Union européenne. À Bruxelles, Macron a la cote, mais guère de résultats

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    THOMAS LEMAHIEU
    VENDREDI, 23 JUIN, 2017
    L’HUMANITÉ
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    Sur les grandes questions sociales et économiques, le locataire de l’élysée se concentre quasi exclusivement sur les travailleurs détachés, sans apporter grand-chose de plus que ce qui est déjà sur la table dans la discussion actuelle sur la directive. J. Warnand/AFP
    Sur les grandes questions sociales et économiques, le locataire de l’élysée se concentre quasi exclusivement sur les travailleurs détachés, sans apporter grand-chose de plus que ce qui est déjà sur la table dans la discussion actuelle sur la directive. J. Warnand/AFP
    Dans un entretien à la presse européenne, le président français insiste surtout sur la défense commune. Il se montre moins disert sur les garanties sociales, au moment où, en France, il s’apprête à les saccager avec ses ordonnances.

    Super-Macron est arrivé. Lui, il va sauver les meubles. Dans la tourmente européenne, marquée par la contestation croissante des politiques d’austérité et de casse des droits sociaux depuis des années, cette élection du candidat centriste à la présidence française a constitué une divine surprise pour les béni-oui-oui du continent, et la majorité absolue au Parlement qu’il vient de recueillir survient comme une confirmation assez inespérée. Face à Donald Trump ou après le Brexit, dans la crise des dettes publiques comme dans celle des réfugiés, ce nouveau visage permet de relancer la fable d’une Europe en voie de refondation, mais qui, sans jamais toucher aux dogmes néolibéraux, ne peut aboutir au mieux qu’à un ravalement de façade…

    Dans un grand entretien au Figaro et à sept autres titres européens, paru hier matin, Emmanuel Macron trace les lignes moins d’un programme que d’un récit grâce auquel il espère reconquérir les cœurs des couches moyennes et populaires de toute l’Union européenne. Le président français coche les cases en utilisant quelques formules-chocs : « L’Europe n’est pas un supermarché, pérore-t-il. L’Europe est un destin commun. Elle s’affaiblit quand elle accepte que l’on rejette ses principes. »

    Déterminé à afficher une alliance permanente avec l’Allemagne

    Sur le fond, non sans avoir insisté sur les « réformes fondamentales qui sont indispensables pour la France » – il désigne en particulier la contre-réforme du droit du travail préparée par ordonnances dès cet été et largement inspirée par les recommandations récurrentes élaborées dans le cadre de la procédure dite du « semestre européen » –, Macron met en avant une conception assez étriquée de la « protection » à offrir aux citoyens. Pour lui, il s’agit avant tout de « sécurité » et de « défense ». Au diapason des projets dessinés à Bruxelles, le président de la République plaide longuement pour la constitution d’une force militaire commune, se félicitant de voir l’Allemagne « revenir sur des tabous profonds hérités de la Seconde Guerre mondiale » et « dépenser plus que la France en matière de défense dans les années à venir ».

    Sur les grandes questions sociales et économiques, après avoir défendu son projet à moyen terme de « budget de la zone euro, doté d’une gouvernance démocratique » comme « moyen de convergence » entre les différents pays, Emmanuel Macron se concentre quasi exclusivement sur les travailleurs détachés, sans apporter grand-chose de plus que ce qui est déjà sur la table dans la discussion actuelle, au Conseil et au Parlement, sur la directive. Mais le sujet permet au locataire de l’Élysée de se poser en défenseur des garanties sociales, au moment même où il entend les détricoter un peu plus en France. « L’objectif d’une Europe qui protège doit aussi s’imposer dans le domaine économique et social, avance-t-il. En raisonnant comme on le fait depuis des années sur le travail détaché, on prend l’Europe à l’envers. Les grands défenseurs de cette Europe ultralibérale et déséquilibrée, au Royaume-Uni, se sont fracassés dessus. Sur quoi le Brexit s’est-il joué ? Sur les travailleurs d’Europe de l’Est qui venaient occuper des emplois britanniques. (…) On ne peut pas continuer à faire l’Europe dans des bureaux, à laisser les choses se déliter. Le travail détaché conduit à des situations ridicules. Vous pensez que je peux expliquer aux classes moyennes françaises que des entreprises ferment en France pour aller en Pologne car c’est moins cher ? »

    Déterminé à afficher une alliance permanente avec l’Allemagne, préconisant des positions communes entre les deux pays avant chaque sommet européen, le président français se heurte déjà à un mur, malgré la faiblesse de ses exigences et en dépit du fait que les autres dirigeants tiennent à le ménager. Cela a été le cas dans le feuilleton grec, où le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, a une fois de plus réussi à repousser à plus tard toute décision sur l’allégement de la dette publique d’Athènes, malgré le soutien affiché des Français au gouvernement Tsipras. Autre exemple à l’occasion du Conseil européen qui se tient ce vendredi à Bruxelles : la proposition de laisser plus de pouvoir à Bruxelles pour contrôler les acquisitions chinoises dans l’UE, afin de protéger les secteurs stratégiques, devrait être repoussée et, à tout le moins, désamorcée par les autres chefs d’État. Selon le projet de conclusions du sommet, il ne s’agit que de demander à la Commission d’examiner « les besoins » de l’UE en la matière. Soit de brasser du vent une fois de plus…

    Thomas Lemahieu
    Rubrique Monde