NRobin

Chargée d’Etudes Nantes / AMD


  • TAFTA Le mariage devait avoir lieu le 4 juin
    Est-il enfin consommé ?
    Let’s have a look !
    https://www.youtube.com/watch?v=FHeFapwqp-Q

    Une tentative de mariage entre Madame Europe et Monsieur USA rejeté par le peuple à l’unanimité des présents. Cela s’est passé le samedi 4 juin 2016 aux Halles de la République à Pau à l’initiative du Collectif STOP TAFTA du Béarn, du Pays Basque, de Tarbes et des Landes avec le soutien de nombreux associations


  • http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1524662-du-judeo-bolchevisme-a-l-islamo-gauchisme-une-meme-tentati
    Du « judéo-bolchévisme » à « l’islamo-gauchisme » : une même tentative de faire diversion
    08-06-2016 à
    http://referentiel.nouvelobs.com/wsfile/1261465313141.jpg
    Par Shlomo Sand
    Historien
    LE PLUS. « L’islamo-gauchisme », voilà l’ennemi. C’est le message envoyé régulièrement Manuel Valls dans ses différentes prises de parole publiques. Un concept assez flou dans lequel le Premier ministre englobe à la fois Clémentine Autain et Tariq Ramadan. Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Tel-Aviv, Shlomo Sand s’interroge sur l’utilisation de cette rhétorique.
    Édité par Sébastien Billard
    http://referentiel.nouvelobs.com/wsfile/8171455625611.jpg
    Le Premier ministre Manuel Valls, le 6 février 2016 (N. MESSYASZ/SIPA).

    Dans les années 1930, en France comme dans d’autres pays d’Europe, les communistes et diverses personnalités de la gauche radicale étaient fréquemment qualifiés de « judéo-bolcheviks ». Ainsi, par exemple, mon père qui, avant la Seconde Guerre mondiale, était un communiste polonais, était considéré par les autorités et la presse du pays comme faisant partie de la « Zydokomuna ».

    Étant donné que plusieurs dirigeants de la Révolution d’Octobre, tout comme nombre de communistes et de défenseurs de l’URSS, dans toute l’Europe, étaient d’origine juive, l’association langagière entre judaïsme et menées subversives était très populaire parmi les judéophobes.

    Une symbiose propagandiste très efficace

    D’Adolf Hitler à Carl Schmitt et Martin Heidegger, de Charles Maurras à Louis-Ferdinand Céline et Pierre Drieu-La Rochelle, l’identification rhétorique entre juifs et bolcheviks a toujours été empreinte de tonalités effrayantes puisées dans une vieille tradition religieuse, mêlée à des menaces pleinement modernes et laïques.

    Cette symbiose propagandiste s’avéra très efficace, et elle conduisit, entre autres, à ce que plus de 5 millions de Juifs croyants, et leurs descendants, ainsi que 2 millions de soldats soviétiques furent exterminés, en même temps, dans les camps de la mort nazis. Hitler avait ainsi espéré enrayer le « danger » d’une conquête judéo-bolchévique de l’Europe.

    Si, à la fin du XXe siècle, la judéophobie n’a pas totalement disparu, elle a, cependant, très notablement régressé dans les centres de communication des capitales européennes. Les élites intellectuelles et politiques ont voulu oublier et ont aspiré à se fondre dans leur civilisation blanche, à l’aide d’une nouvelle politique des identités. À toutes fins morales utiles, cette civilisation a même troqué son appellation de « chrétienne » en « judéo-chrétienne ».

    Les juifs survivants et les bolchéviks, quasiment disparus, ont cessé de constituer une menace pour la position et l’identité des élites dominantes, mais l’état de crise permanent du capitalisme, et l’ébranlement de la culture nationale, consécutif à la mondialisation, ont incité à la quête fébrile de nouveaux coupables.

    Une appellation qui émerge dès 2002

    La menace se situe désormais du côté des immigrés musulmans et de leurs descendants, qui submergent la civilisation « judéo-chrétienne ». Et voyez comme cela est étonnant : de nouveaux incitateurs propagandistes les ont rejoints ! Tous ces gens de gauche qui ont exprimé une solidarité avec les nouveaux « misérables » ont fini par s’éprendre ouvertement des invités indésirables venus du sud.

    Ces antipatriotes extrémistes trahissent une nouvelle fois la glorieuse tradition de la France dont ils préparent l’humiliante soumission « houellebecquienne ». L’appellation « islamo-gauchiste » a émergé parmi les intellectuels, avant de passer dans l’univers de la communication, pour, finalement, être récupérée par des politiciens empressés.

    Pierre-André Taguieff, futur conseiller du CRIF, fut, semble-t-il, le premier à recourir à la formule « islamo-gauchisme » (dans le sens actuel de terme), déjà en 2002. Caroline Fourest, Elisabeth Badinter, Alain Finkielkraut et Bernard-Henry Lévy s’emparèrent du terme et veillèrent à lui assurer une diffusion à longueur d’interviews et d’articles. Des figures comme Alain Gresh, Edwy Plenel, Michel Tubiana et Raphael Liogier devinrent des « islamo-gauchistes » archétypiques.

    Une marche supplémentaire vient cependant d’être franchie. Cela a commencé avec Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, qui, au nom du républicanisme universel, dans un article intitulé : « La gauche qui vient », s’en est pris à la gauche de la gauche, accusée de soumission au pluralisme culturel. Il a particulièrement ciblé Clémentine Autain, la porte-parole d’Ensemble, l’une des composantes du Front de gauche.

    La lourde charge de Manuel Valls

    Mais c’est de Manuel Valls qu’est venue la charge la plus lourde, dans la vague de stigmatisation de « l’islamo-gauchisme ». À l’occasion d’une interview accordée, le 21 mai, à Radio J, une radio communautaire juive, n’a-t-il pas déclaré :

    « Il y a ces capitulations intellectuelles… Les discussions entre Madame Clémentine Autain et Tariq Ramadan, les ambiguïtés entretenues qui forment le terreau de cette violence et de cette radicalisation. »

    Et Manuel Valls de ne pas hésiter à ajouter : « Il n’y a aucune raison pour que M. Tariq Ramadan obtienne la nationalité française ».

    Il convient tout d’abord de préciser que Clémentine Autain n’a jamais rencontré Tariq Ramadan, dont, évidemment, elle n’approuve pas le discours idéologique. Il faut ensuite se féliciter qu’en France, le droit d’obtenir la citoyenneté relève de la loi, et non pas d’une décision d’un chef du gouvernement. Tariq Ramadan réside en France où il est actif ; il est marié, depuis plusieurs années, avec une citoyenne française, ses enfants sont français, et, à ma connaissance, il n’a pas enfreint la loi ni prêché la violence.

    Enfin, les auditeurs de Radio J, à Paris et à Jérusalem, ont certainement apprécié cette flatteuse interview, et si d’aventure, elle a été diffusée en Arabie saoudite, il est probable qu’elle y aura également été reçue avec sympathie, puisque Tariq Ramadan y est interdit de séjour. Après cette interview passionnée de Manuel Valls, je suis persuadé que Tariq Ramadan n’a aucune chance de se voir décerner la Légion d’Honneur, contrairement au prince héritier du roi d’Arabie saoudite.

    Une formule qui permet de faire diversion

    Lorsque j’ai entendu ces propos de Manuel Valls, je n’ai pas pu m’empêcher de m’interroger sur ce qui se serait passé si Tariq Ramadan avait été un fidèle juif et non pas musulman.

    Si, par exemple, comme l’ensemble des fidèles juifs (mais non pas juives), il avait dû dire, dans sa prière du matin : « Sois béni de ne pas m’avoir fait femme, et sois béni de ne pas m’avoir fait goy (non-juif) ». Autrement dit : un authentique fidèle juif, dont les valeurs fondamentales diffèrent totalement de ma conception du monde républicaine et laïque.

    Malgré tout, même s’il s’agissait d’un juif conservateur, porteur d’un système de valeurs réactionnaire, je me serais, sans aucun doute, employé de toutes mes forces pour que lui soit attribués des droits d’égalité citoyenne. Je l’aurais combattu au plan de la réflexion théorique, mais j’aurais vu en lui un compagnon politique légitime, dans la lutte contre toute forme de judéophobie et de discrimination raciale, sous le masque d’une laïcité culturelle.

    http://referentiel.nouvelobs.com/wsfile/9031465375725.jpg
    Tariq Ramadan lors d’une conférence à Bordeaux, le 26 mars 2016 (M. FEDOUACH/AFP).

    J’ai, envers la philosophie de Tariq Ramadan, une vision fortement critique, tout comme, pour d’autres raisons, envers celle d’Alain Finkielkraut. Mais exploiter des positions conservatrices de l’intellectuel musulman afin de salir ceux qui luttent contre la propagation du racisme, en faire un dangereux épouvantail pour utiliser le terme stigmatisant d’islamo-gauchiste, n’est pas à l’honneur d’un chef de gouvernement socialiste, qui, par ailleurs, commet une erreur en assimilant antisionisme et antisémitisme (je suis quasiment sûr que le républicain Manuel Valls ne soutient pas la politique communautaire d’un État qui, par principe, appartient, non pas à tous ses citoyens mais aux juifs du monde entier, qui n’y résident pas).

    Certes, le terme d’"islamo-gauchisme" n’est pas encore identique ni proche de la vieille appellation du « judéo-bolchévisme ». Il est destiné, pour le moment, à clouer le bec, et à faire diversion dans le débat public, par rapport à d’autres problèmes sociaux et politiques un peu plus sérieux. Toutefois, qui peut affirmer que le recours à la formule « islamo-gauchisme » n’est pas promis à un sombre futur imprévu ? Il se pourrait qu’elle constitue une contribution rhétorique, non marginale, vers l’approche d’un trou noir supplémentaire dans l’histoire moderne de l’Europe.


  • Quelques jours d’immersion en Algérie
    En Algérie, la « théorie du complot » bat son plein.
    L’article d’Eline Briant connaît pas mal de succès.
    Le contenu de son article est quand bien même très intéressant.
    http://arretsurinfo.ch/algeriemaroc-nouvelles-cibles-visees
    Mais ce qui est plus préoccupant en ce moment, ce n’est pas tant le prétendu « complot » mais une certaine décadence de la société algérienne en général.
    Selon les dernières nouvelles, c’est le désordre et l’anarchie qui sont en train de s’installer peu à peu : un Président bien sûr fantôme et une armée qui veille, plus trop de règles pour le vivre ensemble, l’éducation en faillite (le niveau a dégringolé ainsi que les comportements), système D, des jeunes en déshérence, beaucoup de pauvres dans la rue (surtout des vieux).
    On y constate
    de plus en plus de pratiquants y compris au sein de familles dites « intellectuelles »,
    un désintérêt quasi-total pour la politique et ceux qui gouvernent (c’est le cas en France bien qu’il y ait un léger signe de retour avec les nuits Debout pour la France),
    des infrastructures toutes nouvelles ultra-modernes qui contrastent avec le manque d’hygiène et les dépôts d’ordures dans les rues,
    une absence d’activités sportives « ils s’empiffrent de plus en plus à devenir méconnaissables me dit-on ! »
    Il n’y a pas vraiment de racistes ni d’anti-sémites, il y a des « réactionnaires » (réaction vis-à-vis des va-en-guerre, des faiseurs de guerre au Proche et Moyen-Orient et en Afrique, des sionistes, un sentiment de frustration et de mépris par rapport à la politique internationale, rejet des forces politiques du pays, des griefs faits à la communauté kabyle considérée en général comme alliée de ces faiseurs de guerre et repliée sur elle-même, etc.

    A côté de cela, on va s’accommoder de toutes les corruptions et à toutes les échelles (Etat, Administrations, Etablissements, commerces, etc.)

    Enfin, on y relève une espèce de déprime généralisée. (comme en France mais à plus forte dose)

    Ce qui maintient ce système multi-ethnique dans la durée, ça peut paraître paradoxal, C’EST L’ISLAM !!! Les communautés peuvent se diviser, se déchirer mais l’Islam veille, la religion ne les a jamais aussi bien unis !

    Du coup, on pourrait presque espérer qu’il n’y ait pas un après-Islam en Algérie et/ou au Maghreb.

    D’où toute la notion de complexité de l’humanité telle qu’elle est si bien expliquée par Edgar Morin !

    N Robin


  • On vous écrit de Gaza
    Compte rendu d’une rencontre de 2 camarades UJFP, Pierre et Sarah, avec des militants de BDS à Gaza

    mardi 7 juin, Réf. UJFP

    Rencontre avec le BDS de Gaza

    Nous sommes reçus par Haider Eid du PACBI (Les Palestiniens pour le boycott universitaire et culturel d’Israël), le coordinateur du BNC (Comité National du Boycott) à Gaza Abdulrahman Abunahel et deux étudiants du PSCABI (Les étudiants palestiniens pour le boycott universitaire et culturel d’Israël).

    Haider nous parle de l’appel juif international pour Omar Barghouti et souligne qu’il y a beaucoup de gens ayant des origines juives dans le BDS. « Nous sommes antiracistes et l’antisémitisme est un racisme ». Il trouve ridicule la position du gouvernement français ou du maire de New York contre le boycott dont il rappelle qu’il est une partie intégrante de la liberté de parole et se félicite des votes des parlements suédois et irlandais pour cette liberté.

    Reagan avait déjà essayé dans les années 80 de rendre illégal le boycott contre l’Afrique du Sud, ce qui n’a pas empêché Mandéla de triompher.

    Il n’est pas inquiet. L’arrivée de Lieberman au gouvernement israélien est un bon signe car un signe de faiblesse.

    Il était à la conférence de Durban en 2001 et a participé à la rédaction finale du document. Ils attendaient à la conférence Edward Saïd et Noam Chomsky (Saïd, malade n’a pas pu venir). L’idée du boycott a commencé à naître de cette conférence.

    En 2004, un groupe d’universitaires crée le PACBI et lance le premier appel au boycott universitaire. Personne à l’époque ne nous soutient, pas même l’Autorité Palestinienne. Cet appel est bientôt suivi de l’appel BDS de 2005.

    "J’ai été en Afrique du Sud. J’ai rencontré le syndicat COSATU qui participe au gouvernement avec l’ANC et le Parti Communiste. La COSATU a été le premier syndicat à soutenir le BDS.

    Personne ne pensait que le BDS deviendrait une « menace existentielle stratégique » (ce qui se dit aujourd’hui en Israël)"

    Haider explique à son sens l’inanité des négociations : « l’Autorité Palestinienne, malgré les échecs, continue de négocier ». Il rappelle les propos de Ben Gourion sur la Nakba : « les vieux mourront, les jeunes oublieront. » Il y a eu à Jérusalem le 28 mars 2016 une conférence intitulée « Stop BDS » organisée par le journal « Yediot Aharonot » en présence de toute la classe politique israélienne. Ils ont surtout parlé du Hamas et du Hezbollah.

    Haider estime que l’Autorité Palestinienne a été créée pour eux (les Israéliens) et qu’on ne peut pas mettre dans une même pièce Israéliens et Palestiniens pour parler du droit au retour. Il espère des pays occidentaux qu’ils finiront par isoler Israël.

    « Le BDS n’a pas de programme politique. Dire qu’il veut détruire Israël n’a pas de sens. En Palestine, la majorité des militants pour le BDS sont pour deux États. » Nos interlocuteurs sont pour un seul. Haider veut qu’Israël soit traité comme l’a été autrefois l’Afrique du Sud.

    Il rappelle la visite de Desmond Tutu. En 2008, 11 membres d’une même famille avaient été tués à Beit Hanoun. Desmond Tutu n’avait pas pu rentrer par Erez, il était finalement passé par Rafah. Les Sud-Africains ont dit que ce qui se passait en Palestine était bien pire que ce qui s’était passé en Afrique du Sud.

    Il rappelle le massacre de Sharpeville en Afrique du Sud : 64 morts en 1961. C’est un tournant pour l’appel au boycott qui date de 1958. Cela prendra plus de 30 ans pour le mouvement anti-apartheid triomphe (1994).

    « Nous sommes en 2016, le mouvement BDS n’a que 11 ans. » Haider évoque la menace israélienne d’assassinats ciblés contre les militants du BDS et les menaces contre Omar Barghouti, qui est en résidence surveillée à Saint-Jean d’Acre et que les Israéliens voudraient expulser. « Problème pour les Israéliens : la femme d’Omar est une Palestinienne de 48, elle a la nationalité israélienne. »

    « Si on a une solution comme en Afrique du Sud : une personne = une voix et un État pour tous, c’est la solution minimale, c’est un compromis généreux offert par les colonisés comme le compromis offert par Mandéla. »

    Sur l’initiative française, il nous dit qu’en Palestine, même les enfants ne croient pas aux négociations. Il rappelle que depuis Oslo, le nombre de colons est passé de 190000 à 700000. Où iront-ils s’il y a deux États ? Il qualifie les positions d’Uri Avnéry (présent dans de nombreuses mobilisations en Israël et partisan de deux États) de « sionisme soft ».

    Pour lui les négociations ne peuvent mener nulle part et visent à la « normalisation » car les Israéliens refusent nos droits, à commencer par celui des réfugiés.

    Nous lui signalons qu’il y a peu de monde favorable à un seul État, surtout en Israël. Haider nous explique que la société israélienne est en train de se fasciser. 94% de l’opinion israélienne a approuvé « Plomb Durci » et le fait de tuer des enfants. Mais c’était pareil en Afrique du Sud où 75% des Blancs approuvaient l’apartheid peu avant sa chute.

    « La solution à un État est une solution inclusive. On a fabriqué un appui international à deux États et on a convaincu Arafat que c’était possible. » D’après Haider, de 40 à 49 % des Palestiniens sont pour un seul État. Le point clé, c’est le droit au retour des réfugiés qui n’est pas envisageable avec deux États

    Nous évoquons le fait qu’avant la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud, on avait proposé à Mandéla des Bantoustans indépendants et il avait refusé. Haider rappelle que dans les années 70, l’occupant avait installé des ligues villageoises en Cisjordanie.

    La discussion vient sur Shlomo Sand (qui a largement démystifié le sionisme mais est contre le droit au retour des réfugiés). Haider parle de la réponse d’Ilan Pappé (autre historien Israélien) et du livre de Salman Abou Sitta « mapping my return » (la feuille de route du retour).

    Abdulrahman définit le BNC comme « la plus grande coalition de la société civile dans les territoires palestiniens ».

    "Ils ont peur. Ça touche les sociétés civiles occidentales. Il y a partout des manifestations. Il est au courant de l’intervention de BDS France à « Nuit Debout » à Paris. "Il y a deux dimensions : parvenir à faire converger la lutte des Palestiniens et le BDS. Exiger grâce au BDS des sanctions internationales. C’est un outil pacifique pour atteindre l’égalité et la liberté. Le PHROC (qui réunit toutes les organisations palestiniennes de droits de l’homme) ont produit deux déclarations s’opposant à la criminalisation du BDS. À l’étranger Amnesty International, Human Rights Watch, Euromed et la FIDH (Fédération internationale des Droits de l’Homme) ont fait de même. Après la conférence israélienne « Stop BDS », 1000 personnes ont manifesté le 9 avril à Ramallah pour défendre le BDS."

    « En 1995, le protocole de Paris a fait de la Palestine une économie captive ». L’alternative pour ne pas acheter israélien est souvent très difficile. Pourtant, surtout depuis 2014, le boycott des produits israéliens augmente en Palestine. La Banque Mondiale indique que les exportations israéliennes ont baissé de 24% lors du premier trimestre 2015. Elles avaient déjà baissé de 15% de 2013 à 2014. C’est clairement le résultat du BDS. Le BNC demande le boycott de tout produit israélien quand il y a une alternative, les jus de fruit par exemple. Il est significatif qu’en 2014, 90% des usines ont été détruites par l’occupant. Aujourd’hui, la plupart des Palestiniens connaissent la campagne BDS. Pendant la guerre de 2014, 85% des Palestiniens étaient pour le boycott. Le BDS est le seul moyen de parvenir à la liberté, l’égalité et la justice.

    Haider évoque l’impossibilité des voyages : autrefois Amira Hass (journaliste de Haaretz) venait ici, on pouvait aller à Tel-Aviv. Il insiste pour qu’on comprenne que le blocus a commencé en 1993. Après, il n’est plus possible aux Gazaouis de sortir en voiture dans Israël comme ils le faisaient avant. « Je n’ai pas vu ma sœur qui est à Bethléem depuis 2000 et elle n’a pas pu venir aux obsèques de nos parents. »

    « La campagne BDS ne peut pas s’arrêter avec l’égalité pour les Palestiniens d’Israël et deux États. Il manquera dans ce cas l’autodétermination et le droit au retour. »

    Il évoque ses liens ou son admiration avec des Israéliens :l’AIC (il qualifie son travail de co-résistance), Ilan Pappé (qui a caractérisé la situation en parlant de génocide lent), Gideon Levy (qui parle de nazification de la société israélienne), Neta Golan (qui constate l’impossibilité de communiquer avec l’Israélien moyen), Avi Shlaim ...). Son admiration aussi pour des Juifs du reste du monde : Hajo Meyer, Hedi Epstain (qui vient de mourir, l’un et l’autre étaient rescapés des camps d’extermination), l’IJAN ... Il déplore les « ego » qui divisent le mouvement de solidarité en France.

    Il conclut qu’Israël est un État d’apartheid qui a de gros problèmes avec le droit international.

    La coordinatrice du PSCABI fait actuellement sa thèse sur le rôle de Ghassan Kanafani (1936-1972, écrivain palestinien membre du FPLP, assassiné à Beyrouth) dans la littérature palestinienne et sur la décolonisation des esprits palestiniens. L’étudiant présent n’est pas encore diplômé (littérature anglaise).

    Ces jeunes utilisent beaucoup les réseaux sociaux. Ils animent « l’Israel Apartheid Week ». Pour l’instant, ils n’ont pas de liens avec des associations étudiantes en France. Ils sont demandeurs. Le projet « Gaza en direct » de débat par Skype avec des jeunes Français semble les intéresser.

    Haider énumère les succès du boycott universitaire et toutes les universités qui s’y sont ralliées. « Israël est terrifié ».

    Il dit que par contre, pour certaines entreprises dont on croyait qu’elles s’étaient retirées d’Israël, ce n’est pas encore fait. Il cite Alstom et G4S qui gère le poste frontière d’Erez. Il cite aussi Hewlett-Packard.

    Il termine en parlant du groupe « pour un seul État démocratique » auquel il appartient et a des mots définitifs sur la conférence de Paris : « aucun Palestinien ne suit ce qui s’y passe ».

    Retour dans le bidonville d’al Mugraga

    Cette fois, toujours pour accompagner une distribution de colis contenant des produits de première nécessité, nous pénétrons plus profondément dans le bidonville peuplé de Bédouins.

    Ce que nous voyons est assez effroyable : aucune maison en dur, des abris de fortune, les gens vivant au milieu des enclos d’animaux (dromadaires, moutons, volaille, ânes et quelques chiens attachés). Partout des sacs plastiques et des objets de récupération (désespérée : des sommiers en fer rouillés servant de clôture). Pas de toilettes.

    Nous avons l’occasion de parler avec plusieurs personnes âgées qui ont connu la Nakba, le plus vieux étant (d’après la carte d’identité qu’il nous montre) né en 1936.

    « Nous sommes ici depuis plus de 40 ans. Nous venons de la région de Beersheva. Nous sommes restés 25 ans dans le camp de Khan Younis avec quelques animaux, surtout des ânes. Les Juifs (les Israéliens) ont décidé de détruire nos maisons pour construire une grande route. Les expulsés (Bédouins et non Bédouins) sont alors venus ici et ont planté des tentes. Il n’y avait rien à cet endroit. Nous n’avons reçu aucune aide de l’Autorité Palestinienne. »

    L’homme nous explique que les habitants ont acheté des poules, des chameaux, de la nourriture pour animaux et ils vivent de cela. Puisque nous sommes français, il nous parle de De Gaulle. Et de l’initiative française : « on soutient tout ».

    Le camp est parfois au bord de la famine. Ils reçoivent alors de l’aide.

    Il répète à plusieurs reprises : « on veut la paix. Si on fait la paix, la terre ce n’est pas important, on veut vivre en paix en voisins. » En même temps, il dit : « en Israël, ils pensent qu’on doit disparaître ».

    Il n’a plus de relations avec les Bédouins du Néguev/Naqab. La frontière est fermée et les anciennes générations disparaissent petit à petit.

    Beaucoup des habitants du bidonville ont travaillé en Israël quand c’était possible. Ils étaient paysans ou maçons. Ils n’ont pas gagné assez pour construire des petites maisons. Tous sont réfugiés mais, pour la plupart, pas enregistrés à l’UNRWA. Les enfants sont scolarisés. Leur terre appartient pour moitié au gouvernement, l’autre moitié au ministère des Affaires Religieuses.

    Le plus âgé revient sur la Nakba : il parle du plan de partage qu’Amin al Husseïni (le grand mufti) a refusé. "Les Anglais et les Juifs voulaient acheter notre terre, ils proposaient beaucoup d’argent. On a refusé, ils nous ont obligé à signer. Ils avaient des avions, des petits tanks. On est parti dans le Sinaï puis à Khan Younis. On avait nos animaux. En route, ils nous ont attaqués, on a eu plein de morts. Israël nous a attaqués comme aujourd’hui Bachar al Assad avec son peuple. Les Druzes (il y en avait dans l"armée israélienne) n’aiment pas les sunnites. Les Juifs, ça dépend".

    Quand ils sont arrivés à al Mugraga, l’eau de la rivière était propre, mais il y a une crue chaque année.

    Leur message : « qu’on nous donne ce dont nous avons besoin, une maison en dur, de la nourriture pour les animaux. » Les femmes protestent : « d’abord la nourriture pour les humains ».

    La période qu’ils préfèrent : quand ils pouvaient travailler en Israël. « Soit on a un État pour tout le monde, soit un État croupion et on sera toujours les laissés pour compte. »

    Rencontre avec un groupe de jeunes.

    « Vous rencontrez des dirigeants d’associations, de syndicats, de partis, vous devriez rencontrer des gens ordinaires ». Nous sommes donc dans une maison du centre de Gaza avec 6 jeunes hommes (21 ou 22 ans) et le père de l’un d’entre eux. Un des jeunes a visiblement consommé des produits euphorisants.

    Un jeune attaque : « Certains pensaient que le monde disparaîtrait en 2012. Pour nous, il s’est arrêté. On vit l’enfer. »

    Tous sont pessimistes. Tous parlent d’enfer. Aucun n’est jamais sorti de Gaza et tous en rêvent. Certains veulent partir définitivement, d’autres non. Tous font des études ou les ont terminées. Plusieurs parlent un très bon anglais.

    « Pourquoi est-ce l’enfer ? Les gens sont fatigués de tout. Psychologiquement on n’en peut plus : pas de sortie, pas de travail. Pour avoir du travail, il faut tricher. » Les causes nous ont souvent été répétées : le blocus et les deux gouvernements rivaux.

    « Nous n’avons aucun espoir. Les vêtements, la nourriture, ça ne suffit pas. On a besoin de liberté. Nous voulons vivre. On tourne en rond, c’est l’enfer. »

    « La vie ici a plus de désavantages que d’avantages. On devrait prendre du plaisir mais on n’a pas d’avenir. Qui peut prévoir mon avenir ? Dans un an ? Cinq ans ? Si on peut, on partira. N’importe où mais pas à Gaza. Je veux partir légalement ».

    Un jeune ne pense pas qu’il sera maltraité à l’étranger. Il parle de l’Allemagne. Ils échangent entre eux pour savoir si leur départ doit être ou non définitif.

    Le père présent intervient : « jeune aussi je voulais partir ». Il a pu le faire. Quand il a travaillé en Israël (ce que la génération suivante n’a pas connu), il était libre de voyager, en Israël ou en Égypte et il avait de l’argent. Il regrette profondément cette période. Mais il est extrêmement attaché à Gaza.

    Un jeune reprend : « l’enfer hors de Gaza, c’est mieux que le paradis chez nous. Je veux fonder une famille, finir mes études, avoir du travail et une maison ». Il espère pouvoir passer sa thèse à l’étranger et retourner à Gaza.

    « C’est notre destin, on croit en Dieu, on est musulman. On veut vivre comme tous les humains. »

    « Qu’on le veuille ou non, on a une cause et je n’abandonnerai jamais la cause palestinienne. Le blocus peut-il s’arrêter ? Je l’espère. »

    Il en veut à l’Égypte. Il s’attend à une nouvelle guerre. « Je suis très pessimiste ».

    Ils se mettent à parler de la guerre de 2014. « On se dit qu’on peut mourir d’une minute à l’autre. Pendant la guerre, on jouait au football, on faisait des parties de cartes. Le Hamas fait la guerre, et moi que puis-je faire ? »

    « On attendait, on essayait de se convaincre d’une vie heureuse. »

    Pendant la guerre, il s’est dit : « mon avenir est détruit, je veux mourir ». Cela a duré plus de 50 jours.

    Ils sont très en colère contre Israël. Mais tous prêts à aller y travailler si ça redevient possible.

    « La politique, c’est de la merde, plein de mensonges. Si tu protestes contre le gouvernement, tu vas en prison. Ce jeu ne se terminera jamais. Le monde est comme un terrain de football, Gaza le ballon et les gens jouent le rôle des filets. 70% des gens sont pessimistes. »

    Ils se mettent à parler de mariage (aucun d’entre eux n’est marié). Ils ne l’envisagent pas à cause du manque d’argent et de l’envie de partir.

    « Mettez-moi dans votre sac en partant » dit l’un d’eux. Il est prêt à faire n’importe quel travail à l’étranger. « Il n’y a pas de place à Gaza pour les gens créatifs. » Pourtant dès qu’on se met à parler musique, l’un d’entre eux joue du oud et commence à en parler avec passion.


  • Eric-Emmanuel Schmitt

    https://www.facebook.com/asma.naciri/posts/1319678034728622
    MONSIEUR IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORAN - FESTIVAL OFF D’AVIGNON 2016 DU 6 AU 30 JUILLET.

    À Tel-Aviv, il y a quelques années, les partisans de la paix de deux côtés s’emparèrent de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran : le théâtre national d’Israël présenta longtemps cette pièce un soir en hébreu, un soir en arabe. Or nous entrons dans une zone de turbulences et de haines encore plus fortes que lorsque ce texte fut créé en 1999 : l’islamophobie s’est développée sans complexe, l’antisémitisme a repris du poil de la bête, l’ignorance de l’autre n’apparaît plus comme un défaut. Aujourd’hui, on se replie sur son identité comme on se cache dans une armure. Beaucoup ont alors pensé que Monsieur Ibrahim nous manquait, avec sa sagesse souriante inspirée du soufisme, ainsi que Momo, ce garçon solitaire en quête d’amour. Ces deux-là voient d’abord un être humain en l’autre, pas un juif, un arabe, un musulman, un français, un étranger. Ils nous racontent un univers coloré de tendresse et de respect, nourri par la première forme de la tolérance : la curiosité.

    Éric-Emmanuel Schmitt interprète Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran au Chêne Noir Avignon du 7 au 30 juillet 2016 dans le cadre du Festival d’Avignon Off.

    Relâches les lundis 11, 18 et 25 juillet.

    http://bit.ly/1UwRu7g


  • Le droit de l’individu de disposer de lui même...
    https://www.youtube.com/watch?v=vwOk699kChw&app=desktop


    Rencontre PSM : Raphaël LIOGIER - Spiritualité et universalisme
    Raphaël LIOGIER : Sociologue et philosophe. Professeur des universités à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, il y dirige depuis 2006 l’Observatoire du religieux. Enseigne à Paris au Collège international de philosophie. Auteur du livre : La guerre des civilisations n’aura pas lieu : coexistence et violence au XXIème siècle.





  • A méditer : écouter Marie-Claude L’Huillier sur Radio Orient.
    L’historienne Marie-Claude L’Huillier, l’invitée de « Changez d’horizons » : Les collégiens font l’info sur RADIO ORIENT
    http://www.radioorient.com/wp-content/uploads/2016/06/Marie-Claude-Lhuillier.png
    Pour ce rendez-vous mensuel, les élèves du collège Guy Moquet de Gennevilliers ont reçu l’historienne Marie-Claude L’Huillier.
    Marie-Claude L’Huillier, est docteur d’État, professeur d’histoire ancienne à l’université de Bretagne Occidentale ensuite à l’université du Maine.
    Marie-Claude L’Huillier, née par ailleurs à Gennevilliers en 1939, année de la déclaration de la seconde guerre mondiale, s’exprime sur son histoire, de celle de ses parents, clandestins, obligés de quitter Gennevilliers, fuyant la Gestapo, en raison de leurs opinions politiques.
    Marie-Claude L’Huillier raconte l’occupation allemande, la guerre d’Algérie, le FLN, les attentats de l’OAS (qui visaient Malraux, une petite fille devenue aveugle...), le Préfet Papon, les guerres coloniales, les luttes, l’engagement de ses parents dans la résistance, l’Union des étudiants communistes, les manifestations étudiantes anti-guerre. Elle parle d’identité, des migrants, de ses combats, REFUSER LA GUERRE, Guerre et Paix (Tolstoï), distinguer l’histoire de la mémoire, la guerre n’a jamais résolu les questions fondamentales, encore aujourd’hui, Palestine, etc.

    "j’ai connu Gennevilliers avec sa population ouvrière mais aussi sa population de cultivateurs, ...enfance difficile, le mot clandestin qui veut dire perdre son identité, vivre avec des faux papiers, essayer d’échapper aux mailles de la Police, car si la Police française ou la Gestapo avait trouvé leur identité, ils auraient été emprisonnés mais surtout ils auraient été envoyés en camp de concentration ou fusillés comme l’a été l’ancien Maire de Gennevilliers, c’était une vie cachée, je n’avais pas de nom, ... j’étais relativement protégées durant la guerre, je n’ai pas eu peur sauf à la fin, au départ des troupes allemandes, il a fallu qu’on se cache dans une fosse dans le garage, ...
    Maintenant, c’est une nécessité absolue de faire preuve de courage et de dominer sa peur, on a peur des attentats, on a peur de la guerre, ... Gennevilliers a eu à gérer l’arrivée des migrants (logements sociaux), ... engagement de mon père et de ma mère, mon père a lutté en tant que soldat pour la paix contre l’occupation en Allemagne (l’après guerre (traité de Versailles), emprisonné deux années, ... ils ont toujours été communistes, ...
    Les raisons d’espérer et de lutter (en référence au livre autobiographie du père de Marie-Claude) : il faut des racines, il faut les comprendre et il faut s’inscrire dans un mouvement et essayer de les examiner avec lucidité..., il faut que vous aussi vous vous inscriviez dans un mouvement historique, que vous trouviez votre identité, l’histoire, c’est la lutte.
    ...un peuple sans passé n’a pas d’avenir
    Un homme politique disait que l’Afrique n’avait pas de passé, d’histoire, ce qui est totalement faux ! ...
    S’engager est un mot difficile car il a beaucoup de sens et doit être analysé, s’engager par la parole, par les actes (le pouvoir de la parole...), dans la vie sociale, comme dans la vie politique, dans la ville, des mouvements humanitaires, etc."

    Emission présentée par Loïc Barrière
    Auteur de « L’Empire des mots. Orateurs gaulois et empereurs romains aux IIIe et IVe siècles », de « Guerre et paix » Troisièmes rencontres d’Histoire critique (Livre Collectif).
    Ils s’appellent Lina, Inès, Axelle, Chelsea, Khadidja, Djezia, Julia, Colin, Basile, et Marwan.
    En 3e au collège Guy Moquet de Gennevilliers, ils vous proposent une nouvelle émission sur Radio Orient : « Changez d’horizons »…
    Ils ont enquêté, ils se sont documentés, ils sont allés sur le terrain, ils ont fait des interviews, des reportages, des chroniques.
    Les collégiens prennent l’antenne sur RADIO ORIENT pour une émission entièrement faite par eux avec l’aide de leurs professeurs et des équipes de la station.


  • Au nom de l’ordre et de la morale
    https://ci6.googleusercontent.com/proxy/I4RW7EJ5U9ruLwk6KW85W97OUQixg0qWZqTfakJ35UMtK3h-Jfl-tqXPhUMMZUKdm37XE_Hi09EfDGNY-HQurpTBBHPMfeDfY2sOT2JCQhybuQ=s0-d-e1-ft#http://i-ptv.linternaute.com/image/200/1462226583-872315.jpg
    Documentaire - Historique
    https://fr.search.yahoo.com/yhs/search?hspart=ddc&hsimp=yhs-ddc_bd&p=regarder+la+tv&type=bdc-bfr-6Y
    Durant des décennies, jusque dans les années 1980, des milliers de jeunes Suisses ont été jetés en prison sans procédure judiciaire, stérilisés, placés de force dans des familles d’accueil ou en maison de rééducation simplement pour avoir eu une conduite jugée menaçante par une société éprise d’ordre et de conformisme. Sur la base de témoignages, d’archives personnelles et de documents d’époque, ce documentaire raconte le calvaire de ces enfants et décrypte un système politique et social qui a conduit des citoyens bien sous tous rapports à en éloigner d’autres, au nom de certaines valeurs morales.
    Programme France 3 Lundi 16 mai à 22h30
    Durée 1h02
    Auteurs Romain Rosso, Bruno Joucla
    Réalisateur Bruno Joucla

    Combien de victimes firent les placements administratifs d’enfants pratiqués jusqu’au début des années 1980 dans la paisible Suisse ? Combien de mineurs furent maltraités dans diverses institutions où la bonne société helvétique envoyait ceux dont elle craignait qu’ils menaceraient l’ordre public ? Des milliers, issus pour la plupart de milieux modestes et arrachés à leurs familles parce que des citoyens au-dessus de tout soupçon avaient signalé les moeurs légères de tel parent ou la fainéantise de tel autre.
    Pour rendre compte du scandale des enfants placés, médiatisé en France par un article de Romain Rosso (reporter à L’Express et coauteur de ce documentaire), Au nom de l’ordre et de la morale s’attache aux témoignages d’hommes et de femmes, qui retiennent aujourd’hui leurs larmes en évoquant ce que des adultes leur firent subir « pour le bien de tous ». Tel Willy Uldry, placé avec ses six frères et soeurs dans un orphelinat tenu avec sadisme par des religieuses. Face aux archives de cet établissement, Laurent, son aîné, explique comment le curé du village avait pour habitude de le sodomiser derrière la sacristie. Et ne reconnaît pas en photo leur propre mère, dont il peine à comprendre qu’elle les ait laissés là. Primée dans plusieurs festivals, cette enquête éloquente embrasse dans sa complexité un dossier méconnu, qui a conduit la Confédération à présenter ses excuses officielles aux victimes dont on attend l’indemnisation. — François Ekchajzer


  • Arte / 28 Minutes : jeudi 02 juin à 20h05 (43 min)
    http://www.arte.tv/guide/fr/060828-189-A/28-minutes
    Deux sujets : crise des réfugiés et conflit israélo-palestinien

    1) Slavoj Zizek Crise des réfugiés, terrorisme :
    une nouvelle lutte des classes/ Un philosophe peut-il être dangereux ? Guerres, terrorisme, "Le seul responsable est le capitalisme"

    2) Le conflit israélo-palestinien

    ISRAËL-PALESTINE : LA FRANCE PEUT-ELLE FAIRE AVANCER LA PAIX ? Avec Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, et

    ISRAËL-PALESTINE : LA FRANCE PEUT-ELLE FAIRE AVANCER LA PAIX ? Le vendredi 3 juin, Paris accueille une conférence internationale qui vise à tenter de débloquer le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Cette initiative, dont le but est de préparer une seconde conférence où seront cette fois présents des émissaires d’Israël et de la Palestine, montre le refus de la France de laisser le houleux dossier israe’lo-palestinien au point mort. Mais dans un contexte de crise particulièrement inquiétante au Proche-Orient, et avec l’élection au poste de ministre de la Défense israélienne du leader d’extrême droite Avigdor Lieberman, n’y a-t-il pas un risque d’aboutir a` nouveau à un constat d’impuissance ? Pour en discuter, nous recevons Alain Dieckhoff, politologue et spécialiste d’Israël (CERI-Sciences po), Rony Brauman, président de Médecins sans frontières de 1982 à 1994, et Agnès Levallois, maître de conférences à Sciences Po et spécialiste du monde arabe.

    1) suite CRISE DES RÉFUGIÉS, TERRORISME : UNE NOUVELLE LUTTE DES CLASSES ? Entretien avec le philosophe slovène Slavoj Žižek, qui publie "La nouvelle lutte des classes - Les vraies causes des réfugiés et du terrorisme".

    CRISE DES RÉFUGIÉS, TERRORISME : UNE NOUVELLE LUTTE DES CLASSES ? À l’occasion de la sortie de "La nouvelle lutte des classes - Les vraies causes des réfugiés et du terrorisme", "28 minutes" accueille le philosophe slovène Slavoj Žižek. Ce membre de mouvements alternatif, interprète de la philosophie lacanienne, a écrit sur de nombreux et divers sujets tels que la tolérance, la mondialisation, le postmodernisme, le marxisme, l’Irak, et même le cinéma. Surnommé « Marx brother » par le New Yorker, Slavoj Žižek est un personnage hors-norme, qui se veut à l’opposé du scepticisme et de l’obscurantisme qui caractérisent l’époque postmoderne. Slavoj Žižek est sur notre plateau.



  • La CGT « TERRORISTE » ? LOL/MDR
    Pendant que ceux qui nous gouvernent et qui prétendent nous représenter envoient des Scuds (médias-mensonges) et des missiles de type GATTAZ sur le syndicat CGT (casser les luttes sociales, diviser pour mieux régner...), Robert Hue s’insurge et dénonce un comportement vichyste
    http://www.metronews.fr/info/cgt-terroriste-robert-hue-fait-le-lien-entre-les-propos-de-pierre-gattaz-et-vichy/mpeE!zPdJKgAYjMNkw
    CGT « terroriste » : pour Robert Hue, Pierre Gattaz a parlé comme on le faisait sous Vichy
    31-05-2016, source Metronews

    DÉCLARATIONS - Invité sur le plateau d’Itélé le 30 mai, Robert Hue a réagi aux attaques de Pierre Gattaz à l’encontre de la CGT. L’ancien candidat du Parti communiste à la présidentielle estime qu’il s’agit d’un « scandale », rejoignant ainsi l’avis de plusieurs politiciens.

    Robert Hue estime que les propos de Pierre Gattaz à l’encontre de la CGT sont « un scandale ».

    CHRISTIAN ALMINANA / AFP

    Les propos de Pierre Gattaz sur la CGT ne sont pas passés inaperçus. De nombreux politiciens parmi lesquels Pascal Cherki et Jean-Luc Mélenchon ont réagi aux déclarations du président du Medef, qui, dans une interview accordée au Monde, comparait les méthodes du syndicat majoritaire à celles d’une « dictature stalinienne » et des « minorités » d’opposants à la loi Travail à des « terroristes ».

    « C’est un scandale, c’est honteux »

    Pour Robert Hue, invité sur le plateau de Galzi jusqu’à Minuit sur i>Ttélé le 30 mai, « c’est un scandale, c’est honteux ». Le président du mouvement des progressistes a fait le lien entre les attaques de Pierre Gattaz et « Vichy » : « La dernière fois qu’un patron a parlé de la CGT en disant ’terroristes’, c’était sous Vichy », a-t-il déclaré. « La CGT elle était avec le général de Gaulle et les communistes dans la Résistance. La bataille du rail, il a oublié ça ? On peut être d’accord ou pas avec la CGT mais il est inacceptable en cette période où le mot terroriste est connoté…. C’est une honte ».

    Selon lui, le patron des patrons chercherait simplement à « diaboliser » la CGT parce qu’elle mène « une bataille dure » visant à répondre à « un immense émoi de l’opinion ». Robert Hue appelle même à la suspension des discussions parlementaires pour conduire le gouvernement à négocier avec les syndicats.


  • http://www.deslettres.fr/lettre-de-nelson-mandela-a-winnie-garde-espoir
    http://www.deslettres.fr/wp-content/uploads/2015/07/nelson-mandela.jpg
    Nelson Mandela (18 juillet 1918 – 5 décembre 2013), symbole de la lutte contre l’apartheid, premier président noir de l’Afrique du Sud après avoir passé 27 ans en prison, était un modèle de sagesse, un acteur politique génial et majeur du XXème siècle. Mis à rude épreuve, le plus célèbre prisonnier politique a puisé dans l’enfermement et l’idéal de justice les forces pour résister à l’oppression et transformer l’histoire. Exemple dans cette confidence épistolaire à sa femme Winnie.
    1er août 1970

    Les moissons de misère que nous avons récoltées lors de ces quinze derniers mois d’épreuves ne sont pas prêtes de s’effacer de mon esprit. J’ai l’impression que toutes les parties de mon corps, chair, sang, os et âme ne sont plus que de la bile, tant mon impuissance absolue à te venir en aide dans les moments terribles que tu traverses me rend amer. Quelle différence ce serait pour ta santé et ton moral, ma chérie, pour ma propre anxiété et pour la tension dont je n’arrive à me défaire, si seulement nous pouvions nous voir ! Si je pouvais être à tes côtés et t’étreindre, ou si je pouvais ne fût-ce qu’apercevoir ta silhouette à travers les barbelés qui nous sépareraient inévitablement !

    La souffrance physique n’est rien comparée à la façon dont on a piétiné les tendres liens d’affection qui fondent notre mariage et tenté de briser notre relation de mari et femme. Quel épouvantable moment nous vivons ! Nos convictions les plus chères s’en trouvent mises à l’épreuve, comme nos résolutions. Mais tant que j’aurai le privilège de pouvoir communiquer avec toi, même si c’est pour la forme, et jusqu’à ce qu’on me retire expressément ce droit, nos dossiers témoigneront que j’ai essayé avec acharnement de t’écrire tous les mois. Je te le dois, et rien ne m’en distraira. Peut-être ma persévérance sera t-elle un jour récompensée.

    Il y aura toujours des hommes de bonne volonté sur terre, dans tous les pays, et même dans le nôtre. Un jour, nous aurons pour nous le soutien sincère et indéfectible d’un homme honnête, placé au sommet de l’État, qui jugera incorrect de ne pas honorer son devoir consistant à protéger les droits et les prérogatives de ses ennemis les plus résolus, dans la bataille d’idées qui se joue ici ; un homme qui se fera de la justice et de l’équité une idée suffisamment haute pour nous garantir non seulement les droits et prérogatives que la loi nous accorde déjà, mais qui nous dédommagera pour ceux dont nous avons été privés.

    En dépit de tout ce qui est arrivé, des vicissitudes et des revers de fortune des quinze derniers mois, je garde espoir. Il m’arrive même de croire que ce sentiment fait partie de moi. Je sens mon cœur pomper l’espoir et le diffuser dans toutes les parties de mon corps, où il me réchauffe le sang et me remonte le moral. Je suis convaincu qu’une avalanche de calamités personnelles ne peut pas écraser un révolutionnaire déterminé, pas plus que le brouillard obscur qui accompagne de telles tragédies ne peut le faire suffoquer.
    L’espoir est au combattant de la liberté ce que la bouée de sauvetage est au nageur : la garantie qu’il ne se noiera pas, qu’il restera à l’abri du danger. Ma chérie, je sais que si la richesse se mesurait en pesant l’espoir et le courage, avec ce que tu recèles en ton sein (cette idée, je la tiens de toi), tu serais certainement millionnaire.
    Souviens-t’en toujours.


  • Les diplomaties de connivence sont toujours d’actualité !

    Le fait que BHL soit élu et réélu plusieurs fois à la tête du Conseil de surveillance d’Arte, n’empêche pas cette chaîne de passer d’excellents documentaires comme elle l’a toujours fait.

    L’Iran, une puissance dévoilée, c’est maintenant 20h55 Thema

    http://www.artlinefilms.com/catalogue/iran-une-puissance-devoilee
    http://www.lopinion.fr/2-juillet-2014/bernard-henri-levy-arte-est-rares-choses-qui-fonctionnent-en-europe-14021
    Prochaine diffusion sur Arte Jeudi 9 juin à 08h55
    http://www.linternaute.com/television/documentaire-iran-une-puissance-devoilee-p868555

    Iran, une puissance dévoilée
    1908-2008
    Réalisé par Jean-Michel Vecchiet. Ecrit par Jean-François Colosimo.

    Jusqu’où ira l’Iran ?
    Pays carrefour, nation divisée, l’Iran se relève d’un siècle de convulsions politiques. La crise du nucléaire a révélé sa volonté de puissance à la face du monde.
    Les racines du défi lancé à l’Occident s’enfoncent au plus profond d’un passé tourmenté par les révolutions et les intrigues des capitales étrangères. Le récit de cette histoire, éclairé par le point de vue des Iraniens qui en ont été les acteurs principaux, donne les clés de l’objectif d’ambition internationale poursuivi par l’Iran actuel.

    Pour la première fois, ce film remonte cent ans d’histoire iranienne, jusqu’aux sources de la confrontation de l’Iran aux puissances occidentales.

    De 1908 à 2008, de la découverte du pétrole à la crise du nucléaire, voici un voyage spectaculaire au cœur d’un pays et d’un peuple, une fresque colorée qui privilégie le dialogue avec l’histoire vécue, qui dévoile les images d’archives et les documents d’époque, et qui donne surtout la parole aux témoins, aux Iraniennes et aux Iraniens d’hier et d’aujourd’hui. Un regard croisé, sans préjugés et sans concessions, d’eux sur nous, de nous sur eux.

    Des entretiens avec des personnalités de premier plan – comme l’ancien président de la République iranienne Hachemi Rafsandjani – ont été réalisés à Téhéran et Qom. Des interviews d’éminents hommes politiques tels que Zbigniew Brzezinski, Hubert Védrine, etc., ont été filmées. Des collections d’archives audiovisuelles iraniennes ont été mises à disposition de la production, enrichissant un fonds d’images rares ou inédites rassemblées en Europe, en Russie et aux Etats-Unis.

    Du début du XXème siècle à nos jours, ces images retracent le destin contrarié d’une nation pivot, prise entre la tradition et la modernité, la sécularisation et la religion, la soumission et l’indépendance, l’Occident et l’Orient.

    Avis Presse :

    « Un documentaire passionnant »
    Le Figaro

    « Une fresque passionnante, une histoire vivante et tragique qui s’appuie sur des archives et des documents d’époque, mais aussi et surtout sur les récits de témoins éloquents »
    L’Obs

    « Très riche, le documentaire donne une bonne analyse de l’histoire du pays »
    Télé-Loisirs

    « Ce film retrace cent ans d’histoire mouvementée d’une nation partagée entre religion et révolution, domination et indépendance, Orient et Occident. Une fresque passionnante »
    Télé 7 Jours

    « Un documentaire solide et instructif. »
    Télérama

    Diffusion de « Iran, une puissance dévoilée » sur ARTE le mardi 31 mai 2016 à 20h55 dans le cadre d’une soirée Thema consacrée à l’Iran et aux suites de l’accord international sur le nucléaire et la levée des sanctions.


  • Vers la guerre des identités ?
    par P. Blanchard, N. Bancel et D. Thomas

    http://ldh-toulon.net/vers-la-guerre-des-identites-par-P.html

    Article de la rubrique histoire et colonies > la France et son passé colonial 
    date de publication : jeudi 26 mai 2016

    En 2005, les auteurs de cet ouvrage publiaient La Fracture coloniale, juste avant la révolte dans les banlieues. Dix ans plus tard, ils reviennent sur les crises identitaires et sociales qui traversent la France. À travers une multiplicité d’approches, les auteurs rassemblés ici interrogent les nouvelles fractures de notre société, les crises qui la traversent, sans négliger les passerelles historiques qui continuent à nous lier au passé colonial.

    Vous trouverez ci-dessous le début de l’introduction, suivi du sommaire de l’ouvrage.

    Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Dominic Thomas (dir), Vers la guerre des identités, éditions La Découverte, mai 2016, 24 €, 300 pages.

    INTRODUCTION

    Qui veut la guerre des identités ?

    Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Dominic Thomas

    Paris, le 13 novembre 2015… cent trente morts et près de quatre cents blessés… Après les attentats perpétrés en France en janvier 2015, le Premier ministre Manuel Valls avait employé le mot « guerre », un mot qu’il n’a cessé de reprendre, avec le président de la République, pour qualifier les attentats de novembre : « Ce que je veux dire aux Français, c’est que nous sommes en guerre. Oui nous sommes en guerre. Ce qui s’est passé était un acte de guerre organisé méthodiquement [1]. »

    Quelques jours plus tard, le 16 novembre, François Hollande affirme « C’est un acte de guerre », devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles, et tente, les jours suivants, de légitimer la nature de cette « guerre ». Le 27 novembre, aux Invalides, à l’occasion d’une cérémonie d’hommage national à des victimes civiles, il confirme que non seulement nous « mènerons ce combat jusqu’au bout et nous le gagnerons », mais que « la France mettra tout en œuvre pour détruire l’armée des fanatiques qui a commis ces crimes ». Selon l’historien Patrick Garcia, la valeur symbolique des Invalides est d’autant plus grande à cet instant que les « Invalides ont longtemps été le lieu de ceux qui ont donné leur vie pour la nation, des blessés militaires. C’est cette symbolique qui est reprise. Les victimes du 13 novembre sont élevées à un rang semblable à celui de héros militaires : des héros ordinaires. Cela ne revient pas à les transformer en combattants, mais il y a quand même un peu de cela : ces attentats constituaient un acte de guerre, c’est la guerre, donc ces victimes sont des victimes de guerre [2]. » Mais de quelle « guerre » s’agit-il ?

    Il s’agirait d’une guerre classique, mais où toutes les victimes seraient honorées comme des militaires, où toute la Nation serait formée de com- battants, une « guerre » d’État (français) à État (islamique), d’armée à armée, avec un ennemi désigné, des objectifs militaires et, si l’on fixe la bonne stratégie, une « victoire » possible. Nous serions donc tous des combattants participant de facto à cette guerre. Même si on ne sait pas si c’est une « guerre » si « classique » que cela en fin de compte, on est certain d’être en « guerre [3] », ici comme là-bas.

    Une guerre qui se situe entre la Guerre froide et le « choc des civilisations [4] », une guerre où chacun doit désormais choisir son « camp », un conflit qui se double d’une « guerre civile » de nature politique, prévient Manuel Valls début décembre 2015 sur France Inter, en évoquant la montée en puissance du Front national. Le mot s’est immiscé dans notre quotidien. Nous serions en « guerre ». Prenons acte. Et cette « guerre » semble mettre en jeu, avant tout, des identités. Une identité que « nous » voudrions sauvegarder, protéger, défendre ; une identité aussi que les ennemis voudraient nous imposer, dans les banlieues ou à travers les attentats, celle qui guide la stratégie de Daech.

    Quelques mois plus tôt, en janvier 2015, les attentats contre Charlie Hebdo avaient amené le Premier ministre à affirmer que la France connaissait aussi une situation d’« apartheid territorial, social et ethnique ».Guerre et apartheid, deux mots que nous n’aurions pas imaginé devoir être utilisés en France, dix ans plus tôt, à la veille de la révolte des quartiers populaires, lorsque nous avons publié La Fracture coloniale [5]. Ce livre cherchait alors à éclairer une situation, en France, de rupture, consécutive à un passé colonial mal assumé, provoquant une guerre des mémoires [6] et participant d’une crise identitaire. Dix ans plus tard, la situation a-t-elle empiré au point que de tels termes s’imposent ?

    Les faits indiquent que la France (hexagonale et ultramarine) est en situation de crise postcoloniale, situation adossée à des inégalités éco- nomiques, politiques et sociales en général associées au Global South. Ce constat était celui des auteurs de La Fracture coloniale [7], renouvelé dans un second ouvrage, paru en 2010, Ruptures postcoloniales, [8].

    Nous pensons que cette « fracture » s’actualise désormais dans cette situation d’apartheid et concourt aux spécificités conflictuelles de la guerre que connaîtrait actuellement la France. C’est dans cette conjoncture que le présent livre collectif a été construit. Sommes-nous condamnés à une guerre des identités ? [...]

    suite sur ce lien :

    http://ldh-toulon.net/vers-la-guerre-des-identites-par-P.html


  • Edgar Morin – Réformer la pensée, réformer l’éducation
    L’éducation au coeur des enjeux auxquels le monde d’aujourd’hui doit faire face.
    www.cairn.info/loadimg.php ?FILE=SOC/SOC_086/SOC_086_0099/SOC_id2804144879_pu2004-04s_pa01-da13_art10_img001.png
    https://youtu.be/Y1ZWD4pvKLE?t=178


    La réforme de la pensée à laquelle Edgar Morin appelle de ses voeux fournit des concepts pour tenter de rétablir le lien entre les différents types de connaissance et entre les citoyens. Pour l’auteur de « La Méthode », elle appelle en même temps une réforme de l’éducation. Ainsi, l’éducation s’avère être au coeur des enjeux auxquels le monde d’aujourd’hui doit faire face.


    • Edgar Morin, sociologue et théoricien de la complexité : des cultures nationales à la civilisation européenne
      par Ali AÏT ABDELMALEK  
      http://www.cairn.info/revue-societes-2004-4-page-99.htm

      « Je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus de connaître le tout sans connaître les parties… » (Pascal ; ce principe est aussi, pour Edgar Morin, l’un des paradigmes de la méthode de la complexité.)

      « Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. »
      (Montaigne).

      1 La sociologie d’Edgar Morin est, dans mes recherches, une référence omniprésente. Ainsi, la transdisciplinarité n’a cessé d’être, chez moi, une tentation : n’est-il pas temps, en effet, de réconcilier les savoirs et jeter des ponts, d’établir des correspondances entre des disciplines qui jusqu’ici refusaient de communiquer entre elles ? Il reste, sans doute, que la pensée complexe est moins la clé du monde – ou une recette – qu’un défi à affronter.

      2 Ce faisant, qu’est-ce que l’approche systémique ? Une question lancinante, souvent associée à un sentiment de curiosité mêlée d’irritation devant son caractère complexe, flou et fuyant. Tentons tout de même d’en tracer les traits essentiels, après quelques remarques générales.

      3 Au sens courant, réducteur et inexact de complication, le terme « complexité » servait d’excuse au manque de théorie et d’explication. De justification, il est devenu problème, lui-même objet d’étude. La complexité a évolué dans le contexte scientifique et épistémologique contemporain et a pris, dans les sciences sociales, une ampleur considérable.

      4 Avant de tenter de présenter la conception d’Edgar Morin [1]
      [1] Edgar NAHOUM, sociologue et philosophe français (Paris,...
      , il faut noter les mises en garde contre la tentation d’appliquer aux sciences sociales les idées utilisées dans les théories scientifiques modernes en oubliant les caractères particuliers des faits sociaux (les valeurs) et leurs propres traditions.

      5 L’objet de cet article est de présenter :

      la figure de la complexité (en sociologie) ;

      la méthode, la pensée scientifique et humaniste, et la réforme de la connaissance proposées par un auteur, Edgar Morin ;

      quelques réflexions sur l’Europe comme « unité multiple et complexe unissant les contraires de façon inséparable ». Les principes seront d’abord exposés, de manière accessible, puis illustrés, très brièvement, par une recherche que je mène actuellement sur l’Europe, comme « utopie communautaire ».

      6 Autrement dit, mon propos se présente comme une pièce de théâtre classique, en trois actes et plusieurs tableaux. Pour comprendre l’articulation des étapes, il nous faut tout d’abord dire quelques mots des principes de la « complexité » que la pensée d’Edgar Morin propose et de la logique qui les unit.
      1 Penser la complexité du réel

      7 Le mot « complexe » – du latin complectere : embrasser – est le contraire de simple, puisqu’il renvoie à l’idée d’éléments divers. Le complexe, c’est aussi, dans le langage courant, un sentiment d’infériorité, que la cure psychanalytique aurait pour but d’éliminer. La notion a perdu son sens d’étape de la personnalité pour s’appliquer à une multitude de cas particuliers. Pour le économistes, il s’agit de grands ensembles industriels groupés sur un territoire restreint (complexe sidérurgique de la Ruhr, par exemple).

      8 Les sciences humaines et sociales utilisent, de plus en plus couramment, la notion de « complexité ». Cependant, la signification est loin d’être claire et donne lieu, le plus souvent, à de faux problèmes. L’importance prise par cette notion est un symptôme intéressant des changements qui affectent la connaissance scientifique de la culture et de la nature. Il est devenu vital de sauver la diversité biologique, mais aussi la démocratie, dans le respect de la pluralité y compris des idées et opinions minoritaires, voire marginales. À notre époque centrée sur l’information, la communication et la réalité virtuelle, la pensée complexe doit enseigner aussi, sans aucun doute, la critique des images (sémiologie). Sous l’appellation de « mouvement systémique », on regroupe, en fait, un ensemble d’activités de recherche scientifique concernant la dynamique des systèmes naturels et culturels. Ces activités, théoriques et pratiques, reposent sur un certain nombre de présupposés dont les plus importants sont les suivants :

      Il existe des lois générales communes, transdisciplinaires, régissant les systèmes complexes et fortement interactifs, qu’ils soient physico-chimiques, biologiques, écologiques, économiques, sociaux, cognitifs, naturels…

      Ces lois sont essentiellement de nature relationnelle (ou cybernétique : interactions internes ou externes).

      Certaines propriétés sont de caractère « holistique », dans le sens qu’elles concernent l’ensemble du système comme une entité unitaire. Certaines propriétés émergentes n’ont d’existence et de sens qu’au niveau du système comme totalité indivisible ; le degré d’autonomie dépend de la structure dans l’espace et le temps et de l’organisation logique de l’ensemble du système impliqué.

      9 Finalement, l’existence de lois générales et d’invariants transdisciplinaires n’implique pas que les systèmes soient déterministes et prédictibles. Bien au contraire, les systèmes sont très sensibles au jeu entre contingence locale et nécessité relationnelle. L’approche systémique est, ainsi, une grille qui prépare au changement de paradigme. Même si certaines disciplines s’occupant de systèmes complexes, la biologie ou l’économie par exemple, ont développé chacune des outils conceptuels adaptés à leur propre champ de préoccupation, il manquait encore une épistémologie commune, générale, bien adaptée à rendre intelligibles tous les systèmes naturels et culturels.

      10 Edgar Morin, sociologue et philosophe des sciences (C.N.R.S.) a, ainsi, prolongé les efforts de N. Wiener (cybernétique) et du biologiste L. von Bertalanffy, qui avaient marqué les débuts de la « science des systèmes ». Familier des physiciens, biologistes et cybernéticiens, le concept de « système » est utilisé en socio-logie pour insister sur l’unité de la société et l’interdépendance des éléments (les sous-systèmes) qui la composent. Talcott Parsons est sans doute le sociologue qui a fait l’usage le plus approfondi de ce concept. Il conçoit la société comme l’imbrication d’un système culturel et d’un système social. Ces deux systèmes s’institutionnalisent dans une structure qui confère à la société une grande stabilité.
      1) Le concept de « système » appliqué aux sociétés

      11 Le système culturel et le système social sont les deux composantes de la société ; un système est une combinaison d’éléments dont la réunion forme un ensemble. Appliqué à la société – au niveau de l’État-nation ou de l’Union européenne (U.E.) –, ce concept met l’accent sur l’unité du social et l’interdépendance des éléments (les sous-systèmes) qui la composent. Une analyse en termes de système part de l’hypothèse selon laquelle la totalité (ici la société) possède un degré de complexité supérieur à celui de sous-systèmes qui la composent. Autrement dit, la société présente des caractéristiques qui lui sont propres et que l’on ne retrouve pas dans chacun des domaines sociaux ni, bien sûr, dans les individus. On peut distinguer, ainsi, le sous-système culturel du sous-système social :

      le sous-système culturel est composé des valeurs auxquelles il faut ajouter les connaissances et les idéologies propres à une société. C’est donc un vaste ensemble de symboles qui donne sens à l’action des individus ;

      les normes et les rôles sont parmi les principales composantes du sous~système social qui régit les interactions entre les individus. Ces normes et ces rôles sont la traduction concrète des valeurs qui ont toujours un caractère très général. Elles forment une « structure » car elles ont une relative permanence et expliquent, en partie, la stabilité des comportements sociaux.

      12 La société est, pour T. Parsons, formée de l’imbrication des sous-systèmes culturels et sociaux. Les normes et les rôles résultant des valeurs, l’auteur accorde au sous-système culturel la place la plus haute dans la hiérarchie des sous-systèmes. Une société est, pour lui, d’abord caractérisée par son système de valeurs. L’idée est ici que Morin dépasse l’opposition entre « fonctionnalisme » et « structuralisme » ; en effet, le marxisme peut, également, utiliser le concept de « système ». Par bien des égards, on le sait, le fonctionnalisme est en opposition avec le marxisme. Alors que Marx insiste sur le rôle prépondérant de l’économie dans la société, les fonctionnalistes accordent la priorité à la culture. Ils décrivent une société stable, cohérente, dans laquelle les individus s’intègrent. Marx insiste au contraire sur les contradictions du social et sur la lutte des classes. Il est pourtant possible d’intégrer le concept de « système » dans une analyse marxiste en définissant la société comme un ensemble cohérent de rapports sociaux organisés autour de l’exploitation d’une classe par une autre. On parlera alors de « système capitaliste » pour insister sur l’interdépendance entre l’infrastructure économique et la superstructure culturelle, juridique, politique, religieuse, etc. [2]
      [2] Cf. infra., figure 1.
      En fait, il ne s’agit ni de surestimer une vision « hyper-socialisée » de l’individu, ni de sous-estimer les transformations sociales : la société change et, à la fois, se reproduit ! De nombreux courants de pensée ont ainsi abandonné le concept de système, en opposition au fonctionnalisme. On peut dire que Morin lui a rendu une certaine actualité.

      13 http://www.cairn.info/loadimg.php?FILE=SOC/SOC_086/SOC_086_0099/SOC_id2804144879_pu2004-04s_pa01-da13_art10_img001.png
      Figure 1 - « La place du système » Figure 1

      14 Des remarques précédentes, découle au moins une conséquence pratique essentielle : il est indispensable de disposer de descriptions aussi fidèles que possible du comportement des acteurs sociaux et, de ce point de vue, l’analyse systémique se révèle essentielle. Cependant, la façon d’étudier les actions (les normes, la régulation, la construction des identités et des cultures…) se révèle essentielle :

      une délimitation plus ou moins restrictive et une définition d’un objet d’étude ;

      un modèle (trop souvent implicite) théorique du comportement. Ce modèle va dicter le recueil des données (méthodologie : observations, entretiens…) et définir le cadre interprétatif des résultats de l’enquête.

      15 Un tel modèle a conduit logiquement l’auteur à ne pas ignorer – comme le font trop souvent les sciences humaines (sociologie, anthropologie, philosophie, etc.) – les sciences de la vie, telles que la biologie ou la physique [3]
      [3] Peut-on évoquer les « sciences exactes » ou les « sciences ...
       ; réciproquement, ces sciences « exactes » sont trop souvent attachées à leur objet pour pouvoir accueillir une réflexion philosophique qui pourrait portant éclairer leurs principes et leur méthode. Or, il devient urgent, affirme E. Morin, dans Science avec conscience (Fayard, 1982) [4]
      [4] Cf. nouvelle publication : Seuil, coll. « Points », ...
      , que la communauté scientifique admette le caractère éminemment transdisciplinaire de la connaissance. Seule une raison ouverte, capable de travailler avec l’irrationnel, saura relever « le défi de la complexité ». En effet, toutes les sciences, sans exception, sont confrontées à la complexité du réel. La nécessité de relier l’objet au sujet et à son environnement, de traiter l’objet non plus comme objet inerte et privé de forme, mais comme un système doué d’organisation, de faire dialoguer la théorie avec l’incertitude et le contradictoire oblige aujourd’hui l’homme de science à respecter la « multidimensionnalité » des êtres et des choses. Seule une connaissance qui tentera de se connaître elle-même, seule une « science avec conscience » ne sera, à ce titre, ni mutilée, ni mutilante. L’auteur élabore ici un nouvel humanisme, fondé sur trois qualités essentielles, pour dépasser l’imperfection et l’« incomplétude » de l’ignorant, et pour agir en homme libre : raison, imagination et sens. Influencé par divers auteurs, en particulier Saint Augustin, et par les humanistes, Edgar Morin a élaboré une théorie originale, rehaussée par un style imagé et un ton inattendu.

      16 Après la description de mythes et de la « culture de masse », l’auteur s’interroge, à l’instar de Max Weber, célèbre sociologue allemand, sur la vocation scientifique, mais plus encore, sur la valeur de la science relativement à l’ensemble de la vie humaine.

      17 Le sens de la science a historiquement changé ; celle-ci n’apparaît plus, aujourd’hui, comme le chemin qui conduit à l’être véritable, à l’art vrai, à la vraie nature, au vrai Dieu ou au vrai bonheur. En réalité, la science n’apporte aucune réponse à la question : « Comment devons-nous vivre ? » À proprement parler, la science, indissociable de l’idée de progrès indéfini, s’inscrit dans un mouvement général de rationalisation et d’intellectualisation [5]
      [5] Nous pouvons maîtriser toute chose par la prévisio...
      , mouvement qui revient fondamentalement à « désenchanter » le monde. Ce n’est pas que la science puisse dire tout de tout ; elle s’appuie elle-même sur des présupposés qui échappent à toute démonstration par des moyens scientifiques. Mais ce qui est certain, c’est qu’elle ne peut rien dire sur les questions « axiologiques » : ni sur la valeur de la culture, ni sur la manière dont il faut agir dans la cité ou au sein des groupements politiques. Le savant – et en particulier, le sociologue – ne doit se comporter ni en démagogue ni en prophète, car, comme l’a dit Weber, « dans un amphithéâtre, aucune vertu n’a plus de valeur que celle de la probité intellectuelle [6]
      [6] M. WEBER, Wissenschaft als Beruf (la « vocation de...
       ». On reprendra, ici, la distinction qu’il a rendue classique entre l’éthique de la responsabilité (où l’on doit répondre de ses actes, comme dans l’action rationnelle en vue d’une fin où s’articulent les moyens et les fins) et l’éthique de la conviction (où, orientant son action vers des valeurs, on a simplement à cœur « de veiller sur la flamme de la pure doctrine »). Certes opposées, ces deux éthiques se complètent pourtant ; mieux, selon Weber, elles constituent ensemble « l’homme authentique », c’est-à-dire un homme qui peut prétendre à la « vocation politique ». Dans une série d’articles et d’ouvrages consacrés à l’étude de la démocratie, Edgar Morin observe, avec Claude Lefort, que, contrairement aux sociétés totalitaires, qui affirment sans difficulté leur identité, la société démocratique s’appuie sur une hétérogénéité des comportements sociaux et sur la conviction qu’il n’y a pas plus de fondement dernier dans le domaine du pouvoir politique que dans celui de la connaissance [7]
      [7] À ce sujet, C. LEFORT, L’invention démocratique, Paris,...
      .
      2) La méthode (1977-2004)

      18 La méthode cartésienne devait permettre à l’homme de « bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences » ; Edgar Morin, en entreprenant la rédaction de cette monumentale Méthode (5 tomes), n’avait pas d’autre ambition. Sauf que la vérité que poursuit Morin ne se cantonne pas dans les « idées claires et distinctes ». La Méthode qu’il élabore ici ne craint pas, en effet, d’appréhender la complexité du réel : le fait que :

      l’homme est tout à la fois un individu biologique et un acteur social ;

      dans la nature, l’ordre peut naître du désordre, et réciproquement ;

      ce qui limite la connaissance – comme l’avait bien vu Kant – porte la marque du sujet qui le connaît et, qu’inversement, tout sujet connaissant porte l’empreinte du monde extérieur.

      19 Un tel dessein, on l’aura compris, ne s’accommode guère d’une méthode réductrice et simplificatrice, d’une méthode qui entend isoler les phénomènes de leur environnement, éliminer l’observateur de l’observation, exclure de la science tout ce qui n’entre pas dans le schéma linéaire pris pour modèle par Descartes : l’aléatoire, l’incertain, l’anormal, le compliqué. Il s’agit, au contraire, d’adopter le paradigme de complexité qui permette de concevoir comme lié ce qui, jusqu’ici, était considéré comme disjoint. Et l’auteur de battre en brèche les cloisonnements et alternatives dont l’histoire de la philosophie a fait de véritables dogmes : dualisme de l’homme et de la nature, de la matière et de l’esprit, du sujet et de l’objet, de la cause et de l’effet, du sentiment et de la raison, de l’un et du multiple…

      20 La méthode adoptée par l’auteur repose sur un certain nombre de principes, qui sont eux-mêmes en interaction les uns les autres : le principe « dialogique », le principe « récursif » et le principe « hologrammique ». Pour Edgar Morin, il s’agit de rendre les théories plus ouvertes, complexes et autocritiques, et aptes à dialoguer les unes avec les autres, en dehors de tout dogmatisme ou endoctrinement. L’information, la connaissance et la pensée sont, à cet égard, des capitaux précieux pour l’individu et la société. Ainsi, le cheminement d’Edgar Morin à partir des années 1990 le conduit vers l’éducation [8]
      [8] Voir en particulier l’ouvrage : La tête bien faite,...
      . Concernant l’éducation, l’auteur préconise, dans « La tête bien faite » (Seuil, 1999), de « réformer la pensée pour réformer l’enseignement et de réformer l’enseignement pour réformer la pensée » ; dans le sens de cette réforme de la pensée, il propose les principes qui permettraient de suivre l’indication donnée par Pascal : « Je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître les parties… » Ainsi, en voyant des globalités, il s’agit de ne perdre le contact avec le particulier, le singulier et le concret. La science, dans cette perspective, n’a pas seulement à organiser la connaissance, mais à « initier à vivre, affronter l’incertitude, apprendre à devenir citoyen ».

      21 Pour en revenir à la « complexité », on notera que loin d’être un « remède à tous les maux de l’esprit » ou encore une « potion magique », elle est, pour Edgar Morin – et pour nous tous – un défi ; encore fallait-il proposer de le relever ! Tous ceux qui ont lu Edgar Morin savent – parce qu’ils ne le jugent pas selon les « ragots du microcosme » – que les défis sont nombreux et que la réalité est complexe. Aujourd’hui, les problèmes sont de plus en plus transversaux, multidimensionnels, transnationaux, globaux, planétaires. Or les problèmes particuliers ne peuvent être posés et pensés correctement que dans leur contexte. En fait, le défi de la globalité est, en même temps, un défi de la complexité ; en effet, il y a bien complexité lorsque sont inséparables les composants différents constituant un tout (comme l’économique, le politique, le culturel, etc.). Une pensée incapable d’envisager le contexte et le complexe planétaire rend aveugle et irresponsable ; l’intelligence doit non seulement découper, cloisonner et isoler, mais aussi relier et recomposer.

      22 On peut dire que la connaissance progresse principalement par capacité à contextualiser et à globaliser. Concernant l’enseignement et l’éducation, le défi est, pour Edgar Morin, triple :

      culturel : il faut relier la culture humaniste et la culture scientifique, la nature et la culture ;

      sociologique : l’information est une « matière première » que la connaissance doit maîtriser et intégrer » ;

      civique : plus la politique devient technique, plus la compétence démocratique régresse, et le citoyen perd le droit au savoir et à la parole.

      23 Quelle est la finalité de l’enseignement ? Montaigne l’avait très bien formulée : « Mieux vaut une tête bien faite que bien pleine. » [9]
      [9] Cité par E. MORIN, La tête bien faite, op. cit.,...
      Comme le suggère E. Morin, plutôt que d’accumuler des savoirs, il est beaucoup plus important de disposer à la fois :

      d’une aptitude générale à poser et traiter des problèmes,

      de principes organisateurs qui permettent de relier les savoirs et de leur donner sens [10]
      [10] Ibid.
      .

      24 Autrement dit, la connaissance comporte à la fois analyse et synthèse ; mais, comme l’enseignement conventionnel disjoint les objets – et les disciplines – entre eux, il nous faut concevoir ce qui les relie ! Une telle pensée devient inséparablement pensée du complexe, car il ne suffit pas d’inscrire toute chose et événement dans un « cadre ». Il s’agit de rechercher les relations entre tout phénomène et son contexte, les relations réciproques « tout/parties » : comment un changement local se répercute sur le tout et comment une modification du tout se répercute sur les parties. Il s’agit, en même temps, de reconnaître l’unité au sein du divers, le divers au sein de l’unité, de reconnaître par exemple l’unité humaine (à l’échelle de l’Europe, par exemple, voire de la planète) à travers les diversités individuelles et culturelles (les territoires locaux, les régions et les nations), les diversités individuelles et culturelles à travers l’unité humaine.

      25 Peut-être convient-il, ici, de préciser l’idée systémiste, qu’il faudrait réintroduire dans nos analyses et réflexions, et qui a commencé progressivement depuis les années 1950, à saper la validité d’une connaissance réductionniste. Formulée par von Bertalanffy, la théorie générale des systèmes, partant du fait que la plupart des objets de la physique, de l’astronomie, de la biologie, de la sociologie, atomes, molécules, cellules, organismes, sociétés, astres… formeraient des systèmes, c’est-à-dire des ensembles de parties diverses constituant un tout organisé, retrouva l’idée qu’« un tout est plus que l’ensemble des parties qui le composent ». À la même époque, la cybernétique établissait les premiers principes concernant les structures de communication, dont la connaissance ne pouvait se réduire à celle de leurs parties constitutives. Comme l’a dégagé E. Morin – La méthode, t. 1 / La Nature de la nature, Éd. du Seuil, « Points Essais », n°123, pp. 101-116 –, l’organisation en système produit des qualités ou propriétés inconnues des parties conçues isolément : les émergences. Les propriétés inconnues à l’échelle des constituants émergent dans et par cette organisation [11]
      [11] Comme Edgar Morin l’a indiqué aussi dans l’ouvrage...
      . Ainsi, toutes les disciplines scientifiques – des sciences de la terre aux sciences sociales – sont, selon Edgar Morin, poly- ou transdisciplinaires : elles ont pour objet non des secteurs, mais un système complexe formant un tout organisateur. On peut parler de sciences « systémiques » à travers quelques exemples :

      L’écologie : l’idée de système s’est imposée rapidement sous la forme de la notion d’écosystème dans une science fondée à la fin du XXe siècle – qui signifie que l’ensemble des interactions entre populations vivant au sein d’une unité géophysique déterminable constitue une unité complexe de caractère organisateur. À noter que, pour concevoir le « biotope », les disciplines physiques (zoologie, botanique, microbiologie) font de plus en plus appel aux sciences humaines pour considérer les interactions entre le monde humain et la biosphère.

      La géographie : l’essor de l’écologie a revitalisé la géographie qui, marginalisée dans les sciences sociales, a retrouvé ses perspectives multidimensionnelles, complexes et globalisantes [12]
      [12] Cf. Michel ROUX, Géographie et complexité, Paris,...
      . « Nous sommes nécessairement des généralistes » écrit Jean-Pierre Allix, transformant la géographie en « science de la Terre des hommes » pour reprendre la formule d’Edgar Morin.

      La psychologie : dans la psychothérapie systémique, on sait que les progrès ont été importants ; il n’y a pas un malade, plus un autre malade, c’est un groupe donné qui est psychiquement malade et, dans ce groupe (familial), tel individu ou tel autre va fixer la maladie du groupe [13]
      [13] À ce sujet, cf. travaux de Jean-Paul Gaillard, psychologue...
      . Du même coup, cela permet une évolution par rapport à l’individualisme de la psychologie, y compris chez Freud ; il y a une réalité continue individu/groupe et non seulement on ne peut plus penser l’individu comme isolé, mais on doit associer deux notions, on l’a dit, antagonistes : l’autonomie et la dépendance. Par là, on évite l’inconvénient majeur des pensées conventionnelles qui tombent dans le piège de la réification de l’individu, de la société, de l’identité ou de la culture.

      Ainsi, pour Hubert Reeves, astrophysicien célèbre qui fait sienne cette phrase de Lacan, « La nature est structurée comme un langage », les différents éléments qui forment l’univers constituent des « alphabets superposés » [14]
      [14] Cf. Vortex, Cahiers du Centre interfacultaire d’études...
      , dans une pyramide dite de la complexité depuis les particules élémentaires jusqu’aux êtres vivants. Les étoiles naissent, vivent et meurent ; pourtant, le destin des étoiles ne s’arrête pas à leur mort, puisque, grâce à leur chaleur interne, elles ont recréé des conditions qui n’existaient plus dans l’espace pour permettre l’apparition de nouveaux noyaux, plus complexes.

      26 On aurait pu évoquer d’autres disciplines : André Burguière parle, par exemple, du passage de l’« histoire évolutionniste » à l’« histoire complexe » [15]
      [15] Cité dans : Relier les connaissances, Paris, Seuil,...
      . Si l’histoire tend à devenir une science de la complexité humaine, les autres disciplines des sciences proprement humaines restent souvent compartimentées : sociologie, économie et psychologie, en particulier, ne communiquent que chez certains chercheurs marginaux.

      27 La pensée complexe a bien une valeur heuristique, mais elle ne saurait être qu’une nouvelle pensée démystifiante et élucidante ou encore, un outil critique. En effet, au-delà de la rationalité critique – y compris de la critique de la critique [16]
      [16] On pense, ici, à la Critique de la raison pure, à...
      –, Edgar Morin souligne, à juste titre, son accord pour une pensée critique capable de se critiquer elle-même. Le produit de la rationalité occidentale, c’est en effet la rationalité critique et autocritique ; dénuée d’autocritique, la rationalité risque de se dogmatiser.
      2 De Gaston Bachelard à Edgar Morin : un nouvel esprit scientifique

      28 Rappelons, d’abord, les traits essentiels de la mission enseignante et scientifique, selon Edgar Morin :

      fournir une culture qui permette de distinguer, globaliser, contextualiser et aborder les problèmes fondamentaux ;

      préparer les esprits, d’une part, à répondre aux défis que pose, à la connaissance humaine, la complexité croissante des problèmes, d’autre part, à affronter les incertitudes ;

      éduquer pour la compréhension entre les citoyens et les groupes ;

      enseigner l’affiliation à l’État-nation, à son histoire et à sa culture, mais aussi introduire l’affiliation à l’Europe et à la « citoyenneté terrestre ».

      29 Il nous faut donc nous réarmer intellectuellement en apprenant à penser la complexité, afin d’affronter les défis sociaux et de freiner le dépérissement démocratique que suscite, dans tous les champs de la politique, l’expansion de l’autorité des experts et spécialistes de tous ordres, qui rétrécit progressivement la compétence des citoyens. Comme disait Pierre Bourdieu, « le monde me comprend et je comprends le monde » ; en reprenant la phraséologie d’Edgar Morin, « nous sommes à la fois dans et hors de la nature » [17]
      [17] E. MORIN, La tête bien faite, op. cit., p. 40.
      . La pensée, qui nous fait connaître le monde physique, nous en éloigne autant.

      30 Cette nouvelle culture scientifique, de G. Bachelard à E. Morin, pose le même problème, déjà évoqué par Montaigne ou Camus, celui de la « condition humaine » : l’être humain, à la fois naturel et sur-naturel, doit être situé dans la nature vivante et physique, mais « il en émerge et s’en distingue par la culture, par la pensée et la conscience ». Tout cela nous met en face, encore une fois, du caractère double et complexe de ce qui est humain : l’humanité (culture) et l’animalité (nature) ; l’être humain nous apparaît dans sa complexité, à la fois totalement biologique et totalement culturel. Comme l’a montré Marcel Mauss, anthropologue, nos activités biologiques élémentaires (boire, manger, déféquer) sont étroitement liées à des normes, à des interdits, des rites et des symboles, c’est-à-dire à ce qu’il y a de plus spécifiquement culturel. La « culture scientifique » et la « culture humaniste » peuvent révéler, ensemble, la situation de l’être humain dans le monde, « minuscule partie du tout mais portant la présence du tout dans cette minuscule partie ».

      31 Ainsi, l’initiation aux sciences nouvelles devient en même temps initiation, par ces sciences de la complexité, à notre condition humaine. Paradoxalement, les sciences humaines n’apportent qu’une faible contribution à l’étude de la condition humaine : la pensée structurale de Claude Lévi-Strauss, par exemple, tend à « dissoudre » l’homme dans des structures (la parenté, en particulier) au lieu de le révéler. L’anthropologie, l’ethnologie et la sociologie pourraient, plutôt, envisager l’humanité dans son unité et ses diversités individuelles et culturelles.

      32 En définitive, le concept d’« homme », comme l’indique Edgar Morin, « a double entrée : une entrée bio-physique, une entrée psycho-socio-culturelle, les deux entrées se renvoyant l’une à l’autre » [18]
      [18] Cf. E. MORIN, La tête bien faite, op. cit.
       ; en dépit de l’absence d’une science de l’homme qui coordonne et relie les sciences de l’homme (ou plutôt en dépit de l’ignorance des travaux effectués dans ce sens [19]
      [19] E. MORIN et M. PIATELLI-PALMARINI, L’Unité de l’homme,...
      ), l’enseignement de la complexité pourrait plus efficacement tenter de faire converger les sciences de la nature et les sciences humaines sur l’étude de la condition humaine. Il pourrait, dès lors, déboucher sur une prise de conscience de la communauté de destin propre à notre ère planétaire où tous les humains sont confrontés aux mêmes problèmes vitaux et mortels [20]
      [20] Au sujet de la guerre, on lira utilement B.-H. LEVY,...
      . Qu’on me permette, ici, de dire que la pensée d’Edgar Morin a beaucoup stimulé mes analyses (critiques) de la « citoyenneté européenne », et encouragé à la compréhension de l’identité et de la culture ; en montrant que l’histoire nationale française ne peut se comprendre isolée ni de la provincialisation des ethnies au départ très hétérogènes, ni de l’histoire européenne, l’auteur m’a suggéré une approche systémique et organisationnelle, mais aussi des principes complémentaires et interdépendants (le principe hologrammique, celui de la boucle rétroactive et récursive, et dialogique).

      33 Rompant avec le morcellement de l’humain, Edgar Morin – porteur résolu de l’insolence et pourfendeur des préjugés [21]
      [21] L’insolence sociologique a, semble-t-il, des vertus ...
      – s’interroge : « Qui sommes-nous ? » Plutôt que de juxtaposer les connaissances dispersées dans les sciences et les humanités, L’identité humaine (Seuil, 2001) se donne pour vocation de les relier et de les articuler, afin de penser, encore une fois, la complexité humaine, dénominateur commun à tant de travaux divers qui ont semblé à beaucoup dispersés. L’identité humaine (à la fois biologique, subjective et sociale) ne se joue-t-elle pas dans la crise planétaire en cours ?
      3 États-nations et Europe : apprentissage citoyen et poly-identité

      34 Avant de rappeler, brièvement, quelques « principes guides » pour une pensée qui relie (et ne privilégie uniquement les spécificités), on rappellera que l’unité de l’Europe n’est qu’une idée, récente quoi qu’on en dise, non une réalité. L’Europe n’a jamais été unie, dans aucune époque du passé. La réalité de l’Europe est plutôt faite de divisions multiples qui se sont accumulées, superposées, entrecroisées au cours de l’histoire : divisions politiques, linguistiques, économiques, culturelles. Toutes ont laissé des traces – particulièrement entre l’Est et l’Ouest – qui continuent d’influencer la vie du continent. L’idée d’unité de l’Europe est fondée sur la volonté de surmonter ces divisions ; elle est avant tout un projet politique : une « utopie ». L’objet de l’essai d’Edgar Morin – du livre intitulé « Penser l’Europe » (1987) – est d’analyser et de confronter ces deux thèmes : l’Europe, prise dans sa complexité spatiale et temporelle depuis l’Antiquité, et la construction européenne, telle qu’elle s’est engagée depuis quelques décennies. L’histoire et la culture constituent les axes centraux de l’ouvrage en même temps qu’ils représentent des principes explicatifs privilégiés dans l’étude de l’Europe, comme « unité multiple et complexe », unissant, comme le dit encore l’auteur, « les contraires de façon inséparable ».

      35 Pour la sociologie (et l’anthropologie), l’Europe a toujours été objet de réflexion et de débats, vu la complexité des rapports existant entre citoyenneté et culture. Dans un moment de son histoire où l’anthropologie a pour objet d’études, le plus souvent, sa propre culture, il est nécessaire d’élaborer, à partir de nouveaux paradigmes, de nouvelles méthodes capables de tenir compte de la complexité et du dynamisme propres à la société occidentale contemporaine. L’Europe, caractérisée en partie par la fragmentation, la dynamique, les nouvelles formes de sociabilité, exige des méthodes d’approche passant par le symbole, dans la mesure où celui-ci contient les diverses dimensions (affective, mythique…) du vécu social.

      36 Edgar Morin invitant à « abandonner les discours rhétoriques et les idées fragmentaires », fournit les bases de développement de nombreuses analyses du symbolisme et de la complexité, constituant une méthode originale qui se caractérise par sa capacité d’adaptation à chaque objet d’étude sociologique. Cette systématisation, proposée par le sociologue Edgar Morin, part des principes que l’Europe est « une unité multiple et complexe, unissant les contraires de façon inséparable », et que la sociologie, comme discours théorique, est une science de l’homme, du singulier, de la différence, de la nuance. Il s’est, ainsi, attaché à la recherche d’une méthode de connaissance apte à saisir la complexité du réel. Pour cette contribution, le processus d’analyse se déroule en fait en deux temps et par étapes successives : il s’agissait d’abord de situer l’auteur, directeur de recherche au C.N.R.S., mais aussi acteur et témoin de la vie politique, « penseur de l’Europe » ; ce sont les données biographiques, placées dans une réalité socioculturelle et historique spécifique, qui devront éclairer la démarche. Edgar Morin est bien un chercheur transdisciplinaire, un penseur de la complexité et un spécialiste des problèmes de civilisation [22]
      [22] Cf. pour prendre connaissance de son œuvre abondante,...
      . Ensuite, on a évoqué l’analyse systémique : le premier pas est la détermination des concepts qui sous-tendent l’œuvre d’Edgar Morin, de façon à pouvoir interpréter correctement la complexité de la réalité culturelle, de la construction des identités et de l’invention des territoires ; le deuxième est maintenant d’observer avec quels éléments et avec quelle méthode l’auteur exprime sa singularité.

      37 Une fois les diverses analyses présentées et effectuées, il sera nécessaire de déterminer les « tensions » culturelles, en observant s’il existe des concordances entre la « culture européenne » et la « civilisation européenne ». On sait que la pensée allemande a longtemps valorisé le terme de culture (« génie spécifique d’un peuple ») et la pensée française celui de civilisation (« universalité de la raison »).

      38 La conscience de la complexité des relations entre ces deux notions, et la nature même de mes recherches actuelles sur l’Europe comme « utopie communautaire », m’amènent à ne pas m’attarder, comme l’avait d’ailleurs suggéré Edgar Morin, sur leurs oppositions et, surtout, leurs démarcations. Par contre, on maintiendra le terme de culture pour ce qui appartient en propre aux ethnies, aux régions (provinces), aux nations. C’est ce qui devrait nous aider à comprendre, au terme du voyage dans la pensée d’Edgar Morin, que si la culture européenne est devenue civilisation, les nations européennes sont restées des cultures désormais menacées par la civilisation même issue de l’Europe !

      39 Entre le mouvement de la société et les institutions, entre la construction de l’Europe et une mondialisation économique, des espaces de pensée sont, bien sûr, nécessaires. Quand Edgar Morin [23]
      [23] Cf. Ouvrage collectif Penser la mutation, Paris,...
      évoque la « société civile mondiale » en gestation depuis Seattle jusqu’à Porto Alegre, et l’émergence d’une pensée universaliste, a-t-on affaire à un « doux rêveur » ou anticipe-t-il le monde qui vient ? Pour proposer un exemple concret de la méthode d’Edgar Morin, nous avons donc choisi, parmi les multiples applications que lui-même en propose, son livre Penser l’Europe. Abordant la géopolitique, l’auteur place tout de suite la notion d’« imaginaire » au centre de l’enjeu : l’Europe est une entité qui est trop complexe pour être cernée par des analyses historiques, statistiques, sociologiques, etc. qui se voudraient exhaustives et totalement rigoureuses. Elle est condamnée à se donner à voir, à elle-même et aux autres, à travers la représentation d’un imaginaire de l’Europe en train de se constituer. Les instances qui le composent retrouvent, dans leurs grandes lignes de force, la notion de complexité (comme organisation entre des antagonismes constitutifs), fondant ainsi l’Europe comme organisme collectif complexe intégré dans les lois qui président à la structure du vivant. Car, jusqu’au début du XXe siècle, l’Europe n’a qu’une existence virtuelle, à travers les divisions, antagonismes et conflits entre les nations, qui mettent en évidence, d’une certaine façon, une forme de réalité. C’est ainsi, négativement, qu’elle se définit. Il faut donc « réfuter toute idée d’une essence ou d’une substance européenne première » [24]
      [24] Cf. Penser l’Europe, op. cit., p. 27. Comme Jung,...
      .
      40 Donc, pour « penser l’Europe », il nous faudra renoncer au monde classique de pensée, « jacobine » et centripète, où l’idée d’unité dilue celle de la multiplicité et du changement, et en venir à ces paramètres de la complexité, qu’Edgar Morin avait déjà définis, et qu’il retrouve, ici, appliqués à la géopolitique. Développons, à travers l’européanité, deux principes importants, parmi d’autres, de la pensée complexe : le principe dialogique et le principe de récursion.
      1) Le principe dialogique

      41 Le néologisme se justifie, en fait, car le terme de dialogue est insuffisant pour exprimer la conflictualité entre les instances constitutives, et le terme de dialectique ne rend pas compte de la persistance de l’opposition dualiste au sein de l’unité : le « métissage » de Morin n’est pas le mélange. La dialogique rendra compte du fait que deux ou plusieurs logiques différentes sont liées en une unité de façon complexe, sans que la dualité se perde dans l’unité : unitas multiplex… Pour prendre un exemple, ce qui fait l’unité de la culture européenne, ce n’est pas la synthèse « judéo-christiano-romaine », c’est le jeu non seulement complémentaire, mais aussi concurrent et antagoniste, entre ses instances, qui ont chacune leur propre logique, qui ne la perdent pas, mais qui sont reliées par une structure organisationnelle et une praxis qui en est le creuset. Donc, l’« utopie communautaire » qu’est l’Europe n’est pas ici ou là (comme le dit Maître Eckhart à propos de l’« esprit de Dieu… ») ; elle est dans la relation entre ses instances constitutives.
      2) Le principe de récursion [25]
      [25] Ou bootstrap (« lacet de chaussure », bouclé sur...

      42 Il nous faut concevoir les processus générateurs comme des boucles productives ininterrompues, où chaque moment, composante ou instance de processus, est à la fois produit et producteur des autres moments. Cela revient à dire qu’une civilisation est vivante tant qu’elle maintient une relation en « feed-back », en aller et retour, entre ses mythes fondateurs et son histoire, entre sa mémoire et sa chair. Vienne cette circulation à s’interrompre et la structure s’autonomise, c’est-à-dire qu’elle se coupe de ce circuit auto-régénérateur, et qu’elle meurt, privée des représentations fondatrices auxquelles elle se reliait. D’autre part, nous avons là, lorsque la boucle n’est pas interrompue, une structure holiste (ou holistique), c’est-à-dire que chaque événement, chaque élément de la structure est un résumé qui contient potentiellement, à lui seul, toute la structure, suivant un principe assez proche des monades de Leibniz, mais qui est encore mieux « métaphorisé » par la très belle image hindoue, mentionnée par E. Morin, du collier d’Indra, où « chaque perle reflète l’ensemble du collier ». L’Europe apparaît, ainsi, comme un système qui émerge des ruptures et du désordre ; elle en naît et s’en nourrit, et ses luttes se transforment en alliances fécondes [26]
      [26] Par exemple, l’Europe se définit contre l’Islam, d’abord...
      . En effet, l’Europe émergera comme entité à la fois virtuelle mais devenant réelle par la présence de plus en plus prégnante d’un imaginaire européen, puisqu’elle trouvera, dès les années 1950, une forme de dynamisme organisateur pour se prolonger : elle se forme, selon Morin, de l’éclatement, par l’éclatement [27]
      [27] Cf. E. MORIN, Penser l’Europe, op. cit.
      .
      43 Dans cette construction, ce que l’Europe a donc le plus à redouter, c’est bien elle-même, car chacune de ses instances constitutives – les États membres – est ambiguë ; pour l’auteur, « c’est en elle qu’elle peut être détruite, non par une barbarie extérieure, mais par sa propre barbarie, désordre extrême qui l’autodétruira après avoir servi à son auto-organisation ». On retrouve l’idée que toute existence vit de ce qui la ronge et peut mourir de ce qui la nourrit. Cependant, nous pensons, ici, que l’Europe n’est pas devenue, simplement, « une grosse Suisse à l’échelle de l’ère planétaire ».

      44 Nous ne rendrons compte, ici, que de quelques aspects de la théorie de Morin dans son approche de la « complexité » et de la construction des identités individuelles et collectives, le but, en effet, n’étant pas d’en dresser un bilan complet et systématique – ce qui dépasserait les limites d’un article – mais de donner un aperçu sur l’originalité et la pertinence de son approche. On retiendra l’approche systémique proprement dite, qui repose sur le concept de « système », ainsi défini : « C’est un ensemble d’éléments interdépendants, c’est-à-dire liés entre eux par des relations telles que, si l’un est modifié, les autres le sont aussi et que, par conséquent, tout un ensemble est transformé. » (von Bertalanffy) [28]
      [28] Cf. l’ouvrage : Théorie générale des systèmes, trad....
      On peut rappeler que les systèmes vivants sont généralement des systèmes ouverts, c’est-à-dire en relation d’échanges avec un environnement.

      45 Un système peut être décomposé en sous-systèmes et appartenir lui-même à un système. La théorie générale, notamment celle d’E. Morin, a énoncé les diverses propriétés des systèmes ouverts. Nous ne retiendrons ici que la transposition de ces propriétés aux fonctionnements de l’Union européenne :

      l’Europe est un système dans la mesure où elle est un ensemble qui est autre chose que la somme de ses États-membres (i.e. : les 25 membres de l’U.E., depuis mai 2004) et où ceux-ci sont en interrelations constantes ;

      ces interrelations sont orientées vers le maintien de l’équilibre du système politique, économique et culturel ;

      elles sont propres à chaque nation et sont liées à leur histoire, à leurs mythes, mais aussi à leur culture ;

      enfin, les informations qui sollicitent chacun des Européens sont sous-ten-dues par des affects, des désirs, des jeux de pouvoir, qui organisent des relations plus ou moins souples entre les membres (individuels et collectifs) et entre le système et son environnement (sur-système « mondial ») ; ces relations sont donc relatives à la perméabilité des frontières du système et à leur flexibilité.

      46 La théorie de la complexité, et notamment celle d’Edgar Morin, a ainsi permis de théoriser plus spécialement la culture, voire la citoyenneté, européenne. Parmi les monographies et études de cas, qui peuvent être exploratoires ou descriptives, et servir de support à des analyses plus globales, signalons ici sous cet angle – outre les recherches pionnières de Frédéric Le Play, du docteur Louis-René Villermé ou de Maurice Halbwachs – l’apport et la contribution d’Edgar Morin ayant trait à la métamorphose de Plodémet (Plozévet, 1967) ou à la rumeur d’Orléans (1969). Le réel, on l’aura saisi, ne se donne pas comme un spectacle : il ne se révèle que dans le contexte de l’action, par la manière dont il doit réagir aux opérations à travers lesquelles il est approché. Sa structuration, comme l’a écrit Jean Ladrière, ne peut viser ce qui est éprouvé dans l’expérience que « par un immense détour, par le biais de constructions de plus en plus abstraites, par un effort ininterrompu de logos, dont l’accord avec la physis demeure toujours incertain et fragmentaire ». Les conclusions auxquelles on aboutit sont, dès lors, susceptibles d’apporter des démentis aux incertitudes les mieux établies, de confirmer – à l’opposé – les intuitions initiales, voire de renouveler nos approches ou nos problématiques. Rappelons ici que toute découverte est aussi un énoncé et qu’elle doit convaincre et remporter l’adhésion des esprits pour gagner l’assentiment de la communauté (scientifique) et acquérir le statut envié de paradigme.

      47 Enfin, pour conclure, un mot sur un macro-concept complexe : l’identité [29]
      [29] Cf. à ce sujet (mot « identité »), la définition de...
      est bien un processus actif, affectif et cognitif, de représentation de soi dans son entourage, associé à un sentiment subjectif de sa permanence. Ce qui permet de percevoir sa vie comme une expérience qui a continuité et une unité et d’agir en conséquence ; l’identité prend place dans une lignée et inscrit les legs du passé dans la construction d’un horizon temporel. L’identité personnelle est sexuée ; la façon d’habiter son corps et d’assumer son identité de gendre dépend de l’incorporation des objets libidinaux mais aussi des effets d’attribution socioculturels des rôles masculins et féminins [30]
      [30] Cf. à ce sujet, concernant l’approche (ethno-sociologique)...
      . Enfin, l’identité sociale résulte d’un processus d’attribution, d’intervention et de positionnement dans l’environnement ; elle s’exprime au travers de la participation à des groupes ou à des institutions… locales, nationales et/ou européennes !
      Références bibliographiques

      Quelques ouvrages d’Edgar MORIN
      Commune en France (la métamorphose de Plodémet), Paris, Fayard, 1967.
      La rumeur d’Orléans, Paris, Seuil, 1969.
      Le vif du sujet, Paris, Seuil, 1969.
      Science et conscience de la complexité (textes rassemblés et présentés par Christian Attias et Jean-Louis Le Moigne), Aix-en-Provence, Lirairie de l’Université, 1984.
      Penser l’Europe, Paris, Gallimard, 1987.
      La Méthode (6 tomes), Paris, Seuil, 1977 (t. 1), 1980 (t. 2), 1986 (t.3), 1991 (t. 4), 2001 (t. 5) et 2004 (t.6).
      Science avec conscience, Paris, Fayard, 1992.
      Introduction à la pensée complexe, Paris, E.S.F., 1990.
      Avec PIATELLI-PALMARINI M., L’Unité de l’homme, 3 vol., Paris, Seuil (coll. « Points Essais », n° 91, 92 et 93), 1994.
      Terre-Patrie, Paris, Seuil, 1993.
      Mes démons, Paris, Stock, 1994.
      Relier les connaissances, Paris, Seuil, 1999.
      L’intelligence de la complexité (avec Jean-Louis Le Moigne), Paris, L’Harmattan, 1999.
      La tête bien faite, Paris, Seuil, 1999.
      Revue : Pratiques de formation – Analyses, Numéro spécial « Réforme de la pensée, pensée de la réforme » (Entretiens avec Edgar Morin sur l’éducation), Formation Permanente de l’Université de Paris VIII, 2000, 120 p. Autres références
      AÏT ABDELMALEK A., L’Europe communautaire, l’État-nation et la société rurale…, Paris, L’Harmattan, 1996 (rééd., 2001).
      LACOSTE Y., Dictionnaire de géopolitique, Paris, Flammarion, 1995.
      LEFORT C., L’invention démocratique, Paris, Fayard, 1981.
      MAFFESOLI M., La connaissance ordinaire. Précis de sociologie compréhensive, Paris, Méridiens-Klincksieck, 1985 (rééd., Paris, Livre de Poche, 1991).
      MENDRAS H. et SCHNAPPER D., Six manières d’être européen, Paris, Gallimard, 1990.
      Ouvrage collectif, Penser la mutation, Paris, Éd. Cultures en mouvement, 2001.
      PARSONS T., Théorie générale des systèmes, Paris, Dunod, 1973 (trad. française).
      ROUX M., Géographie et complexité, Paris, L’Harmattan, 1999.
      SCHNAPPER D., La communauté des citoyens, Paris, Gallimard, 1994.
      Sociétés, 42, 1993.
      Vortex, Cahiers du Centre interfacultaire d’études systémiques (C.I.E.S.), n° 1, Printemps 1994.

      Notes
      [*]

      Docteur de l’E.H.E.S.S., Maître de Conférences de Sociologie – H.D.R. (Ladec-Las, U.F.R. « Sciences Humaines », Université de Rennes 2 – Haute-Bretagne), contact : 19, Rue de Crozon, F-35760 – Saint-Grégoire – (33) 02 99 36 98 80. À l’Université (Rennes 2) : 6, Avenue G. Berger, F-35043 – Rennes-Cédex – Fax : (33) 02 99 14 19 05. e-mail : aali. aitabdelmalek@ uhb. frou ali. ait-abdelmalek@ wanadoo. fr
      [1]

      Edgar NAHOUM, sociologue et philosophe français (Paris, 1921). Observateur de la réalité sociale, il a principalement axé ses recherches sur l’analyse des phénomènes de désordre socioculturel (l’irrégulier, l’aléatoire, l’indéterminé, l’incertain, le déviant) et sur la connaissance de l’organisation même des choses ; son œuvre comprend des ouvrages d’anthropologie fondamentale, des études de sociologie contemporaine, des récits politiques et autobiographiques. Sa collaboration avec Jean Rouch a même donné le coup d’envoi du cinéma-vérité (Chronique d’un été, 1960). Dans ses tra- vaux empiriques, comme par exemple l’enquête sur Plozévet, commune en France (la métamorphose de Plodémet) ou la rumeur d’Orléans, le sociologue (et philosophe) a pu observer le paradoxe de l’universel qui est dans le singulier, en montrant « comment le singulier porte le tout ».
      [2]

      Cf. infra., figure 1.
      [3]

      Peut-on évoquer les « sciences exactes » ou les « sciences dures » ?
      [4]

      Cf. nouvelle publication : Seuil, coll. « Points », 1990.
      [5]

      Nous pouvons maîtriser toute chose par la prévision.
      [6]

      M. WEBER, Wissenschaft als Beruf (la « vocation de savant »), conférence prononcée durant l’hiver 1918 à l’Université de Munich.
      [7]

      À ce sujet, C. LEFORT, L’invention démocratique, Paris, Fayard, 1981.
      [8]

      Voir en particulier l’ouvrage : La tête bien faite, Paris, Seuil, 1999 et la revue Pratiques de formation – Analyses, numéro spécial « Réforme de la pensée, pensée de la réforme » (Entretiens avec Edgar Morin sur l’éducation), Formation Permanente de l’Université de Paris VIII, 2000, 120 p.
      [9]

      Cité par E. MORIN, La tête bien faite, op. cit., p. 23.
      [10]

      Ibid.
      [11]

      Comme Edgar Morin l’a indiqué aussi dans l’ouvrage cité plus haut, les notions de système et d’organisation se renvoient l’une à l’autre (La tête bien faite, op. cit., pp. 94-106).
      [12]

      Cf. Michel ROUX, Géographie et complexité, Paris, L’Harmattan, 1999 et Yves LACOSTE, Dictionnaire de géopolitique, Paris, Flammarion, 1995.
      [13]

      À ce sujet, cf. travaux de Jean-Paul Gaillard, psychologue et systémicien (Université de Besançon, puis Maître de conférences H.D.R. en psychologie, Université de Haute-Savoie, Chambéry), et la revue Vortex, Cahiers du Centre interfacultaire d’études systémiques (C.I.E.S.), n°1, Printemps 1994, 82 p.
      [14]

      Cf. Vortex, Cahiers du Centre interfacultaire d’études systémiques (C.I.E.S.), n°1.
      [15]

      Cité dans : Relier les connaissances, Paris, Seuil, 1999.
      [16]

      On pense, ici, à la Critique de la raison pure, à la critique marxiste, etc.
      [17]

      E. MORIN, La tête bien faite, op. cit., p. 40.
      [18]

      Cf. E. MORIN, La tête bien faite, op. cit.
      [19]

      E. MORIN et M. PIATELLI-PALMARINI, L’Unité de l’homme, 3 vol., Paris, Seuil, 1994, coll. « Points Essais », n°91, 92 et 93.
      [20]

      Au sujet de la guerre, on lira utilement B.-H. LEVY, Réflexions sur la Guerre, le Mal et la fin de l’Histoire, Paris, Grasset, 2001, 406 p.
      [21]

      L’insolence sociologique a, semble-t-il, des vertus particulières, et a sa place dans la production sociologique contemporaine (cf. à ce propos, la contribution de P. ANSART, « Le sociologue, entre contrôle et insolence », Sociétés, 40, 1993, pp. 131-138).
      [22]

      Cf. pour prendre connaissance de son œuvre abondante, les ouvrages suivants : Le vif du sujet, Paris, Seuil, 1969 ; Penser l’Europe, Paris, Gallimard, 1987 ; Terre-Patrie, Paris, Seuil, coll. « Points-essais », 1993 ; Mes démons, Paris, Stock, 1994, ou encore, La Méthode (5 tomes), Paris, Seuil, 1977 (t. 1), 1980 (t. 2), 1986 (t. 3), 1991 (t. 4) et 1995 (t. 5).
      [23]

      Cf. Ouvrage collectif Penser la mutation, Paris, Éd. Cultures en mouvement, 2001.
      [24]

      Cf. Penser l’Europe, op. cit., p. 27. Comme Jung, Edgar Morin est, avant tout, un phénoménologue…
      [25]

      Ou bootstrap (« lacet de chaussure », bouclé sur lui-même) !
      [26]

      Par exemple, l’Europe se définit contre l’Islam, d’abord en s’unissant pour le faire refluer à Poitiers, en 732, puis en s’isolant et se refermant sur lui-même dans la partie occidentale du bassin méditerranéen : mer des communications du monde antique, la Méditerranée devient pour longtemps une barrière liquide, la frontière « introvertit » l’Europe sur sa masse continentale. Sur ces questions, je renvoie aussi à H. MENDRAS et D. SCHNAPPER, Six manières d’être européen, Paris, Gallimard, 1990 ; D. SCHNAPPER, La communauté des citoyens, Paris, Gallimard, 1994, p. 13.
      [27]

      Cf. E. MORIN, Penser l’Europe, op. cit.
      [28]

      Cf. l’ouvrage : Théorie générale des systèmes, trad. française (1973). Concernantles questions de méthodes posées par les sciences sociales, on lira utilement les contributions de Edgar Morin, Michel Maffesoli et Martine Xiberras, « Approches méthodologiques », Sociétés, 42, 1993, p. 335 et suiv.
      [29]

      Cf. à ce sujet (mot « identité »), la définition de R. DORON et F. PAROT, Dictionnaire de psychologie, Paris, Larousse, 1991, pp. 345-346.
      [30]

      Cf. à ce sujet, concernant l’approche (ethno-sociologique) du « quotidien » des usages culturels : J. DENIOT, Ethnologie du décor ouvrier. Le Bel Ordinaire (préface de Michel Verret), Paris, L’Harmattan, 1995.
      Résumé

      Français

      Je tiens Edgar Morin pour une des personnalités les plus marquantes, les plus surprenantes et les plus accomplies de sa génération sociologique et philosophique. Dans son extrême complexité d’Européen, il apparaît sur notre « front » occidental comme le plus représentatif – avec Denis de Rougemont, dans le champ littéraire – de ce que pourrait être, au regard de l’Histoire, une figuration scientifique de « l’homo-europeanus ». Écrivain remarquable, dans un style très pur et des plus exigeants, de parfaite élégance, E. Morin est un homme de pensée ; son inlassable curiosité et son agilité d’esprit, son avidité même, à vouloir tout saisir, tout embrasser et tout entendre, dans son amont et dans son aval, sont toujours pour de nombreux étudiants le sel de discussions et d’échanges. As~soiffé de futur, sans rien céder à l’abstraction, cet implacable et souriant « inquisiteur » de haute sécurité (au C.N.R.S.) a toujours su garder son humanisme à hauteur de son huma~nité. Puisse sa théorie de la complexité nous tenir en éveil sur les rives menacées de la démocratie.

      Plan de l’article

      1 Penser la complexité du réel
      1) Le concept de « système » appliqué aux sociétés
      2) La méthode (1977-2004)
      2 De Gaston Bachelard à Edgar Morin : un nouvel esprit scientifique
      3 États-nations et Europe : apprentissage citoyen et poly-identité
      1) Le principe dialogique
      2) Le principe de récursion

      Pour citer cet article

      Aït Abdelmalek Ali, « Edgar Morin, sociologue et théoricien de la complexité :. des cultures nationales à la civilisation européenne », Sociétés 4/2004 (no 86) , p. 99-117
      URL : www.cairn.info/revue-societes-2004-4-page-99.htm.
      DOI : 10.3917/soc.086.0099.


  • Un peu de musique dans ce monde de fous.
    Z comme Zaz
    https://www.youtube.com/watch?v=8IjWHBGzsu4


    On ira écouter Harlem au coin de Manhattan
    On ira rougir les thés dans les souks à Amman
    On ira nager dans le lit du fleuve Sénégal
    Et on verra brûler Bombay sous un feu de Bengale

    On ira gratter le ciel en-dessous de Kyoto
    On ira sentir Rio battre au coeur de Janeiro
    On lèvera nos yeux sur le plafond de la chapelle Sixtine
    Et on lèvera nos verres dans le café Pouchkine
    Ahahah

    Oh qu’elle est belle notre chance
    Aux milles couleurs de l’être humain
    Mélangées de nos différences
    A la croisée des destins

    Vous êtes les étoiles, nous sommes l’univers
    Vous êtes un grain de sable, nous sommes le désert
    Vous êtes milles pages et moi je suis la plume
    Oohohohohohohoh

    Vous êtes l’horizon et nous sommes la mer
    Vous êtes les saisons et nous sommes la Terre
    Vous êtes le rivage et moi je suis l’écume
    Oohohohohohohoh

    On dira que les poètes n’ont pas de drapeaux
    On fera des jours fêtes autant qu’on a de héros
    On saura que les enfants, sont les gardiens de l’âme
    Et qu’il y a des Reines autant qu’il y a de femmes

    On dira que les rencontres font les plus beaux voyages
    On verra qu’on ne mérite que ce qui se partage
    On entendra chanter des musiques d’ailleurs
    Et l’on saura donner, ce qu’on a de meilleur

    Oh qu’elle est belle notre chance
    Aux milles couleurs de l’être humain

    Mélangées de nos différences
    A la croisée des destins

    Vous êtes les étoiles, nous sommes l’univers
    Vous êtes un grain de sable, nous sommes le désert
    Vous êtes milles pages et moi je suis la plume
    Oohohohohohohoh

    Vous êtes l’horizon et nous sommes la mer
    Vous êtes les saisons et nous sommes la Terre
    Vous êtes le rivage et moi je suis l’écume
    Oohohohohohohoh

    Vous êtes les étoiles, nous sommes l’univers
    Vous êtes un grain de sable, nous sommes le désert
    Vous êtes milles pages et moi je suis la plume
    Oohohohohohohoh

    Vous êtes l’horizon et nous sommes la mer
    Vous êtes les saisons et nous sommes la Terre
    Vous êtes le rivage et moi je suis l’écume
    Oohohohohohohoh

    https://www.youtube.com/watch?v=Tm88QAI8I5A


    Donnez moi une suite au Ritz, je n’en veux pas !
    Des bijoux de chez Chanel, je n’en veux pas !
    Donnez moi une limousine, j’en ferais quoi ?

    Offrez moi du personnel, j’en ferais quoi ?
    Un manoir à Neuchâtel, ce n’est pas pour moi.
    Offrez moi la Tour Eiffel, j’en ferais quoi ?

    Je veux d’l’amour, d’la joie, de la bonne humeur,
    C’n’est pas votre argent qui f’ra mon bonheur,
    Moi j’veux crever la main sur le cœur.

    Allons ensemble, découvrir ma liberté,
    Oubliez donc tous vos clichés,
    Bienvenue dans ma réalité.

    J’en ai marre d’vos bonnes manières, c’est trop pour moi !
    Moi je mange avec les mains et j’suis comme ça !
    J’parle fort et je suis franche, excusez moi !

    Finie l’hypocrisie moi, j’me casse de là !
    J’en ai marre des langues de bois !
    Regardez moi, toute manière j’vous en veux pas
    Et j’suis comme ça (j’suis comme ça)

    (Papalapapapala)

    Je veux d’l’amour, d’la joie, de la bonne humeur,
    C’n’est pas votre argent qui f’ra mon bonheur,
    Moi j’veux crever la main sur le cœur.
    (Papalapapapala)
    Allons ensemble, découvrir ma liberté,
    Oubliez donc tous vos clichés,
    Bienvenue dans ma réalité.

    Je veux d’l’amour, d’la joie, de la bonne humeur,
    C’n’est pas votre argent qui f’ra mon bonheur,
    Moi j’veux crever la main sur le cœur.

    Allons ensemble, découvrir ma liberté,
    Oubliez donc tous vos clichés,
    Bienvenue dans ma réalité.

    Je veux d’l’amour, d’la joie, de la bonne humeur,
    C’n’est pas votre argent qui f’ra mon bonheur,
    Moi j’veux crever la main sur le cœur.
    (Papalapapapala)
    Allons ensemble, découvrir ma liberté,
    Oubliez donc tous vos clichés,
    Bienvenue dans ma réalité.


  • Z comme Zazie
    Je suis le roi, le roi des cons.
    Je suis de l’homme, la négation
    Pur produit de consommation...

    https://sp.yimg.com/xj/th?id=OIP.Mcbfa830b7ab31dbe81b46c2152924cbfo2&pid=15.1&P=0&w=300&h=300

    https://www.youtube.com/watch?v=ltASbdlJsGU

    Je suis un homme de Cro-Magnon
    Je suis un singe ou un poisson
    Sur la Terre en toute saison
    Moi je tourne en rond, je tourne en rond.

    Je suis un seul puis des millions
    Je suis un homme au cœur de lion
    A la guerre en toute saison
    Moi je tourne en rond, je tourne en rond.

    Je suis un homme plein d’ambition
    Belle voiture et belle maison
    Dans la chambre ou dans le salon
    Moi je tourne en rond, je tourne en rond.

    Je fais l’amour et la révolution
    Je fais le tour de la question
    J’avance, avance à reculons
    Et je tourne en rond, je tourne en rond.

    Tu vois, j’suis pas un homme,
    Je suis le roi de l’illusion
    Au fond, qu’on me pardonne
    Je suis le roi, le roi des cons.

    Je fais le monde à ma façon
    Coulé dans l’or et le béton
    Corps en cage et cœur en prison
    Moi je tourne en rond, je tourne en rond.

    Assis devant ma télévision

    Je suis de l’homme, la négation
    Pur produit de consommation
    Oui, mon compte est bon
    Mon compte est bon.

    Tu vois, j’ suis pas un homme,
    Je suis le roi de l’illusion
    Au fond, qu’on me pardonne
    Je suis le roi, le roi des cons.

    C’est moi, le maître du feu,
    Le maître du jeu, le maître du monde
    Et vois ce que j’en ai fait,
    Une Terre glacée, une Terre brûlée,
    La Terre des hommes que les hommes abandonnent.

    Je suis un homme au pied du mur
    Comme une erreur de la nature
    Sur la Terre sans d’autres raisons
    Moi je tourne en rond, je tourne en rond.

    Je suis un homme et je mesure
    Toute l’horreur de ma nature
    Pour ma peine, ma punition,
    Moi je tourne en rond, je tourne en rond

    Je suis un homme et je mesure
    Toute l’horreur de ma nature
    Pour ma peine, ma punition,
    Moi je tourne en rond, je tourne en rond

    Moi je tourne en rond, je tourne en rond


  • Marc Chagall : une love story
    https://www.youtube.com/watch?v=qioqruaTwh4


    https://www.youtube.com/watch?v=LsndgTcyJCg&feature=share

    Originaire d’une modeste famille juive de Biélorussie, Marc Chagall étudie l’art d’abord à Saint-Pétersbourg. Il arrive à Paris en 1910, et s’installe à « la Ruche », dans le quartier de Montparnasse, où travaillent déjà Amedeo Modigliani, Chaim Soutine et Fernand Léger. Il se lie également d’amitié avec le poète Blaise Cendrars. Utilisant les principes du cubisme, Chagall transpose ses souvenirs de Russie et ses visions imaginaires.


  • Kepler 452b
    http://s2.lemde.fr/image/2015/07/23/534x0/4695925_6_a812_vue-d-artiste-de-l-exoplanete-kepler-452b_bc1bdb955385d4385af450be27b2bdc8.jpg
    Rien n’est figé, ce qui a pu se produire une fois pourrait se reproduire une deuxième fois ! Une logique cartésienne.
    Y a-t-il une autre vie ailleurs semblable à celle de la planète Terre ou sous une autre forme ? Tout est possible mais rien n’est sûr.
    Une planète ressemblant à la Terre est découverte par la NASA.
    C’est passionnant !
    http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/07/23/la-nasa-annonce-la-decouverte-d-une-exoplanete-semblable-a-la-terre_4695926_
    Une planète ressemblant à la Terre découverte par la NASA
    Le Monde.fr | 23.07.2015 Par Hervé Morin

    « Une autre Terre. » La NASA avait su trouver les mots pour attirer l’attention sur la téléconférence de presse qu’elle a organisée, jeudi 23 juillet, sur les derniers résultats de son télescope spatial Kepler, spécialisé dans la chasse aux exoplanètes, ces planètes situées dans d’autres systèmes solaires que le nôtre. L’agence spatiale américaine a comblé l’attente des amoureux d’astronomie : une nouvelle planète d’une taille proche de la Terre a été détectée par le satellite, pour la première fois dans la zone habitable autour d’une étoile du même type que notre Soleil – mais distante de 1 400 années-lumière.

    Baptisée Kepler-452b, elle porte le nombre d’exoplanètes confirmées à 1 030, indique la NASA, dont le directeur adjoint John Grunsfeld a estimé que sa détection « nous faisait faire un pas de plus vers une Terre 2.0 ». D’un diamètre 60 % plus grand que la Terre, Kepler-452b fait le tour de son étoile en trois cent quatre-vingt-cinq jours et se trouve 5 % plus éloignée d’elle que nous le sommes du Soleil. Elle est donc pile dans la zone habitable, celle où de l’eau liquide, indispensable à la vie, aurait des chances d’être présente.

    L’étoile de Kepler-452 (connue sous le nom de 2MASS J19440088 + 4416392) est âgée de 6 milliards d’années, soit 1,5 milliard de plus que notre étoile, et aussi 20 % plus brillante et 10 % plus grande. Ces résultats vont être soumis à la revue Astrophysical Journal.
    image : http://s2.lemde.fr/image/2015/07/23/534x0/4695925_6_a812_vue-d-artiste-de-l-exoplanete-kepler-452b_bc1bdb955385d4385af450be27b2bdc8.jpg
    Vue d’artiste de l’exoplanète Kepler 452b, environ 60 % plus grande que la Terre.
    « Une opportunité substantielle pour que la vie émerge »

    « Cela frappe l’imagination de se dire que cette planète a passé six milliards d’années dans la zone habitable, plus longtemps que la Terre, dit Jon Jenkins, chef de l’analyse des données de Kepler à la NASA. C’est une opportunité substantielle pour que la vie émerge, si tous les ingrédients et les conditions nécessaires à la vie existaient sur cette planète. »

    Il est cependant bien trop tôt pour le dire. Kepler n’est pas en mesure de déterminer la masse de la nouvelle planète, « un paramètre indispensable pour connaître sa nature, rocheuse, gazeuse, ou une combinaison des deux, et savoir si elle abrite une atmosphère », souligne l’astrophysicienne Anne-Marie Lagrange (observatoire de Grenoble). La chercheuse, qui n’était pas associée à la découverte, salue celle-ci, car elle « montre que l’on peut détecter des signaux très faibles sur des périodes qui correspondent à celle de la Terre. » Un grand nombre de super Terre avaient en effet déjà été mises en évidence, mais sur des orbites bien plus proches des étoiles, là où le rayonnement de celles-ci aurait toutes les chances de tuer dans l’œuf toute activité biologique.

    Didier Queloz (Cambridge University), codécouvreur en 1995 de la première exoplanète, une « super Jupiter », souligne, lui aussi, les progrès accomplis depuis vingt ans. « Aujourd’hui, on parle d’une cousine de la Terre, même si on n’est pas sûr de sa masse, dit-il. C’est juste le début d’un très long voyage. On pourra bientôt avoir accès à des informations sur la composition de l’atmosphère. Ce n’est pas de la science-fiction. »
    De nouveaux instruments nécessaires

    Ce n’est pas la première fois que Kepler prétend avoir trouvé une nouvelle Terre. En avril 2014, Elisa Quintana (NASA Ames Research Center, SETI Institute) et ses collègues présentaient dans Science Kepler-186f, une planète à peine plus grosse que la nôtre, mais en orbite autour d’une naine rouge située dans la constellation du Cygne, distante de 500 années-lumière. Une naine rouge est un astre à la luminosité plus faible, et de taille plus petite que notre Soleil.

    Kepler-186f présentait cependant l’intérêt de se trouver dans la zone d’habitabilité, à bonne distance pour abriter de l’eau à l’état liquide. Mais, comme pour Kepler 452-b, il était impossible de savoir quelle était sa masse, sa composition exacte, et moins encore si elle possédait une atmosphère propice aux réactions chimiques qui, sur Terre, ont abouti à l’émergence de la vie.

    image : http://s1.lemde.fr/image/2015/07/23/534x0/4696052_6_490f_comparaison-du-systeme-abritant-la-super-terre_5085948e4fb4fa924a155ef1e6c49a42.jpg
    Comparaison du système abritant la super Terre Kepler-452b avec une partie de notre système solaire et le système Kepler-186, décrit en 2014.

    Lire aussi Des regards braqués sur une nouvelle exoplanète
    http://www.lemonde.fr/sciences/article/2014/04/21/des-regards-braques-sur-une-nouvelle-exoplanete_4404896_1650684.html

    Kepler ne pourra pas le dire. Le premier instrument entièrement consacré aux exoplanètes, lancé en 2009, est aujourd’hui un mort-vivant : la perte de gyroscopes ne lui permet plus d’effectuer une surveillance précise de la portion de ciel qui lui était assignée. « Si le catalogue qu’il a établi est une mine d’or, pour aller plus loin, il va falloir combiner toute une série d’instruments et de techniques de détection, en orbite et au sol », prévient Stéphane Udry (université de Genève). Comme Plato, un télescope spatial de l’Agence spatiale européenne, qui doit voler en 2024, ou des petits télescopes spatiaux qui se concentreront sur une seule étoile, et des successeurs d’un spectrographe comme Harps, de l’Observatoire européen austral (ESO).

    image : http://s2.lemde.fr/image/2015/07/23/534x0/4696053_6_d3d6_les-methodes-de-detection-des-exoplanetes_9ed6b14c30e3ee5bf773aa4745804ac8.jpg
    Les méthodes de détection des exoplanètes (en anglais), et leurs tableaux de chasse respectifs, répertoriés par Michael Perryman.
    La longueur du voyage, un obstacle insurmontable

    Les idées ne manquent pas pour détecter les exoplanètes, mais deux méthodes se détachent. En 1995, la première exoplanète avait été découverte autour d’une étoile de type solaire, par Michel Mayor et Didier Queloz (alors à l’Observatoire de Genève), par la méthode des vitesses radiales. Celle-ci consiste à mesurer les variations de couleur de l’étoile induites par le mouvement de la planète autour d’elle : cette danse modifie l’emplacement de l’étoile autour de leur centre de gravité commun. Comme le son de la sirène d’un camion de pompier, plus aigu lorsqu’il s’approche, plus grave lorsqu’il s’éloigne, ces mouvements périodiques par rapport à un observateur extérieur modifient la perception de la longueur d’onde de la lumière émise par l’étoile – on parle d’effet Doppler-Fizeau. Cette méthode ne permet pour l’heure de détecter que des planètes géantes, de type Jupiter – comme celle découverte en 1995 par Mayor et Queloz autour de l’étoile 51 Peg.

    Kepler utilise, lui, la technique, dite « du transit », qui consiste à détecter les variations de luminosité d’une étoile lors du passage d’une planète dans la ligne de visée de l’observateur. Elle permet de déduire la taille de la planète et sa distance à l’étoile – afin de savoir si elle se trouve dans la zone habitable, c’est-à-dire à une distance qui rend possible la présence d’eau liquide. Mais ne révèle pas la masse, si cruciale.

    image : http://s1.lemde.fr/image/2015/07/23/534x0/4696071_6_b517_2015-07-23-d90d18e-20521-17t26jc_62cffb84277ecd262b440f686b368f7a.jpg

    Les futurs progrès dans la chasse aux autres terres viendront de la combinaison de ces techniques. Car il n’est pas encore question d’observer ces astres directement, en lumière visible, hormis les plus gros, des géantes gazeuses qui font dix à vingt fois la masse de Jupiter : la lumière qu’ils réfléchissent est perdue dans celle émise par leur étoile, ou bien trop faible pour être détectée. C’est aussi le cas de la Terre, que d’hypothétiques extraterrestres tenteraient de voir depuis Kepler-452b : la pâle lueur réfléchie par notre « bille bleue » est noyée dans le phare un milliard de fois plus brillant du Soleil.

    Pourra-t-on un jour explorer plus directement ces systèmes cousins du nôtre ? La longueur du voyage est un obstacle insurmontable : à titre de comparaison, la sonde New Horizons, l’engin qui détient le record de vitesse au lancement, à près de 60 000 km/h, a mis neuf ans et demi pour atteindre Pluton, distant de la Terre actuellement de 4,7 milliards de kilomètres, sur les franges du Système solaire. Kepler-452b est 2,8 millions de fois plus éloignée… Et, à supposer qu’un être intelligent soit prêt à capter à un signal radio, il faudrait près de trois mille ans pour que son éventuelle réponse nous parvienne…

    image : http://s2.lemde.fr/image/2014/03/28/24x24/1100511792_4_63cb_13960019752892-morin-herve-sciencemedecine-20131_adafd876ac9726c07ca00f09670c8fc5.jpg
    Hervé Morin

    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/07/23/la-nasa-annonce-la-decouverte-d-une-exoplanete-semblable-a-la-terre_4695926_


  • http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/religions-la-compatibilite-de-l-islam-et-de-la-republique-reste-a-demontrer-s

    Religions : La compatibilité de l’islam et de la République reste à démontrer, selon Manuel Valls (2/2)

    Raphaël Liogier lui répond.

    Dans une interview à Libération à paraître mercredi, Manuel Valls a effectué de nouvelles déclarations sur la religion musulmane. « J’aimerais que nous soyons capables de faire la démonstration que l’islam (...) est fondamentalement compatible avec la République », explique le Premier ministre dans ce long entretien. « Certains ne veulent pas y croire, une majorité de nos concitoyens en doute, mais moi, je suis convaincu que c’est possible », a-t-il ajouté. « C’est pour cela qu’il faut protéger nos compatriotes de confession ou de culture musulmane de la stigmatisation, des actes antimusulmans », martèle ensuite le chef du gouvernement. - Avec : Raphaël Liogier, sociologue, spécialiste du fait religieux et auteur de « La guerre des civilisations n’aura pas lieu : Coexistence et violence au XXIe siècle » (CNRS Éditions). - Grand Angle, du mardi 12 avril 2016, présenté par Jean-Rémi Baudot, sur BFMTV.

    Mise en ligne le 12/04/2016