• Quand les scientifiques se révoltent contre les géants de l’édition savante Marco Fortier - 25 Janvier 2019 - Le Devoir
    https://www.ledevoir.com/societe/education/546298/rebellion-contre-une-revue-predatrice

    Les 27 membres du comité éditorial du magazine « Journal of Informetrics » — qui proviennent d’universités établies dans 11 pays — ont démissionné en bloc, le 10 janvier, pour protester contre les pratiques commerciales jugées abusives de leur éditeur Elsevier.

    La bataille du milieu scientifique contre les géants de l’édition savante gagne en intensité. Le comité éditorial d’un des magazines les plus prestigieux, publié par le conglomérat Elsevier, vient de démissionner en bloc pour fonder sa propre publication, qui offrira tous ses articles en libre accès, loin des tarifs exorbitants exigés par les revues dites « prédatrices ».

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    Ce coup d’éclat fait grand bruit dans le monde normalement feutré de l’édition scientifique. Les 27 membres du comité éditorial du magazine Journal of Informetrics qui proviennent d’universités établies dans 11 pays ont démissionné en bloc, le 10 janvier, pour protester contre les pratiques commerciales jugées abusives de leur éditeur Elsevier. Ils ont lancé dès le lendemain leur propre revue savante, Quantitative Science Studies, https://www.mitpressjournals.org/loi/qss qui vise à devenir la nouvelle référence dans le monde pointu de la recherche en bibliométrie.

    « C’est une grande décision : on saborde la revue qui est la plus prestigieuse dans la discipline et on lance notre propre publication », dit Vincent Larivière, professeur à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal.

    M. Larivière a été nommé éditeur intérimaire (et bénévole) du nouveau magazine. Il est un des meneurs de cette rébellion contre le géant Elsevier, plus important éditeur scientifique de la planète, qui a fait des profits de 1,2 milliard $US en 2017 https://www.relx.com/~/media/Files/R/RELX-Group/documents/reports/annual-reports/relx2017-annual-report.pdf en hausse de 36 %.

    « Ça fait des années qu’on dénonce les pratiques de l’industrie de l’édition scientifique. Il faut être cohérents et reprendre le contrôle de nos publications », explique le professeur, qui est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante.

    Contre une « arnaque »
    Vincent Larivière n’hésite pas à parler d’une « arnaque » lorsqu’il décrit les pratiques commerciales des cinq plus grands éditeurs scientifiques, qui publient plus de la moitié des articles savants dans le monde. Ces cinq conglomérats — les groupes Elsevier, Springer Nature, John Wiley Sons, Taylor Francis et Sage Publications — étouffent littéralement les bibliothèques universitaires en accaparant entre 70 et 80 % des budgets d’acquisition. Le problème est si grave que plusieurs bibliothèques n’ont plus les moyens d’acheter des livres, a rapporté Le Devoir en juin dernier https://www.ledevoir.com/societe/education/531214/les-geants-de-l-edition-etouffent-les-bibliotheques .

    Le modèle d’affaires de ces géants est simple : ils obtiennent gratuitement leurs articles, qu’ils revendent à gros prix aux bibliothèques universitaires. Les chercheurs ne sont pas payés pour leur travail. Les textes sont aussi révisés gratuitement par des pairs. Les bibliothèques universitaires n’ont pas le choix de s’abonner aux périodiques savants pour que professeurs et étudiants aient accès à la littérature scientifique.

    Plus préoccupant encore, les grands éditeurs font payer des milliers de dollars aux chercheurs qui veulent publier leurs articles en libre accès. Ce modèle d’affaires est remis en question avec de plus en plus de véhémence dans les universités de partout dans le monde.

    Appui du MIT
    Le nouveau magazine fondé par les 27 professeurs de bibliométrie, le Quantitative Science Studies, sera ainsi publié en collaboration avec l’éditeur du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il s’agit d’une association toute « naturelle », indique au Devoir Nick Lindsay, directeur des périodiques et des données ouvertes chez MIT Press.

    « Nous sommes déterminés à trouver des façons de publier davantage de livres et de journaux sur le modèle du libre accès », précise-t-il. MIT Press a publié à ce jour une centaine de livres et huit périodiques en données ouvertes, donc accessibles gratuitement.

    La fondation de la Bibliothèque nationale de science et technologie d’Allemagne s’est aussi engagée à verser 180 000 euros (272 772 $CAN) sur trois ans au nouveau magazine.

    Les membres du comité éditorial du Journal of Informetrics ont négocié en vain durant plus d’un an et demi avec Elsevier dans l’espoir de changer le modèle d’affaires du magazine, explique Vincent Larivière. Ils tenaient notamment à baisser les frais de 1800 $US exigés des chercheurs qui veulent publier en libre accès (le nouveau Quantitative Science Studies facturera entre 600 $ et 800 $ aux auteurs).

    Ils voulaient aussi que les références citées dans le texte soient offertes gratuitement, ce qu’Elsevier a refusé — et que la nouvelle publication offrira.

    Le comité éditorial voulait d’abord et avant tout que la société savante de la discipline — l’International Society for Scientometrics and Informetrics (ISSI) — devienne propriétaire du magazine, ce qui n’était « pas négociable », a indiqué Elsevier dans une longue déclaration publiée le 15 janvier https://www.elsevier.com/connect/about-the-resignation-of-the-journal-of-informetrics-editorial-board .

    « Il arrive parfois que les comités éditoriaux et les éditeurs aient des opinions divergentes au sujet de l’avenir et de la direction d’un journal. Dans certains cas, une entente ne peut être conclue. Le comité éditorial peut décider d’offrir ses services ailleurs, surtout s’il reçoit du soutien financier », a écrit Tom Reller, vice-président aux communications chez Elsevier.

    « Toute démission d’un comité éditorial est malheureuse », ajoute-t-il, mais l’éditeur conserve des relations fructueuses avec les membres des dizaines d’autres publications de l’entreprise. Il y a trois ans, le comité éditorial du magazine Lingua, propriété du groupe Elsevier, avait claqué la porte dans des circonstances similaires. Lingua a survécu. Son nouveau concurrent aussi.

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  • Mesdames, Messieurs,

    L’éditeur Springer, qui publie plusieurs centaines de revues académiques au format numérique dans toutes les disciplines, fait actuellement l’objet d’une négociation ardue par le consortium Couperin, qui regroupe l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur et de recherche français. Cet éditeur entend appliquer des tarifs exorbitants et l’objectif de la négociation est de le faire revenir sur ces prix.

    Les difficultés liées à ces discussions complexes ne permettent pas de conclure un accord avec l’éditeur avant le 31 décembre prochain, terme de l’actuel contrat sous lequel se trouve notre établissement.

    Nous vous informons que nous avons demandé à l’éditeur de procéder à l’interruption des accès à ses revues à compter du 1er janvier prochain. Nous ne savons pas encore à ce stade si l’éditeur procèdera effectivement à cette interruption mais il est important de nous y préparer.

    Cette démarche a un triple objectif :
    – éviter les risques de contentieux (l’éditeur ne pourra pas nous réclamer une quelconque redevance s’il décide de maintenir les accès à ses contenus à compter de janvier prochain),
    – renforcer la position des négociateurs vis à vis du fournisseur en faisant preuve de détermination,
    – pouvoir plus facilement générer un manque à gagner pour l’éditeur sur les périodes d’interruption du service, que cette interruption ait été effective ou pas, totale ou partielle.

    La CPU ainsi que le CNRS et l’ensemble des organismes de recherche se sont prononcés en faveur de cette action, destinée à soutenir la position des négociateurs face à Springer. En outre, dans l’enquête menée par Couperin pour établir la conduite à tenir dans la négociation, 76 établissements sur les 78 qui ont répondu se sont prononcés sans ambiguïté en faveur d’un refus des conditions initiales données par l’éditeur. Des mouvements de même nature sont également en cours ailleurs en Europe et notamment en Allemagne.

    Le SID se tient à la disposition des chercheurs qui auraient un besoin urgent et précis concernant un article publié chez cet éditeur : il usera de moyens alternatifs pour fournir les documents et vous pourrez contacter à ces fins bu-docelec@univ-grenoble-alpes.fr

    Cordialement,

    Lise DUMASY
    Présidente de l’Université Grenoble Alpes

    Pierre BENECH
    Administrateur général de Grenoble INP

    –-> lettre envoyée le 13 décembre 2017 aux directeurs de labo de l’uni de Grenoble Alpes

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