    Elle était l’une des conséquences du Congrès de Berlin (13 juin – 13 juillet 1878), présidé par Otto von Bismarck, chancelier de l’Empire allemand. Au cours de ce congrès, le Royaume-Uni, l’Autriche-Hongrie, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Empire russe et l’Empire ottoman du sultan Abdul Hamid II avaient conclu un nouveau traité – le Le traité de Berlin – qui avait modifié le traité de San Stefano, signé le 3 mars de la même année, et avait redessiné la carte des Balkans et du Caucase.

    Ce traité de Berlin avait décidé de confier à l’Empire austro-hongrois l’administration de la Bosnie-Herzégovine, tout en laissant ce territoire comme étant juridiquement une possession turque. Or l’Empire austro-hongrois, violant ces stipulations du traité de Berlin, avait purement et simplement décidé d’annexer le pays en 1908, ce qui avait provoqué la colère en Serbie voisine, du fait d’une importante présence de Serbes en Bosnie.

    1908 : En France, Le Petit Journal fait le dessin de sa Une au dépeçage de l’Empire ottoman, et notamment à la décision de l’Empire austro-hongrois de s’approprier la Bosnie-Herzégovine, en violation du traité de Berlin de 1878 (tandis que l’Empire russe libère la Bulgarie).

    La décision de la Cour de Vienne de prendre possession de la Bosnie avait également vivement mécontente l’Empire russe, qui se considérait comme le protecteur des Slaves d’Europe et avait à ce titre des liens avec la Serbie. Mais, comme le régime de Nicolas II venait de subir l’humiliante défaite de 1905 face au Japon, il n’avait pas eu les moyens d’une intervention armée après sa défaite face au Japon. Quant aux alliés de la Russie, la République française et le Royaume-Uni, ils avaient jugé préférable de ne pas intervenir dans cette poudrière des Balkans.

    L’assassinat de François-Ferdinand ne fut donc que l’une des manifestations – la plus spectaculaire – des mouvements de libération des Serbes de Bosnie, qui refusaient à la fois le viol du traité de Berlin et la domination impériale autrichienne.

    4°) des systèmes d’alliances concurrents prétendument mis sur pied « pour garantir la paix ».
    4.1.) la Triple-Entente

    Cette coalition, composée de la France, du Royaume-Uni et de la Russie, s’était créée pour… garantir la paix face aux deux empires centraux de l’Europe, l’Empire austro-hongrois et le Deuxième Reich allemand, bâti par Bismarck à partir de la Prusse au cours des années 1860.

    Plusieurs États se joignirent à cette coalition au moment du déclenchement de la guerre : notamment la Belgique, envahie par l’Allemagne, qui fit appel à la France et au Royaume-Uni garantes de son indépendance. Le Japon rejoignit la coalition en août 1914, l’Italie en avril 1915, la Roumanie en août 1916 et les États-Unis en avril 1917, ainsi que de nombreux autres pays moins puissants.

    4.2.) la Triple Alliance ou la Triplice.

    La coalition de la Triple Alliance était initialement constituée de l’Allemagne, de l’Autriche-Hongrie. L’Empire ottoman les rejoignit en octobre 1914, suivi un an plus tard du Royaume de Bulgarie.

    LE DÉCLENCHEMENT DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE : L’ENGRENAGE FATAL

    Dans cette situation géopolitique, économique et politique explosive, l’attentat du 28 juin 1914 ne fut que l’étincelle qui mit le feu aux poudres.

    Dès l’attentat connu, l’Autriche-Hongrie suspecta immédiatement la Serbie, alliée de la Russie, d’en être à l’origine.Quelques jours après – le 5 juillet – l’Allemagne commença à jeter de l’huile sur le feu, en assurant l’Autriche-Hongrie de son soutien contre la Serbie.

    C’est alors que s’enclencha l’engrenage fatal. Les exigences de vengeance de l’Autriche-Hongrie (fortement encouragée par l’Allemagne) à l’encontre du Royaume de Serbie provoquèrent une réaction en chaîne, avec l’activation d’une série d’alliances qui entraînèrent les puissances européennes dans la guerre.

    Le 23 juillet, la Cour de Vienne, appuyée par celle de Berlin, lança un ultimatum en dix points au gouvernement de Serbie, avec une date limite de réponse fixée pour 5 jours après, le 28 juillet.
    Le lendemain, 24 juillet, la Russie ordonna la mobilisation générale pour les régions militaires d’Odessa, Kiev, Kazan et Moscou, ainsi que pour les flottes de la Baltique et de la mer Noire.
    Le 25 juillet, la Serbie décréta à son tour la mobilisation générale, mais déclara accepter tous les termes de l’ultimatum autrichien, à une seule exception près : elle refusa l’envoi d’enquêteurs autrichiens en Serbie, jugeant cette demande offensante au regard de la souveraineté serbe.
    Le 26 juillet, l’Autriche rompit ses relations diplomatiques avec la Serbie et ordonna une mobilisation partielle contre elle.
    Le 28 juillet, jour de l’expiration de son ultimatum, l’Autriche-Hongrie déclara la guerre à la Serbie. L’Italie déclara sa neutralité.
    Pour faire baisser la tension, le gouvernement français ordonna à son armée de retirer toutes ses troupes à 10 km en-deçà de la frontière allemande (l’Alsace-Moselle étant alors allemande), ce qui devait se révéler une décision tactique très dommageable lorsque la guerre éclata quelques jours après.

    Le 29 juillet, cédant à son entourage, le tsar Nicolas II déclara unilatéralement la mobilisation partielle contre l’Autriche-Hongrie. En agissant de la sorte, sans respecter la concertation prévue par les accords militaires franco-russes, la Russie prenait à la fois le risque du déclenchement de la guerre mais aussi celui d’y entraîner la France contre son gré.
    Le 30 juillet, la Russie ordonna la mobilisation générale contre l’Allemagne.
    Le 31 juillet, l’Allemagne proclama « l’état de danger de guerre ». Le Kaiser Guillaume II demanda à son cousin le tsar Nicolas II de suspendre la mobilisation générale russe, puis adressa un ultimatum exigeant l’arrêt de sa mobilisation et l’engagement de ne pas soutenir la Serbie.
    Parallèlement, l’Allemagne adressa un autre ultimatum à la France, lui demandant de ne pas soutenir la Russie si cette dernière venait à prendre la défense de la Serbie.

    En France, le socialiste Jean Jaurès – qui ne cessait de militer auprès des Français et des pouvoirs publics pour que cet engrenage fatal soit enrayé -, faut assassiné à Paris par Raoul Villain au café du Croissant situé près des Grands Boulevards.

    Jean Jaurès ( 3 septembre 1859 – 31 juillet 1914).

    Issu de la bourgeoisie et agrégé de philosophie, il débuta sa carrière politique comme député républicain et adhéra aux idées socialistes après la grande grève des mineurs de Carmaux. Ayant pris position en faveur du capitaine Dreyfus pendant la célèbre Affaire Dreyfus, il fut l’un des rédacteurs de la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905 et participa la même année à la création de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). Ses positions réformistes lui valurent l’opposition d’une partie de la gauche révolutionnaire. Il consacra les dernières années de sa vie à empêcher, en vain, le déclenchement de la Première Guerre mondiale et fut assassiné par Raoul Villain à la veille du début du conflit. Cet événement entraîna paradoxalement le ralliement de la gauche à l’« Union sacrée » en faveur de la guerre.

    Plaque commémorative de l’assassinat de Jean Jaurès au Café du Croissant.Ce café existe toujours : il est situé au 146 rue Montmartre, à l’angle de la rue du Croissant, dans le 2e arrondissement de Paris.

    Le 1er août, à la suite de la réponse négative russe, l’Allemagne mobilisa et déclara la guerre à la Russie.
    En France, le gouvernement décréta la mobilisation générale le même jour, à 16h00.

    Le 2 août, l’Allemagne envahit le Luxembourg, un pays neutre et adressa un ultimatum à la Belgique, elle aussi neutre, pour réclamer le libre passage de ses troupes. Au même moment, l’Allemagne et l’Empire ottoman signèrent une alliance contre la Russie.
    Le 3 août, la Belgique rejeta l’ultimatum allemand.
    L’Allemagne adressa un ultimatum au gouvernement français, exigeant la neutralité de la France qui en outre devrait abandonner trois places fortes dont Verdun.

    Le gouvernement français répondit : « la France agira conformément à ses intérêts ».

    L’Allemagne déclara alors la guerre à la France, puis à la Belgique.

    Le 4 août, le Royaume-Uni déclara garantir la neutralité belge, et réclama que les armées allemandes, qui venaient de pénétrer en Belgique, soient immédiatement retirées.
    Ne recevant aucune réponse de Berlin, le Royaume-Uni déclara la guerre à l’Allemagne.

    Seule l’Italie, membre de la Triplice qui la liait à l’Allemagne et à l’Autriche, se réserva la possibilité d’intervenir plus tard suivant les circonstances.

    Le 6 août, l’Autriche-Hongrie déclara la guerre à la Russie aux côtés de l’Allemagne.
    Le 11 août, la France déclara la guerre à l’Autriche-Hongrie.
    Le 13 août, le Royaume-Uni déclara la guerre à l’Autriche-Hongrie.
    Comme le Royaume-Uni, la France, la Belgique et l’Allemagne possédaient des colonies, l’affrontement prit alors en effet la dimension d’une « Guerre mondiale » : faisant partie du Commonwealth britannique, le Canada, l’Australie, l’Inde, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud entrèrent automatiquement en guerre contre l’Allemagne, de même que les colonies françaises et belges en Afrique.

    Le 23 août, le Japon déclara la guerre à l’Allemagne.
    Le 1er novembre, l’Empire ottoman s’allia aux empire centraux : l’Autriche-Hongrie et le Reich allemand.
    LES SUITES DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

    La Première Guerre mondiale allait causer 9 millions de morts, 20 millions de blessés, des destructions considérables, et l’effondrement de 4 empires plurinationaux :

    l’Empire russe,
    l’Empire austro-hongrois,
    l’Empire allemand,
    et l’Empire ottoman.
    La Première Guerre mondiale allait ainsi provoquer un changement décisif dans la répartition planétaire des pouvoirs : l’Europe perdait sa suprématie mondiale au profit des États-Unis, en pleine ascension, qui allaient dominer la planète dès après 1918, et a fortiori après 1945.

    Ce qu’il importe de bien comprendre, c’est que cette désintégration des 4 empires qui régnaient sur l’Europe en 1914 apparut aux contemporains comme la conséquence logique et souhaitable du conflit. Car, à leurs yeux, la Première Guerre mondiale avait résulté de l’existence de ces constructions politiques supranationales qui constituaient des prisons des peuples, autoritaires ou dictatoriales, adeptes des coups de force (annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Empire allemand, de la Bosnie-Herzégovine par l’Empire austro-hongrois), et refusant l’émancipation des peuples sous tutelle.

    C’est d’ailleurs cette perception très vive des origines du conflit – et donc des moyens d’empêcher le retour d’une guerre mondiale – qui fut à la base des fameux « quatorze points de Wilson », nom donné au programme du président des États-Unis Woodrow Wilson pour mettre fin à la Première Guerre mondiale et reconstruire l’Europe.

    Ces « quatorze points de Wilson » furent présentés, à l’opinion publique américaine et mondiale, dans un discours retentissant le 8 janvier 1918 devant le Congrès des États-Unis.

    8 janvier 1918 : le président des États-Unis Woodrow Wilson énonce ses « quatorze points » pour mettre fin à la Première Guerre mondiale et reconstruire l’Europe.

    Parmi les points les plus importants figuraient :

    le droit à l’auto-détermination des peuples emprisonnés dans les constructions politiques supranationales,
    la restitution des souverainetés sur les terres occupées à la suite de victoires militaires, comme l’Alsace-Lorraine pour la France,
    l’interdiction de la diplomatie secrète,
    le désarmement,
    le libre accès à la mer,
    le libre-échange (abolition des droits de douane, ouverture des marchés de capitaux et de marchandises).
    Ce programme, qui avait été élaboré par Washington sans consultation préalable des dirigeants européens, annonçait le démantèlement des empires, l’apparition de nouveaux États dont le tracé recouvrait les nationalités (la Yougoslavie, la Pologne, la Tchécoslovaquie, l’Autriche, la Hongrie…), et la création de la Société des Nations.

    Cependant, l’application du principe de l’auto-détermination fut refusée par Wilson aux peuples vaincus, et tout spécialement aux Allemands : les frontières de la nouvelle Allemagne – la République de Weimar – n’inclurent ni les populations allemandes en Autriche-Hongrie (d’où la création de l’Autriche, dont le premier intitulé était Deutschösterreich soit Autriche allemande) ni celles vivant en Bohême (les Allemands des Sudètes furent intégrés dans la nouvelle Tchécoslovaquie), ni celles vivant dans le « corridor de Dantzig », qui permettait à la Pologne d’accéder librement à la mer, mais qui coupait la République de Weimar (Allemagne) en deux.

    Ce « 2 poids – 2 mesures » entre les peuples vainqueurs et les peuples vaincus allait entacher gravement la légitimité de l’ensemble de ce redécoupage de la carte de l’Europe et allaient conduire directement à la Deuxième Guerre mondiale. C’est ce que prédit l’historien français royaliste Jacques Bainville dès 1920, avec un sens de l’analyse prospective réellement prophétique, dans son ouvrage resté célèbre Les Conséquences politiques de la Paix.

    Il souligna que le Traité de Versailles de 1919, les compensations très importantes demandées à l’Allemagne, et le double-standard des « quatorze points de Wilson » humiliait l’Allemagne et la pousserait fatalement à la revanche dans un avenir proche. Avec 15 ans d’avance, il décrivit de façon stupéfiante l’apparition d’une Allemagne revancharde et tout le processus de déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, à savoir l’Anschluss (annexion de l’Autriche par le IIIe Reich), la crise des Sudètes avec la Tchécoslovaquie et le pacte germano-soviétique contre la Pologne.

    QUELLE LEÇON DOIT-ON TIRER DE CES ÉVÉNEMENTS 100 ANS APRÈS ?

    La propagande européiste nous assure continuellement que la prétendue « construction européenne » nous assure la paix et nous prémunit contre le retour des deux grands conflits mondiaux qui ont ensanglanté le XXe siècle.

    Pourtant, l’analyse lucide des causes profondes de la Première Guerre mondiale nous révèle que ces causes sont de retour et que c’est justement l’Union européenne qui est en train de recréer les conditions explosives d’un nouveau conflit planétaire.

    Reprenons-les en effet l’une après l’autre :

    1°) les disparités de croissance économique et démographique,
    De nos jours :

    – des disparités criantes de croissance démographique opposent l’Europe d’un côté, le sud de la Méditerranée de l’autre.

    – des disparités criantes de croissance économique opposent l’Europe occidentale d’un côté, la Russie et l’Asie de l’autre.

    2°) les rivalités coloniales des puissances européennes,
    De nos jours, ces rivalités coloniales visent comme jadis à ce constituer des marchés captifs et des sources d’approvisionnement en matières premières. Au premier rang desquels les ressources énergétiques en hydrocarbures.

    Si, dans les années 1900- 1913, ces rivalités avaient pour nom « Crise du Maroc », « Crise d’Agadir », « Bagdadbahn », elles ont aujourd’hui pour nom « Guerre en Irak », « Guerre en Syrie », « Indépendance du Sud-Soudan », « Entrée de l’Ukraine dans l’UE », etc.

    3°) des États supranationaux en déliquescence
    De nos jours, les constructions politiques plurinationales qui nient l’existence politique des peuples ne s’appellent plus Empire austro-hongrois, Empire russe ni Empire ottoman.

    Elles s’appellent :

    les États-Unis d’Amérique – qui, quoi que n’étant pas eux-mêmes un État supranational, entendent néanmoins imposer son hégémonie à la planète entière, en procédant pour cela à la destruction des Nations et au regroupement de force des peuples dans des entités supranationales
    l’Union européenne, qui veut imposer un État continent à une trentaine de peuples européens qui n’en veulent pas.
    4°) des systèmes d’alliances concurrents prétendument mis sur pied « pour garantir la paix ».

    4.1.) l’OTAN
    Je rappelle que la Triple Alliance, composée de la France, du Royaume-Uni et de la Russie, s’était créée pour… assurer la paix face aux empires centraux.De nos jours, c’est l’OTAN qui a remplacé en quelque sorte la Triple Alliance. Il s’agit théoriquement d’assurer la paix face… à la Russie et au « terrorisme jihadiste ». Dans notre imaginaire collectif, la Russie et le monde musulman occupent désormais la place des Empires allemand, austro-hongrois, et ottoman de nos aïeux de 1914.

    4.2.) l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC)

    Créée en 1992, c’ est une organisation à vocation politico-militaire regroupant la Russie, la Biélorussie, l’Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, et le Tadjikistan. Elle a vocation à assurer la paix… face à l’OTAN

    4.3.) l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) (aussi appelée OCS pour « Organisation de Coopération de Shanghaï »)

    Créée à Shanghai en juin 2001, l’OTSC (ou OCS) regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Elle compte également 5 « États observateurs (l’Afghanistan, l’Inde, l’Iran, la Mongolie et le Pakistan) et 3 États « partenaires de discussion » (la Biélorussie, le Sri Lanka et la Turquie).Là aussi, cette organisation de sécurité collective vise à… assurer la paix en contrecarrant la volonté euro-atlantiste d’hégémonie mondiale.

    CONCLUSION : DE LA « GRANDE GUERRE POUR LA CIVILISATION » DE 1914 AU « CHOC DES CIVILISATIONS » DE 2014

    Les tenants de la prétendue « construction européenne » ne voient pas, ne comprennent pas, qu’ils ont fait renaître exactement les mêmes causes que celles qui avaient déclenché la Première Guerre mondiale.

    Tout y est ou presque.

    Il suffit simplement de comprendre que le « monde orthodoxe » et le « monde musulman » occupent désormais la place de « l’ennemi de la civilisation » qui était celle dévolue aux « empires centraux » allemand, austro-hongrois, et ottoman d’il y a 100 ans.

    Du reste, les forces euro-atlantistes parlent, à la suite de Samuel Huntington, de « Choc des civilisations » pour justifier leur posture belliciste actuelle vis-à-vis du monde « monde orthodoxe » et du « monde musulman ». Exactement comme les dirigeants européens qui conduisirent 9 millions d’êtres humains à la boucherie le firent, il y a cent ans, en invoquant la « Grande Guerre pour la Civilisation ».

    Le Choc des Civilisations et le réfection de l’ordre mondial. Cet essai, publié par l’Américain Samuel Huntington en 1996, constitue l’un des principaux supports théoriques aux tenants de l’ordre euro-atlantiste.

    On notera d’ailleurs pour conclure que les principaux « Points de Wilson » jugés nécessaires en 1918 pour établir une paix mondiale apparaissent de façon fascinante, en 2014, comme toujours d’actualité si l’on veut établir la paix dans le monde :

    En effet :

    le droit à l’auto-détermination des peuples emprisonnés dans les constructions politiques supranationales – qui avait été mis en œuvre en 1918 – a désormais pour signification, en 2014 : le démantèlement de l’Union européenne et de l’euro
    la restitution des souverainetés sur les terres occupées à la suite de victoires militaires – qui avait été mis en œuvre en 1918 – a désormais pour signification, en 2014 : l’évacuation des troupes de l’OTAN de tous les théâtres militaires où elles sont intervenues illégalement : l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie,…
    l’interdiction de la diplomatie secrète – qui avait été édictée en 1918 – a désormais pour signification, en 2014 : la fin des manœuvres de déstabilisation de régimes souverains comme en Syrie, au Venezuela ou en Ukraine et le respect de l’article 2 de la Charte des Nations-Unies qui interdit toute ingérence étrangère,
    le désarmement – qui avait été lancé en 1918 – a désormais pour signification, en 2014 : la cessation de la course aux armements, provoquéE par les États-Unis d’Amérique depuis des décennies, lesquels dépensent à eux seuls à peu près autant dans le domaine militaire que tous les autres pays du monde réunis.
    Ainsi donc, la preuve est une nouvelle fois faite que, comme le dit le dicton, « L’Histoire ne se répète jamais mais elle bégaie tout le temps. »

    François ASSELINEAU


  • Pierre Conesa : « L’Arabie Saoudite a une diplomatie à deux facettes »

    France 24 Mobile – L’actualité internationale 24h/24

    L’ENTRETIEN
    Une personnalité française ou internationale, issue de l’univers économique, culturel, politique ou diplomatique, nous livre son regard sur l’actualité. Le samedi à 7h45.

    Pierre Conesa : « L’Arabie saoudite a une diplomatie à deux facettes »
    Dernière modification : 03/12/2016
    Par Armelle CHARRIER

    http://m.france24.com/fr/20161205-entretien-pierre-conesa-arabie-saoudite-jihad-salafisme-petrole

    La relation pleine de contradictions entre l’Arabie saoudite et les pays occidentaux continue de nourrir de vifs débats. Le royaume n’a jamais cessé de promouvoir un islam conquérant, celui du salafisme. Premier producteur de pétrole, il est aussi un partenaire indispensable à l’Occident. Pierre Conesa, auteur de « Dr Saoud et Mr Djihad, la diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite » (Ed. Laffont) décrypte le phénomène saoudien.


  • Agora Vox
    http://mobile.agoravox.tv/tribune-libre/article/pierre-conesa-c-est-nous-qui-avons-51551
    Samedi 14 novembre 2015 - par Zatara

    Pierre Conesa : “C’est nous qui avons déclaré la guerre !”

    Pierre Conesa est ancien haut fonctionnaire du Ministère de la Défense (France).

    Spécialiste des questions stratégiques internationales et en particulier militaires. Pierre Conesa est un praticien des relations internationales et stratégiques qu’il a pratiqué pendant une vingtaine d’années au ministère de la Défense dans différents services (autres qu’administratifs). Il a été à la création de la Délégation aux Affaires stratégiques comme sous directeur Questions régionales puis comme Adjoint au Directeur. Il a été rédacteur du Premier plan stratégique de soutien aux exportations d’armements, Adjoint au Directeur des Relations internationales de la Délégation Générale à l’Armement chargé de la politique d’exportations, puis chargé auprès du CEMA d’un rapport sur le Renseignement d’Intérêt militaire. Il a conçu le Campus de Défense de l’Ecole militaire. Il a dirigé pendant les huit dernières années un important cabinet d’Intelligence économique.

    Il est par ailleurs maître de conférences à Sciences Po et à l’ENA. Il est également consultant pour France 24, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica.

    https://m.youtube.com/watch?v=EeAAmVJHi6g


  • Hommage à tous ceux qui sont morts pour la vie

    Ce que l’on sait de l’attentat du Nouvel An dans un club d’Istanbul
    Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 01.01.2017 

    Devant le Reina au lendemain de l’attaque qui a causé la mort à au moins 39 personnes. | YASIN AKGUL / AFP
    La sécurité était au cœur des préoccupations à l’occasion des célébrations du Nouvel An. Elles ont finalement été endeuillées par un attentat meurtrier qui a frappé une boîte de nuit très fréquentée d’Istanbul, en Turquie. Le point sur ce que l’on sait de cet attentat.

    Lire aussi : Réveillon tragique à Istanbul, où une boîte de nuit a été attaquée

    L’ATTAQUE
    A 1 h 15, dimanche 1er janvier, un assaillant armé d’un fusil d’assaut surgit devant la boîte de nuit Reina, au cœur de la ville, et ouvre le feu sur les personnes qui se trouvent devant l’entrée, selon le gouverneur de la ville, Vasip Sahin. « D’une façon sauvage et impitoyable, il a mitraillé des personnes qui étaient simplement venues célébrer le Nouvel An », a-t-il déploré.

    Après être entré dans la discothèque, l’assaillant tire au hasard sur la foule. Selon la chaîne d’information NTV, plusieurs personnes ont plongé dans le Bosphore pour échapper aux coups de feu.

    Dans un communiqué publié dimanche matin, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a dénoncé une attaque visant à « semer le chaos » en Turquie : « Ils œuvrent pour détruire le moral du pays et semer le chaos en ciblant des civils avec de telles attaques haineuses. »


    Les forces de sécurité et les secours devant le club Reina à Istanbul, après l’attaque du 1er janvier. | YASIN AKGUL / AFP
    LES VICTIMES
    Selon le ministre de l’intérieur turc, Süleyman Soylu, l’assaillant a tué au moins 39 personnes, dont 15 étrangers, et fait 65 blessés, dont trois sont dans un état grave. Dans la matinée, 21 corps avaient été identifiés.

    Parmi les victimes figure au moins une Française. « C’est avec une immense tristesse que je confirme le décès d’une ressortissante française, également de nationalité tunisienne, a indiqué le ministre des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault. Son époux, de nationalité tunisienne, est également décédé. » Trois autres Français ont été blessés. Le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête.

    La ministre de la famille turque, Fatma Betül Sayan Kaya, a affirmé à l’agence progouvernementale Anadolu que des ressortissants de l’Arabie saoudite, du Maroc, du Liban et de Libye figuraient parmi les morts, sans donner de chiffre exact. La Jordanie et la Tunisie ont respectivement fait état de trois et deux de leurs ressortissants tués.

    La Belgique a annoncé que l’une des victimes était belgo-turque. Le porte-parole du ministère des affaires étrangères israélien a lui confirmé la mort d’une Israélienne de 19 ans. Une autre Israélienne a été blessée dans l’attaque.

    L’ASSAILLANT
    Le ministre de l’intérieur, Süleyman Soylu, a déclaré que « le terroriste » était toujours recherché par la police, semblant indiquer qu’il n’y avait qu’un seul assaillant. « Une chasse à l’homme est en cours, a-t-il précisé dimanche matin. La police a lancé des opérations. Nous espérons que l’assaillant sera rapidement capturé. »

    Des témoins, cités par l’agence de presse Dogan, ont rapporté avoir entendu le tueur s’exprimer en arabe, mais cela n’a pas été confirmé par les autorités. Le premier ministre turc, Binali Yildirim, a également démenti des témoignages selon lesquels l’assaillant aurait été déguisé en Père Noël.

    LE LIEU
    Le Reina est un haut lieu de la vie nocturne à Istanbul, prisé de la jeunesse branchée, des célébrités et des touristes étrangers. Selon l’agence Dogan, le club accueillait au moins 700 personnes le soir du réveillon.

    Situé à Ortaköy, un quartier du district de Besiktas, sur la rive occidentale d’Istanbul, le Reina est à quelques centaines de mètres de l’endroit où avaient eu lieu les célébrations officielles du Nouvel An, au bord du Bosphore.

    Lire aussi : Attentat en Turquie : le club Reina, haut lieu de la vie nocturne à Istanbul

    LE CONTEXTE
    L’attaque n’a pas encore été revendiquée, mais la Turquie a été la cible de nombreux attentats attribués au groupe djihadiste Etat islamique (EI) ou liés à la rébellion séparatiste du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Après une année 2016 sanglante, les autorités turques étaient pourtant sur leurs gardes en ce jour de réveillon, et 17 000 policiers avaient été déployés dans Istanbul.

    Membre de la coalition internationale qui combat l’EI en Syrie et en Irak, la Turquie a déclenché en août une offensive dans le nord de la Syrie pour repousser les djihadistes vers le Sud, mais aussi les milices kurdes syriennes. Des rebelles syriens soutenus par l’armée turque assiègent depuis plusieurs semaines la ville d’Al-Bab, un fief de l’EI dans le nord de la Syrie. En réaction à ces opérations militaires, l’EI a à plusieurs reprises menacé d’attentats la Turquie, devenue une des principales cibles des djihadistes.

    Lire aussi : Terrorisme : en Turquie, l’année 2016 aura été particulièrement meurtrière


  • Quand la diplomatie reprend ses droits

    http://mobile.lemonde.fr/syrie/article/2016/12/29/syrie-damas-moscou-ankara-et-l-opposition-annoncent-un-accord-de-cessez-le-feu_5055330_1618247.html?xtref=android-app://com.google.android.googlequicksearchbox

    Syrie : Damas, Moscou, Ankara et l’opposition annoncent un accord de cessez-le-feu
    Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 29.12.2016

    Alep, en Syrie, le 17 décembre 2016. | OMAR SANADIKI / REUTERS
    Le régime syrien, une partie de l’opposition, la Russie et la Turquie ont annoncé un accord de cessez-le-feu en Syrie, jeudi 29 décembre. Les différentes parties se sont mises d’accord pour « un arrêt total des opérations militaires »dans tout le pays à partir de jeudi à minuit. « Un événement s’est passé il y a quelques heures. Non seulement nous l’avons attendu depuis longtemps, mais nous avons aussi beaucoup travaillé pour nous en approcher », a déclaré le président russe, Vladimir Poutine.

    Dans la nuit, quelques accrochages isolés ont été signalés dans la province de Hama (nord). « Le cessez-le-feu est respecté dans la plupart des régions de Syrie [...] mais des factions islamistes ont attaqué des positions du régime près de la ville chrétienne de Mahrada », a précisé à l’AFP Abdel Rahman, chef de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Selon lui, « des petits groupes rebelles et des forces loyalistes cherchent à détruire la trêve ».

    Dans un communiqué, l’armée syrienne a précisé que l’accord de cessez-le-feu ne concernait ni l’Etat islamique (EI) ni le Front Fatah Al-Cham (anciennement Front Al-Nosra, émanation d’Al-Qaida) ni les groupes qui leur sont liés. Ankara et Moscou seront les garants de cette trêve.

    De son côté, la Coalition nationale syrienne (CNS), la principale formation de l’opposition en exil, a également apporté son soutien au cessez-le-feu, selon son porte-parole Ahmad Ramadan :

    « La coalition nationale apporte son soutien à l’accord, et appelle toutes les parties à s’y soumettre. »
    Le ministre de la défense russe, Sergueï Choïgou, a précisé que des groupes représentant 62 000 rebelles armés avaient signé l’accord. « Ce sont les forces principales de l’opposition armée », a-t-il assuré.

    Lire aussi : La Russie et la Turquie tentent d’imposer un improbable cessez-le-feu en Syrie

    SOUTIEN D’UNE PARTIE DE L’OPPOSITION
    En annonçant cet accord de cessez-le-feu, Vladimir Poutine a également annoncé le lancement des négociations internationales de paix avec la Turquie et l’Iran. « Trois documents ont été signés, a-t-il précisé. Le premier est entre le gouvernement syrien et l’opposition armée sur le cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire syrien. » Le deuxième porte sur la mise en place de mesures visant à contrôler le respect de la trêve.

    « Le troisième document est une déclaration de la volonté [des parties en conflit] de lancer des négociations de paix sur le règlement syrien », a ajouté le président russe.

    Vladimir Poutine a par ailleurs annoncé une « réduction » de la présence militaire russe en Syrie, où l’armée mène une campagne de frappes aériennes en soutien au régime de Damas depuis septembre 2015. « Je suis d’accord avec la proposition du ministère de la défense sur une réduction de notre présence militaire en Syrie », a fait savoir M. Poutine. Mais « nous allons absolument poursuivre la lutte contre le terrorisme international », a-t-il précisé.

    WASHINGTON ET L’ONU SALUENT
    L’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a salué cet accord de cessez-le-feu et a exprimé l’espoir qu’il « sauvera des vies de civils et facilitera l’acheminement de l’aidehumanitaire en Syrie ». En outre, il dit espérerque cet accord permettra d’avoir « des entretiens productifs à Astana », la capitale du Kazakhstan, où la Russie compte organiserprochainement des pourparlers sur la Syrie hors du cadre de l’ONU. Enfin, M. de Mistura estime que ces « développements vont contribuer à la mise en place de négociations intra-syriennes productives et inclusives sous l’égide de l’ONU » et prévues à Genève le 8 février prochain.

    De leur côté, les Etats-Unis ont prudemment salué l’annonce de Vladimir Poutine par la voix de Mark Toner, le porte-parole de la diplomatie américaine. « Les informations relatives à un cessez-le-feu dans la guerre civile en Syrie représentent une évolution positive (...). Tout effort pour arrêter la violence, épargner des vies et créer les conditions pour une reprise de négociations politiques constructives est le bienvenu », a-t-il réagi.


  • Bonne année à tous. Que l’année 2017 soit l’année de la diplomatie et de toute les réconciliations.

    Je me joins à l’analyse de Jean Bricmont sur la guerre en Syrie. Jean Bricmont que j’ai découvert grâce à l’excellente émission CSOJ qui n’existe plus malheureusement.
    N Robin

    Par Jean Bricmont
    Lettre ouverte aux « défenseurs des droits de l’homme » à propos d’Alep
    29 déc. 2016
    © Khalil Ashawi Source : Reuters

    https://francais.rt.com/opinions/31480-lettre-ouverte-defenseurs-droits-homme-alep

    Docteur en sciences et essayiste belge, Jean Bricmont est professeur à l’Université catholique de Louvain. Il est auteur et co-auteur de plusieurs ouvrages dont La république des censeurs, Impostures intellectuelles (avec Alan Sokal).

    Lettre ouverte aux « défenseurs des droits de l’homme » à propos d’Alep

    29 déc. 2016

    © Khalil Ashawi Source : Reuters

    Alep, Syrie, décembre 2016

    Des « tartuffes », des « hypocrites », des « salauds »... L’essayiste belge Jean Bricmont ne mâche pas ses mots, en s’indignant des intérêts réels de ceux qui prétendent défendre les droits de l’homme en Syrie.

    Tout d’abord, ceci n’est pas une attaque contre les droits de l’homme, comme idéal à atteindre, et le titre complet de l’article devrait être : « Lettre ouverte à ceux qui invoquent sélectivement les droits de l’homme pour justifier la politique d’ingérence des puissances occidentales dans les affaires intérieures des autres pays. »

    En effet, la seule question qui mérite d’être discutée à propos de l’affaire syrienne, ce n’est pas la situation sur le terrain (qui est sans doute compliquée), mais la légitimité de la politique d’ingérence des États-Unis et de leurs « alliés », c’est-à-dire des Européens, de la Turquie et des États du Golfe, dans ce pays.

    Le principe de non ingérence rend illégal tout ce que font les États-Unis un peu partout dans le monde

    Depuis des décennies, l’idée de base du droit international, à savoir l’égale souveraineté des États et la non ingérence d’un État dans les affaires intérieures d’un autre a été systématiquement battue en brèche, au point d’être pratiquement oubliée, par les partisans du « droit d’ingérence humanitaire » (voir « Massacres à Alep : lettre à un camarade qui s’obstine à justifier l’injustifiable » de Julien Salingue, qui ne mentionne nulle part le droit international, comme exemple frappant de cet oubli dans la « gauche radicale ». Salingue reproche en fait aux Occidentaux de ne pas avoir fourni plus d’armes aux rebelles c’est-à-dire de ne pas avoir violé ce droit plus encore qu’ils ne l’ont fait).

    Le principe de non ingérence rend illégal tout ce que font les États-Unis un peu partout dans le monde : pas seulement les invasions « préventives », mais aussi les achats d’élections, les armements de rebelles, ou les sanctions et embargos unilatéraux.

    Il faut peut-être rappeler les raisons sur lesquelles se fondent les principes du droit international. Tout d’abord, Il y a la leçon tirée de la Seconde Guerre mondiale. C’est l’usage par l’Allemagne de la politique des minorités en Tchécoslovaquie et en Pologne qui a été à l’origine de la guerre, politique qui a encore été amplifiée lors de l’invasion de l’Union soviétique. Cette politique a eu, à la fin de la guerre, des conséquences catastrophiques pour les minorités qui avait été utilisées par les Allemands.

    C’est en partie pour cela que les vainqueurs, qui ont rédigé la charte de l’ONU, ont voulu « protéger l’humanité du fléau de la guerre » en rendant illégale la politique d’ingérence.

    La politique de non ingérence a encore été renforcée par la décolonisation des années 1950 – 1970. La dernière chose que les pays issus de cette décolonisation souhaitaient, c’était que les anciennes puissances coloniales s’ingèrent dans leurs affaires intérieures.

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    L’ingérence ne peut évidemment se faire que des pays forts à l’égard des pays faibles ; c’est donc une légitimation de la force brute

    C’est pourquoi le rejet de la politique d’ingérence fait la quasi unanimité des pays du Sud. On lit, par exemple, dans la résolution adoptée lors du sommet des pays non alignés, à Kuala Lumpur en février 2003, peu avant l’invasion de l’Irak, que : « Les chefs d’Etats ou de gouvernement réaffirment l’engagement du mouvement pour renforcer la coopération internationale afin de résoudre les problèmes internationaux ayant un caractère humanitaire en respectant pleinement la charte des Nations unies et, à cet égard, ils réitèrent le rejet par le mouvement des pays non-alignés du soi-disant « droit » d’intervention humanitaire qui n’a aucune base dans la charte des Nations unies ou dans le droit international. »

    Par ailleurs, l’ingérence ne peut évidemment se faire que des pays forts à l’égard des pays faibles ; c’est donc une légitimation de la force brute.

    Cependant, tous les États forts ne sont pas égaux entre eux. Imaginons un instant que la politique d’ingérence soit admise comme nouveau principe du droit international. Que se passerait-il si la Russie entendait renverser le gouvernement saoudien à cause des « violations des droits de l’homme » dans ce pays ? Ou si la Chine décidait d’envoyer des troupes en Israël pour y « protéger les Palestiniens » ? On aboutirait rapidement à une guerre mondiale.

    Pour comprendre le caractère « inacceptable » de la politique d’ingérence quand il est appliqué à des pays puissants, il suffit de penser aux cris d’orfraie que pousse l’establishment américain suite au soi-disant piratage par les Russes de certains emails rendus publics par Wikileaks. Notons au passage que la réalité de ce piratage reste à prouver et que, même s’il l’était, l’authenticité des emails n’est pas contestée, ce qui signifie que ce piratage aurait simplement permis d’informer le public américain de certaines manoeuvres de leurs dirigeants, ce qui est une peccadille comparé aux interventions américaines en Amérique latine, au Moyen-Orient ou en Indochine.

    Les conséquences de la politique d’ingérence sont multiples et catastrophiques. Il y a évidemment les millions de morts dus aux guerres américaines (l’étude suivante arrive à un total de 1,3 million de victimes, rien que pour la « guerre à la terreur »). Mais il ne faut pas s’imaginer que les pays victimes d’ingérence ne vont pas réagir, ne vont pas établir les alliances, et ne vont pas tenter de se défendre en se durcissant sur le plan interne. Quand les États-Unis sont attaqués le 11 septembre 2001, ils prennent des mesures de sécurité et de surveillance sans précédent et surtout, ils se lancent dans l’invasion de deux pays. Comment imaginer que la Syrie, l’Iran, Cuba, la Russie ou la Chine ne vont pas prendre des mesures répressives pour se protéger de la subversion ? On entre ainsi dans une logique de guerre sans fin. En effet, après être intervenu en Ukraine et en Syrie, les Occidentaux entrent en conflit avec la Russie et la Chine à cause des mesures que ces pays prennent face à ces interventions. Loin d’être une source de paix, le Conseil de sécurité de l’ONU devient, à cause de la politique d’ingérence, le lieu de toutes les acrimonies.

    La politique d’ingérence, à travers l’armement des rebelles, n’a fait que prolonger les souffrances de la population de ce malheureux pays qui est la Syrie

    Dans le cas de la Syrie, si, comme il le semble, l’insurrection finit par être vaincue, on ne pourra que constater que la politique d’ingérence, à travers l’armement des rebelles, n’a fait que prolonger les souffrances de la population de ce malheureux pays. Les « défenseurs des droits de l’homme » qui ont appuyé cette politique d’ingérence, portent une lourde responsabilité dans cette tragédie.

    Bien que les droits de l’homme soient une idée libérale et que le libéralisme s’oppose en principe au fanatisme, les « défenseurs des droits de l’homme » actuels sombrent souvent dans le fanatisme : on nous met en garde contre une influence russe en Europe parfaitement imaginaire (comparons un instant l’influence commerciale, culturelle, intellectuelle, diplomatique des États-Unis et de la Russie en Europe) et on nous incite à ne pas consulter les « médias du Kremlin ». Dans toute guerre, et le soutien aux insurgés en Syrie est une guerre, la première victime est la vérité. N’importe quel esprit vraiment libéral irait consulter la « propagande » de l’autre camp, sans nécessairement la croire sur parole, mais afin de contre-balancer celle à laquelle il est constamment soumis.

    Sans même écouter la « propagande russe », qui va s’intéresser à l’étude : « Possible Implications of Faulty US Technical Intelligence in the Damascus Nerve Agent Attack of August 21, 2013 » ? Cette étude, réalisée par un ancien inspecteur de l’ONU, Richard Lloyd et un Professeur de Science, Technologie et Sécurité nationale du MIT, Theodore A. Postol, montre que l’attaque au gaz près de Damas en août 2013, qui a failli provoquer une attaque en règle contre la Syrie, ne pouvait pas être le fait du gouvernement syrien. On imagine mal des personnes aussi importantes mentir délibérément pour « soutenir Assad » ou être incompétentes sur des questions de physique relativement élémentaires.

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    Les « défenseurs des droits de l’homme » se demandent aussi si, après Alep, il est encore possible de discuter avec Poutine. Mais la guerre à la terreur, y compris l’invasion de l’Irak, n’a jamais empêché personne de discuter avec les Américains, malgré les centaines de milliers de morts que cette guerre a provoquées. Au contraire, après 2003, la France s’est d’avantage intégrée dans l’OTAN et a suivi les États-Unis plus fidèlement que jamais.

    De plus, les « défenseurs des droits de l’homme » européens sont dans une situation particulièrement absurde : en effet, si l’on prend, par exemple, l’affaire de l’usage des gaz en 2013, attribué au gouvernement syrien, il y avait un large accord en France pour intervenir. Mais en l’absence d’une intervention américaine, une intervention purement française s’est avérée impossible. Les « défenseurs des droits de l’homme » européens en sont réduit à implorer les Américains : « Faites la guerre, pas l’amour ! » Mais comme ceux-ci souffrent de « war fatigue » et ont élu un président en principe opposé aux interventions, il ne reste plus aux « défenseurs des droits de l’homme » européens que de faire accepter par leurs peuples des dépenses militaires gigantesques pour créer un rapport de force qui rende crédible la politique d’ingérence. Bonne chance !

    Finalement, parmi les défenseurs des droits de l’homme, il faut distinguer entre les bonnes âmes et les belles âmes.

    Les bonnes âmes mettent en garde leur « amis » contre l’idée de « soutenir » le boucher, le criminel, l’assassin de son peuple, Bachar el Assad. Mais c’est ne rien comprendre à la position anti-ingérence.

    Comme les guerres ou les ingérences actuelles sont justifiées au nom des droits de l’homme, il est évident que la propagande va se concentrer sur la dénonciation des « violations des droits de l’homme » dans les pays ciblés par l’interventionnisme

    Des Etats peuvent soutenir d’autres Etats en leur donnant des armes et de l’argent. Mais de simples individus, ou des mouvements sociaux, comme un mouvement de la paix, ne le peuvent pas. Cela n’a, par conséquent, aucun sens de dire que, lorsque des individus s’expriment, quand ils le peuvent dans notre société, c’est-à-dire de façon marginale, pour critiquer la politique d’ingérence, ils « soutiennent » telle personne ou tel régime, à moins de considérer que tous ceux qui ne souhaitent pas que la Russie intervienne en Arabie saoudite ou la Chine en Palestine « soutiennent » le régime saoudien ou la colonisation israélienne.

    Les anti-impérialistes soutiennent une autre politique étrangère pour leurs pays, ce qui est très différent.

    Dans toutes les guerres, il y a une propagande massive en faveur de celles-ci. Comme les guerres ou les ingérences actuelles sont justifiées au nom des droits de l’homme, il est évident que la propagande va se concentrer sur la dénonciation des « violations des droits de l’homme » dans les pays ciblés par l’interventionnisme.

    Par conséquent, tous ceux qui s’opposent à cette politique d’ingérence se doivent de fournir toutes les informations qui permettent de contrer cette propagande, comme par exemple l’étude sur l’usage des gaz en 2013 mentionnée plus haut, ou les témoignages discordants concernant le situation à Alep aujourd’hui. Il est remarquable de voir Julien Salingue, co-animateur du site de critique des médias Acrimed, répéter le récit dominant sur la Syrie, sans aucune distance critique. Mais si les médias mentent et déforment en ce qui concerne la France, pourquoi ne le feraient-ils pas encore bien plus lorsqu’il s’agit de pays étrangers, comme la Syrie et la Russie, où les choses sont plus difficiles à vérifier ? De nouveau, sans faire appel aux sources russes, Salingue pourrait lire, par exemple, l’avis de l’ancien ambassadeur de Grande-Bretagne en Syrie, qui contredit le récit médiatique dominant sur Alep.

    Cette critique de la propagande ne signifie nullement un « soutien » à un régime ou l’autre, au sens où ce régime serait dans l’absolu souhaitable dans un monde libéré de la politique d’ingérence.

    Les bonnes âmes veulent « sauver Alep », « ont honte de l’inaction de la communauté internationale » et veulent « faire quelque chose ». Mais faire quoi ? La seule suggestion pratique qui est avancée serait d’établir en Syrie une « no fly zone » qui empêcherait l’aviation russe d’aider l’armée syrienne. Mais cela serait une violation de plus du droit international, la Russie étant invitée en Syrie par le gouvernement légal et internationalement reconnu de ce pays pour l’aider dans le combat contre le terrorisme. La situation de la Russie en Syrie n’est pas, juridiquement parlant, différente de celle de la France lorsqu’elle a été invitée au Mali pour y combattre les islamistes (qui se trouvaient là suite à la guerre en Libye, mais passons). De plus, intervenir militairement en Syrie impliquerait soit une guerre avec la Russie, soit que ce pays accepte d’être vaincu sans combattre. Qui veut parier sur cette deuxième possibilité ?

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    Pour illustrer l’hypocrisie des bonnes âmes, comparons la situation en Syrie et au Yémen. Dans ce dernier pays, l’Arabie Saoudite commet de nombreux massacres, en violation claire du droit international. Si vous vous indignez parce qu’on ne fait rien en Syrie, pourquoi vous-même ne faites-vous rien pour le Yémen ? De plus, il y a une grande différence entre ces deux situations. Dans le cas de la Syrie, intervenir militairement risquerait d’entraîner une guerre avec la Russie. Dans le cas du Yemen, il suffirait sans doute, pour faire pression sur l’Arabie Saoudite, de suspendre les livraisons d’armes occidentales à ce pays. Bien sûr, vous êtes parfaitement conscient du fait que vous êtes incapables d’arrêter les livraisons d’armes à l’Arabie Saoudite. Mais alors, à quoi rime votre indignation concernant la Syrie ?

    Les belles âmes, par contre, sont contre toutes les guerres, toutes les violences. Elles condamnent : Assad et Poutine, bien sûr, mais aussi Obama, l’Union européenne, l’OTAN, tout le monde. Elles dénoncent, elles allument des bougies et éteignent des lumières. Elles témoignent, parce que se taire serait « être complice ».

    Elles ne se rendent pas compte que, sur le terrain, en Syrie, personne, ni gouvernement ni rebelles, ne savent qu’elles existent et, s’ils étaient au courant de leur existence, ils se moqueraient complètement de leurs indignations, condamnations, et éclairages de bougies. Pour paraphraser ce que disait Staline à propos du Vatican, les « défenseurs des droits de l’homme », combien de divisions ?

    Pour les « défenseurs des droits de l’homme », le réalisme politique et les conséquences de leurs actions n’ont aucune importance ; l’important c’est de montrer que l’on fait partie du « camp du bien »

    Ceci ne veut pas dire que les bonnes âmes et les belles âmes n’ont aucun effet. Elles en ont un, mais ici : empêcher toute politique étrangère alternative, qui serait fondée sur la diplomatie et le respect de la charte des Nations unies. Seule une telle politique pourrait favoriser la paix dans le monde, l’équilibre et d’égalité entre les nations et, en fin de compte, faire aussi réellement avancer la cause des droits d’homme. Mais la diabolisation par les « défenseurs des droits de l’homme » d’Assad et de Poutine, ainsi que de tous ceux qui voudraient ne fut-ce que parler avec eux, rend une telle alternative impossible.

    Pour les « défenseurs des droits de l’homme », le réalisme politique et les conséquences de leurs actions n’ont aucune importance ; l’important c’est de montrer que l’on fait partie du « camp du bien ». Vous vous imaginez être libres, tout en suivant fidèlement les injonctions des médias dominants qui vous indiquent, à chaque moment, la crise qui requiert votre indignation.

    Si j’avais la moindre illusion sur la lucidité que vous pouvez avoir à propos des conséquences de vos actions, je dirais que votre politique est criminelle, à cause des conséquences tragiques qu’elle a pour l’Europe et le monde ; mais comme je n’en ai aucune, je me limiterai à vous traiter de tartuffes, ou pour utiliser l’expression de Sartre, de « salauds ».

    Lire aussi : Lutte anti-propagande aux USA : l’Occident ressemble à la caricature qu’il fait de la Russie



  • lundi 26 décembre 2016 par bluerider

    Carla Ortiz : Nos médias mentent sur ALEP
    Carla Ortiz... une actrice sud-américaine de retour d’Alep...

    Avant de vous laisser lire le verbatim de son entretien sur CNN, et puisque nos journalistes "ne font pas le boulot d’aller à Alep voir ce qui s’y passe vraiment", voilà ce que nous, simples citoyens français, pouvons aussi trouver sur la toile qui ne semble pas être "biaisé" : le regard sincère de Carla Ortiz, actrice de télé-novelas boliviennes et de longs métrages en France et aux USA, naturalisée nord-américaine, puis devenue réalisatrice de documentaires militants à la faveur de son engagement pour la cause féminine face à l’intégrisme en Syrie.

    De retour de 8 mois en Syrie, elle termine la production d’un documentaire sur la tragédie d’Alep, "VOICE OF SYRIA", dont la première est prévue pour mars ou avril, et qui sera proposé aux festivals à l’été 2017. Elle témoigne en ce moment sur les principales chaines TV américaines pour lesquelles elle a déjà travaillé, dont CNN et FOX11.

    Cette démarche peut aussi s’interpréter comme une tentative de convaincre "de l’intérieur" les réseaux du pouvoir médiatique et politique américains, puisque Carla se dit apolitique et fait partie du monde du "show business", avec la particularité d’être d’origine bolivienne, ce qui explique sans doute aussi son engagement. Elle tente de faire entendre raison aux médias pro-rebelles et pro-destitution d’Assad. Nos médias le sont toujours par défaut, voire souvent de façon délibérée. Incapables de se montrer critiques face aux faits qui invalident depuis 5 ans le discours des pays OTAN et chez nous du quai d’Orsay, ils sont à leur façon complices des massacres. Carla Ortiz leur demande implicitement de cesser leurs mensonges sur Alep et sur la Syrie depuis bien avant le 15 mars 2011.

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    photo : Carla Ortiz dans une rue commercante de Damas pendant le tournage de son documentaire.

    Et nous nous joignons à elle. C’est le moment. Ecrivons à nos parlementaires, nos « journalistes », nos « faiseurs d’opinion »… Nos hommes politiques compromis dans cette aventure ignoble, misérable, honteuse, ont fait taire toutes les voix qui leur disaient de ne pas se lancer dans cette guerre en démultipliant les forces de l’hydre djihadiste née en Afghanistan puis en Yougoslavie dans les années 80. Le mariage incestueux de nos "Services" avec les mafias orientales regroupées par l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie contre Assad doit cesser. Les 22 millions de syriens le demandent aussi. Ca suffit. En France particulièrement, les vociférations anti-Assad ou anti-russes sur nos écrans sont devenues insupportables. Et Fillon n’en veut pas. Et Trump n’en veux pas non plus. Et Poutine et Assad n’en ont jamais voulu. Stop.
     
    QUE NOUS DIT CARLA ORTIZ ?

    NON pas de massacre gouvernemental à Alep. OUI 47 groupes terroristes mêlés aux rebelles et à l’armée syrienne libre qui se tirent dessus entre eux. OUI les rebelles les ont affamés et privés d’école. Ils ont violé des jeunes filles, ils tuaient ceux qui voulaient changer de quartier... NON La petite Bana n’a pas pu envoyer ses tweets depuis les quartiers en guerre car il n’y avait pas d’internet depuis plus de 2 mois, ni même d’électricité, et très peu de 3G ailleurs. (à confronter avec l’étude de Elliot Higgins sur Bellingcat, source elle-même très douteuse). NON pour les réfugiés il n’y a pas de différence entre jihadistes et rebelles ou soldats de l’ASL. OUI tous les syriens veulent la paix et revenir chez eux reconstruire leur maison. Si avec ça nos va-t-en-guerre journalistes, diplomates et politiciens confondus, ne comprennent pas...

    Carla nous rejoint en direct (transcript ici

    http://edition.cnn.com/TRANSCRIPTS/1612/21/cnr.02.html

    COSTELLO : - Bonjour.

    CARLA ORTIZ, ACTRICE ET REALISATRICE : -Bonjour, merci beaucoup de me recevoir dans votre émission.

    [09:40:02] C - Non, oh, je pense que vous avez à partager une histoire de la plus haute importance. Avant d’entrer dans les détails de ce que vous avez vu en Syrie, pouvez-vous expliquer aux américains pourquoi ils devraient se préoccuper de ce qui se passe à Alep.

    O - Vous savez, je pense que beaucoup d’entre nous se sont sentis impuissants face à la situation à Alep. Nous nous sommes sentis en colère, nous nous nous sommes sentis désespérés, mais nous devons comprendre ces comment canaliser ces sentiments dans des actions. Et nous devons comprendre que ces gens ont enduré une guerre très brutale pendant plus de 6 années, et il est vraiment temps pour nous de considérer la situation en tant qu’êtres humains, et de comprendre et aider ces gens à obtenir la paix qu’ils espèrent tant.

    photo : Carla Ortiz filme à Alep est mi-décembre l’embarquement des réfugiés dans des bus affrêtés par le gouvernement et l’armée syrienne.

    J’ai été en mesure d’être en Syrie, dans les quartiers d’Alep mais pas seulement, au cours des derniers jours où les civils ont été évacués d’un quartier de la ville vers un autre. Et nous sommes tellement en attente de nouvelles, désireux d’aider, et nous ressentons cette impuissance, que, vous savez, nous répandons des nouvelles dont certaines sont [fausses ?]... en particulier [lorsque ?] nous écoutons les gens, et nous essayons d’interroger toutes ces autres personnes [hors médias ? elle parle de son film]. Mais ce que je veux vous assurer, c’est que ce sont de vraies images de gens qui quittent Alep. Il n’y a pas eu de massacre de masse à Alep. Oui bien sûr il y a eu ces bombardements massifs. Vous… il y a, il y avait 47 groupes terroristes, plus les rebelles, plus l’armée syrienne libre. Tout le monde bombardait tout le monde. C’est pourquoi la guerre n’est jamais une bonne idée.

    C - Mais dites-nous, oui dites-nous, Carla, par exemple à quoi ressemblait la vie pour certains de ces habitants qui essayaient simplement de vivre leur vie dans des foyers sans doute hérités depuis des générations. A quoi ressemblait leur vie ?

    O - Eh bien vous parlez de l’une des plus anciennes villes au monde, qui date de plus de 4000 ans. Leurs histoires sont celles de tragédies et d’espoir. Vous ne pourriez jamais comprendre si vous ne regardez pas dans les yeux des syriens... leur message est fait d’amour, de paix et de pardon et ils veulent reconstruire leurs foyers. En fait, c’est parfois très dérangeant pour nous à l’ouest qui percevons ces dévastations d’un point de vue différent, mais ils sont absolument certains qu’ils vont reconstruire leurs maisons. Lorsque les gens traversent de l’est vers l’ouest, ce qu’ils disent c’est (message original en arabe…) "Dieu est généreux" et "merci à Dieu", et ils vous racontent comment ils mourraient de faim (1), comment ils étaient privés d’éducation, comment s’ils avaient voulu traverser vers n’importe quel autre quartier, les terroristes les auraient tués, comment les jeunes filles, les petites filles, sont exploitées pour ce jihad sacré, et victimes d’abus sexuels, et c’est vraiment allé trop loin.

    Et je peux aussi vous assurer, quand je lisais les note de préparation de tournage, à propos de ces jeunes filles qui tweetent, c’est impossible. J’ai été sur place... franchement... il n’y a pas d’internet, spécialement dans cette partie d’Alep, il n’y a pas d’électricité depuis plus de 85 jours, et très peu de gens ont la 3G ! J’étais avec des gens des Nations Unies, de la BBC et de partout dans le monde, et vous ne pouvez pas envoyer un tweet lorsque vous êtes sur la ligne de front... J’étais…

    C - Mais alors, comment Bana a-t-elle pu tweeter selon vous ?

    O - Je ne pense pas... je suis vraiment désolé d’avoir à vous dire cela mais j’étais moi-même à Alep, et je ne pense pas qu’elle était à Alep, et je comprends toutes ces choses. Je veux voir une vraie vidéo.Montrez-moi une vraie vidéo du moment où elle est exfiltrée d’Alep est, et je le croirai.Vous savez, les filles là-bas...

    C - Mais pourquoi, pourquoi aurait-elle, pourquoi aurait-elle menti sur ça, ou ne dirait-elle pas la vérité sur l’endroit où elle se trouvait ?

    O - Vous savez, il y a 47 groupes comme je vous le disais. J’ai été moi-même, une... il y a eu de nombreuses tentatives et j’ai... j’ai été kidnappée 2 fois. Et ils vous intimident, et il y a beaucoup de… je veux dire, c’est effrayant. Et il y a beaucoup de familles qui sont dans ce cas. Soit vous faites ou dites ce qu’ils vous demandent, soit vous êtes tués...On parle de gens qui n’hésitent pas à décapiter des gens, on parle de gens qui ne se comportent pas comme nous, leur structure humaine est complétement différente de la nôtre, c’est pourquoi je pense ils utilisent... ce n’est pas [de la faute à] Bana, ce n’est pas… je veux dire, elle n’est qu’une enfant. Ce que je veux vous faire comprendre, c’est que même les terroristes ont des enfants, et que ces enfants devraient avoir le choix, vous comprenez ? C’est juste écrasant ! Tout le monde meurt !

    photo : la petite Bana, libérée par l’armée syrienne, a été envoyée en Turquie où elle a été reçue par Tayib Erdogan

    C – et… et je… et je comprends pourquoi vous pourriez être sceptique parce que dans votre documentaire vous dites aussi que ceux qui sont montés dans les bus destinés à évacuer les réfugiés sont en fait des rebelles ou des terroristes eux-mêmes[ndt : le journaliste semble surpris alors que russes, syriens et turcs ont annoncé 2 jours avant les conditions de l’accord d’évacuation... bref...].

    O – Eh bien oui. Bon, en fait, vous avez… vous savez, j’ai passé environ 10 jours sur place pendant l’évacuation et j’ai observé tout ça, et les gens vous racontent leur propre histoire, ils vous disent, vous savez ce qu’ils vous disent, que ces gens sont des terroristes pour eux. Ils disent que pour eux c’est juste Daesh (2), ils ne se préoccupent pas de savoir si c’est un rebelle, si c’est un soldat de l’armée syrienne libre, ils se foutent de ce que c’est

    La chose la plus importante pour nous vous savez, comme je le disais au début, c’est comment passer maintenant à l’action pour de bon. Nos politiciens doivent à présent siéger au Congrès et aux Nations Unies en tant qu’êtres humains, vous comprenez ? Nous devons écouter... sans doute qu’au départ, nous sommes la nation la plus puissante, et la puissance peut créer des changements réels... et peut-être qu’au début, nous avons vu que des gens voulaient un soutien, et nous avons soutenu les rebelles...

    C – Oui

    O - Et nous avons soutenu l’opposition, mais maintenant il est temps de réfléchir, et d’aider, et d’écouter vraiment la voix de la Syrie, qui dit "arrêtons cette guerre, s’il vous plait donnez nous la paix, retournons à l’école, donnons une éducation à nos enfants". J’ai marché sur des corps de jeunes victimes, j’ai dû respirer l’odeur de la peau morte, et cette guerre doit absolument s’arrêter...

    C – oui

    O - Parce qu’en tant qu’humains, en tant que femmes, nous comprenons, en tant que mères, en tant que sœurs, et plus encore en tant que filles, que nos enfants ont le droit d’avoir le choix, et toutes les décisions que nous prenons dorénavant, que ce soit dans le business du divertissement, dans le milieu des médias d’informations, doivent aller dans le sens de les aider à mettre fin à cette guerre.

    C - Merci beaucoup d’avoir partagé avec nous votre expérience de la Syrie.

    O – Merci à vous.

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    Notes :

    (1) le mot "starving“, "mourir de faim", parfaitement audible, a été jugé inaudibledans la version écrite du dialogue retranscrit par CNN.

    (2) le mot « Daesh », parfaitement audible, a été jugé inaudible dans la version écrite du dialogue retranscrit par CNN.

    https://www.google.com/amp/amp.agoravox.fr/actualites/international/article/carla-ortiz-nos-medias-mentent-sur-187930
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    L’autre interview de Carla Ortiz sur FOX11 :

    (...) "je pense que le plus important c’est de revoir nos choix politiques... nous... avions de bonnes intentions en soutenant cette opposition modérée... mais elle n’existe plus. Elle a échappé à tout contrôle en 6 ans, et je pense que cette administration a échoué en ne parvenant pas à trouver un accord , et maintenant, il ne s’agit pas de réviser notre politique, mais de réviser notre vision humanitaire... on parle bien d’un quart de million de gens qui sont morts !"

    http://mobile.agoravox.fr/local/cache-vignettes/L768xH512/14520519_10153735704027251_3109075862411849218_n-4f0dd.jpg




  • L’ONU sert-elle à autre chose que la guerre ? N Robin

    Le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution condamnant la colonisation israélienne

    Le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution condamnant la colonisation israélienne
    LE MONDE | 23.12.2016
    Par Piotr Smolar
    Barack Obama a décidé de laisser à son successeur, Donald Trump, un héritage qu’il ne pourra défaire : la résolution 2334, adoptée au Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), vendredi 23 décembre. Ce texte dénonçant la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés a recueilli quatorze voix en sa faveur, passant grâce à l’abstention américaine.

    Au terme de quarante-huit heures de tourbillon politique, l’administration Obama a décidé de replier le parapluie qu’elle avait systématiquement déployé depuis huit ans au-dessus d’Israël, au Conseil de sécurité. Ce coup de semonce est une défaite politique sévère pour le premier ministre Benyamin Nétanyahou et une sanction contre la promotion décomplexée de la colonisation par la droite israélienne.

    Le texte de la résolution, contrairement aux affirmations des responsables israéliens, n’est pas fondamentalement hostile à l’Etat hébreu. Il s’inscrit dans la lignée de la résolution 465, adoptée en 1980, qui dénonçait déjà l’extension des colonies, jugées illégales.

    UN SOUCI D’ÉQUILIBRE
    En outre, il se place à la suite du rapport du Quartet – Etats-Unis, Russie, Union européenne (UE), ONU –, publié le 1er juillet, qui dressait un état des lieux alarmant de la réalité, sur le terrain. La résolution 2334 estime elle aussi que la construction et l’extension des colonies mettent « gravement en danger la viabilité de la solution à deux Etats ».

    Par ailleurs, dans un souci d’équilibre réclamé notamment par Paris et Washington, le texte « condamne tous les actes de violence contre les civils, dont les actes terroristes », une référence aux attaques palestiniennes. La résolution exige la « cessation immédiate » de la colonisation dans les territoires palestiniens occupés, dont Jérusalem-Est, et loue les efforts diplomatiques entrepris par la France, la Russie et l’Egypte, au cours des derniers mois, pour relancer un dialogue sur le conflit.


    « C’est une victoire pour le terrorisme, la haine et la violence », s’est lamenté Danny Danon, l’ambassadeur israélien auprès de l’ONU, selon lequel la résolution représente un « non à la possibilité d’une paix ». Le bureau du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a aussitôt rejeté cette « résolution anti-israélienne honteuse » et annoncé qu’Israël ne s’y conformera pas.

    AMERTUME ISRAÉLIENNE
    A l’origine, le texte avait été présenté mercredi soir par l’Egypte, à la surprise générale. Mais Donald Trump est intervenu pour peser de tout son poids de président élu des Etats-Unis auprès d’Abdel Fattah Al-Sissi. Il a demandé au président égyptien de renoncer à son initiative. Son interlocuteur n’a pas voulu compromettre ses futures relations avec le président américain, et a donc retiré son texte.

    Mais la volte-face de l’Egypte n’a pas condamné son initiative. Quatre membres non permanents du Conseil de sécurité – la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Sénégal et le Venezuela – ont pris le relais du Caire, pour promouvoir la résolution dans une version identique.

    Vendredi dans l’après-midi, sous couvert d’anonymat, des responsables israéliens exprimaient leur amertume – et aussi une certaine panique – dans les médias, en affirmant que Barack Obama et le secrétaire d’Etat américain John Kerry se trouvaient derrière ce « coup honteux » et qu’ils « abandonnaient » Israël.

    L’accusation est d’autant plus injuste que, comme le rappelait vendredi soir l’ambassadrice américaine à l’ONU, Samantha Power, M. Obama a « démontré un engagement sans précédent pour la sécurité d’Israël ». La diplomate faisait implicitement référence au nouvel accord de défense sur dix ans, conclu entre les deux pays à l’automne pour un montant de 38 milliards de dollars (36,3 milliards d’euros).

    590 000 COLONS EN CISJORDANIE ET À JÉRUSALEM-EST
    Samantha Power a expliqué que les Etats-Unis ne votaient pas en faveur de la résolution parce qu’elle « se concentre trop étroitement sur les colonies » en ne tenant pas compte des autres facteurs dans le conflit.

    Samantha Power, ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’ONU, après le vote de la résolution condamnant la colonisation des territoires palestiniens occupés par Israël, le 23 décembre. | MANUEL ELIAS / AFP
    Mais l’abstention se justifie, selon elle, par la continuité de la position américaine, d’un président à l’autre, républicain ou démocrate, depuis des décennies : elle se résume par une condamnation de la colonisation et un soutien à une solution à deux Etats. En 2011, l’administration Obama avait ainsi opposé son veto à une résolution condamnant la colonisation, dont la formulation avait été jugée trop déséquilibrée.

    L’ambassadrice américaine a rappelé que le nombre de colons s’élevait à présent à 590 000 en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, dont 90 000 au-delà de la barrière de sécurité construite par les Israéliens.

    L’examen actuel d’un projet de loi à la Knesset légalisant tous les avant-postes – colonies sauvages et illégales, même au regard du droit israélien – illustre la pente dangereuse suivie par le pays, alors que sera célébré, en juin 2017, le 50e anniversaire de l’occupation. « Il faut faire un choix entre les colonies et la séparation » avec les Palestiniens, a lancé Mme Power à l’attention du premier ministre Benyamin Nétanyahou.

    Lire aussi : Les colons, la bombe à retardement d’Israël

    LA FRUSTRATION DE JOHN KERRY
    S’exprimant lors du Forum Saban à Washington, le 4 décembre, John Kerry, avait exprimé sa frustration vis-à-vis de la droite israélienne et son idée d’un « grand Israël » qui absorberait les territoires occupés.

    Interrogé sur la position de l’administration Obama en cas de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU, M. Kerry avait traduit les hésitations de la Maison Blanche. « S’il s’agit d’une résolution biaisée et injuste prévue pour délégitimer Israël, nous nous y opposerons. Evidemment que nous le ferons. Nous l’avons toujours fait. Mais cela devient de plus en plus compliqué », ajouta-t-il, ne cachant pas sa frustration.

    Lors de sa première élection, Barack Obama semblait décidé à agir sur ce dossier. Au second jour après son entrée en fonctions, il avait ainsi nommé un envoyé spécial pour le Proche-Orient, George Mitchell. Mais dès 2010, l’échec de sa première tentative de médiation avait découragé le président américain, qui avait délégué le dossier à son secrétaire d’Etat.

    John Kerry a fourni beaucoup d’efforts, qui se sont révélés vains. Depuis l’effondrement des négociations israélo-palestiniennes en avril 2014, puis la guerre dans la bande de Gaza l’été suivant, les relations politiques entre les deux parties dans le conflit sont inexistantes. Seule la coordination sécuritaire fonctionne à plein.

    Au cours des derniers mois, la droite nationale religieuse en Israël n’a pas caché sa satisfaction à l’idée de tourner la page des années Obama et de saisir l’occasion d’une remise à plat des relations bilatérales avec les Etats-Unis, grâce à l’arrivée de M. Trump à la Maison Blanche.


    « Trump. Rend sa grandeur à Israël ! » proclame une affiche à Tel Aviv, le 15 novembre. | JACK GUEZ / AFP
    Ce dernier a réitéré son intention de déménager l’ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem, en rupture complète avec la tradition diplomatique de son pays, selon laquelle le statut de Jérusalem ne sera déterminé que dans le cadre de négociations de paix. Enfin, le président élu a déjà annoncé l’identité du futur ambassadeur en Israël. Il s’agit de David Friedman, un ami avocat spécialiste de la banqueroute, connu pour son soutien idéologique à la colonisation et son opposition à un Etat palestinien.

    L’« HÉRITAGE » D’OBAMA
    « Ce vote risque de pousser Trump à être encore plus pro-israélien, souligne un diplomate à Jérusalem. On risque d’assister par exemple à un déménagement accéléré de l’ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv vers Jérusalem. »

    Dans un tweet, Donald Trump a assuré vendredi soir que « les choses seront différentes après le 20 janvier ». Mais la résolution, elle, ne pourra être défaite. La seconde conférence pour la paix au Proche-Orient, que la France compte organiser le 15 janvier à Paris, après une première rencontre en juin, devrait se tenir dans une ambiance plus tendue que prévue.

    En Israël, l’adoption de la résolution va dominer le débat public dès la fin du shabbat, samedi soir, alors que le pays s’apprête à fêter Hanoucca. Yaïr Lapid, le chef de file du parti de centre-droit Yesh Atid, aujourd’hui dans l’opposition, épouse totalement la ligne de M. Nétanyahou.

    Au cours d’une conférence téléphonique, vendredi soir, avec des correspondants étrangers, M. Lapid a fait savoir qu’il s’était entretenu dans la journée avec un conseiller de Barack Obama pour exprimer sa vive inquiétude à l’idée d’une abstention américaine. L’ancien journaliste trouve « étrange » que le président démocrate laisse « ce genre d’héritage » sur le bureau de son successeur.

    Mais il redoute surtout les conséquences pour Israël. « Cette résolution ne parle pas de sanctions, mais elle fournit l’infrastructure pour de futures sanctions, c’est ce qui est alarmant, dit-il. Cela peut donner corps à des plaintes devant des juridictions internationales contre Israël et ses responsables. Ce sera un chemin long et compliqué, et je vous assure que pendant cette période, il n’y aura pas de négociations. »

    Lire aussi : Trump choisit comme futur ambassadeur en Israël un partisan des colonies


  • Guerre d’Irak Guerre en Syrie même scénario à une différence près : le nouveau caniche des USA s’appelle Hollande ! (pardon pour les caniches)

    Que la Syrie retourne aux syriens est une excellente nouvelle !

    https://fr.news.yahoo.com/larm%C3%A9e-syrienne-repris-alep-183602471.html?.tsrc=samsungwn&.sep=

    L’armée syrienne a repris Alep

    AFP22 décembre 2016

    Damas (AFP) - Le régime syrien a annoncé jeudi avoir repris le contrôle total d’Alep, deuxième ville du pays, remportant sa plus grande victoire face aux rebelles depuis le début de la guerre en 2011.

    « Grâce au sang de nos martyrs et aux sacrifices de nos valeureuses forces armées ainsi qu’aux forces supplétives et alliées (...) le commandement général des forces armées annonce le retour de la sécurité à Alep après sa libération du terrorisme et des terroristes et la sortie de ceux qui y restaient », a annoncé un communiqué de l’armée.

    « Cette victoire représente un tournant stratégique (...) dans la guerre contre le terrorisme (...), souligne la capacité de l’armée syrienne et ses alliés à remporter la bataille contre les groupes terroristes et pose les bases d’une nouvelle phase pour chasser le terrorisme de tout le territoire de la République arabe syrienne », a indiqué encore le texte.

    L’annonce intervient après la sortie du dernier convoi de rebelles et de civils d’Alep-Est, ex-fief rebelle de la métropole tombé après un mois d’une violente campagne de bombardements aériens et terrestres.

    En perdant son bastion devenu un champ de ruines en raison des violents bombardements, la rébellion essuie son pire revers depuis le début de la guerre.